Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Les sept Béatitudes apocalyptiques sont mises en évidences dans cet essai qui tente une lecture spirituelle sous un
mode plus poétique qu’explicatif, s’insérant ainsi dans l’esprit non cartésien de cette Révélation.
S’écartant parfois de la lettre du texte, l'auteur cible une proie qui apparaît à la fois nourrissante et savoureuse, affermissant une Espérance théologale orientant l’ami de l’Agneau vers Celui qui est qui était et qui vient nous attirer et nous introduire dans sa Béatitude.
Les sept clairières visitées donnant accès à un livre obscur pour les esprits de géométrie, mais ouvrant à tout esprit de finesse un sentier vers le jardin au parfum divin. Elles stimulent l’appétit de celui qui a ressenti un appel à cueillir les bons fruits de l’arbre de la Vie véritable.
La Sagesse appelle ici ses enfants dans un discours crypté aux étrangers mais voluptueux aux intimes de l’Agneau.
Après Le Cantique des cantiques, le Poète des poètes séduit à nouveau sa bienaimée.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Né dans une tradition chrétienne catholique, enrichie ensuite volontairement par une quête spirituelle, la vie a ouvert à
Armand Theis le large horizon de la vie dans l’ esprit et de ses différentes traditions : en milieu protestant, monastique, religieux, orthodoxe et en couple enfin. Tout cela ne l’a pas empêché de s’intéresser à des traditions comme l’hindouisme, notamment à travers le Mahatma Ghandi et ses disciples proches. Enfin la philosophie accompagne aussi son labeur, pour le rectifier et lui permettre de mieux communiquer les secrets du Logos révélé par Jésus notamment à travers les écrits de saint Jean qui le nourrissent abondamment quotidiennement.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 182
Veröffentlichungsjahr: 2024
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Armand Theis
Les Béatitudesdans l’Apocalypse
Essai
Exergue
« En ce temps-là, Jésus prend la parole,
il dit :
« Je te célèbre, père,
Seigneur du ciel et de la terre,
parce que tu caches ces choses
à des sages et des sagaces,
et que tu les révèles à des touts petits
Oui, père :
tel est le choix de ton amour. » (…)
« Venez à moi
vous tous qui peinez,
qui êtes chargés,
et moi,
je vous reposerai.
Prenez mon joug sur vous,
et apprenez de moi,
parce que je suis doux et humble de cœur.
Et vous trouverez du repos pour vos âmes.
Car mon joug est bienfaisant,
et ma charge, légère. »1
1 Mt 11, 25… 30. Traduction par sœur Jeanne d’Arc, op. chez DDB.
Préambule
Qui n’a pas aujourd’hui sa version singulière de l’Apocalypse ?
Destruction nucléaire, cataclysme climatique, guerre mondiale ou buzz cybernétique, nouveau déluge, fin du monde ou d’un monde fasciné par l’ horreur systématisée en collapsologie.
Ces quelques versions contemporaines de l’Apocalypse portent en elles un désespoir flagrant. Elles dénoncent la confession d’un courant civilisationnel décadent dont les membres désabusés ont adhéré avec leurs prédécesseurs immédiats à la Religion du Progrès de la Sainte Croissance Économique Universelle, sacrifiant l’œcuménique, c’est-à-dire la gérance de l’habitat familial domestique et de son milieu de vie immédiat ; celui-ci implique de mettre en ordre une structure extérieure favorisant les relations personnelles et une vie heureuse partagée.
En d’autres termes, l’horizon apocalyptique de la pensée contemporaine est à vingt mille lieues et d’années-lumière de l’éternelle « Apocalypse de Jésus-Christ ». Une pseudo-culture monstrueuse s’impose en notre occident contemporain. De ce courant massif ressentimentiste émerge une caricature malheureuse de ce patrimoine bimillénaire hérité des sources d’une vie chrétienne personnelle et authentique. Un certain humanisme pathologique et ses préposés (« trans », « post », « néo »…) souffrent d’une grave amnésie et ne savent plus quoi s’inventer comme ersatz historique étant donné la réduction et parfois le rejet violent qui s’est réalisé depuis quelques décennies de l’immense héritage culturel occidental, dans ce nouveau monde hors-sol, déshumanisé qui fonce à toute allure on ne sait où, si ce n’est dans la construction de son propre enfer.
