Paroisse en feu - Francis Manoukian - E-Book

Paroisse en feu E-Book

Francis Manoukian

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Beschreibung

Comment mettre toute une paroisse en mission ? Comment faire en sorte que la joie de l'annonce directe de l'Évangile transforme non seulement les cœurs, mais les habitudes d'une communauté paroissiale tout entière ? Ce manuel de mission paroissiale, fruit d'une longue expérience, apporte une réponse pratique à ces questions. Fruit d'une longue expérience, il est un outil précieux pour les curés qui n'ont pas le temps ou les moyens de former les fidèles à évangéliser et à construire une pastorale missionnaire dans la durée. Mais ce manuel n'est pas réservé aux prêtres ; il se veut aussi un référentiel pour tous les paroissiens qui s'engageront aux côtés de leurs pasteurs dans l'aventure missionnaire.

Paroisse en feu a pour but d'amorcer la « conversion pastorale » des paroisses et de hâter l'avènement de cette « Église en sortie » que le pape François appelle si ardemment de ses vœux.

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Seitenzahl: 277

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Francis Manoukian

Paroisse en feu

Manuel pratique de la mission paroissiale

Conception couverture : Christophe Roger

Image couverture : Shutterstock

Composition : Soft Office (38)

© Éditions Emmanuel, 2017

89, bd Auguste-Blanqui

75013 Paris

www.editions-emmanuel.com

ISBN : 978-2-35389-613-4

Dépôt légal : 1er trimestre 2017

À tous les membres de l’EMI

Remerciements

Merci au cardinal Barbarin qui nous a fait confiance il y a trois ans, ainsi qu’à tous les curés qui ont lancé une mission en faisant appel à nos services.

Merci à ceux qui ont pu témoigner dans cet ouvrage.

Un immense merci à Jean-Baptiste Clément et à Marie-Liesse de Courrèges qui se sont usés à me relire et à me corriger. Grâce à eux, ce manuel est tout à fait digeste.

Merci au père Vincent Bedon et à Sophie-Marie Drouineau qui ont été dès le début de cette aventure.

Merci enfin à la communauté de l’Emmanuel qui offre ce service de l’EMI à tous les prêtres courageux qui se lancent dans l’aventure de remettre au centre de leur pastorale l’évangélisation directe.

Présentation de l’EMI

L’Équipe Missionnaire Itinérante (EMI) a été créée en juin 2014 par le père Francis Manoukian, prêtre de la communauté de l’Emmanuel, et elle a été accueillie dans le diocèse de Lyon par le cardinal Barbarin.

Elle se propose d’être une équipe d’accompagnement de projets missionnaires pour aider les structures classiques telles que les paroisses, les écoles et les universités catholiques, à se mettre en mission d’annonce directe de la foi.

L’EMI ne se situe pas d’abord comme « intervenant » mais comme « coach » d’un projet qui n’est pas le sien, même si en accompagnant, elle participe concrètement aux missions.

En multipliant les expériences, elle devient aussi un laboratoire de travail sur l’évangélisation moderne. Prière, réflexion, création d’outils nouveaux, éditions d’ouvrages pratiques, partage d’expérience rythment la vie de l’équipe.

En trois ans, elle a déjà accompagné 10 paroisses, 3 écoles, 3 universités et 1 sanctuaire dans une mission d’annonce. Elle a donné des formations dans des séminaires diocésains et pour des groupes missionnaires divers.

Pour tout renseignement : www.oselamission.frContact : [email protected]

Préface

Cardinal Philippe Barbarin

Un jour, après un long développement sur l’attitude et le vêtement du serviteur, Jésus s’exclame : « Je suis venu apporter un feu sur la terre et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Lc 12, 49). Ce verset souvent cité, mais pratiquement toujours détaché de son contexte, vient comme la conclusion d’une vigoureuse consigne donnée quinze versets plus haut : « Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées » (v. 35).

Après avoir évoqué ce feu sur la terre, Jésus nous parle de sa Passion. Il va lui aussi se jeter dans le feu : ce sera, pour nous, le salut et, pour lui, l’ouverture des portes du Royaume.

