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Une jeune fille seule face à trois hommes et une vie qui bascule
Je n’avais que seize ans lorsque j’ai compris que ma vie n’allait plus en être une.
Je titubais dans les copeaux m’en allant chercher de quoi remplir mon estomac. J’étais affamée, c’est souvent comme ça après les soirées. Enfin bref, la fête touchait à sa fin, le jour pointait et l’alcool me donnait la gerbe plus que jamais.
A peine plus tard, je ne saurais dire quand ni comment exactement, mais je me retrouvai au fond d’un long tunnel, immensément grand, infiniment noir. Trois hommes étaient là, en face de moi. Deux d’entre eux me tenaient ferme les épaules tandis que le dernier rouait mon corps de coups. Il s’en prit d’abord à mes seins en les tirant, les pressant, les saignant. Puis, il s’acharna contre mon ventre dans lequel parut alors la marque de son poing. Ensuite, ce fut très lentement, ou rapidement je ne me souviens plus vraiment, mais il arracha les boutons de mon pantalon comme si son désir sexuel, ou devrais-je dire plutôt, son besoin vital d’assoupir sa queue, le rendait complètement fou, hystérique, c’était un véritable chien !
Un récit poignant de courage et de sincérité
EXTRAIT
Après avoir ressassé la scène du viol à maintes reprises aux policiers, je rentrai à la maison accompagnée de mes parents ainsi que de mon frère, s’effaçant à petit feu comme le dernier souffle d’une flamme qui meurt sans crier au drame. Ma sœur, elle, s’en était allée un peu plus tôt dans l’après-midi. Elle s’était sans doute réfugiée à l’abri des regards pour que ceux-ci ne puissent pas lire les larmes noyant son magnifique visage. Ils étaient comme ça, mes parents, mon frère, ma sœur. Ils étaient forts mais fragiles à la fois. Ils étaient sensibles mais pudiques en même temps. Bref, nous étions ensemble mais tellement seuls pourtant. C’est à partir de cet instant que je compris que tout allait prendre un autre tournant, un autre sens, une tout autre suite.
CE QU’EN PENSE LA CRITIQUE
- « Un livre percutant et annonciateur d’un beau talent. »
- Patrick Baumann, L’illustré
- « La renaissance d’une femme et la naissance d’une écrivaine. »
- L’Hebdo
A PROPOS DE L’AUTEUR
A 16 ans, Manon Leresche a été victime d’un viol lors d’une fête vaudoise de jeunesse. De son calvaire et des mois traumatisants qui ont suivi, elle a fait un livre poignant.
L'unité de
Peau morte est constituée d'une suite de fragments. Ces fragments comportent parfois des redites, qui sont les ingrédients psychanalytiques nécessaires à la reconstruction de l'auteure.
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Seitenzahl: 51
Veröffentlichungsjahr: 2015
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A l’été 2011, Manon Leresche, âgée alors de 16 ans, a subi un traumatisme d’une brutalité et d’une violence insoutenables. Dès lors, sa perception du monde, de l’être humain et d’elle-même a été complètement bouleversée et ses repères ont disparu, évidemment, en pleine adolescence.
La reconstruction, je dirai la renaissance, n’est pas facile, on s’en doute bien. Parmi les instruments qui lui ont été proposés, elle a choisi l’écriture, une nouveauté pour elle.
Durant l’année 2012, dans le cadre de ses études au Gymnase d’Yverdon, Manon Leresche a pris l’initiative de s’adresser au soussigné, avec pour but de rédiger un travail de maturité (acte indispensable à l’obtention de son baccalauréat) fondé sur ses réactions face aux événements de l’été 2011.
Après discussion, nous avons décidé que Manon écrirait des textes libres à ce propos, et qu’elle en donnerait ensuite une brève analyse. Manon Leresche a eu la volonté et le courage de mener ce travail à terme, et de présenter en fin de parcours un recueil de textes de très haute tenue, de l’avis unanime du jury censé l’apprécier, et qui témoigne de qualités littéraires évidentes, indiscutables. Il en ressort également, dans la conclusion en particulier, une affirmation de la puissance de l’écriture dans la recréation d’une réalité, qui nous a frappés et émus.
Manon, qui s’est évidemment énormément investie dans la rédaction de ces textes, souhaite aujourd’hui les présenter au public.
Je soutiens vivement cette aspiration, pour trois raisons en particulier.