Pourtant des myriades d’œuvres artistiques toutes catégories furent inspirées en dépendance à ce terreau fertile élaboré par les mains du scribe Jean de Patmos. Qu’en reste-t-il dans nos mémoires et imaginaires mitraillés par une invasive armée médiatique numérique ? Quelle nourriture en assimilons-nous pour développer une pensée saine au service de la vérité et en harmonie avec l’Évangile ? Quel élan suscite encore en nous cette Révélation de l’Agneau ? Dans quelle Source Vive puise aujourd’hui la création artistique pour susciter une culture féconde qui nourrisse et stimule des vivants debout et dans le respect de la Création ?
Les responsables des institutions chrétiennes et leurs fidèles ont-ils eux-mêmes assez d’enthousiasme, non pas pour coloniser, mais pour féconder leur culture en puisant dans cet Océan de Vie, dans cette indémodable Poésie divine qui a suscité tant de chefs-d’œuvre artistiques et de réflexions philosophiques et théologiques ? Il reste tant à entreprendre, notamment dans ce labeur théologique auquel je voudrais modestement mais assurément apporter une pierre. Une petite pierre dans le jardin de l’âme, en quête de son Origine, de son Roc. Ce trésor enfoui dans le jardin de tout un chacun.
L’Apocalypse de Jésus-Christ ou Révélation du Verbe, que j’ose encore nommer une Geste de la Parole divine, est aussi semblable à une perche tendue (du ciel) à des mains stimulées – à la fois délicatement et fermement – pour qu’elles sortent de leur léthargie et déploient des activités artisanales, artistiques, desquelles sortiraient des chefs-d’œuvre, capables de servir et de nourrir la vie dans l’esprit du Christ qui cherche des témoins enthousiastes avec des mains actives d’artisans de paix.
La Geste divine mise en scène dans l’intériorité de« Jeanle Théologien » – comme l’appellent de nombreuses églises orientales – est aussi semblable à une ancrecéleste jetée à la mer d’en bas pour assurer la barque « église » menacée de couler dans les tornades artificielles des idéologies multiples. Plutôt que de chercher à les combattre par des contre-courants dogmatiques, juridiques et moralisateurs et d’enfouir ainsi encore davantage le trésor évangélique dans les abysses du cœur humain, ne pourrait-elle pas s’échapper de ces pièges babéliques en se laissant entraîner vers les grands larges2 par les Personnes divines ? Sa mission n’est-elle pas d’y entraîner les assoiffés de justice naviguant avec les grandes marées et grands vents tout en cherchant à maintenir l’équilibre de l’embarcation ? Cette nouvelle ruée vers le grand large la purifierait davantage que de surfer sur la même vague que les opportunistes accusateurs de service l’acculant à dénoncer ses failles par des incessants « mea culpa » qui la fait couler encore davantage, non seulement à ses propres yeux mais aux yeux du monde et d’une certaine justice intransigeante, froide, inhumaine, mortifère dont le but n’est pas de rectifier, de corriger mais de détruire ce que l’on considère au mieux, comme archaïque, mais bien souvent aussi l’adversaire à abattre, le bouc émissaire ; tout ceci pour entretenir cette néo-culture du ressentiment. Les victimes elles-mêmes ne peuvent être réduites à ce désir d’être reconnues pour pouvoir être remboursées et se venger contre un ennemi apparenté à un système pervers formant des monstres. Ces caricatures médiatiques ne servent pas la dignité due aux victimes, ni n’apaise leur âme et (ou) leur corps meurtri.
J’invite donc humblement et avec courage – celui de l’Espérance théologale, don divin et boussole indiquant toujours le Grand Nord – surtout quand l’horizon est obscurci – à se laisser ravir hors de nos prétentions humaines, appuyés sur Celui qui est, qui était et qui vient nous offrir une expérience lumineuse, profonde et encore inconnue par le grand nombre.