On peut dire que l’auteur de ce Manuel pratique de la Mission paroissiale a un cœur brûlant, qu’il s’est lui-même jeté dans le feu et qu’il veut allumer cet incendie autour de lui. Quand on aime quelqu’un, on cherche à lui procurer ce qu’il y a de meilleur. Le cardinal Billé répétait souvent une phrase qu’il avait empruntée à Jean-Paul II : « La plus grande charité, c’est d’annoncer l’Evangile. »

−À ce frère qui erre dans le brouillard des opinions ou dans la nuit du non-sens ;

−À celui qui se demande ce qu’il fait sur terre et qui marche au bord du ravin du désespoir ;

−À celui qui désire trouver la liberté mais constate qu’il est prisonnier de quantités de chaînes et d’addictions ;

−À cet ami qui s’agite pour des choses vaines et se saoule de bruit, de buzz ou de drogue, faute d’avoir trouvé la Vie.

Bref, à tout homme dont nous savons que la vie serait entièrement renouvelée si la cascade, le torrent de la Miséricorde pouvait déferler sur lui et le régénérer.

Il ne s’agit pas de « valeurs » à défendre pour que notre civilisation ne soit pas mise en danger, ni de principes tirés d’une philosophie supérieure, ni même d’idées nouvelles jaillies d’une « intelligence de course ». Non, c’est une promesse inscrite au fond de nous-mêmes. En grec, le mot promesse se dit épangile, et c’est à partir de ce mot qu’a été forgé celui d’Évangile. Quel dommage que les traductions ne parviennent pas à nous le faire entendre ! Et l’annonce (en grec anangile, autre mot du Nouveau Testament, tout proche des précédents), consiste précisément en cela : expliquer, révéler, affirmer que la promesse inscrite au plus profond du cœur de tout homme, c’est Jésus qui est venu la réaliser.

La mission d’un chrétien, membre du corps du Christ, disciple du Verbe qui s’est fait chair, sera d’être lui aussi Parole vivante, annonçant l’accomplissement de cette promesse. C’est certainement la grâce principale de l’E.M.I., cette équipe itinérante dont le Père Francis Manoukian nous décrit le projet et la méthode dans les missions paroissiales. Ce livre ne donne pas une méthode infaillible, des recettes performantes ou des solutions toutes faites aux problèmes qui viendront à se présenter… Il est simplement le fruit, réfléchi et mûri, d’une expérience déjà longue.

C’est un bon instrument de travail, qui pourra, j’en suis sûr, porter beaucoup de fruit. Il s’appuie sur maints exemples concrets, propose de nombreuses suggestions et recommandations, offre dans une dizaine d’annexes des fiches précises et utiles, ne négligeant rien des aspects matériels : la salle de repas, de repos, le sport, le transport, le budget…

Ce manuel porte aussi une grande attention aux aspects psychologiques et sociaux de la belle aventure de l’évangélisation. Comment favoriser la participation de tous, la responsabilité et la mise en valeur de chacun ? Comment être attentif au contexte local, inviter à l’audace, insuffler la confiance en soi, maîtriser la communication et le « buzz » ? On y offre aussi tous les outils pour le kit du parfait missionnaire : la qualité de l’accueil, le soin apporté à la liturgie…

Bref, c’est un texte foisonnant, auquel ne manquent pas, bien sûr, les fondements spirituels. Et d’abord l’appel à la conversion de tous et de chacun de ceux qui veulent se lancer dans l’aventure paroissiale. La réflexion sur la paroisse tout entière missionnaire autour de son pasteur, le curé, et d’une équipe responsable de la mission, fait naître entre tous une fraternité nouvelle fondée sur le mystère de l’élection, Dieu qui nous a choisis, qui fait de nous des frères et nous appelle à vivre dans la charité fraternelle, la philadelphie, un si beau mot du Nouveau Testament !

La lecture de ces pages m’a semblé une suite harmonieuse de la mélodie chantée par le pape François dans La joie de l’Evangile, ou encore un beau développement du merveilleux appel lancé par le bienheureux pape Paul VI dans l’exhortation Evangelii nuntiandi de 1975 : « Il n’y a pas d’évangélisation vraie si la personne, l’enseignement, la vie, les promesses, le Règne, le mystère de Jésus de Nazareth, fils de Dieu, ne sont pas annoncés. »

Grand merci donc au P. Francis Manoukian et à toute l’Equipe Missionnaire Itinérante de nous partager le fruit du travail accompli depuis des années. Les lecteurs recevront ce cadeau librement. Tout leur est offert, rien ne les oblige. Ils retiendront et mettront en œuvre ce qui leur paraîtra judicieux et adapté à la situation où ils se trouvent. Et l’on peut être sûr que cette lecture leur donnera beaucoup d’autres idées… qui porteront de nouveaux fruits.

