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Secrétaire pour Jules Renoir, j’ai toujours été exemplaire et au bout de sept ans de bons et loyaux services, je me qualifie d’indispensable à sa routine très précise.
Sans mentir, je le connais par cœur !
Ou je pensais le connaître par cœur… Parce qu’un seul SMS coquin avec une erreur de destinataire et me voilà face à un autre homme.
Cet homme, presque trop réservé, fiancé et proche du mariage serait-il un simple infidèle comme tant d’autres ou un être qui se range pour faire plaisir à sa riche famille et assurer ainsi une image « de perfection » ? Je n’en sais rien et je ne compte pas tout bouleverser. Juste en profiter, me soumettre et savourer !
En tous cas, c’est mon idée de départ.
À PROPOS DE L'AUTRICE
Amélie Moigne est une auteure française spécialisée dans la littérature érotique. Se décrivant comme une plume libre, elle écrit avec passion des récits sensuels et audacieux qui explorent les désirs inavoués et les relations interdites. Elle s’est rapidement imposée dans le monde de la romance érotique avec des histoires captivantes où la sensualité et l’intensité des émotions sont au cœur de l’intrigue. Son talent lui a permis de rencontrer un large succès auprès de ses lecteurs. Parmi ses œuvres les plus marquantes, on retrouve « Soumise à mon employeur et ses neveux », un best-seller numéro 1 sur Amazon, qui met en scène une cheffe privée engagée par une famille de riches Américains pour un été au Verdon, où elle découvre des plaisirs inattendus. Amélie Moigne publie principalement aux éditions Ô Plaisir, une maison d’édition spécialisée dans la littérature érotique. Elle continue d’écrire avec passion, offrant à ses lecteurs des récits toujours plus sulfureux et addictifs.
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Seitenzahl: 255
Veröffentlichungsjahr: 2026
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— ♪ Je ne pense qu’à toi, tes paroles je les bois…♪
En culotte et soutif, je me dandine, musique à fond, dans mon appartement. Il est presque 8 heures du matin. Comme tous les jeudis, je ne commence qu’à 10 heures et je ne dérange aucun voisin puisqu’ils sont déjà tous partis bosser.
Le cabinet notarial pour lequel je travaille ouvre plus tardivement aujourd’hui, mon boss, Maître Jules Renoir, a une partie de squash. Un sport chiant qu’il pratique avec son père. Il va arriver au bureau à 9 h 52, j’ai encore largement le temps de finir de me préparer pour filer.
L’étude notariale n’est qu’à quinze minutes à pied de mon domicile, donc j’y serai amplement en avance pour accueillir mon patron et tout mettre en place pour ne pas casser sa petite routine.
C’est que Maître Renoir n’est pas du genre à apprécier les imprévus, les aléas et tout le reste.
Il a un léger côté coincé du cul, mais je n’ai jamais eu à subir ses foudres, car je n’ai jamais merdé.
Je me la pète un peu, je sais !
En même temps, dans la vie quand on gère bien une chose, pourquoi être modeste ? Je suis une secrétaire hors pair, indispensable, qui permet de faire tout tourner parfaitement.
Sans moi, Maître Renoir est paumé.
– ♪ T’es mon soda pop, mon petit soda pop ! ♪
Je suis entrée à son service à la sortie de mon BTS, j’avais 21 ans. Je n’étais pas pistonnée, je me suis présentée à un entretien d’embauche organisé par le père et le fils. À cette époque, ils bossaient encore ensemble, Maître Renoir père prendrait sa retraite un an plus tard.
J’ai débarqué au cabinet, ainsi que douze autres recrues et au lieu de me poser sagement avec les différentes potentielles, je me suis retrouvée à aider celle qui allait quitter le poste que je visais.
Micheline Martin allait sur ses 70 ans, elle ne voulait pas lâcher sa précieuse organisation qu’elle tenait à bras le corps depuis… bah ses 22 ans. Elle était tellement incomparable pour l’étude que personne n’aurait pu reprendre sa place sans son aval. Et la dame n’était pas commode.
En même temps, elle officiait pour la troisième génération des Renoir ! Une femme forte, sévère et putain d’exigeante. Elle me faisait penser à une de mes vieilles tantines qui avaient connu la guerre et gérait le bar de son mari face à ses « salops » d’Allemands, comme elle le disait. Une vraie force de la nature, qui ne supportait pas un instant les bonnes à rien.
