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Un commentaire de la règle de saint Benoît centré sur la vie quotidienne, montrant que la foi s'incarne dans les nécessités et les gestes simples de tous les jours. Le fondateur de l'ordre des Bénédictins aborde le sommeil, l'alimentation, l'usage des biens matériels, l'habillement, le respect de la discipline et le voyage.
À PROPOS DE L'AUTRICE
Sœur Loyse Morard est moniale bénédictine du monastère d’Ermeton-sur-Biert en Belgique. Licenciée en philosophie (Fribourg/Suisse) et docteur en sciences bibliques (Strasbourg), elle a été Prieure de sa communauté durant 28 ans. Elle a donné de nombreuses sessions d’initiation au Premier Testament et a commenté la Règle de saint Benoît pour ses sœurs et pour les laïcs. Elle livre ici à tous une synthèse de sa réflexion, éclairée par la Bible, en vue de son application dans la vie quotidienne.
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Seitenzahl: 141
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Les défis du quotidien
Du même auteurdans la sérieRegard sur la Règle de saint Benoît
01 – L’art de gouverner
02 – Vivre en frères
03 – Obéir, une sagesse ?
04 – Silence et ascèse
05 – De la crainte à l’amour : l’humilité
06 – La prière
07 – Le travail
08 – Les défis du quotidien
09 – Accueillir, s’ouvrir au monde
10 – Aimer la vie
© Saint-Léger éditions, 2017.
Tous drois réservés.
Sœur Loyse Morard
N° 8
Les défisdu quotidien
« Que les moines soient toujours prêts »« Que tout soit commun à tous »
Préambule
Les réflexions proposées ici n’ont rien d’académique. Elles n’émanent pas d’une spécialiste de l’histoire monastique ou des règles anciennes. Elles sont le simple produit d’une lecture, poursuivie par une moniale aimant partager avec sa communauté la sève nourricière – et la saveur – d’un texte dont elle souhaite qu’il n’apparaisse pas seulement comme une référence, aussi vénérable soit-elle, mais comme une source vive et vivifiante, maintenant, pour aujourd’hui, à la jointure des xxe et xxie siècles. La lecture en question ne fait pas appel aux commentaires antérieurs. Elle ne cite que rarement un auteur. Elle se développe à la lumière de l’Écriture Sainte, de la vie quotidienne et des convictions personnelles de son auteur. Elle ne prétend ni à l’exhaustivité ni à une rigueur logique implacable. Le propos comporte d’inévitables redites, d’un fascicule à l’autre, d’un chapitre à l’autre. Il est le fruit d’une méditation, d’une « rumination » qui combine intuitions et préoccupations personnelles avec les grands thèmes traités par saint Benoît.
Le texte de sa Règle, vieux de près de quinze siècles, reste aujourd’hui une source. Des générations de moines et de moniales, d’hommes et de femmes de toutes conditions, s’y sont abreuvés au cours des âges et s’y abreuvent toujours. Ils y ont découvert et y découvrent encore de quoi éclairer et baliser leur chemin à la suite du Christ. Nombre de valeurs chères à saint Benoît rejoignent en profondeur les requêtes des hommes et des croyants d’aujourd’hui. Il faut les dégager des sables qui les recouvrent souvent : directives concrètes, étroitesses, vestiges d’une époque révolue, ou interprétations souvent simplistes, accumulées au long des siècles et que les acquis de la pensée contemporaine obligent à remettre en question.
L’ensemble de la collection commente, en dix livrets, la totalité des chapitres de la Règle regroupés sous les thèmes suivants : L’art de gouverner – Vivre en frères – Obéir, une sagesse ? – Silence et ascèse – De la crainte à l’amour : l’humilité – La prière – Le travail – Les défis du quotidien – Accueillir, s’ouvrir au monde – Aimer la vie.
Chaque livret peut être approché indépendamment des autres suivant l’intérêt du lecteur. Pour la clarté du commentaire, il est utile, en cours de lecture, de garder sous les yeux le texte même de la Règle afin de s’y référer aisément.
Pour la biographie de saint Benoît, voir page 13 de
L’art de gouverner, n°1 de la même collection chez le même éditeur.
