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Voici l’histoire de Jésus et des premiers chrétiens telle que vous ne l’avez jamais lue ! Fruit du travail d’un amoureux de la Bible, d’un vulgarisateur brillant, mais surtout d’un homme de foi, ce
Roman de Jésus fera découvrir la saveur de l’Évangile à ceux qui le connaîtraient mal, et renouvellera le regard de ceux qui croient bien le connaître. Avec son art du récit et une grande finesse psychologique, l’auteur nous fait plonger dans le mystère de la vie du Christ. Au fil des pages, on s’identifie aux personnages, partageant leurs espoirs et leurs doutes, jusqu’à saisir de l’intérieur le bouleversement que Jésus a provoqué dans l’histoire et qui nous touche tant aujourd’hui.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Jean Mercier est journaliste, rédacteur en chef adjoint à La Vie, en charge des questions religieuses et plus particulièrement de l'actualité du pape.
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Seitenzahl: 130
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Jean Mercier
Le Roman de Jésus
Conception couverture : © Christophe Roger
Photo couverture : © Chantal Crêtaz. Icône peinte par Chantal Crêtaz sous la direction d’Élisabeth Ozoline
Composition : Soft Office (38)
© Éditions Quasar, 2018
89, bd Auguste Blanqui – 75013 Paris
www.editionsquasar.com
ISBN : 978-2-36969-063-4
Dépôt légal : 4e trimestre 2018
Le Roman de Jésus que vous tenez entre vos mains est un livre particulier. L’auteur, Jean Mercier, nous a quittés le 19 juillet 2018. Il ne s’agit pourtant ni d’une œuvre posthume ni d’un véritable inédit : le texte a été publié dans les pages de La Vie entre fin 2013 et mi 2014 – respectivement, pour les trois parties du récit, à Noël, à Pâques et à la Pentecôte. Pensé essentiellement pour les lecteurs de l’hebdomadaire, comme une façon originale de redécouvrir le texte des Évangiles et des Actes des apôtres, ce triple dossier de couverture a fait l’événement et suscité de nombreuses réactions enthousiastes. Il a aussi – chose pas si fréquente avec lui, tant il était perfectionniste – eu la faveur de son auteur ; Jean avait aimé travailler sur ce roman, il en était fier, et s’il ne l’a jamais dit explicitement, il semble évident que cette publication a joué un rôle important dans l’écriture de Monsieur le curé fait sa crise. En effet, si ce dernier ouvrage, qui a connu un large succès public, était déjà un projet pour lui depuis un moment (une version embryonnaire, qui n’avait pas encore la forme d’un récit construit, date même en réalité de 2011), c’est immédiatement après avoir achevé le Roman de Jésus qu’il s’est lancé dans l’écriture de son « conte » ou « drame théologique » sous une forme proche de celle que le lecteur a pu découvrir fin 2016.
Le récit contenu dans ce livre a donc un double intérêt. D’une part, il s’agit d’un texte réellement finalisé par son auteur, et non d’une ébauche encore éloignée de ce qu’il aurait souhaité comme résultat final – même si ceux qui ont connu Jean Mercier savent qu’il n’aurait certainement pas résisté à l’envie de tout reprendre encore une dizaine de fois, tant il jugeait toujours son travail « encore très perfectible », selon ses propres mots quelques semaines encore avant la sortie de son autre roman… D’autre part, son statut d’œuvre en partie antérieure à Monsieur le curé fait sa crise – et certainement décisive dans le style qu’il a adopté – éclaire d’un nouveau jour le mélange de profondeur et de légèreté, l’amour de la langue et des formules percutantes, le sens très visuel et incarné, et sans doute plus que tout la méditation sur la grâce qu’auront été les dernières années de la vie de son auteur.
