Phnom Penh - Xavier Brau de Saint-Pol Lias - E-Book

Phnom Penh E-Book

Xavier Brau de Saint-Pol Lias

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Beschreibung

L’auteur narre les joies et les aléas de sa mission diplomatique au Cambodge

L’explorateur Xavier Brau de Saint-Pol Lias (1840-1914) a mené toute sa vie une propagande passionnée pour l’expansion française en Extrême-Orient. En 1884, ses vœux se réalisent : le traité de protectorat français sur le Cambodge confère à la France la quasi-totalité du pouvoir. Mais contre ce diktat, une insurrection populaire éclate au moment même où Brau de Saint Pol-Lias rejoint Phnom Penh. Au milieu des insurgés et des diplomates français chargés de les réprimer, l’observateur pacifique livre une vision originale de la capitale en effervescence.

Ce récit a été publié dans La Nouvelle Revue en 1885, sous le titre Au Cambodge, feuillets détachés du Journal d’un voyageur.

Un récit troublant et saisissant par la force des messages exprimés et le choc des cultures

EXTRAIT

Le courant nous pousse. La marche du bateau détermine à droite et à gauche, sur les rives très rapprochées, un flot qui nous suit le long des berges. Cela rappelle le canal de Suez. Mais l’aspect du pays est bien différent. De tous côtés, à perte de vue, des rizières émaillées de bouquets d’arbres et de nombreuses paillotes groupées en kampongs ou isolées çà et là parmi les bambous, les bananiers et les cannes à sucre. Devant nous, dans le lointain, à l’extrémité de cette longue ligne droite d’eau qu’égaient une foule d’embarcations indigènes, on aperçoit, faisant fond, un magnifique fouillis de cocotiers et d’aréquiers. Ce pays est fertile, peuplé, vivant, autant que l’isthme de Suez est aride, désert et morne.


A PROPOS DE LA COLLECTION

Heureux qui comme… est une collection phare pour les Editions Magellan, avec 10 000 exemplaires vendus chaque année.
Publiée en partenariat avec le magazine Géo depuis 2004, elle compte aujourd’hui 92 titres disponibles, et pour bon nombre d’entre eux une deuxième, troisième ou quatrième édition.

A PROPOS DE L’AUTEUR

Xavier Brau de Saint Pol Lias est né le 4 juillet 1840 à Seix en France et mort le 1914 à Paris. Explorateur et diplomate français, passionné de voyages et de découvertes, profondément nationaliste, il a travaillé pour l’expansion française en dirigeant de nombreuses expéditions. Des expéditions et aventures qu’il a écrites par la suite.

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Seitenzahl: 74

Veröffentlichungsjahr: 2016

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PHNOM PENH INSURGÉE

Présenté par Émilie Cappella

On sait peu de choses du géographe François-Xavier Brau de Saint-Pol Lias (1840-1914), sinon qu’il a consacré sa vie à l’expansion française en Extrême-Orient. Fondateur de sociétés coloniales, comme la Société des études coloniales en 1873 et la Société des colons-explorateurs en 1875, il a donné de nombreuses conférences, publié des reportages et fait de longs séjours en Asie du Sud-Est.

Lorsqu’il quitte Saigon pour Phnom Penh en 1885, il est chargé par les ministères de l’Instruction publique, de l’Agriculture et du Commerce, de recueillir des spécimens de tous ordres pour les musées français, et en particulier pour le musée d’ethnographie du Trocadéro. À cet effet, il observe notamment la mode vestimentaire et l’étiquette stricte qui régissent son usage chez les Cambodgiens. Mais cette démarche contemplative et pacifique se trouve bientôt contrecarrée par l’effervescence qui règne à Phnom Penh. La ville est en pleine insurrection.

