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Le 7 mai 2018, c’est par un message de ma fille que j’ai appris son décès.Comme une somnambule, je suis allée vers mon ordinateur, j’ai ouvert un manuscrit qui y dormait et me suis mise à le relire. C’était dur de la retrouver dans cette absence, mais on aurait pu croire qu’elle m’y encourageait. Nous avions tellement envie qu’il sorte, ce livre... Il faut dire que nous y avions passé un temps fou !Il faut accepter la réalité : Claudine n’est plus joignable par téléphone, elle ne sera plus sur cette scène à laquelle elle était destinée... mais elle vit si fort dans ces pages !Je les relis, ses réponses, et je suis bouleversée par tout ce que j’y retrouve. Son humour, son intelligence, sa culture et ses doutes. Maurane n’était pas qu’une voix magnifique. Daria et Claudine (le vrai prénom de Maurane) se sont liées d’amitié à la fin des années 1970. Le jeu de l’intimité, composé de questions portant sur la spiritualité, la sexualité, le rapport à l’autre et à soi, a été créé par Daria. Un jour, elle a proposé à Maurane d’y jouer dans l’idée d’en faire un livre. Cette dernière a donc pioché et répondu selon son inspiration. Le lecteur a ici la possibilité de la rencontrer autrement, à travers des anecdotes parfois drôles, parfois graves, toujours personnelles. Cet ouvrage est également parsemé d’« intermèdes musicaux », avec des questions inspirées de chansons interprétées par Maurane. Une découverte de l’artiste sous un angle intime et inédit. Fille d’un noble russe émigré, Daria de Martynoff a commencé à écrire des chansons à l’âge de 13 ans. Elle s’est produite sur scène, a sorti quatre albums et a mis en scène plusieurs spectacles. Parolière, elle a notamment écrit pour Maurane, Georges Moustaki et Jane Birkin (dans le seul album sans Gainsbourg). Daria partage aujourd’hui son temps entre l’écriture et l’animation d’ateliers d’écriture et de cours intitulés « Le plaisir de chanter ». Elle se définit comme une « partageuse de créativité ».
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Seitenzahl: 206
Veröffentlichungsjahr: 2019
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Daria de Martynoff
Maurane
au jeu de l’intimité
Éditions Luc Pire [Renaissance SA]
Avenue du Château Jaco, 1 – 1410 Waterloo
fÉditions Luc Pire
www.editionslucpire.be
Maurane au jeu de l’intimité
Jeu de l’intimé : © Daria de Martynoff
Photo de couverture : © Loreta Mander
www.stonedesignphotography.com
Illustrations : © iStock
isbn : 978-2-875-42188-3
© Éditions Luc Pire, 2019
Tous droits réservés. Aucun élément de cette publication ne peut être reproduit, introduit dans une banque de données ni publié sous quelque forme que ce soit, soit électronique, soit mécanique ou de toute autre manière, sans l’accord écrit et préalable de l’éditeur.
Merci à ma Ponpon-Ponponskaïa,
dite Maurane, pour sa confiance,
et ces partages sur 40 ans de vies
dans la création et de vies de femmes.
Qu’est-ce que tu m’as manquée dans cette part de l’aventure !
« La parole ne m’intéresse que quand elle est le contraire d’une protection : un risque, une ouverture, un aveu, une confidence. J’aime qu’on parle comme on se déshabille, non pas pour se montrer comme croient les exhibitionnistes mais pour cesser de se cacher. »
André Comte-Sponville
Avant-propos
Nous étions douillettement installées sur les divans de son salon. Chacune le sien. Les cartes du jeu sur la table basse en six piles, six sujets. Maurane se servait :
— Une question philo…
Elle lisait à voix haute et répondait dans la foulée, sans filtre.
— Allez, une petite question sexualité.
Nous jouions, complices comme nous l’avons été pendant 40 ans (à part les moments où elle m’en voulait, parce que quelqu’un lui avait dit « Daria bla bla bla », après quoi nous mettions le sujet sur la table, à nous deux, et tout était transparent à nouveau).
