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Les aventures quotidiennes d'un homme qui découvre la paternité !
Avant, j’étais niais : je pensais que la nuit c’était fait pour dormir, l’argent, pour les loisirs et le temps libre, pour les potes. Heureusement, j’ai eu des enfants pour me mettre du plomb dans la tête, la tête sur les épaules et les épaules sur les genoux.
Ma vie a basculé une première fois lors d’une belle nuit d’été. Bon, pas de bol, j’ai hérité d’une fille et je suis passé du côté obscur de la Force. J’ai découvert un monde jusqu’ici inconnu. Un monde où le rose est une couleur primaire, où il faut démêler les cheveux et assortir les barrettes aux chaussettes. Et puis rebelote, une seconde fille. J’ai redécouvert les joies des gazouillis, des sourires sans dent, des câlins qui sentent bon le bébé – ou qui puent le caca. Et aussi qu’on peut, sans aucune somation, se faire gentiment gerber dessus par un bébé tout sourire, de préférence bien sûr, une fois la chemise enfilée et la cravate nouée.
J’ai découvert aussi la puissance de l’amour et l’angoisse que cela procure. J’ai survécu à deux grossesses et mon vocabulaire s’est enrichi de mots sympas qui rapportent un max au Scrabble (Colostrum ; Lanugo ; Vernyx ; Primipare...). J’ai testé aussi la puissance des hormones et je m’en remets à peine. (Oh putain !)
Cette histoire, c’est la mienne, mais sans doute un peu aussi la vôtre. Elle est garantie sans mauvaise foi aucune et absolument sans exagération. J-A-M-A-I-S. Ce n’est pas mon genre.
Inclus : Le test ultime, « Quel papa êtes vous ? » et un glossaire pour savoir tout ce qui vous attend.
Un témoignage drôle et authentique sur la vie de parent !
EXTRAIT
Pourquoi quelqu’un de normalement constitué, avec un cerveau à peu près irrigué et une perception un tant soit peu lucide de la marche du monde, cherche-t-il à se reproduire ? Pourquoi s’embarquer dans cette galère ?
Quel est cet instinct primaire qui pousse deux humains consentants à essayer d’en fabriquer un troisième en faisant fi du réchauffement climatique, des guerres, des gosses qui meurent de faim en Afrique, de l’inflation, des dettes souveraines et de la difficulté à trouver une place de parking ? Pourquoi vouloir être trois quand déjà, à deux, ce n’est pas simple ?
Je dois donc être totalement débile. Car j’ai voulu, et obtenu, avec le concours actif d’une charmante femme, deux enfants. Deux petites filles. La plus grande a bientôt quatre ans, la plus petite pas encore un an. Elles sont mon bonheur, ma vie, ma joie, ma félicité de tout instant. J’aime ma famille, ma vie qu’elles conjuguent au féminin pluriel. Mais, c’est vrai, parfois, je me dis que je n’aurais pas dû arrêter les capotes.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
Bref comment trouver sa place de père lors des premières années de ses enfants ? Un récit personnel et enlevé qui finit en grand cri d’amour pour sa femme et ses 2 petites filles. -
Daïc Audouit, France 3
À PROPOS DE L'AUTEUR
Sébastien Thomas, 30 ans, est journaliste présentateur à France Télévisions.
Il est le papa de deux filles de 4 et 1 an. En 2011, avant la naissance de son premier enfant, il décide de raconter son histoire sur internet et ouvre le blog « papapoule.net » qu’il poursuit encore aujourd’hui. Ce livre en est largement inspiré.
Retrouvez également « Papa Poule » sur Facebook et Twitter.
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Seitenzahl: 268
Veröffentlichungsjahr: 2017
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© La Boîte à Pandore
Paris
http ://www.laboiteapandore.fr
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ISBN : 978-2-39009-140-0 – EAN : 9782390091400
Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.
Papa poule et même pas peur
Nan, j'déconne...
à l'aide !
À ma mère, l’auteur de mes jours,
si bien inspirée (en toute objectivité bien sûr)
À ma femme, sans qui rien de tout cela n’aurait été possible, et avec qui tout le devient.
À nos filles qu’on aime de A à Z
Sérieusement, faut être complètement con pour avoir des enfants, non ?
Réfléchissons. Enfin, vous, réfléchissez, pour moi, c’est déjà perdu.
Pourquoi quelqu’un de normalement constitué, avec un cerveau à peu près irrigué et une perception un tant soit peu lucide de la marche du monde, cherche-t-il à se reproduire ? Pourquoi s’embarquer dans cette galère ?
