Les boucles de mon ange - Hélène Mas - E-Book

Les boucles de mon ange E-Book

Hélène Mas

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Beschreibung

Ils se sont trouvés dans le silence et s'aiment dans l'ombre. Une promesse douce, suspendue au fil des jours lycéens et des regards furtifs. Mais l'amour, parfois, dérange. Quand Antoine découvre leur secret, le fragile équilibre s'effondre. Séparés par la peur, par l'honneur, par la famille, Clara et Quentin doivent affronter seuls un monde qui les étouffe. Tenir, c'est tout ce qu'il leur reste. Mais jusqu'à quel prix, quand, dans les couloirs du lycée, une menace invisible grandit, ignorée de tous ? Sous la pression du harcèlement, Clara vacille et perd pied jusqu'à ce que l'avenir cesse d'exister à ses yeux. Face au temps et au poids des non-dits, l'amour peut-il résister envers et contre tout ?

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Veröffentlichungsjahr: 2023

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Les boucles de mon ange

(série en 2 tomes)

Les boucles de mon ange – tome 1 : Ce que tu caches derrière ton regard

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Souvenirs – Tome 2

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(série en 4 tomes)

La marque des Bannis – Tome I

La marque des Bannis – Tome II

La marque des Bannis – Tome III

La marque des Bannis – Tome IV

Table des matières

Première partie

.1.

.2.

.3.

.4.

.5.

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.7.

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.9.

.10.

.11.

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Deuxième partie

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.109.

.110.

.111.

.112.

Épilogue

Première partie

.1.

…Clara…

Ce matin-là, je me réveillai stressée et pas qu’un peu.

— Tu ne manges pas ? s’enquit Antoine comme je demeurai immobile devant mon bol.

— Si, si, me hâtai-je à tenter d’engloutir quelques cuillérées de céréales.

Mais malgré mes efforts, je ne parvins qu’à ingurgiter un maigre quart de mon petit déjeuner. Discrètement pour ne pas inquiéter mon frère, je jetai le reste à la poubelle. Gâcher de la nourriture me répugnait en temps normal, mais là, il m’était impossible d’avaler quoi que ce soit.

Mon stress ?

Revoir Quentin pour la première fois depuis la soirée du Nouvel An !

Aujourd’hui sonnait l’heure de la reprise et lundi rimait donc avec cours de spé SVT. Je n’avais pas arrêté de penser à lui un seul instant et je me demandais s’il en était de même de son côté. Je craignais qu’entre temps il n’ait songé que cela était ridicule pour lui de s’amouracher de moi.

La confiance en moi n’était pas ma plus fidèle alliée !

En avance pour mon bus, ce qui s’avérait plutôt rare, je piétinai sur place afin de me réchauffer. Pour une fois, la météo du mois de janvier correspondait bien à la saison.

Au lycée, j’eus du mal à me concentrer, et ce d’autant plus que je n’avais pas d’amis pour me changer les idées et m’aider à me déstresser de ce moment fatidique où je le reverrais enfin.

Enfin presque.

Car bien évidemment, mes « fidèles camarades » les « Pops », eux, ne semblaient pas avoir pris la bonne résolution de me laisser tranquille. Au contraire même. Il faut croire que je leur avais manqué ! Et que Morgane me déleste de mon repas à la cantine m’ennuya à peine tant j’étais toujours trop préoccupée pour réussir à manger quoi que ce soit là aussi.

Lorsque la cloche sonna, je me rendis doucement vers le bâtiment où se déroulerait notre prochain cours, celui de SVT.

Dans la cage d’escalier, je grimpai les marches plus lentement encore. Le second étage me parut des plus lointain.

— Mouton est à la traine, envoyez les chiens ! me bouscula Ronan en passant près de moi.

Honnêtement, je n’eus aucune réaction tant je me focalisais sur la porte de la salle que je pouvais à présent distinguer nettement.

J’entrai dans la salle en même temps que d’autres de mes camarades afin de me donner un peu de courage. Sans ce maigre courage, j’aurais pu sans peine opérer un demi-tour dans l’instant et sécher le cours tant je craignais de découvrir un professeur Andrea tout ce qu’il y avait de plus « professeur ».

— Bonjour, lançai-je timidement en passant à hauteur de son bureau.

Inutile de me faufiler incognito jusqu’à ma place, car il réorganisait ses dossiers, face à nous, et n’aurait donc pas pu me manquer.

— Bonjour…, mademoiselle Millet, me salua-t-il en retour d’un rapide hochement de tête.

Cette simple salutation, habituelle au demeurant et banale pour tous, ne le fut pas pour nous. Nos regards se croisant, je crus un instant le temps suspendu. Était-il possible qu’être amoureux rende ces moments pourtant si brefs et si furtifs, en moments si doux ?

Un sourire timide s’invita sur ses traits, qu’il tenta par tous les moyens de dissimuler, sans grands succès, me donnant cette impression d’être devenue quelqu’un d’unique. Je me mordis les joues pour ne pas en faire autant et je me hâtai de détourner le regard pour marcher d’un pas soudainement plus précipité jusqu’au fond de la classe. Plongeant la tête au fin fond de mon sac, je m’accordai néanmoins le droit de zieuter une fois encore en direction de Quentin et je ne pus m’empêcher d’esquisser un petit sourire attendri. Il se démenait pour reprendre un visage impassible en remettant en ordre des feuilles devant lui. Mais sans y parvenir apparemment puisque finalement il se leva un peu brusquement pour se tourner vers le tableau qu’il entreprit de nettoyer avec force alors qu’il se montrait déjà exempt de toutes marques.

Mais étant donné que le reste de la classe piaillait à tout va, personne ne releva cet étrange comportement.

En cet instant, je me demandai si jusqu’à ce que nous nous revoyions enfin, il avait ressenti le même stress que moi depuis ce matin. Je ne saurais le dire.

.2.

…Quentin…

Je me sentais fébrile.

Est-ce en raison de nos différences ?

Est-ce la peur qu’elle décide que je ne lui conviens pas pour tout un tas de raisons que je pouvais comprendre ?

J’imagine que je m’inquiétais trop, car quand elle apparut, je m’apaisai immédiatement, rassuré de la découvrir à nouveau là, face à moi.

L’inconvénient majeur que je constatai en notant sa présence dans ma salle, c’est qu’un seul regard de sa part me chamboula tout à fait cette fois-ci.

Le simple fait de me rappeler que depuis le jour de l’an il ne s’agissait plus d’un hypothétique flirt où nous ignorions quoi penser réellement de la situation troublait mon rythme cardiaque. Mon cœur ne savait plus comment battre. Maintenant que les choses s’avéraient claires entre nous, c’en était presque plus déstabilisant encore pour moi.

Au cours de ce créneau commun, je ne pus poser les yeux une seule fois sur mon ange. Non pas que je n’en avais pas envie, au contraire cela me démangeait à m’en damner, mais je craignais tout bonnement de me trahir devant mes élèves.

J’espérais qu’elle ne me tienne pas rigueur de cette apparente mise à l’écart, car pour le moment je me montrais tout simplement incapable de croiser son regard sans risquer de m’y noyer. Mieux valait ne pas oublier où je me trouvais et devant qui je me trouvais. Peut-être avec le temps parviendrais-je à la contempler sans me trahir aussitôt. De penser à tous ces futurs moments avec elle, je recommençai à sentir ce sourire bête et heureux s’inviter sur mes traits.