Les défisdu quotidien
« Que les moines soient toujours prêts »« Que tout soit commun à tous »
Introduction
Rien n’échappe à la vigilance de saint Benoît. Pour lui, le désir de Dieu féconde l’existence entière, jusqu’en ses aspects les plus modestes et les plus quotidiens. Dormir, manger, se vêtir, se déplacer, gérer son horaire de chaque jour : ces nécessités incontournables impliquent un rapport aux choses et aux personnes, animé par un certain esprit.
Le chapitre 7, « De l’humilité », a posé les fondements de l’itinéraire spirituel qui conduit de la crainte à l’amour. Au point de départ, « craindre Dieu » suppose une attention à l’Autre qui, inlassablement, détourne de soi et libère pour aimer. Les degrés d’humilité déclinent les différents aspects de cette démarche intérieure. Au plan pratique, d’autres chapitres de la Règle, consacrés aux réalités profanes, traitent des multiples situations concrètes où s’incarne cet esprit d’amour et de foi. Par-delà les grands principes toujours fondés sur l’Écriture, les contraintes de la vie réelle imposent leurs lois. Elles aussi ont à s’intégrer pleinement à l’élan qui mène à Dieu.
L’incarnation concerne chaque croyant, personnellement et communautairement. La vie spirituelle dans le Christ ne se juxtapose pas à l’expérience humaine ressentie dans la chair. La première habite l’autre, l’oriente, lui imprime un sens, une finalité. Dormir, manger ou s’habiller ne constituent pas un « à côté » qu’il faudrait inévitablement subir.
La foi s’incarne là où sont vécues les humbles nécessités de tous les jours. Les besoins du corps sont honorés. Un sommeil suffisant s’impose comme une nécessité première. Saint Benoît s’en préoccupe dans le prolongement direct de ses réflexions sur la prière. Immédiatement après avoir brossé le portrait du cellérier1, il explique à quelles conditions chacun est appelé à se situer en enfant de Dieu par rapport aux biens matériels et à la propriété. Il se soucie du régime alimentaire. Pour lui, l’inévitable rapport aux réalités de ce monde ne doit être ni fui ni écarté comme une nuisance, mais assumé au profit de la liberté et de l’amour.
1. Voir livret n° 7, Le travail, p.
Dormir
(ch. 22)
Après avoir traité de la prière communautaire (ch. 8-20) et établi les doyens en relais à l’autorité de l’abbé (ch. 21)2, saint Benoît aborde les aspects pratiques de la vie quotidienne en commençant par le sommeil ! Le chapitre 22 de la Règle s’intitule « Comment dormiront les moines ». Le Maître incluait les prescriptions relatives à ce sujet dans son chapitre consacré aux « prévôts », chargés de surveiller les frères, de nuit comme de jour3. Saint Benoît élimine des lignes de son devancier les recommandations morales et disciplinaires qu’elles contiennent et, dans un développement séparé, il brosse un tableau de la vie commune aux profondes perspectives spirituelles. Sous des notations apparemment terre à terre et désuètes, il pose les bases concrètes d’une saine vie communautaire.
Les deux parties qui composent sa réflexion s’articulent autour du thème évangélique de la vigilance : « Que les moines soient toujours prêts » (v. 6). Le sommeil est une nécessité humaine incontournable. Savoir le gérer sagement ne relève pas seulement d’un problème pratique, mais comporte aussi un lien direct avec la vie spirituelle. La Règle ne pose pas la question du sommeil en termes d’ascèse ou de mortification, mais en termes de bon sens, de charité et surtout de « service de Dieu ». Même le sommeil doit, à sa manière, contribuer à la qualité de ce service. Quand les besoins humains sont reconnus et honorés, le désir de Dieu s’épanouit, tout en les maintenant à leur juste place. Le chapitre 22 éclaire cette double dimension, terrestre et spirituelle, de la recherche de Dieu.
« Un lit à part »
« Chacun aura son lit à part » (singuli per singula lecta dormiant – v. 1). D’emblée, la Règle prescrit que chaque frère disposera de son propre lit. Cet usage n’était pas courant dans l’Antiquité, même chez les moines4. Aujourd’hui, la chose paraît aller de soi. On peut toutefois la transposer au domaine des cellules individuelles. Saint Benoît porte toujours le souci de respecter les personnes. La vie commune n’exclut pas une certaine singularité : à chacun son domaine intime qui ne regarde que lui.
