Le théâtre en idées -1200 citations et textes classés et référencés - Association Traverses - E-Book

Le théâtre en idées -1200 citations et textes classés et référencés E-Book

Association Traverses

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Beschreibung

Ce livre s'adresse aux étudiants en lettres et arts du spectacle, mais aussi à toutes les personnes désireuses d'approfondir leur connaissance du théâtre moderne et plus ancien, dans l'un ou la totalité de ses aspects : mise en scène et metteurs en scène, textes et auteurs, jeu et formation de l'acteur, scénographie (décors, éclairage, musique...), architecture, histoire, règles et genres, conceptions du théâtre des origines à nos jours, types de public, etc. Il se présente sous la forme d'un dictionnaire encyclopédique : plus de 1200 citations et textes théoriques, tous référencés de manière précise, environ 400 auteurs et gens de théâtre cités... Les recherches du lecteur sont facilitées par une organisation thématique du livre en 8 parties et un classement alphabétique des auteurs à l'intérieur de chaque partie. La bibliographie (420 entrées) inclut les rééditions d'écrits anciens, les ouvrages collectifs ainsi que les revues et journaux de l'époque moderne. Enfin, le lecteur dispose en fin de volume d'un index de tous les noms cités, lui permettant de retrouver rapidement les pages de référence.

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Veröffentlichungsjahr: 2018

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SOMMAIRE

Mode d'emploi

Points de vue sur le théâtre : opinions, jugements

Conceptions du théâtre des origines à nos jours

Règles et genres au cours de l'histoire du théâtre

La mise en scène et le texte au théâtre

La scénographie : décor, éclairage, musique, image

Architecture du théâtre – La salle et la scène

Le jeu de l'acteur au théâtre

Le public, le spectateur

Bibliographie

Index des noms cités

Mode d'emploi

Ce livre, qui rassemble plus de 1200 citations et textes théoriques sur le théâtre, complétés par une bibliographie de 420 entrées, s'adresse aux étudiants en lettres ou en arts du spectacle et à toute personne désireuse d'approfondir sa connaissance du théâtre moderne et plus ancien, dans l'un ou la totalité de ses aspects.

Chaque citation ou texte est référencé de manière précise : auteur, titre de l'œuvre d’où elle est extraite, date de la première publication, date de naissance de l’auteur et (le cas échéant) date de décès.

L'ouvrage se présente sous la forme d'un classement thématique en huit parties bien distinctes :

Points du vue sur le théâtre : opinions, jugements.

Conceptions du théâtre des origines à nos jours.

Règles et genres au cours de l'histoire du théâtre

Le texte et la mise en scène.

La scénographie : décors, éclairages, musique.

Architecture du théâtre – La salle et la scène.

Jeu et formation de l'acteur.

Le public, le spectateur.

Certains extraits se caractérisant par une multiplicité thématique, il est conseillé au lecteur recherchant un texte ou citation sur un sujet précis, de consulter les chapitres sémantiquement voisins (par exemple, la section ayant pour thème la mise en scène et celle traitant de la scénographie, ou encore celle traitant des points de vue sur le théâtre et celle en présentant différentes conceptions).

La bibliographie située en fin de volume inclut les rééditions les plus récentes d'écrits anciens ainsi que les revues et journaux de l'époque moderne. Enfin, un index de tous les noms cités permet de retrouver rapidement les pages de référence dans le corps de l'ouvrage.

I

Points de vue sur le théâtre : opinions, jugements...

ADAMOV Arthur (1908-1970)

« Une pièce de théâtre doit être le lieu où le monde visible et le monde invisible se touchent et se heurtent. » (Ici et maintenant, pratique du théâtre, 1964)

d’ALEMBERT Jean le Rond (1717-1783)

« L’effet de la morale du théâtre est moins d’opérer un changement subit dans les cœurs corrompus, que de prémunir contre le vice les âmes faibles par l’exercice des sentiments honnêtes. » (Lettres à Jean-Jacques Rousseau, 1759)

APOLLINAIRE Guillaume (1880-1918)

« Mariant souvent sans lien apparent comme dans la vie

La musique la danse l'acrobatie la poésie la peinture

Les chœurs les actions et les décors multiples

Vous trouverez ici des actions

Qui s'ajoutent au drame principal et l'ornent

Les changements de ton du pathétique au burlesque

Et l'usage raisonnable des invraisemblances. »

(Prologue de Les Mamelles de Tirésias, 1917)

ARISTOTE (IVe siècle av JC)

« Dès l'enfance, les hommes ont, inscrites dans leur nature, à la fois une tendance à représenter (...) et une tendance à trouver du plaisir aux représentations. » (La Poétique, vers 335 av JC)

« En effet si l'on aime à voir des images, c'est qu'en les regardant on apprend à connaître et on conclut ce qu'est chaque chose comme lorsqu'on dit : celui-là, c'est lui. » (Ibid.)

« Le spectacle, bien que de nature à séduire le public, est tout ce qu’il y a d’étranger à l’art. » (Ibid.)

« Nous avons plaisir à regarder les images les plus soignées des choses dont la vue nous est pénible dans la réalité. » (Ibid.)

« D'une part, l'art mène à son terme ce que la nature est incapable d'œuvrer, d'autre part il imite. » (La Physique, IVe siècle av JC)

ARRABAL Fernando (1932...)

« L'imagination introduit l'étrange dans le quotidien, le rêve dans la réalité, l'inattendu dans l'évidence, la vie dans le théâtre » (Préface de Batailles, de J.M. Ribes et Roland Topor, 1983)

ARTAUD Antonin (1896-1948)

« L’action du théâtre comme celle de la peste est bienfaisante, car poussant les hommes à se voir tels qu’ils sont, elle fait tomber le masque, elle découvre le mensonge, la veulerie, la bassesse, la tartufferie. » (Le théâtre et son double, 1938)

« Le théâtre, c'est à dire la gratuité immédiate qui pousse à des actes inutiles et sans profit pour l'actualité. » (Ibid.)

« Le théâtre, comme la peste, est à l'image de ce carnage, de cette essentielle séparation. Il dénoue des conflits, il dégage des forces, il déclenche des possibilités et ces forces sont noires, c'est la faute non pas de la peste ou du théâtre, mais de la vie. Nous ne voyons pas que la vie telle qu'elle est et telle qu'on nous l'a faite offre beaucoup de sujets d'exaltation. Il semble que par la peste et collectivement un gigantesque abcès, tant moral que social, se vide ; et de même que la peste, le théâtre est fait pour vider collectivement des abcès. » (Ibid.)

« Il faut croire à un sens de la vie renouvelé par le théâtre. » (Ibid.)

« Traduire la vie sous son aspect universel, immense. » (Ibid.)

« il est certain que nous avons besoin avant tout d’un théâtre qui nous réveille nerfs et cœur. » (Ibid.)

Le théâtre ne sert plus à « décrire l'homme et ce qu'il fait mais [à] nous constituer un être d'homme qui nous permet d'avancer sur la route sans suppurer et sans puer.

L'homme moderne pue et suppure, parce que son anatomie est mauvaise, et le sexe par rapport au cerveau mal placé dans la quadrature des deux pieds. » (Le théâtre et l'anatomie, in revue La Rue, juillet 1946)

« Ce qui distingue les forfaits de la vie de ceux du théâtre, c'est que dans la vie on fait plus et on dit moins, et qu'au théâtre on parle beaucoup pour faire une toute petite chose. » (Les Cenci, 1935)

d'AUBIGNAC Abbé (1604-1676)

« Le Poème dramatique est fait principalement pour être représenté par des gens qui font des choses toutes semblables à celles que ceux qu'ils représentent auraient pu faire; et aussi pour être lues par des gens qui sans rien voir, ont présentes à l'imagination par la force des vers, les personnes et les actions qui y sont introduites, comme si toutes les choses se faisaient véritablement de la même façon qu'elles sont écrites. » (La pratique du théâtre, 1657 ou 1669)

BADIOU Alain (1937...)