Bon sang, Quentin, ressaisis-toi, tes élèves t’observent !

.3.

…Quentin…

— Mademoiselle Millet, puisque vous êtes encore là, pourriez-vous passer déposer un document pour moi à l’administration, s’il vous plaît ? l’interpellai-je alors qu’une grande partie de sa classe avait déjà déserté mon cours.

Hochant simplement la tête sans me regarder, elle termina de ranger son sac et remonta d’un pas tendu l’allée menant jusqu’à mon bureau.

Mon ange se montrait nerveux, je le voyais comme le nez au milieu de la figure. Ne t’inquiète pas, songeai-je, je le suis tout autant que toi !

— Tenez, il s’agit de ce document-là, lui remis-je un formulaire.

Constatant que le dernier de ses camarades quittait ma salle, je me relâchai légèrement. Mais juste légèrement.

— Tu peux y jeter un coup d’œil, l’invitai-je à le consulter en reprenant un ton plus familier qui, je le remarquai, lui provoqua un frisson.

Ne frissonne pas ainsi à ma voix, mon ange, ou je risque de me perdre en chemin, pensai-je en zieutant rapidement vers ses lèvres avant de me secouer. Heureusement pour moi, elle n’avait pas relevé mon étrange manège visuel.

Obéissant à ma demande, elle parcourait le document. Je vis l’étonnement apparaitre sur son visage, bien vite remplacé par un timide sourire. À présent, elle hochait vivement la tête.

— Alors, c’est d’accord ? préférai-je tout de même avoir confirmation.

Elle hocha de nouveau la tête sans pour autant quitter la feuille des yeux.

— Mon ange aurait-il perdu la parole ? me moquai-je gentiment.

Un rose certain s’invita sur ses joues et je dus me forcer à garder mes mains dans mes poches.

— J’adore quand tu rougis, murmurai-je pour qu’elle seule entende si jamais une oreille indiscrète devait se trouver dans le couloir.

Son rose vira au rouge.

— Aurais-je droit à un regard ?

Elle releva lentement la tête et me sourit intimidée quand ses prunelles rencontrèrent les miennes.

— OK, je n’aurais pas dû te demander ça ! grimaçai-je.

— Pourquoi donc ? s’étonna-t-elle.

Sa curiosité demeurait bien toujours plus forte que sa timidité.

— Parce que j’ai encore plus envie de t’embrasser à présent, soupiraije à voix basse dans une expression contrite tout en ne pouvant m’empêcher à nouveau de scruter avec désir ses lèvres que je savais maintenant aussi douces que dans mes souvenirs.

Elle eut un léger mouvement de recul en même temps qu’elle jetait un œil à la porte grande ouverte. Je me repris, en songeant qu’à me voir agir ainsi elle allait s’effrayer de ma présence. Inutile de risquer de lui rappeler cet écart involontaire de ma part dans sa salle de bain qui l’avait apeurée là également.

— Ne t’inquiète pas, je ne me montrerai pas inconscient, secouai-je la tête. En plus, je dois t’avouer que le contexte « lycée » ne me plaît pas trop. Je nous préfère dehors, d’égal à égal.

Elle sembla rassurée.

— Moi aussi, je préfère, osa-t-elle finalement me répondre en plongeant de nouveau son regard envoutant dans le mien.

Aucune pensée, Quentin !

— D’où cette invitation, la renseignai-je en détournant les yeux pour feindre de remettre de l’ordre dans un tas de feuilles sur mon bureau. Nous pourrons nous y retrouver plus sereinement samedi. Et ce petit café apparait paisible et discret, nous n’y serons pas ennuyés par qui que ce soit, souhaitai-je la tranquilliser là encore. Je crois qu’il serait bien que nous discutions un peu au calme.

Et surtout dans un endroit où elle se sentirait à l’aise. Ici, cela s’avérait tout à fait impossible et chez moi cela aurait été pire. Je ne voulais aucunement précipiter les choses entre nous, il nous fallait donc un terrain neutre.

Elle hocha de nouveau la tête. Elle avait vraiment perdu sa langue dans sa soudaine timidité face à moi et je trouvais ça des plus mignon.

Un silence s’installa, un peu gêné, mais vite rompu par le bruit des pas d’élèves qui remontaient le couloir.

Clara se hâta de reposer le document sur mon bureau et me saluant rapidement, d’un ton très formel, mais pourvu d’un regard embarrassé, elle quitta les lieux au plus vite.

En raison de ce départ quelque peu précipité, je me rendis compte que contrairement à ce que j’avais planifié initialement départ, je n’avais pas eu le temps de lui dire de conserver la feuille. Sur celle-ci, au milieu de diverses annotations, où mon invitation se trouvait indiquée, j’y avais également inscrit mon numéro de téléphone.

.4.

…Quentin…

Je prévoyais déjà de retenter ma chance pour lui donner mon numéro à la fin de ce nouveau créneau de cours avec la terminale 05.

La classe de Clara planchait sur un devoir à demi surprise qui retraçait surtout ce que nous avions vu au cours précédent. Mes élèves m’en voulaient un peu de ces petits devoirs réguliers que je leur imposais, mais je savais que de cette manière, ils retiendraient plus facilement les différents chapitres que nous devions étudier. Et puis de toute façon, c’était moi le prof, donc je décidais à ma guise, point à la ligne.

Durant ces trente minutes que je leur accordais pour répondre, je ne cessai pas une seule fois de songer à mon ange. J’avais hâte que samedi arrive pour pouvoir enfin la revoir en tête à tête, sans personne autour de nous qui risquerait de nous interrompre ou pire de nous surprendre au plus mauvais moment. J’avais besoin d’échanger avec elle sur notre situation qui malheureusement ne se montrait pas forcément des plus simples.

Nous n’avions repris la leçon que depuis dix minutes et pourtant, Mélia et ses copines bavardaient depuis sans relâche entre elles, sans gêne, bien qu’à voix basse.

— Bon, le premier rang, me tournai-je exaspéré, soit vous vous calmez et vous redevenez attentives soit vous allez aller finir votre conversation chez la CPE, entendu ?

— Mais m’sieur, on parle de vous donc c’est en partie en rapport avec votre cours ! se défendit Royer innocemment.

— Eh bien, en ce cas, faites-nous donc profiter de ces messes basses, soupirai-je quelque peu excédé par leur attitude.

— En fait, avec les filles on a prévu de se refaire une couleur demain et il se trouve que j’ai flashé sur le balayage de votre copine et j’aurais aimé que vous lui demandiez la référence exacte de sa couleur ? minauda-t-elle.

J’eus un temps d’arrêt en même temps qu’une sueur froide me traversa.

— Pa… pardon ? Ma… copine ?

— Oui, votre copine, assura-t-elle. Celle que vous bécotiez hier soir près de votre voiture sur le parking après les cours.

Une nouvelle sueur froide me parcourut.

— Ouais, m’sieur, sérieux, s’invita dans la conversation Sollier, c’est une bombasse votre copine, en plus. Elle a de ces obus ! en mima-t-il les formes dans l’air devant lui.

— Mais, je…

— En tout cas, vu le patin que vous vous êtes roulé, ça devait être quelque chose ! surenchérit-il.

— En même temps, avec quelques années de plus, j’aurais tenté ma chance moi aussi, parce que vous êtes plutôt bien foutu pour un prof ! pouffa bêtement Royer. Donc du coup, vous la lui demanderez ? revint-elle à la charge.