La dernière fois, c’était parce qu’elle avait lu le début d’un de mes mails et l’avait mal compris. Ensuite elle me demandait pardon comme une petite fille.
Une petite fille, elle l’était. Perdue dans les jeux d’ego de ce métier. Entre flatteries et critiques. Au cœur même de sa fragilité. Mais quelle puissance aussi que cette artiste !
Maurane était d’abord une femme dans l’intensité.
Avant d’entrer en scène, elle se demandait pourquoi elle n’était pas fleuriste. Mais ce trac, elle le laissait derrière elle dès que le public l’accueillait et, là, elle était inventive, entière, libre.
Sa valeur première a été la sincérité. Ce qui l’a poussée parfois à faire quelques dégâts car, en plus, elle était spontanée. Elle s’en voulait quand elle blessait quelqu’un qu’elle aimait.
Quand elle préparait un spectacle, calée dans son divan, elle posait un grand cahier sur ses genoux, où tout se retrouvait : paroles, idées, numéros de téléphone…
C’était une artiste exigeante et tous les musiciens rêvaient de travailler avec elle, de lui créer des mélodies.
Il fallait la voir répéter avec les chœurs qu’elle dirigeait lors de la préparation d’un spectacle, la moindre faille dans l’harmonie des voix lui « sautait à l’oreille ».
Des failles… elle en avait. Et certains ont plongé leur indifférence dans ces failles. Créant en elle le doute d’être aimée pour sa célébrité, non pour elle-même. Mais d’autres hommes, d’autres amis lui ont été fidèles. Ceux qui savaient reconnaître la valeur de cet être.
Claudine – c’était son prénom – aimait inviter chez elle, préparer un repas familial avec un sens généreux de la fête. Et son humour ! Ce merveilleux humour belge de l’absurde. Je garderai précieusement nos fous rires et, surtout, cette créativité libre qui nous liait, en confiance.
Claudine est partie vers cet « ailleurs » auquel elle croyait. Elle y fête son arrivée avec Nougaro, Calaferte, son père, et d’autres êtres aimés qui l’y ont précédée.
Ce 7 mai, c’est par un message de Sarah, ma fille, que j’ai appris la nouvelle. Maurane est morte. Elles s’étaient vues la veille dans les coulisses de son retour sur scène et Maurane lui avait dit : « Il faut que je réponde au mail de Daria. » Elle ne me répondra pas.
Comme une somnambule, je suis allée vers mon ordinateur, j’ai ouvert des fichiers qui y dormaient et me suis mise à relire, corriger les fautes ou coquilles sur lesquelles je tombais. C’était dur de la retrouver dans cette absence, mais on aurait pu croire qu’elle m’y encourageait.
L’histoire de ce livre, c’est celle de deux gamines (bien adultes) qui s’amusent à un jeu indiscret en connivence, entre sensibilité et humour. Les questions, elle les piochait au hasard. Parfois une autre question surgissait pour compléter une de ses réponses.
Ce hasard de la main qui se tend vers une pile de questions ou une autre fera de ce livre un long « coq-à-l’âne ».
J’avais rajouté des questions sur les thèmes de ses chansons. Maurane y a parfois répondu par écrit, à distance. Nous n’avons malheureusement pas eu l’occasion d’aborder toutes les chansons. Alors je salue mes sœurs et frères en écriture, ces grands auteurs qui ont accompagné Maurane tout au long de sa route et ont apporté des mots pour ses émotions.
Nous avions tellement envie qu’il sorte, ce livre…
N’ayant jamais écrit de manuscrit à l’époque, je ne connaissais aucune règle de présentation pour l’envoyer à un éditeur, mon attention n’était que sur le fond. Il a été refusé alors nous l’avons « oublié ». Comme je le regrette aujourd’hui ! Il faut dire que nous y avions passé un temps fou. Nous y avons en effet travaillé pendant deux ans. La déception était au bout de ce chemin et, en grandes filles, nous n’en avons plus parlé, continuant chacune d’autres aventures.