La capitale connue dans les années 1920 comme la « perle de l’Asie » n’est encore qu’une ville naissante. En 1866, pour marquer la fin d’une époque, le roi Norodom a transféré sa capitale d’Oudong à Phnom Penh. C’est là en effet qu’il a été officiellement sacré le 3 juin 1864, en présence des représentants de la France et du Siam (future Thaïlande), après la signature du traité franco-cambodgien qui place le Cambodge sous protectorat français pour le protéger des ambitions siamoises.

Phnom Penh, qui devient donc en 1866 le siège permanent du gouvernement, n’est encore qu’un petit centre commercial peuplé de dix mille habitants, en majorité chinois, dans un pays qui ne compte pas plus d’un million d’habitants. Son aspect est celui d’un village : sur les rives du Tonlé Sap s’étendent des rangées de cabanes en bambou sur pilotis, des sampans et des bateaux de pêche. Une route unique traverse la ville près du fleuve sur trois kilomètres, on s’y déplace à pied et en charrette à bœufs. Les Vietnamiens y habitent, au nord, le village catholique ; les Chinois le village chen, au centre de la ville et le long du fleuve ; les Cambodgiens le village khmer, au sud de la ville, autour du tout nouveau Palais Royal et de la pagode Onalum.

Jusqu’au début des années 1880, Phnom Penh reste limitée à cette berge élargie portant la cité royale et les quartiers marchands et artisanaux des Chinois et des Vietnamiens. Mais, peu à peu, le village se transforme en une grande ville, sous la pression et les efforts des colonisateurs français qui agrandissent le système de canaux et remblaient les terres inondables, construisent des routes et un port. La ville s’agrandit vers le nord et vers l’ouest. La multitude d’édifices à l’architecture Art déco et de villas coloniales qu’on y remarque aujourd’hui date de cette époque. L’administration coloniale apporte à la ville les bâtiments indispensables au fonctionnement d’une société urbaine moderne : hôtel, école, prison, camp militaire, banque, poste de télégraphe, tribunal, hôpital…

En 1884, comme les réformes du roi Norodom suscitent de vives résistances chez les mandarins qui perdent leurs privilèges, la France intervient par un nouveau traité de protectorat sur le Cambodge qui réduit Norodom à un rôle de roi fainéant dépouillé de toute autorité. Dans la capitale même, le roi ne peut plus légiférer sans l’approbation du résident de France. Celui-ci a désormais sous ses ordres des résidents placés dans tous les chefs-lieux de province qui dirigent les autorités locales. L’administration du pays, l’ordre public, les services techniques et financiers, passent sous le contrôle des fonctionnaires français. De fait, c’est la quasi-totalité du pouvoir au Cambodge qui passe entre les mains françaises.

Avec l’approbation secrète de Norodom, une insurrection populaire éclate contre ce diktat en novembre 1884, lorsque Brau de Saint-Pol Lias s’apprête à rejoindre Phnom Penh. Comme l’agitation s’étend à la plupart des provinces, les colonnes françaises sillonnent le pays pendant deux ans pour tenter de vaincre les insurgés, mais en vain. Le roi s’enferme dans son palais et se refuse à toute coopération. La situation économique s’aggrave.

En janvier 1887, le gouvernement français se décide à négocier avec Norodom la reddition des rebelles : si le roi parvient à mettre fin à la rébellion, la France concèdera quelques mesures sur la convention de 1884. En quelques semaines, Norodom obtient la soumission des insurgés. La France adopte alors une attitude plus prudente dans les affaires cambodgiennes, mais ses rapports avec le roi demeurent conflictuels. Dès 1889, elle a repris la souveraineté de fait et le résident supérieur de France assume la présidence du conseil des ministres. Pendant ce temps, l’économie du royaume végète et la modernisation reste embryonnaire. Seule une dizaine de commerçants européens se sont d’ailleurs installés.