J’allais pour répondre quand on me devança.

— C’est bien beau votre conversation, mais honnêtement on n’en a rien à foutre, nous, et on voudrait reprendre le cours ! gronda une voix en provenance du fond de la classe. Dites-le-nous surtout si on vous dérange !

Alerté par son timbre des plus glacial, je portai le regard sur Clara qui venait de s’exprimer. Elle nous toisait d’un œil noir et je savais qu’il m’était destiné à moi en particulier. Son ton contrastait avec la pâleur qu’elle affichait et dont je me doutai l’origine. Bon sang, comment allais-je pouvoir m’expliquer avec elle ?

— Bah, ouais, exactement, tu nous déranges ! Mais c’est marrant, ça ne m’étonne pas que ce soit toi qui veuilles changer de sujet, gloussa méchamment Royer. Ça doit te rappeler sans doute que justement tu n’en as pas… de formes…, traça-t-elle deux traits verticaux dans l’air.

Des ricanements fusèrent de la part de ses condisciples tandis que Clara serrait la mâchoire, à deux doigts d’exploser.

La situation qui était déjà en train de m’échapper allait devenir plus compliquée encore si je n’intervenais pas.

— Stop, on arrête immédiatement ces conversations qui n’ont rien à faire dans une salle de cours et on reprend là où l’on en était ! intimaije.

Bon Dieu, Clara, n’écoute pas ces idiotes ! la suppliai-je intérieurement même si je n’ignorai pas que ma prière demeurerait vaine.

— Mais vous lui demanderez ? s’entêta cette cruche de Royer une nouvelle fois.

Je me pinçai le nez.

— Non, pour la simple et bonne raison que ce n’était pas ma copine !

— Oui, si vous voulez, bah, vous demanderez à votre coup d’un soir alors, haussa-t-elle les épaules. Parce que vu comment vous l’avez embarquée dans votre voiture pour filer en quatrième vitesse avec elle accrochée à votre cou, ce n’était sûrement pas pour aller au supermarché !

Je la regardai les yeux ronds. Elle était sérieuse là ?

— Hé, m’sieur, on est en terminale, pas la peine d’être choqué, s’amusa Sollier. Les choses de la vie on les connait déjà depuis longtemps ! Vous aussi vous avez le droit…

— La vie, c’est aussi se la fermer pour ne pas emmerder les autres qui veulent suivre un putain de cours ! s’exclama furieuse Clara dont la tirade me laissa sans voix de même que ses camarades.

Me rappeler de ne jamais l’énerver, car elle avait du répondant apparemment. Ah, oui, dommage, c’est déjà trop tard puisque c’est ce que je venais pourtant de faire involontairement !!!

— Oui, reprenons ! fis-je volte-face d’une voix blanche mon marqueur toujours à la main.

— Ahah, la toquée ! entendis-je Mélia persifler dans mon dos alors que je redémarrais très tendu la réalisation d’un schéma au tableau.

Je suspendis mon geste en me retournant pour lui demander de la mettre en veilleuse puisque je me doutais du destinataire de sa remarque quand Clara me devança d’une tout autre manière.

— Mais qu’elle me foute la paix cette conne ! s’exclama-t-elle soudainement furieuse en se redressant d’un coup les poings serrés et le regard noir.

— Pardon ? ouvris-je de grands yeux.

— Je veux qu’elle et ses greluches de copines me foutent la paix ! me répéta-t-elle en me fixant droit dans les yeux avant de tourner la tête vers Mélia.

— Bon, je vous prie de rester calme jusqu’à la fin de l’heure, mesdemoiselles, nous règlerons cette histoire entre vous après le cours et…

— Non, il n’y aura pas d’après pour aujourd’hui, je me barre ! déclara Clara en rassemblant ses affaires dans des gestes énervés sous les yeux toujours stupéfaits de ses camarades qui ne l’avaient apparemment jamais vue ainsi.

Je devinai aisément qu’elle se contenait pour ne pas exploser complètement. En même temps, je me doutais que ce jour serait arrivé où elle ne pourrait pas prendre sur elle à une énième moquerie de la part des « Pops ». La goutte d’eau qui fait déborder le vase vient de tomber, et ce en plein milieu de mon cours et entièrement par ma faute !

— Clara, gardez votre sang-froid, je vous prie, et restez là ! tentai-je de la raisonner alors qu’elle marchait à grands pas vers la porte de la salle.

Si elle partait maintenant, je n’aurais plus aucun moyen pour la retenir à la fin de l’heure pour m’expliquer en tête à tête avec elle sur ce qui s’était réellement passé la veille sur ce parking justement !

— Ahah, la toquée a pété un câble ! ricana Mélia.

— ROYER ! lui jetai-je moi-même un regard assassin auquel elle ne prêta aucune attention puisque Clara venait de s’arrêter net sur le seuil de la classe et se retournait lentement pour toiser sa camarade de haut.

Elle esquissa un petit sourire en coin.

— Oui, c’est exact, pauvre cloche !

— Eh, oh, à qui tu crois t’adresser comme ça, pas d’toi’ ? fronça-t-elle les sourcils en faisant mine de se lever alors qu’elle ne bougea pas d’un pouce.

Clara s’avançait à présent vers elle d’un pas déterminé et je me demandais si je ne devais pas m’interposer entre ces deux-là avant que la situation ne dégénère plus. Mais je n’en eus pas le loisir.

— Tu sais quoi, pauvre tache ? lui lança Clara en se penchant dangereusement vers elle tout en s’appuyant sur sa table ce qui fit reculer Mélia sur sa chaise. Tu me saoules, donc maintenant on arrête de jouer ! Tes putains de photos d’Arlier et moi ne valent pas un clou et ne méritent plus que je me laisse martyriser par tes sbires de mes deux ! C’était juste pour que tu lui foutes la paix que je me suis abaissée à te laisser me traiter n’importe comment depuis que je suis arrivée dans ce bahut ! Diffuse-les et essaye donc de nous faire passer pour un couple Arlier et moi, ça ne marchera jamais !

Des murmures se répandirent dans la salle.

— Quoi ? Genre, j’ai bien compris ce que je viens d’entendre ?

— Elle et Arlier ?

— Non, sérieux ?

— Je ne vous ai pas sonné vous autres ! gronda Clara en balayant la classe du regard avant de se reconcentrer sur Mélia qui tentait de se la jouer sereine alors qu’en réalité, je voyais bien qu’elle n’en menait pas large.

Théoriquement, j’aurais pu intervenir, mais en pratique, je restai un peu choqué en comprenant enfin pourquoi elle s’était laissée faire depuis tout ce temps : elle était enchainée par un chantage.

— Pour ta gouverne, pauvre tache, Arlier, c’est mon frère ! Je n’avais juste pas envie qu’il soit ennuyé par ta faute et que nous devions nous justifier ensuite à devoir expliquer ma vie privée de merde devant le dirlo !

Sur ces mots, et sans aucun signe annonciateur, Clara lui colla soudainement une droite qui fit basculer sa camarade de sa chaise avant de quitter la salle sans me jeter le moindre regard, preuve qu’elle me déconsidérait totalement à présent.

