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N’oublie pas que tout esprit est façonné par les expériences les plus banales. Dire qu’un fait est banal, c’est dire qu’il est de ceux qui ont le plus concouru à la formation de tes idées essentielles. Il entre dans la composition de ta substance mentale plus de 99 % d’images et d’impressions sans valeur. Et ajoute que les vues étranges, les pensées neuves et singulières tirent tout leur prix de ce vulgaire fond qui les fait remarquer.
L’origine de la « raison », ou de la notion de raison, est peut-être la transaction. Il faut bien transiger, tantôt avec la « Logique » ; tantôt avec l’impulsion ou l’intuition ; tantôt avec les faits. Essaie donc, toutes les fois que ce mot Raison te vient, ou de toi ou des autres, de le remplacer par ce nom plus précis de « transaction ». Alors, plus de déesse…
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Veröffentlichungsjahr: 2026
Paul Valéry
MAUVAISES PENSÉES ET AUTRES
© 2026 Librorium Editions
ISBN : 9782387411266
N’oublie pas que tout esprit est façonné par les expériences les plus banales. Dire qu’un fait est banal, c’est dire qu’il est de ceux qui ont le plus concouru à la formation de tes idées essentielles. Il entre dans la composition de ta substance mentale plus de 99 % d’images et d’impressions sans valeur. Et ajoute que les vues étranges, les pensées neuves et singulières tirent tout leur prix de ce vulgaire fond qui les fait remarquer.
L’origine de la « raison », ou de la notion de raison, est peut-être la transaction. Il faut bien transiger, tantôt avec la « Logique » ; tantôt avec l’impulsion ou l’intuition ; tantôt avec les faits. Essaie donc, toutes les fois que ce mot Raison te vient, ou de toi ou des autres, de le remplacer par ce nom plus précis de « transaction ». Alors, plus de déesse…
Il y a en nous des certitudes inexplicables et des doutes sans causes : ce qui fait des mystiques et des philosophes. Puisque rien ne peut expliquer les unes ni justifier les autres, on est conduit à penser que sur un million d’hommes, doutes et certitudes sont distribués comme « au hasard »…
L’objet propre, unique et perpétuel de la pensée est : ce qui n’existe pas.
Ce qui n’est pas devant moi ; ce qui fut ; ce qui sera ; ce qui est possible ; ce qui est impossible.
Parfois cette pensée tend à réaliser, à monter au vrai ce qui n’est pas ; et parfois à faire faux ce qui est.
Chaque pensée est une exception à une règle générale qui est de ne pas penser.
La pensée n’est peut-être qu’une bizarrerie de la nature offerte à une espèce, comme elle fait ces bois de ruminants rares ou disparus que l’on voit dans les muséums : armes ou parures si curieusement étendues, bouclées ou spiralées, ou si rameuses qu’elles sont plus nuisibles encore qu’inutiles à l’animal qu’elles couronnent.
Pourquoi pas ? Pourquoi non ? Notre tête est chargée de questions et d’idées qui se prennent dans l’enchevêtrement de la forêt des faits, et nous retient embarrassés, orgueilleux de l’être, condamnés à bramer des poèmes et des hypothèses, – fiers et désespérés.
L’aiguillon de chaque vie intellectuelle est la conviction de l’échec, ou de l’avortement, ou de l’insuffisance des vies intellectuelles antérieures.
J’ai observé que parmi les partisans et les adversaires d’une thèse quelconque (qui s’unissent par là) la très grande majorité se compose de gens qui ne la connaissent vraiment pas.
J’ai remarqué aussi que ce qu’on nomme une « conviction » n’est que l’attitude énergique d’emprunt qu’exige la faible consistance propre d’une opinion. Toute la force que l’on met dans la forme – même intérieure – est l’indice de doutes volontairement réprimés.
Enfin, quand on dit d’une théorie « qu’elle peut se soutenir », n’est-ce pas dire qu’il lui faut que quelqu’un la soutienne ? D’elle-même, elle tombe, et laisse-la tomber.
