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Voici un véritable témoignage historique et spirituel d'un copte chrétien qui trace avec sincérité son itinéraire sous forme littéraire lors de son séjour de cinq ans au séminaire copte du Caire. « C'est un long parcours destiné à libérer mon esprit du sectarisme, du fanatisme et de l’ignorance qui rongeaient mon âme ». C'est aussi un voyage passionnant à travers le temps et l'espace des coptes qui ont été réprimés et marginalisés dans leur propre pays pendant 2 000 ans, à cause de leur foi. Ils ont été considérés comme des citoyens de deuxième zone, déjà sous les Romains et les Arabes, et jusqu'à nos jours. « Vers ses réservoirs profonds où dorment le sang et les larmes du peuple », comme l’écrivait Baudelaire. Pour distinguer les coptes de tous les autres citoyens, des vêtements spéciaux leur étaient imposés. La persécution sauvage continue inexorablement jusqu’aux deux derniers attentats de Daech le 25 mai 2017 et le 3 novembre 2018. Le bilan a été lourd : 36 morts et 32 blessés, tombés sous les balles des terroristes. Cependant, les coptes restent debout, la tête haute, malgré l'atmosphère de mépris qui les entoure. Ces sont des êtres bénis : « Béni soit mon peuple d'Égypte ». « J'appelle mon fils d’Égypte ».
À PROPOS DE L'AUTEUR
Samir Mégally est professeur, auteur de plusieurs récits et artiste peintre. Il est le fondateur du Café Littéraire, du Café Psycho et de deux Salons du Livre dans la ville de Brétigny-sur-Orge.
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Veröffentlichungsjahr: 2022
Paroles d’un copte
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© Saint-Léger éditions, 2019.
Tous droits réservés.
Samir Mégally
paroles d’un copte
du ier siècle jusqu’à nos jours
Ils ont déjà lu le livre, voici leur avis !
« Les Mémoires d’un séminariste égyptien » m’ont énormément intéressée. Je ne sais pas si ces choses ont déjà été révélées, mais moi qui suis née et ai été élevée au Caire, je les ignorais totalement. Ce livre a une indiscutable valeur de témoignage, et j’en recommande la lecture à ceux qui s’intéressent à l’Égypte.
C. Barthe-Dejean,médecin humanitaire retraitée
Dans son livre « Mémoires d’un séminariste égyptien », Samir Mégally dépeint un monde très méconnu, celui des petits séminaires, chez les chrétiens coptes d’Égypte. Stupéfiant ! Presque incroyable ! Un monde fait de nobles rêves très vite trahis par des religieux englués dans leur étroitesse de vue, leur sectarisme, leur impuissance à connaître le cœur de l’homme où réside pourtant Dieu lui-même. Une réflexion décapante sur l’aveuglement de tous les intégrismes, mais aussi un message d’espoir pour ceux qui cherchent véritablement à aimer Dieu et leurs frères humains.
Jean-Yves Barré,
Diplômé d’égyptien hiéroglyphique
et de copte à l’Institut Catholique de Paris
à partir de son propre itinéraire, l’auteur apporte un regard plein d’émotion et de lumière sur les différentes facettes de l’Église copte et des croyances religieuses en général, dans lesquelles le sectarisme et les conflits les plus extrêmes accompagnent les gestes de tolérance les plus élevés.
A-M. Laurent,Assistante de Direction retraitée
Première partie
Chapitre I Le rêve de l’enfance
« L’orgueil, cette forme de peur qui ne dit pas son nom. Carapace illusoire, il mutile celui qui s’en revêt. »
Janine Chanteur.
Depuis ma plus tendre enfance, j’ai manifesté le désir d’être prêtre. L’image du prêtre copte me fascinait et enflammait mon imagination jour et nuit. Le mot prêtre m’apportait le bonheur et la jouissance. Combien de fois ai-je demandé à mes frères et sœurs de m’appeler abounâ « mon père15 » ? Je ne me souviens pas de l’âge que je pouvais avoir, sans doute sept ou huit ans. Lorsque je voyais un prêtre dans la rue, j’implorais le Divin de m’aider à atteindre le but que je m’étais fixé.
Selon la tradition, chaque dimanche, je me rendais à l’église pour assister à la messe et aux fêtes religieuses. Je psalmodiais les textes sacrés et j’entonnais les cantiques de tout mon cœur et de toute mon âme. Je prenais goût à la prière qui est toujours pour moi une source de joie intérieure et un soutien face aux épreuves.