Ce domaine cependant n’est pas livré aux caprices de la volonté propre puisque le texte poursuit : « Ils recevront une literie selon leur genre de vie et suivant qu’en aura disposé l’abbé » (v. 2). Une double préoccupation se dévoile : celle de sauvegarder le « genre de vie » imposé par la profession monastique (modus conversationis) et celle, non moins importante, d’adapter ce style à la mesure des nécessités personnelles. Chacun possède ses besoins propres en matière de sommeil et d’alimentation. Il revient à l’abbé d’en tenir compte.
Respecter les aspirations particulières tout en excluant la volonté propre requiert un équilibre délicat et suppose le dialogue dans la confiance réciproque. Aucun frère ne s’attribue à soi-même la satisfaction égoïste de ses besoins, et l’abbé n’impose ni obligation ni règle de convenance pour des raisons d’ascèse théorique. La décision juste surgit de la rencontre entre les désirs personnels exprimés en toute franchise, d’un côté, et le bon jugement éclairé par la Parole de Dieu et la Règle, de l’autre : humilité et vérité du moine, charité et bon sens de l’abbé. Celui-ci alors n’imposera pas un idéal impraticable et tous recevront ce qui leur est nécessaire sans l’avoir revendiqué comme un dû. Une égale conversion à l’Évangile est requise de part et d’autre : les frères, pour se désapproprier de leurs besoins en les exprimant ; l’abbé, pour accueillir leur aveu en évacuant tout modèle préconçu de perfection... La vie concrète alors en devient simple et libre.
Tous ensemble
Si chacun jouit de son intimité, reconnue et respectée, tous néanmoins reposent ensemble en un même lieu :
« 3 Si faire ce peut [les moines] dormiront tous dans un même lieu. Si le trop grand nombre ne le permet pas, ils reposeront par dix ou par vingt, avec des anciens qui veilleront sur eux ».
Le respect des personnes constitue la principale condition d’une véritable vie commune. Saint Benoît le souligne par les corrections, et surtout les suppressions, qu’il pratique dans le texte du Maître. La proximité trop étroite, la fusion, comme la surveillance ou l’espionnage réciproques, empêchent la communion. Pour vivre ensemble et s’aimer mutuellement, il faut accepter chez l’autre cette part d’inconnu qui lui appartient en propre. Cette exigence, vérifiable au niveau psychologique, l’est également en ce qui concerne l’organisation de la vie concrète. La communauté de vie doit favoriser la communion des personnes. Les moines dorment dans un même lieu pour que les uns (les « anciens ») « veillent sur les autres », se préoccupent d’eux (sollicité sint)5. Le souci mutuel procure un sentiment de sécurité bienfaisant. Saint Benoît recourt souvent au vocabulaire de la « sollicitude » où il reconnaît une expression courante de la charité. Le soin à porter aux autres sera consciencieux et empressé, sérieux et attentif, prévenant, jamais soupçonneux mais au contraire bienveillant6. Pas de méfiance, comme dans la Règle du Maître, ni de curiosité, si néfaste en vie commune, mais une attention sympathique qui procure la détente.
Sécurité, confort et vigilance
« 4 Une lumière éclairera le dortoir continuellement jusqu’au matin. 5 Ils dormiront vêtus, ceints d’une ceinture ou d’une corde. En dormant, ils n’auront point leurs couteaux à leur côté, de peur que, pendant le sommeil, ils ne viennent à se blesser tout en dormant. »
La précaution d’un éclairage permanent, ainsi que celle de remplacer par une corde la ceinture de jour habituellement munie d’un couteau, révèlent un souci de sécurité et de confort. Cette préoccupation l’emporte sur les considérations d’économie. Pas question, comme le Maître, de soupçonner l’immoralité, moins encore lorsque la Règle reprend à son compte l’usage monastique traditionnel de dormir vêtu. Travail, sommeil, repas et toute activité sont habités par le souci d’accorder toujours à l’Œuvre de Dieu la première place qui lui revient. L’Office commande l’organisation générale de l’horaire. Mais surtout, saint Benoît se réfère ici au thème évangélique de la vigilance et à la signification spirituelle de la lumière.
