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Jake retourne chez lui après un été qui a changé sa vie. La distance et le manque sont lourds, mais il doit tenir bon pour préserver sa relation avec Dylan. Que lui réserve cette nouvelle année, accompagnée des bouleversements qu'il a lui-même décidé d'opérer ? Jake et Dylan sont-ils prêts à miser un nouveau futur ensemble ?
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Seitenzahl: 374
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Prologue
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Épilogue
« Dylan ! Un colis pour toi. »
D’ordinaire, le jeune homme n’aurait sûrement pas stoppé sa tâche pour s’enquérir d’un colis. Lorsqu’il travaillait à la maison, ses grands-parents le sollicitaient pour tout un tas de détails qu’il avait appris à classer selon un niveau d’importance. C’était totalement relatif, mais cela lui permettait de ne pas avoir à se déplacer tout le temps. Recevoir du courrier n’avait jamais été une priorité pour lui, jamais au point de devoir arrêter n’importe quelle tâche qui l'occupa. Parfois, il lui arrivait même d’ignorer un appel de ses propres parents.
« J’arrive ! »
Les temps avaient quelque peu évolué. Dylan se redressa de la réparation de la camionnette qui avait souffert de la chaleur de l’été. Le mois de septembre baissait à peine en température, alors le véhicule se rebellait parfois, donnant un nouveau travail au jeune homme. Cependant, cette fois, Dylan s’empressa de poser ses outils et de retirer ses gants avant de filer vers la maison. Son grand-père eut à peine le temps de poser le colis sur la commode de l’entrée que Dylan récupérait déjà le carton.
« T’es pressé dis-donc.
— Merci pour le colis ! »
Dylan adressa un sourire amusé à son grand-père avant de repartir dans le garage. Émilien le regarda s’enfuir, son vieil âge ne l’aidant pas à saisir la fugacité de son petit-fils. Depuis le salon, il entendit sa femme rire.
« C’est sûrement un colis de Jake. Il l’a attendu toute la semaine. »
Dylan aurait certainement bougonné de se faire ainsi dévoiler par sa grand-mère. Gentiment, parce qu’il était incapable d’être ne serait-ce qu’un tout petit peu en colère contre elle. Il s’était pressé de revenir au garage et posa le colis sur son établi. Les yeux brillants, il vérifia le nom du destinataire. C’était bien de son petit ami et, malgré sa hâte de savoir ce qu’il contenait, son regard s’attarda sur l’adresse. Jake ne la lui avait pas donné avant de partir, et lorsque Jake lui avait décrit le logement qu’il habite, Dylan n’avait pas osé poser la question. Alors, quand il avait voulu lui envoyer une lettre, par romantisme, il s’était retrouvé penaud. Il n’avait pas voulu demander au concerné pour garder la surprise et n’avait pas eu le temps de passer voir les grands parents de son petit ami pour le leur demander. Le temps qu’il se décide à requérir l’adresse à ces derniers, le colis de Jake était déjà en route.
Un sourire tremblant aux lèvres, il sentit son coeur faire des siennes à mesure qu’il ouvrait le colis. Jake avait soigneusement emballé le contenu, Dylan n’avait aucune idée du cadeau qu’il avait choisi. Il s’était douté que Jake lui avait envoyé quelque chose, car ce dernier avait laissé échapper quelques indices. C’était ainsi qu'il avait remarqué que Jake n’était pas très doué pour garder des secrets face à ses proches. Il trouvait cela adorable, alors il avait joué l’innocent. Approchant son tabouret de l'établi avec impatience, Dylan prit quand même soin de déballer doucement le contenu pour ne rien abîmer. Il découvrit tout d’abord une carte et reconnut l’écriture de son petit ami. Elle était soignée, Jake écrivait avec précision et élégance, rien à voir avec son écriture pressée où paraissaient quelques fautes. Un sourire ému aux lèvres, il prit délicatement le papier cartonné pour lire les mots que son expéditeur avait couchés pour lui.
Dylan,
J’ai cherché un moment un cadeau à t’envoyer, car grâce à toi je suis rentré chargé de souvenirs impérissables, tant dans ma tête qu’à mon poignet. À mon tour, je voulais t’envoyer quelque chose qui te rappellerait ma présence. Tu pourras y disposer les bracelets que tu fabriques.
C’est un peu bête, mais j’ai directement pensé à ça… J’espère que tu aimeras. En tout cas, ici à Lievit, je ne t’oublie pas.
Tu me manques
Jake xoxo
Dylan prit le temps de relire la lettre plusieurs fois avant de poser le papier contre sa poitrine. Même ancré entre ses lignes, il reconnaissait les sentiments de Jake, bien qu’il ne l’eut côtoyé qu’un mois. Il avait déjà l’impression de le connaître par cœur. Dylan l’imaginait aisément se concentrer sur lettre, il le voyait hésiter, ses sourcils se froncer doucement, son nez se plisser, un petit soupir lui échapper avant de tracer les mots qui venaient de son cœur. Dylan crut même voir la présence de trois autres mots qu’ils s’étaient déjà échangés. Il rit doucement.
« Tu crois que je t’ai oublié, moi ? »
Le regard attendri, il reprit l’inspection du colis. Il posa la lettre sur l’établi et déballa un papier de soie. Le cadeau était toujours protégé dans son carton d’origine qui présentait son contenu. Surpris, Dylan cligna des yeux, puis un nouveau sourire étira ses lèvres. Il secoua doucement la tête, amusé mais touché.
