Madeleine Delbrêl - Vincent Bedon - E-Book

Madeleine Delbrêl E-Book

Vincent Bedon

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Beschreibung

Laïque missionnaire au cœur des villes, Madeleine Delbrêl a emprunté une voie singulière de sainteté, celle des gens ordinaires. Son témoignage de vie évangélique dans un milieu très déchristianisé, ses engagements sociaux, sa charité ardente, sa vie de prière sont une source lumineuse d’inspiration pour tous ceux qui désirent vivre la radicalité de l’Évangile aujourd’hui. Ce livre nous fait découvrir cette figure spirituelle majeure du XXe siècle, dont le rayonnement ne cesse de grandir. À partir de ses écrits et de sa vie, il nous transmet le cœur de sa spiritualité ainsi que ses grandes intuitions missionnaires. Un ouvrage enthousiasmant, à l’usage de tous les chrétiens engagés dans le monde qui souhaitent vivre pleinement l’aventure de leur baptême.

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Seitenzahl: 152

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Vincent Bedon

MadeleineDelbrêl

Les saintes aventures de la vie de tous les jours

Avec l’accord des éditions Nouvelle Cité.

Conception couverture : © Christophe Roger

Photo couverture : © Amis de Madeleine Delbrêl (J. Faujour)

Composition : Soft Office (38)

© Éditions de l’Emmanuel, 2020

89, bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris

www.editions-emmanuel.com

ISBN : 978-2-35389-856-5

Dépôt légal : 4e trimestre 2020

Préface

Merci, Vincent Bedon, prêtre en mission itinérante avec des laïcs, de nous faire le cadeau de cette lecture fine et méthodique de la vie et de la vocation missionnaire de Madeleine Delbrêl.

Ce livre nous ouvre à la beauté stupéfiante de son parcours de foi, conduisant à la charité missionnaire, comme un apport magistral et encore trop méconnu pour l’Église aujourd’hui.

Madeleine a découvert que « Dieu Est », et cela est resté pour elle une découverte éblouissante. Son cœur continue d’être bouleversé de compassion devant la pire des pauvretés, l’athéisme. Si vous avez parcouru d’elle, cher lecteur, seulement une phrase, une prière, un poème qui vous a touché, vous allez ici découvrir davantage, pour vous nourrir de son charisme.

L’itinéraire de foi de Madeleine nous interroge et nous fait bouger. Il nous conduit à l’urgence de la mission. En parcourant les différentes périodes de sa vie, Vincent Bedon donne ici une réflexion et un enseignement dynamique, original, pour un nouvel élan missionnaire.

Cette fine analyse entraînera le lecteur à intérioriser sa foi avec franchise et discernement. Mais aussi avec l’élan de joie contagieuse de Madeleine quand elle affirme que, dans cette « aventure de la miséricorde » (missionnaire) à vivre jour après jour, « il nous est demandé de donner jusqu’à la corde ce que nous pouvons […], mais il nous est demandé aussi de nous émerveiller avec des larmes de reconnaissance et de joie, devant cet inépuisable trésor qui du cœur de Dieu coule en nous. À ce carrefour du rire et de la joie s’installera notre paix inconfusible1 ! ». Quel remède pour renoncer « aux petites baignades ponctuelles dans l’Évangile » et pour nous plonger ensemble, à neuf, dans la mission du Christ-Église, par l’action quotidienne que l’Esprit du Christ nous souffle aujourd’hui !

Cher lecteur, ce livre nous presse d’avancer. En écoutant le parcours de la vie de Madeleine, chef-d’œuvre de Dieu pour notre époque, étoile brillante sur notre chemin, allons sous sa houlette lucide, et rassurés par sa bonté.

Courage et bon chemin, ensemble, tous « missionnaires sans bateau ».

Françoise Renaud Mathieu, laïque, (arrière-grand-)mère de famille, et qui fut architecte, filleule de Madeleine.

1. Madeleine DELBRÊL, Œuvres complètes, t. 3, Humour dans l’amour,Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité, 2018, p. 27.

Chapitre I

Madeleine Delbrêl : une biographie

Madeleine Delbrêl naît le 24 octobre 1904 à Mussidan en Dordogne, unique enfant de Jules et Lucile Delbrêl, née Junière. Côté maternel, on vit du commerce de cire et de cierges que produit l’entreprise familiale de Mussidan ; à Lourdes et ailleurs, les cierges se vendent bien, la famille est prospère.