Cependant, au fil du temps, l’image idyllique du prêtre s’estompait peu à peu pour laisser place aux ambitions de ma jeunesse. Le sport devenait le centre de mon existence. Je me mettais à rêver d’être reconnu un jour parmi les plus grands athlètes ! Je me passionnais alors pour toutes sortes de disciplines sportives. Sélectionné dans l’équipe de gymnastique de mon école, je participais à des spectacles organisés par l’inspection académique de ma ville natale devant tout un parterre d’éminentes personnalités locales. Simultanément, j’étais membre de l’équipe de volley-ball et coureur de 100 m dans la sélection départementale. Je pratiquais aussi le saut en hauteur, les poids et haltères, le tennis de table et la natation… Le sport me passionnait. La pratique intense et régulière de tous ces sports m’a apporté l’équilibre et appris la tolérance. Ainsi, ces disciplines sportives ont amélioré ma forme physique et m’ont aidét à être en harmonie avec mon corps.
Notre équipe de quatre coureurs gagna le relais 4x100 m au championnat départemental. Notre école décida alors de nous envoyer au Caire pour disputer le championnat national. J’étais tellement heureux que je voulais en faire part au monde entier en arborant notre succès sur mon maillot. Les jours s’écoulaient à un rythme lent. Hélas, le voyage fut annulé à la dernière minute, sans raison apparente et tous mes espoirs s’écroulèrent.
Après avoir obtenu mon brevet16, je voulus réaliser mon rêve de devenir professeur d’éducation physique. Malheureusement, les frais d’inscription s’élevaient à cinquante livres17 égyptiennes. Mon père refusa de payer cette somme malgré mon insistance et m’imposa l’entrée au séminaire. Je lui répondis avec fermeté et obstination qu’il n’était pas question que j’entre en religion.
Je demandai à mon frère aîné de me prêter les cinquante livres nécessaires à mes études. Je promettais de lui rembourser cette somme dès l’obtention de mon diplôme. Mais il éluda la réponse en accordant toute son attention à une jolie blonde qui passait sur le trottoir d’en face. Je tentai ma chance auprès d’un oncle maternel, riche commerçant. Je lui posai la même question, mais en vain. En dernier ressort,je me tournai vers un proche de mon père. Ce dernier m’écouta et me promit d’intercéder en ma faveur,le plus tôt possible, mais il ne fit rien. Je constataique ma famille était riche et pauvre à la fois. Riche de biens matériels, mais pauvre d’amour et de foi. Hélas, je dus alors me résoudre à me battre, seul et incompris.
Dans cette situation de confusion et de tourments, des images de prêtres défilaient alors dans ma tête. Je voyais un prêtre passant dans la rue d’un quartier populaire sous les sarcasmes. Un autre recevant des jets de pierres et de cruelles injures. Certains prêtres font face aux réflexions vulgaires en répondant par la violence. D’autres font appel à la police ou s’en remettent au Christ. Ces terribles images engendrèrent alors en moi le courage de rejeter l’idée de la prêtrise et de m’opposer à mon tyran de père, à qui je devais obéissance du matin au soir. Je ne sais pas où je puisais la volonté de lui tenir tête. Je pense que je devais cela à une étrange force intérieure qui m’aidait à désobéir sans songer un instant aux conséquences.
Je découvris plus tard l’influence du chiffre cinq sur mon existence. Mes orientations en découlent. Quand j’ai des problèmes psychologiques, je sais que la solution viendra après cinq jours, cinq mois ou bien encore cinq ans, etc. Il en est de même pour un problème financier, qui se trouvera réglé avec cinquante ou cinq cents livres. Si j’additionne les chiffres constituant ma date de naissance, j’obtiens trente-cinq, soit cinq fois sept ! Ce chiffre cinq a toujours joué un très grand rôle dans mon existence.
Je présentai mon dossier pour entrer dans une école secondaire, mais je ne fus pas admis, car mes notes du brevet étaient insuffisantes. Il ne me restait plus que trois possibilités : l’école commerciale, industrielle ou agricole ; mais ces deux dernières ne correspondant pas à mes aspirations, je me suis retrouvé malgré moi à l’école commerciale. Le coefficient en mathématiques était très élevé dans cet enseignement ; ceci était incompatible avec mon rejet total de cette matière. Quelle solution adopter ? Soit travailler avec acharnement pour me mettre à niveau en géométrie, algèbre et comptabilité, matières auxquelles j’étais totalement réfractaire, soit améliorer mon niveau pour tenter ma chance l’année suivante avec un meilleur dossier. Désemparé, incapable de prendre une décision, j’implorai l’aide du Divin pour qu’il me guide dans mon choix.