Vous savez comment j’ai sorti mon épingle du jeu ?
J’ai répondu au téléphone… tout simplement. C’était quitte ou double. Micheline était occupée à faire le point avec ces Messieurs, je me suis donc permise et j’ai été parfaite.
J’ai mis le nez dans les dossiers, pris le rendez-vous vital d’un riche homme d’affaires de la région, prévu de le glisser dans un emploi du temps surchargé et quand j’ai annoncé cela… et bien Micheline m’a posé mille questions.
Elle m’a demandé comment j’agirai dans des situations retords, m’a présenté des problèmes saugrenus et j’ai répondu sans m’angoisser. Sous le regard des deux patrons qui me toisaient. Autant le père était sévère, autant le fils me paraissait intransigeant.
J’ai été rappelée le lendemain et j’ai commencé à bosser pour eux. Depuis, ça fait sept ans que j’officie pour la prestigieuse Étude de Maître Renoir, à Aix-en-Provence. Six où je suis l’épine dorsale du cabinet…
La chanson se termine, mettant fin à mes vocalises de fan du film Netflix. Je peaufine mon maquillage, me dandinant sur l’air resté dans ma tête et une fois satisfaite, je me décide à finir de m’habiller.
Face à mon miroir, dans ma chambre, ma lingerie écarlate sublime idéalement ma peau pâle. J’aime mes formes, même si elles ne sont pas parfaites. J’ai une petite poitrine et une taille un peu marquée, des hanches chaloupées et quelques reliquats de vergetures de mes années d’adolescence.
Entre nous, je les affectionne, mes minis sillons de chair, ils cajolent mon ventre, un rien le haut de mes cuisses et ne m’empêchent pas de me trouver bandante…
D’ailleurs.
J’attrape mon téléphone, adopte une position suggestive, et m’offre une photo coquine. Je la vérifie, par acquit de conscience, et l’envoie rapidement à mon plan cul du moment avant de filer.
Avec mes bêtises, c’est que je risque de prendre du retard sur mon planning rigoureux !
Ce serait totalement inadmissible !
Je remonte la rue aux façades claires, celle où les plaques dorées alignent les noms d’avocats, de médecins esthétiques et de spécialistes en tous genres. Devant la lourde porte en bois de l’immeuble, je sors mon trousseau, d’habitude trop bruyant dans le silence du matin. À cette heure, il ne trahit pas tant que ça la paix de la cité. La plaque « Maître Jules Renoir, notaire » accroche déjà la lumière. Sobre. À sa place. Impeccable, comme lui.
J’ouvre. L’odeur de pierre froide et de cire m’enveloppe aussitôt. Le couloir résonne légèrement sous mes pas, quelques marches usées, puis la cour intérieure se dévoile : pavés, murs couleur miel, persiennes pâles, deux oliviers en pot. C’est calme, presque irréel, comme un décor figé.
La porte du cabinet est au fond, à gauche. Je tourne la clé, le verrou claque, et l’univers change.
Dedans, je retrouve ce contraste que j’adore : la vieille architecture, et la patte moderne de Maître Renoir.
Plafonds hauts, moulures, parquet ancien… et au milieu, des lignes nettes, un mobilier contemporain, rien qui dépasse. Le bureau d’accueil m’attend, en bois clair, parfaitement rangé. L’ordinateur est là, écran noir, posé comme un dossier encore en suspens.
Je mets mes affaires dans le placard prévu à cet effet, il ne faut pas que quoi que ce soit traîne. J’allume le P.C, laisse les premiers mails s’afficher, puis je file vers la petite pièce que les clients ne voient jamais : la cuisine.
C’est notre coulisse. Une porte discrète derrière mon poste, un mini couloir, et je me glisse dans un espace compact, mais parfaitement optimisé. Plan de travail clair, machine à café automatique, bouilloire, évier inox, placards intégrés. Dans les tiroirs, tout est rangé comme j’aime : capsules par intensité, sachets de thé en boite, sucre en sticks, serviettes pliées au carré. Sur l’étagère, les verres et les tasses s’alignent tels des figurants prêts à entrer en scène.
