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Roubaix, un soir de juillet. L'orage menace. Bertrand, un jeune homme immature, tente de voler un baiser à Isabelle, et c'est alors que tout dérape. La jeune femme tombe et ne se relève pas. Une retraitée est persuadée d'avoir vu l'agresseur. Une enquête policière est déclenchée. Fred, qui a l'inconvénient de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment, est soupçonné. Entre réflexion sur le handicap et petites histoires de lâchetés ordinaires,"Pour un baiser" raconte comment un événement fortuit peut amener des individus à se révéler et à découvrir des aspects de leur personnalité qu'ils ignoraient jusque-là. Ou comment un fait divers, tristement banal, peut bouleverser l'existence de personnes qui n'auraient parfois jamais dû se croiser ! Ce livre est une réédition du roman publié sous le même titre aux éditions Maïa.
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Seitenzahl: 301
Veröffentlichungsjahr: 2020
Du même auteur :
Question d’honneur (mai 2020)
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
L’homme a pris soin de repérer les lieux. Il s’est muni d’un couteau tranchant et a répété son geste. Il n’aura droit qu’à une seule tentative. La personne qu’il est sur le point de tuer n’aura pas le temps de comprendre ce qui lui arrive. Il frappera au cœur et elle ne survivra pas. Son comportement surprendra son entourage, mais il ne peut pas continuer à vivre comme si de rien n’était.
Le temps froid lui engourdit les membres. Il se met sous un porche pour éviter la pluie qui commence à tomber et profite de ses derniers instants de liberté. Il n’a pas une chance de pouvoir s’en tirer, mais il s’en moque. Tout lui paraît tellement dérisoire. Il regarde, désabusé, un jeune couple enlacé et songe à ses propres illusions perdues.
Ces dernières heures, il les a consacrées à faire le point sur sa vie. Il a conscience d’en avoir utilisé une grande partie pour assouvir sa soif de pouvoir. Quelle bêtise ! Il mesure désormais combien sa quête a été vaine. L’acte qu’il s’apprête à réaliser est pour lui une sorte de rédemption, un moyen de se réhabiliter auprès de celle qu’il aime par-dessus tout.
Plus que quelques minutes à attendre. Tout sera alors fini. Dès cet instant, son avenir s’écrira en pointillé derrière les barreaux. Celui qu’il attend n’est plus qu’à quelques mètres. Il l’entrevoit. Il n’a plus qu’à s’approcher et à frapper. L’existence est-elle aussi vide de sens qu’il suffise d’un simple couteau pour la transformer ? Il n’a plus le temps de se poser la question. Il bouscule le policier devant lui et se retrouve face à l’homme qui a gâché sa vie.
Il ne peut s’empêcher de le dévisager une fraction de seconde. Il paraît plus jeune que dans ses souvenirs. L’homme le regarde sans comprendre. Plus le temps de réfléchir. Il lui enfonce la lame dans le cœur avant que les policiers n’aient le temps de réagir. Le sang commence à rougir l’endroit où l’arme s’est fichée. Des cris, une bousculade, et il se sent plaqué au sol. Son visage se retrouve sur un bitume, détrempé par une pluie de plus en plus forte. Son horizon visuel est brutalement réduit à une crotte de chien et à un emballage souillé d’une chaîne de fast-food.
Tout est à présent confus dans son esprit. Comme un écho, les quelques mots - tu as tué un homme - lui reviennent comme un leitmotiv. Il se sent soulevé de terre. On lui passe les menottes sans ménagement. Il est emmené dans une fourgonnette. Le véhicule démarre.
Confusément, il entend la sirène se mettre en route, mais son esprit est déjà ailleurs. Il ne sait pas comment celle qui a guidé son geste réagira. La seule chose qu’il commence à comprendre, c’est que loin d’être libéré par son acte, il vivra avec celui-ci le restant de sa vie.
Comment a-t-il fait pour en arriver là et se retrouver menotté comme un vulgaire délinquant ? Dire que peu de temps auparavant tout lui souriait et que maintenant il se retrouve menotté entre deux policiers, à des années-lumière de ses rêves de grandeur.
Six mois auparavant à Roubaix, début juillet.
Le ciel s’est assombri. L’orage menace. Fred Godot doit normalement aller tout droit et suivre l’artère principale. Mais, comme d’habitude, sa distraction lui joue des tours et il emprunte une autre route.
Son esprit est perturbé par la journée qui vient de s’écouler. Il est encore en retard et va devoir se justifier. Une fois de plus, il devra trouver un bon prétexte, une discipline où il est passé maître.
Bousculé par un homme qui arrive en courant, il manque de tomber et se retient de justesse à une poubelle. Pestant contre ces gens incapables de faire attention, et encore moins de s’excuser, il prend une petite rue sur sa gauche. Le genre de petite rue qui ne fait pas gagner du temps aux gens pressés comme lui.