Juge les esprits en observant où ils tendent. Certains qui se donnent pour grands ne conduisent leur homme qu’au vide. Si leurs pensées se développaient, elles se mourraient d’inanition.
Il faut comprendre que les idées n’ont de valeur que transitive. Une idée ne vaut que par l’espoir qu’elle excite et par les chances qu’elle apporte d’une plus grande perfection de notre être, qui réagira sur elle, et la portera elle-même à un état supérieur de simplicité, de richesse et d’espérance.
C’est pourquoi il ne faut pas faire de systèmes. Un système est un arrêt. C’est un renoncement. Car un arrêt sur une idée est un arrêt sur un plan incliné, un faux équilibre. Il n’est pas d’idée qui ait sa fin en elle-même et interdise ou absorbe tout développement ou toute réponse ultérieure. Cet arrêt sur un plan incliné est donc dû à quelque résistance passive. Par exemple, la grande satisfaction que l’on a d’avoir trouvé telle solution ou telle formule, et qui séduit à s’y tenir, à la fixer, à la rendre publique, est une résistance de ce genre, aussi bien que le serait la fatigue ou toute autre cause étrangère à la pensée qu’elle suspend.
Toute philosophie pourrait se réduire à rechercher laborieusement cela même que l’on sait naturellement.
Ou à ceci : Découvrir par méditations et confrontations que celui qui se voit au miroir et celui qu’il y voit ont quelques propriétés communes ou indivises.
Chercher si quelque chose peut avoir une importance plus grande que d’apporter plaisir ou douleur, aise ou gêne ?
Que tous les systèmes finissent par des mensonges, cela n’est pas douteux. Le contraire serait impossible et non naturel.
Quant à leurs commencements, on peut disputer sur la bonne foi.
FAUX PHILOSOPHES
Ceux qu’engendre l’enseignement de la philosophie, les programmes. Ils y apprennent les problèmes qu’ils n’eussent pas inventés et qu’ils ne ressentent pas. Et ils les apprennent tous !
Les vrais problèmes de vrais philosophes sont ceux qui tourmentent et gênent la vie. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne soient pas absurdes. Mais au moins naissent-ils en vie – et sont vrais comme des sensations.
Le premier mouvement des uns est de consulter les livres ;
Le premier mouvement des autres est de regarder les choses.
QUESTIONS DE L’ENFANT QU’EST LE PHILOSOPHE
La question du philosophe, une fois dépouillée des formes solennelles ou sévères, est toujours enfantine : qui interroge sans nécessité est enfant, perd la majesté du tigre résigné à être magnifiquement ce qu’il est, tel qu’il est, quel qu’il soit, ou la simplicité et impersonnalité du mouton dans son troupeau.
Tous les animaux étant réunis dans l’Homme, et l’Homme, comme construit par souscription de toute la Zoologie, avec quelques contributions de la Botanique et des Minéraux (dur, souple, etc.), il est ménagerie ; et il est de singes et de pies, mêlés de fauves, de moutons, etc…
En tant qu’interrogeant, il est animal curieux : ce qui se voit si charmant dans l’enfant de trois ans. Et il est facile de retrouver cet enfant dans le penseur, chez Pascal, par exemple.
Quant aux questions mêmes et aux « réponses », la table en serait instructive et divertissante à dresser.
Les sceptiques sont – doivent être – des politiques de la pensée.
Il y a une telle politique de la pensée, mélange de n’y point se fier complètement et toutefois de la mener jusqu’au fond.
Ni glisser, ni s’embourber.
Nier A, c’est montrer A derrière une grille.
« Penseurs. » Supposé que des penseurs servent à quelque chose, on pourrait les considérer comme des machines à effectuer le plus grand nombre possible de combinaisons idéales, soit sous forme de « définitions », soit de rapprochements que la pratique ne donne pas.
« Esprit de finesse », « esprit de géométrie », toutes les sottises qu’ont fait dire ces mots.