« Oui, le théâtre sert à nous orienter, et c'est pourquoi, quand on en a compris l'usage, on ne peut plus se passer de cette boussole » (Éloge du théâtre, 2013)

« Parce que le théâtre est entre cinéma et danse, qu'il négocie avec les deux, il est le plus complet des arts » (Ibid.)

« Une des missions fondamentales du théâtre dans une période de confusion est d'abord de monter la confusion comme confusion . » (Ibid.)

« À la fin des fins, le théâtre est une institution, proche à certains égards de l'Éducation nationale. »

« Le mauvais théâtre est increvable. Mais il est vrai aussi qu'aucun des triomphes du mauvais théâtre ne peut venir à bout du vrai théâtre. » (Ibid.)

« Le mauvais théâtre est le théâtre qui est dans la descendance de la messe : rôles établis et substantiels, différences naturelles, répétitions, événements falsifiés. […] Le vrai théâtre fait de chaque représentation, de chaque geste de l'acteur une vacillation générique pour qu'y soient risquées les différences sans nul appui. » (Rhapsodie pour le théâtre, 2014)

BARRAULT Jean-Louis (1910-1994)

« Le théâtre est le premier sérum que l'homme ait inventé pour se protéger de la maladie de l'angoisse. » (Nouvelles réflexions sur le théâtre, 1949)

« Contentons-nous de dire que le théâtre, comme la vie, est un songe, sans trop nous soucier du mensonge » (Ibid.)

BARTHES Roland (1915-1980)

« Qu'est-ce que le théâtre ? Une espèce de machine cybernétique. Au repos, cette machine est cachée derrière un rideau. Mais dès qu'on la découvre, elle se met à envoyer à votre adresse un certain nombre de messages. Ces messages ont ceci de particulier, qu'ils sont simultanés et cependant de rythme différent ; en tel point du spectacle, vous recevez en même temps six ou sept informations (venues du décor, du costume, de l'éclairage, de la place des acteurs, de leurs gestes, de leur mimique, de leur parole), mais certaines de ces informations tiennent (c'est le cas du décor), pendant que d'autres tournent (la parole, les gestes) ; on a donc affaire à une véritable polyphonie informationnelle, et c'est cela, la théâtralité : une épaisseur de signes (je parle ici par rapport à la monodie littéraire, et en laissant de côté le problème du cinéma). » (Essais critiques,1964)

BATAILLE Henry (1872-1922)

« Regarder, c'est être peintre. Souffrir, c'est être poète. De l'union de la plastique et de l'âme on peut faire naître le plus bel art vivant intégral : le théâtre. » (Écrits sur le théâtre, 1917)

de BEAUMARCHAIS Pierre-Augustin (1732-1799)

« Les larmes que l'on verse au théâtre, sur des maux simulés, qui ne font pas le mal de la réalité cruelle, sont bien douces. On est meilleur quand on se sent pleurer. On se trouve si bon après la compassion. » (Un mot sur la mère coupable, 1792)

BOAL Augusto (1931-2009)

« Le théâtre est conflit, lutte, mouvement, transformation, et non simple exhibition d'états d'âme. Il est verbe et non simple adjectif » (Jeux pour acteurs et non-acteurs, 1997)

BOILEAU Nicolas (1636-1711)

« Chez nos dévots aïeux le théâtre abhorré

Fut longtemps de la France un plaisir ignoré. »

(Art poétique, 1674)

BOSSUET Jacques-Bénigne (1627-1704)

« La représentation des passions agréables porte naturellement au péché, puisqu'elle flatte et nourrit de dessein prémédité la concupiscence qui en est le principe. » (Maximes et Réflexions sur la comédie, 1694)

« On s'excite et on s'autorise pour ainsi dire les uns les autres par le concours des acclamations et des applaudissements, et l'air même qu'on y respire est malin. » (Ibid.)

« Dites-moi, que veut un Corneille dans son Cid, sinon qu'on aime Chimène, qu'on l'adore avec Rodrigue, qu'on tremble avec lui lorsqu'il est dans la crainte de la perdre, et qu'avec lui on s'estime heureux lorsqu'il espère la posséder? Le premier principe sur lequel agissent les poètes tragiques et comiques, c'est qu'il faut intéresser le spectacle; et si l’auteur ou l’acteur d'une tragédie ne le sait pas émouvoir et le transporter de la passion qu'il veut exprimer, où tombe-t-il, si ce n'est dans le froid, dans l'ennuyeux, dans le ridicule, selon les règles des maîtres de l'art ? Aut dormitabo aut ridebo (« Soit je m’endormirai, soit je rirai », Horace), et le reste. Ainsi tout le dessein d’un poète, toute la fin de son travail, c'est qu'on soit, comme son héros, épris des belles personnes, qu'on les serve comme des divinités; en un mot, qu'on leur sacrifie tout, si ce n’est peut-être la gloire, dont l'amour est plus dangereux que celui de la beauté même. » (Ibid.)

« Il faudra donc que nous passions pour honnêtes les impiétés et les infamies dont sont pleines les comédies de Molière, ou que vous ne rangiez pas parmi les pièces d'aujourd'hui celles d'un auteur qui vient à peine d'expirer, et qui remplit encore à présent tous les théâtres des équivoques les plus grossières, dont on ait jamais infecté les oreilles des chrétiens.

Ne m'obligez pas à les répéter : songez seulement si vous oseriez soutenir à la face du ciel, des pièces où la vertu et la piété sont toujours ridicules, la corruption toujours défendue et toujours plaisante, et la pudeur toujours offensée ou toujours en crainte d'être violée par les derniers attentats; je veux dire par les expressions les plus imprudentes, à qui l'on ne donne que les enveloppes les plus minces. » (Lettre au Père Caffaro au sujet de la comédie, du 9 mai 1694)

« Si les nudités, si les peintures immodestes causent naturellement ce qu'elles expriment et que pour cette raison on en condamne l'usage, parce qu'on ne les goûte jamais autant qu'une main habile l'a voulu, qu'on n'entre dans l'esprit de l'ouvrier et qu'on ne se mette en quelque façon dans l'état qu'il a voulu peindre : combien plus sera-t-on touché des expressions du théâtre, où tout paraît effectif, où ce ne sont point des traits morts et des couleurs sèches qui agissent; mais des personnages vivants, de vrais yeux, ou ardents, ou tendres, et plongés dans la passion; de vraies larmes dans les acteurs, qui en attirent d'autres dans ceux qui regardent; enfin de vrais mouvements qui mettent en feu tout le parterre et toutes les loges : et tout cela, dites-vous, n'émeut qu'indirectement, et n'excite que par accident les passions ? » (Ibid.)

BRECHT Bertolt (1898-1956)

« ...le théâtre se voit faciliter l'accession à un rôle aussi proche que possible (compte tenu de sa nature) de celui des maisons d'enseignement et des organismes de diffusion. Car s'il ne peut être question de lui imposer n'importe quelle matière didactique, qui ne lui laisserait plus la possibilité de donner du plaisir, il n'en garde pas moins toute liberté de prendre plaisir à instruire ou à poursuivre une recherche. Il fabrique ses reproductions praticables de la société, qui sont en mesure d'influer sur elle, entièrement sur le mode du jeu : aux bâtisseurs de la société il expose les expériences vécues par la société, celles d'hier comme celles d'aujourd'hui, mais de manière à faire une jouissance des sensations, des idées et des impulsions que les plus passionnés, les plus sages et les plus actifs d'entre nous tirent des événements de l'heure ou du siècle. Que donc les divertissent la sagesse qui naît de la solution des problèmes, la colère, forme efficace que peut prendre la pitié pour les opprimés, le respect témoigné à tout ce qui respecte l'homme, c'est-à-dire à ce qui est plein d'humanité : bref, tout ce qui amuse ceux qui produisent. » (Petit organon pour le théâtre, 1948)

CAFFARO Thomas (XVIIe siècle)

« "Faut-il (disait le sage Lycurgus) arracher toutes les vignes, parce qu'il se trouve des hommes qui boivent trop de leur vin?" Faut-il aussi faire cesser la comédie qui sert aux hommes d'un honnête divertissement, parce qu'on y représente des fables avec bienséance et modestie, et qu'il se trouve quelqu'un qui ne peut pas les voir sans ressentir en soi les passions qu'on y représente ? » (Lettre d'un théologien, 1694)

CAPUS Alfred (1858-1922)

« En journalisme, on peut écrire une mauvaise page aujourd'hui à condition d'en écrire une bonne demain. Dans une pièce de théâtre, il faut déchirer la page mauvaise » (Lettre à Jules Renard, 1895)

CAUBÈRE Philippe (1950...)

