Les souvenirs qui ne meurent jamais - Marie-Ghislaine Méra - E-Book

Les souvenirs qui ne meurent jamais E-Book

Marie-Ghislaine Méra

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« Courage ! On a besoin de Courage pour continuer à vivre ».

C’est l’histoire d’Évelyne Cicero, une jeune fille qui possède une clairvoyance extraordinaire et de son père, Jerome Legrand Cicero, un chrétien qui s’oppose à la clairvoyance qui d’après lui est associée à la sorcellerie. C’est le récit de cinq petites filles témoins d’un vol à domicile, du viol de leur mère et l’attaque brutale à leur père. Jerome Legrand Cicero abandonnera son nouveau-né sur le sol étranger faisant de lui un banni parce qu’il le croit être le fils de l’homme qui a violé sa femme. Il vivra pour regretter son acte.
Les souvenirs qui ne meurent jamais est l’exposé de la fin d’un criminel notoire, Frank Deleo, qui semait la terreur et qui sera capturé et exécuté par de jeunes filles pensionnaires. C’est aussi le récit de cinq femmes en colère qui n’ont pas peur de prendre la loi entre leurs mains pour restaurer la sécurité et la paix dans leur communauté. Cette histoire, en plus, dévoile l’inimitié qui existe entre deux peuples voisins, l’est et l’ouest d’Hispaniola.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Marie-Ghislaine Mera est née en 1951. Elle est mariée. Diplômée en 1972, elle travaille trois années comme institutrice maternelle à Port-au-Prince. Elle est retraitée après vingt-deux ans de service à l’Hospital de l’administration des Vétérans à Philadelphia, PA. Elle est aussi l’auteur de plusieurs œuvres telles que The Stories of a Little Town, Short stories of the yester years, The two Germaines et Troubles of Our Lives an anthologie.

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Marie-Ghislaine Mera

Les souvenirs qui ne meurent jamais

Mémoires d’une médium

Roman

© Lys Bleu Éditions – Marie-Ghislaine Mera

ISBN : 979-10-377-0339-2

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Traduit de l’américain par Marlène Le Duc

Ce livre est dédié aux familles Mera, Grandpierre et Belizaire.

2 Septembre 2019

Remerciements

Je tiens à remercier Le Lys Bleus Editions pour la publication de mon roman en français. Elle donnera aux Haïtiens et a tous ceux des îles de la francophonie la chance de lire cette histoire si intéressante.

Je remercie également mon cousin Clairvaux Belizaire pour son support et ma vieille amie Margarèthe Cadet qui partage mon intérêt dans ce loisir.

Sommaire

Ceci est l’histoire d’Evelyn Cicero Douglas ; une jeune fille avec un exceptionnel talent médiumnique. Un pouvoir qu’elle essayait de réprimer avec un hymne chrétien. (Seigneur, j’ai besoin de Toi, chaque heure j’ai besoin de toi.) Jerome Cicero, le père, luttait contre les médiums, en raison de l’association avec la sorcellerie. C’est l’histoire d’une famille perturbée par une intrusion à leur domicile. Le récit de cinq filles qui ont vu leurs parents être agressés, et brutalisés par des criminels. Également, le conte d’un petit garçon, qui va payer le prix ultime pour le viol de sa mère et l’agression de son père.

Jérôme Cicero abandonna son propre fils et par la suite vécut tout en le regrettant ; il mourut le cœur brisé. Joséphine Cicero, la matriarche était si broyée intérieurement et profondément déprimée ; qu’elle n’a pas pu protester contre l’éloignement de son fils par son père ! Ainsi, son seul fils fut abandonné, parce qu’on le croyait être le fils d’un violeur. Cinq filles, cinq sœurs avec de bons et mauvais souvenirs qui ne mourront jamais. Evelyn, aussi connue sous le nom de Ève, avait beaucoup de souvenirs, bons comme mauvais gravés dans sa mémoire. Aujourd’hui, elle quitte les États-Unis ; elle rentre chez elle, pour s’installer. Durant ce voyage de quatre heures, elle se souviendra du passé.

 

 

 

 

 

Chapitre 1

 

 

 

Evelyn avait une place à côté du hublot sur le vol 407 d’American Airlines, à destination de Port-au-Prince en Haïti. La place était relativement confortable, pour un trajet de quatre heures. Aussi, elle se détendit et se remémora le passé. Quelle avait été sa vie de famille ?

