Petit Ogre - Pascale Bauwens - E-Book

Petit Ogre E-Book

Pascale Bauwens

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Beschreibung

Récit bouleversant d'une mère face au suicide de son enfant

Denis venait d’avoir treize ans. Jeune adolescent, il débordait de vitalité, de joie de vivre.

Rien dans son comportement ne laissait présager qu’un jour il mettrait fin à sa vie. Suicide ou accident ? Nous ne connaissons pas la réponse.

Il ne semble pas exister de mots pour décrire l’atrocité de la situation du parent qui perd son enfant. Au bout de dix années, Pascale Bauwens les trouve enfin et partage son histoire, leur histoire, celle d’une famille, mais surtout d’une maman. Submergée par le souvenir de son enfant, petit ogre qui accapare toutes ses pensées, elle doit pourtant reconstruire sa vie et celle de sa famille. Le chemin du deuil est long et demande de l’énergie, mais chaque étape à surmonter est nécessaire pour rebondir et rebâtir.
Ce travail d’écriture a permis à l’auteure de faire le point sur le chemin parcouru, elle nourrit le souhait que le fruit de cette réflexion pourra apporter un bouquet d’espérance à celui ou celle qui en aura besoin.

Un témoignage pour faire son deuil après le suicide d'un enfant

EXTRAIT 

Semblable à la marée, la vie s'est retirée. Mes pieds nus se délectent et marquent mon passage sur ce sable doré. Un squelette de poisson ballotte doucement, bercé bien tendrement par un souffle léger. Voilà que ton visage vient se superposer au vestige d'une vie passée. Et la vue de ces vagues, qui tout au loin se brisent, embrume pour un temps mes yeux si fatigués. Je fixe l'horizon, je me dis que bientôt la mer va remonter, emportant avec elle ce qu'elle a déposé. Et la vie reprendra juste là sous mes pieds. Subitement je suis bien, je profite de l'instant, le soleil me réchauffe, mon amour est présent. Le deuil est comme la mer, il subit les marées qui déposent çà et là les traces d'un temps révolu.

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Seitenzahl: 56

Veröffentlichungsjahr: 2014

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À André,Sophie, Denis, Laurence, Alexandre, Louis. Pour tous ces moments si difficiles à partager.À ma famille et mes très chers amis.

À vous qui vivez le deuil d’un être cher. Puissiez-vous garder l’espoir de jours meilleurs.

Projetée malgré moi dans un univers inconnu, je me bats pour survivre.

La tempête fait rage, les émotions me submergent, je suffoque, mais la vie est plus forte que tout. Au gré du temps, au fil des pages, je dépose mon histoire.

Et quand tu seras consolé (on se console toujours) tu seras content de m’avoir connu.

Tu seras toujours mon ami.

Tu auras envie de rire avec moi.

Et tu ouvriras parfois ta fenêtre, comme ça, pour le plaisir…

Et tes amis seront bien étonnés de te voir rire en regardant le ciel. Alors, tu leur diras : « Oui, les étoiles, Ça me fait toujours rire ! »

Et ils te croiront fou.

Je t’aurai joué un bien vilain tour…

Introduction

Denis venait d’avoir treize ans. Jeune adolescent, il débordait de vitalité, de joie de vivre.

Rien dans son comportement ne laissait présager qu’un jour il mettrait fin à sa vie. Suicide ou accident ? Nous ne connaissons pas la réponse.

Une épreuve aussi douloureuse et aussi inattendue provoque un véritable séisme dans l’existence. La douleur et le traumatisme sont terribles pour toute la famille. La vie s’effondre, les repères se désagrègent, une multitude d’émotions déferlent et bouleversent gravement la vie quotidienne. Pourtant il faut continuer à vivre…

Le chemin du deuil est long, il est différent pour chacun d’entre nous, mais il est nécessaire pour apprendre à réorganiser sa vie. Surmonter l’épreuve d’un deuil demande de l’énergie, de la persévérance et de la patience, mais, quand vient cet instant où la vie refleurit, c’est un réel bonheur d’en apprécier la saveur !

Je peux aujourd’hui en témoigner avec mon histoire, en souhaitant qu’elle vous apporte un bouquet d’espérance.

Le livre comporte deux parties, l’une consacrée au deuil et l’autre à la résilience. Dans la partie consacrée au deuil, mes pensées, mes souvenirs, mes réflexions et mes rêveries s’adressent à Denis. Les étapes du deuil ici présentes me sont propres, elles ne se vivent pas forcément dans l’ordre que je décris, car le deuil est différent pour chacun.

I. Le deuil

Le choc

Depuis ce jour où tu es parti, je vis en dehors de la réalité, en léthargie.