Quel est cet instinct primaire qui pousse deux humains consentants à essayer d’en fabriquer un troisième en faisant fi du réchauffement climatique, des guerres, des gosses qui meurent de faim en Afrique, de l’inflation, des dettes souveraines et de la difficulté à trouver une place de parking ? Pourquoi vouloir être trois quand déjà, à deux, ce n’est pas simple ?
Je dois donc être totalement débile. Car j’ai voulu, et obtenu, avec le concours actif d’une charmante femme, deux enfants. Deux petites filles. La plus grande a bientôt quatre ans, la plus petite pas encore un an. Elles sont mon bonheur, ma vie, ma joie, ma félicité de tout instant. J’aime ma famille, ma vie qu’elles conjuguent au féminin pluriel. Mais, c’est vrai, parfois, je me dis que je n’aurais pas dû arrêter les capotes.
•••
J’ai rencontré celle qui allait devenir ma femme à la fin de l’année 2009. J’ai réussi à la pécho1 début mars 2010. Puis tout s’est enchaîné : le 31décembre de la même année, on se mariait, c’était le lendemain de l’achat de notre appartement et ma femme était alors enceinte d’un mois.
O.K. Je sais ce que vous allez me dire : c’est un peu précipité, non ? Et vous avez sans doute raison, mais j'assume. J’en avais envie, et je ne regrette rien. Je crois que ma femme non plus. La seule chose qui la trouble, en revanche, c’est que mon patrimoine génétique soit un peu surreprésenté chez nos filles, notamment le côté débile susmentionné.
On y reviendra.
Souvent.
•••
Pour nous, tout a donc commencé au cœur de l’été 2010. Il y a souvent, voire toujours, dans des couples, ce moment où l’on évoque des enfants. Parfois, on attend plusieurs années. Parfois, c’est au bout de quelques minutes. Cela dépend du contexte, de l’ambiance et de la présence, ou non, d’alcool. On se marre en comparant des idées de prénoms, on fantasme sur les métiers qu’ils feraient, on rigole sur la tête qu’ils pourraient avoir.
Et puis, il y a un moment où l’on passe du conditionnel au présent de l’indicatif. On peut le faire. On a envie de le faire. Et si on le faisait ? Alors elle arrête la pilule.
•••
Je me souviens de la première fois où j’ai fait l’amour avec ma femme en me disant que ça pouvait entraîner une grossesse. C’était unique, presque solennel. C’est sans doute un truc très masculin. Dans la conception d’un enfant, nous, ce qui nous plaît, c’est la fabrication en elle-même. Mais à part cette apparition, parfois très rapide d’ailleurs, au-devant de la scène, le père n’a ensuite qu’un second rôle. La suite ne dépend plus de nous, il faut simplement attendre que le miracle de la nature ait lieu.
Et ça dure longtemps, souvent.
Quelle angoisse !
Question de crédibilité. On n’y peut rien, même le plus gentleman a envie d’être un étalon reproducteur fiable et performant. Si ça ne marche pas tout de suite, tout est remis en cause. Et c’est le cas la plupart du temps. Alors, on commence par culpabiliser, puis on doute, avant de se rassurer en se disant que c’est entièrement de sa faute, à elle.
•••
Pour nous, l’attente a duré quatre mois, avec autant de tests négatifs et de soupirs déçus. Moi, forcément, avec mon sens de la mesure, j’envisageais les mères porteuses ou les orphelinats, alors que quatre mois, c’est que dalle. Aujourd’hui, j’ai honte quand je repense à tous les couples qui galèrent depuis des années et qui ont tout essayé, en vain…
Car finalement, un jour d’automne, ma femme est venue me voir au travail. C’était en pleine journée, ce n’était pas dans ses habitudes. Elle m’a appelé et m’a demandé de sortir. J’avais compris, mais je n’osais y croire. Je suis sorti. Elle m’a dit : Félicitations. J’ai souri, forcément. Dès ce moment-là, j’ai entendu une petite voix dans ma tête qui n’arrêtait pas de répéter : Tu vas être papa, tu vas être papa, tu vas être papa, tu vas être papa !
Jusqu’à l’accouchement, cela n’a jamais cessé.
Nique sa mère la pute2 : j’allais être papa.
1. Verbe transitif, du latin pechara, pechare : réussir à coucher avec une meuf qu’on trouvait trop bonne et se la raconter auprès de ses potes.
(Très répandu chez les jeunes qui, décidément, n’ont plus aucun respect.)