C’est une erreur de direction, commise dans la tension de l’instant, dont les conséquences auraient pu être infimes. Mais quand le hasard s’en mêle, une simple inattention peut parfois avoir des effets surprenants.
- Et merde ! Il commence à pleuvoir. Et pour couronner le tout, je ne sais même plus où j’ai garé ma bagnole.
La pluie se met à tomber plus fort. L’atmosphère est lourde. En cette fin d’après-midi, Fred se hâte sans vraiment savoir où il va. Il devrait être chez lui depuis plus d’une heure.
Sa femme doit commencer à s’impatienter. Il lui a promis de l’accompagner chez sa mère. Elle va se dire qu’il l’a fait délibérément, pour écourter la visite. Et pour ne rien arranger, il doit encore récupérer sa fille de trois ans à la crèche.
Avec la chaleur, il n’a mis qu’un tee-shirt et le regrette amèrement. Les premières gouttes de pluie le transpercent. Rapidement, il est complètement trempé. Il presse le pas, cherchant à se repérer. La rue est déserte. Le mauvais temps a vidé les lieux.
- Je me suis trompé de rue. Moi et mon sens de l’orientation ! Je suis pourtant censé connaître le coin, peste-t-il à haute voix.
Sa fille Mélanie l’attend à la crèche des Cigognes. Un nom que Fred a toujours trouvé bizarre, l’animal étant traditionnellement associé à la naissance. Il a fini par admettre que cela valait mieux que le patronyme d’un homme politique.
Ah, Mélanie ! Elle a beau n’avoir que trois ans, elle le mène déjà par le bout du nez. Pourtant, il sait que ce n’est pas d’elle que viendra le premier problème qu’il aura à gérer. À trois ans, on pardonne encore à son père ses retards. Pour l’assistante maternelle, en revanche, ce n’est pas gagné. Il devra batailler ferme pour éviter l’amende, qu’elle ne se privera pas de lui infliger pour son manque de ponctualité.
Il connaît par avance les mots qu’elle lui dira, avec ce ton solennel qui l’agace tant : « Monsieur Godot, vous vous êtes engagé à retirer votre enfant avant dix-huit heures, et une fois de plus, vous avez laissé passer l’heure. Si tous les parents faisaient comme vous. Et bla-bla-bla... ».
Il sait, au fond de lui-même, qu’elle a raison, mais il doute que ce soir il ait la patience de l’écouter jusqu’au bout.
Le ciel est maintenant noir, et bien qu’il soit aux alentours de dix-huit heures, on se croirait la nuit. L’atmosphère est sinistre. Des petites maisons en briques, aux couleurs patinées par les années, s’alignent de chaque côté de la rue. Il se fait la réflexion que cette ville, sous la pluie, a décidément un charme limité.
Il faut qu’il retrouve sa voiture sans tarder. Il dégouline littéralement. À y réfléchir, avec ses vêtements rincés et son air hagard, il doit vraiment ressembler à un toxicomane en manque.
Préoccupé, il voit les minutes s’égrener et imagine Mélanie en train d’attendre son arrivée, le nez collé sur les vitres de la porte d’entrée.
Comment a-t-il pu passer devant sans la voir ? Par la suite, il se posera souvent cette question.
*
En ce début d’été, Germaine passe la dernière partie de sa journée devant la fenêtre. Pour observer la rue, elle a pris l’habitude de s’asseoir dans un vieux fauteuil élimé, sans véritable style, qu’elle trouve confortable. Un abat-jour rococo lui fournit un éclairage sommaire et compense la faiblesse de la clarté de cette fin d’après-midi.
Elle habite le rez-de-chaussée d’un vieil immeuble. Son appartement est petit et coquet, et Germaine aime l’ordre. Elle prend grand soin à ce que chaque chose ait une place bien précise, dans un agencement resté immuable depuis plusieurs années.
Paul, son mari, est mort il y a cinq ans et étrangement, elle ne le regrette pas. Non pas qu’il ait été un mauvais compagnon, mais l’amour qu’elle a ressenti pour lui au début du mariage a simplement fait place, au fil du temps, à une certaine routine. L’absence d’enfant a fini par creuser un fossé entre eux et a transformé, insidieusement, sa vie en un désert affectif.
Elle l’a en partie comblé par la suite, en adoptant le chat que Paul lui a toujours refusé de son vivant. Un chaton abandonné, recueilli devant la porte de son immeuble. Mistigri, un nom qui s’est imposé d’emblée pour elle, est un félin craintif qu’elle ne laisserait sortir de chez elle pour rien au monde. Comme sa copine Gisèle a perdu le sien, écrasé par une voiture, elle s’est juré que ça ne lui arriverait pas.