Chaque jour, de manière mécanique, je me lève, je me livre à mes actes quotidiens, et je pleure, je revis chaque instant de ce jour en faisant des arrêts sur image, et quelles images !

Tes beaux yeux bleus ne me regardent plus, j’aimerais croire que tu t’es juste assoupi. J’attends, j’espère. L’effervescence qui règne dans la pièce me ramène à la réalité. Comme un félin, je guette, prête à bondir sur quiconque t’arrachera à moi. Je voudrais te réchauffer, te secouer pour t’obliger à respirer, mais je reste là, tétanisée. Je chasse de toutes mes forces l’intruse malvenue qui a pris possession de ton corps, qui a fait de toi sa proie. J’attends un miracle qui ne viendra pas. La vie te quitte, la mienne s’effrite. Je me sens protectrice de ta mort. Je te veux tout à moi et je jalouse les initiatives qui ne m’appartiennent pas. Je ne suis pas prête à te laisser partir. Face à cette adversaire redoutable, je suis impuissante, la partie n’est pas équitable, elle a déjà gagné, je le sais, et je me sens meurtrie…

Je ne comprends pas ton départ, je revis avec angoisse tous ces moments effroyables : la terreur sur nos visages, nos cris, les appels au secours, notre besoin désespéré d’aide et l’immense espoir de te ramener à la vie. Les médecins s’affairaient autour de toi et nous étions là, tétanisés devant leur impuissance. Il était trop tard. Je voulais te serrer contre moi, te bercer, t’embrasser, mais j’en étais incapable tant la froideur de ton corps m’effrayait ! Cette froideur me ramenait à la dure réalité de ta mort et je ne pouvais pas, je ne voulais pas y croire. Mon corps et mon esprit se dissociaient pour essayer de rattraper ta vie qui, déjà, m’échappait.

Je suis un volcan en éruption, je ne contrôle plus rien, mon cœur brûle, se fragmente. Je pleure mon petit garçon, la chair de ma chair, le fruit de mon amour. Je suis seule avec mes mots et mes maux.

Je ne peux réaliser ce qui m’arrive que déjà la vie quotidienne reprend ses droits et m’oblige à m’organiser. Heure, jour, horaire, quelle importance ? Pour moi, le temps s’est arrêté.

J’ai besoin de vivre à mon rythme ce drame terrible. Notre monde, notre culture ne me permettent pas de prendre ce temps. Pourtant, en cet instant, il faudrait ajouter de la mémoire à mon ordinateur cérébral, il « bogue », disjoncte, les informations arrivent en masse et je manque d’énergie pour les dispatcher à leur juste place. Suis-je dans la réalité ? Je n’ose y croire, j’ai l’impression de vivre un cauchemar. Tout est allé si vite ! Aussi rapidement qu’une vague détruit un château de sable, ta mort a enseveli ma vie.

Notre maison se transforme en fourmilière, la solidarité se met en place. La famille et les amis prennent en charge nos enfants, essayent de trouver les mots justes, les gestes qui apaisent. Je suis perdue, fatiguée, je ne réalise pas ce qui nous arrive. Ton papa me guide, il arrive à me faire prendre conscience qu’il faut appeler les pompes funèbres, que nous allons devoir choisir un cercueil et aussi le jour des funérailles. Les informations me parviennent, mais je n’ai pas envie de les entendre. Je prends conscience qu’en ce 10 juin 1998, rien ne sera plus jamais comme avant.

Nous décidons de te garder près de nous le plus longtemps possible. Pendant plusieurs jours, le parfum des fleurs embaume notre maison, tes dessins, tes photos tapissent nos murs. Aujourd’hui, Brassens et Cabrel ne chantent que pour toi, ils accompagnent ton départ. Tes amis viennent te dire au revoir, déposent des dessins, des messages de tendresse, de questionnement. Tous versent des larmes. Rencontrer ces jeunes, les sentir si malheureux m’affecte horriblement. En outre, je me sens impuissante face à leur détresse.

L’organisation des funérailles me semble une épreuve insurmontable. Heureusement, nos amis sont là pour nous épauler et préparer avec nous cette cérémonie. Nous désirons que ton dernier voyage soit rempli d’amour, d’attentions, qu’il soit à l’image de ce que tu es et de ce que tu représentes pour nous.

Très vite le choix du cimetière s’impose, il nous paraît réconfortant de ne pas te savoir seul, nous prenons la décision de te confier à ton grand-père. Famille, amis, voisins sont présents pour ton dernier voyage. Se sentir entourés, partager cette épreuve avec les personnes que l’on aime enveloppe de douceur nos cœurs meurtris.