Stupéfié en me rendant compte de tout ce qui venait de se passer en à peine une dizaine de minutes, je n’eus même pas le réflexe d’aller voir si la lycéenne allait bien. Pour tout avouer, je m’en fichais complètement en fait, j’avais surtout envie de rattraper Clara, mais cela aurait paru bizarre que j’abandonne le reste de ma classe comme ça après cet incident.

— Mais, mais…, réagissez, m’sieur ! s’exclama l’une des amies de Mélia qui l’aidait à se rasseoir.

Cette dernière ne semblait pas comprendre ce qui venait de se passer. Effectivement, je me devais de me ressaisir.

— Réagir ? Mais pourquoi ? m’étonnai-je innocemment.

— Comment ça, pourquoi ? La toquée, elle a débloqué grave et a frappé Mélia !

— Et alors ? haussai-je les épaules. Que voulez-vous que je fasse ?

— Bah, collez-là pour le reste de l’année ! Faites intervenir le conseil de discipline et virez-la d’ici !

J’affichai un petit sourire en coin.

— Vous savez que quand on joue avec le feu, on finit toujours par se brûler ?

— Pardon ? se récria Mélia.

— Si vous voulez qu’on se rende chez le proviseur, c’est entendu, mais en ce cas-là, je vous emmène vous et vos copines ainsi que ces messieurs, ajoutai-je en en désignant certains près du mur. Comme ça, on jouera cartes sur table pour le fait que vous harcelez psychologiquement et physiquement l’une de vos camarades depuis la seconde en usant en plus de chantage. Malheureusement pour vous, je n’ai pas les yeux dans mes poches et mes oreilles trainent un peu partout. Je possède ainsi toutes les preuves qu’il faut avec moi. Donc si j’étais vous, je me montrerais contente de m’être juste pris son poing dans la figure, ça vous remettra sans doute les idées en place ! Et ça vous évitera par la même occasion d’être virée de ce lycée avec tous ceux impliqués dans cette histoire. Ce serait dommage pour vous avec le bac qui approche. Je ne donnerai alors pas cher de votre peau pour pouvoir rejoindre un autre établissement et passer vos examens puisque votre dossier se retrouvera bien alourdi par vos « exploits » de lycéens. En ce qui concerne votre camarade, le proviseur la sanctionnera sans doute d’un avertissement et encore, j’en doute. Vous comprenez bien tout ce que je viens de vous expliquer ? conclus-je en fixant l’adolescente puis en portant mon regard sur ceux que je savais se jouer de mon ange depuis le début.

C’est avec une certaine satisfaction que je parvins à cacher que je constatai que la jeune fille ainsi que ses camarades visés blêmirent à vue d’œil.

— Enfin, je dis ça, mais peut-être mademoiselle Millet est-elle en ce moment même chez le proviseur pour dénoncer tout ce calvaire que vous lui avez fait subir, avançai-je en me doutant qu’elle ne s’y sera pas rendue. Au moins, ça ferait du vide dans cette classe gangrénée !

Oui, j’y allais un peu fort, mais ça me faisait un bien fou, surtout après le merdier que Royer et sa clique venaient de mettre entre Clara et moi.

— Que les choses soient claires maintenant, je ne veux plus entendre une seule autre phrase qui ne se rapporte pas directement à mon cours ! grondai-je à l’intention de tous. À vos stylos, on reprend là où l’on en était et pour ma part, il ne s’est rien passé aujourd’hui ! Et pour votre bleu, souris-je moqueur à l’adresse de Mélia, je vous laisse trouver une excuse à vos parents puisqu’apparemment vous possédez une imagination débordante pour planifier les pires farces à votre camarade !

Et sans plus me soucier de cet événement secondaire, je récupérai mon feutre pour poursuivre mon schéma explicatif sur le fonctionnement nerveux du cerveau.

Durant l’heure, le silence et l’attention se montraient tels que lorsque je me tournais vers le tableau, j’avais l’impression d’être seul dans la salle. Mon principal regret était de ne pas pouvoir rejoindre Clara. Je voulais pourtant réconforter mon ange quant à cette histoire entre elle et les populaires et éclaircir en même temps le pourquoi du comment de la situation de la veille. Elle devait s’imaginer tant de choses à mon sujet, toutes plus fausses les unes que les autres, et je devinais que j’allais avoir du mal à me disculper auprès d’elle.

.5.

…Clara…

Ne préférant penser à rien pour le moment, je me dirigeai droit vers la salle des professeurs où je savais être mon frère puisqu’il n’avait pas cours à cette heure-là le mercredi.

Je toquai à la porte assez fortement. Je n’avais pas l’intention de m’éterniser dans l’établissement et il me fallait plutôt déguerpir au plus vite du lycée avant que le proviseur ne me convoque. Cela serait tout à fait logique puisque vu ma réaction tout à l’heure Quentin n’aura pas eu d’autre choix que de remonter l’affaire. Quentin, si je le croisais encore celui-là, je lui en collerais une bonne aussi ! Il avait de la chance que moi au moins je savais tenir ma langue !

— Inutile de détruire cette porte, mademoiselle Millet, je vous assure qu’elle ne vous a rien fait, m’interpella l’un des profs d’anglais que j’avais eu l’année précédente en me découvrant sur le seuil de leur salle. En quoi puis-je vous apporter mon aide ?

— Est-ce que monsieur Arlier est là, s’il vous plaît ?

— Oui, il est là, je vais le chercher…

— Non, pas la peine, ça ne prendra qu’une minute ! passai-je sous son bras pour m’autoriser moi-même à pénétrer dans ce lieu sacré.

OK, normalement, c’est strictement interdit. La salle des professeurs, comme son nom l’indique, c’est seulement pour les profs, mais là honnêtement, être convoqué pour un ou deux motifs par le proviseur, ça ne ferait pas grande différence !

Je l’avisai de dos en train de discuter avec ses collègues. Personne d’autre que notre classe n’avait cours ou quoi ?

— Antoine ! l’interpellai-je.

Il se tourna.

— Clara ? ne comprit-il pas cette soudaine intrusion vu l’expression de surprise qu’il afficha.

— Je voulais juste te prévenir que finalement ça ne me dérange plus que les gens soient au courant que je suis ta sœur. C’était plus pour toi que je trouvais ça ennuyeux vu ma situation et le fait aussi que je ne sois pas une élève modèle, mais bon, voilà quoi, haussai-je les épaules. En plus moi, je suis fière de t’avoir pour frangin ! lui lançai-je dans un sourire un peu gêné puisque je ne le lui avais jamais dit. Bref, je ne te dérange pas plus longtemps, j’avais juste besoin de t’en faire part. À tout à l’heure à la maison !

Je décampai vite non sans voir que ses collègues présents se tournaient maintenant vers lui pour en savoir plus. Désolée, Antoine, m’excusai-je mentalement, mais je ne tenais plus le coup !

.6.

…Quentin…

— Je témoigne pour Clara quand vous voulez, m’sieur, me déclara Anya en venant devant mon bureau tandis que ses camarades sortaient.

Vu qu’elle n’attendit pas d’être seul pour m’annoncer cela, j’en déduisis qu’elle se fichait ouvertement que cela se sache. Pour ma part, je préférai patienter quelques secondes supplémentaires pour continuer cette conversation.

— C’est gentil à vous, mais je doute que cela soit nécessaire, la remerciai-je d’un hochement de tête. Connaissant un peu mademoiselle Millet, elle ne sera pas allée voir le proviseur pour s’en plaindre puisque l’unique chose qu’elle souhaite, c’est que son frère ne soit pas embêté de quelques manières que ce soit.