« T’es vraiment adorable. »
Jake lui avait envoyé une soucoupe à bijoux en forme d’éventail, aux couleurs et motifs du film d’animation Mulan. Dylan pensa qu’on trouvait vraiment de tout, à la capitale, mais fut surtout attendri de voir que Jake s’était souvenu de la peluche de Mushu et leur discussion à ce sujet. Il attrapa rapidement son portable et posa délicatement son cadeau sur l’établi, près du message. Il prit une photo, un cliché un peu brouillon qui ne méritait pas sa place sur les réseaux sociaux, Dylan s’amusait à penser qu’il était vraiment loin de tout cela. Cependant, à peine l’eut-il envoyé à Jake qu’il vit son message lu. Jake ne perdit pas de temps à lui répondre.
Jake
C’est allé vite !
Ça te plaît ??
Dylan avait pris l’habitude, depuis que Jake était rentré chez lui et qu’ils discutaient beaucoup par messages, d’agrémenter les siens d’émojis chaleureux. Il comprenait que ces simples échanges rassuraient Jake : dans l’attente de retrouvailles, s’écrire leur permettait de partager leurs sentiments et leurs émotions, de vivre ensemble d’une certaine manière.
Dylan
Oui, très
Merci beaucoup Jake
Il réfléchit quelques secondes avant d’envoyer un dernier message. Il avait encore du travail aujourd’hui, mais il voulait toujours prendre le temps pour son petit ami. C’était ainsi, son cœur était dorénavant pris. Jake lui manquait terriblement, il espérait le revoir rapidement, bien qu’il ne savait pas encore quand ni comment.
Dylan
Je t’aime, Jake
« Alors, cette reprise ? »
Jake délaissa son sac dans l’entrée, laissant sa mère venir à lui. Elle connaissait son fils par coeur, elle savait lire les traits de son visage. Alors même dans le silence qui se prolongea un temps, Alizée comprit d’avance sa réponse. Sans le brusquer elle poussait Jake à s'exprimer. Lui laissant le temps et l’espace nécessaire pour l’amener à verbaliser ce qu’il ressentait. À l’époque où son fils voyait un psychologue, ce dernier les avait entraînés et aidés à communiquer plus ouvertement. Jake n’était pas vraiment doué pour parler de ses sentiments, mais il reconnaissait les bienfaits que cela lui procurait quand il se forçait à les verbaliser.
« Une reprise, répondit-il sans émotions. Heureusement que May est là. »
Une chance pour lui que sa meilleure amie ait été acceptée au même master. Alizée adressa un sourire tendre à son fils qui soupira.
« Le programme a l’air intéressant ? »
Jake hocha la tête en dépassant sa mère. Elle le suivit dans le salon. Elle était rentrée tôt exprès pour voir son fils aujourd’hui. Elle savait que c’était une journée importante, sans pour autant égayer Jake. Plus la date de retour en cours s’était rapprochée, plus elle l’avait vu se renfermer dans une noirceur qu’elle ne connaissait que trop bien. Lorsque Jake était rentré de chez ses grands-parents, au terme de l’été, elle avait retrouvé le garçon solaire, enjoué et sensible qui se cachait sous l’épaisse carapace qu’il s’était forgé. À mesure que les jours avaient défilé, surtout après l'envoi de ce colis important, Jake semblait avoir perdu sa joie de vivre.
« Plutôt, oui. Ça va un peu plus dans le concret, on aura plus de stage et de travaux pratiques. »
Dans un mouvement instinctif, Jake entoura son poignet, ses doigts caressant le bracelet qui le ne quittait plus. Puis, Alizée le regarda patiemment chercher sa boisson préférée dans le frigidaire.
« Ça va passer vite. »
Jake s’immobilisa quelques secondes avant de récupérer une bouteille de limonade. Il ferma le frigidaire avant de faire face à sa mère et tenta un sourire. Sa mère savait.
« Ça passe jamais assez vite. »
Alizée avait compris, elle savait ce que son fils attendait. Des vacances, un temps assez long pour retourner voir ses grands-parents. Enfin, ils n’étaient pas réellement ceux que Jake tardait de retrouver.
« Tu as reçu du courrier. »
Elle présenta la table à manger où elle déposait toujours le courrier. Jake avança, suspicieux, car sa mère ne s'embêtait pas à le prévenir ainsi quand il s’agissait de son école. À part l’administration, personne ne lui envoyait de lettre. C’est alors qu’il reconnut l’écriture sur le papier blanc, un peu usé par le transport, et avant même d’apercevoir le sourire de sa mère. Cette dernière s’était doutée de la provenance du courrier, mais elle laissa son fils le découvrir.
« C’est…
— Quelqu’un pense à toi à Bélise, on dirait. »
Jake ne put retenir le léger tressautement de sa lèvre inférieure. Sa mère n’ajouta rien, elle retint un petit rire. Après son mois d’absence, Jake avait fini par lui parler de Dylan et il n’avait rien caché. Elle aimait tant son fils, elle voulait seulement qu’il soit heureux. Elle avait accepté ses préférences depuis le début, avant-même que Jake réussisse à mettre lui-même un mot dessus. Alors, pour elle, tant que la personne que son fils choisissait le rendait heureux, elle ne souhaitait rien de plus. Vu comment elle avait retrouvé Jake après son séjour à la campagne, elle appréciait déjà Dylan.
« Tu manges ici, ce soir ? S’enquit Alizée. Je peux nous préparer un dîner sympa. »
Jake hocha la tête, mais Alizée remarqua qu’il était déjà plongé dans la lettre. Il n’avait pas encore ouvert l’enveloppe, mais la simple lecture du destinataire avant relancé les battements de son cœur endormi.
« Je me sens en vie avec lui, maman. Je le sens, c’est tout. »
Alizée n’oublierait jamais la conclusion de son fils sur cette rencontre fortuite. Le temps d’un été, Dylan l’avait rendu heureux, plus qu’il ne l'avait jamais été. Elle comprenait que la distance le fasse tant souffrir.