Merci, Seigneur !

Deux témoignages

Témoignage du père Matthieu Thouvenot1

J’ai pris la décision de préparer une Semaine de Mission pour la paroisse Saint Jean-Paul II de Gerland, quand je me suis rendu compte que les Cellules Paroissiales d’Evangélisation, qui étaient nées officiellement depuis 8 mois, grandissaient sûrement, mais lentement… La nombreuse population de Gerland ne pouvait pas se contenter d’une croissance lente, et beaucoup ne seraient pas touchés si on se contentait de l’évangélisation de l’entourage, comme le proposent les Cellules. Pour rendre la paroisse plus missionnaire, pour que des paroissiens plus nombreux (pas seulement les membres des Cellules) deviennent missionnaire, il fallait un événement fédérateur, qui remette en cause les habitudes tranquilles de la paroisse, et qui donne l’occasion à beaucoup de découvrir l’évangélisation.

Je n’étais pas capable d’organiser cela moi-même, cela me paraissait une montagne. Par ailleurs, je ne voulais pas déléguer la préparation d’une telle mission à un groupe extérieur, qui risquait de ne pas laisser d’autre trace que les bons souvenirs d’un événement ponctuel. Ce qu’il fallait, c’était accompagner la paroisse pour qu’elle devienne missionnaire de manière durable.

En apprenant l’arrivée de l’EMI à Lyon, et en découvrant qu’une mission comme j’en rêvais était prévue dans une paroisse proche de la nôtre avec son aide, j’ai décidé de faire appel à cette équipe.

La manière de voir les choses correspondait à mon désir : que la paroisse soit organisatrice, et accompagnée par l’EMI du début à la fin. Le fait que le responsable général de la Semaine missionnaire soit un paroissien, et non pas le curé, m’a beaucoup soulagé. Et la nécessité de trouver un tel responsable, et les membres de l’équipe de coordination, m’a permis d’une part de vivre toute la préparation de manière assez légère (ce qui était nécessaire pour que la vie paroissiale continue malgré tout), et d’autre part de découvrir des talents que je n’avais pas encore repérés.

Ce qui a permis aux responsables interpellés d’accepter, c’est le manuel proposé par l’EMI, qui aide à planifier, percevoir le périmètre de chaque responsabilité, et qui donne des outils précieux pour élaborer une Mission qui corresponde vraiment à la situation de la paroisse et du quartier.

La Semaine missionnaire a été un très grand moment de l’année pastorale, avec beaucoup de joie. Et beaucoup de surprises : ce ne sont pas les événements sur lesquels nous comptions le plus qui ont été les plus marquants. Je n’avais pas espéré beaucoup de l’évangélisation de rue (je n’étais pas convaincu du tout, et je ne l’avais pas vraiment souhaitée, mais comme cela faisait partie du projet, je ne l’avais pas refusée) ; et finalement c’est ce qui m’a le plus touché. Les activités les plus simples ont été les plus payantes.

J’ai été très touché par la joie des paroissiens qui se sont engagés dans cette Mission, et leur désir de ne pas en rester là. Nous avons donc décidé de ne pas clore la Semaine missionnaire, mais au contraire de devenir de plus en plus une paroisse missionnaire en permanence. Ce que nous avons découvert comme très important pendant la Semaine (accueil soigné aux messes dominicales, évangélisation de rue…) est resté comme un impératif, que nous nous efforçons de garder maintenant de manière permanente. Nous en sommes venus à repenser l’organisation complète de la paroisse, pour répondre à la vision que nous avons cherchée et reçue en préparant la Mission. S’il y a des fruits visibles de la Semaine elle-même (de nouveaux paroissiens sont arrivés, clairement, grâce à elle), d’autres continuent à apparaître, dans l’engagement de nouvelles personnes pour le service de la paroisse. Nous avons été conduits à poursuivre notre conversion pastorale, et à repenser les structures, pour rester dans l’élan missionnaire.

Témoignage du père Lionel Dewavrin2

Nous avons vécu une mission étalée sur deux week-ends et une semaine en mars 2016.