Evelyn pensait :

— Mon père, Jérôme Legrand Cicero, quel personnage ! Il était grand, costaud, aux cheveux ondulés, à la peau mate. Il était persuadé qu’il était un descendant des Taïnos, parce que son père Alfred Cicero était de la République dominicaine et sa mère d’Haïti.

Un jour, il avait eu une vision, lors d’une petite sieste sous un palmier. Un Indien lui était apparu et lui avait dit :

— J’étais un chef indien taïno, et j’ai mérité des funérailles décentes. Va, derrière ton jardin, à côté de l’oranger et creuse. Creuse, jusqu’à ce que tu trouves un pot en céramique. Prends-le, et, en retour, fais-moi des obsèques dignes de ce nom, une pierre tombale, et prie le Dieu soleil pour moi.

Mon père était déconcerté, il n’avait jamais eu de rêve ou de vision aussi saisissants et clairs. Il en informa ses parents qui crurent qu’un ancêtre essayait de les contacter. Étant des adeptes du vaudou ; ils prirent le rêve au sérieux, alors que mon père était plutôt effrayé et refusait de faire ce que l’indien lui avait demandé de faire.

Son père est alors allé creuser, car il croyait qu’il y avait un trésor caché près de l’oranger. Ses parents ont creusé deux jours durant, jusqu’à ce qu’ils heurtent quelque chose. C’était en effet un pot en céramique rempli de bijoux en or : de larges bracelets-manchettes, des bagues, des diadèmes, de lourdes boucles d’oreilles, des médailles et des pièces, le tout confectionné avec de l’or pur. Les Cicero devinrent riches du jour au lendemain, en ce temps-là mon père était un simple menuisier, qui possédait son propre magasin de meubles. Il n’était pas un homme très éduqué, il avait seulement reçu une éducation élémentaire, mais il était très intelligent. Il adorait lire et était désireux d’apprendre. Notre éducation comptait beaucoup pour lui.

Ses parents ont érigé une pierre tombale à l’endroit exact où ils avaient trouvé le trésor. Sur la pierre était gravée : – Un grand chef indien taïno – ; une représentation du soleil était également sur la pierre. En guise de rituel, mon père récita une poésie et joua d’un instrument indien appelé maraca ou Chacha, tandis que son père jouait du tambour en bois et que sa mère chantait une chanson vaudou. Ils croyaient fermement qu’un ancêtre avait gardé les trésors cachés des conquistadores pendant la colonisation espagnole.

Dans les années suivantes, mon père fut confronté à la jalousie fraternelle, ainsi qu’à l’hostilité et au ressentiment des membres de la famille. Même, une fois que la fortune fut partagée entre eux. À la mort de son père, son fils Alvarez, d’une autre femme, Lupita, voulut réclamer son héritage, mais il n’y en avait pas pour lui. Il s’appelait Alvarez Mercado, il était le premier-né, mais il ne s’appelait pas – Cicero –. Mon grand-père n’était pas riche. Mon père l’était, en raison de son rêve et du trésor qu’il avait trouvé.

Aussi, Alvarez n’avait aucun droit sur sa fortune. Il partagea sa fortune avec ses deux sœurs, Anna et Estelle, et son jeune frère, Simeon. Même avec eux il eut des problèmes, ils pensaient qu’il en avait trop, la vérité était que mon père était un homme d’affaires avisé, qui savait comment utiliser sa fortune. Il transforma son humble échoppe de menuisier en empire. « Les menuiseries Jerry » étaient une grande marque de meubles. C’était le meilleur magasin de meubles luxueux et de qualités de l’île. Mon père avait des magasins partout et ils fournissaient les meilleurs meubles en bois de tous les temps, il garantissait ses produits.