Cela a le vice de toutes les expressions auxquelles il faut commencer par donner un sens avant d’en considérer l’application. Mais alors, il est trop tard…
Davantage : pour que la comparaison des deux « esprits » ait elle-même un sens, il faut imaginer qu’ils fonctionnent entre un état initial et un état final supposés identiques. Il faut qu’ils aient un même objet de leur travail ; de mêmes impressions ou de mêmes notions sur lesquelles ils s’accordent au départ…
Sinon ce sont comme des animaux d’espèces toutes différentes : l’un vole, l’autre nage : ils ne voient pas les mêmes choses, ne se rencontreront jamais, ne peuvent que s’ignorer, et pas même s’exclure.
Obscur se fait nécessairement celui qui ressent très profondément les choses et qui se sent en union intime avec ces choses mêmes.
Car la clarté cesse à quelques coudées de la surface.
Ressentir très profondément la présence virtuelle, les connexions infimes, l’ensemble des possibilités du langage transforme la pensée de la pensée, impose à toute pensée qui vient, de tout autres libertés et de tout autres exigences que celles du traitement ordinaire des pensées.
Ainsi du véritable athlète : le moindre acte qu’il fasse, utile ou non, lui est un élément, un aspect, un problème auquel toute sa puissance d’organisation motrice peut s’intéresser et qu’elle peut changer ou réduire en exercice d’elle-même.
Mais il arrive que les tiers s’étonnent, se fâchent ou se rient devant l’apparence que prend l’apparence quand on l’assujettit à servir quelque profondeur.
La raison, la sagesse, la vérité, etc. sont des divinités populaires – d’utilité publique – les idoles de la conformité 1° aux choses ; 2° à l’opinion.
Il y a aussi des déités inférieures : la mode, le sens commun, le goût.
IL ÉTAIT UNE FOIS…
L’univers était un Tout, et avait un centre. Il n’y a plus ni Tout ni centre.
Mais on parle toujours d’Univers.
Tremblez, humains, au sujet de n’importe quel sujet. Songez que vous avez des opinions, des convictions, des idées nettes, – mais songez à tout ce à quoi vous n’avez jamais songé dans le domaine des choses mêmes auxquelles vous avez le plus réfléchi.
Craignez ce à quoi vous auriez pu penser, à quoi vous allez peut-être penser, et n’avez jamais pensé, et qui peut illuminer par le travers l’idée dont vous êtes captif, qui vous semble la seule et la bonne, et qui va se trouver naïve dans l’instant même.
Les conceptions plaisent par leur faux, car elles plaisent par la simplicité, la continuité, la nécessité, la symétrie, la surprise, toutes choses qui, étant trop ajustées à l’homme, trop humaines, l’homme les met où il peut.
Peut-être, faudrait-il connaître le « réel » à l’absence de ces caractères séduisants, à l’impossibilité de les introduire, à la révélation de la vanité ou de la naïveté de leur application ? Comprendre qu’une chose « comprise » est une chose falsifiée. Rien ne le montre mieux que les essais de comprendre effectués sur ce réel tout cru que nous offre la sensibilité pure : par exemple, les « explications » forgées pour la douleur. Et pourquoi six ou sept couleurs distinctes, et non plus ou moins ?
La plupart ignorent ce qui n’a pas de nom ; et la plupart croient à l’existence de tout ce qui a un nom.
Les choses les plus simples et les plus importantes n’ont pas toutes un nom. Quant à celles qui ne sont pas sensibles, une douzaine de mots vagues, comme idée, pensée, intelligence, nature, mémoire, hasard…, nous servent comme ils peuvent : ils engendrent aussi, ou entretiennent, une autre douzaine de problèmes qui n’en sont pas.
Conventions. Les unes font que ce qui n’existe pas existe, et les autres que ce qui existe n’existe pas. Mais les secondes plus rares et malaisées que les premières.
Ainsi est-il plus aisé d’accroître le monde extérieur, d’y adjoindre des êtres et des relations, que de le nier. Plus aisé de croire qu’il existe des choses au delà des murs de ma chambre que de nier ma chambre en fermant les yeux.
En certaines matières, plus un livre sur elles est limpide, et les expose-t-il selon des lignes simples – plus il est trompeur. Car ces qualités ne s’obtiennent qu’aux dépens de quelque chose. La physique théorique dit ce qu’elle sacrifie du réel immédiat. L’histoire ne peut le dire, et ne le sait pas au juste, – et n’en peut rien savoir.