Il faut accepter la réalité : Claudine n’est plus joignable par téléphone, elle ne sera plus sur cette scène à laquelle elle était destinée… mais elle vit si fort dans ces pages !
Je le relis, ce manuscrit, y retravaille, et je suis bouleversée par tout ce que j’y retrouve. Son humour, son intelligence, sa culture et ses doutes.
Elle n’était pas qu’une voix magnifique.
Daria de Martynoff
Décembre 2018
Le jeu de l’intimité
Ce jeu, créé par Daria de Martynoff en 1999, se joue autour d’un plateau. Il a pour objectif de créer entre des personnes, qu’elles soient proches ou pas, une complicité, un sentiment d’intimité.
Chacun lance le dé à son tour – un dé dont la couleur de chaque facette se réfère à celle d’un type de question –, prend une question dans la pile et y répond, sans l’intervention des autres joueurs. Chaque pile correspond à une catégorie de questions parmi les suivantes :
JE-MOI
(Où l’on parle de soi)
SPIRITUALITÉ
TOI-MOI
(Où l’on parle de la vie affective, amicale, amoureuse)
SEXUALITÉ
EUX-NOUS
(Où l’on parle de la vie sociale)
PHILOSOPHIE
À quoi peut être utile l’intimité ?
À se connaître bien, à se respecter. Intimité avec soi ou avec l’autre.
Intimité avec soi, c’est important. Respect de soi, pour moi, ça va avec « se remettre en question, ne pas rester sur certaines idées ». Ça peut aller aussi dans la coquetterie, ça peut être prendre soin de soi, de son corps autant que de son cœur. Je pense que quand on a une belle intimité avec soi, on a une plus jolie intimité avec les autres. Ça commence par soi et il faut qu’il y ait beaucoup de soie dans tout ça parce que c’est important qu’il y ait de la volupté entre soi et soi aussi.
Ça rejoint noblesse, grandeur. C’est important qu’il y ait de l’espace entre soi et soi aussi, que dans l’intimité, il y ait de l’espace. Autrement dit, que ce ne soit pas une intimité étouffante. C’est important d’avoir une intimité espacée, de prendre soin de soi, d’y penser tout en se donnant de la place. Ce n’est pas évident non plus.
Ce sont des choses auxquelles je pense mais, encore une fois, être à la hauteur de ce qu’on avance, c’est pas gagné.
Quand je parle d’espace, je pourrais parler de recul, essayer de rester objectif, mais ce n’est pas simple du tout.
Intimité avec d’autres… j’aime bien aussi parce que je fais un métier public qui m’oblige à être souvent avec beaucoup de gens. Je prends donc encore plus à cœur les moments plus intimes. On peut parler de toi et moi : quand on est rien que nous deux et qu’on est dans une espèce d’écrin un peu feutré, on a nos petits rituels et on papote sur fond musical, ou pas, on mange, on boit. Rien qu’à deux.
C’est quelquefois un besoin ou une envie, mais surtout un besoin dans mon cas parce que je suis souvent avec beaucoup de gens et j’aime ça, j’adore ça. Ça me donne envie d’aimer encore mieux et d’aller vers l’intimité.
L’intimité avec mon amoureux, n’en parlons même pas. Je ne suis pas très partouzeuse comme fille, j’aime quand on est que tous les deux et que personne ne nous regarde.
Quel est ton point de vue sur la paresse ?
J’en pense du bien. Je ne pense pas être vraiment paresseuse mais je suis assez indolente. Le bon, dans la paresse, c’est le lent. Je suis quelqu’un de lent, j’aime beaucoup dormir. Pour moi, être allongée dans son lit, rêver, et dormir, c’est aussi important que la vie active sur deux pieds. Je suis assez flemmarde et j’y tiens beaucoup.