Durant la majeure partie de sa vie, mon père fut dans la ligne de mire de son frère Alvarez qui luttait contre lui. Il rencontra ma mère, Joséphine Laforest, lors de la Saint-Jérôme à Petite-Rivière ; ils tombèrent amoureux et se marièrent. Ensemble, ils eurent cinq filles, Lawrence, Circe, Gerona, Odette et moi. Lawrence étant l’aînée et Odette, la plus jeune. Nous avons grandi avec une mère très protectrice et un père autoritaire. Oui, oui, mon père était très sévère, un perfectionniste. Quelques fois, il était adorable lorsqu’il nous lisait, non seulement la Bible, mais aussi des contes de fées pour nous rendre heureuses. Il nous aurait donné tout ce que nous aurions souhaité, tant que c’était convenable, car il était vraiment un homme généreux. Mais parfois, il n’avait pas de pitié, et il nous punissait sévèrement pour des choses telles que : les mensonges, s’être servie sans avoir demandé, ne pas travailler à l’école, répondre à un adulte. Une fessée de sa part était une chose dont on se souvenait, il nous administrait de dures corrections, un temps indéfini à genoux derrière la porte était une autre sorte de punition qui nous était fréquemment infligée. Nous pouvions rester derrière une porte, à genoux pendant une heure. S’il sortait et nous oubliait, ma mère ne nous aurait pas libérées. Elle avait l’habitude de dire :

— Votre père vous a mis ici, ce n’est pas à moi de vous libérer, nous travaillons en équipe pour les questions de discipline. La libération doit venir de lui. 

Il allait à l’église tous les dimanches, et toujours à l’heure. Contrairement à ses parents qui étaient des adeptes du vaudou, il haïssait le vaudou. Il était chrétien et franc-maçon. Je me souviens de mère, elle était très protectrice envers nous, craignant que quelque chose de grave ne nous arrive, si elle n’était pas là pour surveiller. Alors que nous étions assez vieilles pour aller à l’école seules, elle insistait toujours pour avoir quelqu’un pour nous chaperonner. Nous avions l’habitude de nous sentir gênés et d’autres enfants se moquaient de nous. Au cinéma, notre père restait toujours là, pour nous surveiller. J’avais beaucoup de cousins, garçons et filles, parfois ils venaient demander à mère de nous laisser aller avec eux à la rivière pour nager, ce qui serait très amusant, ma mère disait toujours non, parce qu’il n’y avait pas d’adulte pour nous surveiller. Cependant, ma sœur Circe se faufilait et y allait. C’est la raison pour laquelle elle sait nager, faire de la bicyclette et conduire. Elle apprit tout cela sans le consentement des parents.

Quant à mon père, ses problèmes concernaient les garçons du quartier, il les tenait à distance. Il ne voulait pas du tout les voir autour de nous. Il était parfois carrément méchant avec les jeunes hommes qui nous approchaient. Donc, Lawrence fut ravie quand elle a rencontré Antoine Massena, qui était selon la norme de mon père, susceptible de l’épouser ; c’était un jeune ingénieur civil prometteur issu d’une bonne famille. Je me souviens quand Lawrence s’est mariée ; elle était heureuse d’épouser son chéri, c’était un beau mariage, mes parents étaient heureux aussi.

 

Avec Lawrence partie, nous laissant toutes les quatre, nous pensions à qui serait la prochaine à se marier. Peu de temps après le départ de Lawrence, une tante maternelle est morte, laissant un fils dont il fallait s’occuper. Ma mère le recueillit, il n’avait que douze ans, Richard, mon cousin. Nous avons grandi ensemble. Quelques années plus tard, Gerona est venue dire à mes parents qu’elle entrait au couvent. Ils ont accepté avec tristesse, ils l’ont préparée et envoyée au couvent.

C’était le jour le plus triste de ma vie ; je n’avais rien contre le couvent. C’était normal que je ressente ce que je ressentais. C’était si soudain, je me demandais ce qui la faisait aller au couvent, parce qu’elle semblait heureuse à la maison ; mais elle allait toujours à l’église, se liant d’amitié avec le prêtre et les religieuses. Aider les autres : enseigner aux analphabètes du quartier. Elle se réparait pour le couvent. Elle n’en avait simplement jamais parlé. Ainsi, ce fut une surprise pour la famille. Mon père, étant protestant, n’approuva pas vraiment, mais ne s’y opposa pas non plus.

Mes souvenirs préférés sont au sujet de mes capacités psychiques. La première fois que cela s’est manifesté, c’était un dimanche, je m’apprêtais pour aller à l’église, j’avais une robe toute nouvelle, j’étais impatiente de la porter avec un jupon que ma mère venait juste d’acheter. Je voulais me montrer avec cette robe. J’ai soudain entendu une agitation provenant de chez ma voisine, Mme Alexis criait :

— Tibertho a pris l’argent, qui d’autres, mis à part lui, pourraient avoir volé l’argent.