Pendant mes quatre premières années à la paroisse, nous nous étions beaucoup recentrés sur le Christ à travers des liturgies nourrissantes, la mise en place progressive d’une adoration qui est maintenant continue, des enseignements bibliques et spirituels et d’autres initiatives encore. Je sentais que nous étions prêts pour nous lancer dans le développement de la mission, nous en avions discuté en Equipe d’Animation Paroissiale, mais j’ai vite réalisé qu’il nous était difficile de sortir de nos habitudes pastorales et de nos façons de faire. Il nous fallait une aide extérieure qui apporte un regard neuf et une expérience que nous n’avions pas. J’ai entendu parlé de l’EMI par un ami prêtre et nous nous sommes lancés dans l’aventure avec eux.

Une chose que j’ai particulièrement appréciée en faisant appel à l’EMI est qu’ils ne viennent pas faire la mission à notre place. D’où ce travail de préparation très important de plusieurs mois avant la mission en elle-même. L’EMI cherche à mettre la paroisse en mission, nous donnant les outils nécessaires pour cette mise en route, apportant leur expérience et leur enthousiasme. Un des outils important est le manuel. Il nous permet de porter un regard différent sur les réalités paroissiales et celles des communes dans lesquels nous sommes envoyés. Ce manuel nous a aidé à réfléchir sur notre paroisse en nous obligeant à nous poser des questions sur notre façon d’agir, sur les projets que nous avions, et surtout sur la vision que nous voulions développer pour la paroisse. Il est aussi une mine d’idées tirées de l’expérience que l’EMI acquiert à travers ses différentes missions paroissiales.

Pour ma part, j’ai vécu cette mission comme une sorte de « retraite missionnaire ». L’équipe missionnaire de laïcs mis en place lors du temps de préparation de la paroisse a remarquablement fait son travail tout au long de ces dix jours ; du coup j’ai pu me consacrer à la mission sans être trop dans l’organisation, la vivre de l’intérieur comme les autres paroissiens missionnaires. Je crois que le Seigneur s’est arrangé pour que cela soit possible ; même les funérailles, qui me prennent parfois beaucoup de temps, se sont arrêtées pendant ces 10 jours ! Une « retraite missionnaire », dans le sens où j’ai délaissé les 99 brebis pour aller chercher la brebis perdue. Seulement je ne l’ai pas fait seul puisqu’une partie des paroissiens est venu pour aller chercher la brebis égarée. Ce qui a caractérisé ces dix jours de mission est avant tout la Joie. Les paroissiens ont expérimenté la joie de la mission. La joie d’oser sortir pour annoncer l’évangile, sortir de leur entre-soi catholique pratiquant, sortir de nous-même, tout simplement.

Des paroissiens se sont découverts missionnaires, d’autres l’étaient déjà mais le vivre en communauté leur a donné un dynamisme nouveau. Être missionnaire procure une grande joie partagée, car nous ne pouvons être missionnaire seul. Des gens loin de l’Église ont été touchés par l’évangile, plusieurs adultes ont demandé à recevoir la confirmation, d’autres sont maintenant en route vers le baptême. Les habitants de Wasquehal et Villeneuve d’Ascq ont été agréablement surpris que des chrétiens viennent à leur rencontre. L’accueil a été globalement très positif.

Cette mission a bouleversé ma façon de vivre mon ministère. Je dirais que j’ai recentré mon ministère sur la mission. J’ai réalisé que j’étais pris dans une sorte de « pastorale de conservation », pour reprendre l’expression du pape François, et j’ai pris conscience à quel point nous devions aller vers une pastorale missionnaire, pastorale qui ne peut se vivre qu’avec l’aide d’une communauté missionnaire, celle des paroissiens, à condition qu’ils acceptent d’entrer dans une démarche qui les transforme en disciples missionnaires. C’est ce qu’a permis cette mission paroissiale : constituer dans la paroisse un noyau de disciples missionnaires qui vont peu à peu entrainer les autres paroissiens dans la mission. Sur notre paroisse, comme dans toutes les paroisses de France, nous rencontrons des paroissiens qui ont un bel esprit de service, mais il faut reconnaître que peu de paroissiens développent un véritable esprit missionnaire. Ce qu’a permis cette mission, c’est justement de faire souffler cet esprit missionnaire. Le but maintenant c’est de ne pas le laisser retomber et de développer cet esprit à travers les activités pastorales habituelles en y insufflant un souffle nouveau, et aussi développer de nouveaux projets missionnaires qui nous permettent de « faire » des disciples, comme le demande Jésus dans la finale de l’évangile selon saint Matthieu.

Un grand merci aux missionnaires de l’EMI pour la joie de la mission qu’ils nous ont fait découvrir, pour leur enthousiasme et le bel exemple de disciples missionnaires qu’ils nous ont donné !

