Noël dans les pays étrangers - Alphonse Chabot - E-Book

Noël dans les pays étrangers E-Book

Alphonse Chabot

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Beschreibung

Les fêtes de Noël, dans les pays du Nord, ont un double caractère religieux et familial. Les offices diffèrent peu des nôtres, si ce n'est que les chants d'église sont plus souvent exécutés en langue vulgaire. Nous ne citerons que l'adaptation de l'Adeste fidèles : Oh ! come all ye faithful ! (Oh ! venez tous, fidèles) si populaire en Angleterre, et le Cantique des Anges (Engelenzang) que des chanteurs éminents font entendre, chaque année, dans l'église protestante de Moïse et Aaron, à Amsterdam. Noël est vraiment la fête de famille par excellence, dans les contrées septentrionales de l'Europe.

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Veröffentlichungsjahr: 2019

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Noël dans les pays étrangers

Pages de titreNORWÈGE ANGLETERRE—ALLEMAGNEPAYS SCANDINAVESANGLETERREALLEMAGNENAPLES—SICILE—ESPAGNEITALIENAPLESSICILEESPAGNEPage de copyright

1

Noël dans les pays étrangers

Alphonse Chabot

2

NORWÈGE ANGLETERRE—ALLEMAGNE

Les fêtes de Noël, dans les pays du Nord, ont un double caractère

religieux et familial. Les offices diffèrent peu des nôtres, si ce n'est

que les chants d'église sont plus souvent exécutés en langue vulgaire.

Nous ne citerons que l'adaptation de l'Adeste fidèles : Oh ! come all

ye faithful ! (Oh ! venez tous, fidèles) si populaire en Angleterre, et

le Cantique des Anges (Engelenzang) que des chanteurs éminents

font entendre, chaque année, dans l'église protestante de Moïse et

Aaron, à Amsterdam. Noël est vraiment la fête de famille par

excellence, dans les contrées septentrionales de l'Europe.

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PAYS SCANDINAVES

Huit jours avant la solennité de Noël, les places de Stockholm

sont couvertes de sapins que les paysans coupent dans les forêts

voisines et viennent vendre en ville. Toute famille, si pauvre soit-elle,

a pour la grande veillée son arbre de Noël orné de lumières et garni

de jouets et friandises de toutes sortes.—Les pauvres ne sont pas

oubliés : on organise pour eux des fêtes et ils reçoivent des vêtements

et d'abondantes aumônes en argent. En Norwège, la fête de Noël

jouissait autrefois de certains privilèges. Ainsi les poursuites de la

justice étaient suspendues pendant plusieurs jours, le plus

généralement de Noël à l'Épiphanie. Cette trêve de procès variait

suivant les lois locales ; parfois sa durée s'étendait jusqu'à vingt

jours. Dans tous les Pays scandinaves, la fête de Noël se prépare

discrètement et dans le mystère, afin que les cadeaux offerts ce jour

là apportent à la fois surprise et contentement. En secret, les petites

filles mettent la dernière main à leur travail ; l'une a brodé une paire

de pantoufles pour son père, l'autre un coussin de canapé pour sa

mère. Leurs soeurs aînées enveloppent dans un fin papier blanc une

bourse de soie faite au crochet et entourée d'une faveur rose, ou

encore confectionnent de belles et riches dentelles qu'elles offriront

comme nappes d'autel à leur église. Dans quelques pays, la

distribution des cadeaux est des plus originales. Le présent, dissimulé

soigneusement dans une gerbe de fleurs, une botte de foin ou de

paille, ou dans de multiples enveloppes d'étoffes, de feuillage ou de

papier, porte en grosses lettres le nom de la personne à laquelle il est

destiné.

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Le messager chargé de le remettre frappe fortement à la porte, qui

s'ouvre sans retard, et jette furtivement le Juleklap (c'est le nom

suédois du présent) dans la chambre où la famille se trouve réunie.