Quant aux systèmes de philosophie, ils admettent, en général, comme données, un tas de notions que l’on voudrait au contraire qu’ils tinssent pour énigmes (du langage), et au moyen desquelles ils mettent en question les autres notions qui ne sont mystérieuses que par travail.
Par exemple, le mot SI, petite et immense conjonction.
L’Homme diffère de l’Animal par accès. Et ce sont des accès d’indétermination. Il pense alors : JE PENSE.
L’Animal, mis dans la situation critique, qui est celle où ses automatismes d’action sont en défaut, tend vers la pensée.
S’il hésite entre deux voies, le limier se retourne vers l’Homme. « PENSE »… semble-t-il lui dire, C’EST TON AFFAIRE.
L’œil parcourt les objets et les mots, plus ou moins chargé d’éveil et d’intelligence ; plus ou moins armé de sensibilité spirituelle ; rendant plus ou moins égales ou inégales les choses devant l’esprit ; plaçant accidentellement ici ou là un arrêt, un point d’interrogation… Et parfois, là même où jamais on n’avait jamais songé qu’il y eût arrêt possible, résistance, difficulté…
On peut imaginer que toute idée est pourvue d’une idée jointe qui la connote, – une fiche où son âge (d’évolution), sa relation à l’actuel, sa relation au réel, sa valeur d’usage, etc., sont plus ou moins inscrits – mais inscrits en un langage de la sensibilité et de l’acte.
Signes obligatoires, signes exécutoires, signes dilatoires, signes instantanés (comme ceux qui marquent la relation possible de l’idée avec l’état ou les besoins actuels).
Il y a des cases dans le cerveau, avec inscriptions :
À étudier au jour favorable. – À n’y penser jamais. – Inutile à approfondir. – Contenu non examiné. – Affaire sans issue. – Trésor connu et qui ne pourrait être attaqué que dans une seconde existence. – Urgent. – Dangereux. – Délicat. – Impossible. – Abandonné. – Réservé. – À d’autres ! – Mon fort. – Difficile, etc.
L’immense plupart de nos perceptions et pensées est sans conséquence. Celles qui comptent sont distinguées et tirées de l’ensemble ou par notre corps, ou par nos semblables. Notre rôle propre est des plus modestes.
L’absurde et son contraire participent des mêmes forces. La nature verse un quantum qu’il lui est indifférent que nous dépensions (ou qui se dépensât) en sottises ou en miracles d’intelligence.
Notre esprit est fait d’un désordre, plus un besoin de mettre en ordre.
DIXIT DOMINUS DOMINO MEO
Mon esprit pense à mon esprit qui est son égal – à son égal qui lui est essence. Son essence est différence du même au même.
Ce qui advient est esprit en tant que reçu par celui qui donne, absorbé par qui le produit, et subi par qui le cause.
On ne voit pas à quoi pourrait penser un dieu ?
Et si créer lui est peu de chose…
ESPRIT
Un homme a de l’esprit quand il manifeste une certaine indépendance à l’égard de l’attente commune. Il produit une surprise ; et une surprise qui le fait paraître sur le moment plus libre, plus rapide, plus perspicace que ses semblables. Ils demeurent étonnés et un peu scandalisés, comme le seraient une bande de quadrupèdes d’avoir vu s’envoler d’entre eux, et au-dessus des murs qu’ils croient les enfermer, l’un d’eux, qui était secrètement ailé.
Dieu sait à quelles opérations se livre « l’esprit » dans sa caverne ?
Tout se compose, se combine, se substitue, se compense, se mêle et démêle, et c’est l’Esprit.
La sagesse est la connaissance en tant qu’elle modère toutes choses, et particulièrement elle-même.
Elle appartient à un certain type d’hommes, dont le visage est remarquable par sa symétrie et par ses joues lisses.
Le Sage me dit enfin, après m’avoir parlé trente heures de suite et instruit de tout ce qu’il faut savoir :
« Je te résume la doctrine. Elle tient en deux préceptes : « Toutes choses différentes sont identiques.