« Le théâtre est une façon de vivre, le cinéma une façon de travailler » (Les carnets d'un jeune homme, 1976-1981, 2001)

« Le théâtre peut se passer de tout, sauf du poète. » (Ibid.)

« Le théâtre, c'est un petit peu comme les rêves : ça n'a pas de sens. » (Ibid.)

de CHAMFORT Nicolas (1740-1794)

« Le théâtre tragique a le grand inconvénient moral de mettre trop d'importance à la vie et à la mort. » (Maximes et pensées, daté de 1794)

« Le théâtre renforce les mœurs ou les change. Il faut de nécessité qu'il corrige le ridicule ou qu'il le propage » (Ibid.)

CHAPELAIN Jean (1595-1674)

« Le but principal de toute représentation scénique est d'émouvoir l'âme du spectateur par la force et l'évidence avec laquelle les diverses passions sont exprimées sur le théâtre. » (Opuscules critiques, 1630)

(La bienséance est) « non pas ce qui est honnête, mais ce qui convient aux personnes soit bonnes soit mauvaises, telles qu'on les introduit dans la pièce » (Discours de La Poésie représentative, 1635)

CORNEILLE Pierre (1606-1684)

« Nous avons pitié, dit-il (Aristote), de ceux que nous voyons souffrir un malheur qu’ils ne méritent pas, et nous craignons qu’il ne nous en arrive un pareil, quand nous le voyons souffrir à nos semblables. Ainsi la pitié embrasse l’intérêt de la personne que nous voyons souffrir, la crainte qui la suit regarde la nôtre, et ce passage seul nous donne assez d'ouverture pour trouver la manière dont se fait la purgation des passions dans la tragédie. La pitié d'un malheur où nous voyons tomber nos semblables nous porte à la crainte d'un pareil pour nous ; cette crainte, au désir de l'éviter, et ce désir, à purger, modérer, rectifier et même déraciner en nous la passion qui plonge à nos yeux dans ce malheur les personnes que nous plaignons, par cette raison commune, mais naturelle et indubitable, que pour éviter l'effet il faut retrancher la cause. » (Discours de la Tragédie, 1660)

« ...l'amour de tous les bons esprits

L'entretien de Paris, le souhait des provinces,

Le divertissement le plus doux de nos princes, /

Les délices du peuple, et le plaisir des grands. »

(L'Illusion comique, 1636)

« Il n'y a point d'homme au sortir de la représentation du Cid qui voulût avoir tué le père de sa maîtresse, pour en recevoir de pareilles douceurs, ni de fille qui souhaitât que son amant eût tué son père, pour avoir la joie de l'aimer en poursuivant sa mort » (Attila, Avis au lecteur, 1667)

« La pitié d'un malheur où nous [les spectateurs] voyons tomber nos semblables [les personnages de la tragédie] nous porte à la crainte d'un pareil pour nous ; cette crainte au désir de l'éviter ; et ce désir, à purger, modérer, rectifier, et même déraciner en nous la passion qui plonge à nos yeux dans ce malheur les personnes que nous plaignons, par cette raison commune, mais naturelle et indubitable, que pour éviter l'effet il faut retrancher la cause » (Discours de la tragédie et des moyens de la traiter selon le vraisemblable et le nécessaire, 1660)

« Cette pitié nous dit donner une crainte de tomber dans un pareil malheur, et purger en nous ce trop d'amour qui cause leur infortune et nous les fait plaindre ; mais je ne sais si elle nous la donne, ni si elle la purge, et j'ai bien peur que le raisonnement d'Aristote sur ce point ne soit qu'une belle idée, qui n'ait jamais son effet dans la vérité. Je m'en rapporte à ceux qui en ont vu les représentations : ils peuvent en demander compte au secret de leur cœur, et repasser sur ce qui les a touchés au théâtre, pour reconnaître s'ils en sont venus par là jusqu'à cette crainte réfléchie, et si elle a rectifié en eux la passion qui a causé cette disgrâce qu'ils ont plainte » (Ibid)

« Il ne faut pas considérer si les mœurs sont vertueuses, mais si elles sont pareilles à celles de la personne qu'on introduit. Aussi la poésie nous décrit-elle indifféremment les bonnes et les mauvaises actions, sans nous proposer ces dernières pour exemple » (dédicace de Médée, 1639)

DIDEROT Denis (1713-1784)

« J'étais chagrin, quand j'allais au spectacle, et que je comparais l'utilité des théâtres avec le peu de soin qu'on prend à former les troupes. Alors je m'écriais : "Ah ! mes amis, si nous allons jamais à la Lampedouse fonder, loin de la terre, au milieu des flots de la mer, un petit peuple d'heureux ! ce seront là nos prédicateurs ; et nous les choisirons, sans doute, selon l'importance de leur ministère. Tous les peuples ont leurs sabbats, et nous aurons aussi les nôtres. Dans ces jours solennels, on représentera une belle tragédie, qui apprenne aux hommes à redouter les passions ; une bonne comédie, qui les instruise de leurs devoirs, et qui leur en inspire le goût." » (Entretiens sur le Fils naturel, 1757)

« Les devoirs des hommes sont un fonds aussi riche pour le poète dramatique, que leurs ridicules et leurs vices; et les pièces honnêtes et sérieuses réussiront partout, mais plus sûrement encore chez un peuple corrompu qu'ailleurs. C'est en allant au théâtre qu'ils se sauveront de la compagnie des méchants dont ils sont entourés ; c'est là qu'ils trouveront ceux avec lesquels ils aimeraient à vivre ; c'est là qu'ils verront l'espèce humaine comme elle est, et qu'ils se réconcilieront avec elle. Les gens de bien sont rares; mais il y en a. » (Le père de famille - Discours de la Poésie dramatique, 1758)

« Je le répète donc : l'honnête, l'honnête. Il nous touche d'une manière plus intime et plus douce que ce qui excite notre mépris et nos ris. Poète, êtes-vous sensible et délicat? Pincez cette corde; et vous l'entendrez résonner, ou frémir dans toutes les âmes. » (Ibid.)

DU BOS Abbé (1670-1742)

« Un stoïcien jouerait un rôle bien ennuyeux dans une tragédie » (Réflexions critiques sur la poésie et sur la peinture, 1719)

DOSTOIEWSKI Fiodor (1821-1881)

« – Et même si vous aviez joué pour votre plaisir, quel mal y aurait-il ?

– Oh, pour mon plaisir... Vous n'iriez pas, vous, jouer au dada, n'est-ce pas !