Jules Delbrêl poursuit une belle carrière de cheminot, puis devient chef de gare, ce qui amènera sa famille à déménager régulièrement au fil de ses mutations. Autodidacte, féru de littérature, il aime composer des poèmes et fréquente volontiers les cercles littéraires. Bien que non pratiquants, les parents de Madeleine lui donnent une véritable éducation chrétienne, ce dont elle témoignera plus tard :

Dans une famille incroyante, au hasard des déplacements d’un père cheminot, j’avais trouvé des gens ; gens exceptionnels qui me donnèrent, de 7 à 12 ans, l’enseignement de la foi2.

Madeleine aura une enfance heureuse, la crise touchant le ménage de ses parents ne devant survenir qu’à son adolescence. À 12 ou 13 ans, lors d’une brève retraite, Madeleine écrit cette résolution : « La vie est un apostolat à exercer. » On y trouve aussi la note suivante : « Quand je serai grande, je tâcherai de convertir les personnes qui ne goûteront pas encore la douceur que procure la religion3. » Propos étonnants pour une enfant si jeune, et sans doute influencés par la prédication qu’elle a entendue. Mais comment ne pas être frappé quand on connaît la vie de Madeleine par la suite ? Même si l’intéressée a pu oublier ses propres désirs d’enfant, on peut dire qu’ils furent largement exaucés.

Ses parents imaginent pour Madeleine une carrière de pianiste, et les répétitions l’occupent beaucoup ; elle est assez douée mais son génie semble ailleurs. Pour le reste de sa scolarité, du fait de sa santé médiocre, elle reçoit des cours particuliers.

Vive la mort !

En 19164, le père de Madeleine est nommé à Paris à un poste peu exigeant, sa santé se délitant à la suite d’un épuisement professionnel. Il fréquente le salon du docteur Armaingaud qui anime un cercle littéraire et philosophique. On y trouve des gens cultivés de tous bords, humanistes, agnostiques, athées, chrétiens… Jules Delbrêl aime s’y rendre avec Madeleine qui se frotte à toutes ces influences ; sa vivacité intellectuelle y est remarquée. Elle-même place l’intelligence au sommet de sa hiérarchie des valeurs. Dans un tel environnement, la foi de la jeune femme est profondément ébranlée.

À Paris, d’autres gens exceptionnels me donnèrent une formation contradictoire. À 15 ans, j’étais strictement athée et je trouvais chaque jour le monde plus absurde5.

La jeune fille apprécie les belles toilettes, la danse, le piano et aussi l’écriture, puisqu’à son tour, elle se met à écrire de la prose et de la poésie. Ses textes de l’époque – comme le célèbre « Dieu est mort… vive la mort » – portent la marque de son regard désabusé sur le monde qui l’entoure. Comme nous le verrons au chapitre suivant, son adolescence est fortement marquée par cet athéisme extrême et sa fascination pour la mort.

Fort heureusement, il n’y a pas que des athées dans le salon du docteur Armaingaud : Madeleine y rencontre un brillant étudiant centralien, Jean Maydieu, filleul du docteur. Fervent catholique, le jeune homme ne cache pas sa foi et se pose même la question d’une vie consacrée à Dieu. Durant une année environ, ils se fréquentent assidûment, au point que, lors du bal organisé pour les 18 ans de Madeleine où ils dansent ensemble toute la nuit, on les croit fiancés. Surtout, au contact de Jean et de ses amis, elle va progressivement remettre en question son athéisme : commence alors pour elle un chemin de conversion.

Mais Jean Maydieu doit partir pour accomplir un service militaire de deux ans. Dès son retour, et sans donner aucune explication à Madeleine, il entre chez les dominicains. Ce départ est un vrai traumatisme pour Madeleine qui plonge dans une sorte de dépression, la forçant à un séjour en maison de repos. Pendant toute cette période, elle persiste cependant dans sa recherche intellectuelle, honnête et vraie, qui sera bientôt récompensée.

