Ma femme me ment - Julien Marthy - E-Book

Ma femme me ment E-Book

Julien Marthy

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Beschreibung

Récit d'un mensonge devenu tragédie !

Tout le monde ment. À des degrés divers, avec de petites conséquences ou de plus importantes. Certains se font démasquer, d’autres jamais.
Mais que faire quand celui ou celle que vous aimez construit sa relation avec vous sur une suite impressionnante de mensonges ? C’est la tragédie qu’a vécue l’auteur. Ou quand le mensonge devient le symptôme d’une maladie psychiatrique.

Découvrez le témoignage d'un homme floué par celle qu'il a aimée pendant de nombreux mois. Un mensonge devenu maladie psychiatrique.

EXTRAIT

Je pense qu’elle savait intuitivement que j’allais être non seulement capable de l’entendre, de l’écouter et de ne pas la juger. J'ai souvent été et suis encore aujourd’hui une oreille attentive pour pas mal de gens. Ils le sentent et osent du coup se confier.
—Voilà ! Tu sais tout, il n’y a pas d’autres casseroles. Maintenant à toi de voir… Tu pars ou tu restes, mais sache que je t’ai tout dit.
Je la regardai avec tendresse, serrai sa main encore plus fort, mais avec délicatesse et douceur.
—Pourquoi je partirais ? Parce que ta vie a été difficile ? Parce que tu es tombée sur des salauds ? Quand bien même… Peut-être qu’aujourd’hui tu es tombée sur quelqu’un de bien. En tout cas avec qui tu ne risques pas de vivre ce genre d’horreur. Je ne suis pas le meilleur des hommes, c’est une certitude. Mais je te promets de ne jamais te faire de mal, rétorquai-je.
On échangea un large sourire, on s’embrassa, je la serrai fort contre moi et la raccompagnai à l’entrée de l’hôpital.
Sa réponse de la veille : « Parce que je sentais que c’était une occasion à ne pas rater ! », prenait tout son sens…
J’ai du mal à expliquer pourquoi en moins de vingt-quatre heures j’avais l’impression de devenir accro à Marjorie. Que se passait-il ? Comment pouvais-je être si rapidement aux petits soins pour elle ? Désireux d’être avec elle, à chaque instant. De l’entendre, de la voir, de l’embrasser, de lui parler, de lui écrire…
Aujourd’hui, je sais…

À PROPOS DE L'AUTEUR

Julien Marthy (pseudonyme) est né en 1969. Passionné par les gens, les relations humaines et la psychologie, il a voulu raconter cette expérience afin de mettre en garde.
Depuis 30 ans, il se passionne pour le développement personnel.

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Seitenzahl: 189

Veröffentlichungsjahr: 2018

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© La Boîte à Pandore

Paris

http ://www.laboiteapandore.fr

La Boîte à Pandore est sur Facebook. Venez dialoguer avec nos auteurs, visionner leurs vidéos et partager vos impressions de lecture.

ISBN : 978-2-39009-337-4 – EAN : 9782390093374

Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.

Direction éditoriale : Véronique de Montfort

Julien Marthy

Ma

femme

me

ment !

et l ’ inimaginable est arrive...

Ma femme me ment

J’avais fait en sorte que mon appartement soit impeccable. Tout était rangé, la table dressée, des petites bougies un peu partout prêtes à être allumées, un petit diffuseur pour parfumer l’air ambiant avec une huile essentielle aux vertus relaxantes et un fond de musique douce. En cuisine, ingrédients et ustensiles étaient prêts pour pouvoir lui concocter un petit plat délicieux.

J’étais en train de régler les derniers détails quand la sonnette retentit.

—Allô ?

—C’est Marjorie ! répondit une jolie voix enjouée.

—Deuxième étage… répondis-je, un sourire dans la voix.