« Merci, maman. »
Alizée se contenta d’un sourire et regarda son fils filer dans sa chambre, enveloppe en main. Fébrile, il s’installa sur son lit, face au plafond que sa vision flouta pour placer la lettre en son centre. Jake leva la main pour regarder l’enveloppe, retraçant chaque lettre que Dylan s’était empressé d’écrire. Puis, il remarqua le timbre. Il avait repéré les mêmes chez ses grands-parents, une collection mettant à l’honneur les paysages locaux. Dylan avait fait exprès de choisir un champ de blé. Le cœur palpitant, il sourit enfin. Il attrapa son portable pour prendre l’enveloppe en photo et tapota quelques mots sur l’écran avant de le poser à côté de lui. Il n’avait pas encore prévenu Dylan qu’il avait reçu sa lettre, il voulait d’abord savoir ce qu’il lui avait écrit avant de lui en parler. Avant toute chose, il avait besoin de faire savoir son excitation à sa meilleure amie. Cette dernière ne tarda pas à répondre, mais pas assez vite, car l’attention de Jake était revenue sur l’enveloppe qu’il ouvrit enfin.
Le papier de la lettre était légèrement cartonné, un papier de qualité pour ne pas qu’il soit abîmé pendant le transport. Les mots de Dylan étaient restés naturels, Jake savait déjà que son petit-ami n’avait pas l’écriture la plus soignée, mais c’était l’intention qui l'enveloppa de bonheur. Dylan lui avait écrit une lettre, il avait récupéré son adresse sur le colis et pris le temps d’écrire quelques mots pour les lui envoyer. Autant Jake avait tenu à lui envoyer un cadeau, autant il n’aurait pas pensé à une simple lettre. C’était tout bête, mais d’une douceur qui pansa son cœur. Ce n’avait pas été une journée facile. Jake avait peur de retourner faire face à son quotidien, de retrouver son passé, ses mauvaises décisions, ses anciennes fréquentations. Il avait plus de force, plus de courage pour garder son nouveau cap mais, sans Dylan, il n’avait plus le goût à rien. Il s’était senti tellement libre cet été, à ses côtés, qu’il était devenu son nouveau carburant. Si ce n’était pas pour sa mère et May, Jake aurait peut-être même déjà délaissé ses études.
Avec précaution, Jake frôla du bout des doigts le papier, retraçant le chemin de l’encre bosselant légèrement le grain par l’appuie du stylo utilisé. Un sourire étira enfin ses lèvres, ses yeux s’embuèrent doucement et sous le battement rapide de ces cils, il découvrit la lettre de son petit ami.
Jake,
Merci pour le cadeau que tu as pensé pour moi. Il me fait très plaisir, je disposerai avec joie tous les bracelets que j’ai prévu de te tisser.
Sache que, ici, on pense tous à toi. Surtout moi, plus particulièrement. Tu me manques énormément, il n’y a pas une seule journée sans que je pense à toi. Ta présence me manque terriblement, tu as marqué mes journées de ta bonne humeur et de ton sourire solaire. Tu m’as dit un jour que tu souriais beaucoup moi à la capitale, alors j’espère au moins que penser à moi te redonne le sourire.
Je t’aime, Jake. J’ai vraiment hâte de te revoir. D’ici là, je t’attends bien sagement entre ma Triumph et les champs de blé.
Ton Dylan
« Je t’aime… »
Jake souffla ces mots. Ses paupières papillotèrent, il lut une deuxième fois la lettre, puis la posa contre sa poitrine. Une larme roula sur sa tempe, s’échouant sur l’oreiller contre lequel Jake s’était installé. Il rit doucement, une légère secousse agita son corps, puis il soupira ce qu’il rêvait de lui murmurer.
« Moi aussi je t’aime, Dylan. »
Il se redressa soudainement pour récupérer son portable. Il fit patienter sa meilleure amie pour ouvrir son appareil photo et envoyer un message à Dylan. Il était touché par cette attention, des si jolis mots qu’il savait sincère, et c’était pour cette raison qu’il était ému. Dylan était un jeune homme franc, Jake n’avait pas peur de ses mensonges. Il avait peur de la distance, peur que Dylan trouve mieux car Jake était persuadé qu’il pouvait avoir la terre entière, alors pourquoi s’embêter de quelqu’un qui se noyait encore dans ses émotions ? Jake avait une piètre opinion de lui-même depuis quelque temps. Son passage à la campagne lui avait fait du bien, mais il ne voulait pas non plus dépendre de sa relation naissante. S’il voulait envisager un futur stable avec son petit ami, Jake devait d’abord être stable envers lui-même.
Il fut de meilleure humeur en dînant avec sa mère. Alors qu’ils discutaient gaiement, il lui confirma que c’était bien une lettre de Dylan qu’il avait reçue. Au sourire ravi qu’il s'efforçait de cacher, Alizée n’insista pas pour en savoir plus.
« Tu sais, révéla-t-elle alors qu’ils passaient au dessert. Elle était allée chercher la pâtisserie préférée de Jake à la boulangerie qu’ils adoraient tant, après la tarte à l’abricot de sa grand-mère. J’hésite parfois à passer un coup de fil à mes parents. »
Jake adressa un regard surpris à sa mère, la part de gâteau qu’il s’apprêtait à servir vacillant sur la pelle à tarte.
« Tu les as pas appelé depuis… »
Alizée secoua la tête. Jake perçut une certaine appréhension, mêlée à de la nostalgie, dans ses yeux.
« Pas depuis que je leur ai demandé si tu pouvais venir les voir, cet été. C’est… Une fois qu’ils avaient accepté, c’était entre eux et toi. »
Jake piqua une cuillerée de génoise. Depuis qu’elle avait coupé les ponts avec ses parents, lorsqu’il avait dix ans, sa mère parlait peu d’eux. Elle avait accepté de renouer contact en comprenant la détresse de son fils, au printemps dernier. Ce n’était pas pour elle qu’elle l’avait fait, mais uniquement pour lui. Pour autant, malgré la distance qu’elle avait elle-même instaurée, c’était toujours un sujet que Jake savait délicat pour sa mère.
