M Gilbert et les cinq V - Thierry Lamarque - E-Book

M Gilbert et les cinq V E-Book

Thierry Lamarque

0,0

Beschreibung

A Port des Barques, petit village de Charente-Maritime, Gilbert Calquier, un ancien cambrioleur retiré disparaît. Un mois plus tard, alertés par ses voisins, les gendarmes de Rochefort découvrent chez lui un cadavre, mais il s'agit du corps d'une femme...Qui est-elle, où est Gilbert, que s'est-il passé ? Une affaire aux multiples rebondissements et aspects confiée à deux gendarmes de Rochefort sur Mer (Charente-Maritime) qui auront fort à faire pour en venir à bout...

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 83

Veröffentlichungsjahr: 2024

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Aquarelle "Littoral de Charente-Maritime », réalisée par Pierre Lamarque, fils de l'auteur, et publiée avec son aimable autorisation.

Port des Barques, petit village côtier de Charente-Maritime, sur le bord de l’estuaire du fleuve, automne 2021.

« Pfouh, marre de ce temps de cochon, pluie, grisaille, vent, tu parles d’une journée. Et encore ce mal au crâne qui ne me lâche pas. A tous les coups, arrivée chez M. Calquier, je vais devoir courir aux toilettes pour vomir! Après tous ces jours d’arrêt, je me sens toujours aussi mal, et il a fallu qu’Evelyne Lagarde, ma chef de service, me renvoie à Port des Barques, chez lui, avec la route à faire depuis La Rochelle, pour lui faire signer ses demandes d’aides. Elle m’a dit que pendant mon absence, il a viré Gisèle, la collègue qui m’a remplacée, venue faire cette démarche, hurlant après elle qu’il n’avait besoin que d’une chose, c’était qu’on lui foute la paix!

Recommencer avec Gilbert, qui peut être aussi sympa qu’odieux, c’est bien ma veine!

- Merde, mais qu’est-ce qu’ils foutent au milieu de la route ces cons! »

Le coup de klaxon rageur qui suit ces pensées incite les piétons imprudents à rejoindre en toute hâte le trottoir le plus proche.

« Coup de chance, j’ai pu me garer facilement, mais j’ai sonné au moins dix fois, et rien ne bouge chez Gilbert. Les volets sont tous fermés, je n’aime pas trop ça… Idiote, le portillon est ouvert, plus qu’à le pousser et traverser le jardinet par l’allée en petits graviers. Tiens, la porte non plus n’est pas verrouillée, j’entre et je cours aux toilettes, toujours ce mal au crâne et ces foutues nausées, et puis je me sens toujours aussi faible, épuisée. Marre de ces vertiges, je ne tiens plus debout! »

- Monsieur Calquier, vous êtes là? Gilbert? Gilbert?

- Pas de réponse, mais où est-il passé? D’abord les toilettes, on verra après. [...]

- M. Calquier, c’est Catherine, vous vous voulez bien descendre s’il-vous-plaît, ou au moins me répondre? Je vais préparer deux cafés , j’ai apporté des dosettes.

Je vous attends dans la cuisine.

Quelle bourrique, il n’en fera qu’à sa tête, de toute façon.. Je vais me renseigner chez ses voisins, et dans les alentours, puis j’envoie un sms à Evelyne pour l’informer. [...]

désolée Evelyne, Gilbert introuvable, volets fermés, mais porte non verrouillée. J’ai pu entrer, l’appeler, sans succès.

Aucune trace nulle part. D’après les voisins, volets fermés depuis plusieurs jours, personne ne l’a vu depuis environ une semaine..

Prévenir la police?

Pourquoi s’entête-t-il à refuser toute aide? Cette maison est un vrai capharnaüm, de tout partout, un sol innommable et toujours la même odeur de moisi, de vieilles poussières… Pourtant, on sait qu’à une époque il avait des moyens, il suffit de voir ses meubles, sa vaisselle et certains bibelots de valeur. Tant pis pour la pluie, je vais voir dans sa tanière au fond du jardin, derrière la maison.

La visiteuse entame la traversée du sinistre jardinet arrière , en évitant quelques poules mortes, peut-être de faim..., d’après les voisins. Avant sa disparition, ils pouvaient entendre Gilbert appeler ses volailles tous les matins, puis le voir leur donner du grain. Elle titube encore dans une allée, slalomant entre des massifs envahis de mauvaises herbes.

Perdant l’équilibre, elle marche dans l’un d’eux, enfonçant le talon de sa chaussure dans la terre détrempée... Puis, derrière une haie de rosiers et d’arbustes manquant d’entretien et donc dans un état pitoyable, elle atteint enfin le mur de ce que Gilbert appelle son atelier, appentis, ou garage (même s’il n’a jamais accueilli le moindre véhicule).

Derrière la large porte, ouverte après un effort important de traction, elle découvre un bric-àbrac énorme, mêlant outils de jardin jamais utilisés et rouillés, un vélo hors d’âge appuyé contre un établi encombré d’outils, de visseries dans des bocaux de verre, de pots de peinture ouverts et donc devenus inutilisables, tout comme les pinceaux secs abandonnés à côté d’eux. Une antique meule de rémouleur, à pédale, et quelques meubles bas de gamme cassés et éventrés, des cordages et des chaînes jetés à même le sol cimenté complètent le contenu (au moins celui qui est visible) du petit bâtiment.

- Gilbert, vous êtes-là?

Monsieur Calquier, c’est Catherine, répondez-moi!

Merde, la vache, qu’est-ce que je me sens mal! Et puis il fait froid ici, c’est terrible…. Et toujours ces vertiges et ce mal au crâne.