Ce monument littéraire hors norme (sans vouloir heurter les spécialistes des Écritures) de presque 2000 ans est toujours à la mode. Il faut juste un peu d’audace pour affronter le monstre et faire le premier pas. Une avancée d’enfant dansant, peut-être titubant car s’essayant à ses premiers pas tout en ne quittant pas l’appui potentiel ou la main qui pourra lui éviter la chute. En tout cas le p’tiot ne frise pas avec le conformiste. Attention, en effet, de ne pas restreindre cet Univers divin à notre horizon anthropocentré ; il ne nous est pas seulement demandé ici de quitter notre zone de confort. Il y a bien davantage une invitation à sortir de soi-même, à se perdre et donc aussi à perdre son temps dans ce jardin. Le petit ego ne peut prétendre être le maître dans cette itinérance plus proche d’une errance discrètement accompagnée que d’un itinéraire bien balisé selon la mode de chez nous, sédentaire rationaliste, interventionniste…
Sept Ballades ou Cavalcades
Dans cette seconde ouverture je passe de la métaphore marine à celle d’une balade et pourquoi pas aussi d’une « Ballade » ; nous revoici sur la terre ferme, un peu plus sécurisés. Il nous faudra tout de même nous hasarder sur des sentiers à peine tracés au milieu d’une jungle imprévisible, exposés à des dangers potentiels notamment pour le prétentieux petit malin qui croit tout voir, tout savoir, tout prévoir.
Ces sept voies alternatives ouvertes dans le Jardin de l’Apocalypse sont une version inattendue sur notre itinéraire accompagné par toute une armée de guides engagés par le Roi du monde nouveau pour nous aider à franchir son Jardin de merveille. Jadis déjà Il proposa sa Présence directe au premier couple, qui finit par s’effrayer de cette Présence d’Immensité manifestée à l’époque par les pas de Dieu venant fouler son domaine. Il se cache désormais derrière ses serviteurs pour ne pas effrayer ses enfants devenus susceptibles. Ce septénaire plus disparate et dilué dans un océan intrigant et grandiloquent est moins connu que les traditionnelles Béatitudes évangéliques ramassées l’une derrière l’autre en quelques versets dans l’évangile de Matthieu (au chapitre 5). Elles introduisent le sermon sur la montagne et suggèrent l’établissement de la « Loi Nouvelle » apportée par le nouveau Moïse. On a donc raison d’y chercher à ronger la substantielle moelle de la Nouvelle Alliance. Outrepassant la stricte Loi, elle se condense dans les « Béatitudes ». Celles-ci ont nourri et continuent de nourrir la réflexion théologique qui y puise la doctrine libératrice des « conseils évangéliques » et plus largement la vie dans l’Esprit vécue et annoncée par Jésus de Nazareth3.
Le registre des « valeurs » vantées dans ce monde post-chrétien et post-païen n’est qu’un écho plus ou moins lointain de cette harmonieuse mélodie évangélique interprétée par une voie charismatique au timbre riche plein de nuances. Ces valeureux échos s’égarent parfois sous des formes nébuleuses planant dans des idéologies ambiantes sans fondement, ni orientation ; ballottés de tous côtés par des courants d’air pollués empoisonnant et faisant tituber ce qu’il reste de l’être humain qui perd sa terre en attendant de perdre littéralement la tête remplacée par l’intelligence artificielle, pseudo-âme du monde contemporain, orientant le troupeau dans un désert sidéral obscurantiste et nihiliste.
La mise en perspective des sept béatitudes apocalyptiques offre une opportunité pour visiter ce curieux et énigmatique jardin scellant le fameux canon des Écritures. Il est surtout fermé à la majorité des croyants ! La plupart semblent même peu intéressés de le visiter tant il leur apparaît obscur, sans grande importance, réservé à quelques illuminés aux théories fumeuses. Il leur reste peut-être un souvenir caricatural de certaines interprétations fondamentalistes se crispant sur la lettre et les chiffres, en quête d’une date fatidique. Ne pouvant être que déçus par ces exégètes de pacotille, ils ont sans doute bien fait de jeter la marchandise par-dessus bord ; la barque de Pierre n’a pas besoin d’être plombée par une propagande douteuse supplémentaire. Par contre, il n’est pas sage de la part des matelots de jeter le bébé avec l’eau sale du bain. Et si le bébé « apocalypso » était le levier les rendant capables d’ouvrir grandes les voiles, qui à leur tour captent le vent ?…
Pour revenir sur la terre ferme – ma seconde métaphore – je comparerais encore le texte de l’Apocalypse à une carte contenant l’itinéraire vers la Création Nouvelle. Encore faut-il savoir la lire et s’orienter en conséquence et concrètement. Les sept percées lumineuses pointées par le doigt du prophète Jean orientent et stimulent notre confiance. Elles ravivent notre quête vers la Béatitude singulière et ultime proposée par la Bonté divine. Sans cette Espérance appuyée sur la Providence divine oserions-nous nous hasarder dans cette jungle sans attrait pour nos concupiscences et inaccessible à nos seuls repères rationnels ?