En même temps, la paresse, ça n’existe pas quand je suis dans une période de création. Là, au contraire, je peux devenir super rigoureuse et passer d’un état de léthargie à un état actif. Je suis bien debout et bien couchée. J’aime assez les situations d’urgence qui m’obligent justement à dépasser cet état léthargique qui me caractérise. L’indolence me parle mais, quelquefois, c’est bien de se donner des coups de pied au cul et des petites secousses électriques.
Dans une période de travail, de créativité, d’écriture, je peux être tout le contraire de paresseuse. Je suis paresseuse quand quelque chose ne m’intéresse pas ou quand je n’ai pas le moral. Souvent ça va ensemble, le moral bas et la paresse. La paresse physique et mentale, tout prend le dessus. J’ai rien contre, mais pas tout le temps, il faut des petits coups de boost. Je dirais plus indolence et petit état de léthargie que paresse parce que paresse, c’est encore autre chose, ça relève parfois plus de la déprime… ça peut m’arriver.
Quel est ton avis sur le costume-cravate ?
J’aime pas les costumes, j’aime pas les uniformes ! J’ai un avis sur le smoking, que je trouve assez élégant, le petit côté James Bond, et ça me fait même un peu fantasmer quelquefois. Costume-cravate obligatoire, je suis totalement contre. Les endroits, les restaurants où tu ne peux pas rentrer sans cravate, je trouve ça épouvantable. Ça me fait autant bondir que le service militaire. Les uniformes en général, je n’aime pas ça. Pour moi, costume-cravate ça rentre dans le créneau d’une certaine société établie, convenue, et franchement ça m’emmerde.
J’ai un manager qui porte souvent costume et cravate. Il m’a l’air d’être très à l’aise avec ça et a rarement envie d’être autrement qu’en costume-cravate (sauf le week-end, où il met son jogging). À partir du moment où les gens sont à l’aise avec ça et qu’ils ont envie de porter ce costume, là je suis complètement d’accord et je partage.
À partir du moment où ça devient une obligation, une chose établie et convenue parce que ça se fait, et qu’autrement ça ne se fait pas, alors ça me donne envie de cogner.
Penses-tu que le public se doit d’être passif face à une œuvre d’art ou en tant que spectateur ?
Ah NON, certainement pas ! Je préfère un public passionné que passif. Tout ce qui est passif, les gens passifs, c’est terrible, ça ne fait pas avancer les choses et ça me donne de l’acné rosacée ! Vive la passion ! Je n’ai pas dit la passionaria mais la passion, l’engouement pour quelque chose. Ça ne doit pas spécialement être la guerre, mais qu’il y ait des opinions tranchées et que l’art ou certaines choses créent des débats assez vifs, pourquoi pas…
Passif n’a qu’un œil… On voit mal avec un seul œil ! Les passifs se privent de beaucoup de choses, à mon avis. Ils pensent peut-être qu’en s’investissant moins, ils sont plus en sécurité… Dommage pour eux.
Apprécies-tu le petit-déjeuner au lit ?
Non, j’aime pas ça du tout !
Je n’aime pas parce qu’on met des miettes partout, on se couche dessus, ça pique aux fesses. On renverse le café. Même avec un amoureux, j’aime le petit-déjeuner à table mais alors avec la totale ! J’adore ! C’est même peut-être mon repas préféré.
C’est toujours bienveillant, le petit-déjeuner.
Je le prends très tard, pas avant 12-13 heures parce que je me lève tard. Pour moi, c’est le pain complet, le petit yaourt, les fruits, le fromage, un jus de fruit frais, éventuellement. C’est très important parce que ce sera décisif pour le reste de la journée.
C’est ça qui va te mettre dans un état « bien ou mal » pour la suite. C’est la base de toute la journée.
Donc je m’arrange pour que ce moment soit un super rituel.
Tu te trouves en compagnie d’un humain très dominant, que se passe-t-il ?
