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Lorsque la fête d'anniversaire des quarante ans d'une riche femme dérape complètement, celle-ci se réveille dans son lit avec, à ses côtés, le mari de sa meilleure amie – mort. Risquant de passer sa vie dans une prison des Bahamas pour meurtre, elle se tourne alors vers Ruby pour obtenir l'aide dont elle a désespérément besoin. Ruby sait ce que s'est que de faire l'objet d'une machination. Elle sait aussi ce que s'est que d'être manipulée. Alors, cette femme dit-elle bien toute la vérité ? Lequel parmi ses riches et envieux amis voulait la voir morte ? Ou bien faut-il chercher le coupable ailleurs ? Mais Ruby a la fâcheuse habitude de venir en aide à ceux qui en ont besoin, même si elle parvient à peine à gérer ses propres problèmes : en effet, l'attaché case du Sénateur Wishbourne est toujours introuvable, la pression monte, et le temps est compté pour Ruby qui doit résoudre au plus vite cette affaire. Cette fois encore, les ennuis seront au rendez-vous. Bienvenue dans le monde des Bahamas avec votre nouvelle héroïne préférée – Ruby Steele – son bar miteux, son singe rusé en guise d'animal de compagnie, son gros problème d'alcool, ses (beaucoup) trop nombreuses bagarres, son inhabilité à se tenir éloignée des ennuis, et ses poings d'acier. La vie de Ruby est un véritable désastre. Mais il y a une chose pour laquelle elle est douée : capturer votre cœur. PUR est le livre #4 d'une série de mystères passionnants et riches en rebondissements qui vous accompagneront longtemps après avoir tourné la dernière page et qui raviront particulièrement les amateurs de suspenses et d'intrigues cozy ainsi que les fans de Stéphanie Plum de Janet Evanovich et de Miss Fortune de Jana DeLeon. La série des mystères Ruby Steele commence avec AVEC DES GLAÇONS (livre n° 1), un best-seller qui a reçu plus de 700 critiques cinq étoiles – et qui est téléchargeable gratuitement !
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Seitenzahl: 370
Veröffentlichungsjahr: 2022
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PUR
(Un Mystère Cosy de Ruby Steele—Tome Quatre)
Mia Gold
Pour ses débuts, l’écrivain Mia Gold est l’auteure de la série MYSTÈRE COSY DE HOLLY HANDS, comprenant trois tomes (pour l’instant) ; de la série MYSTÈRE COSY DE CORA CHASE, comprenant trois tomes (pour l’instant) ; et de la série MYSTÈRE COZY DE RUBY STEELE, comprenant trois tomes (pour l’instant). Mia aimerait connaître votre avis. N’hésitez pas à consulter son site www.miagoldauthor.com afin de recevoir des ebooks gratuits, de suivre les dernières news et de rester en contact.
Copyright © 2021 par Mia Gold. Tous droits réservés. Sous réserve de la loi américaine sur les droits d'auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme ou par quelque procédé que ce soit, ni enregistrée dans une base de données ou un système de récupération, sans l'accord préalable de l'auteur. Ce livre électronique est sous licence pour usage personnel uniquement. Ce livre électronique ne peut être ni revendu, ni donné à d'autres personnes. Si vous désirez partager ce livre avec quelqu'un, veuillez acheter une copie supplémentaire pour chaque bénéficiaire. Si vous lisez ce livre et que vous ne l'avez pas acheté, ou qu'il n'a pas été acheté pour votre usage personnel uniquement, veuillez le rendre et acheter votre propre copie. Merci de respecter le travail de cet auteur. Il s'agit d'une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les entreprises, les organisations, les endroits, les événements et les incidents sont soit le produit de l'imagination de l'auteur, soit utilisés de manière fictive. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite. Image de couverture Copyright nikkytok, utilisé sous licence de Shutterstock.com.
LIVRES PAR MIA GOLD
UN MYSTÈRE COSY DE RUBY STEELE
AVEC DES GLAÇONS (Livre #1)
EXTRA OBSCÈNE (Livre #2)
CORSÉ (Livre #3)
PUR (Livre #4)
UN MYSTÈRE HOLLY HANDS
K.-O. (Livre #1)
COUP BAS (Livre #2)
TABLE DES MATIÈRES
PROLOGUE
CHAPITRE UN
CHAPITRE DEUX
CHAPITRE TROIS
CHAPITRE QUATRE
CHAPITRE CINQ
CHAPITRE SIX
CHAPITRE SEPT
CHAPITRE HUIT
CHAPITRE NEUF
CHAPITRE DIX
CHAPITRE ONZE
CHAPITRE DOUZE
CHAPITRE TREIZE
CHAPITRE QUATORZE
CHAPITRE QUINZE
CHAPITRE SEIZE
CHAPITRE DIX-SEPT
CHAPITRE DIX-HUIT
CHAPITRE DIX-NEUF
CHAPITRE VINGT
CHAPITRE VINGT-ET-UN
CHAPITRE VINGT-DEUX
CHAPITRE VINGT-TROIS
CHAPITRE VINGT-QUATRE
CHAPITRE VINGT-CINQ
Marsha Whitaker gémit.