Alors commence une scène fort distrayante. Le destinataire se met à

explorer minutieusement, au milieu des cris de joie de tous les

assistants, fleurs, foin, paille, feuillage ou papier, afin d'arriver à

l'objet convoité. Tantôt il trouve une épingle d'or, tantôt un vase

précieux, quelquefois une élégante et gracieuse statuette, quelquefois

aussi, après avoir déroulé les enveloppes mystérieuses, il ne trouve...

rien. Une explosion de rire accueille la déconvenue du patient,

victime de cette innocente supercherie. Le Juleklap a quelquefois un

caractère moral et satirique. La dame trop élégante reçoit une poupée

bizarrement attifée ; le châtelain qui, dans son salon, ménage trop la

lumière ou laisse son antichambre dans l'obscurité, reçoit une

douzaine de lampions. A un bavard on adresse un oreiller ou un

éteignoir, à un fat, un col d'acier. Quand il ne reste plus rien au fond

de la corbeille, que les enfants ont bien cherché dans les papiers

éparpillés sur le plancher, pour voir si l'on n'aurait rien laissé, la

famille se rend à la salle à manger, où l'attend un souper composé

exclusivement de mets nationaux. «Aux Pays scandinaves, le repas

de Noël se distingue des autres par le caractère traditionnel des plats

qui y figurent. Pas de souper de Noël sans jambon, accompagné de

riz chaud arrosé de lait froid ; puis du Vortbrod, sorte de pain fait

avec de la farine de froment délayée dans de la bière non fermentée ;

enfin l'indigeste lustsfisk.

Qu'on s'imagine une merluche ou morue sèche dessalée, bouillie

pendant trois jours dans une eau de cendre mêlée de chaux vive, et

farcie ensuite avec du poivre, de la moutarde et du raifort : voilà le

lustsfisk» [M. Bitard, Noël.]. Les vins d'Espagne fortement alcoolisés

peuvent seuls faire digérer un si plantureux repas. Le soir de la

veille de Noël, vers onze heures, dans les hameaux, tout le monde

monte en traîneau et se rend à l'office. Mille étoiles scintillent dans le

silence de la nuit, troublée seulement par les grelots des chevaux qui

font craquer la neige sous leurs pieds. Ordinairement, auprès de

l'église du village un vaste hangar offre un abri : des bancs pour les

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paysans et des râteliers pour leurs chevaux. Aussitôt l'office terminé,

chacun regagne son logis au plus vite. «Ce moment donne lieu, en

Finlande, à une scène des plus divertissantes. Une vieille croyance

promet la meilleure récolte de l'année à celui qui rentrera le premier

dans sa maison, après l'office de Noël. C'est alors toute une

conspiration contre les équipages. Les jeunes garçons sortent

furtivement de l'église pendant l'office, détellent les chevaux, lient les

traîneaux les uns avec les autres, changent les colliers, embrouillent

les harnais, etc. On conçoit le désordre qui s'en suit, des cris, parfois

des coups ; la place de l'église se change en véritable champ de

bataille. Enfin, les traîneaux sont retrouvés, chacun répare son

attelage et part au galop : le combat finit par une course au clocher»

[Desclées, Noël.]. Dans la plupart des campagnes, les ménagères

veillent à ce que, pendant les fêtes de Noël, l'ordre et la propreté

règnent dans toute leur demeure.

Il est d'usage de joncher les dalles de paille fraîche, ce qui donne à

la chambre de famille l'aspect d'une grange où l'on a étendu les

gerbes avant le battage. Est-ce en souvenir de la paille et de la

pauvreté de la crèche ? Nous serions portés à le croire. Quoi qu'il en

soit, cette paille de Noël a, dit-on, une vertu merveilleuse : les

animaux qui en mangent sont préservés de toute maladie pendant

l'année. En Suède, les paysans veulent que tous les animaux

prennent part à la solennité de Noël : «Ce jour-là, dit M. Léouzon le

Duc, ils donnent la liberté aux chiens de garde, ils servent à leurs

bestiaux un fourrage d'élite» [La fête de Noël en Suède et en

Finlande.]. C'est un usage assez répandu, en Suède et en Norwège,

d'offrir, le jour de Noël, un repas aux oiseaux. La dernière gerbe de la

moisson est soigneusement conservée, chez les pauvres comme chez

les riches, jusqu'à la veille de la grande solennité. Le vingt-cinq

Décembre, au matin, on la fixe au bout d'une perche et on en décore

le pignon de la maison. C'est un charmant et étourdissant concert que

celui de la gent granivore faisant tapage autour de ce mât pour

picorer les épis de blé. Tous les petits habitants de l'air prennent, eux

aussi, leur joyeux festin et rendent grâces à la Providence qui, dans

un jour si heureux, a voulu les combler d'allégresse. Cette ravissante

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coutume suédoise nous rappelle ces deux vers si connus : Aux petits