J’aime pas ! Je n’aime ni les gens très dominants, ni très soumis. Encore une fois, c’est une espèce de juste milieu que je recherche. Je n’aime pas être commandée, être dominée.
J’aime bien de temps en temps être paternée, maternée. J’aime bien avoir le sentiment qu’on s’occupe de moi mais pas sentir qu’on m’oblige à. Donc non, je n’aime pas être dominée.
Je n’aime pas tellement l’autorité. Il faut une certaine forme d’autorité quand on est parent, mais je n’aime pas l’autorité gratuite, l’abus d’autorité. Je n’aime pas les gens qui veulent dominer, qui veulent mater. C’est une « macha » qui te dit ça. Moi-même je peux être un peu autoritaire des fois.
Pour moi, donner des ordres, ça rejoint les uniformes, je n’aime vraiment pas.
JE M’ROULE EN BOULE
Paroles : Daria de Martynoff
Premier 45 tours — 1980 et album1Danser - 1986
J’ai les doigts qui collent,
J’ai le nez qui coule,
J’voudrais qu’on m’console
Et je m’roule en boule.
— Aujourd’hui, est-ce que tu te « roules encore en boule » ?
Oui, je me roule toujours en boule. J’ai probablement gagné en assurance, mais j’ai toujours cette notion du cocon. D’ailleurs au moment où je te parle, je suis en pyjama, lovée dans mon fauteuil en train de me faire cuisiner par toi et tes questions, d’y réfléchir et d’essayer d’y répondre le mieux possible mais je suis toujours en accord avec cette chanson, elle me ressemble toujours, c’est une partie de moi et je l’aime beaucoup, même si les choses évoluent forcément.
Cette chanson, pour moi, c’était vraiment la tristesse et le manque de l’autre. Mais tout dépend de ce qu’on en fait.
Aujourd’hui, je pourrais la rechanter avec une intention beaucoup plus positive, un peu comme si j’avais le recul de toutes ces années et que je me souvenais comment je me roulais en boule à cette époque-là. Avec le fait de relativiser, je l’interpréterais certainement différemment, ça vaudrait le coup de le tenter un jour. La seule raison pour laquelle je ne l’ai pas remise dans mon répertoire c’est que je suis un peu envahie par les ballades en ce moment. Je pense qu’il est temps que je fasse un album tonique.
— Quand une émotion t’arrive, qu’en fais-tu ?
Quand une émotion arrive, je ne gère pas. L’émotion, c’est assez compulsif, tu te la prends, tu la vis. Je la ressens, je la vis intensément, je ne la laisse pas forcément venir et je ne le laisse pas forcément voir, et pourtant j’en ai envie. Quand on fait un métier public, je me rends compte que c’est difficile de laisser trop apparaître ses émotions. C’est intense, ce qu’il se passe à l’intérieur.
Quand une émotion arrive, je prends en tout cas, mais je ne donne pas forcément la totalité, de peur de me laisser envahir par elle et que ça déborde. Tu vas trouver cela curieux mais, au fond, je n’aime pas trop me donner en spectacle…
— Cette chanson t’a fait rencontrer Pierre Barouh…
Pierre Barouh devait produire mon premier album mais il est rentré en France assez vite, après m’avoir emmenée au Québec, où je me suis retrouvée comme deux ronds de flan. Dieu merci, les Québécois sont accueillants ! Ils m’ont aidée à vivre, m’ont trouvé des petits boulots en studio et l’album s’est fait beaucoup plus tard (sept ans !).
C’est bien comme ça au fond, je n’étais pas tout à fait prête. Cela dit, j’avais déjà sorti ce premier 45 tours « Je m’ roule en boule » avec « Mook » en face B.
Pierre Barouh et moi n’avons pas toujours été d’accord, mais il faut bien se rendre à l’évidence qu’il m’a permis de rencontrer du joli monde. Il partageait ses spectacles avec moi. Je chantais quelques chansons de mon répertoire et lui proposais des harmonies vocales sur les siennes.