Les sept bornes repérables n’épuisent certes pas l’Infini étendu du Domaine divin ; cette mini-quête ne prétend pas encadrer d’un regard exhaustif cette Apocalypse. Juste une petite enquête avec les moyens d’un homme ordinaire sans outils sophistiqués. Pas de prétentions scientifiques, spécialistiques, balistiques pour tuer et remplacer le Monstre ancestral et prétendre l’enterrer aux oubliettes en dessous de mon propre ego. Je pars sur la route, accompagné de mon cheval blanc4, intérieur, assisté de son énergie fougueuse. De là me vient ce désir fou de partir en chevalier à la quête du Graal. Entouré d’une armée, d’une longue lignée prophétique biblique et aussi hellénique, je pars confiant. Le berceau de la philosophie en Grèce, n’est-il pas lui aussi construit par les muses entraînant Parménide en cavale sur les airs de l’Être ? Motivé par un appétit du cœur qui a trouvé dans la Révélation de Jésus une nourriture substantielle promise chaque jour à l’enfant de Dieu ; celui qui n’est pas né « ni de la chair, ni du sang, ni d’un vouloir d’homme mais de Dieu »5.
Les cavalcades puériles proposées ici ne sont cependant pas le fruit de délires cherchant à s’extraire de la condition humaine et d’un certain contexte spirituel nihiliste succédant au relativisme. Elles seraient au contraire comme des sentiers de senteurs subtiles enracinant notre personne humaine sur un sol naturel solide, vivant, sans pourtant l’engloutir dans le catastrophisme ambiant, ni lui donner l’illusion d’un nouveau paradis perdu à rebâtir sur les ruines. Ces chevauchées derrière le Logos de Dieu6 nous orientent plus vers la reconnaissance de notre appétit personnel en quête de la saveur de l’Agneau, figure centrale et récurrente sur le chemin de sagesse. Elles sont enfin comme les voix humaines d’une école buissonnière suivant l’Agneau « doux et humble de cœur »7 invitant à se reposer sur de gras pâturages. Cela présuppose aussi un vrai labeur éprouvant le désir vrai, distinct d’un caprice de curiosité plus ou moins malsaine.
Dans cette quête libératrice de la Sagesse jouant dans son jardin auprès de ses enfants, j’ai pris mes aises avec la lettre du texte, tentant une traduction plus singulière des sept béatitudes. J’ai voulu conjuguer le terme grec « makarios » – traduit usuellement par « heureux » ou « bienheureux » – avec un vocabulaire alternatif qui voudrait mettre en évidence les mille nuances enfouies dans ce substantif. Ceci est aussi en vue de renouveler notre pensée qui, à force de se crisper sur un mot ordinaire connu à force de l’entendre, de le lire, use et abuse du réel qu’il désigne au point de finir par identifier le mot, la pensée et la réalité. Les ornières du nominalisme encore bien installé dans de nombreux esprits, favorisant ce rétrécissement mortuaire.