2. Décidément, plus aucun respect. Pour rien.
Ça y est, je suis passé du côté obscur de la force. J’y pense en permanence, je compte le temps qui passe en semaines d’aménorrhée, alors que je ne connaissais même pas ce mot il y a six mois. Mais je m’impose le silence. Ne rien dire. On ne sait jamais ce qui peut arriver.
Les semaines passent, et cette grossesse devient de plus en plus difficile à cacher. Surtout que je suis nul pour garder un secret. Mais a priori je ne suis pas le seul.
Car il y a ceux qui savent aussi parce qu’on leur a dit. La famille proche, les amis les plus chers. Ils ont promis bien sûr de n’en parler à personne, mais bizarrement, les félicitations commencent à pleuvoir, parfois venant de cousins au quatrième degré dont j’ignorais jusqu’à l’existence.
Il y a ceux qui nous grillent. Il faut dire que ma femme fumait une dizaine de cigarettes par jour et qu’elle a arrêté du jour au lendemain. Forcément, ça intrigue un peu les copines proches. Qui lui tendent des pièges du genre l’inviter à des apéros. Les salopes. Alors forcément, quand après des années d’alcoolisme festif, ma chérie se contente d’un Perrier-tranche, personne n’est dupe. Et tout le monde est content pour nous.
Et puis, il y a ceux qui ne doivent pas savoir, à aucun prix. L’entourage professionnel. Objectif : ne pas dévoiler la grossesse jusqu’à ce qu’il soit impossible de la cacher. Car bien sûr, une femme enceinte est « invirable », mais elle est tout à fait « placardisable ». Alors, il faut utiliser des trésors d’ingéniosité. Trouver un prétexte pour s’absenter en journée en évitant d’écrire 1re écho :-) dans l’agenda partagé, ne porter que des vêtements amples, simuler une gastro chronique pour squatter les toilettes. Pas simple.
Je comprends pourquoi on parle de secret de polichinelle…
•••
Les premiers changements sont pourtant bel et bien là, qui commencent à rendre la chose concrète. Ma femme est épuisée. Les premières semaines, la fatigue lui tombe dessus comme une chape de plomb à peine le dîner terminé. Je l’ai soupçonnée un temps d’en profiter comme prétexte pour ne jamais débarrasser, mais non. Il suffit de la voir s’endormir quasi instantanément, sur le canapé le plus souvent, pour comprendre qu’elle ne fait pas semblant.
L’autre truc marrant du début de grossesse, ce sont les nausées. Si je résume, le corps d’une femme enceinte fait tout ce qu’il peut pour rejeter ce qui est indispensable à sa survie. Je reconnais bien là une logique très féminine. Même si toutes les femmes ne sont pas égales devant ces « maux de grossesse ». Il y a celles qui y échappent, qui vivent leurs premiers mois comme une fleur, jamais malades, jamais fatiguées, les « connasses » dans le jargon. Et puis, il y a les autres. Celles pour qui se lever le matin est un enfer, même après dix-huit heures de sommeil, celles qui sont obligées de trouver des stratagèmes pour aller vomir aux toilettes sans éveiller les soupçons des collègues, celles qui doivent faire avec les notions tellement glamour de constipation, brûlures d’estomac, hémorroïdes ou J’ai mal partout, putain.
Pas simple.
Et puis il y a les mecs, spectateurs assidus de cette vie en formation, mais naturellement éloignés du processus de fabrication. Réduits à attendre qu’il se passe quelque chose.
En général, le grand coup dans la gueule intervient au bout de quelques semaines, lors de la première échographie. Je me souviens de ce moment où j’ai découvert pour la première fois le haricot sauteur qui prétendait détenir la moitié de mon patrimoine génétique.
Des deux, c’est lui le plus jeune, mais c’est bien moi qui flippe le plus.
On avait rendez-vous à 8 h 30. Comme le veut l’usage, nous étions très légèrement en avance, et comme le veut l’usage, les médecins étaient légèrement très en retard. (Ce que je ne savais pas encore, mais que je vérifierai souvent, c’est que dans le serment d’Hippocrate, il y a une ligne stipulant que pour être crédible, faut être à la bourre.)
Mais bon, on est incapables d’en vouloir à la personne qui va nous présenter notre bébé à naître sous toutes les coutures. Et donc, comme sans doute tous les couples, on a juste dit :Bonjour !, et on s’est assis sagement. Et on a attendu.