« Tu ressens le besoin de le faire ? »
Alizée était pensive. En voyant son fils grandir, elle s’était toujours promis de garder ses tourments pour elle afin de ne pas les faire peser sur lui. Cependant, elle avait compris qu’elle n’allait pas le préserver ainsi. Le psychologue de Jake qui l’avait suivi durant le collège et le lycée l’avait intimé à être honnête, car les enfants étaient souvent une éponge aux émotions de leurs parents. Alors ils en avaient parlé. Jake lui avait confirmé qu’il sentait bien quand quelque chose n’allait pas, mais qu’il ne voulait pas la forcer. Alizée s’était ouverte, permettant à Jake de mieux comprendre la relation qu’elle entretenait avec ses parents et l’échec de la relation avec le père de Jake.
« Je ne sais pas. Sans doute, après tout je n’ai jamais vraiment pu m’expliquer avec eux. Et puis, je vois que ça t’a fait du bien de les revoir, et que tu seras amené à retourner là-bas… »
Jake se sentit rougir et il cacha sa gêne en prenant une bouchée de son dessert. Alizée rit doucement.
« Et je ne t’en veux aucunement. C’est très bien si tu te sens bien là-bas, si quelqu’un te donne l’envie d’y retourner.
— Tu n’es pas obligée… Enfin, j’adorerais que tu rencontres Dylan, mais si tu ne veux pas voir tes parents… »
Jake ne voulait pas l’imposer à sa mère, jamais. Si elle ne se sentait pas prête à revoir ses parents, il trouverait un moyen de faire monter Dylan ici.
« Je sais, ne t’en fais pas pour moi. C’est… C’est une décision que je dois prendre.
— C’est normal que tu sois encore frileuse. Comme tu l’as dit, cet été était entre moi et eux. C’est à toi de savoir si tu es prête à renouer le contact. »
Alizée soupira. Jake la regarda picorer sa part de fraisier avant de répondre.
« Je ne sais pas si je le suis. Après tout ce temps, c’est un peu puéril, non ? Je veux dire… Ils pensaient que c’était dans mon intérêt de rester avec eux, je rêvais des grandes villes et d’un prince charmant… Et ton père m’a emmené à la capitale, ils ne l’ont pas supporté. »
Jake sourit. Il aimait que sa mère lui demande son avis et sentir qu’il pouvait l’aider. Il se sentait légitime ainsi, il importait réellement pour sa mère. La situation était encore sensible. Depuis tout ce temps, depuis que sa mère était partie de X pour suivre le père de Jake et que la séparation avec ses parents s’était faite dans la colère, Alizée n’avait jamais vraiment parlé de tout cela avec eux. Jake savait que ses grands-parents fonctionnaient beaucoup avec des non-dits, mais il se souvenait aussi des mots de sa mère. Elle aimait toujours ses parents, malgré tout.
« Non, ce n’est pas puéril de leur en vouloir encore. Tu as été blessé à l’époque, c’est normal. Ils t’ont étouffé au lieu de comprendre ton besoin de t’envoler.
— On en a même pas parlé, quand je les ai appelé pour toi. Ils étaient contents de te voir, mais… J’ai l’impression qu’ils étaient gênés. Je savais plus comment leur parler, je l’étais aussi je pense. »
Alizée conclut d’un léger mouvement de la main, comme si elle balayait le sujet. Jake se souvint d’une discussion qu’il avait eue avec sa grand-mère. Jeannette aimait sa fille et elle lui manquait terriblement. Jake pensait que son grand-père ressentait au moins la même chose.
« Et s’ils s’excusent ? »
Alizée ne sembla pas surprise de sa question, mais plutôt qu’elle vienne de son fils avec qui elle n’avait jamais vraiment abordé le sujet. Elle réfléchit quelques secondes, sa cuiller suspendue au-dessus de la part que Jake lui avait servi.
« J’ai envie de les pardonner. Et… Sans doute leur demander pardon en retour.
— On a parlé de toi, avec mamie. Quand je lui ai dit… »
Alizée fronça les sourcils et déglutit sa bouchée avant de réagir.
« Elle sait pour Dylan et toi ? »
Jake pinça ses lèvres entre elles et haussa les épaules.
« Elle a… Compris, sans que je dise quoi que ce soit. Elle a décidé de ne pas en parler à papi, mais je voulais être honnête avec elle.
— C’est ta relation avec elle, je suis de ton côté à ce sujet.
— Elle a plutôt bien réagi, je crois, la rassura Jake.
— Elle a plutôt intérêt.
— Maman… »
Jake réfléchit à ses mots avant de reprendre. Sa mère le laissa faire, patiente.
« Je conçois que mon orientation sexuelle soit divergente pour certains points de vue. J’attends pas que le monde entier m’accueille à bras ouverts.
— Malheureusement, c’est encore un sujet tendu dans certaines mentalités.
— Mamie l’a plutôt bien pris, elle ne comprend pas mais elle accepte car je suis son petit-fils.
— Ça ne m’étonne pas. Maman a toujours été plus patiente et à l’écoute. Papa… »
Alizée fit la moue, Jake ne put retenir un rire de la voir arborer cette expression presque enfantine.
« Ça peut attendre, vraiment. Je veux surtout pas mettre Dylan dans l’embarras. »
Alizée hocha la tête. Jake lui avait déjà raconté que Dylan n’avait jamais questionné sa sexualité avant leur rencontre. Même ainsi, leur relation s’était développée naturellement.
« Pour revenir à tes parents… Tu leur manques. Mamie m'a dit à quel point tu leur manquait. Papi sera peut-être plus renfermé sur ses sentiments, mamie me l’a dit. »
Jake tenta un sourire rassurant. Il sut que ses mots touchèrent sa mère. Elle en avait besoin.