— OK, mais si nécessaire, mon offre tiendra toujours. Elle est cool comme nana, vous savez ! Elle nous gardait tous à distance exprès pour qu’on ne se fasse pas ennuyer à notre tour, hocha-t-elle la tête avant de quitter ma salle après un bref salut nonchalant à mon égard.

.7.

…Clara…

Je déverrouillai la porte d’entrée rageusement.

— QUEL ABRUTI ! criai-je une fois la porte claquée derrière moi.

Je me débarrassai de mes chaussures que je jetai énervée dans un coin et je gravis, furieuse, l’escalier.

Parvenue dans ma chambre, je m’immobilisai, folle de rage sur le seuil, avant de finalement envoyer balader au loin mon sac.

Je n’avais pas réfléchi après avoir parlé à Antoine dans la salle des profs et j’étais rentrée directement. Pour la première fois de toute ma scolarité, je séchais les cours et pas qu’un seul en plus !

Mais ma rage m’avait aveuglée tout comme l’amour que je portais à Quentin apparemment !

Le miroir sur ma gauche me renvoya mon reflet. Un reflet peu flatteur à en croire ce que je visualisais en cet instant.

— Et alors ? me récriai-je contre moi-même. Il s’est joué de moi ! Il m’a blessée en embrassant quelqu’un d’autre ! C’est quoi son problème ? Nous ne nous sommes pas revus depuis le jour de l’an, il ne m’a laissé aucune chance de lui prouver que je ne me montrais pas si minable que ça par rapport à lui !

Je trouvais ça étrange qu’en dépit de mon cœur meurtri par cette nouvelle, je n’éprouvai aucune envie de pleurer tant j’étais habitée par la colère. Je lui en voulais comme jamais encore je n’en avais voulu à quelqu’un.

Qu’allait-il me dégoter comme excuse pour en avoir embrassé une autre ?

Il n’avait même pas le prétexte de pouvoir me dire que le soir du réveillon il avait été saoul et qu’il n’avait pas réfléchi à ses actes puisqu’il ne buvait pas !

« Minable », oui, comme je venais de me le lancer à la figure à l’instant ! Il avait compris qu’il détenait une vraie longueur d’avance sur moi et que je me trouvais à la traine en tout, n’étant pas même capable de me défendre correctement face à des moins que rien qui me harcelaient !

Je rigolai nerveusement en repensant à ce qu’il m’avait dit lundi quand il m’avait avertie qu’il n’aimait pas le contexte « lycée » pour notre relation et qu’il fallait que nous parlions. Pourtant, cela n’avait pas l’air de le gêner de s’afficher devant tous sur le parking pour en bécoter une autre !

« Relation ». J’y allais sans doute un peu fort avec ce mot étant donné que j’ignorai complètement à quoi s’apparentaient ces baisers que nous avions échangés jusqu’à présent.

Je pâlis en me rendant compte d’une chose. Et si je m’étais méprise depuis le début et que j’avais interprété à mon envie ses paroles ? Et si comme il l’avait déclaré tout à l’heure, cette nana qu’il avait embrassée la veille n’était effectivement pas sa copine ? Mélia aurait donc raison en évoquant un coup d’un soir de ce fait. Je tentai de me dire que non, que ce devait être autre chose, mais j’eus un réel doute en fin de compte. Je me remémorai alors la nuit du jour de l’an quand il m’avait enlacée dans la salle de bain, qu’il m’avait embrassée dans le cou et que ses mains avaient commencé à s’égarer sur moi. D’y repenser, j’éprouvai un coup de chaud en même temps que l’embarras s’empara de moi à ce souvenir. Cela avait très certainement dû le vexer que je l’interrompe contrairement à ce qu’il m’avait raconté et il se rendait compte finalement que je n’en valais pas la peine ou que j’étais trop coincée pour lui. Oui, mais si je l’avais laissé faire, jusqu’où aurionsnous pu aller ? Dans ma salle de bain en plus ! J’en avais le cœur à l’envers rien que de penser au fait que ça aurait pu déraper cette nuit-là.

Et si c’était de ça qu’il voulait que nous discutions samedi ? Après tout, il m’aurait donné son numéro de téléphone depuis le temps, non ? S’il ne l’avait pas fait jusqu’à présent, c’est qu’il n’avait tout simplement pas envie que je l’ennuie inutilement entre deux de ses rencontres !

— Voilà ce que tu pourras dire de tes années lycée, murmurai-je à mon reflet. Tu as été le souffre-douleur attitré des populaires de ta classe et tu as été le passe-temps mignon d’un prof…

Une larme coula le long de ma joue que j’essuyai nerveusement. Ah, si, finalement j’avais peut-être quand même un peu envie de pleurer de m’être fait avoir si facilement. Je n’aurais pas cru cela possible de la part de Quentin. De lui avoir sauvé la vie autrefois ne lui donnait pas le droit de me traiter de cette façon !

Mais c’est vrai qu’en ce qui concerne les questions que je lui avais posées, je n’avais pas eu le temps, ni l’envie peut-être aussi, de savoir s’il avait une petite amie. J’ignorai tout de son passé amoureux, de même que du nombre de femmes qui auraient pu se tenir anciennement ou actuellement à ses côtés !

.8.

…Clara…

— J’ai séché les cours, annonçai-je tranquillement à mon frère en descendant à sa rencontre comme je l’avais entendu franchir la porte de la maison.

Se tournant vers moi, il fronça les sourcils.

— Tu peux répéter, s’te plaît !

— J’ai séché les cours. Quand je suis venue te voir tout à l’heure, je ne suis pas retournée en classe après, je suis directement rentrée ici. Du coup, je vais avoir besoin d’un mot de ta part si je ne veux pas être collée.

— Clara, sérieux, qu’est-ce qui t’est passé par la tête ? soupira-t-il. Ce n’est pas parce que mes collègues sont maintenant au courant que tu es ma sœur qu’il faut que tu en profites pour faire n’importe quoi !

Son ton restait plutôt calme, je trouve.

— Mes règles.

Il manqua de s’étouffer.

— Euh… tes…, oui, euh… et alors ? bredouilla-t-il.

Je jouais la carte de la facilité étant donné que je savais pertinemment que discuter de ce genre de chose avec moi n’était pas du tout sa tasse de thé et le gênait au plus haut point. Sans doute se rendait-il compte à travers certains de mes changements hormonaux que je grandissais contrairement à ce qu’il aurait souhaité.

— Je n’avais pas prévu que ça tomberait aujourd’hui, je n’avais pas de serviettes sur moi, du coup j’ai paniqué ! J’ai préféré rentrer avant plutôt que de me retrouver avec du sang partout. Elles sont vachement abondantes en ce moment et…

Antoine agita ses mains devant lui comme pour chasser mes paroles.

— Stop, je n’ai pas besoin d’en savoir plus, je te ferai ton mot ! capitula-t-il immédiatement.

Bingo !

— Merci, Toine, t’es le meilleur ! tournai-je les talons.

Il grommela contre moi et ma fichue façon de toujours lui dire les choses telles quelles.

— Pourquoi finalement avoir décidé de nous étaler au grand jour alors ? me questionna mon frère ce soir-là à table.

Je haussai les épaules.

