Ma vie loin toi - Serigne Thippy Sow - E-Book

Ma vie loin toi E-Book

Serigne Thippy Sow

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Beschreibung

Fils d’un Peul et d’une Stéphanoise, troisième d’une fratrie composée de quatre enfants, j’ai reçu une éducation franco-sénégalaise, dans le plus beau des pays, celui de la Téranga, terre d’accueil. J’ai grandi avec une inexplicable joie de vivre, d’insouciance, une vie faite de rires, bouillonnante de bonheur. Un enfant épanoui, aimant ses parents plus que tout, sa famille, sage et malicieux, créant ses jouets, adorant la nature,  surtout les moments passés dans le champ de Niaga vers le Lac Rose, les parties de pêche avec mon père, les soirs  sur les genoux de ma mère, les moments passés avec mon compagnon, mon inséparable cousin avec qui on faisait les quatre cent coups. Les grandes festivités organisées par mon Papi, les nuits blanches à écouter les contes peuls devant un feu de bois avec mon tonton venu du Fouta, ce grand berger à la voix envoûtante, la magie de ses contes qui nous captivaient au plus profond de notre imagination. Les moments passés à la Sicap où l’on se retrouvait plus d’une cinquantaine, voire une centaine devant un poste de TV, toute l’attention que me portait ma grand-mère. Il y a aussi les grandes vacances passées en Auvergne, chez Mamie Lisette, un endroit magique, une maison faite de pierres au milieu de la campagne où coule une petite rivière, les parties de cueillettes, les repas entre cousins et cousines, mon petit cousin avec qui je m’amusais constamment à dévaler ces pentes enherbées. La naissance de mon petit frère suivie du déménagement, mon grand frère et ma grande sœur, pour qui je porte de l’admiration, mes nouveaux amis, tous ces moments passés dans notre vie familiale, avant que cette personne venue de je ne sais où ne vienne changer notre destin. La déchirure familiale, notre départ vers un nouvel horizon, la rencontre de ma tendre femme et  l’arrivée de mes êtres les plus chers. Le moment tant attendu des retrouvailles, suivi d’un sentiment d’injustice si dure, où l’on regarde le ciel en se demandant pourquoi; c’est cette  blessure qui m’a poussé à écrire ce roman et alléger ma douleur.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Premier roman autobiographique de Serigne Sow né le 09/01/1979 à Dakar au Sénégal. Ce livre décrit l’amour d’un fils à son père  dans ses phases merveilleuses mais aussi dans ses phases très douloureuses liées aux séparations. L’écriture est une véritable thérapie, pour soigner sa souffrance, pour décrire combien l’absence d’un être cher est si douloureuse. Vivre loin de son père est un long chemin à braver dans son soi  intérieur, savoir qu’on ne le verra plus jamais est une épreuve encore plus longue et plus dure surtout quand l’amour  qu’on lui porte a une place si grande dans notre cœur. Dans ce roman est aussi soulignée l’importance  des valeurs familiales, et de l’amour reçu qui peut apporter à l’enfant son épanouissement, comme la richesse d’une vie dans deux espaces de cultures différentes. Un  hommage vivant est rendu à son père et à sa mère pour leurs qualités propres.

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Seitenzahl: 289

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Ma vie loin de toi

© des textes, Serigne Thippy Sow

© de la photographie de l’auteur, Serigne Thippy Sow

© de l’illustration de la page de couverture, Serigne Thippy Sow

Ediciones El Drago

www.edicioneseldrago.com

[email protected]

Edition permanente, 2021

ISBN : 978-84-123279-0-8

DL : M-5800-2021

ISBN ePub: 978-84-123279-6-0

Conception et mise en page : Montaña Pulido Cuadrado

Imprimé en Espagne – Printed in Spain

Imprimé sur papier recyclé

Il est garanti que le papier utilisé dans ce livre provient de forêts 

durables et que la pâte à papier n’a pas été traitée au chlore dans son 

processus de blanchiment. Le chlore est un produit très polluant et les 

déchets du processus de chloration de la pâte à papier déversent dans

l’environnement des résidus de grande insalubrité. De plus, ce papier a 

reçu de l’UE la certification de produit écologique.

La reproduction partielle ou totale de ce livre, par quelque moyen que ce 

soit, est une violation des droits réservés. Toute utilisation de ce livre est 

interdite, sans l’autorisation préalable et explicite des éditeurs. 

Synopsis

Premier roman autobiographique de Serigne Thippy Sow, né le 09/01/1979 à Dakar au Sénégal.

Ce livre décrit l’amour d’un fi ls à son père dans ses phases merveilleuses mais aussi dans ses phases très douloureuses liées aux séparations.