J’étais debout à l’entrée de l’appartement, porte grande ouverte, face à l’ascenseur. Une douce chaleur m’envahit et je sentis mon pouls s’accélérer. Comme si les mots échangés au téléphone m’avaient déjà convaincu que j’allais inéluctablement tomber amoureux d’elle.

La porte de l’ascenseur s’ouvrit et Marjorie sourit à ma vue à quelques mètres de moi. Je lui rendis son sourire. Elle avança vers moi, passa le seuil de la porte et, pour la seconde fois en vingt-neuf ans, nous échangeâmes un baiser amical.

Ma joue toucha la sienne, je sentis sa peau douce, elle sentait bon. Je ne pus m’empêcher de percevoir au même moment une autre odeur. Une espèce d’effluve de vin, qui émane de la bouche de quelqu’un qui a bu un ou plusieurs verres.

Je savais qu’elle ne travaillait pas aussi tard et qu’il y avait probablement eu un drink au bureau pour fêter le départ ou la venue de je ne sais qui. Ce qui justifiait aussi qu’elle arrive aux alentours de 20 h.

Je l’invitai à passer au salon. Je n’eus pas à la débarrasser puisqu’il faisait chaud ce jour-là et qu’elle ne portait qu’une tenue très légère. Très jolie d’ailleurs. Un tissu fin, soyeux et chamarré formait une espèce de tunique, un chemisier cintré à la taille qui se prolongeait en pantalon, le tout en une pièce. Je dirais une grenouillère, mais en prenant le risque de me faire incendier par la moindre lectrice avertie. De jolies chaussures parfaitement assorties, avec un petit talon de cinq ou six centimètres venaient finir l’ensemble et lui donnaient une allure très élégante.

Marjorie se délesta de son sac à main et je l’invitai à s’asseoir devant la table basse du salon.

—Je peux t’offrir quelque chose ?

—Oui, avec plaisir !

—Un verre de rouge, ça te dit ?

—Parfait, répondit-elle.

Je nous servis donc deux verres d’une bonne bouteille que j’avais pris la peine d’ouvrir auparavant et versai le vin dans de jolis verres ballons, très grands.

J’adore les grands verres à vin. Cela permet, en les faisant tourner sur eux-mêmes, d’aérer le vin.

De plus, il est bien plus agréable de boire du vin dans un beau verre, grand de préférence, plutôt que dans un petit verre de bistrot qui laisse souvent présager le « gros rouge qui tâche ». Cela revêt à mes yeux une importance capitale. Même chez soi, même tout seul. Cela fait partie intégrante du plaisir, fût-il culinaire. Ce doit être mon côté épicurien exacerbé, pour trouver du plaisir jusque dans le choix d’un verre.

J’apportai donc les verres au salon, en remis un à Marjorie, et nous trinquâmes aux retrouvailles.

La conversation s’engagea très facilement vu nos longs échanges téléphoniques des jours précédents et je trouvai cela encore plus plaisant du fait de la présence physique de Marjorie. Elle avait fondu depuis notre rencontre. La jeune fille rondelette que j’avais rencontrée était devenue toute mince, voire frêle même si son vêtement donnait l’illusion d’une corpulence normale pour sa taille. Je remarquai au bout de quelques secondes que ses formes remplissaient difficilement sa tenue. Malgré sa maigreur, son sourire était toujours aussi franc et ces yeux magnifiques se fermaient quasiment quand elle riait.

Les conversations allaient donc bon train et l’ambiance était excellente quand je l’invitai à passer à la cuisine.

Il me fallait tout de même préparer un minimum de choses pour notre petit repas en tête-à-tête et c’était l’occasion de continuer à converser tout en mettant la main à la pâte.

Elle se leva et vacilla très légèrement, mais je le remarquai immédiatement.

—T’es beurrée après un verre de vin ? lui lançai-je.

—Non, c’est à cause de ma hanche.

—Ah ?

—Oui, enfin… je t’expliquerai.

Cette réponse me laissa un peu circonspect, mais je n’insistai pas.