Elle attend son émission quotidienne à la télé en regardant les gens par la fenêtre. La pluie a déserté la rue et le spectacle est plutôt monotone. L’orage qui gronde la rend nerveuse. Mistigri s’est installé sur ses genoux et ronronne.
Les journées s’écoulent lentement. Sa vie est devenue une succession de tâches effectuées mécaniquement. Entre les courses du matin, les discussions avec Gisèle, lors de la permanence à la bibliothèque, et le club des retraités le jeudi, où elle doit supporter la pénible MMe Dutrieux, tout lui paraît tellement prévisible.
Elle se remémore la période, pas si lointaine, où elle travaillait. Elle a accueilli le public au centre des impôts pendant presque quarante ans et elle en a vu et renseigné des contribuables, durant sa longue carrière.
Désormais, à bientôt soixante-dix ans, elle a l’impression d’avoir fait le tour de sa vie et s’ennuie. Personne ne vient jamais la voir. Elle en arrive à se demander, combien de jours mettrait-on à la découvrir, si elle venait à décéder chez elle ?
Heureusement, Mistigri est entré dans son existence et il lui assure une présence. Elle n’en est pas encore à donner du vieux pain aux pigeons.
Un événement inhabituel attire soudain l’attention de Germaine et chasse sa morosité. Son chat est en alerte. Il s’est arrêté de ronronner et tend l’oreille. Brusquement, il quitte les genoux de sa maîtresse pour se réfugier sous la table basse du salon. Il produit alors un miaulement plaintif qui inquiète la vieille dame.
C’est à cet instant qu’elle le voit qui approche. Il a l’air pressé. Elle pourrait se dire qu’il pleut. Que c’est a priori normal. Mais l’imagination de Germaine étant nourrie de séries télévisées, l’apparition ne manque pas de l’intriguer.
Il stoppe à sa hauteur. Un éclair zèbre le ciel et illumine brièvement la rue. Elle a quelques secondes pour l’observer. Dans ses vêtements complètement détrempés, il a l’air d’errer sans but. Elle lui trouve l’air louche d’une personne qui a quelque chose à se reprocher et se dit, en elle-même, que ce n’est pas la première fois qu’elle le voit.
Il oblique ensuite dans une rue adjacente et elle le perd de vue.
*
Peu de temps auparavant, Isabelle a emprunté cette même route. Elle ne s’est pas aperçue qu’elle était suivie par un individu depuis déjà quelques minutes.
Isabelle attire naturellement les regards. Blonde et mince, elle plaît aux hommes et le sait, même si cette situation lui pèse parfois. Les clichés sur les blondes, et puis le sentiment qu’on la remarque, avant tout, pour l’image qu’elle renvoie. C’est quelquefois agréable, mais le plus souvent pénible et lourd. Car les lourds, elle peut difficilement les ignorer. Entre les sifflets et les commentaires sur son physique, ou pire, les avances plus ou moins appuyées, elle a malheureusement constaté qu’elle les attirait comme un aimant.
Pour le moment, sa préoccupation est tout autre. Elle n’a pas envie d’être mouillée, et cette rue, désertée par l’orage qui menace, n’est pas pour la rassurer. Pour se donner du courage, elle se met à penser à son mariage qui sera célébré dans deux mois.
Elle épouse Marc, un ami d’enfance qu’elle a rencontré pour la première fois alors qu’elle n’avait que quinze ans. Lorsqu’elle a pris conscience de l’envie qu’elle avait de bâtir quelque chose avec lui, le mariage est apparu comme une évidence. La décision prise, les préparatifs de la noce ont rapidement accaparé une bonne partie de son temps libre.
Assistante de direction dans une imprimerie, elle aime beaucoup son travail. Son patron l’apprécie et il s’est chargé, pour un prix dérisoire, de l’impression des faire-part.
La vie lui sourit. Elle se sent heureuse. La robe qu’elle vient d’essayer contribue à lui donner le sourire. Même si quelques retouches sont à prévoir, elle lui ira comme un gant. Elle a décidé que Marc ne la verrait pas tout de suite. Elle tient à ce qu’il ne la découvre que le jour du mariage et elle pressent déjà qu’il l’adorera. Elle se demande d’ailleurs dans quelle mesure il n’appréciera pas plus encore la nouvelle lingerie qu’elle s’est offerte pour l’occasion. À cette pensée, elle sent la chaleur lui monter aux joues.
La seule ombre au tableau a un prénom, Mathilde, sa mère. Elle a décidé de quitter le foyer alors qu’Isabelle n’était qu’un bébé, et la raison de son départ brutal lui a toujours paru mystérieuse. Cette séparation forcée, Isabelle l’a vécue comme une trahison. Bien que trop jeune à l’époque pour s’en souvenir, elle a très vite instauré une distance avec Mathilde. Depuis, mère et fille ne se voient qu’épisodiquement.