L’écriture est une véritable thérapie, pour soigner sa souffrance, pour décrire combien l’absence d’un être cher est si douloureuse. Vivre loin de son père est un long chemin à braver dans son soi intérieur, savoir qu’on ne le verra plus jamais est une épreuve encore plus longue et plus dure surtout quand l’amour qu’on lui porte a une place si grande dans notre coeur.

Dans ce roman est aussi soulignée l’importance des valeurs familiales, et de l’amour reçu qui peut apporter à l’enfant son épanouissement, comme la richesse d’une vie dans deux espaces de cultures différentes. Un hommage vivant est rendu à son père et à sa mère pour leurs qualités propres.

Índex

Synopsis

À toi mon père

À toi ma mère

À toi ma sœur

À toi mon grand frère

À toi mon petit frère

À toi ma reine

À toi ma princesse d’Afrique

À toi mon petit prince d’Afrique

À vous mes demi-sœurs

Ma vie loin de toi

Mon enfance à Dakar

On récolte ce que l’on sème

Toi mon ami Mohamed fils du désert

La bonté, l’humilité, la sagesse

La séparation

Une nouvelle vie en Guadeloupe

Le Grand Gosier

La sagesse vient avec le temps, Il faut savoir attendre sagement

Deux ne faisant qu’un, les deux « say say »

La porte de non-retour. Il y a eu des pleurs aujourd’hui il y a des rires. Certes l’histoire ne s’efface point

Ma nouvelle vie avec Dorothée

La Dominique

Nos vacances à Dakar, retour au pays

Mon retour en Guadeloupe

Ma vie en France

Mes métiers

Notre safari au Kenya

Ma traversée de l’Atlantique

Prendre le large vers l’infini

Horta, le repère des marins

La vie sur terre, notre mariage

Mon père Académicien

Remise du parchemin

La naissance de mon fils

Ce départ trop douloureux

?

Lexique

Remerciements:

A propos de l'auteur

Ma vie loin de toi

Mais aussi près qu’il soit

À travers qui je me vois

Je suis plus que fier de toi.

Ibrahima Sow et Serigne Thippy Sow.

À toi mon père

Je suis très fier de toi

Toi homme de foi.

Mon père à qui je n’ai cessé de penser

Loin de toi, le cœur déchiré

Toi qui m’as tant manqué

J’aimerais tant revenir sur le passé

J’aimerais tant prendre ce temps et le figer

Toutes ces années à t’attendre

Seul je devais apprendre

Essayer de comprendre

Pourquoi je ne pouvais plus te voir ni t’entendre

Ne plus être à tes côtés, juste toi et moi

Ne plus entendre ton timbre de voix

Tes contes et poèmes doux comme la soie

Qui se mélangent entre eux avec joie

Toi mon père que j’aime tant

Sueur de ta sueur, sang de mon sang

Toutes ces années passées à travailler

À jouer avec ces mots qui t’ont tant usé

Toi le petit peul au dur labeur

Dans ton bureau imprégné de ta sueur

Toi le peul au cœur dur et tendre

Toi qui essayais toujours de comprendre

Ces mondes imaginaires où tu pouvais t’étendre

Voilà qu’aujourd’hui tu t’es fait surprendre

J’aimerais tant dans mes bras te prendre

Pour te redire encore et encore combien je t’aime

Mais c’est en silence que je vis cette peine

Sourde, dure comme une forte migraine

Je désire tant te dire des choses, te parler

Je désire tant te voir, te sentir, te serrer

Je suis perdu sans toi, ce n’est pas facile.

Cette absence me rend encore plus fragile

Je sais que tu es là, pas très loin

Je te sens, mais ne te vois point

Je suis fier d’être ton fils, d’être un Sow

Je le porterai dignement tel un sceau

Une marque forgée par le dur labeur de nos ancêtres

Je perpétuerai cette sagesse, digne d’en être.

À toi ma mère

Toi dame de fer douce comme le vent

Toi ma belle et douce maman

Non, mère, je n’ai point de cadeaux

Mais ce qu’il y a de plus sincère, tous ces mots

Toi lionne, reine des reines

Tu as tout fait pour combler ma peine

M’as donné une éducation des plus saines

À toi ma mère, vaillante guerrière

Toi qui ne supportes point la guerre

Qui as toujours su donner du tien

Telle une sainte qui répand le bien

Toi qui penses toujours aux autres

Sans rien attendre des autres

Je suis fier de toi et t’aime très fort

Je serai toujours là pour toi et ce, jusqu’à ma mort

Et rien n’enlèvera mon amour pour toi, aucun sort

Je suis très fier de toi et heureux que tu sois ma mère

Toute la reconnaissance que j’ai pour toi est plus que sincère.