1. Curé de la paroisse Saint Jean-Paul II de Gerland (Lyon).

2. Curé de la paroisse Frédéric Ozanam à Wasquehal-Villeneuve d’Ascq.

Avertissement

La finalité de l’Equipe Missionnaire Itinérante(EMI) est d’aider les paroisses (ainsi que les universités et écoles catholiques) à se mettre en mission d’évangélisation. Forte d’une expérience déjà éprouvée, l’EMI a pour ambition de former une multitude de témoins à l’annonce du Ressuscité dans la vie chrétienne ordinaire.

Depuis les années 70, les écoles d’évangélisation3 se sont réapproprié, en les modernisant, les missions paroissiales d’antan, proposant des événements ponctuels d’une semaine. Elles ont pu intervenir et réveiller la foi endormie de bien des chrétiens.

Nous nous sommes aperçu que ces missions touchaient avant tout ceux qui évangélisaient, en l’occurrence les jeunes de ces écoles et une poignée de paroissiens. Mais qu’est-ce qu’un petit nombre de témoins enflammés pour transformer une paroisse à long terme ?

Il fallait trouver une manière de mettre toute la paroisse en mission pour que la joie de l’annonce puisse transformer non seulement les cœurs, mais les habitudes d’une communauté tout entière. C’est cette intuition fondamentale qui a aidé à la création de l’EMI.

Avec ce manuel, nous proposons un outil précieux pour les curés qui, ployant sous une charge bien lourde, n’auraient pas le temps (ni les moyens) d’inviter et de préparer les fidèles à évangéliser et à construire une pastorale missionnaire dans la durée.

Ce livre a pour but d’orienter la « conversion pastorale » dont nous parle le pape François depuis son exhortation apostolique Evangelii gaudium.

Cependant, ce manuel n’est pas réservé aux prêtres. Il a pour objectif d’être un référentiel pour tous les paroissiens qui s’engageront dans cette aventure, et en particulier ceux qui prendront des responsabilités pastorales et logistiques au service de leurs frères. Lisible par tous, il permettra au pasteur de ne pas avoir à en transmettre le contenu dans ses homélies (excepté certains points particuliers qu’il trouvera opportun de relever).

Pour autant, il ne faut pas chercher ici une synthèse exhaustive sur la question pastorale. Nous ne donnons pas de « solution » sur la manière d’organiser une paroisse (ou de la réorganiser), même si nous suggérons quelques pistes. Des ouvrages tels que Manuel de survie pour les paroisses4 ou Rebuilt5, venant d’Amérique du Nord, nous aident à repenser librement une pastorale de croissance.

Nous nous intéresserons plutôt à la question de « l’Église en sortie » (c’est-à-dire l’évangélisation des non chrétiens), peu présente dans ces ouvrages6. En effet, si la conversion de nos propres habitudes en paroisse est fondamentale, celle des âmes hors de l’Église (et hors du champ de vision de l’Église) est toute aussi importante. Dans le début du christianisme, l’apôtre saint Paul a dû se présenter face aux païens sans aucune structure de soutien. Et nous nous trouvons replacés dans cette même situation dans beaucoup de régions de France.

Ce manuel ne constitue pas non plus un traité sur l’évangélisation. Depuis plus de trente ans, les ouvrages se succèdent et tentent d’exhorter les baptisés à devenir missionnaires à la lumière des Évangiles et des documents pontificaux des grands papes du XXe et XXIe siècle. Grâce à ce travail, il apparaît évident aujourd’hui pour une majorité de chrétiens, et pour les jeunes en particulier, que l’on ne peut plus taire la Bonne Nouvelle. Mais cette prise de conscience est-elle suivie d’une véritable mise en pratique ?

Notre objectif est de fournir un document d’accompagnement d’une mission paroissiale. Fruit d’une expérience de plus de 60 missions organisées, en France ou dans des pays européens, il vise à permettre le développement de cette forme spécifique d’évangélisation, non plus seulement par des intervenants professionnels, mais par les paroissiens eux-mêmes.

Bien sûr, une mission est toujours prêchée par des personnes extérieures afin que les bénéficiaires puissent rester interpellés par une parole et un regard nouveaux. Transformés en témoins, ils pourront aller à leur tour à la rencontre des non-croyants locaux, « extérieurs » à la culture et à la pensée) chrétienne.