10 h 45 : enfin, c’est à nous. J’entre dans la salle d’examen avec autant d’assurance qu’un cancre timide à l’oral du Bac. Ma femme est priée de s’allonger, on lui barbouille un truc chelou sur le ventre, et boum,sans sommation, il est là. Frétillant, cabriolant, un petit têtard sous extasy qui danse en noir et blanc. Mon fils, ou ma fille, je ne sais pas encore. Le petit machin est là, en tout cas bien vivant, même si à ce stade, il n’a d’être humain que l’embryon d’un nom, mais l’œil du néophyte arrive à reconnaître une main, un profil. On nous fait entendre son cœur. Il bat vite. Le mien aussi.
•••
On m’avait prévenu que ce serait sans doute un des moments forts de la grossesse. Où ça devient réel. Où ça existe, vraiment. Je ne sais pas trop comment réagir. J’hésite. D’un côté, forcément, je suis heureux. Mais de l’autre, j’angoisse. Ce petit truc qui saute partout, je suis appelé à être l’auteur de ses jours, pour le restant des miens. Je ne sais pas si je pourrai assumer. J’ai peur, oui.
Et puis, finalement, le bon sens reprend le dessus. Oui, je suis heureux. Je respire, je veux savoir. Tout va bien ? Car l’échographe, lui, ne dit rien. En même temps, c’est son quotidien, tous les jours, il en voit défiler des aspirants parents qui respirent à peine. Il s'en fout, il est concentré sur ses mesures. Au sommet de la blouse blanche, la tête opine, doucement. Se penche, observe. Les parents scrutent les sourcils qui se froncent. Interprètent le moindre signe. Un seul mot importe, qui leur brûle les lèvres : Normal ? Mais ils n’osent pas interrompre. Et forcément, pendant ce temps, l’imaginaire travaille.
— Madame, Monsieur, j’ai une terrible nouvelle: l’échographie est formelle, vous allez accoucher d’un petit alien.
— Gloups. Vous êtes sûr docteur?
— Absolument. Regardez, on voit bien là, elle a trois oreilles et des dents de cinquante centimètres. Et cette petite tache noire que vous voyez, c’est une glande à venin. Je suis désolé. Le sperme de monsieur doit être vraiment frelaté… Je n’ai jamais vu ça…
— Ah ?
— Ça nous fait 74€. Si vous le souhaitez, vous pouvez remplir un formulaire d’abandon. Vous en trouverez dans la salle d’attente.
Finalement, tout va bien. On ressort de là avec une image pourrie sur laquelle on fera semblant, plus tard, de savoir retrouver ce qu’on nous y a montré. Il y a aussi ces photos 3D où ma femme est sûre de reconnaître la forme d’un nez ou le dessin du visage. Les hormones, décidément, ça vaut toutes les drogues de synthèse du monde.
•••
Reste maintenant à passer des coups de fil. Rassurer la famille. Et répondre aux trois questions protocolaires d’un début de grossesse. Trois questions qu’on va systématiquement te poser : C’est prévu pour quand ?Vous voulez savoir?Vous avez choisi un prénom?
La première, la réponse est facile. La seconde aussi, une fois qu’on a décrypté qu’il s’agit du sexe de l’enfant. La troisième est plus sensible, car faut-il dire ou ne pas dire les prénoms qui ont été retenus ? Chacun son opinion.
Trois questions, qui ne sont en fait qu’un début. Une foule d’autres suivront, à d’autres moments de vie. Tu veux quoi comme dessert ? T’habites où ? Ils font quoi tes parents ? Tu veux faire quoi plus tard ? Tu veux sortir avec moi ? T’as des capotes ? Vous voulez payer par chèque ? Tu as eu quoi, toi, comme taux ? Et toi, t’as mal où ?
Mais cette question du prénom est fondamentale : toute sa vie, ton rejeton devra vivre avec et parfois en subir les multiples traumatismes. Et ce sera de ta faute, entièrement si ça ne se passe pas bien, tout ça parce que TU auras choisi un prénom qui LE suivra pour sa vie entière. Quelle pression… Il saura bien nous le rappeler, d’ailleurs, le fourbe. Tiens, si on l’appelait « le fourbe »? Au moins, ce serait original, et il aurait une chance de réussir dans les affaires. Ou en politique.