Éblouie

Le 29 mars 1924, dans sa vingtième année, Madeleine reçoit la grâce de sa conversion. Nous savons peu de chose quant aux détails de ce retournement, seulement qu’il fut « trop violent » pour qu’elle ne l’accepte pas. Quelques semaines avant sa mort, elle confiera à des étudiants : « J’avais été et je suis restée éblouie par Dieu6. »

En plus de ses études de philosophie et de littérature entreprises en 1920 et 1921, Madeleine continue d’écrire de la poésie. Elle compose ses poèmes, les travaille assidûment, puis les retouche encore. En 1926, le prix Sully-Prudhomme vient récompenser le recueil La Route,où Madeleine a rassemblé ses poèmes écrits entre 1922 et 1925. Ce prix, qui distingue chaque année un jeune poète, lui attribue la belle somme de 8 000 francs, grâce à laquelle elle peut publier son recueil. L’édition est intégralement vendue. Madeleine est tout heureuse de cette « agréable chose » et envisage de se « lancer carrément dans cette voie ». Une carrière littéraire s’ouvre devant elle.

Convertie depuis deux années, Madeleine fréquente la paroisse voisine de son logement, la nouvelle église Saint-Dominique. Son succès littéraire l’incite à entrer en littérature, mais on la sait aussi attirée par le carmel ; dans la prière, elle reçoit un autre appel, qu’elle confie à sa mère dans une lettre datée du 15 avril 1926 :

Après des jours de réflexion, de prière et d’épreuve, je suis certaine de faire la volonté de notre même Maître en restant à travailler pour Lui dans le monde. Je te promets donc, sur le Christ, de ne jamais te quitter. Soyons donc bien heureuses toutes les deux et aidons-nous, ma Maman7.

Si le souci de rester proche de ses parents l’habite, c’est bien à un appel de Dieu que Madeleine répond en faisant ce choix de rester dans le monde. Les nouveaux convertis, dans leur zèle pour Dieu, confondent parfois la radicalité d’une vie chrétienne authentique – l’appel commun à la sainteté – avec d’autres vocations spécifiques : vie consacrée, sacerdoce… Alors qu’elle n’est pas encore accompagnée spirituellement, Madeleine démêle ces deux vocations possibles dans la prière et dans l’épreuve. C’est dans le monde, dans « la rue », qu’elle servira Dieu. Comment ? Elle ne le sait pas encore.

Trouver sa voie

Cela rappelle son premier engagement dans le scoutisme, comme cheftaine, à la paroisse Saint-Dominique. En 1926, elle rencontre dans sa paroisse de quartier un jeune prêtre, le père Jacques Lorenzo. Il lui propose de devenir cheftaine de louveteaux, ce qu’elle accepte volontiers. Une photographie célèbre de Madeleine la montre jeune et souriante, coiffée d’un béret. Le père Lorenzo deviendra son accompagnateur spirituel de la fin de l’année 1927 jusqu’à la mort de celui-ci, en 1958. Ce prêtre du diocèse de Paris est habité par un fort esprit missionnaire. Il a été un temps religieux, membre des Fils de la Charité, congrégation fondée en 1918 par le père Anizan pour l’évangélisation des milieux populaires, et est redevenu ensuite prêtre diocésain, toujours à Paris, où il a été nommé vicaire dans la paroisse Saint-Dominique.

C’est dans ce milieu et au sein de la patrouille scoute « Saint-Dominique » que Madeleine va évoluer avec d’autres cheftaines de l’année 1926 jusqu’à son départ pour Ivry. Madeleine et d’autres cheftaines se retrouvent régulièrement avec leur aumônier pour des temps d’approfondissement. Durant l’une de ces retraites, à la Pentecôte 1931, plusieurs de ces jeunes femmes se sentent appelées à un engagement évangélique plus radical, qui serait vécu en commun. Le groupe qu’elles vont constituer se nommera « La Charité de Jésus ».

En dehors de ses engagements et de l’attention qu’elle porte à ses parents, Madeleine continue de se former, en autodidacte. Elle suit des cours en étudiante libre, lit beaucoup, écrit et voyage volontiers. C’est une période très riche de sa vie.

Pour se préparer à la mission qu’elle pressent de plus en plus, Madeleine, toujours concrète, décide d’entreprendre des études d’assistante sociale – « en les méprisant un peu », ne manque-t-elle pas d’ajouter. Pour cela, elle doit tout d’abord devenir infirmière, formation d’un an à l’époque, qu’elle commence en 1931. L’année suivante, elle poursuit à Paris la formation d’assistante sociale qui s’achèvera en 1934, après son arrivée à Ivry.