Isabelle se pose des questions sur la présence de Mathilde à son mariage. Elle n’a pas encore confirmé, et venant d’elle tout est possible. Même si Isabelle ne veut pas se l’avouer, elle espère au plus profond d’elle-même que sa mère fera le déplacement.
L’orage est sur le point d’éclater. Elle n’est plus qu’à une dizaine de mètres de sa voiture. Elle se hâte, espérant pouvoir s’y engouffrer avant qu’il ne commence à pleuvoir.
*
Au même moment, Bertrand trompe son ennui en traînant dans Roubaix.
Il n’est pas vraiment méchant, mais quand il ne sait pas trop quoi faire, il boit pour oublier la médiocrité de sa vie et se donner du courage.
L’alcool et lui n’ont jamais fait bon ménage. C’est même une des raisons pour laquelle sa dernière petite amie l’a quitté. Car quand Bertrand a bu, ce grand adolescent attardé fait n’importe quoi.
Lui, le timide, prend alors de l’assurance avec les femmes et se permet des choses qu’habituellement il ne tenterait jamais. Deux personnalités bien distinctes s’opposent dans un même corps. Et depuis déjà un certain temps, une partie de lui-même supporte de moins en moins le Bertrand sobre, mais effacé, que les filles regardent avec condescendance, voire mépris.
Il n’a pas l’excuse d’un milieu qui le pousserait à la boisson ou à la paresse. Ses parents ne boivent pas particulièrement et l’ont toujours poussé dans ses études. Dernièrement, il est pourtant conscient de les avoir déçus.
Surtout son père, qui n’a pas aimé, un matin à l’aube, devoir aller le rechercher au commissariat pour une vitre d’abri de bus brisée.
Une bêtise, pour épater des copains qui s’étaient enfuis en apercevant la voiture de police approcher. Et lui cet imbécile, trop éméché pour les suivre, avait été interpellé. Une courte garde à vue et un passage par une cellule de dégrisement, et il en avait été quitte pour un rappel à la loi avec l’obligation de rembourser la vitre cassée. Pour son malheur, les policiers avaient tenu à ce qu’une personne de confiance le raccompagne à son domicile et il avait dû appeler son père pour rentrer chez lui.
Bertrand en paie maintenant le prix.
Il vient d’avoir vingt ans et a trouvé un boulot de magasinier pour les vacances qui lui sert à rembourser les dégâts causés. Et Bertrand déprime. Son travail ne le passionne pas, et pour la deuxième année consécutive, il a échoué à son bac. Son avenir lui paraît désormais bien sombre.
Il a travaillé le matin et traîne depuis dans Roubaix. Aucun de ses copains n’étant disponible, il occupe son temps libre comme il peut.
Le jeune homme a bu plusieurs verres et l’alcool commence à produire ses effets. Il se sent déjà mieux.
Il a repéré une jolie blonde qu’il s’est mis à suivre sans raison précise. Discrètement, il s’est rapproché d’elle et n’est plus qu’à quelques mètres.
Bertrand ne sait toujours pas ce qui lui a pris. Ni à ce moment que son comportement va bouleverser le destin de plusieurs personnes, y compris le sien.
Il a eu à nouveau ce geste fou. Une jeune femme blonde qu’il a repérée quelques minutes auparavant. Il l’a suivie et a voulu l’embrasser, et c’est là que tout a dérapé.
Il s’est approché d’elle. Elle a eu un mouvement de recul. Il a lu sur son visage un mélange de surprise et de peur. Elle a perdu l’équilibre et elle est tombée.
Dans sa chute, la femme a heurté avec sa tête l’arrête d’un mur. Son corps s’est affalé lourdement dans le renfoncement de la porte d’un immeuble. Après ça, elle n’a plus bougé.
Bertrand revoit la scène défiler. Une scène où il a du mal à s’imaginer acteur. Il voit du sang s’écouler de la tête de la jeune femme. Et si elle était morte ? À cette éventualité, Bertrand se sent envahi par une peur panique. Tout s’accélère alors. Il entre dans un état second et perd sa capacité de raisonnement. La seule chose qu’il comprend de façon intuitive, c’est qu’il ne faut pas qu’on le voie près du corps. Il n’a pas d’autre solution que de fuir.
Mais pourquoi n’arrive-t-il pas à maîtriser ses pulsions ? D’habitude, cela ne se passe pas comme cela. La fille crie. Il rigole et s’en va. Et puis c’est tout. Pas de quoi en faire un drame ! Mais là, c’est différent.
L’alcool aidant, Bertrand a encore fait n’importe quoi. Et maintenant, tout est trop rapide. Le sang. La fille qui ne bouge plus. La lâcheté et la peur de devoir répondre de ses actes prennent le dessus, et l’opportunité d’appeler les secours ne lui effleure même pas l’esprit.