– Dites-vous ceci, répliqua Aliocha en souriant : les grandes personnes, vont bien, par exemple, au théâtre. Or, au théâtre aussi on représente les aventures de toutes sortes de héros, on y voit des brigands, des scènes de guerre... Eh bien, n'est-ce pas la même chose, dans son genre s'entend ? Jouer à la guerre pendant les récréations, ou à ces mêmes brigands, n'est-ce pas montrer l'art dans son germe, le besoin naissant de l'art pour l'âme juvénile ? Et ces jeux sont organisés quelque fois d'une façon infiniment plus harmonieuse que les représentations théâtrales ; la différence, c'est qu'au théâtre on regarde des acteurs, tandis qu'ici la jeunesse est elle-même l'acteur. Mais le jeu est tout naturel ! » (Les frères Karamazov, 1880)

DUMAS Alexandre (père) (1802-1870)

« Supposez un aveugle-né auquel on rend la vue, qui découvre un monde tout entier dont il n'avait aucune idée...

Oh ! c'était donc cela que je cherchais, qui me manquait, qui me devait venu,c'étaient des hommes de théâtre, oubliant qu'ils sont sur un théâtre; c'était cette vie factice, rentrant dans la vie positive à force d'art; c'était cette réalité des paroles et des gestes qui faisaient des acteurs, des créatures de Dieu, avec leurs vertus, leurs passions, leurs faiblesses, et non pas des héros guindés,impassibles, déclamateurs et sentencieux, Ô Shakespeare, merci! » (Comme je devins auteur dramatique, Préface à Théâtre complet, 1833)

GENET Jean (1910-1986)

« Le plus haut drame moderne s'est exprimé pendant deux mille ans et tous les jours dans le sacrifice de la messe. [...] Théâtralement je ne sais rien de plus efficace que l'élévation. » (Lettre à Jean-Jacques Pauvert, 1954)

GIDE André (1869-1951)

« C'est une extraordinaire chose que le théâtre. Des gens comme vous et moi s'assemblent le soir dans une salle pour voir feindre par d'autres des passions qu'eux n'ont pas le droit d'avoir - parce que les lois et les mœurs s'y opposent.» (Nouveaux prétextes, 1911)

GIRAUDOUX Jean (1882-1944)

« Le théâtre, c'est d'être réel dans l'irréel. » (Littérature, 1941)

« Le spectacle est la seule forme d’éducation morale ou artistique d’une nation. Il est le seul cours du soir valable pour adultes et vieillards, et le seul moyen par lequel le public le plus humble et le moins lettré peut être mis en contact personnel avec les plus hauts conflits et se créer une religion laïque, une liturgie et ses saints, des sentiments et des passions. » (Discours sur le théâtre, 1931)

GODEAU Antoine (1605-1672)

« Le théâtre jamais ne fut si glorieux,

Le jugement s'y joint à la magnificence,

Une règle sévère en bannit la licence,

Et rien n'y blesse plus ni l'esprit, ni les yeux.

On y voit condamner les actes vicieux,

Malgré les vains efforts d'une injuste puissance,

On y voit à la fin couronner l'innocence,

Et luire en sa faveur la Justice des Cieux.

Mais en cette leçon si pompeuse et si vaine,

Le profit est douteux, et la perte certaine.

Le remède y plaît moins que ne fait le poison ;

Elle peut réformer un esprit idolâtre,

Mais pour changer leurs mœurs, et régler leur raison.

Les Chrétiens ont l'Église, et non pas le théâtre. »

(Poésies chrétiennes 1654)

GOLDONI Carlo (1701-1793)

« ... je m'aperçus par-dessus tout que, plus que par le merveilleux, le cœur de l'homme était séduit par le simple et le naturel. » (Mémoires, 1783-1786)

« Je proposai à mes spectateurs un modèle à imiter. Pourvu que l'on inspire la probité, ne vaut-il pas mieux gagner les cœurs par les attraits de la vertu, que par l’horreur du vice ?

Quand je parle de la vertu, je n’entends pas cette vertu héroïque, touchante par ses désastres et larmoyante par sa diction. Ces ouvrages auxquels on donne en France le titre de drames, ont certainement leur mérite, c'est un genre de représentation théâtrale entre la comédie et la tragédie. C'est un amusement de plus fait pour les cœurs sensibles; les malheurs des héros tragiques nous intéressent de loin, mais ceux de nos égaux doivent nous toucher davantage.

La comédie, qui n'est qu'une imitation de la nature, ne se refuse pas aux sentiments vertueux et pathétiques, pourvu qu'elle ne soit pas dépouillée de ces traits comiques et saillants qui forment la base fondamentale de son existence. » (Ibid.)

« Certains diront peut-être que les auteurs de comédie doivent effectivement imiter la nature, mais la belle et non pas la vulgaire et l'imparfaite. Je dis, moi, au contraire, que tout peut être matière à comédie, sauf les imperfections qui attristent et les vices qui choquent. Un homme qui parle vite et avale les mots en parlant a une imperfection drôle, qui devient comique, quand on l'emploie avec mesure, comme le balbuziente (le bègue) et le tartaglia (celui qui bredouille). Il n'en serait pas de même avec un boiteux, un aveugle ou un paralytique : ce sont là des infirmités qui font naître la pitié, et on ne doit pas les montrer à la scène, à moins que le caractère propre de la personne affligée de cette infirmité rende comique cette infirmité même. » (L'Auteur au lecteur, préface de Barouf à Chioggia,1762)

« Les méchants peuvent être montrés à la scène ; mais pas les caractères scandaleux comme celui d'un père qui se ferait l'entremetteur de ses propres filles. Et puis, quand on veut introduire un caractère de méchant homme dans une comédie, on le présente de biais et non de face, ce qui revient à dire qu'il n'apparaîtra que par moments, et en opposition avec le personnage vertueux, afin que, le plus possible, la vertu soit exaltée et le vice rabaissé. » (Le théâtre comique, 1750-1751)

GRIMM Friedrich (1723-1807)

« Si le peuple d’Athènes ou de Rome pouvait voir représenter nos tragédies les plus pathétiques, celles que nous nommons des chefs-d’œuvre, il les jugerait à coup sûr destinées à l'amusement d'une assemblée d'enfants... Notre tragédie a un code particulier de lois ; les événements s'y passent et s'y enchaînent autrement que dans le monde moral. Les personnages agissent pour d'autres motifs que ceux qui déterminent les actions des hommes, leurs discours ne ressemblent point à ceux que l'intérêt, la passion, la vérité de la situation inspirent ; tout le système de la tragédie moderne est un système de convention et de fantaisie qui n'a point de modèle dans la nature. » (Lettres de sa Correspondance littéraire, philosophique et critique, 1813)

HALLAYS-DABOT Victor (censeur XIXe siècle)

« À l’histoire seule nous demandons de redire quels périls la liberté absolue du théâtre fait courir à la vie morale, religieuse et politique d’un pays. » (Histoire de la censure théâtrale en France, 1862)

HÉLIAS Pierre Jakez (1914-1995)

« Le théâtre est une domestication » (Le cheval d'orgueil,1975)

HUGO Victor (1802-1885)

« On doit reconnaître, sous peine de l'absurde, que le domaine de l'art et celui de la nature sont parfaitement distincts. La nature et l'art sont deux choses, sans quoi l'une ou l'autre n'existerait pas. » (Préface de Cromwell, 1828)

« Le théâtre est un point d'optique. Tout ce qui existe dans le monde, dans l'histoire, dans la vie, dans l'homme, tout doit et peut s'y réfléchir, mais sous la baguette magique de l'art. » (Ibid.)

« Le théâtre, on ne saurait trop le répéter, a de nos jours une importance immense, et qui tend à s'accroître sans cesse avec la civilisation même. Le théâtre est une tribune. Le théâtre est une chaire. Le théâtre parle fort et parle haut. [...] » (Préface de Lucrèce Borgia, 1833)

« Faites circuler dans tout une pensée morale et compatissante, et il n'y a plus rien de difforme ni de repoussant. À la chose la plus hideuse mêlez une idée religieuse, elle deviendra sainte et pure. Attachez Dieu au gibet, vous avez la croix. » (Ibid.)