À vous mes frères et sœur de même père et de même mère

À toi ma sœur

À toi ma sœur Sali, sagesse éternelle

D’une douceur au parfum de cannelle

D’une simplicité et d’une grande générosité

Je pense que tu tiens cela de ta mère Ité,

Mais je crois plutôt que c’est inné

Écrit et encré comme le henné

Je t’aime très fort et ne cesserai de t’aimer

Toi qui es d’une patience inégalable

Et d’une douceur incomparable

Toi ma sœur qui autour de toi

N’apportes que bonheur et joie

Je te remercie d’être toi

D’être de soie.

À toi mon grand frère

À toi mon frère Modou

Intellect aux mots doux

Avec toi rien n’est flou

C’est clair un point c’est tout

C’est toi qui as raison après tout

Franchise, droiture et honnêteté

Oui c’est bien la base du respect

Et cela te correspond, sans me vanter

Tu es une personne d’une grande humilité.

Je t’aime très fort mon grand frère

Et je suis vraiment sincère

Et mon amour pour toi va de pair

Et surtout, Modou, ne change rien, reste toi

Pour quoi cela devrait toujours venir de soi

Tu as été usé par le temps

Mais tu as su user du temps

Et braver tant de mauvais temps

Je sais que tu es un battant

Je t’aime mon frère, grand.

À toi mon petit frère

À toi mon frère Ablo

À mon petit frère, si je puisse dire

Et ce n’est point pour rire,

Petit par l’âge mais pas par la taille

Et si aujourd’hui on rejouait à la bataille

Je pense que c’est toi qui rirais.

Je suis désolé de ne pas avoir été là pour toi

Quand pourtant enfant tu avais besoin de moi

Mais je n’avais déjà plus ces repères

Car moi aussi tout comme toi,

Avions besoin de notre père.

Tu as su te construire, t’élever et grandir

Faire avec le temps, le temps d’un père absent

Tu as su surpasser tout cela et aujourd’hui tu es grand.

Rien n’efface le temps, il faut juste bien vivre le présent.

On ne peut certes revenir au passé mais on peut aller de l’avant.

Je serai là pour toi si tu en as besoin, pour t’écouter, te conseiller

Je t’aime mon petit frère et avec le temps on va tout rattraper.

À toi ma reine

Ma moitié, ma femme

Toi qui as toujours su bien t’occuper de ta famille,

De moi Serigne, Manoé Aladji et de Zaina Alaïs notre fille

Toi qui as su braver ces épreuves que nous a semées le temps

Toi qui m’as fait comprendre que le futur se vit au présent,

Tu as fait de ce petit prince un grand roi

En me donnant deux belles perles de toi

En me montrant que tu restes une vraie reine

En surmontant tous ces chagrins et ces peines

Nous avons commencé tous deux puis nous sommes quatre

Aujourd’hui pour toi, pour nous, je ne cesserai de me battre

Je ne suis certes pas parfait, souvent absent de par mon métier

J’ai essayé de le changer mais la mer m’appelle comme pour me supplier

Je ne suis bien que sur l’eau en son contact, bercé par les flots

Les marées, la houle, le lever du soleil et celui de la lune, par ce tempo

J’ai peut-être perdu des années loin de vous, mais je l’ai fait pour vous

Et qui sait, si ce n’était pas ainsi, nous ne serions pas nous

Je t’aime et je t’ai toujours aimé, je sais cela n’a pas toujours été facile

Mais mon amour pour toi sera gravé à tout jamais comme un fossile.

Je suis fier de toi et bien plus de fois que tu ne le crois

J’ai de la chance de t’avoir à mes côtés auprès de moi

Et c’est pour ça que j’ai voulu me marier

Avec toi Dorothée.

À toi ma princesse d’Afrique

À toi ma fille d’amour

Toi ma petite princesse reine de la danse

Qui, des fois, je ne sais à quoi tu penses

Toi ma petite princesse reine de la danse

Qui tournoies et nous mènes dans ta danse

Toi ma petite princesse reine de la danse

Je suis fier de toi oui ma fille je le pense

Toi ma petite princesse reine de la danse

Mon bonheur est des plus immenses,

Toi ma petite princesse reine de la danse

Quand je te vois danser avec élégance

Toi ma petite princesse reine de la danse

Comme une guerrière munie de sa lance

Toi ma petite princesse reine de la danse

J’admire tes doux gestes tout en cadence

Toi ma petite princesse reine de la danse

J’en réclame encore avec abondance

Moi ton père, je t’aime, j’aime quand tu danses.

À toi mon petit prince d’Afrique

À toi mon petit guerrier

Toi qui n’es encore qu’un petit enfant

Mon petit prince au cœur pur et innocent

J’adore te voir sourire, faire rire tes parents

Je te montrerai tout quand tu seras grand

Ne grandis pas trop vite, tu as le temps

La vie est belle et je la rendrai encore plus pour toi

Toi mon fils, mon prince, mon petit roi

Je veux te voir heureux, sourire chaque jour de joie

Cela me rappelle quand j’étais petit comme toi

Le temps passe si vite, mais comme quoi

Il m’a offert ce qu’il y a de plus beau et c’est toi.