J’allume la machine. Le ronronnement se lance pendant que je vérifie les bouteilles d’eau à remettre au frigo.
J’attrape deux tasses blanches : celle de mon patron a une anse noire, la mienne est violine. Pendant que le café coule, je jette un œil à l’agenda sur ma tablette, encore une fois : trois rendez-vous ce matin. Un compromis de vente, une donation familiale qui s’annonce sportive, et un dossier de succession où tout le monde promet d’être « cordial », ce qui veut généralement dire l’inverse.
Le café fini, je reviens côté accueil. Je pose ma tasse à ma place, celle du notaire sur le plateau habituel, avec un verre d’eau à côté. Il le boit une fois sur dix, mais il aime savoir qu’il est là.
Je suis le couloir qui part à droite de mon bureau et parviens à la salle d’attente. Des fauteuils confortables, une table basse, quelques magazines récents, une photo en noir et blanc d’Aix sous la pluie au mur. Je replace une revue, redresse légèrement le dossier d’un fauteuil, tire les rideaux pour laisser entrer la lumière.
Je reviens sur mes pas, traverse un autre couloir et je pousse la porte qui mène à l’office du notaire.
La pièce est déjà baignée par la lueur du matin. Les grandes fenêtres aux volets blancs permettent une clarté douce. Le bureau est dégagé, l’écran en veille, les stylos alignés, quelques dossiers formant des piles parfaites. Plus loin, la table de signature attend, nue, avec son sous-main en cuir et deux stylos plumes prêts pour le prochain « moment solennel ».
Sur le mur, les étagères modernes supportent les codes annotés, les classeurs, quelques documents encadrés. Au milieu, la photo en noir et blanc de son grand-père notaire me regarde comme chaque matin, histoire de vérifier si tout est en ordre. Je pose le plateau sur la console latérale, ouvre les volets pour laisser l’air frais s’infiltrer, respire une seconde, referme.
Je prépare la pièce pour la première signature sans même y penser : j’amènerai l’eau et les verres plus tard, les dossiers au bon endroit, les stylos testés, la chaise de Maître Renoir légèrement reculée prête pour son entrée comme si tout s’était organisé tout seul.
Quand je reviens à mon poste, le cabinet est « prêt ». De l’extérieur, on voit une Étude installée dans un vieil immeuble chic d’Aix, moderne, maîtrisée, parfaitement à sa place dans le quartier. De l’intérieur, je sais que ce décor tient sur deux personnes : un notaire qui contrôle tout, et moi, dans cette cuisine, derrière ce bureau, à veiller à ce que jamais aucun client ne découvre le moindre faux pli.
Je suis en avance, il est 9 h 35, parfait.
Je me vérifie dans les toilettes qui nous sont réservées quand un appel téléphonique me sort de là.
Je ne réponds normalement pas avant l’heure, toutefois, Maître Renoir a fait installer un révélateur de numéros sur la ligne de l’Étude, chaque client est répertorié et il s’affiche en gros : Margot Renoir. La petite sœur de mon employeur et accessoirement une amie.
C’est à travers le cabinet que j’ai rencontré la jeune femme. Nos âges proches nous ont naturellement poussé à sympathiser et elle est entrée dans ma vie comme un rayon de soleil.
— Hey coucou ma belle, comment va la Parisienne ?
Margot est partie bosser à la Capitale sur les plateaux de cinéma en tant que costumière, au grand dam de sa famille. Ils ont très mal perçu qu’elle lâche tout pour s’adonner à sa passion. Sa mère en a fait une crise de tétanie à l’époque et seul son frère aîné, mon patron, est resté en contact avec elle.
Régulièrement, il a financé son appartement et autre, en toute discrétion, m’exigeant de ne rien divulguer à son père quand il lui octroyait un virement conséquent.
— Mais magnifiquement bien, je bois un café en terrasse sous mon cher soleil gris.
Rien qu’à l’idée, j’ai une moue, je suis une adepte du soleil de Provence et ne saurait m’en passer.
Nous papotons d’abord simplement, les questions habituelles, « quoi de neuf », « ça va ? », ce genre de choses jusqu’à l’intonation fatidique :
— Jules a annoncé que j’étais invitée au mariage ?