•••
Normalement, c’est à la deuxième échographie qu’on apprend le sexe de l’enfant à naître. Certains couples choisissent de ne pas savoir, d’autres choisissent de ne pas attendre pour savoir. Il y a en effet plein d’officines qui proposent des « échographies de confort », avant la fin du deuxième trimestre. Moyennant une petite centaine d’euros, un professionnel se propose de décrypter une image en noir et blanc où le profane lui, ne voit qu’une forme rappelant vaguement un gigot d’agneau en décongélation. On y entre avec un point d’interrogation, on en sort avec une fille ou un garçon.
Pour nous : une fille.
Voilà.
Je vais être papa d’une petite fille.
D’abord, ce n’est pas grave. On m’avait donc très souvent posé la question et je répondais toujours la même chose : du moment que j’hérite d’un petit bout en bonne santé, qu’il ait un ou deux X dans son caryotype, je m’en tape.
Soyons prosaïques : premièrement, elle va naître dans la France d'un XXIe siècle en pleine crise d'adolescence, ce qui, en soi, n’est pas une bonne nouvelle. Parce que si ça continue, le premier mot qu’elle saura articuler ne sera ni « papa », ni « maman »,mais justement « la crise ».
Mais elle verra aussi le jour conjointement à plusieurs révolutions dans des pays arabes, dont l’avenir dira si ce fut juste l’histoire d’un printemps. Et si elle naît dans un monde plus libre, ce ne peut être qu’un bon présage.
Sauf que, ce sera une fille. Une fille qui va grandir. Et je le vois gros comme une maison, vu comment sa mère est belle, elle va tout déchirer sa race3. Sauf si elle hérite de mon gène Bonjour, c’est l’acné, je suis trop ton pote pour vingt ans. Non. Elle sera magnifique, évidemment. Elle provoquera des torticolis en série aux passants dans la rue, elle suscitera le désir, l’envie, la jalousie, même. Et comme je me vois mal la suivre ad vitam aeternam avec ma fourche, il va falloir que j’envisage de devenir cardiaque. Parce que je suppose que je n’aurai pas le droit de lui mettre une burqa, hein? Parce que premièrement, déjà, c’est interdit par la loi, que deuxièmement, ça tient chaud, que troisièmement, c’est très moche (et ça n’existe pas en taille 3 mois, j’ai demandé) et que quatrièmement, même pour rire, ce n’est pas drôle.
Il va donc falloir que je me fasse une raison. Nous allons créer, et je vais devoir assumer, une future femme. Ma chance, c’est de pouvoir compter sur l’autre auteure de ses jours : je fais confiance à sa mère pour lui apprendre à congeler les abrutis d’un seul regard.
•••
Ça y est, nous savons comment on va t’appeler. Ta maman est arrivée tout à l’heure avec ce prénom. Il est original. Tu seras sans doute la seule à le posséder. J’espère qu’il te plaira. Il faut aussi commencer à réfléchir aux autres prénoms, ceux qui iront derrière la virgule sur ta carte d’identité.
La tradition veut que, dans certaines familles, on donne systématiquement au premier-né un prénom porté par des ancêtres. Résultat, parfois, en plus des jolis yeux de leur arrière-grand-mère, certaines petites filles se retrouvent avec un héritage plus lourd à porter. Bonjour, je m’appelle Alizée, Georgette, Simone.
Nous, désolés les vieux, mais on ne fera pas ça. Les deuxième et troisième prénoms, je veux qu’ils te racontent une histoire, un bout de ton histoire. On te l’expliquera un jour. D’ici là, je commence à compiler une liste à ne surtout pas donner afin d’éviter les problèmes. Elle n’est pas exhaustive, mais pour l’heure, dessus, il y a Clara, Morgane et Katsumi.
•••
C’est un sentiment étrange. Pour l’instant, tu n’es pas encore là, et pourtant omniprésente. Dans ma tête, il y a donc cette petite voix qui me serine encore :Tu vas être papa, tu vas être papa. La bande originale de ma vie, en sourdine, mais toujours, toujours là, comme si je n’avais pas encore compris. Je ne te connais pas, j’ai déjà l’impression de te connaître par cœur. Ma femme me parle des papillons qu’elle sent voler dans son ventre. J’envie cette sensation que je ne vivrai jamais.
Mais toi, profites-en, vole… Pour l’heure, l’univers que tu connais a des parois rassurantes, une cage dorée pour seul royaume. Pour toi, l’horizon n’est qu’un mot que tu entends de très loin, filtré par le corps de ta maman qui, jour et nuit, te protège. Tu ne connais ni l’inquiétude, ni le doute, ni la peur. Alors, repose-toi. Pour la dernière fois de notre vie, nous t’avons juste pour nous, ta maman et moi. Deux et demi: impatients d’être tout à fait trois, rechignant aussi à devoir te partager avec le vaste monde.