Du moins, elle pensait avoir gémi. Sa tête l’élançait si douloureusement qu'elle ignorait si le son provenait de sa propre gorge, de celle de quelqu'un d'autre, ou si c'était simplement son estomac qui protestait ou encore son cerveau déshydraté qui faisait des siennes.
Marsha Whitaker souffrait d’une gueule de bois carabinée. Les oreillers moelleux, le matelas confortable et les draps en coton frais du lit de sa villa n'y pouvaient rien. Sa bouche était cotonneuse, ses yeux clos irrités, derrière des paupières lourdes. Chacun de ses muscles lui faisait mal.
Et puis il y avait son estomac.
Argh ! Elle s’efforça de ne pas y penser. De peur de vomir.
Elle leva un bras fatigué pour se frotter les tempes. Ce faisant, les draps se collèrent à sa peau, se détachant avec une sensation poisseuse. Lorsqu'elle porta sa main à son visage, elle ressentit cette même sensation collante de quelque chose de presque sec.
Oh seigneur. Avait-elle déjà vomi ? Elle était incapable de s'en souvenir. En fait, elle ne se souvenait pour ainsi dire de rien après environ onze heures la nuit précédente. Elle et la bande s’en était mis une bonne, en débutant à grand renfort de cocktails dans un bar du bord de mer avant de se rendre dans une boîte de nuit.
Puis la beuverie avait commencé pour de bon.
À minuit, se souvenait-elle vaguement, elle était rentrée à son hôtel. Elle avait dit à tout le monde qu'elle était ivre et qu'elle avait besoin de dormir.
Mais la villa comportant une cuisine, et les membres de son groupe se rendant mutuellement visite, il était fort possible qu'un after ait eu lieu ici même. Une fois lancée, elle avait du mal à s'arrêter ; et si quelqu'un était passé, il y avait fort à parier qu'elle avait rempilé avec quelques verres supplémentaires, avant de danser avec eux comme une délurée.
Si seulement elle se souvenait. Après son retour, c’était le noir complet.
Tout semblait indiquer qu'elle avait continué à boire : son mal de crâne et sa langue enflée dans une bouche pâteuse constituaient des preuves suffisantes.
À contrecœur, elle ouvrit les yeux.
Son bungalow était sombre. Seul un léger halo de lumière du jour irradiait autour des épais rideaux, pas assez pour éclairer réellement la pièce.
Elle tourna la tête et grimaça alors que son cerveau menaçait de se liquéfier dans sa boîte crânienne, découvrant la silhouette sombre de Dan allongée à côté d’elle.
Bon sang, Dan est passé me voir ? Ça a dû être une sacrée soirée. Elle regrettait de n’en conserver aucun souvenir. L'horloge sur la table de chevet derrière lui indiquait 11 heures 32.
Elle se tourna dans l'autre sens, l'estomac en compote, et chercha l’interrupteur à tâtons. Elle ferma un œil et plissa l'autre, consciente que l’éclairage lui ferait l'effet d'un pic à glace enfoncé dans la rétine. Mais elle devait constater l'étendue des dégâts qu’elle avait causés. Peut-être pourrait-elle nettoyer avant que Dan ne se réveille.
Finalement, elle trouva l'interrupteur et l'actionna, grimaçant à nouveau tandis que la pièce s'illuminait.
Elle ferma son œil. La douleur était trop vive.
Elle devait vraiment, vraiment arrêter de boire. Si elle grossissait, Dan ne la regarderait plus. Que son mari Oliver ait arrêté de la toucher depuis trois ans était déjà suffisamment difficile à vivre. Si elle perdait Dan, elle n'aurait plus rien.
Marsha resta allongée pendant une minute, laissant ses yeux s'adapter à la lueur derrière ses paupières, puis elle les ouvrit lentement. C’était douloureux, mais supportable.
Elle se tourna à nouveau vers Dan.
Et hurla.