Avec l’abbé Lorenzo, les jeunes femmes se retrouvent pour lire ensemble les Actes des Apôtres. Cette lecture régulière fait peu à peu germer chez elles le désir d’un engagement plus profond que celui du scoutisme. L’exemple de saint Vincent de Paul, et celui plus contemporain de Charles de Foucauld, leur fait progressivement envisager le projet d’un apostolat commun au service des pauvres, là où Dieu n’est pas connu. On pense tout d’abord partir pour Clichy, puis on s’oriente finalement vers Ivry-sur-Seine, où l’abbé Lorenzo connaît le curé. Entre-temps, le groupe a fondu et elles ne seront que trois à partir pour cette mission nouvelle.

L’arrivée des missionnaires sans bateau8

S’installer à Ivry-sur-Seine résulte clairement d’un choix évangélique pour Madeleine et ses deux compagnes. Ivry jouxte Paris, mais sur le plan social, la distance est énorme : c’est une banlieue ouvrière rouge. La mairie d’environ 43 000 habitants est prise à la droite en 1925 et va devenir, pour longtemps, le berceau du communisme municipal. Dès les élections législatives de 1924, Paul Vaillant-Couturier évoque « Paris encerclé par le prolétariat révolutionnaire9 ». Ce sera aussi le lieu de résidence de Maurice Thorez, trente-trois ans secrétaire général du parti communiste.

Le 15 octobre 1933, après une petite cérémonie d’engagement dans La Charité de Jésus, Madeleine, Suzanne Lacloche et Hélène Manuel quittent Paris en tramway puis arrivent en autobus à la paroisse Saint-Jean-Baptiste d’Ivry. Les trois femmes s’installent tout d’abord dans l’enceinte paroissiale. Elles souhaitent simplement vivre l’Évangile ensemble, se mettre au service de la paroisse et de ses nombreuses œuvres sociales. Un beau désir les anime : lutter contre la pauvreté et porter Dieu aux incroyants, les « sans-Dieu » qui s’y trouvent, fort nombreux. Tout un monde à découvrir. Madeleine y restera jusqu’à sa mort, trente et un ans plus tard.

Les trois équipières s’insèrent tout d’abord au sein des nombreuses activités de la paroisse, aidées par d’autres cheftaines qui leur apportent un appui. C’est pour elles la découverte d’un milieu très marqué par le communisme qui se répand alors dans de nombreuses banlieues parisiennes. Progressivement, elles se démarquent des œuvres paroissiales pour creuser leur propre sillon, tout en restant paroissiennes. Un signe tangible est leur déménagement hors du centre social paroissial, pour s’éloigner un peu d’un milieu exclusivement catholique et vivre plus proches de ceux qu’elles veulent rejoindre et servir.

Le père Jacques Loew

Une autre rencontre importante va marquer la vie de Madeleine, celle de l’abbé Jacques Loew, qui en témoigne lui-même.

Lorsque, en 1942, je connus Madeleine Delbrêl, nous étions presque contemporains : elle avait trente-huit ans, j’en avais trente-quatre. Mais tandis qu’elle comptait déjà plus de neuf ans de présence dans le monde prolétarien d’Ivry, j’avais à peine quelques mois de vie partagée avec le monde alors sous-prolétaire de Marseille. […] Ainsi naquit une amitié qui allait grandir, non seulement entre Madeleine et moi, mais entre les deux groupes de Marseille et d’Ivry. […] Durant les vingt-deux ans qui suivirent, nos échanges n’ont jamais cessé10.

C’est donc à Ivry que Madeleine et ses compagnes vivent et servent Dieu au cœur du monde ouvrier.

L’une est médecin de quartier, l’autre, infirmière. Une autre travaille comme ouvrière dans une usine, une autre est institutrice… Entre 1933 et 1939, certaines assument des tâches paroissiales.

Chez elles, « au onze » rue de Raspail, les visites sont nombreuses. Visites amicales, personnes diverses venant chercher un conseil… Des prêtres aussi, religieux en quête d’une vie plus proche des hommes, viennent rencontrer les équipières, réfléchir avec elles et humer l’air qu’on y respire.