Tibertho déclara :

— Je jure, Mme Alexis, que je n’ai pas pris d’argent, durant toutes ces années, j’ai été à votre service gratuitement, je n’ai jamais touché un sou. Pourquoi m’accusent-ils maintenant ?

Tibertho s’efforçait de se défendre, en vain.

Mme Alexis le menaça, en disant :

— Je vais vous emmener au poste de police si vous ne remettez pas l’argent en place.

Je suis devenue très triste, j’aimais bien Tibertho, il venait toujours sur le mur qui séparait nos propriétés pour nous raconter des blagues et nous donner des bonbons, des mangues ou des amandes qu’il avait cueillies. Mes yeux se fermèrent automatiquement, et je pouvais voir ce qui était arrivé à l’argent en question. J’ai vu Mr Alexis prendre l’argent et le placer dans une tirelire en bois sous lit juste en dessous de la tête de Mme Alexis. C’était quarante dollars, deux billets de dix et un de vingt. J’ai regardé autour de moi pour voir si mon père ou ma mère étaient là.

 

Mes parents se préparaient pour aller à l’église et ils étaient en train de se disputer comme d’habitude ; c’étaient ainsi chaque dimanche parce qu’ils étaient d’obédiences différentes. Mère était catholique, Père, baptiste. Certains d’entre nous étaient baptistes, d’autres catholiques, c’était bizarre. Je n’avais pas de religion spécifique, parfois, j’allais à l’église avec mon père, d’autre fois avec ma mère. Ils avaient été mariés par un prêtre et un pasteur. Ils essayaient toujours de se convertir l’un l’autre. Mon père était très ponctuel, ma mère, une procrastinatrice, toujours en retard dans tous les événements sociaux auxquels elle assistait.

Pendant qu’ils étaient occupés à se disputer, je suis allée voir Mme Alexis et lui ai dit directement :

— Excusez-moi ! Excusez-moi Mme Alexis, Tibertho n’a pas pris l’argent, je sais qui l’a fait.

— Comment sauriez-vous cela, Ève ; et qui l’a pris ?

— C’est un secret, madame Alexis.

— J’en suis sûre, mais vous allez me le dire, venez, venez dans la cuisine, dit-elle doucement.

Je lui ai chuchoté dans son oreille droite :

— Monsieur Alexis a pris l’argent et l’a mis dans la tirelire sous le lit. Deux billets de dix dollars et un de vingt, ils sont tout froissés. Allez voir. –

Sans poser la moindre question, elle est allée chercher la boîte, l’a ouverte, l’argent était dedans. Mme Alexis se sentait tellement mal d’avoir accusé Tibertho, son domestique de longue date. Cependant, elle était surtout intriguée et abasourdie par ma révélation.

— Comment saviez-vous au sujet de l’argent ; mon mari l’a probablement mentionné à votre père lors d’une conversation entre voisins et vous l’avez entendu par hasard.

Je n’ai pas répondu, parce que je ne pouvais pas le dire. Plus tard, ce jour-là, Mme Alexis vint rendre visite à mes parents pour parler de l’incident. Mes parents furent plutôt très surpris, ils se demandèrent comment leur fille avait eu l’information. Puis, j’ai été questionnée par mes parents ; et je leur ai dit exactement de quelle façon je le savais. Ils ne surent que faire à ce sujet, mais mon père m’appela et me dit :

— Un esprit maléfique essaie de te réclamer, tu es une enfant de Dieu, tu ne prendras aucune part dans la sorcellerie. Chaque fois que tu sens ce pouvoir prendre possession de toi, chante cette chanson : – J’ai besoin de Toi. Ô ! J’ai besoin de Toi. À toutes heures, j’ai besoin de Toi, lorsque Satan est près de moi, s’il te plaît, viens à moi –, pour chasser l’esprit maléfique. Ne parle à personne à ce sujet, est-ce que tu m’entends, et ai-je été assez clair ? 

J’ai répondu craintivement :

— Oui, père. 

Mère d’un autre côté eut une approche différente. Elle vint dans ma chambre pendant que je lisais un livre, puis dit :

— Ève, ferme tes yeux et dis-moi ce qui sera mon avenir ?

— Je ne peux pas, mes yeux se ferment de temps en temps d’eux-mêmes, et je n’ai pas des visions tout le temps.