1 Tous les albums de Maurane ont été produits par Polydor (Universal), sauf le premier, qui a été produit par Saravah et franc’amour.
Y a-t-il des circonstances qui te rendent stupide ?
Plein. À la télé, je me sens très con. Quand je n’ai pas de place, quand j’ai le sentiment de ne pas avoir la place pour les choses, je me sens très con ! Quand je me sens à l’étroit, je me sens très con. Quand par exemple, sur un plateau télé, je sais que j’ai une chanson à faire et qu’après, j’ai quinze secondes d’interview, si c’est en différé, je me sens très con parce que je sais qu’après, les choses que je pense sont forcément coupées en mille morceaux. Quand on me coupe le sifflet, je me sens stupide. Ça rejoint l’histoire de l’indolence, je suis quelqu’un d’assez lent, je peux être vive d’esprit, par exemple au niveau de l’humour, mais sur un plateau de télé, quand tu sais que tu es regardée, tu as envie de réfléchir, de dire ce que tu penses intelligemment, tu as envie d’être concise. Je sais que quand je n’ai pas le temps et que les choses sont étroites, je perds pied, alors je me sens idiote.
Le fait qu’il ait de l’argent est-il déterminant pour toi ?
J’aimerais bien, un jour, vivre une relation équilibrée. J’ai toujours vécu avec des hommes qui n’avaient pas un sou, ce qui entretenait mon côté « macha ». Autant dire que j’ai toujours été une femme indépendante, une femme de tête, moi j’appelle ça une femme « couillue » (ce qui n’empêche pas d’être féminine).
Non, mon rêve n’est pas qu’un homme ait de l’argent. J’aime qu’un homme soit attentionné. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas d’argent qu’on ne l’est pas. Le risque est que ce déséquilibre crée une jalousie. Bien des hommes sont orgueilleux. Ils ont en eux le besoin d’être chef de famille, et de réussir professionnellement.
En tout cas, pour moi, l’argent n’est pas un critère. Je ne sélectionne pas un homme en fonction de l’état de son compte en banque. Je regarde le regard, je regarde l’âme, je regarde les mains, je regarde la bouche, je regarde la voix.
Que veut dire le mot « noblesse » pour toi ?
Parlons de noblesse des sentiments, alors.
La noblesse au sens propre, autrement dit les rois, reines, comtes, ça ne m’émeut pas tellement. Je ne suis pas tellement attachée au mot « noblesse ».
Mais, noblesse de cœur, noblesse des sentiments, noblesse d’âme, ça rejoint certaines envies d’éthique, de pureté, de grandeur, ça veut dire quelque chose. Quand on prend ce sens-là du mot, c’est important et ça me parle.
La noblesse des sentiments, c’est la pureté, la grandeur des sentiments, les sentiments qui vont au bout des sentiments et les sentiments qui respectent les sentiments. C’est vaste, il y a beaucoup de choses à dire, mais noblesse en amour, en amitié, noblesse de cœur, c’est de l’ordre de la grandeur, ça me parle d’espace. Je mettrais des choses essentielles, tout de beau, tout de bon, tout de qui fait du bien.
Pour t’aider à devenir meilleure, qu’aimerais-tu qu’il te soit donné ?
La raison. Je ne suis pas très raisonnable, je suis raisonnable par moments mais c’est très irrégulier, très inégal. Je crois que quand on est raisonnable, on fait parfois les choses mieux. C’est une question de dosage.
Moi je suis trop excessive pour doser. J’agis même souvent dans l’excès et ça ne me rend pas forcément meilleure, au contraire, ça peut créer des conflits. Je ne réfléchis pas toujours avant de dire les choses, je suis assez « soupe au lait », assez sanguine.