Le temps orageux ajoute à sa confusion. Il ne pense plus qu’à s’enfuir. Au plus vite. Mettre le plus de distance possible avec la victime de son comportement douteux.
La pluie commence à tomber.
Il fait demi-tour et remonte la rue en courant, manquant de renverser un homme qui arrive en sens inverse. Il l’entend jurer, mais ne se retourne pas.
Et dire qu’au départ, il ne quémandait qu’un simple baiser. C’était vraiment trop lui demander, un simple petit baiser !
*
Isabelle a sorti la clé de la voiture de son sac. Elle est soulagée. Finalement, elle évitera la pluie.
Elle a prévu de rejoindre une amie avant de rentrer chez elle. Elle souhaite avoir son avis sur la robe qu’elle vient d’essayer. La vendeuse l’a photographiée sous toutes les coutures. Elle veut être certaine d’avoir fait le bon choix. Elle dispose encore d’une semaine pour changer d’avis. Elle croise les doigts pour que son amie valide le modèle qu’elle a choisi.
Elle ne veut pas se l’avouer, mais le mariage l’angoisse. Elle connaît Marc, depuis si longtemps. Est-ce que c’est vraiment la bonne période pour sauter le pas ? Et sa mère, malgré son silence, viendra-t-elle ?
Perdue dans ses pensées, elle ne le voit arriver qu’au tout dernier moment. Elle distingue à peine ses traits, mais voit surtout sa bouche qui manifestement cherche à l’embrasser. Elle perçoit simultanément son haleine imprégnée d’alcool. Elle est d’abord surprise, mais la peur l’emporte et elle recule. Elle se sent partir en arrière. La dernière chose qu’elle voit est un polo orange et des mains qui tentent de la retenir. Elle devine que sa tête heurte quelque chose, avant de perdre connaissance.
*
Après plusieurs minutes de recherche, Fred retrouve enfin sa voiture. Il doit maintenant récupérer sa fille sans tarder. Affronter la mauvaise humeur de son épouse viendra dans un second temps. Déjà trois messages de sa part de plus en plus insistants. C’est sûr, il ne coupera pas à des explications, et il faudra en plus qu’elles soient convaincantes. Et dire qu’après, il aura encore la visite chez la belle-mère à endurer.
Il pleut toujours.
Déjà dix-huit heures quinze, il devrait être chez lui depuis plus d’une heure. Trouver des excuses ne sera pas simple, mais justifier à Nathalie, sa femme, l’arrivée en retard à la crèche, en ayant, circonstance aggravante, l’après-midi de libre, va réellement relever de l’exploit.
Bien entendu, il ne pourra pas lui dire la vérité. À savoir qu’il était avec une autre !
Officiellement, il est allé au cinéma. Nathalie n’est pas curieuse et le film qu’il est supposé avoir vu, une énième reprise d’un film d’horreur avec des morts-vivants, n’est pas censé soulever des questions de sa part.
Sa capacité à se mettre dans des situations impossibles dépasse largement la moyenne. Il ne sait plus ce qu’il veut. Il aime sa femme et pourtant il la trompe. Il ne peut même pas invoquer un coup d’un soir ou une liaison passagère. Cela dure maintenant depuis près de six mois.
La vérité est que Fred ne parvient pas à assumer pleinement sa paternité, et cette liaison est un palliatif pour échapper à ses responsabilités. Une façon de retrouver l’insouciance des premières années avec Nathalie.
Étrangement, sa maîtresse, Élodie, ressemble à son épouse. Il ne se l’explique pas, sinon qu’il serait sans doute bon pour une séance de psychanalyse. Brune comme Nathalie, elle est légèrement plus jeune. Elle se contente, pour l’instant, de passer après sa femme, mais il sait que cela ne durera pas. Elle a déjà évoqué le fait qu’elle le voyait trop peu.
Il a déjà songé à mettre fin à cette liaison. Hypocritement, il culpabilise de plus en plus quand il retrouve sa femme. Il en arrive à se demander si elle ne se doute pas de quelque chose.
Nathalie lui a toujours accordé sa confiance et l’a soutenu durant la période où il avait du mal à garder un emploi. Alors pourquoi cette double vie absurde ?
Absorbé, il finit par s’apercevoir qu’il est arrivé devant la crèche.
MMe Lebrun patiente non loin de la porte, visiblement énervée.
- Alors, monsieur Godot, encore à vous attendre !
Ce n’est pas la première fois qu’il a droit à cette réplique. Souvent les gens connaissent le titre de la pièce de Beckett, mais ne savent pas trop de quoi elle parle. Comme lui, d’ailleurs.
- Papa !
- Ma puce !
