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Si la période de confinement a été propice à l'écriture (et à la publication) de nombreux journaux, celle du déconfinement semble avoir eu moins d'échos en la matière. Pourtant, le lundi 11 mai, quand le coup de sifflet final a retenti et que la vie a repris dans notre beau pays, à l'inverse de la majorité des Français qui en ont semblé réjouis, je me suis sentie démunie. Perdue. Une nouvelle fois, les repères volaient en éclats. La montagne de changements me semblait insurmontable. Infranchissable. Il allait falloir réinventer et réapprivoiser le quotidien, adopter un autre modus vivendi, se réadapter à la vraie vie... Comment reprendre pied et confiance dans la réalité quand l'horizon semble totalement bouché ? Une fois de plus, l'écriture s'est imposée comme une aide indispensable et incontournable pour débroussailler et éclaircir la voie à emprunter. Jour après jour, je me suis donc appliquée à écrire et décrire le cheminement chaotique parsemé d'embûches, d'ennui(s), de tristesse, de peur(s), de doute(s), mais aussi de joies et d'espoirs qui ont saupoudré ma vie au cours de ces « mois d'après ». Pour maintenir l'équilibre par rapport au confinement lui-même, j'ai tenu ce journal de post-confinement (je préfère ce terme à déconfinement) pendant exactement cinquante- cinq jours. Nombre d'entre eux sont basiques, d'une consternante platitude et emplis d'un vide sidéral, voire abyssal. Mais la banalité, la fadeur et la vacuité font aussi (et surtout) partie de la vie... Il est temps de vous laisser découvrir le journal de bord de cette « palpitante » traversée mouvementée. Laissez-vous porter par les mots et les images que j'ai déposée au fil des méandres de ces deux mois incrustés au coeur d'une parenthèse de temps et de vie particulière.
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Seitenzahl: 100
Veröffentlichungsjahr: 2020
« C’est peut-être ça la vie : beaucoup de désespoir, mais aussi
quelques moments de beauté où le temps n’est plus le même.
Comme si les notes de musique faisaient une parenthèse dans le
temps, … un ailleurs ici-même, un toujours dans le jamais... »
Muriel Barbery - « L’élégance du hérisson » (2006) -
« Le temps est une parenthèse, une illusion,
un songe, et peut-être un mensonge. »
Jean d’Ormesson
- « C’est une chose étrange à la fin du monde » (2010) -
Prologue
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Annexe J48
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J54
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Épilogue
Peut-être vous interrogez-vous à propos des raisons qui m’ont poussée à écrire un tel journal. Ou peut-être pas. Qu’importe ! Je vais répondre à cette légitime question.
Nous avons été nombreux à tenir (et pour certains à publier) un journal de confinement. Mes « Pétales d’un printimps buissonnier »1 ont grossi l’amalgame des états d’âmes suscités par cette période exceptionnelle de l’Histoire de notre Humanité.
Le lundi 11 mai, dès que le coup de sifflet final du confinement a retenti, la vie a repris dans notre beau pays. Pratiquement tous les Français en ont semblé réjouis. Pas moi. À l’inverse de mes compatriotes, je me suis sentie démunie. Perdue. Une nouvelle fois, les repères volaient en éclats. La montagne de changements me semblait insurmontable. Infranchissable. L’épreuve inédite qui débutait me tétanisait. Il allait falloir réinventer et réapprivoiser le quotidien, adopter un autre modus vivendi, se réadapter à la « vraie » vie...
Comment reprendre pied dans la réalité et rester confiante quand vu de ma lucarne, l’horizon ressemblait à ça ? →
Photo Don Johnoghue
Une fois de plus, l’écriture s’est imposée comme une aide indispensable et incontournable pour débroussailler et éclaircir la voie à emprunter.
Jour après jour, je me suis appliquée à écrire et décrire le cheminement chaotique, parsemé d’embûches, d’ennui(s), de tristesse, de peur(s), de doute(s), mais aussi de joies et d’espoirs qui ont saupoudré ma vie au cours des « mois d’après ».
Pour maintenir l’équilibre par rapport au confinement lui-même, j’ai tenu ce journal de post-confinement (je préfère cette appellation plutôt que déconfinement) pendant exactement cinquante-cinq jours. Nombre d’entre eux sont basiques, d’une consternante platitude et emplis d’un vide sidéral, voire abyssal. Mais la banalité, la fadeur et la vacuité font aussi (et surtout) partie de la vie...
Il est temps de vous laisser découvrir le journal de bord de cette « palpitante » traversée mouvementée. Laissez-vous porter par les mots et les images que j’ai déposés au fil des méandres de ces deux mois d’une période charnière incrustée au cœur d’une singullière parenthèse de temps et de vie.
Au plaisir de vous croiser un jour en vrai, ou en plus vrai encore, au détour de mes mots.