— Tu es sa témoin, je suppose que oui.
Il faut avouer que pour une fois, je ne me suis pas attardée sur cela, je gère beaucoup de trucs, mais les fiançailles de mon patron et son mariage, non. J’adapte déjà l’agenda en fonction des exigences de Mademoiselle Raison, Constance de son petit prénom, alors les détails alentours…
— Pourquoi tu ne l’appelles pas pour lui poser directement la question ?
— Il va encore dire que je suis ridicule avec ma parano et mes angoisses. Tu sais comment il est ?!
Oh que oui, je le sais. Jules Renoir est un homme tout en retenue et en apparence, son affection se traduit par l’imposition de ses décisions. Soutenir sa petite sœur, il l’a fait sans se justifier, recadrant sa propre mère en la trouvant grotesque de telles émotions pour si peu.
Si Margot souhaite être costumière, elle le sera. Et pire, elle sera la meilleure, c’est tout ce que nous avons à attendre d’elle ! avait-il déclaré d’un ton qui n’amenait aucune discussion.
Et comme il avait eu raison de faire confiance à sa frangine ! Puisqu’elle était une référence dans le milieu artistique désormais.
— Mais, tu me dis toujours que t’en as rien à fiche des avis ? taquiné-je.
— C’est pas pareil, tu le sais ! Jules va encore faire son Jules, et tout le monde va être tendu.
— Bah comme toujours, ta famille ne laissera rien transparaître en public. Ce n’est pas toi qui me répètes que c’est votre dicton familial ?
Comme beaucoup de clans anciens, un peu trop bourgeois, un peu trop nobles, il y a une exigence de façade. On ne se fait pas remarquer, on est parfaits pour la bonne société et surtout pour la clientèle riche et pointilleuse du cabinet.
Cela est ainsi depuis trois ou quatre générations et cela va continuer, forcément.
— Violetteuuuuuu supplia Margot, provoquant alors un rire léger à ma bouche.
— O.K, O.K…
Un bruit à la porte, je vérifie l’horloge du coin de l’œil et réalise que le Notaire est arrivé avec trois minutes d’avance.
— Je ne te promets rien, mais je verrai, je te laisse, des bisous !
Rapidement, je raccroche et me dépêche de me relever pour accueillir le grand Maître de ces lieux.
Jules Renoir entre, son pas assuré signe qu’il est sur son territoire. Dans des gestes précis, exécutés comme un chef d’orchestre, il referme la porte sans qu’aucun bruit ne distorde le calme. Il prononce trois mots :
— Bonjour Mademoiselle Leclerc.
Le ton est ferme, un peu raide.
Il est de mauvaise humeur.
Je le sais, je le connais par cœur.
Ses yeux le trahissent. Je maîtrise toute leur variation depuis le temps. Ils ont cette expression spécifique qui me murmure qu’il est contrarié. Pour quoi ? Je l’ignore, c’est rare qu’il soit fâché avant le café. Mais imaginons que son père ait été égal à lui-même et sa partie de squash pas sensationnelle… Il est un peu mauvais joueur, donc s’il a perdu, forcément, cela a mis à mal son égo.
C’est cela, ou une réflexion est pas très bien passée.
Malgré son caractère sans compromis, Maître Renoir est « un bon fils ». Entre nous, j’ignore totalement ce que cela signifie, qu’est-ce qu’un bon enfant ? Un qui se plie à chaque volonté de son géniteur ? Un qui ne manque pas de respect en ne s’affirmant sur rien et obéissant sagement ?
Excellente question.
Jules Renoir est un peu comme ça. Alors, oui, il défend sa frangine à sa façon, mais si son père exige ou indique un point de correction sur sa personne, il n’ira pas contre.
Paradoxal.
— Bonjour Maître, comment vous portez-vous aujourd’hui ?
Il grogne.
Pardon ?
Ayant contourné mon comptoir, je dévisage le notaire qui me répond de manière si peu élégante. S’est-il pris pour un homme de Cro-Magnon ?
C’est fou, de tous les mâles que je connais, ce n’est clairement pas lui que j’imaginerais avec un pagne de peau de bête en guise de cache-sexe…
— Merci Violette, baragouine-t-il en ne me regardant pas et me laissant le débarrasser de son manteau.