Je te vois courir jouer bondir vivre, rire

Cela me rend heureux et ne peux que sourire

De bonheur,

Mon cœur.

À vous mes demi-sœurs

À qui je porte une place dans mon cœur

Je vous pardonne pour toutes ces sautes d’humeur

Aujourd’hui il faut mûrir, grandir, c’est l’heure

Notre père est parti, nous arrachant le cœur

Que vous le vouliez ou non, vous resterez mes sœurs

Je vous pardonne oui n’ayez surtout point de rancœur

Aujourd’hui il faut mûrir grandir c’est l’heure

Ne plus être influencé par la cause de notre malheur

Pensez à vous pour vous, pour votre ultime bonheur.

Que la paix soit sous vos toits

Continuez à prêcher pour la foi

Je vous souhaite bonheur et joie.

Ma vie loin de toi

C’est peut-être aussi, tout comme mon père, que j’écris, une sorte de thérapie. Comme il le dit si bien, une « écrithérapie ». Il a raison de préciser la forme d’écriture car il est dur de faire part de ses sentiments, ses ressentis à travers les mots aussi beaux et aussi durs qu’ils soient mais si l’on veut faire part de son vécu, on doit se dévêtir de toute pudeur, dire les choses comme elles sont et non en déformer leur valeur.

Je vois bien la douleur et le courage que mon père a eus, le dur travail en soi, afin de pouvoir accepter de se mettre à nu.

J’ai longuement imaginé durant toutes ces années, imaginé comment seraient les choses aujourd’hui, si elles n’avaient pas été ainsi, comment serait (ma vie au fil des ans), titre du dernier roman de mon père. Mais comme il disait souvent ; « les voies du Seigneur sont impénétrables » ; mais c’est aussi cette vie qui m’a permis la rencontre de ma moitié et la naissance de deux magnifiques enfants, j’y reviendrai un peu plus tard. Bien des années se sont passées avant la fabuleuse rencontre de ma reine, aujourd’hui ma femme, mère de mes enfants avec qui je vis, cela fait déjà quatorze ans.

Mon enfance à Dakar

Je suis né à Dakar au Sénégal, à l’hôpital Le Dantec, le 9 janvier 1979, fils d’un peul et d’une stéphanoise, troisième d’une famille de cinq enfants. Mon père était chercheur à l’IFAN, anthropologue, professeur de philosophie, écrivain et ma mère, médecin à l’hôpital où je suis né, elle donnait également des cours de médecine à la faculté de Médecine, de Pharmacie et d’Odontologie (FMPO) de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). On habitait à Mermoz dans un appartement au premier étage, là où j’ai fait mes premiers pas avec mon frère et ma sœur, avec également des « mbindaans », des femmes à tout faire si l’on peut dire comme on le dit au Sénégal, il y avait même un chauffeur.

Mes parents travaillaient tous deux beaucoup ; nous étions et ne faisions qu’une famille sans aucune différence, entre les astreintes de ma mère et les missions de mon père je me retrouvais seul la journée, avec Yaye, ma nounou, elle vivait avec nous et s’occupait de tout dans la maison. Modou et Sali étaient à l’école Mermoz.

Parfois j’avais la visite de Thillé ma tante, enfin c’était plus pour que Laye mon cousin passe la journée ou des journées avec moi. Il faut dire que l’on ne se quittait jamais ; si Laye n’était pas chez moi, c’est moi qui étais chez lui, enfin chez Thillé, ou plutôt chez papi et mamie à la Sicap Liberté trois. En réalité j’avais un papi et cinq mamies, tout le monde vivait ensemble, en harmonie, il y avait une hiérarchie bien définie, un respect inconditionnel et inaliénable.

Mon papi, ah ! Mon papi Mamadou, quel grand homme, tout reposait sur lui, toute la vie à la Sicap dépendait de lui, on était plus d’une cinquantaine à vivre sous le même toit, quelques fois bien plus, le nombre n’était pas défini, on ne faisait que croiser des gens qui venaient de partout, on ne savait plus qui était qui, cousin, tonton ou connaissance ou bien juste ceux qui cherchaient l’hospitalité.

Le nombre n’avait point d’importance, il y en avait pour tous et à part égale, la générosité de ma famille n’avait point et n’a encore point de limite, certains en ont usé et même abusé, mais comme on dit « on ne l’emportera pas avec soi ». Tout évènement ou bonne nouvelle se devait d’être fêté et c’était l’occasion pour papi de sacrifier mouton, bœuf… Les femmes s’afféraient de tous côtés : un défilé de marmites, de fourneaux, le bruit rythmé des pilons, le bruit saccadé des allées et venues des enfants, ventilant, brassant par leur passage les odeurs mélangées diffuses des « thiourayes », que les femmes utilisaient pour parfumer leur « basing » et celle des plats qui commençaient à exhaler tous leurs arômes ; pastel, accra, fataye et jus de toutes sortes, « bissap », gingembre, etc.