Un jour, errant sans but dans une rue commerçante, je me trouvai face à face avec un copain de classe, Abdel Malak Atiyya18. Il avait passé le brevet avec succès. Je connaissais bien sa famille et allais souvent chez lui. Après l’avoir salué et félicité, je lui demandai s’il avait déposé son dossier. Il me répondit négativement. En réalité, il aspirait à devenir prêtre pour servir le Divin.
Son père souhaitait avoir un fils, car il avait déjà trois filles. Il fit un vœu devant l’image de l’archange saint Michel19, lui promettant, s’il était exaucé, de consacrer son fils au Divin. L’archange entendit sa prière. L’enfant, nommé Abdel Malak, naquit le jour de la saint Michel. Son père respecta sa promesse et décida de l’envoyer au séminaire. Nos pères souhaitaient consacrer leurs fils à la prêtrise, mais si Abdel-Malak était docile à la décision paternelle, en revanche, je m’y opposais formellement.
Abdel-Malak m’interrogea : Et toi, que décides-tu ?
– Je ne sais pas.
– Pourquoi ne pourrions-nous pas entrer au séminaire ensemble ? Les études sont faciles et offrent des débouchés. En outre, cela nous donne la chance de vivre au Caire.
Ces paroles magiques éveillèrent en moi des pensées qui sommeillaient depuis longtemps. Je commençais donc à repenser à la prêtrise. Mon rêve d’enfant réapparaissait et le désir de devenir prêtre reprenait place en mon cœur, mais avec moins d’intensité qu’autrefois. Je me disais : « Pourquoi n’entrerais-je pas au séminaire ? Et si cela me plaît, je continuerai, sinon je prendrai une autre orientation. Le Caire offre plus de possibilités pour le travail et les études ».
Je me mis d’accord avec Abdel-Malak pour envoyer les formulaires d’inscription au séminaire, accompagnés de recommandations de certains commerçants. Quelques jours plus tard, notre inscription fut acceptée et la date d’un entretien préliminaire fixée.
Ces nouvelles laissèrent la plupart de mes amis et camarades incrédules. Ils ne pouvaient pas m’imaginer dans ce rôle. D’autres m’encouragèrent dans cette voie. Certains me voyaient prendre le même chemin que Saül de Tarse qui devint saint Paul et fonda l’église de Jérusalem.
15. Abounâ : littéralement, notre père, o.a.
16.Brevet : 4 ans après la sixième.
17. Livre égyptienne : les anglais ont occupé Égypte pendant plus d’un demi-siècle, de 1882 à 1954. Ils imposèrent leur système monétaire. Une livre égyptienne vaut 100 piastres, 20 shillings, 5 riyals et 4 billets de 25 piastres. Et chaque piastre vaut 2 tarifa.
18. Serviteur de l’Ange. Atiyya : cadeaux, o.a.
19. Qui est semblable au Divin, o. hébraïque.
Chapitre IILe voyage au Caire
« Seigneur, qu’entre tes mains soient déposés le commencement et la fin, soient déposées toutes choses ».
Eduard Mörike
Quelques jours avant mon départ, ma mère me confectionna une besace. Elle y mit quelques vêtements : trois chemises, deux pantalons, des sous-vêtements, deux paires de chaussures et de chaussettes ainsi que quelques serviettes. Nous prîmes le train du soir. Nous étions trois : Abdel-Malak, son ami Muhammad20, originaire du même village que lui, et moi. Le temps était magnifique et la nature s’assoupissait lentement. L’obscurité recouvrait la moindre ruelle et les rayons de la lune argentée se reflétaient sur les deux canaux et glissaient furtivement dans la nuit pour se reposer avec délice sur les feuilles des arbres, sous le bruissement de la brise semblable à des murmures d’amour.
Mon père ne me donna que le prix du billet et vingt-cinq piastres de monnaie21 : « Tu n’as pas besoin de plus d’argent puisque tu seras nourri au séminaire ». Il hésitait au moins cent fois avant de pouvoir sortir une piastre de sa poche. Très avare malgré sa richesse, l’argent était pour lui l’idole devant laquelle il s’inclinait jour et nuit.