Emprunté à la culture littéraire grecque l’épithète « makar » est utilisé notamment dans l’Iliade (I 339) ; il y qualifie l’état « bienheureux » des dieux par opposition aux hommes mortels. La tradition théologique chrétienne naissante respectant la culture dans laquelle elle va puiser ses outils conceptuels, ne va pas annihiler cette distinction entre bonheur humain et béatitude divine. Sans nier la différence et en reconnaissant ce bonheur humain légitime, elle affirme aussi – appuyée sur son Seigneur – la possibilité pour chaque être humain d’hériter de la béatitude divine. La Révélation de Jésus apporte cette folle Espérance puisque le Verbe éternel ayant assumé notre nature humaine en sa Personne est venu élever chacun des enfants du Père à sa vie divine. Cette vocation divine de l’humain est résumée dans la célèbre affirmation de l’Église indivise des tous premiers siècles :
« Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne dieu. »8
Avant cet aphorisme, l’apôtre Pierre manifeste cette promesse d’une manière explicite :
« Afin que vous deveniez participants de la divine nature. »9
Ce mystère est le noyau dur de la Révélation du Monogène10 et on ne peut prétendre l’enfermer dans une unique citation, dans un seul dogme, ni dans leur somme ; tout le travail théologique depuis les premiers disciples dont Jean fait partie, a pour mission, non pas tant d’expliquer rationnellement ou analytiquement ou de comprendre et encore moins de prouver quelque chose du donné révélé, mais de pointer ce noyau et de s’orienter vers cette énergie atomique personnelle pour la laisser irradier l’âme puis le corps. Les premiers écrits néotestamentaires ont initié cette démarche et invitent donc chacun de nous à s’approprier le Mystère, à l’approcher, non pas pour l’assimiler mais pour en vivre, pour laisser Dieu vivre en nous. Mais la démarche ne peut s’accomplir que si elle est une rencontre de personne à Personne11 ; il y a dans la quête du Logos présenté dans le prologue du quatrième évangile, un chemin singulier et unique propre à chacun ; cette quête a cependant besoin d’être initiée ; et parmi les itinéraires certains sont plus sûrs d’aboutir sans perdre de vue la compagnie de l’Agneau aux côtés des pèlerins que nous sommes. Les multiples démarches théologiques donnent une large palette au disciple en marche sur le chemin de la Béatitude. La voie proposée par l’Apocalypse de Jésus-Christ – en plus d’être toute proche de la Source – a la singularité d’avoir un mode poétique assumant la dimension artistique inhérente à la condition humaine. Cette légende12 usant de la métaphore adoptée par le Révélateur prend en compte cette dimension artistique qui conduit à travers la sensibilité, l’imaginaire, l’affectivité humaine à se laisser imprégner progressivement dans toute la complexité de sa personnalité. L’Artiste de l’Apocalypse rappelle qu’il n’y a pas que l’intelligence théologique spéculative à convertir dans la personne humaine. Le pédagogue divin veut entraîner toute notre personnalité jusqu’au ciel. Il s’en donne les moyens ; sinon pourquoi serait-il devenu homme, charpentier, poète, fils, ami, frère… ?
Je te propose donc – âme enthousiaste – de délaisser les appuis trop figés de ce monde connu, peut-être de changer ta prise assurée, d’accepter des moments d’errance ou des montées trop abruptes sans forcément chercher à tout maîtriser. Quand on est nourri par la confiance, on marche ! Souvent sans comprendre ! Dans ce monde en perpétuel mouvement que personne n’aurait la prétention de stopper ! Sauf, peut-être quelques Don Quichotte attardés. On accepte modestement de passer, sans butiner tout ce qui est sur le chemin. Il y a ici des réserves inépuisables qu’il n’est pas besoin de vouloir tout s’approprier. Il suffit souvent de se décharger, d’admirer, de respecter sans avoir besoin de juger. Il n’est pas sage de s’alourdir d’un savoir quand le Très-Haut nous invite à contempler le panorama. Il nous apprend progressivement à nous alléger avec joie et à braver l’inquiétude d’une situation peu conventionnelle : sur les ailes de l’aigle13, celles qui ont aussi porté Jean de Patmos. Qualifié unanimement par la tradition comme l’aigle nous ouvrant les yeux sur le panorama céleste, il adopta surtout une position non conformiste sur le dos de l’Aigle céleste14. Ce courage l’honore et manifeste sa dignité. À notre tour de le suivre courageusement dans ce Jardin de Géants en se faisant petits, adossés sur l’oiseau des grands vents et de haute volée15. Comme un voleur, parfois et plus souvent que nous pourrions l’imaginer, il fait une plongée discrète mais fulgurante pour prendre une victime, pour rapter et capter les cœurs des habitants de la terre et les métamorphoser en chevaliers du ciel.
L’Aventure périlleuse en vaut la peine, celle des fruits récoltés de ces sept ballades ; elles sont quelques rejetons, des fruits mûrs tombés de l’Arbre de vie.
2 Cette stratégie de la fuite en Dieu – qui n’est pas la fuite du monde ; elle ne débouche sur rien de salutaire – est un orient, une boussole mise en évidence par la « femme » du chapitre 12. Dans un autre contexte, celui du premier testament, le poète Jean Grosjean décrit avec sa subtilité cette stratégie de la fuite : « Maintenant que le roi faisait scintiller ses fastes, il fallait vivre à l’écart pour apercevoir encore les lueurs d’en haut », extrait de son essai sur Élie, chez Flammarion, premier chapitre, p. 8.