« Une pièce de théâtre, c’est quelqu’un. C’est une voix qui parle, c’est un esprit qui éclaire, c’est une conscience qui avertit. » (Œuvres posthumes, 1897-1903)

IONESCO Eugène (1909-1994)

« Il faut aller au théâtre comme on va à un match de football, de boxe ou de tennis. Le match nous donne en effet l’idée la plus exacte de ce qu’est le théâtre à l’état pur : antagonismes en présence, oppositions dynamiques, heurts sans raison de volontés contraires. » (Notes et contre-notes, 1962)

« Seul le théâtre impopulaire a des chances de devenir populaire. Le "populaire" n'est pas le peuple. » (Ibid.)

JASMIN Claude (1930...)

« Le théâtre est un métier d'enfance et de lumière. » (Rimbaud, mon beau salaud , 1991)

JOUVET Louis (1887-1951)

« [...] On ne fait du théâtre que par plaisir, et en liberté. Avoir une profession, et la pratiquer dans l'exigence de tous ses principes, m'est apparu à ce moment, et me paraît aujourd'hui plus que jamais, le meilleur moyen et la façon la plus sûre, pour un homme de théâtre, de faire de la politique et d'avoir une religion. […]

[...] nous nous sommes retrouvés, mes camarades et moi, dans les conditions primitives des comédiens d'autrefois, réfléchissant sur nos occupations et cherchant un sens à notre vie. En cherchant un sens à ma vie, j'ai trouvé celui de mon métier.

Cette tournée, que l'impossible et l'extraordinaire semblaient organiser tous les jours, nous a appris la spiritualité du théâtre .[...] » (Prestiges et perspectives du théâtre français,1945)

« Rien de plus futile, de plus faux, de plus vain, rien de plus nécessaire que le théâtre. » (Le comédien désincarné, 1954)

« Le théâtre multiplie, amplifie en nous la vie, et, plus et mieux qu'aucune autre occupation, la met en forme d'énigme; seule réponse si l'on peut dire, si l'énigme peut se dire réponse. Et il me paraît que cette énigme n'a de réponse que dans l'invention ou l'imagination d'un au-delà avec lequel nous communiquons incompréhensiblement par la poésie, par "l'esprit", par une interprétation de la réalité. » (Ibid.)

« Au moins le théâtre est fait pour se mystifier soi-même et les autres; j'entends non pas abuser de la crédulité pour l'amusement, mais créer la contemplation, l'extase, la méditation, pour s'initier aux mystères qui nous entourent et que nous portons en nous » (Ibid.)

« Le théâtre est une des ces ruches où l'on transforme le miel du visible pour en faire de l'invisible. » (Ibid.)

« Le théâtre est fait pour apprendre aux gens qu'il y a autre chose que ce qui se passe autour d'eux, que ce qu'ils croient voir et entendre, qu'il y a un envers à ce qu'ils croient l'endroit des choses et des êtres, pour les révéler à eux-mêmes, pour leur faire deviner qu'ils ont un esprit et une âme immortels.

Comment? de quelle façon? Ceci ne me regarde plus, ou plutôt cela me regarde, mais en tant qu'intermédiaire » (Ibid.)

« Pour moi, le théâtre est chose spirituelle ; un culte de l'esprit ou des esprits. » (Ibid.)

« Rien n'est incertain, changeant, mobile, variable, insoupçonnable, déconcertant et redoutable comme une pièce, rien n'est plus complexe, rien ne défie l'analyse comme une pièce, et cependant il n'est pas d'ouvrage de l'esprit qu'on essaye de raisonner et de démonter avec aussi peu de respect. » (Ibid.)

« Démonter une horloge et la remonter n'est rien à côté de démonter et remonter une pièce. C'est cependant ce que font avec un entrain, une curiosité admirable, la plupart des critiques. » (Ibid.)

« Rien pour moi ne me donne autant de timidité et de circonspection qu'une pièce de théâtre, pour peu surtout qu'elle ne soit pas d'aujourd'hui. » (Ibid.)

JULLIEN Jean (1731-1771)

« Une pièce est une tranche de la vie mise sur la scène avec art. » (Le théâtre vivant, essai théorique et pratique, Bibliothèque Charpentier, 1892)

KOLTÈS Bernard Marie (1948-1989)

« Je vois un peu le plateau de théâtre comme un lieu provisoire, que les personnages ne cessent d'envisager de quitter. C'est comme le lieu provisoire où l'on se poserait le problème : ceci n'est pas la vraie vie, comment faire pour s'échapper d'ici. Les solutions apparaissent toujours comme devant se jouer hors du plateau, un peu comme dans le théâtre classique. L'automobile, pour nous qui sommes de la génération du cinéma, pourrait alors être, sur un plateau, le symbole de l'envers du théâtre : la vitesse, le changement de lieu, etc. Et l'enjeu du théâtre devient : quitter le plateau pour retrouver la vraie vie. » (Quai ouest, 1985)

de LA BRUYÈRE Jean (1645-1696)

« Ce n'est point assez que les mœurs du théâtre ne soient point mauvaises, il faut encore qu'elles soient décentes et instructives » (Les caractères, 1668)

Législation Second Empire

« Le théâtre doit être un lieu de repos et de distraction et non pas une arène ouverte aux passions politiques. »

LESSING Gotthold Ephraïm (1729-1781)

« Tout ce qui est stoïque est antithéâtral, et notre pitié est toujours proportionnée à la souffrance que manifeste le personnage qui nous intéresse. Si nous le voyons magnanimement supporter son malheur, il est vrai que nous admirerons sa grandeur d'âme, mais l'admiration est un sentiment froid et l'ébahissement passif exclut toute passion plus chaleureuse comme toute image distincte de son objet. » (Laocoon, 1766)

« Toute pensée morale doit venir de la plénitude du cœur qui déborde; il ne faut ni paraître y songer longtemps, ni avoir l'air d'en faire vanité.

Ainsi - cela s'entend de soi - les passages de morale veulent être appris mieux que tout le reste, Ils doivent être débités sans hésitation, sans le moindre embarras, d'une haleine soutenue, avec une aisance telle qu’ils n’aient pas l’air d’être un pénible exercice de mémoire, mais bien l’effet de l’inspiration immédiate des circonstances. » (Dramaturgie de Hambourg, 1767-1768)

MAKINE Andrëi (1957...)

« Magie du théâtre ! Qu'importe la salle, la scène et ce qui va se passer sur scène. L'essentiel, c'est que quelque chose va se passer. » (La musique d'une vie, 2001)

MALLARMÉ Stéphane (1842-1898)

« Je voudrais étudier tout ce qui est informulé dans une existence, tout ce qui n'a pas d'expression dans la mort ou dans la vie, tout ce qui cherche une voix dans un cœur. » (Crayonné au théâtre, 1897)

MARAIS Jean (1913-1998)

« Je fais du théâtre pour ressentir les sensations que la vie ne m'apporte pas... » (Histoires de ma vie, 1975)

MARINETTI Filippo (1876-1944)

« Entre toutes les formes littéraires, celle qui a une portée futuriste plus puissante est certainement l’œuvre théâtrale. » (Manifeste des auteurs dramatiques futuristes, 1911, in Futurisme, anthologie, Giovanni Lista, 1973)

MARMONTEL Jean-François (1723-1799)

« Attaquer le vice par la crainte du ridicule et de la honte; le crime, par l'effroi des remords qui l'assiègent et du châtiment qui le suit; les passions, par la peinture des tourments, des dangers, des malheurs qui les accompagnent : voilà les grands effets du théâtre. » (Éléments de littérature, 1787)

MERCIER Louis-Sébastien (1740-1814)

« Un paysan d'Alsace, homme de très bon sens, se trouvait à Paris pour la première fois de sa vie. On se fit un plaisir de le mener en loge voir la représentation d'une tragédie. Il écouta d'abord fort attentivement, et comme on l'interrogeait sur ce qu'il éprouvait, il répondit : "Je vois des gens qui parlent et qui gesticulent beaucoup ; il m'est avis qu'ils s'entretiennent de leurs affaires, et comme ce ne sont pas les miennes je pense que je n'ai pas besoin d'y prêter une plus longue attention." Ayant dit cela, il se mit à regarder les hommes et les femmes qui composaient l'assemblée, et plus n'écouta. » (Nouvel essai sur l’art dramatique, 1773)

« C'est ainsi que l'Écrivain Dramatique adoucit insensiblement nos mœurs et ne nous attriste que pour notre intérêt et notre plaisir; il nous arrache des larmes, mais de ces larmes délicieuses, qui sont le plus doux attribut et l'expression naturelle de notre sensibilité […].

