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C'est à Ernst von Feuchtersleben que l'on attribue la paternité, en 1845, du terme de psychose au sens très global de « maladie de l'esprit » (Seelenkrankheit), alors que celui de névrose désignait « toutes ces affections étranges du sentiment ou du mouvement qui sont sans fièvre » (William Cullen, 1776), et dont certaines seulement se traduisaient par des troubles mentaux.
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Seitenzahl: 45
Veröffentlichungsjahr: 2016
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ISBN : 9782341004596
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Les magistrales descriptions des états psychotiques par les auteurs classiques ont dégagé une série d’entités cliniques sur le modèle de la nosographie médicale traditionnelle. Sous l’influence prépondérante mais non exclusive de l’anthropologie psychanalytique, le vingtième siècle a vu la remise en question de cette forme de savoir psychiatrique qui avait pourtant paru bien établie. L’époque actuelle se caractérise ainsi par certains flottements conceptuels dont on ne peut rendre compte sans réduction ni clivages. Mais la conception psychanalytique des psychoses elle-même, depuis ses conditions d’élaboration chez Freud et à partir des notions avec lesquelles celui-ci l’a mise en rapport, fait l’objet de développements théoriques qu’il importe d’évoquer. D’autre part, la psychiatrie a reconnu pour sa part certains traits spécifiques des psychoses infantiles, dont l’étude et la thérapeutique ne sont pas sans relation avec les actuels efforts de systématisation de l’approche psychanalytique.
C’est à Ernst von Feuchtersleben que l’on attribue la paternité, en 1845, du terme de psychose au sens très global de « maladie de l’esprit » (Seelenkrankheit), alors que celui de névrose désignait « toutes ces affections étranges du sentiment ou du mouvement qui sont sans fièvre » (William Cullen, 1776), et dont certaines seulement se traduisaient par des troubles mentaux. Le terme gagna progressivement les nations germanophones dans la seconde moitié du XIXe siècle, puis la France. De remarquables observateurs comme Emil Kraepelin et les grands cliniciens de l’école française dégagèrent les cadres principaux de ces états et, par là même, entreprirent leur épurement. Ainsi se créa en particulier un couple d’opposition pertinente entre psychose et névrose. Cette distinction se fit encore plus nette après que le second groupe se fut débarrassé de certaines conditions organiques, avant tout neurologiques, qu’il eut incorporé les obsessions et les phobies, qu’enfin, sous l’influence de la psychanalyse, il eut été lié à des conflits psychologiques — alors que les étiologies des psychoses sont admises comme diverses.
Pour en rester aux psychoses de l’adulte, la validité de leurs critères cliniques est actuellement mise en question par beaucoup. De plus, au nom d’une perspective générale « athéorique », essentiellement descriptive, qui permette une meilleure communication entre psychiatres, le D.S.M. (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) de l’American Psychiatric Association ne tient plus compte, notamment, de l’édifice freudien des névroses, dont les fragments sont regroupés dans divers troubles (« anxieux » surtout). Toutefois, conformément à l’opinion apparemment dominante des psychiatres français, nous conserverons ici la notion de névrose.
Dans leurs aspects les plus typiques, qu’elles soient aiguës ou durables, les psychoses comportent : une symptomatologie majeure (caractéristique s’il s’agit par exemple d’idées délirantes, d’hallucinations, de certains troubles du cours de la pensée) ; une altération du contact avec ce qu’il est convenu d’appeler la réalité ; une diminution ou une absence de conscience et de critique vis-à-vis du vécu pathologique, avec croyance à son égard ; une atteinte profonde de la personnalité, fréquemment accompagnée de perturbations de la relation au monde extérieur, en particulier des conduites, avec parfois isolement ; une impression générale d’étrangeté des troubles, source possible de malaise chez un interlocuteur peu habitué à ces patients ; une évolution le plus souvent réservée (encore que la notion de chronicité ne soit pas synonyme d’incurabilité). Les névroses regroupent : des symptômes répétitifs mais moins « graves », relativement superficiels et plastiques ; une certaine conscience de leur caractère morbide, vécu comme une enclave au moins gênante, contre laquelle le sujet tend à lutter sans résultat ; l’absence de désorganisation de la personnalité, avec des attitudes plus pragmatiques, des altérations du comportement moins accentuées, mais s’accompagnant souvent de doutes et d’indécision ; une évolution davantage réversible, facilitée par une fréquente demande de recours médical.
En fait, une telle opposition est inconstante et controversée. Ainsi, une conscience très douloureuse du pathologique peut s’observer chez les schizophrènes lors des moments féconds qui inaugurent ou jalonnent leur parcours, s’accompagnant parfois d’une angoisse intense, diffuse et désorganisante. Dans les états hypocondriaques majeurs, le niveau auquel se situe l’inculpation de la santé, en particulier sa nature délirante éventuelle, est souvent bien difficile, sinon impossible à préciser. Certes fort discutée, l’importante frange formée par les états limites (border lines
