Médiathèque 2 - Ken Bruno - E-Book

Médiathèque 2 E-Book

Ken Bruno

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Beschreibung

En 2007, le monde découvrait Afro Samurai, un anime mettant en scène Afro, un samouraï noir assoiffé de vengeance après que son père a été exécuté sous ses yeux. Fruit d’une collaboration mêlant savoir-faire japonais et américain, cette oeuvre est une production démesurée, invitant des acteurs prestigieux tels que Samuel L. Jackson et Ron Perlman au doublage. En visionnant les cinq épisodes qui composent l’anime, rien ne laisse croire qu’Afro est né plus de dix ans auparavant, dans l’esprit d’un timide adolescent japonais au futur incertain. Cet homme s’appelle Takashi Okazaki, et son parcours est ponctué d’heureux coups du destin. D’un acte innocent, celui de dessiner son amour pour des cultures plus ou moins lointaines en les mélangeant, découla une succession d’événements ayant radicalement changé le cours de sa vie ; au point de voir son oeuvre lui échapper quelque peu. À travers l’histoire d’un fan devenu créateur, cet ouvrage a pour but de comprendre comment et pourquoi Afro Samurai est resté dans les mémoires, bien des années après la fin des aventures de son protagoniste.

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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Couverture

Page de titre

Avant-propos

En 2007, le monde découvrait Afro Samurai, un anime mettant en scène Afro, un samouraï noir assoiffé de vengeance après que son père a été exécuté sous ses yeux. Fruit d’une collaboration mêlant savoir-faire japonais et américain, cette œuvre est une production démesurée, invitant des acteurs prestigieux tels que Samuel L. Jackson et Ron Perlman au doublage. En visionnant les cinq épisodes qui composent l’anime, rien ne laisse croire qu’Afro est né plus de dix ans auparavant, dans l’esprit d’un timide adolescent japonais au futur incertain.

Cet homme s’appelle Takashi Okazaki, et son parcours est ponctué d’heureux coups du destin. D’un acte innocent, celui de dessiner son amour pour des cultures plus ou moins lointaines en les mélangeant, découla une succession d’événements ayant radicalement changé le cours de sa vie ; au point de voir son œuvre lui échapper quelque peu. À travers l’histoire d’un fan devenu créateur, cet ouvrage a pour but de comprendre comment et pourquoi Afro Samurai est resté dans les mémoires, bien des années après la fin des aventures de son protagoniste.

L’auteur : Ken Bruno

Assistant d’édition la semaine et auteur le week-end, Ken s’est vu nommé ainsi du fait d’un père fan de Ken le Survivant. Passionné par le Japon depuis le berceau, il passe la majeure partie de son enfance à consommer jeux vidéo et anime de façon compulsive, au point que ces derniers représentent aujourd’hui ses seuls sujets de conversation. En 2015, il cofonde merugezu, blog traitant de jeu vidéo où il y anime, entre autres, l’émission « La Biobiothèque », qui retrace à chaque épisode la carrière d’un grand nom de l’industrie. C’est en réalisant cette émission qu’il se découvre une passion pour les connexions liant les œuvres culturelles entre elles.

Chapitre premier – Création

Un destin tracé au gré du vent

Les histoires les plus palpitantes sont celles rythmées par d’heureux hasards, le plus beau d’entre eux restant la vie elle-même ; de l’improbable naissance d’un individu découle une suite d’événements tout aussi peu probables. Le premier heureux hasard de cette histoire a lieu le 18 mars 1974 dans la préfecture de Kanagawa au Japon et concerne un certain Takashi Okazaki, que l’on nommera parfois Bob, car c’est ainsi qu’il aime se faire appeler. Si son enfance demeure une zone assez opaque de sa vie, il confie malgré tout avoir été plongé très tôt dans la culture de la voie du sabre. À la fin des années 1970, son père, fan inconditionnel de jidai-geki, invite régulièrement son fils à contempler avec lui ces fenêtres fictives du passé, où les samouraïs occupaient une place centrale dans la vie du pays. Présents depuis l’avènement du cinéma japonais, le jidai-geki et son sous-genre le chanbara ont connu un boom important dans les années 1960, propulsés entre autres par les films d’Akira Kurosawa ayant pour théâtre cette période fantasmée qu’est l’ère d’Edo. Voyant leur fils réceptif à ces combats de sabre, les parents de Takashi poussent alors ce dernier vers le kendo1, une forme moderne du kenjutsu qui enseigne la pratique du sabre telle qu’elle fut développée par les samouraïs. Comme tout art martial, il répond non seulement à des exigences physiques, mais aussi spirituelles, dont le bushido, le code d’honneur des samouraïs. Takashi garde de cette époque des souvenirs douloureux, allant jusqu’à avouer avoir détesté l’expérience. Sur le plan symbolique néanmoins, le kendo laissera une trace indélébile dans son inconscient.