— J’ai songé que ce serait bien et que ça en devenait ridicule de le cacher. Regarde, maintenant que l’on vit ensemble, si quelqu’un du lycée passe dans la rue et nous croise tous les deux entrant ou sortant d’ici. Ou même nous croise en ville, ça pourrait alimenter des rumeurs inutilement, tu ne crois pas ?

Il hocha la tête.

— Oui, c’est sûr. Et puis, maintenant, je peux me targuer d’avoir deux femmes à la maison ! me lança-t-il dans un clin d’œil.

Je rigolai avant de soupirer intérieurement. Apparemment, c’est ce que cet idiot de Quentin avait imaginé aussi, mais lui, c’était pour avoir plusieurs femmes dans son lit !

— À quoi tu penses pour faire cette tête-là ? me tira de ma réflexion Antoine en attrapant le pain près de moi. Un ennui ?

Je secouai la tête.

— Non, ne t’inquiète pas, je repensai simplement à un idiot dans la classe aujourd’hui qui m’a énervée.

— Il t’a embêtée ? fronça-t-il les sourcils.

— Non, il a perturbé le cours et c’est son comportement qui m’a irrité !

— Arf, malheureusement tu verras qu’il y a toujours au moins un élément perturbateur dans une classe, crois en ma noble expérience, ajouta-t-il à la manière d’un vieux sage en lissant consciencieusement une barbe qu’il n’avait pas le moins du monde.

Je pouffai et nous continuâmes de discuter de ses collègues qui l’avaient un peu assailli de questions pour en savoir plus à notre sujet. Antoine me rassura en disant qu’il n’avait rien révélé de gênant au sujet de mon histoire et qu’il avait fait simple.

.9.

…Quentin…

N’ayant pas réussi à l’apercevoir un seul instant dans les couloirs du lycée le jeudi, il ne me restait donc que ce vendredi pour lui demander de me laisser une chance de m’expliquer.

Mais là aussi, j’eus l’impression que cela allait se montrer compliqué.

Contrairement aux quelques fois où elle avait choisi de m’ignorer, aujourd’hui, elle se comportait bien différemment. Non pas en faisant des remous dans ma classe, mais simplement en me fixant froidement.

J’en avais presque du mal à me concentrer sur ce que je disais, car dès que je croisais malencontreusement son regard, je voyais ses yeux gris-vert me lancer des éclairs. Je me sentais mal à l’aise alors que je savais pertinemment que je n’avais rien à me reprocher. Mais comment le lui expliquer si elle ne me laissait pas une seule chance de l’approcher seul à seul ?

Comme les « Pops » se trouvaient relativement calmes, j’en déduisis que cette histoire de chantage s’avérait désormais close, ce qui me rassurait, bien que si je parvenais à renouer avec mon ange, je lui en demanderais confirmation.

— Mademoiselle Millet, vous ne partez pas ! l’informai-je alors que la cloche sonnait la fin de notre créneau qui m’avait paru interminable.

Sérieusement, mon ange, comment peux-tu réussir à me faire me sentir aussi mal simplement en me regardant ?

— Pourquoi ?

Je haussai un sourcil en comprenant qu’elle n’avait pas l’intention de m’écouter.

— Vous avez quitté délibérément mon cours mercredi, séchant le reste de l’heure, justifiai-je ma demande puisque ses camarades demeuraient encore là. Vous écopez donc d’un devoir maison à me rendre pour la prochaine fois.

Elle prit son sac et remonta l’allée d’un pas déterminé avant de me présenter sa paume.

— OK, donnez-le-moi !

Je zieutai autour de nous. Des trainards tardaient à déserter les lieux et je pestai intérieurement contre eux.

— Attendez une seconde que je remette la main dessus, m’excusai-je ainsi de ne pas l’avoir tout de suite en ma possession.

Je fis semblant de commencer à le chercher sur mon bureau.

— Eh bien, vous me le donnerez lundi si d’ici là vous le retrouvez ! Vous ne pouvez pas disposer de moi à votre convenance ! me lança-telle d’un ton glacial en tournant les talons pour gagner la porte.

Avant que je n’aie pu dire quoi que ce soit, elle avait déjà franchi le seuil de la salle, me laissant en plan et surtout interloqué. Cette dernière phrase me visait personnellement et heureusement que les quelques retardataires de sa classe n’avaient cure de notre conversation.

Bon, ça, ce n’était vraiment pas prévu…

.10.

…Quentin…

— Un autre café, monsieur ?

— Oui, s’il vous plaît.

J’avais eu un faible espoir qu’elle se joigne tout de même à moi, mais je devais me faire une raison, elle ne se montrerait pas. J’avais pourtant imaginé qu’elle serait venue à ma rencontre pour que je puisse mettre les choses au clair, mais non.

Cela faisait déjà une heure que j’avais pris place dans ce petit bistrot cosy que je savais tranquille, mais pas la moindre trace de mon ange. Dire que nous aurions dû nous y retrouver pour passer enfin un peu de temps en tête à tête.

Après deux cafés supplémentaires, je décidai que cela ne rimait plus à rien de rester ici à part me miner le moral.

— L’addition, s’il vous plaît, interceptai-je un serveur non loin de moi.

— Tout de suite, monsieur.

D’un pas lourd, je poussai la porte de cette petite brasserie et je repartis vers ma voiture. Mais arrivée à celle-ci, je n’eus pas l’envie de rentrer chez moi. La reverrouillant, je continuai de remonter la rue à pied.

Je me sentais mal. Je m’interrogeais sur ce que pouvait bien penser de moi mon ange pour m’en vouloir à ce point. Après tout ce que je lui avais dit après cette fameuse partie de twister qui avait eu le mérite de nous révéler l’un à l’autre, j’imagine qu’elle croyait dur comme fer que je l’avais menée en bateau. D’autant qu’il y avait eu cette étreinte un peu déplacée de ma part dans sa salle de bain. Sans cela, la situation aurait peut-être été plus simple. Et si elle pensait que je n’avais souhaité que la mettre dans mon lit ?

Pourrait-elle réellement envisager ce genre de chose de moi ? m’inquiétai-je en sentant mon cœur se serrer dans ma poitrine. Elle était jeune, elle m’avait avoué être le premier qu’elle embrassait et là, à présent, elle devait croire que j’étais le pire des goujats à la tromper ou alors à lui cacher que j’avais déjà quelqu’un. Sans doute pensait-elle que j’avais menti en me disant libre quand Cassandra m’en avait posé la question ? Ou bien songeait-elle comme Royer qu’il ne s’agissait que d’un coup d’un soir et auquel cas, ce serait encore pire, je trouvais.

Comment allais-je pouvoir m’expliquer auprès d’elle ?

Il m’était impossible de la forcer à m’écouter, d’autant plus au lycée où je ne pouvais la retenir contre son gré dans la classe. Et je savais pertinemment qu’elle se déroberait chaque fois que je chercherais une excuse pour la garder à la fin d’un cours, tout comme elle me l’avait clairement démontré la veille.

Je ne pouvais pas non plus me rendre chez Antoine, ce serait trop étrange que j’y débarque pour exiger de parler à sa sœur en privé. Et la dernière option s’avérait irréalisable puisqu’il s’agissait de la contacter sur son téléphone, mais là encore je me retrouvais coincé : je ne possédais pas son numéro. Je ne le demandais pas à mes élèves sur mes fiches de renseignement et il m’aurait fallu une raison valable pour l’obtenir auprès de l’administration. D’autant que si j’avais besoin de la joindre pour quoi que ce soit, son frère pouvait être mon interlocuteur, étant donné qu’il se trouvait être aussi mon collègue de travail !