Attention aux paroisses qui veulent se mettre en mission toutes seules, sans aide extérieure. Ce document ne donne pas toutes les clefs et l’on peut très vite devenir sa propre référence en matière d’évangélisation. Un regard de missionnaire, dont c’est le ministère exclusif, est donc important.

Un deuxième objectif est de donner quelques principes pédagogiques aux acteurs de la mission, qu’ils pourront reprendre par la suite dans leur développement missionnaire paroissial.

Ce Manuel pratique de la mission pastorale est destiné aux paroisses que l’EMI accompagne dans leur mission. Il complète, sans le remplacer, le contenu des formations dispensées par l’Equipe tout au long de cette collaboration, à savoir :

−séminaire de conduite d’une mission,

−aide à l’évaluation d’une paroisse, à l’élaboration d’une vision et d’une pastorale,

−animation des semaines de mobilisation,

−contenu des week-ends de formation à la mise en mission,

−parcours spirituel de disciple missionnaire,

−animation des portes-ouvertes et prédications spécifiques à une mission,

−séminaire sur la pastorale de croissance d’une paroisse,

−formation au suivi des convertis.

Nous espérons que cet ouvrage entraînera une majorité de chrétiens à se lancer dans l’aventure et qu’il profitera au salut des âmes.

Père Francis Manoukian Communauté de l’Emmanuel Responsable de l’EMI

3. Notamment les ESM (Emmanuel School of Mission) fondées par la communauté de l’Emmanuel à Paray-le-Monial (France), Altötting (Allemagne), Rome (Italie), Manille (Philippines).

4. James MALLON, Manuel de survie pour les paroisses, Paris, Artège, 2016.

5. Michael WHITE et Tom CORCORAN, Rebuilt. Awakening the Faithful, Reaching the Lost, and Making ChurchMatter, Notre-Dame, Ave Maria Press, 2013.

6. Elle n’y est souvent traitée que dans le cadre de l’accueil des personnes entrant dans les églises, et non dans le cadre d’une paroisse en sortie missionnaire.

Avant-propos

L’Évangile s’est répandu dans le monde grâce aux missions d’évangélisation. Depuis les apôtres (et surtout saint Paul), les persécutions n’ont jamais arrêté la diffusion de la Bonne Nouvelle, parce que l’Esprit Saint en est le protagoniste principal. La seule chose qui puisse ralentir la mission, c’est son manque de trans-mission, c’est-à-dire d’un « moteur » qui redonne toujours aux générations suivantes la nouveauté du salut. Le dépôt de la foi a besoin d’une tradition (ce qu’il faut transmettre) et d’une transmission (ce qui permet de transmettre).

Ce « moteur » doit comporter :

−des transmetteurs (= des missionnaires) ;

−des formateurs de missionnaires (= des maîtres7 et des lieux de formation8) ;

−des méthodes pour annoncer la foi (= des processus éprouvés qui sont toujours à actualiser) ;

−des occasions propices pour annoncer la foi (= des lieux et moments où la réception du message est possible9).

Où pouvons-nous apprendre à évangéliser ? Où sont les missionnaires et où sont les maîtres ? Quelles occasions avons-nous d’annoncer explicitement le Christ en Église, et non pas seulement individuellement ?10

L’arrêt des missions paroissiales en 1950 a sonné le glas d’une Église « proposante ». Les communautés religieuses spécialisées n’ont pas laissé de disciples. Or, depuis le concile Vatican II, les papes invitent tous les chrétiens, mais aussi les organisations religieuses, à une nouvelle évangélisation. Seulement, comment faire lorsqu’on a perdu le « savoir-faire » ?

Plus on tarde à répondre, plus les questions se multiplient :

−Comment reprendre l’initiative de la proposition lorsque l’on a appris à se taire et à se faire discret, enfoui ?

−Comment repenser une pastorale en croissance, alors que l’on a été habitué à « gérer » les affaires internes ?

−Comment reprendre l’initiative de la mission que nous a donnée Jésus et ne pas glisser vers un fonctionnarisme religieux, pour les clercs comme pour les laïcs ?

C’est dans l’heureuse perspective actuelle d’une reprise des missions paroissiales que nous publions ce document. Notre but n’est pas de promouvoir un seul type d’évangélisation, mais de montrer comment chaque pasteur peut transformer les brebis qui lui sont confiées en disciples missionnaires.