Takashi est un enfant très curieux. Irrassasiable, il n’arrive pas à se satisfaire de ce que son pays lui offre culturellement parlant, et explore très vite d’autres horizons. Adolescent, il tombe inopinément sur un tome de Batman : Année Un de Frank Miller et David Mazzucchelli publiés en 1987, et bien qu’il ne comprenne pas un mot d’anglais, ce trait typiquement américain l’attire, le passionne. En 1989, une autre expérience culturelle, elle aussi provenant des États-Unis, le marque profondément : Do the Right Thing de Spike Lee. Outre le réalisateur jouant le personnage principal, Mookie, le film met en scène des acteurs tels que Giancarlo Esposito, Martin Lawrence et Samuel L. Jackson. Il met en exergue les difficultés du vivre ensemble dans un ghetto de Brooklyn ; tout au long du film, le cadre nous place face à une bombe à retardement sociale, au premier abord désamorcée, mais émettant sporadiquement une faible lumière rouge laissant présager le pire. La détonation survient finalement dans le dernier quart d’heure, sans crier gare, et nous plonge sans peine dans des problématiques non résolues plusieurs décennies plus tard. Citoyen d’un pays où ces enjeux sociétaux ne sont guère plus que de la fiction, l’adolescent qu’est Takashi semble avoir très naturellement éludé ce que Spike Lee cherchait à exposer aux yeux du monde pour ne retenir qu’un seul et unique mot : « cool ». Il évoque dans plusieurs interviews le morceau Fight the Power de Public Enemy, pamphlet révolutionnaire hip-hop mettant en lumière la suffocation de la communauté afro-américaine et titre pivot de Do the Right Thing. Fight the Power amène Okazaki à se plonger à corps perdu dans le hip-hop, et par extension dans la culture noire. Il exploite alors la moindre occasion d’élargir ses horizons sur la question. Parmi elles, la fameuse émission américaine « Soul Train », dans laquelle des danseurs viennent brûler la piste sur fond de disco ou de funk. Équipé du satellite, Okazaki profite de rediffusions datant des années 1970 ; sa passion pour la culture afro-américaine n’a alors de cesse de grandir, au point qu’il se renseignera pour savoir s’il pourrait, lui aussi, arborer une coupe afro de façon naturelle.

Visiblement contrarié par ses gènes capillaires, Okazaki se met alors à dessiner de façon compulsive un personnage noir coiffé d’une afro et vêtu comme un samouraï, puis un autre, noir lui aussi, revêtant une tenue de ninja. À ce stade, il n’est pas question de publication. Okazaki griffonne ses personnages ici et là, leur construit un univers, mais vivre d’un quelconque art ne fait pas partie de ses projets. Du moins, s’il avait eu des projets ! Alors que ses camarades du lycée songent sérieusement à leur orientation, lui ne s’en préoccupe pas une seconde. C’est finalement son frère aîné, Dai Okazaki, étudiant à l’université des beaux-arts Tama, qui insiste auprès de Takashi pour qu’il tente le même cursus que lui, après avoir vu son cadet s’essayer au difficile art du pointillisme2. Peu inspiré quant à son avenir, Bob se laisse néanmoins tenter par l’idée. Après tout, pour lui qui passe le plus clair de son temps à dessiner et à peindre, l’art occupe déjà une grande partie de sa vie. Étonnamment, ce n’est pas le dessin qui le tente une fois à l’université Tama, mais la sculpture, un cursus qu’avait également choisi Dai avant lui. Sa passion pour un art si peu accessible montre toutefois ses limites lorsqu’il se retrouve face à un mur que le commun des mortels ne connaît que trop bien : les problèmes financiers. Non content d’avoir grande peine à vendre ses œuvres en trois dimensions, ces dernières nécessitent des matériaux bien plus coûteux que quelques feuilles et crayons. La solution pour éviter la banqueroute vient alors une nouvelle fois de son frère Dai, qui lui présente son cercle de jeunes artistes tokyoïtes. Parmi eux, un certain Imai Toonz3, un illustrateur étant lui aussi passé par l’université Tama. Alors que les deux frères peinent à vivre de leur art, celui-ci se targue d’avoir récemment empoché la rondelette somme d’un million de yens. Surpris d’entendre qu’il est possible de gagner autant d’argent en dessinant, Takashi décide, dans toute la spontanéité qu’on lui connaît, de laisser tomber la sculpture au profit de l’illustration, afin de pouvoir, lui aussi, vivre de l’art.

« We should buy a bar. »