Je n’avais donc plus qu’à m’armer de patience jusqu’à lundi pour la croiser tout en ignorant si j’allais pouvoir parvenir à dénicher un moyen pour nous isoler le temps de discuter. C’est le cœur lourd que j’arpentai les rues, perdu dans mes pensées.

.11.

…Quentin…

— Mademoiselle Millet, j’aimerais vous voir après le cours ! l’informai-je d’entrée de jeu quand elle franchit la porte de la salle en ce début d’heure.

Elle me jeta un regard noir, chargé de reproches, puis hocha rapidement la tête tout en continuant son chemin pour aller s’installer à sa table habituelle.

J’ignore pourquoi, mais je me trouvais déjà persuadé que ce n’est pas aujourd’hui non plus que je parviendrais à lui parler.

Effectivement, à peine la sonnerie retentit que mes élèves rangèrent aussitôt leurs affaires avant de commencer à fuir les lieux. Clara ne fit pas exception à la règle et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, elle avait déjà disparu dans le couloir.

— Bon courage, m’sieur ! me lança tranquillement cheveux rouges en arrivant à ma hauteur. Elle est en rogne en ce moment, personne ne l’approche, alors attendez qu’elle se calme un peu avant de chercher à l’aborder. Ça lui passera, ne vous en faites pas, ce n’est pas dans ses habitudes.

J’avais l’impression de ne pas être prof du tout depuis quelques jours vu la façon dont mon ange snobait mes demandes.

.12.

…Clara…

Mon téléphone sonna alors que je quittais le self après avoir bien mangé. Depuis que j’avais remis les pendules à l’heure à Mélia une semaine pile auparavant, les « Pops » me laissait tranquille et c’en était tout à fait nouveau pour moi. Je pouvais enfin me relaxer un peu plus sans me demander continuellement ce qui allait me tomber dessus. La seule ombre au tableau bien évidemment restait Quentin, mais sans doute avec un peu de temps, je parviendrai à me relever moralement de cette douloureuse expérience. Je l’avais en fin d’après-midi en cours et je n’avais qu’une envie, ne pas m’y rendre, mais ce ne serait pas une solution, j’en étais bien consciente.

Avisant mon écran, je vis qu’il s’agissait d’un numéro inconnu.

— Oui, allo ? décrochai-je machinalement en continuant de marcher pour revenir vers les bâtiments de cours.

— C’est bien Clara Millet ?

— Oui, c’est bien moi, à qui ai-je l’honneur ?

J’avais toujours trouvé ça cool comme façon de demander l’identité de quelqu’un, mais si j’avais su ce que cela m’aurait valu en guise de réponse, je m’en serais abstenue tout de suite !

— Exactement, c’est un honneur que de m’avoir au téléphone, surtout pour toi qui n’est qu’un nuisible squattant sans remords chez mon fils !

Je faillis trébucher en comprenant soudainement l’identité de mon interlocuteur et je me figeai malgré le fait que les nuages loin au-dessus de ma tête se montraient de plus en plus menaçants.

— Je suis Monsieur Arlier, me confirma-t-il en appuyant bien sur le monsieur.

— Vous êtes… le père d’Antoine ? préférai-je redemander pour m’assurer réellement de ce que j’entendais.

— Oui, c’est bien ça. Vous savez, Antoine, celui chez lequel vous squattez depuis peu, l’empêchant de vivre sa vie comme tout homme de son âge !

Pardon ? Qu’est-ce qu’il me chantait là ?

— Maintenant, je voudrais que votre petit jeu s’arrête, vous m’entendez ! Qu’auparavant vous veniez le voir de temps à autre passait encore même si je ne cessai de le prévenir que cela ne vous suffirait pas et que vous alliez chercher à grappiller un peu plus que ce que vous méritez ! Et j’avais raison, voilà que vous l’avez convaincu je ne sais comment à ce qu’il vous laisse vivre chez lui ! Connaissant mon fils, je sais bien qu’il a bon cœur et c’est là-dessus que vous avez dû jouer sans vergogne ! Mais il se retrouve dans de beaux draps maintenant avec une gamine à peine majeure sur les bras et il ignore comment se débarrasser de vous à présent ! Il est tellement gêné de vous avoir ouvert sa porte qu’il ne m’a plus invité ni accepté aucune fois que je franchisse le seuil de sa maison contrairement à avant. Vous n’avez donc aucune honte à vous comporter ainsi ?

— Je ne comprends pas, bredouillai-je en commençant à me sentir mal à l’aise à ses paroles.

— Ahah, vous ne comprenez pas, ricana-t-il méchamment. Votre présence l’empêche de pouvoir agir comme il le souhaiterait à son âge ! Solène et lui n’envisagent pas pour le moment d’habiter ensemble, à votre avis, pourquoi ?

— Mais parce que c’est plus simple comme ça actuellement, bégayaije en me souvenant qu’une fois je leur avais posé la question à ce sujet justement.

— Ahah, bien sûr que non, pauvre squatteuse, c’est à cause de vous ! martela-t-il. Comment voudriez-vous qu’ils construisent un avenir serein alors que la demi-sœur de mon fils, une moins que rien, vivrait avec eux ?

Je me débarrassais des « Pops » pour maintenant me coltiner « mon » père ! Sérieusement, qu’avais-je fait dans une autre vie pour mériter tout ça ?

— Alors, combien ?

— Pardon ?

— Combien souhaitez-vous pour déguerpir immédiatement de chez mon fils ?

— Mais qu’est-ce que…

— Combien ? haussa-t-il le ton. Profitez-en dès aujourd’hui de cette offre que je vous présente, car si vous croyez que je vais vous laisser faire, vous vous trompez lourdement ! Mon fils ne veut plus de vous chez lui et ne sait pas comment faire pour vous mettre à la porte ! En plus, vous sortez d’un foyer, vous avez dû devenir délinquante là-dedans, vous m’étonnez qu’il se méfie de vos réactions !

Malgré la stupéfaction qui m’habitait, je levai les yeux au ciel face à ce cliché pourri.

— Je n’ai pas besoin de votre argent ! grognai-je. Et je ne compte pas quitter les lieux tant que ce n’est pas Antoine lui-même qui me mettra dehors ! ajoutai-je énervée avant de raccrocher brusquement.

Je regardai mon téléphone dans ma main toujours estomaquée par ce bref échange que je venais d’avoir.

Devais-je en parler à mon frère ou bien me taire là également ?

.13.

…Clara…

Je prêtai à peine attention aux cours que j’eus cet après-midi-là et encore moins à celui de SVT. Je ne me préoccupai pas non plus de Quentin, oubliant un instant que je lui reprochais quelque chose. J’allai même jusqu’à lui demander de façon neutre de répéter une explication que je n’avais pas comprise. Je crois qu’il a eu un doute sur si je lui avais réellement adressé la parole ou non, car il y eut un blanc avant qu’il ne s’empresse de me répondre. Mais soyons honnêtes, je ne pouvais pas me torturer l’esprit de cet échange avec « mon » père et en plus continuer de faire attention à ignorer royalement Quentin. En vouloir à la terre entière en même temps, avouons-le-nous, c’est fatigant quand même ! De ce fait, cet après-midi-là, je ne pensais qu’au père d’Antoine, mon père.

