A l'ombre de la Croix - Thierry Lamarque - E-Book

A l'ombre de la Croix E-Book

Thierry Lamarque

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Beschreibung

Au-delà d'une simple autobiographie, ce texte se veut être un hommage à un village et ses alentours, un hymne à l'enfance et son insouciance, mais aussi à un mode de vie rural, simple, sain et authentique, porteur de valeurs humanistes.

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Seitenzahl: 117

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Photo de couverture : la Croix du Pech de Bère prise par l'auteur et publiée avec l'aimable autorisation de M. François Collado, maire de Nicole F - 47190

Au-delà d’une simple autobiographie, ce livre se veut être un hommage à un village et ses alentours, un hymne à l’enfance et son insouciance, mais aussi à un mode de vie rural, sain, simple et authentique, porteur de valeurs humanistes, si cher à l’auteur qu’il en a fait le personnage principal de deux de ses précédents livres1, mode de vie menacé aujourd’hui de disparition dans une société de plus en plus citadine, artificielle et pressée, qui privilégie l’individualisme, l’égocentrisme et reste tournée essentiellement vers l’argent, la consommation, les apparences, le superficiel, au détriment de l’humain.

1 « Les mois d’août sont chauds » et « Les printemps pourraient être doux », tous deux publiés aux Éditions Baudelaire, respectivement en septembre 2022 et mars 2023, qui seront prochainement publiés en un seul volume « Chroniques d’une bastide », complété d’un troisième titre « La fin du d’un monde ? »

Ce texte est dédié à mes aïeux, ma famille, en particulier mon frère André, tous les êtres qui me sont ou m’ont été chers. Il est adressé à mes enfants et mes petits-enfants, afin qu’ils connaissent un peu mieux leurs origines.

Un proverbe portugais dit que « plus les racines sont profondes, plus l’arbre est grand », j’ai donc tenté de creuser aussi profond que possible pour participer à l’épanouissement de mes descendants, les aider à monter au plus haut sur le solide tronc bâti par nos ancêtres, à l’ombre de la Croix du Pech de Bère2…

Il n’est en rien en lien avec une quelconque religion, il contient, sans aucun ordre chronologique, des souvenirs remontant à la surface de mon cerveau lésé par un grave AVC, consécutif à un accident du travail, tels des bulles qui remonteraient du plus profond de la vase et viendraient percer la surface d’une mare. Afin d’en perdre le moins possible, j’ai tenté, chaque fois que cela m’était possible de noter le contenu de ces « bulles mémorielles », pour pouvoir ensuite les rassembler par domaines. S’agissant de souvenirs lointains, ils sont donc peu précis, voire incertains.

Hugues Aufray chantait en mil neuf cent soixante-treize (j’avais alors neuf ans) :

Oh, Nicole, Nicole

Oh-Oh Nicole, souviens-toi

Oh Nicole, Nicole

Oh-Oh Nicole d'autrefois

Une petite gare

Au pied d'un coteau

Un clocher qui sonne

Une grande maison

Au coeur des ormeaux

Près de la Garonne

Oh, Nicole, Nicole

Oh-oh, Nicole, souviens-toi

Oh, Nicole, Nicole

Oh-oh, Nicole d'autrefois

Je revois nos vacances

Auprès d'un bassin

Au fond des allées

Une petite fille

Un petit jardin

Mes tendres années

Oh, Nicole, Nicole

Oh-oh, Nicole, souviens-toi

Oh, Nicole, Nicole

Oh-oh, Nicole d'autrefois

Auteurs: Hugues Aufray, Georges Augier Copyright: WARNER CHAPPELL MUSIC FRANCE

2 On trouve dans certains documents l’orthographe Pech de Berre, mais Bère est validée par Monsieur le Maire actuel de Nicole, en référence à ses sources.