« Je verrai bien… En fait, pour la première fois depuis que ton père est parti, je pensais te proposer de passer Noël chez tes grands-parents. »
Jake cligna des yeux avant de les écarquiller. Sa surprise se coupa dans un souffle.
« Vraiment ? »
Alizée hocha la tête, elle souriait enfin.
« Avec tes cours, le temps de route jusque là-bas… J’aimerais que tu puisses y aller plus tôt, mais je ne sais pas dans quelle mesure c’est possible. Alors, si on peut y aller tous les deux pour les fêtes… Ça ferait d’une pierre deux coups. »
C’était voir sur le long terme. Deux mois et demi d’attente, au minimum, mais c’était une promesse qui rendait déjà Jake heureux.
« Oh, maman… »
Alizée rit doucement et regarda son fils se lever. Elle l’imita pour le laisser la prendre dans ses bras.
« J’aimerais tellement, souffla-t-il, parce qu’il est hors de question que je te laisse seule pour les fêtes… Mais je veux pas que tu te forces si tu te sens pas prête avec tes parents. »
Alizée frotta doucement son dos avant de le faire lâcher sa prise en se reculant. Elle encadra ses joues de ses mains et plongea son regard dans le sien.
« Mon passé ne doit pas empêcher ton futur. Je ne vais pas bouder mes parents toute ma vie, surtout s’ils sont prêts à s’excuser. »
Elle massa doucement les joues de son fils avant de se hisser sur la pointe des pieds pour en embrasser une. Jake rit.
« Merci, maman… »
Jake fut définitivement plus joyeux ce soir. Il réussit à appeler Dylan, ils essayaient de trouver du temps pour le faire plusieurs fois par semaine. Veiller tard ne dérangeait absolument pas Jake, il se pliait aux horaires de son petit ami. Avec la reprise des cours, ils seraient tous les deux occupés la journée, alors Jake attendait le soir avec impatience, lorsque Dylan avait fini ses propres missions.
« Je me serais jamais cru capable de dire ça, mais la campagne me manque, Dylan.
— Tu nous manques aussi. Enfin, surtout à moi. »
Jake devait se retenir de ne pas glousser. C’était la première fois qu’il était amoureux, cette émotion lui retournait totalement le cerveau. Lorsqu’il pensait à Dylan, plus rien n’avait d’importance.
« Essaye de te concentrer un maximum en cours, ça passera plus vite.
— Tu dis ça alors que tu bosses depuis quatre ans, toi…
— Nos situations sont différentes.
— Ça t’aurait plu de faire des études ? »
Jake ne s’était encore jamais posé la question. Dylan n’avait pas vraiment eu le choix, comme la plupart de ses amis qui s’étaient arrêtés après le lycée pour aider leurs familles dans le secteur agricole.
« Je ne sais pas. J’ai baigné là-dedans presque toute ma vie, mon lycée était déjà des études en soit… Je ne sais pas ce que j’aurais fait d’autres, sinon.
— Tu es intelligent et besogneux, tu aurais pu faire tout ce que tu voulais. »
Un rire lui répondit, mais Jake n’en pensait pas moins. Il était persuadé que Dylan aurait excellé dans bien des domaines.
« C’est mignon. Je pense que tu me surestimes, mais j’aime bien.
— C’est la vérité. Tu es formidable, Dylan.
— Et toi tu es merveilleux, Jake. »
Si Jake adorait avoir son petit ami au téléphone, raccrocher était toujours un supplice. Il aurait pu passer la nuit à l’écouter, à lui parler, mais Dylan travaillait dur tous les jours. Ils mirent fin à l’appel, après s’être rappelés à quel point ils s’aimaient et qu’ils étaient prêts à attendre. Jake n’arrivait pas à s’endormir juste après un appel de Dylan. Son cœur souffrait trop, alors il envoya un message à sa meilleure amie.
« Je vais pas tenir jusqu’à Noël, May. C’est trop dur.
— Bah sèche les cours un jour pour te faire un long week-end.
Je te couvrirai et je les prendrai pour toi.
— T’es parfaite, tu le sais ?
— Oui, tu me payeras un ramen.
— Dylan n'aimerait pas que je fasse ça. Il a raison, faut que je me concentre, histoire que j’ai pas fait tout ça pour rien.
— Qui aurait cru qu’un homme te rendrait plus mature ?
— Je retire ce que j’ai dit, t’es infernale. »
Jake était reconnaissant envers sa meilleure amie et sa mère. Elles étaient présentes pour lui, s’évertuaient à rendre ses pensées plus joviales et ne jugeaient pas le manque cruel qu’il ressentait. Au moins, avec elles, ils se sentaient compris. Il parlait plus facilement de sa peur du futur à May, de l’étouffante pensée que Dylan trouverait forcément mieux que lui et qu’il n’aurait plus que ses yeux et ses souvenirs pour pleurer.
« C’est normal que tu doutes avec la distance, surtout avec ce que tu as vécu. Dylan saura te rassurer.
— Mais j’aimerais tellement le voir… »
Il était tard lorsqu’ils raccrochaient à leur tour. Cependant , May ne laissait jamais son meilleur ami seul sans être assuré qu’il se sentait mieux.
« On trouvera une solution, je te le promets. Tu le verras, ton Dylan. »
Jake était soulagé d’être aussi bien accompagné. Les personnes qui comptaient pour lui n’étaient pas nombreuses, mais il avait trouvé de véritables anges sur sa route.
Jake n’avait aucune motivation pour la reprise de ses cours. Malgré l’insistance de ses camarades qui se souvenaient d’un Jake fêtard et désinhibé, il déclina la soirée d’intégration.
« T’as fait une overdose cet été ou quoi ? Plaisanta l’un d’eux.