Lorsque Paul Doumer est nommé gouverneur général de l’Indochine en 1897, il constate qu’en presque quarante ans de protectorat, les progrès économiques au Cambodge « avaient été insignifiants, pour ne pas dire nuls ». Sous son impulsion, la France entreprend alors de grands travaux d’infrastructure au Cambodge, creusant des canaux d’irrigation et construisant des quais pour la navigation. Malgré ces efforts et ce poids politique renforcé, l’économie reste stagnante et le Cambodge, contrairement au Vietnam voisin, ne devient pas une terre de colonisation : les missionnaires sont peu nombreux et, au tournant du siècle, le pays compte moins de mille Européens, principalement des fonctionnaires et des militaires.

En 1904, la succession du roi défunt Norodom Ier passe à son frère Sisowath plutôt qu’à ses fils, jugés peu coopératifs avec la France. Il faut dire que plusieurs d’entre eux ont pris part aux révoltes des années 1880, menées par Si Votha, l’autre frère de Norodom, qui avait espéré être couronné à sa place en 1864. Et ils ne se privaient pas de critiquer le système colonial. Grâce aux traités signés avec le Siam, le Cambodge récupère les territoires annexés par son ancien suzerain : les provinces de Melouprey et du Bassac en 1902 et 1904 ; celles de Battambang, Siem Reap et Banteay Mean Chey en 1907.

L’orthographe des noms propres a été modernisée.

Ce journal a été publié dans La Nouvelle Revue en 1885 sous le titre « Au Cambodge, feuillets détachés du Journal d’un voyageur ».

PHNOM PENH

I – DÉPART DE SAIGON

Samedi, 7 février 1885. – Je me réveille ce matin à bord du Mouhot, petit paquebot des Messageries fluviales, dans le canal de Tcho-Gao, en route pour le Cambodge.

Un long ruban d’eau brillante s’étend droit devant nous entre des berges élevées, formant de chaque côté de petites dunes, au milieu desquelles court un chemin de halage très fréquenté. Le pays s’étend plat tout autour jusqu’à l’horizon.

Le courant nous pousse. La marche du bateau détermine à droite et à gauche, sur les rives très rapprochées, un flot qui nous suit le long des berges. Cela rappelle le canal de Suez. Mais l’aspect du pays est bien différent. De tous côtés, à perte de vue, des rizières émaillées de bouquets d’arbres et de nombreuses paillotes groupées en kampongs ou isolées çà et là parmi les bambous, les bananiers et les cannes à sucre. Devant nous, dans le lointain, à l’extrémité de cette longue ligne droite d’eau qu’égaient une foule d’embarcations indigènes, on aperçoit, faisant fond, un magnifique fouillis de cocotiers et d’aréquiers. Ce pays est fertile, peuplé, vivant, autant que l’isthme de Suez est aride, désert et morne.

Le mouvement de notre bateau se ralentit. Bientôt nous nous arrêtons, envasés. Il faut attendre que la marée soit plus haute. Je profite de ce répit pour visiter l’arrière abandonné aux passagers de deuxième et de troisième classe et qui me rappelle la physionomie des bateaux hollandais, anglais ou chinois du détroit de Malacca. C’est là que les divers éléments indigènes font le pittoresque de l’embarcation. Le Chinois y domine encore : le Chinois est le plus remuant, le plus commerçant des peuples de cette région. Les Annamites, hommes et femmes, sont pourtant nombreux ici. Annamites et Chinois campent sur des nattes, au milieu de grands coffres en bois de camphre, garnis de cuivres ; de malles en peau de buffle, à enveloppes de toile ; de hauts paniers de bambou à plusieurs étages ; de coffrets laqués, noirs ou rouges, à impressions d’or, qui ont la forme de boîtes à violon ; d’oreillers de toute sorte, en coton, en laque, voire même en faïence, plus durs les uns que les autres ; de gounis et de ballots de tout aspect.

À l’heure où je parcours, en enjambant les obstacles et les gens, cette partie du pont, la plupart de ses habitants réunis par petits groupes, chacun un bol de riz sous le menton, jouent de leurs bâtonnets à qui mieux mieux. Deux soldats, assis avec quelques Annamites autour d’un sac de cacahouets