Les hommes eux avaient la tâche de tuer, d’égorger, de dépecer, de découper les animaux achetés ou élevés par papi ; bien sûr, il y avait ceux qui s’occupaient du thé, ah ! Papa, il me suffit de parler de thé pour penser à lui, à l’attrait pour cette boisson, cette potion : le thé, comme on dit chez nous « ataya » et son « lewel », ce n’est pas n’importe qui, qui s’occupe de cela ; on dit souvent que le « bissap » est la boisson nationale mais je crois plutôt que c’est « ataya warga suukar » à qui on doit décerner la palme d’or. Mon père aimait tant le thé qu’il lui a même dédié tout un poème.

Pendant que tout le monde s’afférait à ses occupations, Laye et moi faisions nos petites préparations, un ou deux oignons, des pommes de terre récupérées chez une tante, quelques cubes or chipés aux cuisinières, un petit fourneau qui traînait, un peu de charbon pour faire de belles braises, quelques morceaux de viande fraiche encore chauds, donnés par mes oncles et nous voilà, tous deux, en train de préparer notre petit festin. Deux petits « say say » de huit ans à peine et c’est déjà l’autonomie, on se régalait, on avait déjà notre festin avant la grande « orgie ».

Il y avait de la vie, je pense même que l’on ne pouvait vivre qu’en restant à la maison tant il y avait de vie, c’était un folklore quotidien, et quand on est petit, on voit les choses en grand.

Le soir on se retrouvait tous devant la seule télé, c’était quand même sympa ce bon vieux temps, on se croyait au cinéma et à l’heure de se coucher, on se retrouvait au moins à 7 ou 8 dans une chambre.

Au petit matin, c’est ma mamie qui préparait le petit déjeuner et Laye et moi avions spécialement droit au café au lait et son « foureul », cette mousse qu’il y a dans le bol, créée par le brassage, ce long mouvement de va et vient d’un bol à un autre, meuh et bien sûr, pain et beurre, un pain chacun, il faut bien cela pour commencer la journée et surtout : qu’allait-on encore pouvoir faire comme bêtises ? Bref on y reviendra.

Ah ! La vie à la Sicap, on ne se rendait pas compte de ce que l’on avait, mais aujourd’hui on se rend compte de ce que l’on n’a plus.

À Mermoz, la vie aussi était sympa, ce que j’aimais le plus au monde, c’était de me retrouver dans les bras de ma mère le soir venu, quand elle n’avait pas d’astreinte et parfois, quand j’avais le courage de me lever tôt, mon papa m’emmenait avec lui à la pêche sur la corniche ; il fallait descendre les falaises ; mon père avait tout préparé la veille, réparé les anneaux cassés de sa canne, peut être aussi vielle que lui, confectionné ses plombs récupérés d’anciennes plomberies ou de batteries et créé ses leurres avec des boîtes de conserve et quelques plumes de poulet et de pigeon. Moi j’avais droit à ma petite ligne à main pour prendre quelques gobies ou petits poissons perroquets qui servaient parfois d’appâts ; il y avait du poisson à l’époque, du mérou, des caranges, des pagres, mais ce qu’il ramenait le plus, c’étaient des thons, des sacs de thons, il fallait voir ces nuages noirs, frétillants dans tous les sens, les bancs d’anchois et de sardines pourchassés par ces tonnes de prédateurs, tels de gigantesques fresques vivantes, c’est à ce moment-là que c’était bon signe.

Seulement il fallait être là au bon moment, au bon endroit, le nuage se déplaçait sans cesse et voilà le ballet incessant des jetées de cannes de mon père qui ne cessait de ramener à chaque lancée d’énormes thons qui, d’un coup brusque, se retrouvaient non loin de moi, tremblotant et se vidant de leur sang, c’est que ça saigne énormément ! Et maintenant, il faut ramener tout cela à la maison. Je crois que pour ce midi, on va manger du thon ! J’aimais passer ces moments avec mon père.

Modou aussi aimait pêcher avec ses amis Gim, Terraye, Medoune, cousin Iba et Marie, enfin il en a fallu du temps avant que l’on sache que c’était Marie, en effet on a toujours cru que c’était un homme jusqu’au jour où on les a vus revenir de la pêche, ils étaient allés plonger, quand elle a enlevé sa combinaison je crois que tout le monde fut surpris ce jour-là.

Il faut dire que Marie était très impressionnante car à l’époque où tous les autres plongeaient avec des harpons, que je qualifierai d’amateurs, Marie, elle au moins, elle avait dans la combinaison son matériel, très impressionnant et son harpon faisait deux fois la taille de ceux des garçons ; d’ailleurs aucun d’entre eux n’arrivait à l’armer.