Quelques mois seulement après le rappel à Dieu de Jean Mercier, il est en effet bouleversant de redécouvrir a posteriori l’épilogue de ce Roman de Jésus, de la réaffirmation de la confiance en Dieu (« Ma grâce te suffit ») au face à face final entre l’apôtre Paul et « celui qu’il a tant aimé ». Durant trois ans, Jean aura lutté avec un courage et une humilité remarquables contre un cancer particulièrement cruel. Et ce chemin de croix, il l’a vécu dans un abandon progressif et un approfondissement continuel de la question de la grâce, qui revenait déjà beaucoup dans sa bouche auparavant. Ainsi, dans un « avertissement » resté inédit à son Monsieur le curé fait sa crise, Jean écrivait-il ceci, qui illustre mieux que n’importe quels mots le lien entre les deux œuvres :
[Ce drame théologique] parle de la confrontation (le plus souvent dramatique) entre le péché et la Grâce1, un thème malheureusement trop peu illustré de nos jours par la littérature de fiction, du moins de manière explicite. Or, la fiction est peut-être la seule manière de nous faire comprendre des choses essentielles et vitales. Quand elle relève du genre de la parabole, la fiction nous déplace intérieurement, comme nous le montrent les récits bibliques. C’est le cas de Jésus dans les Évangiles, et du prophète Nathan (cf. 2 S 12), avec son histoire d’une petite brebis qui dessille les yeux du roi David sur son péché. Le but de la parabole est de nous défibriller le cœur sur nos points aveugles. Au point que nous abandonnions le registre réaliste, et que nous entrions dans un univers où les personnages sont des miroirs volontairement caricaturaux de nos travers et de nos désirs.
Telle était sa conviction à la fois spirituelle et littéraire. Tel est aussi le chemin qu’il a suivi, lui qui était d’un caractère si inquiet (la mode est de dire « intranquille », mais je crois qu’il n’aurait pas tellement aimé ce mot), qui vivait son métier de journaliste comme chacune de ses relations humaines dans une brûlante recherche de vérité – vérité des faits, vérité des actes, et plus que tout vérité de la parole –, lui qui oscillait entre une exigence folle (mais d’abord avec lui-même) et des débordements de générosité pure, entre une gravité frôlant parfois le dolorisme et une fantaisie qui se moquait bien de l’image qu’elle renvoyait. Ce n’est pas un hasard s’il se référait pour son travail de fiction à « deux Georges » : Georges Bernanos, évidemment, le sombre et orageux Bernanos qui a romancé comme aucun autre le combat spirituel, et Georges Chaulet (oui, l’auteur de la série Fantômette !), pour son sens du burlesque et sa façon de croquer des caractères. Jean était tout cela, c’est ce qui le rendait si précieux et c’est aussi pour tout cela qu’il nous manque tant.
Avant de refermer cette préface, qu’il me soit permis d’évoquer un mystère. J’ai cité quelques lignes plus haut l’avertissement envisagé pour son « précédent » roman. En travaillant sur ses manuscrits, est apparu également qu’il avait au tout dernier moment retiré une citation en exergue de Monsieur le curé fait sa crise. Nul ne sait pourquoi. L’a-t-il, même inconsciemment, cachée là afin que nous ayons la grâce de la retrouver aujourd’hui ? Hypothèse spirituelle, providentielle, qui l’aurait sans doute amusé, tant ces mots résonnent de façon bouleversante avec la confiance en Dieu que Jean aura vécue jusqu’au bout. Il s’agit d’une phrase extraite des Révélations de l’amour divin de Julienne de Norwich. Dans cet ouvrage, la mystique anglaise (qui a vécu recluse au début du XVe siècle dans une cellule à proximité d’une église…) place à de nombreuses reprises dans la bouche du Christ la promesse de réconfort suivante :
All shall be well,
And all shall be well,
And all manner of thing shall be well2.
Merci pour tout, cher Jean, cher ami.
Aymeric CHRISTENSEN
1. La majuscule est de lui, s’il fallait encore souligner l’importance cruciale que revêtait à ses yeux cette notion.
2. « Tout ira bien, oui, tout ira bien, et toute chose ira bien. »
Raconter la vie de Jésus, puis comment on est passé d’une poignée de douze témoins à une Église bien établie tout autour du bassin méditerranéen quelques décennies plus tard ? L’entreprise n’est-elle pas abusive quand on sait l’excellente qualité littéraire des quatre Évangiles et des Actes des apôtres, qui ont chacun leur logique dramatique et n’ont, a priori, pas besoin qu’on en rajoute avec du roman ? Cette question est légitime. La raison qui nous a poussé à écrire cette fiction est d’abord de replonger le lecteur dans la tension dramatique de la vie du Christ, les tensions existentielles qu’il suscite chez ceux qui le rencontrent, qui culmineront dans la Passion, et de donner une épaisseur psychologique et affective à quelques acteurs clés, à commencer par les apôtres. Des témoins auxquels les chrétiens d’aujourd’hui peuvent toujours s’identifier, en dépit de vingt siècles de distance, et d’autant mieux qu’ils sont les héritiers du témoignage qu’ils ont rendu jadis.