Que de fois n'a-t-on pas admiré comme les cris, les gémissements, les sanglots, agissent sur les autres hommes! Tels sont les arrêts souverains de la nature. Si le Poète y joint sa voix, quelle force n'aura-t-elle pas? Sa voix alors apprendra aux hommes cette importante vérité, qu'en faisant le mal, ils sèment pour recueillir, qu'ils se blessent en blessant autrui.

Cette sensibilité précieuse est comme le feu sacré. Il faut veiller à ne jamais le laisser éteindre. Il constitue la vie morale. On pourrait juger de l'âme de chaque homme par le degré d'émotion qu'il manifeste au Théâtre : si son visage reste indifférent, si son œil n'est point humide, quand le Père de famille dit à son fils : ou vas-tu, malheureux ? si les feux de l'indignation ne brûlent pas son cœur, quand Narcisse achève de corrompre Néron, c'est un méchant, à coup sûr; il ne pourra se sauver de ce titre qu'en avouant son imbécillité. » (Ibid.)

« Surtout, s'il peint le vice, qu'il ne plaisante point. Le rire alors deviendrait sacrilège. Le vice doit toujours inspirer de l'aversion. On dit du Joueur, de l'Avare, du Méchant, de l'Impertinent, tant pis. Je désirerais que Molière eût traité tous les sujets comme Le Tartuffe; c'est son chef-d'œuvre, chef-d'œuvre unique, et dans lequel il est au-dessus de lui-même.

Et comment sentir de la haine pour ce qui a fait naître le sourire sur nos lèvres? Si l'avarice, la fourberie, l'insolence, la duplicité, la trahison, sont des vices détestables, Les Fourberies de Scapin, Georges Dandin, L'École des Femmes, Le Légataire universel, etc. sont des pièces dangereuses; car si l'on ne forme pas les mœurs, on les corrompt. » (Ibid.)

MESGUICH Daniel (1952...)

« Le théâtre ne montre pas l'affrontement des personnages réels ou imaginaires mais des forces plus puissantes que les hommes. » (Interview, Lire, février 1993)

MOLIÈRE (1622-1673)

« Si l'emploi de la comédie est de corriger les vices des hommes, je ne vois pas par quelle raison il y en aura de privilégiés. Celui-ci est, dans l'État, d'une conséquence bien plus dangereuse que tous les autres ; et nous avons vu que le théâtre a une grande vertu pour la correction. Les plus beaux traits d'une sérieuse morale sont moins puissants, le plus souvent, que ceux de la satire ; et rien ne reprend mieux la plupart des hommes que la peinture de leurs défauts. C'est une grande atteinte aux vices que de les exposer à la risée de tout le monde. On souffre aisément des répréhensions ; mais on ne souffre point la raillerie. On veut bien être méchant ; mais on ne veut point être ridicule. » (Préface de Tartuffe, 1669)

« il [le Misanthrope] doit inspirer à tous ses semblables le désir de se corriger. » (Lettre sur la comédie du Misanthrope, 1682)

de MONTHERLANT Henry (1895-1972)

« Une pièce de théâtre ne m'intéresse que si l'action extérieure, réduite à la plus grande simplicité, n'y est qu'un prétexte à l'exploration de l'homme; si l'auteur s'y est donné pour tâche non d'imaginer et de construire mécaniquement une intrigue, mais d'exprimer avec le maximum de vérité, d'intensité et de profondeur un certain nombre de mouvements de l'âme humaine ». (Notes de théâtre, 1943)

NICOLE Pierre (1625-1695)

« Non seulement il faut des passions dans les Comédies, mais il en faut de vives et de violentes, car les affections communes ne sont pas propres pour donner le plaisir qu'on y cherche, et il n'y aurait rien de plus froid qu'un mariage chrétien dégagé de passion de part et d'autre. Il faut toujours qu'il y ait du transport, que la jalousie y entre, que la volonté des parents se trouve contraire, et qu'on se serve d'intrigues pour faire réussir ses desseins. Ainsi l'on montre le chemin à celles qui seront possédées de la même passion, de se servir des mêmes adresses pour arriver à la même fin.

Enfin, le but même de la Comédie engage les Poètes à ne représenter que des passions vicieuses. Car la fin qu'ils se proposent est de plaire aux spectateurs, et ils ne leur sauraient plaire qu'en mettant dans la bouche de leurs Acteurs des paroles et des sentiments conformes à ceux des personnes qu'ils font parler, ou à qui ils parlent. Or on ne représente guère que des méchants, et on ne parle que devant des personnes du monde qui ont le cœur et l'esprit corrompus par des passions déréglées, et de mauvaises maximes.

C'est ce qui fait qu'il n'y a rien de plus pernicieux que la Morale Poétique et Et si l'on considère presque toutes les Comédies et tous les Romans, on n'y trouvera guère aucune chose que des passions vicieuses embellies et colorées d'un certain fard, qui les rend agréables aux gens du monde. Que s'il n'est pas permis d'aimer les vices, peut-on prendre plaisir à ce qui a pour but de les rendre aimables ! » (Traité de la Comédie, 1675)

« Cependant si l'on considère les Comédies de ceux qui ont le plus affecté cette honnêteté apparente, on trouvera qu'ils n'ont évité de représenter des objets entièrement déshonnêtes, que pour en peindre d'autres aussi criminels, et qui ne sont guère moins contagieux. Toutes leurs pièces ne sont que de vives représentations de passions d'orgueil, d'ambition, de jalousie, de vengeance, et principalement de cette vertu romaine, qui n'est autre chose qu'un furieux amour de soi-même. Plus ils colorent ces vices d'une image de grandeur et de générosité, plus ils les rendent dangereux, et capables d'entrer dans les âmes les mieux nées, et l'imitation de ces passions ne nous plaît, que parce que le fond de notre corruption n'excite en même temps un mouvement tout semblable, qui nous transforme en quelque force, et nous l'ait entrer dans la passion qui nous est représentée. » (Ibid.)