— Mais, depuis combien de temps vois-tu des choses, et comment les vois-tu ?

— Je peux voir ce que les gens ont à l’esprit, mais aussi dans leur corps. 

— Comment fais-tu pour voir ce qu’il y a à l’intérieur du corps des gens ? 

— Je crois que je le fais, c’est juste que je ne peux pas l’expliquer.

Mes parents se disputèrent à ce sujet. Mon père voulait que je réprime ce don psychique, tandis que ma mère voulait que je l’entretienne plus particulièrement après un autre incident à l’école. Lorsqu’un timide garçon de ma classe fut tourné en ridicule et était intimidé à tout moment, je me sentis mal, mais j’étais une fille, je ne pouvais rien faire pour les arrêter ; mais, un jour, alors qu’ils étaient tous sur lui à le frapper, l’insultant, tirant sa chemise hors de son pantalon et lui demandant de se battre avec eux. J’ai entendu une voix, semblable à celle de ma grand-mère, me disant :

— Libères ton don, Ève, pour les arrêter, tu n’as qu’à fermer les yeux et tu verras ce va arriver ensuite. 

Instantanément, mes yeux se fermèrent et les garçons se comportant comme des brutes s’urinèrent dessus, nous pouvions tous voir leurs sous-vêtements, l’un d’entre eux n’en avait même pas. Et ce fut la fin de la brutalité dans ma classe.

Les enseignants étaient déconcertés, et ils se demandaient pourquoi les garçons s’urinaient tous dessus, en même temps. La ville entière croyait que le garçon brutalisé avait des pouvoirs super-naturels, je n’ai rien dit. Je les ai laissés penser que c’était le garçon qui avait ce pouvoir. Mon père a appris ce qui s’était passé à l’école ; il m’a appelé et dit :

— J’ai entendu parler de tes prouesses à l’école. Tu as aidé ce petit garçon, c’est une bonne chose, mais garde-le pour toi, tu comprends.

— Oui, père, je comprends.

Mon père rappela à ma mère qu’elle devait nous garder en prière à tout moment, car, le diable en avait après lui, depuis la mort de ses parents, qui ne s’étaient jamais convertis au christianisme. Selon mon père, les esprits de ses ancêtres étaient après moi. Par conséquent, j’ai été éloigné. J’ai atteint l’adolescence loin de ma famille.

 

Comme je vieillissais ; j’ai observé la société haïtienne, et j’ai réalisé que les femmes qui se disaient médiums, ou clairvoyantes se sont difficilement mariées, ou si elles le font, leur relation ne dure pas. Les hommes n’aiment pas les avoir comme épouse. Ils les mariaient quand bien même ils les utilisaient.

Les médiums ne sont généralement pas bien considérés dans la société haïtienne, en raison de la connexion avec la sorcellerie. Ce dont ils peuvent être accusés, et donc être chassés hors de la ville. J’avais beaucoup de matière à penser au sujet de ce soi-disant don ; cela provient-il de Dieu ou du diable ? J’étais troublée par ce que je ressentais et je voyais. J’ai commencé à voir de plus en plus de gens à l’intérieur.

Par exemple, un jour, alors que j’attendais un bus, une femme enceinte était à côté de moi, j’ai regardé son ventre et tout à coup j’ai senti un éclair de lumière vive et j’ai pu voir la tête de ce bébé était déjà engagée dans l’utérus et je lui ai dit :

— Vous êtes sur le point d’accoucher, et c’est une fille

— Je suis à terme, cela peut arriver à n’importe quel moment maintenant, répondit-elle en souriant. Comment savez-vous que c’est une fille ? 

— Je le sais.

Nous avons pris le même bus, avant le dernier arrêt, la femme cria :

— Je viens de perdre les eaux, à l’aide s’il vous plaît, il faut m’emmener à l’hôpital le plus proche. 

Tout le monde vint vers elle, je restais à ses côtés et guidais le chauffeur pour l’emmener à la maternité la plus proche. Tous les passagers partirent, sauf moi, je restais avec elle. Le chauffeur nous emmena à la maternité de l’hôpital général. Là, cette femme prénommée Aline donna naissance à une petite fille de trois kilos. Elle était tellement reconnaissante, par gratitude, elle a prénommé son bébé, Évelyne.