Cela m’intéressait de creuser, sous une forme romancée, la raison pour laquelle Dieu a voulu se faire homme à un moment de l’Histoire. Cette audace se veut au service d’une entrée dans la profondeur théologique et spirituelle des Évangiles. Aucune désinvolture, donc, dans ce récit qui vise à nourrir notre imaginaire pour rallumer la flamme envers ce bouleversant Jésus. Je crois que la vitalité du christianisme repose sur ce mystère de l’identité de celui qui est à la fois Dieu et homme. Un mystère inépuisable qui renvoie chacun de nous à son propre mystère d’être humain marqué par la transcendance.
Le père a posé sa serpe dans un geste d’épuisement. Le fils s’est arrêté d’équarrir les troncs, dans le recoin de l’atelier. Il essuie de son poignet l’arcade sourcilière où perle la sueur. « Jésus, pourquoi tu ne veux pas te marier ? a repris le père d’une voix lasse. Tu as 20 ans. Nous sommes amis de cette famille depuis la nuit des temps. Le vieil Éléazar est encore venu me relancer hier… »
Le jeune homme semble désemparé.
« Papa, je ne peux pas.
— Mais pourquoi, bon sang ? Tous les hommes de ton âge se marient. À la synagogue, l’autre jour, on m’a encore fait remarquer que je n’avais aucune autorité sur toi !
— Papa, tu sais bien que je suis différent des autres.
— Oui, je sais ! »
À cet instant, Joseph a le souffle coupé par l’émotion. Remonte en lui, comme un geyser, le souvenir de l’arrivée de ce Jésus dans sa vie d’homme… Il était fiancé à Marie. Quand il a vu son ventre s’arrondir alors qu’ils ne s’étaient pas encore unis, le coup fut rude. Et si elle l’avait roulé ? Tout le monde commençait à jaser. Joseph était déchiré, car il l’aimait. Il avait décidé de la répudier en secret, pour ne pas exposer sa faute publiquement. C’est alors que le messager de Dieu lui apparut en rêve, lui enjoignant de ne pas avoir peur d’épouser Marie, parce qu’elle était enceinte de l’Esprit de Dieu, comme l’avait annoncé Isaïe : « La Vierge sera enceinte, elle mettra au monde un fils du nom d’Emmanuel. »
« Mais, Papa, à ce moment-là, tu as cru ce que t’a dit le Messager du Seigneur ? reprend Jésus.
— Ne mélange pas tout ! rebondit Joseph. Cela n’a rien à voir avec ton mariage ! Certes, tu vas me reparler de ton Père qui est aux Cieux… Me redire ce que tu nous avais dit à Jérusalem, le jour où nous t’avions perdu dans la caravane en rentrant à Nazareth. Tu avais douze ans… Avec ta mère, nous t’avons cherché pendant trois jours, morts d’angoisse, avant de te trouver en train de discuter de Dieu avec les docteurs en théologie du Temple. Et tu nous as dit : Pourquoi m’avez-vous cherché, ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ?
— Si, Papa, je pourrais te redire la même chose. Tu es mon père adoptif, mais mon Père, celui qui m’a engendré dans le ventre de ma mère, ne veut pas que je me marie.
Joseph explose de fureur :
— Arrête de blasphémer ! Se marier, c’est la loi des fils d’Israël. L’homme quittera son père et sa mère et il s’attachera à sa femme, et tous deux ne font plus qu’une seule chair. Veux-tu donc désobéir à Dieu ? Attirer sa colère sur notre famille et sur notre village ?
Jésus fixe des yeux le charpentier.