Les gens qui sont en face de moi ont parfois l’impression que je suis dure, selon certaines de mes réactions. En avançant, je me pose beaucoup de questions, j’essaie de « travailler » là-dessus mais au quotidien, ce n’est pas facile. J’ai des idéaux dans les grandes lignes mais ici et maintenant, ce n’est pas toujours évident. J’aimerais être bonne mais, par moments, je peux être violente. Il me manque une certaine dose de raison pour être meilleure et encore quelques années d’expérience.
— Être tout le temps dans la raison n’empêche-t-il pas la créativité ?
C’est bien pour ça que je ne suis pas toujours à la hauteur de cette envie de raison. C’est une envie de fond. Je sais bien que ce n’est pas moi, car effectivement on ne peut pas être très créatif quand on est formaté dans la raison.
Ce n’est pas toujours vrai parce qu’il y a des grands philosophes qui sont tout le temps dans la raison (ils en ont l’air en tout cas, mais va savoir !) qui sont très créatifs et qui écrivent des choses à ce sujet, les font partager à beaucoup de gens.
C’est peut-être plus de la sagesse. C’est de la bonté. Il est impossible d’avoir des gens sages qui ne sont pas bons ou alors c’est qu’ils ne sont pas sages.
Enfin, en gros, je n’y suis pas. Je ne suis pas encore dans la sagesse, mais il y a des moments où je me surprends à être plus raisonnable qu’avant. Il y a des pas, des petits pas. Ce que je ressens n’est pas du tout scolaire, je ne crois pas être cadrée quand je dis ça, je pense surtout à avancer et à m’aimer plus et à aimer mieux autour de moi, et j’ai du chemin encore. Plus tu t’aimes, plus tu as confiance en toi et tu te respectes, plus tu respectes les autres.
Et moi je n’ai toujours pas confiance en moi, j’aspire à cet état mais je n’y suis pas, j’y pense et j’y travaille.
As-tu déjà vu un spectacle de chippendales ?
Non, je n’aime pas du tout ça. Je ne suis pas du tout attirée par ce genre de mecs qui titillent du cul, de « messieurs muscles » qui dansent. Ni au masculin ni au féminin. Ça me met plutôt mal à l’aise, je ne ressens pas de plaisir, ça me gêne plutôt. Vive l’intimité ! Et puis les filles sont hystériques, avec les chippendales, je trouve ça superficiel.
Faut-il être courageux pour être heureux ? Pourquoi ?
Il y a des périodes où ça demande en effet du courage d’être heureux, surtout quand tu as l’impression de faire tout pour y arriver et que tu pédales quand même. Et puis tout à coup, tu te sens bien, en paix avec toi-même et avec les autres, ça te tombe tout cuit dans la bouche, ça semble couler de source que tu le sois, mais c’est de la chance. À d’autres moments, c’est comme le feu, comme l’amitié, comme l’amour, ça s’entretient, il faut mettre des bûches, travailler, forger. C’est un job, le bonheur.
Que t’interdis-tu de faire ?
Je m’interdis de ne pas être sincère. Je préfère être maladroite et pas diplomate que de ne pas dire les choses. Je déteste l’hypocrisie donc je m’interdis d’être hypocrite, ce qui n’est pas toujours facile parce qu’on vit tous des situations au cours desquelles on peut rencontrer des personnes qu’on n’aime pas forcément mais à qui on n’en veut pas forcément non plus.
C’est difficile, les relations humaines, surtout quand on ne connaît pas les gens, ou pas bien, et qu’on n’a pas envie de leur faire du mal. On vit tous l’hypocrisie, on le ressent tous de la part de certaines personnes et on est forcément hypocrite avec certaines personnes.
S’il y a une chose que je voudrais m’interdire, c’est ça. Pour moi, c’est presque une chose éthique, la franchise et la sincérité. Je ne peux pas faire autrement. Quand je ne suis pas sincère avec quelqu’un, j’y pense et j’y repense, et je m’en veux. Ça, je me l’interdis.
Quand je dis sensualité, à quelle partie du corps de l’autre penses-tu ?
Je regarde beaucoup les mains… C’est ce qui m’attire en premier.