« C'est un métier où des hommes et des femmes représentent des passions de haine, de colère, d'ambition, de vengeance, et principalement d'amour. Il faut qu'ils les expriment le plus naturellement, et le plus vivement qu'il leur est possible ; et Ils ne le sauraient faire s'ils ne les excitent en quelque sorte en eux-mêmes, et si leur âme ne se les imprime, pour les exprimer extérieurement par les gestes, et par les paroles. Il faut donc que ceux qui représentent une passion d'amour en soient en quelque sorte touchés pendant qu'ils la représentent. Or il ne faut pas s'imaginer que l'on puisse effacer de son esprit cette impression qu'on y a excitée volontairement, et qu'elle ne laisse pas en nous une grande disposition à cette même passion qu'on a bien voulu ressentir. Ainsi la Comédie par sa nature même est une école et un exercice de vice, puisqu'elle oblige nécessairement à exciter en soi-même des passions vicieuses. Que si l'on considère que toute la vie des Comédiens est occupée dans cet exercice : qu'ils la passent tout entière à apprendre en particulier, ou à répéter entre eux, ou à représenter devant des spectateurs, l'image de quelque vice, qu'ils n'ont presque pas autre chose dans l'esprit que ces folies; on verra facilement qu'il est impossible d'allier ce métier avec la pureté de notre Religion. » (Ibid)

« Un faiseur de romans et un poète de théâtre est un empoisonneur public, non des corps, mais des des âmes fidèles, qui se doit croire coupable d'une infinité d'homicides spirituels, ou qu'il a causés en effet, ou qu 'il a pu causer par ses écrits pernicieux. Plus il a eu soin de couvrir d'un voile d'honnêteté les passions criminelles qu 'il y décrit, plus il les rendues dangereuses, et capables de surprendre et de corrompre les âmes simples et innocentes. » (L'Hérésie imaginaire, 1665)

NIETZSCHE Friedrich (1844-1900)

« Le théâtre, ce n’est jamais qu’une manifestation au-dessous de l’art, quelque chose qui s’adapte au goût des masses, lorsqu’on le fausse pour elles. ». (La naissance de la tragédie, 1872)

NOVARINA Valère (1947...)

« Le théâtre ne représente aucun morceau du monde. Le théâtre contient le monde en paroles. Il va jusqu'où peut aller la voix. » (Pendant la matière, 1991)

« Le théâtre est une peinture pour les aveugles : quelque chose d’inconnu nous attend. On n’y entre pas pour voir avec les yeux, mais pour écouter le noir, voir par les oreilles, savoir à nouveau les questions des enfants. C’est un enclos où nous venons voir l’acteur jeté en scène, par lui-même et de force, par arrachement à soi, toujours comme un étranger, un exilé et comme tombé de son vrai lieu. Il parle comme un animal surpris de parler. Nous allons au théâtre pour prendre peur avec l’acteur, revivre avec lui notre entrée ici dans le corps incompréhensible, dans le drame parlé ; respirer par un autre, mordre aux paroles vivantes. » (Ibid.)

PAGNOL Marcel (1895-1974)

« Il y a trois genres littéraires bien différents : la poésie qui est chantée, le théâtre qui est parlé et la prose qui est écrite. ». (La gloire de mon père, 1957)

PASCAL Blaise (1623-1662)

« Tous les grands divertissements sont dangereux pour la vie chrétienne ; mais entre tous ceux que le monde a inventés, il n'y en a point qui soit plus à craindre que la comédie. C'est une représentation si naturelle et si délicate des passions qu'elle les émeut et les fait naître dans notre cœur, et surtout celle de l'amour ; principalement lorsqu'on le représente fort chaste et fort honnête. Car plus il paraît innocent aux âmes innocentes, plus elles sont capables d'en être touchées ; sa violence plaît à notre amour-propre, qui forme aussitôt un désir de causer les mêmes effets que l'on voit si bien représentés ; et l'on se fait en même temps une conscience fondée sur l'honnêteté des sentiments qu'on y voit, qui ôtent la crainte des âmes pures, qui s'imaginent que ce n'est pas blesser la pureté d'aimer d'un amour qui leur semble si sage. (Pensées, 1670)

PERROS Georges (1923-1978)

« Le théâtre, c'est du présent mis en bouteille. » (Papiers collés I, 1973)

PIRANDELLO Luigi (1867-1934)

« L'art scénique, le seul qui tire l’œuvre de sa fixité irrémédiable, de son irrémédiable solitude, est le plus beau et le plus tragique de tous. Il vit comme la vie, il meurt comme la vie. » (Ce soir on improvise, 1930)

« Le drame est tout entier là-dedans, monsieur, dans la conscience que j'ai, qu'a chacun de nous d'être « un », alors qu'il est « cent », qu'il est mille, qu'il est « autant de fois un » qu'il y a de possibilités en lui. » (Six personnages en quête d'auteur, 1921)

« Il ne fait de doute pour personne que par œuvre de théâtre il faut entendre œuvre d'art et que ce n'est qu'à cette condition qu'il vaut la peine d'en parler. » (Théâtre nouveau et théâtre ancien, conférence juillet 1922, in Écrits sur le théâtre et la littérature, 1968)

« Je poserai donc la question : est-il possible, oui ou non, d'attribuer au théâtre une valeur d'art, d'expression aboutie, sur la seule supposition de sa « nouveauté », et j'entends par nouveauté correspondance du contenu avec l'esprit particulier de révision et de reconstitution des valeurs intellectuelles qui anime notre temps dans quelque domaine que ce soit : politique, scientifique, philosophique et également artistique ? » (Ibid.)

« Et qu'est-ce que le drame, son propre drame pour le personnage ?

Tout phantasme, toute créature née de l'art doit avoir son propre drame afin d'accéder à l'être, c'est-à-dire un drame dont cette créature soit le personnage et pour lequel il le soit. Le drame est la raison d'être du personnage, sa fonction vitale : ce par quoi il existe. » (Préface à Six personnages en quête d'auteur, 1921)

« Ce n'est pas le drame qui fait les personnages, mais les personnages qui font le drame. Il importe donc avant tout de les avoir, ces personnages, mis en état de liberté. C'est avec eux et en eux que le drame se fera » (Illustrateurs, acteurs et traducteurs, 1908)

PLANCHON Roger (1931-2009)

« Les grandes œuvres du passé, les grandes œuvres si vous voulez, même les plus désespérées, c’est une main tendue aux démunis. Et ça c’est quand même très, très important, et c’est là où est la fonction du théâtre quoi. Et on sait ça. Un livre, une pièce de théâtre peut bouleverser une vie. » (Interview télévisé, FR 3, 12 mai 2007)

PLASSARD Didier (21e siècle)

« La représentation théâtrale produit ainsi, dans un temps et un espace limités, un réagencement imaginaire du monde, qui nous est tout à la fois nécessaire pour l'habiter et pour tenter de le transformer. » (Le metteur en scène : homme-mémoire, interprète ou démiurge, in Mises en scène du monde, actes du Colloque international de Rennes, 2004)

PLATON (428-348 av. JC)

« Je vois [...] bien des raisons de croire que la cité que nous venons de fonder est la meilleure possible, mais c'est surtout en songeant à notre règlement sur la poésie que j'ose l'affirmer.

Quel règlement ?

De n'admettre en aucun cas cette partie de la poésie qui consiste dans l'imitation La nécessité de la rejeter absolument se montre, je crois, avec plus d'évidence encore depuis que nous avons distingué et séparé les différentes

facultés de l'âme.

Comment cela?

Je peux vous le dire à vous ; car vous n'irez pas me dénoncer aux poètes tragiques et aux autres auteurs qui pratiquent l'imitation. Il me semble que toutes les œuvres de ce genre causent la ruine de l'âme de ceux qui les entendent, s'ils n'ont pas l'antidote, c'est-à-dire la connaissance de ce qu'elles sont réellement. » (La République, vers 315 av. JC)

« Mais a-t-on raison d'applaudir, demandai-je, quand on voit un homme auquel on refuserait, que dis-je, auquel on rougirait de ressembler, et qu'au lieu d'éprouver du dégoût, on éprouve du plaisir et de l'admiration ? […]

« Il appartient en effet à peu de gens, je crois, de se rendre compte que les sentiments d’autrui passent nécessairement dans nos cœurs ; car, après avoir nourri et fortifié notre sensibilité dans les maux d'autrui, il n'est pas facile de la maîtriser dans les nôtres. » (Ibid.)

« N'as-tu pas remarqué que l'imitation, commencée dès l'enfance et prolongée dans la vie, tourne à l'habitude et devient une seconde nature, qui change le corps, la voix et l'esprit? [...]