— Pourtant, on t’a pas vu à une seule soirée ici. »
Jake n’avait aucune envie de se justifier, alors May répondit à sa place d’un regard noir qui dissuadaient toujours celleux qui le croisaient. Évidemment, Jake n’avait parlé de ses vacances à personne, à part May. Sa relation avec Dylan était nouvelle et encore secrète pour lui, il ne voyait aucun intérêt à la partager avec des personnes qui avaient participé à sa lourde chute. Il était prêt à faire le tri dans ses relations. Il n’avait plus envie de les côtoyer, de se soucier de leur norme, de se laisser influencer. Mais, désormais face à eux, il sentait ses convictions s’effriter à mesure que le malaise lui prenait la gorge.
Lui qui avait pour habitude de répliquer, de les suivre à contre cœur dans les conversations qu’ils imposaient, se retrouvait dorénavant muet, comme sidéré devant leurs rires gras, leurs regards graveleux, leurs intérêts déplacés où la compétition du paraître qui suintait tel un poison alléchant. Qui avait bu le plus ? Qui ferait passer le plus de personnes dans son lit ? C’étaient des mots de trop, des présences envahissantes qui le contraignaient à se justifier, alors que Jake s’était promis de ne plus rendre de compte à personne.
Alors c’était May qui intervenait, c’était elle qui, encore une fois, lui sauvait la mise. Dorénavant, elle était son seul cercle d’ami proche. Il ne voulait pas l’étouffer pour autant, May avait son propre groupe d’amis avec qui Jake était plutôt à l’aise. Le genre d’amis dont il aurait dû apprendre à s’entourer avant de craquer, quelques mois auparavant. Des amis qui lui rappelaient ceux de Dylan, quelque part.
« De toute façon, j’avais pas prévu d’ aller à la soirée d’inté’ non plus, argua May lorsqu’ils furent enfin seuls. J’ai décidé d’être sérieuse aussi, cette année. À moi les meilleures entreprises pour mon stage !
— J’aimerais avoir ta motivation, pouffa Jake.
— Alors, fais-le en pensant à Dylan. Tu sais qu’après les vacances de Noël, on a quatre mois de stage dans n’importe quelle entreprise du pays qui voudra de nous. Renseigne-toi sur celles qui sont proches de Bélise. »
Jake la regarda avec surprise. Il cligna des yeux et May soupira en levant les siens au ciel.
« T’as vraiment rien écouté au programme de la rentrée.
— Non, je pensais à Dylan.
— On est pas obligé de rester à Lievit pour notre stage. On aura deux semaines de cours en janvier, puis de février à mai le stage et encore trois semaines de cours en juin avant les examens. Tu choisis ton stage où tu veux. Enfin, avec l’entreprise qui voudra bien de toi. »
Le cœur Jake accéléra dans sa poitrine. Quatre mois de stage où il voulait…
« Alors… »
May se pencha vers lui, un sourcil haussé tandis qu’elle plongeait dans ses yeux un regard sérieux.
« T’arrêtes de te morfondre et tu bosses. C’est quelques mois à passer, ça passera bien plus vite si tu bouges ton joli petit cul. »
Une fois passée la surprise et l’engouement que lui procurait cette nouvelle, Jake rit.
« Je retiens que j’ai un joli petit cul.
— Ma parole ne vaut sûrement pas celle de Dylan, mais il est pas mal en effet. »
Jake peina à se concentrer lors de ses premiers cours. La présentation du programme était toujours intéressante, il n'avait pas choisi cette filière pour rien. Pourtant, malgré son intérêt pour la filière, dès que les professeurs rentraient dans les notions qu’ils allaient approfondir au cours de l’année, son esprit partait ailleurs. Il rejoignait toujours Dylan, ses sourires francs, son regard doux, son corps puissant, sa Triumph vert bouteille, les balades à vélo entre les champs de blé et, surtout, ses baisers amoureux. Jake aurait aimé qu’il soit plus proche de lui, autant qu’il ne voulait pas qu’il le soit trop. Cependant, Dylan n’était pas de ce monde, il n’était pas un homme de la ville et des débauches qui pouvaient en découler. Jake l’aimait car il était calme, doux et protecteur. Dylan était un homme merveilleux. Malgré son manque, Jake pensait que leurs différences étaient pour le mieux. Dylan était devenu ce qu’il était grâce à son expérience et son éducation. Pour rien au monde Jake ne changerait cela, même si la distance présentait une menace étouffante au long terme. Ils voulaient tous les deux que cette relation fonctionne, alors ils trouveraient un moyen ensemble.
La première semaine de cours passa plutôt vite. Les étudiants reçurent la documentation nécessaire ainsi que tous les objectifs attendus pour cette année : le contenu de chaque matière, les examens oraux et écrits et le fonctionnement du fameux stage au semestre prochain. Jake l’attendait avec impatience, si bien qu’il commença déjà à regarder les entreprises proches de Bélise dès qu’il avait une seconde de libre.
« Il faut aussi que je m’en serve pour savoir ce que je veux faire plus tard. Tant qu’à faire, je dois commencer à réfléchir à mon orientation professionnelle. J’ai déjà fait un listing des différents secteurs qui pourrait m'intéresser. Parmi elles plusieurs entreprises se trouvent près de Bélise. »
Le vendredi soir où son lui du passé serait déjà au milieu de la foule pressée à la soirée d’intégration, il avait invité May chez lui pour regarder les entreprises dans leur secteur professionnel. May était, pour l’instant, plus intéressée à aider son meilleur ami qu’à faire ses propres recherches. Pourtant elle dévoila ses plans lorsque Jake lui lança un regard sérieux, tout n’était pas affaire à sa relation avec son petit-ami.
« Soit je reste ici, soit je pars à la mer pour dormir dans la maison de vacances familiale. Vu les opportunités, je suis bonne pour rester à la capitale. »
Après son explication, les deux amis commencèrent leurs recherches. Alizée était sortie avec des amies, elle avait laissé l’appartement à son fils et sa meilleure amie qui avaient commandé à dîner.