des oiseaux il donne leur pâture Et sa bonté s'étend sur toute la

nature [Racine, Athalie, acte II, scène VII.]. Un de nos meilleurs

poëtes a gracieusement chanté ce Réveillon des petits oiseaux : Et

les oiseaux des champs ? Ne feront-ils la fête ?...

Eux que l'hiver cruel décime tous les jours, Eux que le froid

transit, que la famine guette Sur l'arbre dépouillé du nid de leurs

amours ! Oh, non ! Pour eux, l'on cherche une gerbe emmêlée Où

des milliers d'épis se courbent sous le grain, On l'étend sur la neige :

«—Accourez gent ailée, «Car votre nappe est mise, et prêt est le

festin !» Et vous voyez d'ici le pinson, la fauvette, Le menu roitelet

voleter à l'appel.... Tout en mangeant le grain, ils relèvent la tête,

Pour lancer une gamme, un cri de joie au ciel ! [Comtesse

O'Mahony.]

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ANGLETERRE

Le peuple anglais célèbre la solennité de Noël avec une telle joie,

une telle unanimité et de telles dépenses qu'on peut regarder le

Christmas [La vieille désinence, mas signifie fête ; Christmas, fête du

Christ.] comme sa fête nationale. Autrefois, à l'occasion de Noël,

avait lieu une fête carnavalesque. Des carols (chansons) anglaises

nous font connaître les personnages mis en scène dans ces

mascarades : le roi de la Bombance, la reine de la Folie, la princesse

Déraison y paraissent au milieu d'un bruyant cortège. A la Cour,

chez les princes, un officier était chargé de présider aux

réjouissances. Il s'appelait Lord of Misrule (le Seigneur du

Désordre). En Écosse, on le nommait Abbot of Unreason (l'Abbé de

la Déraison). Ces fonctions ont été abolies par «act of Parliament» en

1515. Les prêtres durent plusieurs fois s'interposer contre les

frivolités de ces amusements. Dans les recueils de Folk-Lore, on

parle des joyeuses bandes que conduisaient, pendant les fêtes de

Noël, le Roi de la Déraison et la Princesse de la Bombance. Sous de

folâtres déguisements, les amis du voisinage venaient sans honte

tendre la tirelire de Noël à la Reine de la fête et demander largesse de

joie, de gaieté, de rire, aumônes de plaisirs. Hélas ! qu'ils sont loin

aujourd'hui ces jours où Henri II servait à table son fils, Roi du Festin

et lui apportait, au bruit des trompettes, comme plat d'honneur, une

tête de sanglier qui, couronnée de laurier et de romarin, enterrait ses

formidables défenses dans la pomme fleurie ou l'orange dorée ! Et

comme il est passé le temps où cent trente des citoyens les plus

puissants de Londres, revêtus de costumes et de titres fantastiques,

roi, reine, ministres, choisis par la Folie, cavaliers galopant sur de

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fringants coursiers, sonnant des fanfares, couraient à Kensington, à la

rencontre du petit-fils d'Edouard Ier, tous réunis dans une même joie,

chantant Noël.