Nous ne souffrirons pas [...] que ceux dont nous prétendons prendre soin et à qui nous faisons un devoir de la vertu contrefassent, eux qui sont des hommes, une femme jeune ou vieille, injuriant son mari ou rivalisant avec les dieux et se glorifiant de son bonheur ou tombée dans le malheur et se laissant aller aux plaintes et aux lamentations; encore moins leur permettrons-nous de l'imiter malade, amoureuse ou en mal d'enfant. [...]

Ils n'imiteront pas les esclaves, mâles ou femelles, dans leurs actions serviles. [...] Ni sans doute les hommes méchants et lâches qui agissent tout au rebours de ce que nous demandions tout à l'heure, qui s'injurient et se bafouent les uns les autres et tiennent des propos obscènes soit dans l'ivresse, soit de sang-froid, ni toutes les paroles ou actions par lesquelles ces sortes de gens se dégradent eux-mêmes et dégradent les autres. Je pense qu'il ne faut pas non plus les habituer à contrefaire le langage ni la conduite des fous; car il faut connaître les fous et les méchants, hommes ou femmes ; mais il ne faut rien faire ni rien imiter de ce qu'ils font. » (Ibid.)

« N'en est-il pas de même à l'égard du ridicule ? Et quand tu écoutes dans une représentation théâtrale ou dans une conversation privée une bouffonnerie que tu aurais honte de faire, et que tu y prends un vif plaisir au lieu d'en réprouver la perversité, ne t'arrive-t-il pas la même chose que dans les émotions pathétiques ? Ce désir de faire rire que tu réprimais, lui aussi, par la raison, de peur de passer pour bouffon, tu lui donnes alors carrière à son tour, et, après l'avoir ainsi fortifié tu te laisses souvent entraîner sans y penser à faire dans les conversations le métier de farceur. » (Ibid.)

« Nous venons donc de trouver une rhétorique à l'usage d'un peuple formé d'enfants, de femmes et d'hommes, d'esclaves et d'hommes libres confondus ensemble, rhétorique que nous apprécions peu, puisque nous la tenons pour une flatterie » (Gorgias, vers 387 av. JC)

« Mais la catharsis, n'est-ce pas précisément ce que dit un texte d'antan, séparer autant qu'il est possible l'âme du corps, l'habituer à se pelotonner en elle-même, bien à part de toutes les parties du corps, à se ramasser, et à faire, autant que possible, chambre à part, maintenant et par la suite, bien seule en elle-même, en détachant, si l'on peut dire, les liens qui l'unissent au corps ? » (Phédon)

PLUTARQUE (vers 46-125)

« Les disciples de Thespis commençaient à animer la tragédie. La nouveauté du spectacle attirait la foule, bien qu'on ne fût pas allé encore jusqu'à en faire une compétition et un concours. Solon, qui était d'un naturel curieux et avide de s'instruire, allait voir Thespis qui jouait lui-même ses pièces selon la coutume des anciens poètes. Après la représentation, il l'interpella et lui demanda s'il n'avait pas honte de proférer de si gros mensonges devant tant de gens. Thespis répondit qu'il n'y avait pas grand mal à déclamer et à mimer comme il le faisait en manière de jeu. » (Solon, in Recherches sur les acteurs de la Grèce Antique, Ghiron-Bistagne Paulette, 1976)

RACINE Jean (1639-1699)

« Il faut être extrêmement circonspect et très retenu à prononcer sur les ouvrages de ces grands hommes , de peur qu'il ne nous arrive, comme à plusieurs, de condamner ce que nous n'entendons pas. Et, s'il faut tomber dans quelques excès, encore vaut-il mieux pécher en admirant tout dans leurs écrits, qu'en y blâmant beaucoup de choses. » (Préface d'Iphigénie, 1674)

« Les personnages tragiques doivent être regardés d'un autre œil que nous ne regardons d'ordinaire les personnages que nous avons vus de si près […] le respect que l'on a pour les héros augmente à mesure qu'ils s'éloignent de nous. » (Préfaces de Bazajet, 1672)

RÉGY Claude (1923...)

« …le lieu de toutes les présences, le lieu des choses elles-mêmes. » (Espaces perdus, 1991)

RENARD Jules (1864-1910)

« Nous voulons de la vie au théâtre, et du théâtre dans la vie. » (Journal,1887-1910, publié entre 1925 et 1927 )

ROUSSEAU Jean-Jacques (1712-1778)

« Qu'est-ce donc que le Misanthrope de Molière ? Un homme de bien qui déteste les mœurs de son siècle et la méchanceté de ses contemporains; qui, précisément parce qu'il aime ses semblables, hait en eux les maux qu'ils se font réciproquement et les vices dont ces maux sont l'ouvrage. S'il était moins touché des erreurs de l'humanité, moins indigné des iniquités qu'il voit, serait-il plus humain lui-même ? Autant vaudrait soutenir qu'un tendre père aime mieux les enfants d'autrui que les siens, parce qu'il s'irrite des fautes de ceux-ci, et ne dit jamais rien aux autres. » (Lettre à d’Alembert sur les spectacles, 1758)

« Qu'on mette, pour voir, sur la scène française, un homme droit et vertueux, mais simple et grossier, sans galanterie, et qui ne fasse point de belles phrases ; qu'on y mette un sage sans préjugés, qui, ayant reçu un affront d'un spadassin, refuse de s'aller faire égorger par l'offenseur, et qu'on épuise tout l'art du théâtre pour rendre ces personnages intéressants comme le Cid au peuple français : j'aurai tort si l'on réussit. » (Ibid.)

SAINT-AUGUSTIN (354-430)

« Le théâtre me ravissait avec ses spectacles pleins des images de mes maux et des matériaux du feu dont je brûlais. Ici une question : l'on veut, au théâtre, que le spectacle de tragiques et de lamentables événements, desquels cependant l'on ne voudrait avoir soi-même à pâtir, vous fasse de la peine, et la peine toutefois, dont, a propos d'eux, il pâtit, le spectateur la veut, et sa peine même fait son plaisir. Qu'est-ce donc, sinon misérable insanité, puisque ces événements émeuvent d'autant plus que l'on est, pour se voir ainsi affecté, moins sain. Le langage courant, il est vrai, dit, quand on a soi-même à pâtir, misère, quand on compatit avec d'autres, miséricorde. Mais quelle miséricorde, en fin de compte, à propos d'événements fictifs mis en scène ? Ils ne provoquent pas l'auditeur à soulager, mais l'invitent à avoir de la peine et plus il a de peine, plus il accorde de faveur à l'auteur de telles imaginations. Ces calamités soit antiques soit contrefaites sont-elles traitées de façon qu'il n'en ait aucune peine, le spectateur quitte la place : il est dégoûté, et il critique; si au contraire, il a de la peine, il reste, il tend l'oreille, il a de la joie. Eh quoi ! larmes et peine, on aime cela? Allons donc ! On veut-tout homme en est là - avoir de la joie. Serait-ce que, la misère ne plaisant à personne, mais bien la miséricorde, à cause d'elle seulement, on aime avoir de la peine ? » (Confessions, entre 397 et 401)

« Mais moi, alors, dans ma misère, j'aimais avoir de la peine et je cherchais des sujets de peine, tandis qu'à propos d'une infortune étrangère, contrefaite, mimée, le jeu de l'acteur me plaisait d'autant plus et m'attachait d'autant plus fort qu'il me tirait des larmes. Quoi d'étonnant? Brebis malheureuse, égarée hors de ton troupeau et impatiente de ta garde, une affreuse gale me souillait. De là mon amour non point pour des peines qui entreraient profond en moi (de fait, je ne les aimais pas telles à subir qu'à regarder), mais pour des peines contées et fictives, qui me racleraient en quelque sorte à fleur d'âme. C'était comme si l'on m'eût gratté avec les ongles : il s'ensuivrait une boursouflure enflammée, de l'excoriation, un écoulement de pus infect. Vivre en de telles conditions était-ce bien vivre, ô mon Dieu ? » (Ibid.)