« Toujours prêts »
« 6 Que les moines soient toujours prêts. Au signal donné, ils se lèveront aussitôt et s’empresseront à l’envi à l’Œuvre de Dieu, en toute gravité néanmoins et modestie. [...] 8 En se levant pour l’Œuvre de Dieu, les moines s’encourageront doucement (moderate) les uns les autres, afin d’ôter tout sujet d’excuse aux somnolents. »
Même quand ils dorment, les disciples de saint Benoît doivent « être prêts ». Dès leur réveil, ils pourront, « sans retard », « se dresser », « se hâter » et « se prévenir » les uns les autres dans leur empressement. Le vocabulaire est énergique, les verbes actifs se multiplient, d’autant plus frappants que le contexte immédiat insiste sur le calme et la détente (le verbe « dormir » apparaît cinq fois au cours des quelques versets précédents). Dans l’élan de la prière, la hâte, l’éveil et la vitalité ne nuisent ni au sérieux ni à la modération. « Je dors mais mon cœur veille », chante l’épouse du Cantique7. S’il faut rester habillé et garder sa lampe allumée toute la nuit, c’est pour accueillir promptement le Seigneur à son retour. Chaque Office célèbre une nouvelle rencontre avec Celui qui vient, une occasion à ne pas manquer d’entrer à sa suite dans « la salle des noces » (Mt 25, 1-13). L’abbé, préoccupé de garder sa communauté en éveil, tient la place de cet intendant fidèle qui, en l’absence de son maître, distribue la nourriture à toute la maisonnée (Lc 12, 34ss). Il ignore le moment de la venue du Fils de l’homme mais il l’attend constamment et il aide ses frères à se tenir prêts, avec lui.
Le thème de l’attente eschatologique constitue la note dominante de tout ce chapitre 22, en dépit de son apparente insignifiance. Les propos qu’il contient, comparés à leur équivalent très moralisant dans la Règle du Maître, résonnent d’un tout autre ton. Ils ouvrent des perspectives qui montrent combien, au regard de saint Benoît, l’organisation du quotidien concerne directement la recherche de Dieu. L’équilibre et la paix caractéristiques de son génie reposent sur cette conviction que, de nuit comme de jour, le spirituel se mêle intimement au temporel le plus banal et le plus terre à terre.
2. Voir respectivement livret n° 1, L’art de gouverner, p. 93-102, et livret n° 6, La prière.
3. Cf. La Règle du Maître II, ch. XI, 109-121, Sources chrétiennes n° 106, Introduction, traduction et notes par A. de Voguë, Paris, 1964, p. 31-35.
4. Cf. A. de Voguë, Ce que dit saint Benoît. Une lecture de la Règle, Bellefontaine, coll. Vie monastique n° 25, 1991, p. 139.
5. V. 3 : Deni au viceni cum senioribus qui super eos solliciti sint pausent.
6. Saint Benoît prend radicalement en cela le contrepied de son prédécesseur, le Maître, qui écrit notamment : « Tandis que quotidiennement, jour et nuit, à tout instant, ces prévôts scrutent attentivement les frères qui leur sont confiés, ils progressent eux-mêmes en surveillant les autres [...] Les prévôts auront leurs lits près des frères, pour pouvoir corriger chez eux toute faute vicieuse pendant la nuit. [...] afin qu’ils dorment avec plus de révérence en présence d’un supérieur. Ils seront présents à leur table, afin qu’ils mangent avec eux silencieusement et modérément. Si un frère quitte ce groupe n’importe où ou sans ordre de l’abbé ainsi que du prévôt, ils le rechercheront avec zèle » (RM XI, 91.121-123).
7. Cf. Ct 5, 2. Cf. aussi Mc 13, 33-37.
Manger et boire
Nourrir son corps est une nécessité incontournable. Saint Benoît y consacre un ensemble de réflexions qui s’ouvrent par le chapitre 35 sur le travail de la cuisine, assimilé avant tout à un service de charité8. Sous cet angle, il envisage ensuite et immédiatement les besoins particuliers des malades (ch. 369), des vieillards et des enfants (ch. 37), avant de prescrire une lecture à écouter tout en mangeant (ch. 38). Alors seulement, il en arrive à traiter des questions générales, plus extérieures, de la mesure de la nourriture et de l’horaire des repas (ch. 39, 40 et 41). Il souligne ainsi deux préoccupations qui lui tiennent à cœur. La première concerne certaines catégories de personnes – malades, vieillards et enfants – pour qui l’exception doit constituer la règle. La seconde s’appuie sur la conviction qu’il existe une « autre nourriture