Le sourire de Mélanie lui réchauffe toujours le cœur. Elle a enfilé son petit ciré et vient à sa rencontre. Nathalie a été prévoyante pour sa fille. Ce n’est pas son cas en ce qui le concerne. Ses vêtements trempés peuvent en témoigner. Son tee-shirt a réussi l’exploit d’adopter une couleur indéfinissable, entre le rouge et le marron.
- Papa, j’ai fait un beau dessin et Murielle l’a mis au mur.
- Monsieur Godot, intervient Murielle Lebrun, vous pourriez faire un effort, déjà la semaine dernière…
- Je sais, madame Lebrun, je vous prie de m’excuser.
- Je vais devoir le signaler à la directrice, il n’y a pas de raison pour que…
- L’orage m’a retardé !
Ce n’était pas tout à fait vrai, mais pas entièrement faux non plus. Fred est passé maître dans l’art des fausses excuses. Le temps plaide pour lui, et MMe Lebrun finit par l’admettre. Avec l’orage, elle aurait de toute façon attendu que ça se calme pour repartir.
Fred embrasse sa fille. Il adore la prendre dans ses bras et retrouver son odeur. Il lui fait des bisous dans le cou. Mélanie lui renvoie un rire. Il apprécie ce petit instant de tendresse où il a le sentiment d’être un père à part entière. Un rituel, quand ils se retrouvent, qui est important pour tous les deux.
Il la fait monter en voiture, prend le sac qui contient les affaires de sa fille et, après avoir attaché Mélanie sur son siège, démarre.
Celle-ci est en forme, impatiente de raconter sa journée. Il l’écoute distraitement, incapable de se concentrer sur les paroles. Il se demande ce qu’il va pouvoir dire à Nathalie pour expliquer son retour tardif. Il sait déjà qu’il va devoir faire des concessions pour amadouer son épouse, notamment lors de la visite chez la belle-mère. Il n’y coupera pas. Il devra accepter, une fois n’est pas coutume, l’incontournable invitation de belle-maman à rester manger.
Finalement, un moindre mal, au regard des événements qui frapperont Fred les prochains jours !
La rue est bloquée par une ambulance qui stationne toute sirène hurlante. Isabelle n’a toujours pas repris connaissance. Sa respiration est irrégulière et son état jugé préoccupant.
Les pompiers ont été alertés par un vieux monsieur qui l’a trouvée sur le seuil de sa maison, en allant promener son chien.
Rachid Mahraoui est sur le point de raconter à l’inspecteur Michel Delattre comment il a découvert la jeune femme.
- J’ai attendu la fin de l’orage pour promener Sultan, mon berger allemand, et je l’ai découverte là. Il devait être aux alentours de dix-huit heures quinze. J'ai tout de suite appelé les pompiers car elle ne bougeait plus. Et je peux vous dire que j’ai eu peur. J’ai d’abord cru qu’elle était morte. Il y avait du sang dans ses cheveux.
- Vous n’avez rien entendu ? demande le policier, sans illusion.
- J’ai trié des vieux papiers une partie de l’après-midi, dans mon bureau à l’étage, et non, je n’ai rien entendu. Pour tout vous dire, je suis un peu sourd, et en plus, il y avait de l’orage.
Michel Delattre tourne alors la tête, entendant son collègue qui l’interpelle.
- Eh Michel, viens voir, j’ai trouvé son sac. Apparemment, elle l’a lâché quand elle est tombée. Regarde le nom sur la carte d’identité, Isabelle Pelissier. Elle ne serait pas parente avec l’adjoint au maire, Robert Pelissier ? interroge le brigadier Petit, son équipier.
- Tu as raison, je vais me renseigner. Si c’est le cas, je peux te dire que ce sont des emmerdes assurées. Ce qui est sûr, c’est qu’elle est trop jeune pour être tombée toute seule. À tous les coups, on a affaire à une agression. C’est bizarre que son sac soit encore là. Un camé serait parti avec. Pour les indices éventuels, avec ce qui est tombé, on aura du mal à trouver quelque chose d’exploitable.
- Et moi, je peux partir ?
- Je vais prendre votre nom. Pour votre adresse, on l’a. On vous convoquera si on a besoin d’un complément d’enquête. Vos nom et prénom ?
- Mahraoui Rachid. Je suis artisan-plombier retraité. J’ai soixante-douze ans, même si on me dit souvent que je ne les fais pas.
Michel le regarde en souriant, mais ne le détrompe pas. Dans son métier, il a l’habitude de tout entendre.
Attirée par le bruit qui règne dans la rue, Germaine s’est approchée. Elle a interrompu son émission de télévision préférée, pour voir ce qui pouvait provoquer une telle agitation. Comprenant ce qui s’est joué, elle est toute retournée.