Une fois en cuisine, la conversation continua comme si de rien n’était. Je mettais mon cœur dans tout ce que je préparais, comme à mon habitude.

J’aime cuisiner et prendre mon temps pour faire les choses convenablement, avec application. Toutefois, l’ingrédient majeur, omniprésent, ne se trouve pas dans les armoires.

Il y a quelques années, ma fille Victoria, qui avait alors onze ans, se demandait comment j’avais bien pu assaisonner quelques rondelles de courgettes pour qu’elles soient si bonnes. Je lui répondis qu’il y avait du gros sel, du poivre au moulin, et de l’huile d’olive.

—C’est tout ? dit-elle.

—Non, répondis-je. Il y a autre chose… 

—Quoi d’autre ? demanda-t-elle.

Alors, d’un air amusé et scrutant son regard, je lui répondis : « Oui mon cœur, il y a autre chose. Chaque fois que je vous prépare à manger, à toi et à Balthazar, il y a un ingrédient que je n’oublie jamais. C’est l’amour ! Parce que sans amour, tu peux choisir les meilleurs ingrédients, réaliser la plus belle des recettes, ton plat n’aura jamais la même saveur. C’est cette petite chose qui fait toute la différence dans les courgettes que tu aimes tellement ».

Je vis ses yeux s’illuminer et son sourire s’agrandir tant et plus. Je venais tout simplement de toucher le cœur de ma « chérie » en lui exprimant une chose toute simple, juste sincère, mais qu’elle n’oubliera jamais.

Je m’appliquais donc en cuisine avec tout l’amour requis pour faire de ces quelques produits un plat savoureux, appétissant et exquis. Sans oublier de soigner la présentation puisque, vous le savez maintenant, il me plaît d’y mettre les formes.

La venue de Marjorie était pour moi un moment important. Le fait qu’elle ait accepté mon invitation aussi spontanément m’avait fait très plaisir. Elle traduisait pour moi un certain attrait au-delà d’avoir simplement réagi à ce commentaire sur Facebook.

Tout en mélangeant mon bœuf haché nature en y incorporant sel, poivre, roquette et parmesan, pendant que les pignons de pin frétillaient dans l’huile d’olive, je continuais de parler avec mon invitée.

Elle me plaisait, je ne peux et ne veux pas le nier.

Elle n’était pas la plus belle femme du monde, sans doute trop maigre à mon goût, et pas la plus malléable des femmes comme certains rêvent d’en rencontrer, pour asseoir leur pouvoir et leur supériorité.

Non, Marjorie n’était pas ce genre de femme. En revanche, avec tous ces défauts, en tous cas de ce que je découvrais, cette femme me plaisait. Les conversations que nous avions eues les jours précédents m’avaient déjà conquis.

Je ris en écrivant cela parce que Caroline, mon ex-compagne, rigolerait en lisant ces mots et ne manquerait pas de dire, somme toute avec beaucoup d’affection et de respect à mon égard : « Toi quand même, avec ton cœur d’artichaut ! »

Et elle a raison ! J’ai tendance à tomber très vite amoureux.

Besoin sans doute de sentir que j’existe !

Non pas que je n’ai pas existé aux yeux de mes parents qui ont toujours été là pour moi depuis mon premier souffle et qui le sont toujours à l’instant où j’écris ces lignes. Mais ce que l’on peut dire aujourd’hui ou constater à quarante-six ans est bien différent de ce qu’un nourrisson peut ressentir, à la fois après avoir vu le jour et même au cours de sa gestation.

Ce que je veux exprimer par ces mots est tout simplement ce que j’ai fini par ressentir après de longues années de « travail » personnel. Des années de recherches, de consultations, de lectures, d’échanges avec des personnes fabuleuses qui m’ont fait réfléchir, grandir, relativiser. Des nuits de questionnement, de réflexion, de douleurs, de pleurs, d’angoisse, d’espoir, d’insomnies…

Ce qui m’est apparu tellement évident, tellement clair, c’est d’avoir dû être un petit être gentil qui faisait le moins de bruit possible, pour plaire, pour soulager Maman, lui venir en aide.