Le monde est beau à voir, il suffit de savoir le regarder.
J’essaierai de t’apprendre.4
3. L’auteur essaie de suggérer ici, avec des mots mal choisis, il faut en convenir, que sa petite fille à naître sera très belle. Forcément. En toute subjectivité, bien sûr.
4. Pfff… Mais comment il se la joue, le mec …
Cinq… Six… Sept… La balance est formelle. Sept (putains de) kilos à ajouter à mon gabarit déjà « confortable ». Sept mille grammes de plus en seulement quelques semaines. Un douzième de mon poids à traîner comme un boulet.
Pardonnez-moi. Déjà pour mon langage, et puis pour la mauvaise foi. Car ce phénomène est bien connu, et nous arrange. La « couvade », du latin couvadare, qui a donné couverture, en français5. Ou comment la nature « recouvre » d’une petite couche de graisse le corps d’un homme dont la femme est enceinte, afin qu’il puisse - plus tard - puiser dans ses réserves pour protéger sa famille ? En allant chasser, par exemple. Sauf que voilà, entretemps, l’homo sapiens sapiens a un peu changé de mode de vie. Plus besoin de faire des bornes pieds nus dans la neige pour dégotter un mammouth de première fraîcheur : le supermarché du coin regorge de lasagnes de bœuf à la viande de cheval. Mais, dans le même temps, on a gardé nos vieux réflexes. Et en fait, je crois bien que ça nous arrange. Finalement, c’est cool d’avoir le droit de grossir sans subir le regard moralisateur de ceux qui nous entourent.
Je fais une couvade, j’ai le droit de grossir, alors… j’en profite! Je n’ai jamais autant mangé de glaces, de conneries sucrées ou de choses mal équilibrées que ces derniers temps. Je ne prends même plus la peine de me forcer à fréquenter la salle de sport à laquelle je m’étais déjà forcé à m’abonner, ma conscience ne me pose plus de problèmes.
Par ailleurs : j’ai un argument implacable. Je suis solidaire.
So-li-dai-re, parfaitement.
J’explique : ma femme, elle, a déjà pris douze kilos et elle flirte désormais avec ce qui aurait pu être mon poids de forme si j’avais un jour pris la peine de m’astreindre à un régime alimentaire sain, à des séances répétées de musculation et de jogging, et à l’abolition totale de l’alcool, au lieu de passer mes dimanches à regarder des séries, avachi sur un canapé fatigué, tout en mangeant des moignons de poulet reconstitués. Mais hors de question pour ma femme qu’elle puisse un jour gagner contre moi à un concours de balance. Donc, je n’ai pas le choix : je mange.
•••
— Bon, les gars, on a un problème, ça y est: on est gros.
La scène se passe dans une grande salle de réunion. C’est le conseil d’administration trimestriel du corps du futur papa. La séance est tendue, les visages fermés. Personne n’est surpris. Une ou deux personnes baissent les yeux, les autres soupirent. L’abattement est partout.
— Notre hôte a franchi un palier irréversible. Tous les chiffres vont dans le même sens: augmentation exponentielle.
Celui qui a parlé balaie chacun des participants du regard. Un regard qui ne souffre aucune pitié. Si quelqu’un tombe, tout le monde tombe. Ils le savent.
— François, les graphiques, s’il te plaît !
Un grand chauve à lunettes se lève et prend la parole.
Il est grave.
— Vous voyez, détaille-t-il, ici vous avez le poids de forme : 74 kg. Là, vous avez le poids actuel : 83 kg. On en est à +9 points, à six mois de grossesse à peine. À ce niveau, ce n’est plus une couvade, c’est du gavage. C’est très en dessous des seuils permis par Maasticht6.
— On est loin d’inverser la courbe…
— Et c’est une tendance lourde, c’est le cas de le dire. Regardez ce qu’on vient de trouver…
Celui qui vient de parler fait passer autour de la table une boîte de petits oursons en guimauve. Poids net : 1kg. Elle est vide.
— Je me souviens de ça! On l’a achetée il y a, quoi… deux semaines!
— C’est lui? Tout seul?!!
— Officiellement, non. Pas entièrement, en tout cas. Officieusement, j’en suis moins sûr. Notre cellule d’investigation a remarqué des flux anormalement élevés de glycérides ces derniers temps. On a mis nos meilleurs gars sur le coup, les analyses sont en cours.