Pour une fois dans sa vie, elle a peut-être l’opportunité d’être le centre de toutes les attentions, car elle a un avis sur ce qui s’est passé.
Elle n’a pas pu voir directement ce qui est arrivé à la jeune femme, c’est vrai, mais c’est tout comme. Elle a eu l’occasion de dévisager celui qui pourrait être l’agresseur et ça, elle en est convaincue !
*
Robert Pelissier a de l’ambition. Certains diraient trop. Il a gravi les échelons à force de travail et de ténacité, ou plus exactement, parce qu’il n’a pas hésité à écarter tous ceux qui ont tenté de se mettre en travers de sa route. S’il devait se décrire, il se dirait opportuniste, mais arriviste, certainement pas. Il s’est simplement toujours trouvé au bon endroit, au bon moment.
Il est le premier adjoint et sait que le maire ne souhaite pas se représenter aux prochaines élections. Robert ne doute pas que celui-ci soutienne sa candidature devant le parti. Être maire d’une petite ville de province, il en rêve déjà depuis des années et ne compte pas s’arrêter là. Son ambition ultime est d’être député. Les lustres du Palais Bourbon, avec une place attitrée au sein de l’hémicycle, représenteraient l’apogée de sa carrière politique.
Architecte, il possède son propre cabinet, dans une artère prestigieuse de Roubaix, mais consacre maintenant l’essentiel de son temps à sa commune. Il a pris l’habitude de ne plus intervenir que sur les projets de construction les plus ambitieux, et de confier les dossiers de moindre envergure à ses collaborateurs.
Divorcé depuis près de trente ans, il ne s’est jamais remarié. Il a la réputation d’être un homme à femmes, et cela flatte son ego. Son célibat lui convient et lui réussit plutôt bien, et il doit se l’avouer, pour rien au monde, il ne voudrait abandonner ce statut.
Il se trouve en pleine séance d’une commission d’aménagement de quartier, quand la sonnerie de son portable retentit. Il en est agacé, d’autant qu’en général, il le coupe, justement pour éviter ce type de désagrément. Quand il voit apparaître un numéro qui n’est pas dans son répertoire, il ignore l’appel.
*
Isabelle reprend lentement conscience dans l’ambulance. Qu’est-ce qui lui est arrivé ? Que fait-elle là ? Sa tête est lourde et elle peine à retrouver ses esprits. Elle essaie de bouger, mais ne peut réprimer une grimace.
- Ah, mademoiselle émerge. Ne bougez pas ! Vous êtes restée inconsciente un certain temps. Vous êtes dans une ambulance, on vous emmène à l’hôpital. N’essayez pas de bouger. On va vous faire des examens. Comment vous appelez vous ?
- Isabelle, je crois. Oui, c’est ça. Isabelle Pelissier. Prévenez mon ami. Il va s’inquiéter, parvient-elle à répondre dans un souffle.
- Ne vous en faites pas, on essaie de joindre votre père.
- Pas mon père, mon ami !
- Restez calme. Tout va bien se passer !
L’effort qu’elle a fait pour formuler quelques mots l’a épuisée. Elle voit, comme dans un brouillard, une perfusion plantée dans son bras s’écouler goutte à goutte, mais elle a toujours des difficultés à comprendre ce qui lui arrive. Tout lui paraît confus. Isabelle regarde autour d’elle, sans pouvoir bouger la tête. Elle est sanglée dans un matelas coquille. Un sentiment de peur s’empare d’elle.
Elle réussit à bouger ses doigts, mais commence à paniquer quand elle s’aperçoit qu’elle ne sent plus ses jambes. Elle voit un visage, au-dessus d’elle, qui se veut rassurant, et sombre à nouveau dans la torpeur.
Elle se sent complètement détachée de son corps et a l’impression de flotter dans l’air. À un moment, des lèvres monstrueuses veulent l’embrasser et elle tente de les repousser. Elle essaie d’appeler Marc à l’aide. Elle a besoin qu’il soit là pour l’aider à sortir de ce cauchemar.
- Vous me paraissez agitée, je vais vous donner un tranquillisant pour vous calmer.
Elle sent une piqûre. Puis elle perçoit des sons diffus, sans arriver à en saisir l’origine. Elle a beau se concentrer, tout devient flou. Les bruits semblent provenir de plus en plus loin. Quand ils ne sont plus qu’un murmure, elle perd à nouveau connaissance.
*
Il a couru jusqu’à l’épuisement. Complètement dégrisé, il se demande maintenant ce qui lui a pris. Il a tué quelqu’un. Enfin, il n’en est pas sûr, mais il le pense. Lui qui ne supporte pas la vue du sang.
Allongé sur un banc du parc Barbieux à Roubaix, il réfléchit à ce qu’il a fait.