Il a le nez plongé sur son téléphone.
Super l’ambiance.
— Votre père allait bien ?
Un oui, plus évasif tandis que je range ses affaires.
— Je vais dans mon bureau, tranche-t-il sans même emporter son café.
Eh ben tiens, c’est un mauvais jour. Je n’apprécie pas quand il se renferme ainsi et m’offre son plus sale caractère. Cela n’arrive pas souvent, car généralement il a la décence de fournir un petit effort, mais pour le coup. Il m’envoie en pleine face son humeur négative et ne prend pas même le temps de discuter.
Je retiens.
Je retiens, car il le sait, je déteste ça.
***
On ne peut pas dire que l’humeur de mon cher patron soit devenue meilleure. Il m’a exigé des choses, incendiée pour d’autres et m’a mal parlé deux fois. J’ai coché, deux fois. Il a même osé me dire « ne soyez pas crétine » quand je lui ai proposé d’appeler Maître Chancelard pour une question sur un droit d’urbanisme. Ce qu’il a pourtant fini par faire, pour avoir son avis.
Je ne me suis pas privée en lui lançant un regard noir. Non, mais ! Il peut avoir toute la mauvaise humeur qu’il souhaite, je m’en fiche, je ne m’empêcherai pas de le pousser à comprendre que je ne suis pas d’accord avec cela.
J’entends que pour vous, je dépasse les bornes en tant qu’employée. Et qu’à me croire indispensable, je m’octroie des permissions. Pour autant, je maîtrise tellement le sujet de mon boss, que je peux me l’autoriser.
Sans moi, la vie de Monsieur Renoir ne serait clairement pas aussi bien organisée. Alors flûte, j’ai le droit de ne pas me laisser faire !
Si j’avais été une petite chose obéissante, craintive et docile, il m’aurait bouffée ! Et je ne serai plus à son service !
Maître Renoir a besoin de répondant en face. Un jour, il a pris une stagiaire, toute mignonne, toute réservée, elle a fini son stage en pleurant.
Je l’ai défendue.
Il s’est excusé de sa dureté auprès d’elle.
Je peux donc affirmer que je maîtrise parfaitement mon sujet.
La sonnette retentit, discrètement, avant qu’une silhouette n’entre. Cette fois, ce n’est pas un client, c’est même tout sauf cela : c’est un visiteur. Et pas n’importe lequel, il s’agit de Maître Gabriel Fontenoy, avocat pénal et meilleur ami de mon patron.
Si Jules Renoir est un charmant brun tirant sur des airs méditerranéens, Gabriel est son inverse. Blond un peu trop californien, mais un pur produit breton, si je ne me trompe pas.
Sans parler du fait qu’il rayonne autant que son meilleur ami semble vous tenir à distance et vous exige de la modération.
Ralalah…
— Bonjour ma secrétaire préférée, roucoule-t-il en s’appuyant sur mon comptoir et se penchant vers moi.
— Bonjour, Maître, souligné-je en prenant soin de souligner les doubles sens.
— Ne dites pas à Christiane que vous êtes ma préférée, d’accord ?
— Oh, mais si, je vais tout répéter à votre secrétaire, je vais même amplifier et déformer vos propos, vous le savez.
— Si vous osez, vous en subirez les conséquences, Mademoiselle Leclerc.
Je ne peux m’empêcher de le dévorer du regard. Ce n’est pas très subtil, je l’entends, mais comme nous sommes seuls en l’instant, autant dire que ce n’est pas très grave.
Gabriel se nourrit de son observation, sa langue glisse sur sa bouche fine, il inspire, se délecte de sa vision et je comprends qu’il m’imagine plus dénudée que je ne le suis.
— Jules est là ? tâte-t-il le terrain.
— Il a rendez-vous pour déjeuner avec Mademoiselle Raison dans une demi-heure, je…
— Je me disais bien que je t’avais entendu !
Voilà que le Notaire me coupe la parole en arrivant tout fringant et sérieux dans le hall. Je le dévisage, agacée, il n’est jamais discourtois normalement.
Les deux hommes se saluent et je prends soin de les fusiller du regard, bien que Gabriel ne mérite pas cela.