Je repassai en boucle cette conversation en me demandant si réellement mon frère en avait marre de moi et comment son père avait pu obtenir mon numéro.

À la fin du cours, je crois que Quentin a tenté à nouveau de me retenir. Mais le regard glacial que je lui décochai avec mon « pas le temps » que je lui adressai froidement le stoppa dans son élan.

Non, effectivement, je n’avais pas le temps. Je souhaitai avoir une discussion avec mon frère pour ne pas rester dans le flou. Autant être fixée le plus rapidement possible de si je le gênais réellement ou pas, à la fois dans sa vie quotidienne et dans sa vie amoureuse avec Solène. Je leur avais posé la question une fois et ils m’avaient répondu qu’en raison du lieu de travail assez éloigné de Solène dans une ville à côté, celle-ci demeurait chez ses parents pour le moment jusqu’à obtenir une place de pneumologue plus près, soit en cabinet, soit en hôpital.

Au loin, j’aperçus Antoine descendre de sa voiture. Nous rentrions toujours à peu près à la même heure le mercredi, c’est pourquoi je m’étais hâtée d’aller prendre mon bus pour ne pas risquer de le louper. Bien qu’à présent les choses s’avéraient claires au lycée concernant notre lien de parenté, je n’avais pas souhaité changer mes habitudes et je continuais donc d’effectuer mes trajets en transport scolaire.

Franchissant le portail du petit jardin menant à notre maison, je constatai qu’il se trouvait au téléphone.

— Non, non, je ne suis pas d’accord non plus, affirma-t-il en poursuivant son chemin plus lentement que d’habitude en raison d’un carton qu’il portait et qui semblait lourd. À son âge, ça devient risible. Ce sera un mauvais moment à passer, certes, mais ce sera mieux pour tout le monde, tu sais.

Je ralentis le pas à mon tour. De quoi parlait-il ?

— En plus, comment pourrait-elle continuer d’habiter là ? Ne t’en fais pas, Soso, je m’en chargerai. Nous nous entendons bien, je devrais pouvoir lui faire comprendre qu’il faut qu’elle déménage, rassure-toi.

Une sueur froide me traversa et je m’arrêtai alors qu’Antoine semblait galérer à trouver ses clés dans sa poche en raison de son carton dans ses bras et de son téléphone qu’il avait coincé entre son oreille et son épaule.

— Non, pas de panique, je procèderai en douceur, tu me connais. Effectivement, ça impliquera encore un changement de centre, mais bon, elle va bien le vivre, ce n’est pas la première fois. D’autant qu’elle en sort à peine, donc elle en maitrise déjà le fonctionnement, elle se réhabituera vite, ne t’en inquiète pas. Je pourrai commencer à en aborder le sujet avec elle dès demain, d’accord ? En plus…

Je ne voulus pas en entendre davantage et je tournai silencieusement les talons pour repartir au plus vite avant qu’il ne s’aperçoive de ma présence à quelques pas de lui.

Ainsi son père avait raison ?

J’avais du mal à croire ce que je venais d’entendre. Mon frère ne me supportait donc plus s’il souhaitait que je déménage. Je tentai de me remémorer ce qui avait pu provoquer cette soudaine aversion à mon égard qui le poussait à chercher à se débarrasser de moi, mais je ne trouvais pas. Je n’imaginais pas être une si mauvaise sœur et je pensais que nous nous entendions bien. Est-ce que le fait d’avoir toujours été ultra protecteur envers moi lui pesait et qu’il préférait tout arrêter ?

Je marchai comme un automate droit devant moi, ignorant ces quelques gouttes de pluie qui commençaient à tomber tout autour de moi.

Depuis quand cette idée le taraudait-elle ? Est-ce qu’il s’en était rendu compte avant de récupérer ma garde ou bien après ? Peut-être qu’une fois engagé dans toutes ces démarches administratives, il n’avait pu revenir en arrière et qu’il le regrettait ? S’il désirait vraiment que je m’en aille, soit, je m’en irais. Mais où irai-je ? Je n’avais aucun point de chute et il le savait ! Il avait parlé de centre dont je sortais à peine. Il souhaitait donc que je retourne en foyer ?

Pourquoi avais-je l’impression que tout le monde m’abandonnait ? D’abord mon père, puis ma mère, ensuite Quentin et maintenant Antoine !

La pluie commençait à tomber plus dru, mais je n’y prêtai pas attention pour le moment, trop angoissée de ce futur qui se profilait devant moi, aussi sombre que le ciel en cet instant.

.14.

…Quentin…

— Oui, Antoine ?

— Quentin, j’ai besoin de ton aide !

— Ah ? De quelle façon ?

— Est-ce que Clara s’est comportée de manière étrange ce soir durant ton cours ?

— Clara ? m’étonnai-je sans comprendre pourquoi il me parlait soudainement d’elle. Non, elle était comme d’habitude, pourquoi ?

Enfin comme d’habitude à deux ou trois détails près ! Par exemple, le fait qu’elle m’ignorait royalement et qu’elle ne me décochait que des regards noirs depuis une semaine maintenant. Sauf aujourd’hui, effectivement, où elle m’était apparue non pas plus calme, mais plus soucieuse, oubliant même de m’en vouloir à un moment donné, j’eus l’impression. Mais je n’allais certainement pas raconter cela à son frère.

— Elle n’est toujours pas rentrée et je commence à m’inquiéter, m’appritil d’une voix que je compris alarmée.

Je jetai un œil à ma montre, vingt heures n’allaient pas tarder à sonner.

— Bah, ne t’inquiète pas, elle a peut-être un peu trainé en route ou bien est-elle avec Anya…

— Non, m’interrompit-il. Je l’ai déjà appelée et elle m’a assuré que Clara était bien partie à son ordinaire après les cours. Elle a même effectué un bout de chemin avec eux pour regagner son bus. Anya m’a seulement dit qu’elle avait l’air soucieuse.

Je fronçai les sourcils. Cela ne lui ressemblait pas de disparaitre ainsi sans prévenir. Aurait-elle rencontré un problème sur la route ?

— Et son téléphone ? Tu n’arrives pas à la joindre ?

— Non, et j’ai déjà demandé à Solène et à Anya également de l’appeler, mais ça ne fait que sonner dans le vide pour eux aussi. Je me suis dit que si ça se trouve elle n’a pas envie de nous répondre même si j’en ignore la raison, soupira Antoine. Est-ce que si je te passe son numéro ça ne te gênerait pas de tenter de la joindre, s’il te plaît ?

— Non, pas de problème, envoie-le-moi par message et je te tiens au courant dès que j’ai du nouveau.

— OK, merci pour ton aide ! J’attendrai ton retour avant de voir si je préviens les autorités ou non.

Moins d’une minute plus tard, je recevais ses coordonnées et je m’empressai de les enregistrer dans mon téléphone avant de le composer. Ce faisant, je songeai que j’aurais préféré obtenir son numéro dans de tout autres circonstances.

Une première sonnerie retentit.

— Allez, décroche, mon ange ! murmurai-je inquiet à présent.

.15.

…Clara…

Mon portable sonna.

Me demandant qui était celui ou celle qui tentait cette fois de me contacter, j’y jetai un œil, mais l’écran m’affichait un numéro inconnu.

Si ça se trouve, il s’agissait du père d’Antoine, je ne me souvenais plus de la fin de ses coordonnées.