Il fallait les voir revenir avec des brouettes de poissons, des mérous énormes aussi gros que moi, du poisson, encore du poisson, on devrait prier pour le poisson, d’une part parce que c’est le plat national, le « Tiep bou dien » et parce que toute la vie, à la Sicap, a commencé grâce au poisson.

Papi, mon papi, quel grand homme ! Originaire de la région de Podor, dans le Fouta-Toro, appartenant à l’ethnie des Peuls, grands éleveurs de zébus. Il a vendu et laissé une partie de son bétail à sa famille pour venir s’installer au Sénégal afin d’offrir une vie meilleure à ses enfants. Arrivé à Dakar, il s’installa à la Sicap, se procura une brouette qu’il remplissait de poissons qu’il avait achetés pour les revendre. Ensuite, il se procura un vélo, pour pouvoir aller un peu plus loin et pour pouvoir ainsi prendre plus de commandes. Puis il acheta une camionnette et y fit travailler la plupart de ses fils et d’autre membres de la famille ; les affaires prospéraient, la maison aussi s’agrandissait, parpaing par parpaing, d’un niveau on passait à deux. Il ne tarda pas par la suite à acheter une fourgonnette : une Citroën tube, un HY puis deux ainsi qu’une magnifique DS pour ses déplacements personnels. Il était devenu un grand notable de Dakar, tout le monde le connaissait. Il était l’un des plus grands mareyeurs de la région, je ne vous raconte pas la suite, il y eut encore un dernier niveau, il le fallait bien pour pouvoir héberger toutes ses femmes.

C’est pour vous dire l’importance et la valeur du poisson pour notre famille.

À Mermoz je restais toute la semaine à la maison, j’attendais avec hâte le mercredi où j’avais droit à mon magazine préféré, il fallait descendre un escalier et traverser la rue, en face il y avait Ali, le Nar vendeur de journaux. J’y allais récupérer mon Pif, on y trouvait toujours une surprise à l’intérieur, des jeux, des dessins dont on apercevait la forme en reliant les points et bien sûr des histoires de Mickey ou encore de Donald que je feuilletais, survolais ; j’avais mon jeu et le reste n’avait point d’importance enfin presque.

J’attendais impatiemment le retour de mission de mon père qui ne manquait jamais de me ramener une petite surprise qu’il avait le plus souvent mis dans une vielle boîte de sucre vide, dont le contenu avait servi à adoucir son thé ; que vais-je découvrir ? Un petit bébé lapin, un caméléon, un perroquet, un petit canard ou encore une petite fabrication artisanale de Lacky, compagnon de route de mon père.

En attendant je profitais pleinement de ma mère, ma tendre et douce maman, elle qui s’occupait toujours de tout le monde, des plus démunis, toujours présente pour tout besoin d’un membre de la famille ou bien même de qui que ce soit, sa bonté n’avait point de limite. Ce soir nous allions manger un « chawarma », juste en dessous au rez-de-chaussée, chez le libanais, j’adore le chawarma.

Sali était souvent dans sa chambre à danser, chanter ou encore dessiner et Modou, lui, il était en vadrouille, au foot ou au tennis ; d’ailleurs, il était très doué tout comme Sali. Tous deux enchaînaient les victoires, que ce soit au Sénégal ou à Usson en Forez, en Auvergne.

Ma mère était enceinte du dernier, dans quelques mois elle allait nous quitter pour accoucher à Lyon, tout comme elle l’avait fait pour mon frère et ma sœur. Je suis le seul qui soit né ici.

Il paraît d’ailleurs que pour ma naissance, il y eut une très belle cérémonie, comme je vous dis toute occasion est bonne pour faire la fête ; bon, d’accord, là c’est un peu normal : c’était quand même mon baptême et bien évidemment cela allait se passer chez papi et mamie à la Sicap Liberté trois. Mes parents m’avaient trouvé le prénom de Serigne, sauf qu’au moment où le marabout voulut souffler mon prénom à l’oreille pour me baptiser ce n’était pas possible, nous a-t-il dit, car, Serigne, ce n’est pas un prénom mais un titre. Alors, il a vite fallu chercher mon homonyme, au Sénégal on dit « homonyme » pour celui à qui on a pris le prénom, Serigne Thippy Dia, qui était l’un des meilleurs amis de mon père, j’ai donc pris son prénom Thippy et enfin on a pu passer aux choses sérieuses ; je m’appelle donc Serigne Thippy Sow, je suis alors peut être par la volonté des cieux un marabout, mais aussi comme l’homonyme de mon homonyme, un petit roi « Bour Mbadane », petit roi de Mbadane.

Mamadou, lui, porte le nom de mon grand-père comme le veut la tradition pour le premier des fils et il en va de même pour ma sœur avec ma grande mère Salimata.