Mimi (qui a encore abusé des parenthèses)
PS : Éloïse (ma nièce) va sûrement me gronder à cause de ma tendance addictive aux parenthèses.
1 Journal de confinement (mars - mai 2020) - Éditions BoD (juin 2020)
(11/05/2020)
Mots d’un lundi indécis. Peut-être sans suite ?
Je pense à vous. I miss you.
Telle une funambule sur un fil fragile, j’avance avec prudence. Mes premiers pas sur le chemin de cette nouvelle phase de vie sont flottants. Peur de vaciller et de trébucher. D’autant qu’il pleut des hallebardes et que l’ombrelle interne censée me servir de balancier part en quenouille : toile élimée, hérissée de baleines retournées, armature déstructurée... Si j’ajoute qu’un ruban boursouflé d’interrogations entortille mon esprit déjà bien (dé-)confit, imaginez la précarité de mon équilibre !
Hésitants, mes doigts tâtonnent avant d’effleurer les touches du clavier. Vais-je écrire une suite au journal de confinement ? Qu’ai-je à dire, à partager ?
Un temps suspendu inédit justifie de consigner des impressions, des ressentis, des états d’âme d’une vie entre parenthèses. Mais un temps qui reprend sa place ? En quoi cela présente-t-il un intérêt ? Je laisse la question cheminer. La réponse viendra en son temps, justement.
En attendant, je vais tenter de vivre du mieux possible ce jour d’après, que je préfère considérer comme le premier jour du reste de ma vie.
Je l’ai déjà dit, le ciel pleure aujourd’hui. Et si nous le consolions ? Vous m’accompagnez en chantant : « le lundi au soleil... » ?
Je vous envoie un bouquet de marguerites mouillées.
À demain. Peut-être. Ou pas.
Mimi (en standby)
Photo Michaela Kranich
(12/05/2020)
Mots du jour après le jour d’après... du lendemain, quoi !
Comme une impression de déjà-vu, ce mardi. Un ciel lumineux, une Nature pétillante, et un poids qui demeure... même si la vie a repris à l’extérieur.
Depuis hier, les coiffeurs croulent sous les coupes, les couleurs, les mèches et les brushings. Tondeuses et paires de ciseaux s’en donnent à cœur-joie.
Les enseignants, eux, s’arrachent les cheveux pour restructurer les salles de classes exiguës et mettre en place des rituels quasi inapplicables. Bienvenue à « Coronaland », les enfants !
Les commerçants sourient sous leurs masques. Ils peuvent enfin accueillir quelques timides clients téméraires, prêts à tout pour relancer l’économie et se délester des leurs. Car le confinement aura eu, entre autres vertus, celle de l’épargne forcée.
Dans les gares et les métros parisiens, c’est évidemment la « foule ». Peut-être pas celle des grands jours, mais les usagers sont bien trop nombreux pour pouvoir respecter les nouvelles normes de distanciation. Mais ils espéraient quoi ces « rigolos » de décideurs qui se déplacent confortablement dans leurs voitures de fonction avec chauffeur ? Comment imaginer que par enchantement, les voyageurs allaient se faire des courbettes et se tenir à un mètre les uns des autres ? Hé, faut pas rêver, les gars ! Les bisounours n’existent pas dans la vraie vie !
Je pourrais continuer la liste de ce qui a « changé » depuis hier. Mais j’en oublierais et ce serait sûrement lassant l’énumération navrante des us et coutumes d’un mode de vie nouvelle mode...
Cela dit, il ne faudrait pas « oublier » Coronus ! Vous savez le méchant virus à l’origine du charivari qui ébranle la Planète depuis des mois. Lui, n’a pas changé ses habitudes depuis hier. « Toujours prêt ! », selon la devise des Boy Scouts, il se pourlèche les babines en nous revoyant si nombreux dans les lieux publics...
En ce qui me concerne, la vie continue confinée. Une vie surtout con, je dois le reconnaître. Désolée pour la trivialité. En effet, hier n’a rien modifié dans mon existence. J’avance toujours à tout petits pas sur le fil embrumé d’un quotidien sans horizon. Pour l’instant, je ne me hasarde pas à sortir de ma zone de confort. Affronter la ville et la vie ? J’ai bien trop peur des autres. Pourtant, il faudra bien un jour...
En attendant, je vais vaquer à mes innombrables occupations. Rires un peu jaunes.
Cet après-midi, à la télé, il y a un film d’un certain Jean Renoir. « La bête humaine » de 1938... Quatre-vingt-deux ans, le film ! C’est déprimant.
Allez, haut-les-cœurs, Mimi ! Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Et vice-versa. Je vous embrasse.
Mimi (mi-bah, mi-bof)
(13/05/2020)
Mots ratatinés d'un mercredi un chouya rikiki.
Je vous aime quand même.