Sommaire

1. LE COTEAU, LE VILLAGE

2. LA GARONNE, LA CRUE

3. LA CROIX

4. NOS ORIGINES.

5. L’ENFANCE, L’ÉCOLE

6. LES ÉCURIES, LA MAISON

7. LE COTEAU, LE PECH, LA CROIX

8. LE VÉLO, LA LIBERTÉ

9. LES ESCARGOTS

10. LES COINGS ET LA GELÉE

11. LES COMMERCES LES

12. LE MARCHE

13. LE « STADE »

14. LA CHASSE

15. BOUSSENS

16. LES ANIMAUX

17. LE COCHON

18. LA PECHE AU CANALET

19. FAMILLES

20. YVETTE, MA MERE

21. Aiguillon

22. L’ASCENSION

Remerciements

1. LE COTEAU, LE VILLAGE,

Nicole, charmant petit village du Lot-et-Garonne, est une bastide anglaise ( son nom originel est Lincoln), fondée au début du XIV° siècle. Elle figure avec l’orthographe Nicolle, sur la carte Cassini du XVIII°, et fut bâtie au pied d’une colline connue ici sous le nom de Pech de Bère et dont le plateau sommital est surmonté à son extrémité Est d’une immense croix métallique posée sur un haut socle de pierres, à environ cent soixante mètres d’altitude, soit une centaine de mètres audessus du village qui, implanté à proximité du confluent du Lot et de la Garonne, s’est agrandi au fil des siècles en s’étirant le long de la route, nationale cent treize autrefois, aujourd’hui départementale huit cent treize, bloqué entre la colline et la Garonne. Il n’est séparé du fleuve que par la ligne de chemin de fer Bordeaux-Marseille, mise en service au XIX° siècle (ou Bordeaux -Vintimille pour la SNCF, après son extension au XX°), et posée au sommet d’une digue de terre qui protège un peu les habitations les plus basses et la route des colères du fleuve qui, à chaque crue importante, profite des ponts (de courts tunnels, en réalité) qui percent la digue, et des égouts, pour inonder le bas du village.

2. LA GARONNE, LA CRUE

Le moulin d’Aiguillon , dont le mur barre le Lot sur toute sa largeur a permis, en brisant le courant de la rivière, le dépôt de sable et ainsi la création d’une plage. Une écluse, sur sa rive droite, marque l’entrée d’un canal, le canalet (dont on prononce ici le t final, dans une sorte de canalèt’) , qui rejoint la Garonne à la sortie de l’écluse de Nicole, après avoir formé l’Île Saint Sébastien et fait le bonheur des promeneurs, des pêcheurs, autrefois des bateliers, aujourd’hui des plaisanciers, qui, en l’empruntant, évitent d’avoir à franchir la zone, avec son grand banc de sable, et les courants dangereux du confluent. L’ancien chemin de halage, plus ou moins carrossable par endroits, permet de rejoindre l’écluse de Nicole, et donc le fleuve, puis d’avancer au pied de la digue, ici renforcée par des enrochements pour faire face à la violence des courants en période de crue, jusqu’aux quais de l’ancien port où venaient accoster les bateaux de transport de la ligne Bordeaux- Toulouse, pour y charger et décharger passagers et marchandises, ligne fluviale disparue à l’arrivée du train.

Au centre du village, le bord du canal est accessible depuis la cent treize grâce à trois tunnels voûtés au bâti en pierre, creusés sous la voie ferrée. L’entrée du premier d’entre eux se trouve tout près d’un vieux noyer, quasiment au pied du jardin de la deuxième maison familiale que j’ai connue. Il débouche sur une ancienne esplanade, récemment délaissée, mais qui a longtemps été une aire d’accueil pour des familles de gens du voyage. Certaines d’entre elles se sont sédentarisées, ayant pu acquérir des maisons dans le village, en contrebas du cimetière et de la maison de ses aïeux qu’Hugues Aufray évoque dans sa chanson, à proximité d’un quatrième tunnel sous la ligne de chemin de fer, plus récent que les autres, en béton, presque invisible depuis la cent treize et donc essentiellement utilisé par les riverains ou quelques Nicolais plus éloignés qui en connaissent l’existence et accèdent, grâce à lui, à la berge du fleuve et aux anciens quais.

Le noyer était pour nous un indicateur car il était parmi les premiers lieux atteints par l’inondation. Nous y descendions avec nos parents, au début, ou à l’arrivée de la crue. Lorsque l’eau avançait à sa hauteur, nous posions une grosse pierre sur le chemin conduisant à l’esplanade, au plus près de l’eau, puis revenions souvent pour vérifier la progression des flots au-delà, puis au-dessus de la pierre, ensuite, avec d’autres pierres, jusqu’à la route qu’ils finissaient par atteindre, puis couper. Les deux autres tunnels ne permettent pas aux eaux de la crue de déborder facilement sur l’ancienne nationale ou dans le village car leur sol est si bas par rapport à la route qu’ un escalier a été bâti à leur sortie pour permettre en temps normal le passage des piétons. Enfants, nous attendions avec impatience que la cent treize soit inondée.

Dès le début de la crue, le premier indice pour nous était le silence, tôt le matin, car l’absence de circulation indiquait que la route était coupée dès la sortie du pont Napoléon qui enjambe le Lot à Aiguillon. Des panneaux y indiquaient en effet une déviation permettant aux usagers de la cent treize de conserver la direction de Bordeaux, en passant par Clairac et les collines pour éviter le lieu-dit Robinson, à l’entrée de Tonneins, première portion de la route à être coupée par l’inondation. La famille était alors à l’écoute de la sirène des pompiers d’Aiguillon qui nous informait des prévisions et du suivi de la montée des eaux, à partir d’un code simple qui entraînait nos connaissances en calcul mental : la côte d’alerte, à partir de laquelle la sirène était mise en oeuvre était à six mètres. Un coup long indiquait un mètre supplémentaire, un coup court vingt-cinq centimètres . Donc, par exemple, trois coups longs et deux coups courts indiquaient une côte prévue de neuf mètres cinquante. Nos parents, qui avaient acquis au cours des années une solide expérience, que nous tentions, enfants, de construire, nous indiquaient, en fonction de ces données, des repères au bas du village qui pouvaient être atteints par la montée des eaux. Ces informations étaient essentielles pour les villageois. Au-delà de huit mètres annoncés, côte indiquant l’inondation de la nationale dans Nicole, nombre d’entre eux, dont mon père, allaient garer le soir, avant l’arrivée de l’eau, leur voiture au bas de la rue de La Gourgue, afin d’avoir la voie libre le lendemain matin pour partir travailler. Car, même si la route était coupée par l’inondation, une coutume ancestrale permettait aux piétons de parcourir, à peu près à mi-colline, la longueur du village. Les propriétaires étaient tenus d’autoriser la traversée de leurs parcelles et d’entretenir ce droit de passage, en ajoutant, si nécessaire, des portails aux terrains clôturés. Il était donc ainsi aisé et sûr, tout en marquant des pauses pour bavarder avec les autres Nicolais rencontrés, de revenir à sa voiture, restée bien au sec, dans une rue hors d’atteinte pour l’eau, tout comme les routes qu’elle auxquelles elle conduisait.