Oh je sais… Vous me direz, ce n’est pas le rôle d’un nourrisson de venir en aide à sa maman ! Et pourtant…

Nous naissons tous avec l’instinct de survie dès notre premier souffle. Sauf que si une mère est prête à s’écrouler, son petit, son « tout-petit » n’a d’autre choix que de lui venir en aide, parce que le lien entre une mère et son « tout-petit » est tel que si sa maman s’écroule, il s’écroule avec elle.

Ma grande sœur, mon aînée de seize mois, n’a cessé de pleurer de sa naissance jusqu’à quatre ans. Je l’aime du plus profond de mon cœur, et elle le sait, je ne lui en veux évidemment pas. La conséquence de son attitude de petit bébé a été que Maman était épuisée et triste.

J’ai donc dû m’adapter, âgé seulement de quelques semaines, pour soulager Maman, lui venir en aide, puisqu’elle n’avait pas le temps de s’occuper de moi. Je précise que j’ai eu une maman formidable, attentionnée, aimante mais qui tentait comme elle pouvait de se partager entre une petite fille de seize mois et un nouveau-né, sans compter le grand frère qui avait trois ans et demi. Quelle charge ! Quelle prouesse ! Merci Maman !

Pour soulager Maman, je suis devenu le plus gentil des bébés, le plus calme, le plus conciliant. Après ma sieste, on pouvait me laisser barboter dans mon berceau pendant deux heures, sans que je ne réclame aucune attention. J’avais tout simplement compris, du haut de mes quelques mois, que ma Chère et « pauvre » Maman n’avait que deux mains et qu’essayant de faire au mieux pour ses trois enfants, s’occupait en premier lieu de la plus « bruyante », ma sœur Coralie ! Qui, soit dit en passant, est restée la plus bruyante des trois.

Mon grand frère, Rodolphe, a toujours semblé passer au travers de tous ces évènements sans tracas. J’ai bien dit « semblé ». L’avenir nous prouvera peut-être l’inverse…

Au-delà de l’épuisement de maman avec trois enfants, nés en trois ans et demi, j’ai parlé de sa tristesse.

Je sais cette tristesse, je l’ai ressentie, profondément, depuis toujours ! Cette tristesse est difficile à vivre ; je la sais, je la comprends… Je ne suis plus dupe à mon âge.

C’est en ressentant ta tristesse, tout petit, que j’ai « volé » à ton secours en étant le plus gentil des bébés. C’était ma façon de te sauver, au prix de moins de contact, moins d’odeurs, moins de câlins, moins de bisous… Et pourtant j’ai essayé, adolescent, de « rattraper » le temps perdu, ce qui faisait beaucoup rire Rodolphe. Chaque soir après le repas et juste avant d’aller dormir, je me blottissais contre toi dans le canapé, cherchant à tout prix le contact. J’avais besoin de chaleur, d’être enveloppé, touché, cajolé.

« Ma petite Maman, je ne t’en veux pas le moins du monde… J’ai simplement besoin d’exprimer tant de choses enfouies en moi depuis si longtemps… Cela ne m’empêche évidemment pas de te vouer un amour infini. »

***

Tout avait commencé un dimanche. J’étais confortablement installé dans mon canapé, smartphone à la main, en train de passer en revue le fil d’actualités de mon compte Facebook. Rien de bien spécial à signaler, juste les publications habituelles avec quelques photos de famille, les abonnés au selfie, les habitués des dictons ou phrases empreintes d’une certaine philosophie et d’une forme de sagesse.