» Toutes choses identiques sont différentes. »
» Va et viens entre ces deux propositions dans ton esprit, et tu verras, d’abord, qu’elles ne sont pas contradictoires ; ensuite, que la pensée ne peut former que l’une ou l’autre et se mouvoir que de l’une à l’autre. Il y a un temps pour l’une et un temps pour l’autre, et qui pense l’une pensera l’autre. C’est tout. »
« Esprit fort » et « libre pensée » sont devenus des quolibets.
Je réfléchis…
Est-ce là chose bien différente de cette pratique qui consistait (et consiste toujours) à consulter les « esprits » ?
Attendre devant une table, un jeu de cartes, une idole, ou une dormante et gémissante pythie, ou bien devant ce qu’on nomme « soi-même »…
Parfois la sottise, parfois la puissance de l’esprit, s’obstine contre le fait.
« L’esprit » fait quelque chose de rien, et fait de quelque chose, rien.
Il ajoute et retranche de l’existence. Ce qui lui est le plus difficile est de s’abstenir.
Continuer, poursuivre quelque chose, c’est lutter contre tout.
L’univers fait tout ce qu’il peut pour empêcher une malheureuse idée d’arriver à son terme.
Il faut, en quelque manière, honorer, considérer les difficultés qui se présentent.
Une difficulté est une lumière. Une difficulté insurmontable est un soleil.
Tous les esprits fonctionnent entre démence et imbécillité (valeurs illusoires et valeurs faibles), et chacun, dans les vingt-quatre heures, frôle ces extrêmes.
Il faut apprendre à ne pas croire notre pensée parce qu’elle est notre pensée.
Il faut, au contraire, la contenir et la traiter avec une défiance majeure, parce qu’elle est notre pensée.
« Notre » – est-ce bien clair ?
Notre, c’est qu’elle nous vient par une voie que l’on éclaire et que l’on garde difficilement, la plus obscure des voies.
Notre, c’est-à-dire liée à quelqu’un qui ose tout, se permet tout avec nous, sous prétexte qu’il est en nous.
Le persécuté qui explique ses voix par la présence de ses ennemis dans une galerie qu’ils creusent sous ses pas ;
L’assoiffé qui a des hallucinations de boissons ;
Le primitif qui explique l’éclipse par un monstre ennemi du soleil – vont par le plus court. Ainsi le rêveur, et ainsi tout homme dans un premier moment.
L’invention immédiate est un plus court chemin, si compliquée soit-elle ; et elle est un premier temps de l’esprit. Elle ne lui coûte rien.
C’est pourquoi « Au commencement était la Fable », ce qu’il faut entendre ainsi : On appelle Fable tout commencement : origines, cosmogonies, mythologies…
Rien de plus remarquable que la naïveté et le peu de variété dont témoignent les divers systèmes qui nous enseignent ou la formation du « monde » ou la production de la vie. Un tableau des quelques combinaisons imaginatives très anciennes ou récentes qui prétendent nous instruire de ce qui s’est passé avant toutes choses serait à faire : on y verrait le travail ingénu du Pourquoi et du Comment, et la manière dont ces instruments tout humains font sortir de l’esprit des hommes des réponses et des solutions qui ne sont que des compléments à ces manœuvres de l’incomplet, – et rien de plus.
— Et c’est ainsi que TOUT S’EXPLIQUE…
Ah ! si tu pouvais distinguer toutes les bêtises qui dans un esprit finissent par faire de très belles choses et toutes les belles choses qui entrent dans la composition de telle bêtise ou de telle autre !
Cette absurdité que vous dites, ami, est pour vous, sans doute, une évidence lumineuse. Votre esprit librement suit le cours de ces mots qui dispensent de fatigue. Vous avez confiance, je crains, dans la facilité de ces raisons qui parlent si vite et si bien à la place même de votre pensée, et vous prenez de votre bouche ce qu’elle vient de dire et de vous apprendre, pour le répéter avec la force toute fraîche de votre émerveillement de vous-même.