La fondation de l’Equipe Missionnaire Itinérante (EMI) a coïncidé avec la publication de l’exhortation apostolique du pape François sur l’évangélisation, Evangelii gaudium11. À notre grande surprise, cette dernière se proposait de relever les mêmes défis avec une joie et un enthousiasme immenses. Nous l’avons donc reçue comme un cadeau de départ et un signe providentiel d’encouragement des chrétiens à s’organiser pour l’évangélisation.

Nous prions pour tous ceux qui brûlent du désir d’annoncer le Christ et sa miséricorde. Nous les exhortons à ne pas rester seuls, mais à chercher des lieux et des pasteurs qui pourront les aider à répondre à cet appel qui vient de Dieu.

Nous les invitons également à ne pas réduire cet appel à des activités généreuses. L’Église ne peut se restreindre à devenir une œuvre de bienfaisance, une ONG parmi les autres (cf. les premiers discours du pape François).

Enfin, nous les encourageons à prier pour que se lèvent des pasteurs courageux qui puissent diriger des communautés entières d’évangélisateurs.

Que se répande le feu et l’espérance de Jésus Emmanuel, « Dieu-avec-nous» !

7. On a ici plus besoin de maîtres que de théologiens, même si l’un n’empêche pas l’autre (au contraire).

8. Les missionnaires ad gentes (qui vont évangéliser les pays non chrétiens) reçoivent une formation pour cela.

9. Même si l’apôtre Paul nous demande d’évangéliser à temps et à contretemps (2 Tm 4,2), nul besoin de se mettre tout le monde à dos dans une annonce qui tomberait à plat et serait malvenue !

10. Lorsque nous laissons à l’initiative de chaque chrétien le soin d’évangéliser, nous prenons le risque de nous reposer sur le bon vouloir personnel. Mais annoncer l’Evangile est d’abord et aussi une responsabilité collective. L’Église doit avoir une visibilité minimale sur ce qui est de sa responsabilité : la transmission effective du salut à toutes les nations.

11. Le 24 novembre 2013.

Introduction

1 an de mission, 1 an de grâce

Mettre sa paroisse en mission pendantun an, c’est plutôt intense ! Et pourtant, c’est le temps minimum pour amorcer un virage important dans l’évolution d’une pastorale.

On pourrait se contenter de faire une intervention de dix jours, mais cela n’apporterait pas de réel changement. Ce qu’il faut désirer, c’est « une année de grâce accordée par le Seigneur ».

Entrer dans l’« aujourd’hui » de Dieu

Ainsi commence la mission de Jésus, par cette promesse inaugurée dans son propre village (Lc 4, 16-22) :

Il vint à Nazareth où il avait été élevé, entra, selon sa coutume le jour du sabbat, dans la synagogue, et se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Isaïe et, déroulant le livre, il trouva le passage où il était écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur. Il replia le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous dans la synagogue tenaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Ecriture. » Et tous lui rendaient témoignage et étaient en admiration devant les paroles pleines de grâce qui sortaient de sa bouche.

L’« aujourd’hui » de Dieu, c’est le moment où l’on accepte de se mettre en mission comme Lui, à cause de Lui, pour Lui et avec Lui ; c’est le moment où l’on décide de répondre à l’ultime commandement de Jésus (Mt 28, 19-20) :

« Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde ».

L’« aujourd’hui » de Dieu se réalise quand l’Esprit Saint prend les commandes de la pastorale. Mais pas sans nous ! « L’Esprit du Seigneur est sur moi ! », voilà ce que chaque curé – et chaque paroissien – doit pouvoir se dire quand il se met en route dans cette aventure.

Opter pour une Église en croissance

Quand Jésus inaugure son ministère, il est déjà dans une vision à long terme, une pastorale de croissance. La preuve la plus évidente, c’est qu’il s’entoure de douze apôtres qui continueront son œuvre après sa Pâque. L’ultime commandement du Christ a une dimension universelle (« toute la terre ») et quasi intemporelle (« jusqu’à la fin du monde »).

Chaque curé préfère dynamiser sa paroisse plutôt que gérer la décroissance. Depuis trente ans, on ne parle que de mission, mais… comment faire ? Où sont les maîtres en la matière ? Où apprend-t-on à évangéliser, et surtout à former les autres à le faire ?

Depuis les années 50, les missions paroissiales ont presque disparu en France (alors qu’elles ont fait la France chrétienne)12. Dans les années 70, les communautés nouvelles se sont risquées à les reprendre dans un autre style13. Dans les années 90 sont apparus les parcours Alpha14, les Cellules paroissiales d’évangélisation15 et les apports des « mega-churches » américaines16 qui ont intégré les découvertes des sciences humaines (management, leadership, médias…) pour soutenir l’évangélisation.