Je remarquai une photo assez inhabituelle, tant il était rare que cette personne publie quoi que ce soit sur FB. Il s’agissait d’une photo de famille. Lui, son épouse et leurs deux enfants. Je ne pus m’empêcher de la « liker » et de laisser un commentaire disant : « Belle famille, gros bisous ! » Lui c’était Patrick, un copain d’enfance avec qui j’avais partagé de nombreux moments jusqu’à l’adolescence avant que ses parents ne s’expatrient aux États-Unis pour raison professionnelle.

Nous avions la chance d’habiter en périphérie de la ville et nos escapades rurales étaient fréquentes après l’école. Nous étions tellement heureux au grand air que nous allions presque chaque année à la ferme pendant nos vacances. Notre temps était consacré à nous occuper des bêtes et à aider le fermier en période de moisson. L’occasion pour nous de faire le plein d’oxygène en faisant de l’exercice et en découvrant une vie merveilleuse, bien loin du brouhaha de la ville. C’est lors d’un « bal aux lampions » organisé dans le village que je fis aussi la connaissance de sa meilleure amie, Marjorie. Jolie jeune fille de notre âge, un peu rondelette, mais avec un très joli visage, des yeux d’un bleu éblouissant, comme si des pépites d’argent venaient renforcer leur éclat, ce qui lui donnait un type bien particulier, et de longs cheveux blonds. Je me souviens encore qu’elle portait un chemisier blanc, une petite jupe écossaise dans les tons verts, assez courte d’ailleurs – ce qui ne m’avait évidemment pas déplu – et des chaussures bleu marine de la marque Lautrec. Un must à l’époque pour les jeunes filles BCBG, issues de milieux aisés. En effet, ce petit modèle coûtait déjà les yeux de la tête à l’époque. De petites socquettes blanches venaient achever la tenue de Marjorie. En clair, j’avais devant moi une jeune fille au look très british, un peu coincée, genre pensionnaire d’Oxford ou de Cambridge qui, sous ses airs de « petite coincée », vous laisse quand même l’impression qu’une autre jeune fille beaucoup plus délurée se cache derrière ce semblant d’uniforme.

J’ignore si elle a voulu me faire passer ce message, mais c’est comme ça que je l’ai perçue. Peut-être étais-je simplement en train de fantasmer ? Ce qui n’aurait pas été étonnant vu mon attirance plus que développée pour la gent féminine depuis mon plus jeune âge.

Je ne savais pas, à cet instant précis, que cette rencontre, pourtant très brève, allait changer ma vie à jamais.

***

Dans la soirée de ce fameux dimanche, un petit bip retentit sur mon smartphone. Je fis mon code de déverrouillage et aperçus une notification Facebook. Une invitation…

Après avoir cliqué sur la barrette, le message apparut : « Marjorie Van Camp vous a envoyé une demande d’ami ».

Quelques secondes de réflexion et j’eus le déclic. Mais oui, c’est évident ! J’ai commenté la photo de Patrick, elle est amie avec lui et elle m’aura reconnu dans la liste des commentaires. J’acceptai donc l’invitation avec plaisir. Nous voici donc en contact après des décennies de silence réciproque.

Un petit « Coucou, ça fait bien longtemps. Comment vas-tu ? » Et elle de répondre « Ça va bien, merci. Ravie de te retrouver, comment va ta vie ? » Difficile de résumer plus de vingt ans d’une vie par petits messages alors, au bout de quelques échanges, je pris l’initiative de l’appeler.

J’ai toujours préféré les contacts au virtuel. La voix, c’est déjà mieux qu’un simple texto, même si la rencontre physique est encore plus attrayante.

Ce besoin exacerbé de contact est ancré en moi depuis mon plus jeune âge.

Nos échanges avec Marjorie furent tout simplement surprenants. Pas un seul souvenir à évoquer en tant d’années puisque notre rencontre s’était limitée à quelques mots échangés au cours d’une soirée, et pourtant nous étions intarissables. Je crois que la première conversation a duré près de trois heures.