 

Je chantais toujours cette chanson, une chanson que j’affectionne particulièrement : — J’ai besoin de toi, ô j’ai besoin de toi. Chaque fois que je chantais ou même fredonne cette chanson, les gens autour de moi savent que je voyais quelque chose. La chanson n’avait pas le pouvoir d’arrêter le pouvoir médiumnique que j’avais, comme mon père aurait souhaité qu’il le fasse. J’étais confuse, jusqu’à ce que je rencontre un homme appelé Sirius Bradlow.

C’était un vieil homme, qui se décrivait lui-même comme un conseiller spirituel, un homme sage. Il clarifia les choses pour moi. Il m’a dit que cela ne provenait pas des démons, mais que c’était plutôt un don. J’avais un sixième sens qui me permettait de voir ce que d’autres personnes ne pouvaient pas voir. Cependant, quand je lui ai parlé de l’incident de l’école, quand j’ai entendu la voix de ma grand-mère me dire de libérer mon pouvoir. Il eut une autre opinion à ce sujet :

— C’est un peu plus compliqué qu’un sixième sens, vous avez plus de pouvoir que cela, votre grand-mère était médium ? –, me dit-il.

J’ai répondu :

— Non pas que je sache.

 

Souvenirs, souvenirs, j’en ai des tas. Étant médium, je pouvais voir beaucoup de choses, mais il y avait une chose que ma capacité psychique ne m’a jamais permis de voir et je me demande pourquoi. Il y avait un grand secret dans ma famille, je n’ai jamais pu y arriver ou je l’ai fait, mais je ne pouvais pas le comprendre.

J’ai de bons souvenirs et des mauvais, des affreux et des terribles. Le pire, c’est quand ma maison a été envahie par des voleurs et des violeurs. Un groupe d’hommes est venu chez moi pour demander tout ce que nous avions de valeur. Ils ont attaché mon père à une chaise, lui a bandé les yeux, lui a collé la bouche avec du scotch et ils ont pris tout ce qui était précieux et le pire d’entre eux a violé ma mère. Mes sœurs et moi étions dans une pièce, pleurant et les regardant frapper mon père. Il n’y avait personne pour les aider. Quand ils ont eu fini, ils sont partis. Nous n’avons pas vu leur visage, ils étaient masqués.

Mes parents ne signalaient jamais les incidents à la police, ils l’ont gardé secret. Depuis, ma mère et mon père n’ont plus jamais été les mêmes. Il ne s’est jamais remis du viol, il préfère être battu à mort plutôt que de regarder un homme agresser sexuellement sa femme. Cette invasion du domicile a profondément changé ma mère, elle avait développé une maladie psychologique appelée agoraphobie (Peur des lieux ouverts). Elle avait cessé d’aller à l’église ou d’assister à tout événement social. Mon père a toujours été vu seul. J’étais trop jeune pour comprendre pourquoi.

Les mois suivant l’agression, ma mère se révéla être enceinte, une grossesse qui était aussi gardée secrète, un grand secret, à tel point que même la famille proche l’ignorait. Mes sœurs et moi attendions une autre sœur, et nous avons toutes cru ou supposé que ce serait une autre fille. Un soir, ma mère commença à être en travail. Une sage-femme a été appelée pour l’accoucher au lieu d’aller à l’hôpital pour donner naissance. Je me souviens que nous étions tous dans une pièce en train de prier pour notre mère, à cette époque, les femmes décédaient souvent en couches, et nous craignions la perte de notre mère. Nous l’aimions tellement. Lorsque nous avons entendu les pleurs du bébé, nous fûmes soulagées et heureuses d’accueillir une autre sœur.

 

Nous étions impatientes de la voir. Mais nous n’avons jamais été appelées pour la voir. Au lieu de cela, mère sortie pour nous voir. Nous ne vîmes pas le nouveau-né, et nous étions très tristes. Et mère était encore plus triste. Deux jours plus tard, mon père partit en voyage avec le bébé pour l’emmener voir un médecin, ce qui était un mensonge. Deux jours plus tard ; il revint sans le bébé. On m’a dit que le bébé était mort et enterré à côté de mes grands-parents paternels, en République dominicaine ou dans l’Est.

— Était-elle jolie ? demandais-je en pleurant.

 

Ma mère éclata en sanglots :

— Oui, elle l’était. 

Je fermais les yeux essayant de voir ce qui était réellement arrivé au bébé. Je ne voyais rien. C’est resté un mystère pour moi durant longtemps.