J’aime toucher le ventre de ma mère le soir et sentir ce petit bonhomme qui se cache à l’intérieur, c’est beau la nature.

Ah ! Je crois avoir entendu une sonnerie, ce sont les voisins d’en face, les Bambaras qui veulent m’inviter à manger avec leur fille, ma copine de palier : on va déguster un bon mafé et après, on va jouer, le ventre bien plein, oui bien plein. Le mafé, c’est le plat national des Bambaras fait à base de pâte d’arachide, de viande de bœuf et de légumes, c’est très bon, c’est délicieux, servi avec du riz blanc. Je vais vite aller me coucher pour que la nuit passe plus vite, j’ai hâte d’être à demain, j’aime bien jouer avec ma voisine et il y aura aussi mon copain du deuxième qui sera de la partie. Je vous parle de cela comme si c’était hier, j’avais à peine huit ans, que c’était bon tout cela, tous ces moments, c’était le bon vieux temps, le bon temps.

J’avais beaucoup d’amis à l’époque et on se retrouvait souvent en bas du quartier sur la place où l’on s’adonnait à toutes sortes de jeux que l’on créait nous-mêmes, avec quelques boîtes de conserve, des pneus usagés, des chambres à air, des fils de fer, des planches de polystyrène récupérées du chantier d’à côté, des sacs plastique pris dans les branches des arbres, vraiment rien ne manquait pour assouvir notre imagination, notre créativité. Bouclier de Chaka Zoulou, course de pneu, lance-pierre, casque en fer, épée avec une bouteille coupée en deux pour protéger la main et un long bout de bois inséré dans le goulot, cerf-volant, les jeux on n’attendait pas de les avoir, on les créait sur mesure, sur place comme de vrais artisans, on était des artistes. C’est cela l’Afrique, plutôt le Sénégal, là où la créativité n’a point d’égal.

Je me souviens encore de ma première ligne téléphonique que j’avais fabriquée avec mon copain Djibril, il habitait le bâtiment d’en face, à une cinquantaine de mètres environ, on avait récupéré deux pots de lait concentré sucré vides, dont on avait retiré le dessus comme pour faire un bol. On avait ensuite percé un trou en chaque milieu puis piqué assez de fil de pêche pour pouvoir relier nos deux bâtiments ; il habitait au premier niveau, tout comme moi, et sa chambre faisait face à la mienne. Une fois cette ligne bien tendue, il nous suffisait de parler dans la boîte pour entendre la voix de l’autre bout, c’était magique. On passait des heures à tirer sur ce fil, puis une fois notre conversation finie, on l’accrochait au rebord de la fenêtre ; je ne vous dis pas la galère quand le fil se cassait. Il fallait tout recommencer, accrocher une pierre, l’envoyer dans la chambre entre les clayettes, faire pareil de l’autre côté et… au bout d’un moment, mon père se retrouvait avec de moins en moins de fil sur sa canne à pêche…

Il y avait de l’animation à l’époque sur la grande place de Mermoz, toutes sortes d’animation. Elles étaient organisées par ces grandes enseignes, vous savez, celles qui croient apporter un monde merveilleux aux sénégalais, afin d’accroître leur marché, comme par exemple Coca Cola ou bien encore Gloria ou bien d’autres encore, avec leur campagne de publicité, pour ne nous apporter finalement que des emmerdes. Ne vous souvenez-vous pas de cette marque qui affirmait que son lait en poudre, qu’elle vendait, était bien meilleur que le lait maternel jusqu’à ce que tout le monde en prenne. Commercial, c’est purement commercial, au détriment d’une population ignorante, naïve et vulnérable. Sommes-nous les cobayes de ces multinationales qui veulent accroître leur marché, sans se soucier des conséquences ? Qui y a-t-il de plus beau et de plus sain que de voir une mère donner le sein à son enfant alors que ces requins de l’industrie obligeaient ces mères inconscientes, à croire qu’elles allaient offrir ce qu’il y a de meilleur à leur enfant, les dirigeant doucement vers des méthodes dont toute bonne mère ignorait l’existence.

Il fallait acheter des biberons bien sûr, et il fallait que tout cela soit le plus stérile possible ; comment expliquer alors à toutes ces mères les méthodes, si ce n’est en leur jetant des biberons et des pots de lait sur la grande place avec de vagues démonstrations et des prospectus publicitaires, or la majorité ne savait ni lire et ni écrire, j’en pleure encore et encore. Ce qui s’en suit, vous le savez : intoxication, diarrhée, malnutrition… Les femmes de notre époque ne savaient même pas comment et surtout ce que voulait dire « stériliser » et j’en passe, même si je rigolais, dans le temps, de voir ces concours organisés par ces grandes enseignes, « meilleure laveuse de linge, celle qui fera le plus de mousse », « meilleur buveur de coca, celui qui arrive à boire le plus rapidement les bouteilles », etc.