— Nous n’en avons pas pour longtemps Violette, ensuite, vous pourrez fermer jusqu’à 14 h 30.
— Non, 16 heures, j’ai décalé vos rendez-vous, comme convenu.
— Pourquoi ? fronce-t-il les sourcils.
— Parce que Mademoiselle Raison vous a organisé une dégustation de pâtisseries aujourd’hui. Livrées ici. Elle m’a demandé de gérer pour que vous ayez du temps libre. Vous étiez d’accord, de même que nous finissions plus tard à cause de cela.
— Je ne me souviens pas de ces points, précise-t-il.
Je déteste quand il doute ainsi. Je me redresse dans mon siège et affiche un large sourire. Je le connais par cœur.
— J’ai toujours le mail sur les détails. Voulez-vous que je vous le ressorte ?
Mon assurance le fait battre en retraite pour une fois, il a ce tic où il rajuste sa cravate, un peu décontenancé, un peu pris au dépourvu. Cela n’arrive pas souvent et c’est à marquer d’une pierre blanche, autant que la résignation qui glisse dans ses prunelles d’un bleu polaire.
— Non, pas la peine, je vous fais confiance, coupa-t-il.
— Parfait.
Il répète le mot également et nous nous scrutons en silence avant qu’il ne cède en premier.
Non, mais, je vous jure, quel toupet !
— Parfait ! surenchérit Gabriel. Cela veut dire que vous êtes à moi pour déjeuner Violette.
Et il s’échappe avec son meilleur ami en un clin d’œil.
***
Comme je vous le disais, Gabriel Fontenoy est bien différent de son meilleur ami. Veuf endurci depuis la mort de sa femme il y a cinq ans, il éduque seul une petite poupée de dix ans auquel il voue la plupart de son temps.
Son quotidien se conjugue au rythme de son travail et de sa vie de père célibataire. Bien entendu, avec ses allures de Californien, il fait fondre toutes les mamans de l’école privée où est inscrite sa petite.
Sans parler potentiellement de tous les gays et bisexuels de son entourage.
Toutefois, Gabriel a un secret : il refuse de se réengager. Déjà, parce qu’il n’a pas le temps de se consacrer à une histoire et aussi par ce qu’il ne souhaite pas perturber sa fille avec ça.
Il vit de sexe sans lendemain et de plans culs réguliers.
Vous devez vous demander comment je le sais ?
Eh bien, peut-être que sa queue est en train d’assaillir mon con en ce moment même !
Sa main tient mes cheveux, me forçant à me cambrer tandis qu’il pilonne ma chatte affamée. Dans mon appartement calme, la résonnance de nos ébats fait un meilleur écho que ma chanson de ce matin et je gémis de plaisir en sentant le sien me répondre.
— Putain cette culotte fendue me rend dingue !
Je suis encore habillée de ma lingerie dont je lui ai offert la photo ce matin. Je me doutais bien qu’elle aurait son petit effet !
— T’es vraiment une nympho avide de bites, marmonne-t-il en me poussant le haut du corps dans les draps.
— Autant que t’es un baiseur compulsif, mais parles pas trop, remplis-moi la chatte, on ne t’en demande pas plus, taquiné-je.
Oh quoi ?
Je sais, on frôle le dirty talk, mais c’est un fantasme comme un autre et avec Gabriel je crois qu’on le pratique depuis le début. En même temps, je ne lui ai pas trop laissé le choix, je l’ai imposé dans nos ébats depuis deux ans, deux ans où il m’insulte et où je lâche des injures telles que cela ferait pâlir le plus sale des charretiers.
Aujourd’hui, on est drôlement soft.
La carcasse vautrée dans les draps, il s’est relevé pour être debout sur le lit, enfin, pas réellement et me baiser de telle manière qu’il a les genoux pliés et sa queue bien profondément dans mon abricot juteux.
Ses couilles rebondissent sur mon sexe et la chaleur nous étouffe un peu. Moi, je prends mon pied en entendant le son suintant de nos chairs et l’osmose de nos respirations saccadées.
Ses deux mains bien ancrées sur mon cul, il me pousse toujours plus en avant, chaque fois qu’il me revient. Bordel…
Dans l’étau de mon entrecuisse, son appendice s’offre sa place, écartelant mes entrailles avec ses assauts brusques et affamés. Il râle, il gronde, il se calme un peu, probablement pour ne pas éjaculer trop vite.