— Putain… 1kg… L’enfoiré…
— Du côté des fringues, ça donne quoi?
— Justement, ça commence à être limite. Hier, l’hôte a dû passer une partie de l’après-midi avec le dernier bouton du pantalon détaché.
— Paye ton sex-appeal…
— Le con va se faire griller par ses collègues…
— Déjà fait. On comptabilise trois «Dis donc, tu n’as pas un peu pris, toi? », deux « Eh bah, on se laisse aller, hein! », et un «Alors, elle fait du gras celle-là?!! »
— Hier, il est allé au resto chinois, avec le buffet à volonté. Résultat, lui n’en a eu aucune. Il a pris deux fois des nems, quatre fois des boulettes de poulet en sauce et deux boules de glace.
Murmure de stupeur dans l’assemblée.
— Combien le menu?
— 10,50€. Mais ce n’est pas la question.
— Bon. Faut mettre en place un protocole.
— Faire du sport?
— Pfff… Compliqué. On a les EPP sur le dos.
— Les EPP?
— Excuses, Prétexte et Procrastination… Des mecs incompétents, qui n’en branlent pas une, mais qui ont l’oreille du patron. Du coup, dès qu’ils peuvent nous saborder, ils ne se gênent pas.
— Et ça l’arrange, en plus.
— Si vous saviez… J’ai toutes les peines du monde à lui faire prendre l’escalier pour un étage.
— Putain… C’est grave! Et il n’est pas foutu d’aller courir?
— Il dit qu’il ne sait pas où aller, qu’il y a trop de voitures et qu’il pleut.
– Il se fout de notre gueule?
– Oui.
– Sérieusement, il a intérêt à se bouger son gros cul flasque, hein. Parce que ça commence à bien faire! Si ça continue, il va mettre du 44…
Un frisson d’effroi parcourt l’échine des participants.
— On pourrait essayer de le menacer? C’est bientôt l’été, il y a la perspective de se retrouver en maillot de bain, d’avoir à affronter le regard des autres…
– Laissez tomber. Ça marche deux minutes. Après, il se donne bonne conscience en mâchonnant du chocolat et en parlant du «diktat de l’apparence », soi-disant que c’est une annihilation de la liberté.
– Il est anarchiste?
– Non, de mauvaise foi.
– Il dit qu’il est « solidaire ». Que sa femme elle aussi a pris et qu’il veut être bienveillant à son endroit.
– Mouais. Sauf qu’elle, derrière, elle va les perdre ses kilos en trop. Il va bien falloir qu’il s’y mette aussi. Sinon, quand elle sera redevenue la fine et svelte silhouette qui sait faire trébucher le rythme cardiaque du plus marié des hommes fidèles, elle ne voudra pas se traîner longtemps un gros patapouf sous le seul prétexte qu’il est le père biologique!
— C’est clair. Faut qu’on trouve un moyen.
— On se fait un déj’, et on en discute ?
— Mc Do ?
•••
81,7kg.
Je ne rentre plus dans aucun jean.
Semaine de merde.
•••
La solidarité, je veux bien. Mais il y a des limites.
D’abord, la balance qui me fait les gros yeux. O.K., j’ai ma part de responsabilité. C’est ma manière à moi d’être impliqué dans cette grossesse. Je suis solidaire.
Mais pour mère Nature, visiblement, cela ne suffit pas. Voici que je perds mes cheveux. Un par un, doucement, mais sûrement, c’est moi désormais qui bouche le siphon de la salle de bains. Je me dégarnis à vue d’œil.
C’est quoi le concept ? Il faut que je sois chauve à la naissance de ma fille ? Si ça se trouve, à ce rythme, elle aura plus de cheveux que moi. C’est pour être solidaire aussi ? C’est pour la faire marrer à chaque fois qu’elle verra son père ?
Mère Nature, t’es vraiment une connasse.
•••
Ça y est.
C’est le genre de moment qu’on attend, on sait que ça arrivera. Fatalement. Un jour ou l’autre. C’est la nature, qui décide.
Rien que d’y penser, j’en tremble.
J’y suis.
L’angoisse, totale, à cette seule perspective. Voilà que la réalité rattrape la fiction. Les « si » se transforment en « maintenant ».
Qu’on se comprenne bien, je ne renie en rien ma responsabilité. Je sais que j’en suis là où j’en suis uniquement par ma faute, je ne peux en vouloir à personne. Si ça arrive, c’est que je l’ai laissé faire.