« C’est vrai qu’il va falloir que je pense au logement…
— C’est si loin de tout, chez tes grands-parents ?
— La plus grande ville est à une heure de route… Enfin, une ville qui aura des entreprises un minimum intéressantes.
— Ça te rapproche de Dylan, mais pas assez pour crécher là-bas et te taper deux heures de route par jour. Surtout que t’as pas le permis. »
Jake hocha la tête. C’était tentant, mais il ne pouvait pas se ruiner la santé s’il voulait profiter de son stage et de Dylan. Même s’il était prêt à passer son permis en quatre mois s’il le fallait.
« Je verrai en temps voulu. Selon la rémunération du stage, je pourrai me payer un petit logement. Rien de fou, même une chambre chez l’habitant ira. Et Le week-end, j’irai voir Dylan. »
May renseigna le nom de la ville avoisinante dans la barre de recherche de l’ordinateur. Ils étaient installés sur la table à manger, les emballages de leur tacos abandonnés à côté. May sirotait la fin de sa limonade tandis que Jake picorait le dessert qu’ils avaient choisi de partager.
« Et ses potes, ils vivent tous à Bélise ? »
La réponse à cette simple question tarda et, en se tournant vers lui, elle constata qu’il était en pleine réflexion. Jake ouvrit la main pour faire le compte sur ses doigts.
« Claire vit avec son oncle qui tient un garage, Sam chez ses parents en attendant que Elsa finisse sa formation et qu’ils puissent s’installer ensemble et Conny dans le bourg, il travaille par ci par là. Oui, ils sont tous aux alentours de Bélise. »
May hocha la tête.
« Ils connaissent peut-être des gens qui peuvent t’aider, le bouche à oreille peut toujours marcher.
— Je leur demanderai, ils sont tous super gentils.
— J’ai hâte de les rencontrer. »
May se re concentra sur sa recherche, sans remarquer que Jake la fixait. Le soudain silence la fit saisir son trouble.
« Quoi ? »
Elle ne comprenait pas pourquoi son meilleur ami la regardait soudainement comme si elle venait de lui apprendre qu’elle allait se marier. Le visage de Jake était peint de sensibilité.
« Pourquoi t’es aussi investie ? »
May le regarda avec surprise, mais Jake se posait réellement la question.
« Tu les connais même pas, tu m’as seulement entendu parler de Dylan et tu m’aides déjà comme si…
— Comme s’il était l’homme de ta vie ? »
Elle lui adressa un regard taquin. Jake rougit, il n’avait pas envie de la contredire.
« Ça fait à peine un mois qu’on sort ensemble, lui et moi. Pour beaucoup, ça paraîtrait précipité, on peut jamais être sûr de rien…
— Mais toi, tu l’es ? »
Jake cligna des yeux. May était de nouveau sérieuse.
« Tu sais que Dylan est le bon, non ? Sinon, tu ne te donnerais pas tous ces moyens. »
Jake ne s’était encore jamais posé pour analyser ses sentiments. Pour lui, c’était naturel. Il était tombé sur Dylan et son amour et sa patience avaient mieux agi sur lui que le meilleur des remèdes.
« Oui, souffla-t-il. Je sais que Dylan est le bon.
— Alors ça vaut le coup de s’investir. Je sais que tu ferais la même chose pour moi.
— Bien sûr. »
May délaissa momentanément leurs recherches pour se redresser et s’adosser à sa chaise. Elle sourit à son meilleur ami.
« Je t’ai jamais vu comme ça, Jake. Même quand on est tous les deux, j’ai toujours senti que quelque chose te manquait. C’est pas précipité. T’as attendu vingt-et-un ans que le bonheur frappe à ta porte.
— Comme si tu m’avais pas rendu heureux toutes ces années, pouffa Jake, néanmoins ému.
— C’est pas la même chose. Tu seras toujours mon meilleur ami, mon frère, mais t’as une vie à construire maintenant. L’amour est la plus puissante des émotions, j’espère tomber sur une personne qui me rendra heureuse comme Dylan en est capable pour toi. »
Jake avait du mal à retenir son émotion. Pour conclure, May lui envoya une légère pichenette sur le front, ce qui lui coupa l’envie de pleurer. Elle rit et il la rejoignit une main contre son front, tandis que l’autre balayait les larmes que ses yeux contenaient.
« Allez Juliette, on s’y remet pour que tu retrouves ton Roméo. »
May avait bien cerné son meilleur ami. Ils passèrent en revue les entreprises proches de Bélise. Puis, après un bon panel qui les surprit par l’intérêt qu’elles promettaient, ils s’installèrent devant un film d’horreur pour terminer la soirée. Lorsque Alizée rentra, elle les rejoignit pour regarder la fin. Elle adorait voir son fils heureux. Depuis le départ de son père, elle ne l’avait plus entendu rire ainsi.
May fut bientôt muée d’un nouvel objectif qu’elle ne partagea cette fois-ci pas avec son meilleur ami. Elle avait bien compris, malgré la réticence de Jake de faire découvrir sa vie à la capitale à Dylan, qu’il ne tiendrait pas jusqu’à Noël sans le voir. Malheureusement, leur emploi du temps et leur charge de travail ne permettaient pas à Jake de se dégager du temps et de supporter huit heures de route sur un petit week-end. Alors, elle réfléchit à inverser le problème. Jake ne sut donc pas la mission dans laquelle sa meilleure amie se lança. Elle profita de son absence sous la douche pour fouiller son portable, ils connaissaient tous deux le code de l’autre, ils avaient l’habitude de se les prêter sans chichi. Elle avait seulement besoin d’une information qu’elle trouva rapidement, puis revêtit son masque d’impassibilité. Elle allait lui faire la surprise.