— Heureusement que tu n’es pas ma secrétaire…
— Tu me sauterais dès que tu le peux ?
— Carrément… exulte-t-il, provoquant mon amusement.
Je le traite d’idiot, de pervers aussi et ses ongles s’enfoncent dans mon cul, marquant ma peau de leur présence. Il m’offre une cadence plus ralentie, prenant le temps de me revenir avec langueur.
— Comment Jules peut ne pas vouloir te fourrer toute la journée ?
Cette question, purement rhétorique, pointe souvent dans nos ébats. Une façon de pimenter ou d’être salaces, l’un ou l’autre.
L’idée de baiser mon patron ne m’a jamais réellement effleurée. Je ne vais pas nier que ses traits à la David Gandy donnent envie de lui mordiller la peau ou de découvrir la tête qu’il peut faire quand il perd son self-control, mais de là à désirer le sauter, y a un monde !
Si vous ne voyez pas qui est David Gandy, Google est votre ami. Imaginez un dieu grec aux yeux turquoises et à l’air strict, parfaitement musclé sans excès et vous obtiendrez à peu près mon boss…
Par ailleurs, si vous vous demandez à quoi ressemble celui qui est en train de me remplir la chatte, vous pouvez taper sur un Glen Powell…
Il vient baiser le creux de mes reins, continuant de me chevaucher avec lenteur. Je me redresse doucement, m’accolant contre son dos, le poussant à modifier sa position.
— J’en connais un qui va juter trop vite…
Alanguie contre son corps, ma main s’appuie sur sa nuque, nous nous mouvons ensemble. Sa bouche sur mon épaule, il mordille ma peau et je chipe son contrôle peu à peu.
Les halètements remplacent les mots, il n’ose plus bouger tandis que je provoque les va-et-vient. Il se retrouve assis sur ses talons alors que je m’offre le luxe de conduire nos plaisirs.
Il me demande de ralentir, entre deux gémissements et je m’y refuse. Sa queue tressaille, annonçant sa faille. Nos bassins claquent, il éructe un :
— Merde, Vio…
Il balance la sauce, nappant la capote et me force à ne plus me mouvoir en tremblant. Son égo prend un coup, il s’excuse en essayant de se ressaisir. Bien trop fière de ce que je viens d’accomplir, l’hilarité me chope tandis qu’il me renverse sur le lit.
Je me retrouve sur le dos pendant qu’il retire son préservatif et la noue, l’abandonnant temporairement sur les draps. Son visage tombe entre mes cuisses pour s’atteler à terminer ce qu’il a presque fini de réveiller.
— Ouais non, je serais entre tes jambes toute la journée ! décrète-t-il en embrassant ma fente avec délicatesse.
— Heureusement que Maître Renoir a sa fiancée pour ne pas avoir ce genre d’idée, sinon je serai avec lui en ce moment même au lieu de toi…
Ses lippes se déposent encore sur mon sexe rebondit, sa langue cajole mon clito et je soupire.
— Parce que tu crois que Jules ne préfèrerait pas baiser une Violette au point de la laisser gicler sur les dossiers, plutôt que de se faire méthodiquement astiquer la bite par une Constance pragmatique et pas trop portée sur la chose.
— Mais qu’est-ce que tu racontes, balancé-je tandis qu’il vient faufiler une phalange en moi, sa tête se redressant pour réfléchir à ses propres conneries.
— De la merde, mais de la merde réaliste !
Nouveau fou rire tandis qu’il revient dévorer mon abricot…
Un soupir franchit la barrière de mes lippes tandis que j’essaye de ne pas paraitre désagréable. Constance parle trop, m’explique les différentes saveurs des gâteaux et m’exposent tous les « pour » et les « contre » au sujet de chacun.
Je n’ai pas d’amour pour le sucre et si je devais réellement choisir dans toutes ces parts, je m’orienterais sur quelque chose de fruité. Léger.
Je me fends d’un sourire, pour lui paraitre plaisant, tentant de raccrocher les wagons de ma pensée sur ce qui semble être important pour elle.