Madeleine n’a de cesse d’y « soulager les misères », travaillant loyalement avec chacun dans ce but. Madeleine travaille tour à tour pour différents employeurs avec une réelle liberté d’esprit et d’action. D’abord pour la paroisse, jusqu’en 1939. Puis, lors de la déclaration de guerre en septembre 1939, quand le gouvernement Daladier met sous tutelle les mairies communistes, Madeleine est nommée par la préfecture responsable des services sociaux de la mairie, jusqu’en 1944. Enfin, de la fin août 1944 jusqu’en octobre 1945, elle continue de travailler pour la mairie reprise par les communistes.

Ce même mois, Madeleine démissionne pour cesser définitivement son activité d’assistante sociale. Madeleine souhaite désormais se consacrer davantage aux œuvres propres et au développement apostolique de La Charité, et à la prière. Il lui faut aussi trouver du temps pour écrire, se rendre disponible aux sollicitations multiples qu’elle reçoit de France comme de l’étranger ; cela lui impose des voyages, la préparation de conférences sur leur expérience d’évangélisation et sur le milieu marxiste qu’elle côtoie au quotidien… Madeleine écrit beaucoup, souvent la nuit par manque de temps ; elle ne cesse de reprendre ses travaux, qu’ils soient ou non publiés. En 1957, elle publie Ville marxiste, terre de mission, seul ouvrage publié de son vivant. En 1961, à l’approche de l’ouverture du concile Vatican II, elle est consultée une fois par Mgr Achille Glorieux, secrétaire de la Commission pour l’apostolat des laïcs, qui lui demande une note sur cet apostolat à partir de leur expérience. L’année suivante, l’ancien archevêque de Tananarive, Mgr Sartre, lui demande de répondre à un questionnaire sur l’athéisme en milieu populaire. Le Concile est ouvert le 11 octobre 1962, et se terminera le 8 décembre 1965.

Le 13 octobre 1964, Madeleine, de santé fragile et très affaiblie, meurt subitement à sa table de travail, à quelques jours de ses 60 ans. La charité pour Dieu, manifestée dans son amour pour chacun, l’a entièrement consumée.

Dans l’introduction qu’il rédige pour Nous autres, gens des rues11, le père Jacques Loew, avec une grande lucidité, atteste combien Madeleine était « cette femme préparée par Dieu durant trente ans pour nous faire vivre l’après-concile12 ». En effet, qu’il s’agisse par exemple de l’appel commun à la sainteté de tous les baptisés, de leur vocation au témoignage et à la mission, de la place de la parole de Dieu dans la vie chrétienne, nous allons découvrir combien Madeleine a prophétisé tout cela dans sa vie et dans ses écrits. Parfois incomprise ou inclassable hier, sa vie est aujourd’hui pour chaque baptisé un témoignage d’une force et d’une densité exceptionnelles.

La cause en béatification de Madeleine Delbrêl a été introduite en 1987. Le 27 janvier 2018, un décret du pape François a reconnu les vertus héroïques de sa vie et l’a déclarée « vénérable ».

2. Madeleine DELBRÊL, Œuvres complètes, t. 10, La Question des prêtres-ouvriers, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité, 2012, p. 212.

3. Gilles FRANÇOIS, Bernard PITAUD, Madeleine Delbrêl. Poète, assistante sociale et mystique, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité, 2014, p. 25-26.

4. Pour cette biographie, nous nous référons à la chronologie donnée dans Madeleine DELBRÊL, La Question des prêtres-ouvriers, op. cit., p. 11-19.

5. Ibid.

6. Ibid., p. 217.

7. Madeleine DELBRÊL, Éblouie de Dieu, in Œuvres complètes, t. 1, Correspondance, vol. 1, 1910-1941, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité, 2004, p. 89.

8. D’après un texte de Madeleine, « Missionnaires sans bateau », in Œuvres complètes, t. 7, La Sainteté des gens ordinaires, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité, p. 57.

9. Annie FOURCAUT, Bobigny, banlieue rouge, Paris, L’Atelier, 1986, p. 31.

10. Christine de BOISMARMIN. Madeleine Delbrêl. Rues des villes chemins de Dieu (1904-1964), Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité, 2004, p. 7.

11. Madeleine avait confié le soin de ses papiers au père Jean Guégen, o.m.i. Avec le père Jacques Loew et les équipières, il firent le choix de ce collationnement, qui permit la publication de cet ouvrage posthume en 1966.

12. Madeleine Delbrêl, Nous autres, gens des rues, Paris, Seuil, coll. « Livre de vie », n° 107, 1995, p. 9.