D’abord, Peau Morte est un témoignage inestimable de la réaction d’une jeune fille face à une destruction de son être – et à ce titre sa lecture ne peut que susciter l’empathie de chaque personneconfrontée, de près ou de loin, à une situation de ce genre.
Ensuite, cette publication permettra à Manon, sinon de mettre un terme à son processus de recréation, du moins d’y voir une étape essentielle et significative, reconnue par la société.
Enfin, je dirai que la beauté de ce texte, de certains passages et de certaines analyses, mérite de toute évidence d’être mise à la portée du plus grand nombre de lecteurs. Si la littérature est une tentative de transcender le réel pour en tirer, par le choc de mots, une nouvelle vérité, alors le texte de Manon Leresche est de la littérature, de la bonne littérature.
Jean-François Cand
Gymnase d’Yverdon
Par ces quelques lignes , je souhaite remercier profondément ceux qui ont combattu à mes côtés.
Merci à mes parents, à mon frère et à ma sœur. Merci à Maude, Sarah, Yael, Valentine et Doriane.
Merci à Monsieur Cand et Madame Schertenleib. Merci à Madame Crettenand et Familles Solidaires.
Merci à tous ceux qui m’ont épaulée ainsi qu’à Monsieur Michel Moret qui a bien voulu éditer mon manuscrit.
Je n’avais que seize ans lorsque j’ai compris que ma vie n’allait plus en être une.
Je titubais dans les copeaux, m’en allant chercher de quoi remplir mon estomac. J’étais affamée, c’est souvent comme ça après les soirées. Enfin bref, la fête touchait à sa fin, le jour pointait et l’alcool me donnait la gerbe plus que jamais.
A peine plus tard, je ne saurais dire quand ni comment exactement, mais je me retrouvai au fond d’un long tunnel, immensément grand, infiniment noir. Trois hommes étaient là, en face de moi. Deux d’entre eux me tenaient ferme les épaules tandis que le dernier rouait mon corps de coups. Il s’en prit d’abord à mes seins en les tirant, les pressant, les saignant. Puis, il s’acharna contre mon ventre dans lequel parut alors la marque de son poing. Ensuite, ce fut très lentement, ou rapidement je ne me souviens plus vraiment, mais il arracha les boutons de mon pantalon comme si son désir sexuel, ou devrais-je dire plutôt, son besoin vital d’assoupir sa queue, le rendait complètement fou, hystérique, c’était un véritable chien ! C’est sans hésiter qu’il m’enfonça sa chose, son machin, son arme de guerre pour me faire la misère. Je le regardais. Plutôt appliqué, il prenait pleinement son pied et plus un mot alors ne sortit de ma bouche. Je ne pouvais pas crier, c’était plus fort que moi et plus rien alors ne m’était possible. Pas même le fait de me débattre, ni celui de bouger. J’attendais sagement le moment de sa jouissance, qu’il manifesta au bout d’une éternité seulement.
Chose faite, ils s’en allèrent me laissant là, à terre. J’étais finie, pourrie, salie. J’étais morte ou peut-être alors vivante. J’étais nue, vide, entamée. J’étais baisée, j’étais violée ! Mais, le pire était ce sentiment indicible que je ressentais en moi. Celui qui me ramenait à la réalité, celui qui me disait tout bas que non, malheureusement, ils ne m’avaient pas tuée.
Je décidai de me taire lorsque l’on me retrouva à terre, mais la rage, les pleurs ainsi que mon corps dévasté par l’horreur trahirent mon silence. Comment se faisait-il que, soudainement, tant de monde se trouvait là, face à moi, alors que je ne perçus personne lorsque j’en aurais eu véritablement besoin ? Enfin la multitude de questions qui se posa à moi m’empêcha de réfléchir davantage sur ce cas. On ne me laissa nul répit, je devais répondre dans l’immédiat, mais je ne comprenais pas pourquoi, étant donné que ces salauds, je savais qu’on ne les retrouverait pas.
Plus tard, ce fut jusqu’à l’hôpital que je traînai mon corps. On ne cessait de me répéter de ne surtout pas, en aucun cas, me laver, mais de quoi ? La saleté, elle, à jamais resterait ancrée en moi. Pourquoi ne pouvait-on pas comprendre que c’était plus que des taches de sperme laissées au coin de mon vagin qui m’avaient pourrie ? Pourquoi ne pouvait-on pas croire que c’était plus qu’un coup de poing dans les seins qui m’avait blessée ? C’était un regard pervers, une envie bestiale, un geste insane, une âme insensée qui me jugeaient meurtrière et baisée.