La pluie a cessé. L’air est encore chargé d’humidité. Avec le retour du soleil, les gouttes d’eau à la surface des feuilles semblent briller de mille feux. Des odeurs d’herbe mouillée flottent dans l’air et chatouillent les narines. Indifférents à ce qui les entoure, des canards s’ébattent dans un étang, tandis que des crapauds profitent de la douceur vespérale pour se déclarer bruyamment leur amour.
Plus loin sur un autre banc, un couple d’amoureux, tendrement enlacés, savoure le spectacle. Ils ne paraissent pas s’être rendu compte de l’orage. Le feuillage d’un arbre leur a fourni l’illusion d’une protection, inconscients du risque qu’ils ont couru.
Ah, si pour lui tout était aussi simple. Il les regarde un moment avec envie, mais la vérité est qu’il est jaloux de leur bonheur.
Face à ce qu’il a fait, il prend vite la décision de ne rien dire. À personne. Pas à ses parents, tout d’abord, qui ne s’en remettraient pas, et cela tombe bien, ils sont en vacances. Ni à ses amis ensuite, car avec eux, un secret ne le reste jamais très longtemps.
Inconsciemment, il commence déjà à remiser la victime dans un coin de son esprit et à se préoccuper davantage de son sort que des conséquences de son acte. Immature, la mort conserve encore pour lui un aspect abstrait, bercé qu’il est par les jeux vidéo et leurs mondes virtuels.
Personne ne doit savoir. Il ne pense pas que quelqu’un l’ait vu. Il va rentrer chez lui et faire comme si de rien n’était. Et puis, elle n’est peut-être qu’assommée. Après tout, il l’a à peine touchée. C’est bien elle qui est tombée toute seule, pas lui qui l’a poussée.
*
Fred arrive devant sa maison, située dans un quartier résidentiel, à la périphérie de la ville. Nathalie l’attend à la porte, assez énervée.
- Où étais-tu ? J’étais inquiète, tu aurais dû être rentré depuis longtemps !
- Attends, je vais t’expliquer ! Je fais d’abord descendre Mélanie de la voiture.
- Maman !
- Ma chérie ! Ça a été, mon amour ? Qu’est-ce que tu as fait à la crèche aujourd’hui ?
La discussion est close temporairement, mais Fred sait qu’il doit rapidement trouver une explication qui tient la route, car Nathalie ne laissera pas tomber.
Il rentre et dépose le sac de Mélanie sur la table de la cuisine. Sa femme a commencé à préparer un repas, alors qu’habituellement, c’est lui qui s’en charge, mais ce n’est pas cela qui l’étonne le plus.
- Euh, nous n’étions pas censés passer chez ta mère ce soir ?
- Qu’est-ce que tu crois ? Comme je ne te voyais pas rentrer, je l’ai appelée pour lui dire qu’on passera demain. Enfin, si monsieur Godot daigne bien faire un effort demain pour rentrer à l’heure prévue. Je suppose que monsieur, pour ce soir, a encore une bonne excuse à me servir sur un plateau !
Sentant la tension qui s’installe, Fred sait déjà qu’il va devoir jouer sur du velours, s’il veut éviter une dispute qui risque de s’enliser. Innocemment, Mélanie est déjà partie dans sa chambre raconter sa journée à ses poupées.
- J’ai perdu du temps avec l’orage, et il y avait du monde sur la route.
- Enfin, ton film n’était pas censé se terminer vers seize heures trente ? Tu te moques de moi !
- Bon, tu as raison ! À la sortie du ciné, je suis tombé sur Patrick, qui m’a invité à prendre un verre à la taverne du centre et je n’ai pas vu le temps passer. Tu sais comment il est.
- Patrick, ben voyons ! Toujours là, dès qu’il s’agit de boire un coup. Et à la crèche ? Comme je la connais, MMe Lebrun t’a encore collé une amende pour ton retard.
- J’ai eu de la chance. L’orage m’a permis de l’éviter. Elle attendait qu’il se termine pour partir !
Sa femme en reste là, mais Fred n’en mène pas large. Il déteste mentir, même s’il en a pris l’habitude. Pour changer de sujet, il entreprend d’investir la cuisine, désireux d’arrondir les angles.
La cuisine est petite, mais fonctionnelle. Nathalie en a réalisé la déco. Ce n’est pas un domaine où il aime s’investir. Comme pour beaucoup d’autres choses, il suit son avis. Ses copains ne se privent jamais de lui rappeler que son épouse porte la culotte. Mais après tout, si ça lui plaît.
Il commence à faire revenir dans du beurre les oignons que sa femme a émincés. Elle avait prévu de faire une sauce tomate fraîche, avec des pâtes et du jambon. Mais ce n’est pas suffisant pour ce soir et l’opération séduction qu’il a décidé d’entreprendre.