La lugubre Réforme a soufflé sur toutes ces joies, éteint toutes ces

lumières et faussé toutes ces trompettes [Oscar Havard, Les Fêtes de

nos Pères.]. L'illustre Walter Scott nous dit que ses ancêtres

regardaient déjà Noël, comme la fête familiale par excellence :

England was merry England, when Old Christmas brought his

sports again ; Twas Christmas broached the mightiest ale, Twas

Christmas told the merriest tale, A Christmas gambol oft would

cheer The poor man's heart, through half the year. L'Angleterre

était la joyeuse Angleterre quand Le vieux Noël ramenait ses

jouissances ; C'était Noël qui mettait en perce la bière la plus forte,

C'était Noël qui racontait le conte le plus joyeux, Les ébats de Noël

souvent réjouissaient Le coeur du pauvre, pendant la moitié de

l'année. D'immenses préparatifs sont faits en vue du Christmas. De

copieuses cargaisons d'oies grasses viennent de Normandie. Deux

lignes de steamboats, de Dieppe à Newhaven et du Havre à

Southampton, suffisent à peine à leur transport en Angleterre. Le

Poitou et la Touraine envoient également à John Bull leurs dindes

pansues. En 1901, une petite province du Centre, la Sologne, a

expédié à Londres, par chemin de fer, plus de soixante mille dindons.

Les bateaux de Southampton et de Newhaven prennent à Granville et

sur toutes les côtes de la Manche des monceaux de gui, cette plante

parasite que les eubages, chez les Gaulois, allaient couper avec des

faucilles d'or.

On le dépose dans de grandes caisses à claire-voie, connues sous

le nom de harasses, et on le transporte sur le pont des navires. «On

se prépare plusieurs semaines à l'avance au Christmas, dit M.

Alphonse Esquiros. D'immenses troupeaux d'oies s'acheminent

gravement du Nord de l'Angleterre, par toutes les routes, vers la

métropole ; les grands boeufs annoncent leur arrivée sur les chemins

de fer ou les bateaux par de lugubres beuglements.» A Londres,

quelques jours avant Noël, a lieu dans la grande salle d'Islington,

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connue sous le nom d'Agricultural Hall, une exposition des animaux

que l'on vendra pour Noël. Boeufs, oies, dindons se disputent les

premiers prix ; les mieux cotés vont ensuite orner de leurs chairs

dodues les vitrines des industriels qui les ont achetés au poids de l'or.

«La veille de Noël, dit M. Virmaître, tout Londres est illuminé. Les

boutiques des bouchers surtout sont resplendissantes de lumières ; on

y voit des boeufs dépouillés, couchés tout entiers sur des tréteaux,

avec des becs de gaz dans le mufle.» On lit assez souvent au-dessus

d'eux ces mots-réclame : brought up by Her Majesty (élevé par Sa

Majesté la Reine). En effet, la Reine Victoria faisait paître des

troupeaux à Windsor, à Hampton-Court et même à Kensington-

Gardens, le bois de Boulogne de Londres. Le soir du vingt-quatre

Décembre, vers deux heures, l'agitation devient extraordinaire, dans

les quartiers les plus populeux de Londres et surtout dans

Whitechapel. Les cochers (cabmen), juchés derrière leur voiture,

guident hardiment leurs chevaux. Le All right (tout va bien) retentit

dans les conversations. Ce sont partout des entassements de volailles,

comme on n'en voit pas dans les Halles centrales de Paris.

Louis Blanc, de sa plume vive et originale, nous a donné le

tableau le plus pittoresque et le plus vrai qu'on ait jamais tracé du

Christmas londonien. «Quels énormes quartiers de viande ! Quelles

montagnes de chairs saignantes ! Quel luxe d'imposants

comestibles !... C'est par myriades qu'on vous compte,

orgueilleusement étalés, ô selles de moutons, têtes de veau, hures de

sangliers, dindons, canards, oies, poulets, perdrix, faisans, pluviers,

lapins, et vous, poissons de toute espèce et de toute grosseur !» La

brumeuse cité offre ce spectacle étrange d'une animation toujours

croissante jusqu'au milieu de la nuit. Au Constitutional Club, l'un

des cercles les plus importants de Londres, on fait rôtir, chaque

année, pour le Christmas, un énorme morceau de boeuf, de trois cent

cinquante à quatre cents livres. C'est ce qu'on appelle le Baron of

beef. Les membres les plus distingués du club ne manquent pas, au

cours de la nuit de Noël, de rendre visite au Baron of beef. On voit

alors, devant l'immense cheminée, les habits noirs des plus élégants

fashionables se mêler aux vestes blanches et aux tabliers des

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