Mais tout cela pour gagner quoi, un tee-shirt, une casquette, une cagette, de la lessive, des biberons, du lait en poudre.

Vous comprenez, on vient imprégner, lessiver la population pour mieux l’essorer. L’Afrique, le berceau de l’humanité, nurserie, pouponnière de ces requins au profit de nos seuls dirigeants acceptant toutes sortes de choses, affirmant : « pour le bien de notre société », se soucient-ils de la répercussion, du désancrage de notre société en pleine croissance et de l’accélération de cette modernisation à laquelle nous ne sommes point prêts ? J’en doute. Profit, c’est le mot-clé, bénéfice d’une minorité au détriment des autres, la soif du nouveau efface l’ancien, la culture et les mœurs, activant leur mutation, emportés par cette mondialisation.

La richesse, c’est la tradition, les mœurs, les coutumes ; c’est pourtant nous qui possédons toutes les ressources, mais il faut croire que le serpent aime à se mordre la queue. Les matières premières que nous détenons juste là sous nos pieds, ne nous sont accessibles que lorsqu’elles ont parcouru des milliers de kilomètres, pour nous revenir, sous forme de produits finis et à des prix inaccessibles. Ne pourrions-nous pas inverser ce cheminement et ainsi augmenter notre pouvoir d’achat ? Je crois que tant que l’on ne déposera pas cette cuillère pour reprendre la main, celle qui nous a toujours nourris, nous resterons encore passifs et nous continuerons à croire tout ce que l’on nous dit. Que notre main est sale et qu’il est mieux de prendre la cuillère ? Alors qu’il suffit tout juste de la laver. Les pâturages étaient verts autrefois, aujourd’hui les moutons mangent le carton parce que l’on nous a dit qu’il était de nature végétale. Nous sommes encore au bout de cette chaîne, dernier des maillons, ouverts à toute accroche. Nous étions jeunes et insouciants, bien heureusement, nous étions des pages toutes blanches, écrivant, coloriant chaque jour nos instants de bonheur, de vagabondage, le temps de l’insouciance, « Le temps de la paresse », encore un des livres de mon père.

Un jour avec Laye nous avons récupéré deux serviettes de bain, puis nous sommes allés à la plage de la corniche, vers le club de tennis chez les Berthet, là où Modou et Sali jouaient au tennis, un lieu qui nous était formellement interdit ; il faut dire qu’il y avait tous les jeunes là-bas. La plage grouillait de monde, on jouait, rencontrait d’autres amis, c’était bien quand même, on se baignait, Laye n’était pas très bon nageur et il ne s’aventurait pas plus loin que les genoux. De temps en temps, on entendait « Gayndé Geej, Gayndé Geej » à plusieurs reprises, ce qui voulait dire requin et oui il y en avait au Sénégal et à ces moments, c’était la panique totale dans l’eau, sans compter que, peut-être, un sénégalais sur trente savait nager. Quelquefois, c’était vrai, mais souvent de petits farceurs s’amusaient à crier tout haut ce qui n’était pas, juste pour rire, pour voir le monde détaler.

Un jour, il y eut un noyé, avec Laye on a eu tellement peur, car, dès que l’on entendait la sirène des pompiers on savait qu’il y aurait aussi la police, tout le monde courut dans tous les sens et les adultes donnaient des coups de bâtons pour disperser les gens. On est rentré très vite, sans rien dire, tremblant dans tous les sens et là ce fut notre grande surprise quand on apprit que le noyé, c’était le frère de notre copain, un voisin, celui avec qui j’étais au bout de mon fil téléphonique. On a gardé le secret jusqu’à aujourd’hui. Nous ne sommes plus jamais retournés à cette plage. Les jours passèrent et effacèrent peu à peu notre angoisse ; nous nous remettions à nos petites activités, le jeu de pot avec les billes c’était la mode, avec des billes de toutes les couleurs et de toutes tailles. On était les maîtres incontestés, on avait des trousses entières de billes, on jouait toute la journée jusqu’à la nuit tombée, jusqu’à ce que l’estomac commence à rugir.

Mon père avait ouvert une petite dibiterie, un endroit où l’on fait griller de la viande, de bœuf, de mouton, les gens en raffolaient, surtout mon père. Il n’a d’ailleurs pas fait fortune, loin de là, car c’était plutôt un lieu de ravitaillement pour toute la famille ; tout le monde venait se servir, c’est chez mon frère, c’est chez mon petit frère, c’est chez mon oncle, c’est chez mon ami, je suis sa sœur, je suis son cousin etc. C’est qu’au bout d’un moment c’était plus chez lui mais, c’était chez tout le monde et à tout le monde, du coup la dibiterie a dû fermer, plus de viande, plus rien, c’était de l’histoire ancienne.