C’est de pire en pire, mes jambes ne me tiennent plus..., je tombe, et maintenant me voilà dans le noir, zut! .

Comme tous les matins, son bol de café expédié avec ses trois tartines de pain grillé, beurre - confiture de fraise maison, douche prise et uniforme enfilé avec soin, le maréchal des logis chef Yves Berland, grand quinquagénaire grisonnant, en léger surpoids, se penche sur sa femme, toujours attablée dans la cuisine devant son thé et ses biscottes, l’embrasse sur l’épaule, à la base du cou, pour lui dire au revoir et lui souhaiter bonne journée. Il sait que cette année sa classe de CM1 à Saint Agnant est particulièrement difficile, et la sent de plus en plus fatiguée et tendue le soir, à son retour à la maison, dans leur appartement de fonction situé dans le bâtiment de la gendarmerie de Rochefort sur Mer. Il franchit la porte, la referme avec soin, car la cage de l’escalier est froide et humide. Il descend le grand escalier, sa main glissant sur le haut de la rampe métallique, au pas de course, ses chaussures claquant sur la mosaïque de petits carreaux qui recouvre chacune des marches. Ses pas résonnent dans tout le bâtiment de béton, peu isolé.

Arrivé au rez-de-chaussée, face à

la double porte vitrée qui donne accès à la cour arrière, il sort son trousseau de clés et entre dans le bureau. Le gendarme Stéphane Morichon, déjà assis derrière le comptoir de l’accueil, se lève prestement pour le saluer :

- Bonjour Chef, comment allez-vous, ce matin?

-Bonjour Stéphane, comme un matin qui sent déjà les emmerdements à plein nez. Et toi, ici, du nouveau?

- Non, nuit calme, pas de plainte ni d’appel ce matin, mais il n’est pas encore neuf heures…

Ah, si, les collègues de Marennes ont interpellé deux braillards qui foutaient le bazar rue Henri Aubin en pleine nuit. Ils les ont gardés en cellule de dégrisement et s’occupent du dossier.… Rien de vraiment important, donc.

C’est alors que le téléphone du bureau se met à sonner.

Morichon répond à l’appel, puis revient vers son chef et lui précise :

- Les collègues du commissariat nous informent que les services sociaux du département leur ont signalé la disparition de Gilbert Calquier, à Port des Barques. Sa fille, jointe au téléphone, est également inquiète, car elle n’a plus de nouvelles depuis une semaine… Vous croyez qu’il faut aller voir?

- Évidemment, même si c’est pour rien! Je croyais que le vieux Gilbert allait arrêter de nous emmerder, mais je me suis trompé! Allez, on y va, t’inquiète pas, je ne connais que trop bien l’adresse! »

Les deux villages de Soubise et Saint Nazaire sur Charente traversés, le véhicule de gendarmerie entre dans Port des Barques, charmante bourgade sur la rive gauche de l’estuaire de la Charente, près de son embouchure, passe devant l’écomusée que les deux gendarmes connaissent bien.

Morichon l’a visité à plusieurs reprises en famille, et Hélène Berland en a vanté tout l’intérêt à son mari après une visite avec sa classe, puis leur voiture tourne à gauche pour accéder à la place de la mairie. Ils empruntent ensuite la rue du onze novembre pour se diriger vers le domicile de Gilbert, rue de La Bosse. Arrivés à destination, les deux gendarmes constatent que le portail n’est pas verrouillé et entrent dans le jardin qu’ils traversent. La porte de la maison étant également ouverte, ils entrent et se livrent à leurs constatations d’usage : aucune trace d’effraction, ou de désordre lié à une éventuelle utilisation de violence. Penderie et commode de la chambre vides, tout comme la salle d’eau. Aucune trace de valise ou de sac de voyage, pas plus de trousse de toilette, de rasoir ou de brosse à dents sur la petite étagère au-dessus du vieux lavabo à l’émail terni et craquelé.

Tout semble indiquer que Gilbert est parti volontairement, peut-être simplement pour un séjour ou des vacances. Jusqu’alors, il vivait de façon totalement autonome et n’avait jamais montré de signe de démence ou de sénilité qui aurait pu faire craindre un moment de désorientation ou d’égarement aux conséquences tragiques du fait de la proximité de l’estuaire de la Charente.

Les voisins interrogés confirment son bon état de forme. Avant sa disparition, ils le voyaient s’occuper quotidiennement, nourrir ses poules dans son jardin, les engueulant si elles ne venaient pas assez vite.

L’entrée des deux gendarmes dans le café de l’Embarcadère ne trouble en rien les quelques consommateurs attablés devant leur verre de blanc ou leur café. Le jeune qui se bat avec le flipper ne les voit pas non plus arriver dans son dos et ne peut pas plus les entendre dans le vacarme de la machine.

Il sursaute en voyant le reflet d’un uniforme dans l’écran de score de l’appareil et se retourne brusquement.

- Bonjour, vous êtes majeur, vous avez vos papiers?

-Bien sûr, monsieur s’entend-il répondre d’une voix hésitante qui lui fait honte, lui, si sûr de lui habituellement. Jeune gars brun, aux cheveux courts, aux épaules aussi larges qu’une feuille de papier format A4 et au visage ravagé par une acné telle que les gendarmes doivent consulter plusieurs fois la photo de la carte d’identité qu’il a sortie de sa poche et leur tend pour être certains qu’il s’agit bien de la sienne.

- Vous connaissez Gilbert Calquier?

-Comme ça, oui, il vient parfois prendre un café, et, avec des copains, on discute avec lui…

-Et on peut savoir de quoi?

- Ben oui, la vie dans le village, les grandes marées, la pêche, la politique... Il est sympa, il nous fait marrer à toujours gueuler