C’est un sentiment très bizarre… comme si on se connaissait, comme si on se « re »connaissait. Comme si cette rencontre était inéluctable, qu’il fallait que nos chemins se croisent, parce qu’on avait quelque chose à apprendre de cette rencontre, comme de toutes nos rencontres d’ailleurs. La vie nous fait rencontrer mille et une personnes au cours de notre existence, pour nous faire avancer, grandir. À nous de comprendre pourquoi cela nous arrive. C’est un « travail » je sais, mais tellement intéressant, tellement riche !

J’aime beaucoup la phrase de Francis Cabrel dans sa merveilleuse chanson Mademoiselle l’aventure, qui dit : « Ce qui ressemble au hasard, souvent, est un rendez-vous ». Je pense que notre vie est une succession de rendez-vous plus ou moins agréables, mais toujours utiles dans notre cheminement.

Au bout de trois heures, nous avons dû interrompre la conversation pour nous reposer quelque peu avant la journée de boulot qui s’annonçait. L’envie de continuer à parler était réciproque tant nous étions en confiance. Le lendemain soir, ce fut rebelote au téléphone et il me vint alors l’envie d’inviter Marjorie à dîner chez moi. Comme je partais une semaine en vacances avec les enfants le samedi matin et que je les récupérais le vendredi soir, il ne restait que deux jours pour nous voir. Elle opta pour le jeudi vers 20 h. J’étais ravi qu’elle ait accepté mon invitation et impatient de la revoir. Qui était-elle devenue ? Sa voix me plaisait et nous avions déjà échangé sur une foule de sujets, beaucoup ri aussi.

Bref, cette soirée s’annonçait fabuleuse…

***

Marjorie, de mon point de vue, était une femme extrêmement intelligente, cultivée, vive d’esprit, drôle, en clair le genre de femme qui me plaît.

Tout en dressant les assiettes, avec mes emporte-pièces, je levai la tête et lui dis :

« Au fait, pourquoi es-tu venue ce soir ? »

Elle me répondit dans la seconde : « Parce que je sentais que c’était une occasion à ne pas rater ! »

Inutile de vous dire que mon ego a gonflé en une fraction de seconde et que j’ai pensé à Di Caprio à la proue du Titanic, sauf que c’était moi, le roi du Monde.

Oui, j’étais le King !

Il y a mille et une façons d’interpréter une phrase comme celle-là : « Parce que je sentais que c’était une occasion à ne pas rater ! »

Toujours est-il que j’ai été extrêmement flatté.

Le repas se passa dans la même ambiance. Chaleureuse, agréable, détendue et très animée par nos conversations diverses et variées.

Après le repas, nous allâmes sur la terrasse fumer une cigarette ensemble. La conversation allait bon train et Marjorie semblait vraiment bien, radieuse, heureuse d’être là. Alors qu’elle était en train de parler, je m’approchai d’elle doucement. Mon visage s’approcha du sien et j’interrompis sa phrase en l’embrassant. Nos lèvres se touchèrent, délicatement, se mordillant doucement, lentement. Puis ma langue, tout doucement, se fraya un passage entre ses lèvres et toucha la sienne. Un petit moment de découverte, doux, langoureux, et dans un élan je l’enlaçai.

Quelques secondes plus tard, nous étions assis dans le canapé, nous embrassant de plus en plus goulûment. Ma main se dirigea délicatement vers son visage pour lui caresser la joue et avant même qu’elle ne l’atteigne, Marjorie eut un soubresaut. Sa main se dressa entre son visage et la mienne et je compris, à la seconde même, qu’elle avait dû, non seulement souffrir terriblement dans sa vie, mais qu’elle avait aussi été victime de violences.

—Ce n’est pas grave, lui dis-je. Je comprends.

Elle me regarda, ennuyée et, avec un regard plein de soulagement, elle vint blottir sa tête au creux de mon cou.

Je la sentis s’apaiser dans mes bras.

—J’aimerais qu’on se voie demain midi ! me dit-elle. J’ai besoin de te parler…

Rendez-vous fut pris à treize heures devant son bureau.