Nous arrivâmes au Caire à six heures du matin. Je voyais le Caire pour la première fois à travers les vitres sales de la fenêtre du train qui desservait toutes les villes de Louxor jusqu’au Caire. Ce train n’était ni rapide, ni très confortable. Quand nous sortîmes de la gare, je fus étonné de découvrir cette ville merveilleuse qui venait de s’éveiller. L’agitation s’emparait de tous et les voitures circulaient fiévreusement dans toutes les directions. Au milieu de la place trônait la statue de Ramsès22 flanquée de deux grandes fontaines. Elle se dressait là avec dignité et majesté. Elle semblait nous inviter au travail et à l’effort, comme si nous devions redonner à l’Égypte23un peu de sa splendeur perdue au fil du temps et nous encourager à participer plus efficacement à la construction de notre civilisation moderne. J’étais ravi de me trouver là. Je respirais un air qui réjouissait mon esprit. Le taxi nous conduisit tous les trois à la rue Ramsès. Cette rue asphaltée à deux sens montait jusqu’à la hauteur du quartier el’Abasseyya24. Mon esprit était entièrement captivé par le spectacle. Je ressentais une douce euphorie devant les images qui défilaient devant moi. Beaucoup de choses restent encore gravées dans ma mémoire malgré les années écoulées, comme si c’était hier.
à droite, s’élevaient des immeubles de style européen. À gauche, la ligne du métro rejoignait la gare centrale à Héliopolis25. Le taxi s’arrêta devant le n° 38 de la rue el-Nouti26.Farid27nous accueillit gentiment et nous montra notre chambre. Nous étions exténués. La torpeur nous gagnait après une si longue nuit de voyage où nous n’avions pas pu goûter un instant la douceur du sommeil. Nous nous sommes jetés tous les trois sur notre lit et nous ne nous sommes réveillés qu’à une heure de l’après-midi. Madame Ansaf28, l’épouse de Farid, nous avait préparé une table couverte de légumes, de viande, de fruits et de boissons. Nous mangeâmes jusqu’à satiété. Mon estomac exultait de joie, mais d’étranges pensées me venaient à l’esprit sans que je puisse les interpréter. J’étais inquiet.
Monsieur Farid était conducteur dans une grande société de transport. Son niveau de vie était très élevé en comparaison de celui des conducteurs de ma ville natale. à cette époque, les transports étaient toujours réguliers, propres et confortables. Malheureusement, lorsque Nasser nationalisa les transports, la situation se dégrada au point qu’il fut difficile de se déplacer, même pour des courts trajets.
Muhammad était militaire dans l’armée égyptienne. Sa caserne était située près des pyramides29. Nous voulions profiter de la présence de notre ami pour visiter ce site prestigieux qui figure parmi les sept merveilles du monde. Il accepta, pour notre plus grand bonheur, de nous accompagner dans ce lieu magnifique, immortel témoin du génie de nos ancêtres, les pharaons, qui y ont inscrit leurs noms en lettres d’or.
Nous avons marché à l’intérieur de la grande pyramide, saisis par une odeur étrange et étouffante, puis progressé, le dos courbé, dans un grand couloir, jusqu’à l’escalier menant à la chambre du roi Kheops et à celle de la reine. à la fin de cette visite très enrichissante, nous avons quitté notre ami. Il rejoignit sa caserne en nous indiquant le chemin du retour.
20. Comblé de louanges, o.a.
21. La livre égyptienne se divisait en cinq riyals, ou cent piastres.
22. Ramsès II, « Râ l’a engendré », il régna entre 1320-1255 avant J.-C. Il était l’un des pharaons les plus illustres de la XIXe dynastie.
23. Égypte : vient du grec Aïgouptos, apparaît dès l’époque homérique et semble remonter à une période plus ancienne. Le mot viendrait de Hetkaptah, « le Château du Ka de Ptah », surnom de Memphis. Larousse dictionnaire de la civilisation égyptienne : France Loisirs p. 92-93. Voir aussi le mot copte N° 1.
24. Relatif à Khédive Abbas-Pacha (1849-1854), « celui qui a un visage sévère », o.a.
25. Héliopolis : mot grec signifiant « la cité du soleil ».
26. Nouti : marin, o.a. Il est intéressant aussi de noter que Nouti signifie « Dieu » en copte.
27. Farid : unique, o.a.
28. Ansaf : juste, o.a.