J’apprécie profondément Constance, c’est une demoiselle éduquée pour être une parfaite femme au foyer, une mère convenable et qui adoptera idéalement le rôle d’épouse de Notaire. Quand je la regarde, je me dis que nos familles s’accorderont idéalement et pourtant, je me demande si cela me correspond.
La faute à Gabriel. Il me questionne toujours sur mon couple et s’étonne que je ne m’y emmerde pas. Après tout, il me connait, il sait comment j’étais par le passé. Nous avons tenté de séduire la même femme, partagé nombres expériences ensembles et eut des passions plus que communes en matière sexuelle.
Contrairement à ce dernier, je me suis rangé aux attentes familiales. Lui, hélas, a fait ses choix. Il ne s’est jamais plié aux exigences parentales, au grand dam des siens avec qui il est profondément en froid. Il a épousé une étudiante anonyme pour laquelle il a eu un coup de foudre. J’avoue que Charlotte a été, durant nos jeunes années, un sujet de concurrence. Si l’on peut dire, car je n’ai jamais fait le poids dans l’équation et je n’en suis pas fâché. J’ai aimé être leur ami. Nous avons vécu une bien belle histoire.
Et je l’accorde au nous, au vu de nos exubérances de jadis.
Aujourd’hui, il papillonne et, même s’il se vante de ses aventures en ayant la décence de ne pas me divulguer les protagonistes de ses débauches, il me colle des doutes. Il me perturbe.
Ma relation avec Constance en est touchée.
Je lui ai confié que l’intimité avec ma fiancée n’était pas du tout emplie de folie. Si je me devais de la qualifier, je dirais qu’elle est raisonnable. Constance n’est guère portée sur la chose, et j’ai beau essayer d’endiabler un peu ma promise, elle n’est pas très réceptive.
Elle estime le sexe comme un devoir, non comme un plaisir, point que je devrais considérer à l’identique en tant qu’homme de bonne famille, malheureusement, je ne peux taire que ma jeunesse a été faite d’expériences plus ou moins soutenues qui ont développé mes goûts. Hélas, j’ai rangé ma sexualité pour convenir à mon couple.
Je tente tant bien que mal d’initier ma douce, or elle est plus que fermée.
Je suppose que j’ai assez profité…
Aujourd’hui je ne peux qu’espérer une vie à deux faites de coquineries et de lubricités complices. Toutefois, Constance est à la limite de l’asexualité plus par décence sociale, je pense, qu’autre chose.
Une femme qui aime le plaisir est une traînée selon nos vieilles familles. Moi, je ne réfléchis pas ainsi, mais je me garde de perturber son avis.
C’est bien trop compliqué d’en discuter avec elle, elle est obstinément fermée pour l’instant.
— Constance, je vous en prie, ils se ressemblent tous à la fin.
Assis dans mon large fauteuil de notaire, elle est sur l’accoudoir, attendant mon opinion avec un air décidé. Mon palais n’est pas fait pour les sucreries. Elle fige sa petite cuillère devant ma bouche et me détaille de ses pupilles noires, cherchant à comprendre mon humeur douteuse.
— Si vous voulez celui au chocolat, n’essayez pas de me convaincre en me gavant, précisé-je, dites-le. Tant que cela vous fait plaisir, je m’adapterai.
— Vous pourriez fournir un effort Jules, s’exaspère-t-elle sur un timbre presque moralisateur.
Je me retiens de soupirer trop fort, cela risquerait de provoquer une légère prise de bec et je n’en ai aucune envie.
Quoi qu’elle en dise, je suis déjà en train d’y mettre du mien.
— Vous savez que je ne suis pas friand de sucre.
— Oui, vous le répétez assez, mais tout le monde aime le sucré ! Vous faites encore votre original.
S’il y a bien un mot qui ne me convient pas, c’est celui-là. Je n’apprécie ni les éclats ni les transgressions et je préfère largement qu’on ne me détaille pas. Je suis pondéré et je l’accepte entièrement, je n’ai jamais eu à cœur d’être un hurluberlu.
En tous cas, pas ouvertement.
Je finis par concéder à goûter, me disant que ce n’est que pour lui faire plaisir. Très sincèrement, je ne vois plus la différence et mon estomac n’a pas spécifiquement envie de subir cet assaut diabétique.
— Alors ?