Mais bon, quoi qu’on en dise, un tel bouleversement, même quand on y est préparé, on n’y est pas préparé. Tous ceux qui sont déjà passés par là te rassurent, ils disent que ça va aller, qu’au début ça fait un choc, mais qu’après on s’y fait.
Maintenant que j’y suis, je comprends ce qu’ils voulaient dire.
Bordel…
Je savais que c’était une histoire de mois, j’avais renoncé à compter. Par peur sans doute de me prendre la vérité en pleine tête.
J’ai honte.
Et je suis désolé, tellement désolé.
Je demande pardon au petit garçon tout plein d’espoir que j’étais, d’une certaine manière, c’est lui que je trahis, c’est lui que j’abandonne.
Et, évidemment, pardon à ma femme, c’est la première concernée.
Pardon mon amour…
Pour la première fois, aujourd’hui, j’ai acheté un pantalon taille 42…
5. Si, si je vous jure.
6. Méthode d’Application Approximative de Séquences Typiques d’Instinctonutrition pour Contrer la Hausse du Taux de sucre.
Les enfants ? C’est que du bonheur.
Celui ou celle qui a dit ça un jour ne devait pas avoir la même vie que moi, alors. Sérieusement ? Du bonheur, d’accord. Mais QUE du bonheur ? Publicité mensongère.
Il s’agit de rétablir la vérité. J’estime être en capacité de le faire, puisque j’étais en dessous de 0,5 g d’alcool lorsque j’ai joué à la grande loterie de la reproduction.
Lucide, consentant et sans mentir, vraiment pressé d’y être.
Mais, quand même, allons-nous un jour franchir ce tabou?
Et oser dire qu’il y a parfois d’autres raisons que celles habituellement émises pour expliquer ce besoin de progéniture?
Alors, voici pourquoi il faut faire des enfants:
1.Ça permet de passer plus vite à la caisse des supermarchés. Il suffit d’emmener sa femme à chaque fois. Ça la sort. Et ça lui fait du bien. Même si elle est quand même vachement lente.
2.Ça permet de léguer son nom de famille. Ainsi, de permettre à l’adolescent boutonneux qui, faute de sexualité satisfaisante, se lancera dans la généalogie en 2134, de retrouver plus facilement ses ancêtres. Ça l’occupera.
3.En cas de défaillance du corps, cela permet d’avoir, sous la main, un donneur génétique compatible. Hors de question que je pourrisse des années tout en bas d’une liste en attente d’une greffe de moelle osseuse alors que j’ai tout ce qu’il faut à la maison.
4.La prime de naissance, les allocs, la prime de rentrée. Ça permet au moins d’investir dans un écran plat. C’est un minimum au XXIesiècle pour un père digne de ce nom.
5.On peut demander à changer de voiture sans que votre femme vous fasse les gros yeux. Mais en l’occurrence, c’est plutôt un moins. Rarement, un homme s’est dit que son quotient sexuel était multiplié au volant d’un Scénic.
6.Un enfant, tu peux l’humilier en le battant aux échecs. Au ping-pong. Au foot. Aux jeux vidéo, même si tu es toi-même une sombre merde. Mais cela n’est valable que jusqu’à quatre ans et demi.
7.On peut vérifier, lors de la fête des Pères, si les instits font toujours des colliers de nouilles.
8.Et puis, aussi, cela permet d’être, dans les yeux de quelqu’un, toujours un peu plus grand que les autres. Unique. Spécial. Même dans les moments de faiblesse, savoir qu’on est toujours un peu aimé. Ton bébé, il s’en fout que t’aies loupé le créneau. Ça fait du bien à l’ego. On se sent moins con.
9.Mais l’avantage ULTIME, c’est le frisson que cela procure. Tu peux fréquenter le meilleur parc d’attractions du monde, t’envoyer le manège le plus incroyable, faire Space Moutain sous ecstasy, aller voir «Rec » en ٣D, rien n’égale la sensation de se dire, un jour, face à son miroir: Je vais être papa…
Flip-pant.
•••
Autre angoisse récurrente, en tout cas chez moi : avoir une fille.
Je le savais, j’avais une chance sur deux, et je n’avais qu’une seule préférence : qu’il/elle soit en bonne santé. Mais quand on m’a annoncé donc, que ce serait une fille, j’ai quand même pensé à la suite. Quand elle ne sera plus un truc mignon avec des couettes, mais qu’elle deviendra un objet de désir aux yeux des hommes. Quand il me faudra sortir la fourche pour la défendre des hordes de garçons testostéronés qui tenteront de lui tomber dessus.