— Je veux obéir à ce que veut notre Père des Cieux. Lui et moi sommes unis comme les deux ailes d’un oiseau. Nous avons un même souffle de vie. Un jour, je vous quitterai, comme tout homme quitte ses parents. Mon épouse sera l’humanité, je donnerai ma vie pour elle. Et toi, s’il te plaît, fais-lui confiance encore une fois. N’aie pas peur ! »
le mot
Parthenos, vierge
Marie est décrite aussi bien par Matthieu et Luc comme parthenos, c’est-à-dire vierge. De fait, la conception virginale de Jésus est reconnue par la quasi-totalité des chrétiens (y compris les protestants).
Le célibat de Jésus a-t-il choqué ?
Ce dialogue de l’atelier du charpentier est totalement inventé. Mais il reprend des séquences des deux Évangiles, Matthieu et Luc, qui racontent la naissance virginale du Christ, et aussi le seul épisode évoquant l’enfance du Christ, à savoir sa discussion théologique avec les savants dans le Temple de Jérusalem, à l’âge de 12 ans, seulement mentionnée par Luc. Il est pourtant très plausible que Jésus ait eu à rendre compte de son célibat autour de ses 20 ans, face à des proches très attachés à l’obligation du mariage, comme il le fit lors de sa vie publique, évoquant ceux qui se sont rendus volontairement eunuques pour le royaume de Dieu. Dans sa somme sur Jésus (Un certain Juif : Jésus, Cerf), le chercheur John Meier estime que le célibat de Jésus a contribué au rejet qu’il a suscité chez les autorités du judaïsme, aboutissant à son arrestation et sa condamnation à mort.
Jésus a parlé d’un trait. Marie, sans sourciller, continue à trier les olives, comme si de rien n’était. Comme si elle savait, de toute éternité, que cette parole allait fondre un jour comme un glaive. Les larmes ont déjà délavé ses joues, quand elle a compris, il n’y a pas si longtemps, que Jésus devait partir. Elle va rester seule. Joseph est mort il y a quelques années déjà. Son fils a trente ans. Il est presque vieux, se dit-elle en le contemplant. Elle savait qu’il s’en irait bientôt. Il attendait un signe. Elle a compris que le temps était venu lorsque, l’autre jour, une voisine l’a prise à part sur le chemin du marché.
« Dis donc, Marie, ce Jean le Noyeur dont tout le monde parle, ce n’est pas quelqu’un de ta famille, déjà ? Il paraît qu’il fait du grabuge aux abords du Jourdain. Il attire les foules de ceux qui veulent se purifier. Il plonge les gens dans l’eau, comme pour noyer le mal en eux, et les faire renaître à la vie. C’est du moins ce qu’il raconte. »
C’est donc ça : l’enfant si étrange que ses cousins Élisabeth et Zacharie ont conçu dans leur grand âge fait parler de lui ! Il vit dans le désert. Il porte une tunique en laine de chameau, se nourrit de sauterelles, de miel sauvage récolté dans les anfractuosités des rochers, a expliqué la voisine, décidément bien renseignée. Marie est restée évasive, lui en a dit le moins possible. Et si c’était une moucharde à la solde des Romains ?
Ce Jean qui noie les pécheurs dans un peu d’eau au bord du Jourdain, c’est bien le signe que Jésus attendait. Cette nuit, il ne dormira pas. Il veut, dans l’air léger de la nuit, se remplir une dernière fois de la douceur de son enfance. Longer les champs où il a travaillé aux récoltes. Là où il s’est si souvent réfugié, pour prier son Père, très tôt le matin, ou dans la fraîcheur du soir, après le labeur de l’atelier. À l’écart.
Le jour va poindre. Jésus est revenu à la maison. Marie est debout, près de l’âtre. Elle a préparé des galettes de pain pour la route, fourrées d’une pâte faite d’huile d’olive et d’herbes pilées. Elle le prend dans ses bras. Elle sait que c’est peut-être la dernière fois. Jésus sait bien tout ce qu’il y a en elle. Ils partagent la même douleur. Le même soulagement, aussi : le Fils de Dieu fait enfin son exode, après toutes ces années passées comme un invisible.