***

J’avais pris congé ce vendredi, histoire de préparer les valises pour le départ du lendemain avec mes enfants, Victoria et Balthazar.

J’avais réussi à réserver, in extremis, une semaine dans un petit appartement à Wissant, entre le cap Blanc-Nez et le cap Gris-Nez.

Je patientais devant l’hôpital où Marjorie travaillait.

Il faisait magnifique ce vendredi-là. Le ciel était d’un bleu azur, pas un nuage à l’horizon et la température flirtait avec les 30 degrés.

Les places de parking étaient chères à proximité de l’hôpital. J’avais donc décidé de me garer en infraction à dix mètres de l’entrée et de rester à côté de ma voiture. En cas de nécessité, je pouvais donc la déplacer rapidement. J’étais appuyé sur le capot avant lorsque je l’aperçus à une cinquantaine de mètres.

Je l’observais de loin et profitais de chaque pas qui la rapprochait de moi pour la découvrir un peu plus.

Elle portait une jolie robe dans les tons orangés, très simple, toute droite, juste au-dessus du genou. Un col arrondi, orné d’un joli collier, les bras nus, bronzés, minces et des jambes fines et jolies, au pied desquelles de petits escarpins parfaitement assortis à la robe terminaient ce joli tableau. Le petit talon de ces chaussures lui donnait une posture très avantageuse et rendait sa démarche extrêmement sexy, même de face.

Elle m’aperçut à une quinzaine de mètres. Je la fixais en souriant. Son visage s’illumina soudainement, le sourire franc et large. Je devinais ses yeux rieurs derrière ses grandes lunettes solaires.

Nous souriions comme deux ados, impatients de se revoir après leur première rencontre, des papillons plein le ventre et transis de désir, d’envie de se découvrir, d’apprendre à se connaître, de se regarder, de se toucher, de se respirer, de se sentir.

Elle ne disposait que d’une petite heure avant de reprendre le boulot alors je l’emmenai non loin de là sur une petite terrasse. Nous étions pressés par le temps et je savais qu’elle voulait me parler. Alors, après avoir commandé deux verres de blanc sec, je lui dis :

—Je t’écoute…

Elle n’eut pas de mal à me répondre et se mit à me raconter de manière rapide, concise et en même temps assez fouillée, les longues années qui nous avaient séparés.

J’appris ainsi qu’elle avait eu une aventure avec un politicien de haut vol. De cette aventure était née une petite qu’elle avait décidé de garder et d’élever seule malgré la décision de son partenaire de ne pas assumer sa paternité. Il était marié, déjà papa et ne voulait en aucun cas « s’encombrer » d’un petit bijou, fût-elle sa fille. Plus tard elle avait rencontré un délégué commercial du secteur de la restauration mais la vie les avait aussi séparés au bout de quelques années. Elle était alors restée seule pendant un bon moment, s’occupant de son enfant. La vie n’était pas rose tous les jours et la solitude finit par lui peser. C’est alors qu’un avocat, de quinze ans son aîné, lui fit la cour. Elle avait finalement cédé à ses avances, très vite l’avait épousé et, au bout de quelques années, malgré une certaine réticence, avait accepté de lui faire un bébé.

Son ex-mari était un pervers narcissique, qui l’avait soigneusement isolée de tout son entourage, avant de la priver de toute relation professionnelle, lui expliquant qu’elle n’avait pas besoin de travailler puisqu’il pouvait tout assumer. C’était le meilleur moyen de l’asservir complètement et de faire de la femme qui me parlait avec tellement de franchise et de sincérité, un petit oiseau frêle, apeuré, dépendant et servile à souhait.

Non content d’avoir annihilé sa moindre capacité à s’exprimer, à se faire entendre et à vivre tout simplement une relation saine et épanouie, il devint de plus en plus dénigrant, réduisant Marjorie à l’état de « chose » qui lui était entièrement dévouée.