En 2015, le pape François invite à réinventer une pastorale qui associe l’annonce de l’évangile et la miséricorde, particulièrement envers les plus pauvres.

Tout cela fait bouger. En même temps, dès qu’un projet missionnaire prend corps, nous nous rendons compte que nos structures paroissiales sont bien lourdes à faire bouger. Sont-elles vraiment adaptées à ce type de projets ? Finalement, faut-il adapter la mission à nos structures ou remettre la mission en route et lui donner de nouvelles formes ?

Ces questions font trembler ceux qui pensent qu’il ne faut rien changer du tout. L’Esprit Saint n’est-il pas capable de tout faire ? Si, certes, mais pas sans nous ! Et le pape nous supplie de supprimer le refrain bien connu : « On a toujours agi comme cela »17, qui aboutit à cet autre refrain : « Ne changeons rien » !

Opter pour une église en croissance va donc de pair avec un changement de paradigme et un changement de nos habitudes. Mettre la mission au cœur de la pastorale, c’est accepter la conversion pastorale dont parle le pape François (voir partie 1, chap. 2).

L’apport de missionnaires externes à la paroisse

Ce qui fait la spécificité du missionnaire, c’est qu’il vient d’ailleurs. Il ne remplace pas le pasteur et n’apporte pas de solutions magiques ; il vient pour annoncer le Christ et provoquer à la conversion des cœurs. La miséricorde de Dieu est la seule force dont il dispose, car elle est toute-puissante et sauve les causes apparemment perdues. Pour elle l’Esprit Saint suscite des apôtres18.

Mais le missionnaire manquerait son but s’il ne laissait pas, à son départ, des disciples-missionnaires engagés localement pour continuer l’œuvre de Dieu. Jésus a laissé les Douze poursuivre son œuvre. Il les a formés.

Nous devons ouvrir la porte de la mission. Cette porte a une double vocation. Elle permet de :

−faire sortir les paroissiens en dehors de leurs habitudes, à la rencontre des non-croyants (il faut libérer les chrétiens eux-mêmes de leurs « prisons ») ;

−faire entrer les nouveaux-croyants dans l’Église, à la rencontre des chrétiens engagés (il faut libérer les incroyants de leur vie sans issue).

Elle propose une méthode et un accompagnement dans le temps pour réaliser ce changement.

L’EMI ne fait pas la mission à votre place, car cela ne serait pas intéressant pour vous. Elle vous accompagne sur la construction de votre mission en vous aidant à ne pas tomber dans les pièges les plus habituels, à stimuler votre créativité, à suivre les inspirations de l’Esprit Saint.

Cette année de mission est en même temps :

−un temps de retraite qui appelle à la conversion personnelle → l’EMI vient prêcher et former des disciples-missionnaires ;

−un temps de propositions missionnaires vers l’extérieur → l’EMI vous aide à élaborer vos activités et votre pastorale de conversion tournée vers les non-croyants.

Prenez le temps de lire attentivement ce manuel, en notant vos questions et en surlignant ce qui vous semble essentiel. Ce sera autant de temps de gagné ensuite, quand il faudra passer à l’action.

Pour ceux qui se jettent à l’eau avec l’EMI, un temps de questions/réponses sera précieux pour une meilleure compréhension de l’ouvrage et réfléchie à partir de votre situation particulière.

D’autres outils et tutoriels vous seront donnés en cours de route pour vous aider à franchir les étapes délicates. Mais, comme chaque situation est singulière, l’EMI vous aidera d’abord à faire une « lecture de votre terrain ».

Plan de l’ouvrage

Dans ce manuel, nous présentons d’abord ce qu’est une mission paroissiale dans l’optique de la conversion pastorale (1ère partie) où nous insistons sur l’esprit et la manière de nous mettre en mission. C’est la partie la plus importante. Tous les paroissiens pourraient la lire.

Dans un deuxième temps (2e partie), nous donnons, sous la forme de « fiches de postes », les éléments constitutifs de la mission paroissiale, éléments qui peuvent devenir de véritables chantiers pour la paroisse à l’avenir. Cette partie ne concerne pas que les intéressés (les responsables de postes), mais toutes les personnes qui réfléchissent la pastorale dans sa totalité.

12. Cf. Bernard PEYROUS, « Missions paroissiales », in G. MATHON, G.-H. BAUDRY, P. GUILLUY