Enfants, bien sûr excités par cet événement qui brisait la monotonie de la vie dans le village, nous attendions la crue avec impatience et espérions toujours voir monter l’eau au plus haut. C’était aussi pour nous l’occasion de patauger dans l’eau de la Garonne qui venait à nous dans le bas du jardin.

Oubliant les conseils maternels, nous avancions trop et remplissions parfois nos bottes d’un liquide froid, limoneux et malodorant. Plus tard, adolescents, nous avions pour mission d’aider les villageois menacés par la crue à monter, surélever ou mettre en sécurité tout ce qui pouvait l’être avant l’arrivée de l’inondation. Celle-ci passée, nous revenions dans les maisons pour aider à nettoyer et débarrasser les habitations de la fine boue qui s’était infiltrée dans les moindres recoins. Les générations précédentes avaient parfois été appelées en renfort pour monter le barrage qui, à l’entrée du village, empêchait les eaux de se déverser en contrebas dans la plaine. Pour ma part, je ne l’ai jamais vu érigé. Les aménagements sur la Garonne et ses affluents, la gestion des niveaux de ces différents cours d’eau ont eu pour effet de lisser les pics de crues, de réduire leur force, limitant ainsi leur impact en terme d’inondations. J’ai pu en mesurer les effets en comparant les niveaux atteints dans un passé pas si lointain (niveaux qui sont indiqués par des marques gravées au sommet des arches des tunnels sous la ligne de chemin de fer, côté canalet) avec ceux dont j’ai été témoin. La dernière grosse crue à laquelle il m’a été permis d’assister, alors lycéen, date de Noël mil neuf cent quatre-vingt-un.

3. LA CROIX

Telle une sentinelle zélée et protectrice, La Croix, du haut du Pech de Bère, veille, depuis son édification en mil huit cent quatre-vingt-dix-sept, sur les deux vallées, du Lot et de la Garonne, mais surtout sur le village. Ainsi, les soirs d’été où l’atmosphère devient si chaude et pesante qu’elle en est étouffante, lorsqu’enfin éclate l’orage, elle concentre sur elle les impacts de foudre grâce à son paratonnerre, épargnant ainsi les habitations à son pied. Chaque éclair ne peut alors que faire sursauter les Nicolais, et disjoncter quelques compteurs électriques. Par sa présence, les forces de la nature qui se déchaînent offrent aux plus téméraires des villageois, ceux qui osent rester à l’extérieur de leur maison sous l’orage, un spectacle lumineux et assourdissant aussi beau qu’effrayant, même sous la protection de notre Croix.

Cette présence rassurante n’est pourtant ni aussi visible ni perceptible pour les Nicolais qui vivent à proximité ou au-delà de l’usine…

Même si la vie m’a conduit loin de Nicole, à chacun de mes retours en Lot-et-Garonne, je suis attentif au moment où, circulant sur l’A62, à peu près à hauteur de Puch d’Agenais, je peux enfin voir à nouveau le Pech de Bère, reconnaissable entre mille grâce aux taches blanches de ses falaises calcaires et, bien sûr, la Croix qui le domine toujours et marque son identité.

4. NOS ORIGINES.

Bien que n’ayant pas fait de recherches généalogiques (j’y pense désormais sérieusement), je sais que les premiers Lamarque de la commune vivaient dans une ferme , près de Lentre et du lieu-dit Le Luisant, en surplomb du hameau d’Ayet et de la ferme Les Capitaynes, à l’extrémité ouest du plateau du Pech de Bère, aujourd’hui défigurée par une décharge à ciel ouvert, gérée par un SICTOM .

A l’occasion d’une sortie VTT, il y a plusieurs années, j’ai pu conduire mes deux fils, alors adolescents, sur le lieu où sont encore visibles quelques vestiges de leur maison. Ces agriculteurs produisaient, sur cette extrémité du plateau, du chanvre destiné aux corderies qui fournissaient les bateliers de la Garonne.

Mon père a dû connaître cette culture, lui qui nous chantait les qualités du chènevis pour la pêche à l’ablette.

Dans les générations suivantes, ma grand-mère paternelle , Mamie Jeanne