Bouh ! Il y a du vent, le ciel s’est enveloppé d’un voile tristounet, la température a chuté. En clair, il fait moche. Si quelques touches de pluie venaient à compléter le tableau, il ferait alors vraiment très, très, très moche.
Pelotonnée au creux de mon cocon, j’observe le temps (dans tous les sens du terme) qui passe. Un peu comme une vache ressasse et rêvasse en regardant passer les trains.
Mais ce matin, les wagons défilent sans entrain. Sans doute est-ce un effet de bord du déconfinement ? Je me sens si lasse de vivre en marge de la vraie vie...
Photo Abigail Resident
Je m’efforce de garder le cap en donnant le change. Mais mon calme apparent n’est qu’une façade qui masque le bouillonnement intérieur. Et ce matin, la coquille dans laquelle je me recroqueville menace d’exploser.
Le désordre qui règne dans ma tête a l’allure d’un puzzle en vrac sur un étal de souk. Les réflexions se télescopent. Les idées s’enchevêtrent. Les pensées fusent tous azimuts. Les ruminations s’éparpillent. Les obsessions tournillent. Les images jouent à cache-cache et les mots au yoyo. Je noircis l’écran de lettres que j’efface aussitôt. Puis, je ré-écris avant de supprimer et ré-ré-ecrire. Coupes, copies et collages se succèdent en joyeux bazar.
Je crois qu’il est temps de faire une pause. Histoire d'apaiser la micro-tornade intérieure de ce mercredi étréci.
Gageons qu'en remontant les bretelles de mon moral logé dans les chaussettes, je pourrai parer le reste de la journée d'une tenue plus fun.
Je vous laisse en vous envoyant une bise déconfinée à souhait.
Mimi (en proie au syndrome de la casa)
PS : Confinement ou déconfinement, même combat ! Rien de neuf depuis lundi sauf la coupe de cheveux de Gilles2 qui a déjà repris le golf...
2 Gilles est mon mari.
(14/05/2020)
Mots d’un jeudi a priori très ordinaire. Sans plus, ni moins. Un neutre, en somme.
Je vous enlace dans mes mots sans polarité.
Comme une cerise confite tombée au fond du cake, je me sens encore un peu écrasée aujourd’hui. Est-ce un reliquat de la mini-tornade qui a tourbillonné hier matin au cœur de ma tête avant de s’évaporer dans l’après-midi ? Possible. Mais, je ne vais pas m’appesantir sur les fluctuations d’une humeur qui a tendance à faire sa diva façon Caliméro. Faudrait que je songe à consulter un dentiste pour limer les dents de scie de ce foutu moral sinusoïdal !
En attendant, aujourd’hui, c’est Mirna (ma psy) qui va prendre soin de mon âme. Par vidéo interposée, car pour l’instant, la peur de sortir l’emporte sur le reste (un effet du syndrome de la cabane). Après presque quatre mois de thérapie, je vais mieux, c’est une évidence. Mais je peine encore à me sentir bien. Les derniers degrés de liberté émotionnelle sont les plus difficiles à grappiller... Qui a dit que le mieux était l’ennemi du bien ? Pfff !
Sinon, ce jeudi a endossé une parure de ciel clair saupoudré de nuées d’écume laiteuse. Ce matin, le train-train du quotidien est parti sur des chapeaux de roues plutôt mous. Depuis, ça roule sans à-coups.
Perchée sur la tourelle de la locomotive, sœur Âme scrute l’horizon dans l’espoir d’apercevoir ne serait-ce qu’un caillou, un chou, un joujou ou un bijou... Mais l’horizon reste désespérément plat et désertique. Il semblerait que cette journée s’inscrive dans la lignée d’une assommante lissitude. Monochrome. Monocorde. Monolithique... Bref, monochiante.
Force est de constater que je n’ai pas grand-chose à écrire ce matin. Mes mots sont oiseux, oisifs, errants, erratiques, pathétiques, mous de la consonne et de la voyelle. Ils remplissent seulement le vide. Du moins, ils essaient.
Ces premiers jours de déconfinement sont réellement laborieux. Les repères ne sont pas clairs.
Mais je ne vais m’étendre davantage. Je vous fais grâce du tissu d’inepties que je pourrais encore dérouler et dont vous êtes probablement déjà las.
Je vous envoie une pensée toute jolie extirpée du mouvement brownien de mes neurones esquichés.
À demain, si vous le voulez bien.
Mimi (dans un entre-deux indéfinissable)
PS : Juste pour les initiés, les mots écrits et envoyés hier soir à D.3 m’ont inexplicablement apaisée.
3 D. désigne la personne-tsunami qui m’a dévastée début 2020.
(15/05/2020)
Alternance de mots yin et yang. Dualité assumée pour un vendredi aux contours imprécis.
Bises entre veille et sommeil.