Timidité n’était pas dans le langage de May. Elle ne se considérait pas comme extravertie pour autant, mais elle n’avait aucun mal à faire ce qu’il fallait pour conclure ses objectifs. Elle ne ressentit donc aucune gêne à amorcer le premier contact qui débutait son nouveau plan. Un soir où elle savait que Jake n'appelait pas Dylan, car il passait la soirée avec sa mère devant leur émission préférée, elle engagea le premier message.
May
Salut Dylan
C’est May, la meilleure amie de Jake
Tu m’excuseras, j’ai chopé ton numéro en secret
J’ai pensé à un truc et je voulais t’en parler
Jake aimait bien plaisanter sur la propension obsessive de sa meilleure amie. May était une férue d’organisation. Dès que Jake avait eu quoi que ce soit à organiser, il avait toujours mis sa meilleure amie dans le coup. Dylan allait très vite le constater.
Dylan
Salut May !
Jake m’a beaucoup parlé de toi, mais j’imagine que je ne lui parle pas de cette conversation ?
May
Tu imagines bien
C’est pas contre lui, justement c’est pour lui faire plaisir mais j’aimerais lui faire la surprise
Dylan
Avec plaisir alors
Tu penses à quoi ?
May
Je veux essayer de te faire monter à Lievit
Ça te plairait ?
Dylan
Oh
Oui, j’y ai pensé, j’aimerais beaucoup mais je ne voulais pas déranger Jake avec ça
Il vit seul avec sa mère, je ne veux pas m’imposer
May
C’est pas un problème ça
Alizée est adorable et t’apprécie déjà
Dylan
C’est ce que Jake m’a dit aussi…
May
Tu le rends heureux, c’est tout ce qu’on attend de toi mdr
Bon, et que tu montes faire proprement connaissance avec les femmes de sa vie
Dylan
Je comprends ce que Jake disait quand il te définissait “haute en couleurs”
May
Je le prends bien
Dylan
J’ai pas insisté auprès de Jake parce qu’il parlait surtout de son retour à Bélise
May
Tu penses réussir à te libérer du temps pour monter à la capitale ?
Je t’avoue que j’ai aucune idée dans quelle mesure tu peux mettre ton travail en pause et t’accorder des journées de congés
Dylan
C’est pas totalement différent d’un travail de bureau
Si je le fais pas, quelqu’un le fera à ma place le temps de mon absence
Si ce n’est que quelques jours, ça ne devrait pas être compliqué
May
Génial
Y’a des périodes plus propices ?
Dylan
La période du labour a commencé, j’en ai pour jusqu’en octobre
May
Et après ?
Dylan
Après je prends toujours une semaine de congés mi octobre pour souffler
D’habitude je vais voir mes parents, ils habitent à une heure et demi de chez moi, mais ça m’avance déjà pour Lievit
May
Faut pas que ça te coupe du temps avec tes parents
Dylan
Jake me manque
C’est important, je veux le voir
May
T’arriverais à poser tes congés pour être ici un week-end ? Comme ça Jake pourra vraiment profiter
Dylan
Oui
Je peux partir en semaine, passer voir mes parents puis venir
À partir de quand ?
May
Jake t’a déjà prévenu qu’on avait pas de cours le vendredi ?
Si tu viens à partir du mercredi soir et tu repars le lundi ? Ça le ferait ?
Dylan
Je veux pas non plus qu’il les sèche pour moi…
May
T’inquiète pas pour lui
Je gère pour les cours
Dylan
Ça devrait être bon
Je partirai le lundi pour voir mes parents, ça me laisse deux jours avec eux puis je profite de Jake
May
Nickel
T’es facile d’organisation, on va bien s’entendre
Dylan
Je crois pas me tromper si j’avance que t’aimes bien organiser ce genre de chose ?
May
Totalement
Puis c’est pour mon meilleur ami
Tu montes en voiture ?
Dylan
J’ai une amie qui m’en prêtera une
Je peux pas utiliser la camionnette et je suis pas sûr que la Triumph soit idéale
May
En effet
J’attendrai que Jake m’emmène pour voir le petit bijou
Dylan
Tu seras la bienvenue, je sais que ça fera plaisir à Jake de t’emmener chez ses grands parents
May
Laisse moi m’occuper du reste
On se refixe la date exacte
Mercredi, t’arriveras chez moi, et j’organiserai avec Alizée pour la suite
Dylan
Tu es sûre ?
May
Oui
Laboure bien
Et motus et bouche cousue avec Jake
Dylan
Merci May
Je suis rassurée que Jake ait une amie comme toi
May
Toujours au poste
Oh, et
Enchantée, Dylan
Dylan
Ravi de faire ta connaissance, May !
Le plan était lancé. Un mois, c’était encore long, mais May se sentait capable de tenir le secret jusqu’au bout. En attendant, elle allait devoir faire patienter son meilleur ami sans vendre la mèche. Au moins, ils avaient suffisamment à faire avec les cours pour que le temps passe plus vite. Elle mit Alizée dans la confidence, le temps pour elle d’organiser les préparatifs avec Dylan.
« Bien sûr, Dylan est le bienvenu quand il le souhaite. Redis-moi les dates ?
— Faut que Dylan me confirme, mais ce sera mi octobre.
— En attendant, je garde le secret pour Jake, c’est ça ? » Alizée lui adressa un clin d'œil.
May était passée voir Alizée à son travail. Elle était réceptionniste dans un des musées de la ville. La culture l’avait toujours intéressé mais, faute d’avoir poursuivi des études, elle s’était contentée d’un poste plus simple. Ce n’était pas pour lui déplaire, elle aimait le contact avec le public et s’épanouissait dans le milieu culturel. De plus, même si elle travaillait certains week-end, elle avait ses soirées de libre et pouvait subvenir aux besoins financiers de son fils. C’était cela, le plus important pour elle.