3« Les Béatitudes révèlent le mystère du Christ lui-même, elles nous appellent à entrer en communion avec le Christ. Mais précisément, à cause de leur caractère christologique caché, elles sont des signes qui indiquent aussi la voie à l’Église qui doit reconnaître en elles son modèle ; elles constituent pour chaque fidèle des indications pour suivre le Christ, même si c’est de façon différente, en fonction de la diversité des vocations. » Joseph Ratzinger dans « Jésus de Nazareth », chez Flammarion, champs essais, 2008, p. 95-96.
4« J’ai vu, et voilà un cheval blanc ; celui qui le montait tenait un arc, une couronne lui fut donnée, et il sortit en vainqueur et pour vaincre encore. » (6, 2). Ce premier cheval précédant les trois autres, n’est pas un destructeur, d’après moi. Pourtant la plupart des commentaires mettent ces quatre cavaliers dans le même sac des envahisseurs, comme des alliés. Cette manière trop rationnelle d’interpréter ne tient pas compte de l’ensemble de la Révélation. Je ne peux développer ici cette exégèse judicieusement développée par André Feuillet, exégète renommé qui a longuement développé ceci. J’en profite pour faire l’éloge de ce fin lecteur respectant la lettre tout en la replaçant dans son contexte pour servir, à terme, la lecture de l’enfant de Dieu pouvant profiter de cette saine cuisine préparatoire pour donner une nourriture solide à un estomac affamé du vrai pain du ciel.
5 Cf. Jn. 1, 13.
6« Puis, j’ai vu le ciel ouvert, et voici un cheval blanc ; celui qui le monte s’appelle Fidèle et Véritable, il juge et fait la guerre avec justice. Ses yeux sont comme une flamme ardente, il a plusieurs diadèmes sur la tête et un nom écrit que personne ne connaît sauf lui-même. Il est habillé d’un vêtement trempé dans le sang et le nom qu’il porte est “le Verbe de Dieu” », Ap 19, 11-13, trad du texte liturgique catholique.
7 Mt 11, 28.
8« Cette affirmation ne représente pas l’opinion d’un penseur isolé, elle résume la foi de l’Église concernant l’anthropologie, elle signifie l’essentiel du message chrétien qui unit le mystère de l’Incarnation (Dieu s’est fait homme) à celui de la Rédemption, que l’Orient chrétien exprime en termes de divinisation. (…) La véritable nouveauté du christianisme peut en définitive se résumer à cette phrase célèbre, si souvent citée, qui est tirée du Traité sur l’Incarnation de saint Athanase : “Le Verbe de Dieu s’est fait lui-même homme pour que nous soyons faits Dieu” (n. 54), ou “afin que nous ayons part à l’incorruptibilité”. » « L’homme transfiguré par l’Esprit : Lumière de l’Orient sur la vie consacrée », par Michelina Tenace, éditions Lessius, 2005, p. 71… 74.
9 2 P1,4.
10« Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, dans le sein du Père, nous en a fait l’exégèse », Jn1,18.
11 Cette précision est pour moi capitale et précise l’intention profonde de cet essai qui est une démarche théologique ordonnée directement à la contemplation, à la prière, à un dialogue avec le Vivant, Jésus Ressuscité. Pour mieux saisir cette démarche méthodologique, je renvoie aux 2 avant-propos du « Jésus de Nazareth » de Joseph Ratzinger, développant magistralement sa méthodologie ; je m’inscris humblement dans cette démarche théologique. Même si l’essai est plus ciblé sur la thématique que j’aborde, ce grand théologien est pour moi une référence, indépendamment même, d’une certaine façon, de son autorité de pape. Comme il le précise lui-même, dans cet ouvrage, c’est sa démarche personnelle assumant l’intelligence de la Foi qui importe ici.
12 La légende au sens étymologique vient du latin « légenda » forme grammaticale particulière du verbe lire ; elle signifie soit une obligation : ce qu’il faut lire, à lire ; soit un gérondif : lisant. Je l’utilise ici dans ce sens, soit : ce qu’il convient de lire comme nous l’exhorte Jean de Patmos au début du livre, dans la première ballade ou béatitude : « heureux celui qui lit… »