Dan gisait, les yeux et la bouche ouverts, couvert de sang. Il avait reçu des coups de couteau au visage, à la gorge et sur son torse nu.
Il était presque méconnaissable, couvert de sang poisseux et à moitié coagulé.
Il y avait du sang sur les draps, du sang sur le mur blanc, et du sang un peu partout sur elle.
Marsha hurla à nouveau et continua à s’époumoner jusqu'à ce qu'un martèlement à la porte lui donne l’idée de crier à l'aide en panique.
Ruby Steele prit une profonde inspiration et essaya de se convaincre qu'elle était prête. Il était temps d'appeler son père.
Elle était assise dans le salon de son bungalow délabré à Nassau pendant sa nuit de repos. Zoomer, le singe capucin de compagnie du bar, était assis à côté d'elle sur le canapé, l'air ennuyé. Elle aurait préféré travailler. Elle aurait préféré faire face aux ivrognes qui vomissent et aux touristes violents derrière le bar du Pirate's Cove plutôt que d’être confrontée à cela.
Zoomer, aussi, aurait préféré être au bar. Là où il y avait de l'alcool.
Ruby n'avait pas parlé à son père depuis plus d'un an. La culpabilité qui la rongeait en raison de sa faiblesse lui donnait l’impression qu’on l’avait labourée avec un couteau durant chaque minute écoulée de cette année. Sa mère étant morte lorsque Ruby était encore petite, et sans frères et sœurs, elle était restée seule avec son père.
Et on ne pouvait imaginer une relation plus proche et plus affectueuse.
Il avait toujours été là pour elle, la soutenant, l'encourageant lors de ses matchs de sport à l'école, l'aidant à faire ses devoirs. Et, lorsqu'elle fut en âge de s'intéresser à la salle de boxe de son père, il devint son entraîneur, puis son coach.
Choisir les arts martiaux mixtes en guise d'activité extrascolaire n’avait rien d’ordinaire pour une adolescente, mais Ruby n'avait jamais été une adolescente ordinaire. Sans pour autant être un vrai garçon manqué, elle préférait jouer des poings plutôt qu’aux poupées et la salle de sport au salon de coiffure. Parfois, papa craignait de la pousser trop loin et lui demandait gentiment : « T’es sûre que tu ne préfères pas une robe plutôt qu'un jean ? » ou « Tu peux sauter l'entraînement ce soir si tu veux sortir avec tes amis ».
À ces questions, Ruby avait toujours souri, serré son père dans ses bras et vécu sa vie comme elle l’entendait. Les questions finirent par cesser.
Son entraînement s'intensifia. Bientôt, elle passa des combats amicaux au gymnase aux matchs semi-professionnels, puis elle passa pro. Son père, qui avait entraîné de nombreux boxeurs, se retrouva à coacher une boxeuse. Il avait lui-même connu une brève carrière de boxeur et était ceinture noire de ju-jitsu, mais il n'était jamais parvenu à devenir professionnel. Il avait donc placé tous ses espoirs ainsi qu’une grande partie de son énergie dans ses élèves.
Sa fille en particulier. Ils formaient une équipe, La « Team Wayne », utilisant le vrai nom de famille de Ruby, celui qu'elle avait utilisé toute sa vie jusqu'à ce qu'elle s'enfuie aux Bahamas.
Puis vint le combat pour le titre entre elle et Teresa Klein à Las Vegas.
Un match serré, une sangle desserrée, une lutte acharnée, le gant de Klein se détache et pendant une fraction de seconde, personne ne le remarque.
Une fraction de seconde. C'est tout ce qu'il a fallu.
Un gros crochet du droit dans la tête de Ruby. La seule chose dont elle se souvenait ensuite, c'est de s'être réveillée à l'hôpital avec un grave traumatisme crânien et sans perspectives de carrière.
La culpabilité que Ruby avait ressentie avait été insupportable. Ses rêves de titre international s'étaient envolés. Elle ne combattrait plus jamais. Elle avait déçu son père.
Bien sûr, son père ne l'avait pas perçu de cette façon. Tout ce qui lui importait, c'était que sa fille chérie se remette. Il l'avait soutenue, encouragée, mais la culpabilité que Ruby éprouvait avait persisté, au point d'envenimer leur relation.
Après sa guérison, elle accepta un emploi de garde du corps de haut vol, assurant la protection d'une série de clients très en vue jusqu'à finir par travailler pour la sénatrice Wishbourne. Son père lui manquait, mais Ruby se sentait secrètement soulagée de ne plus subir sa présence qui lui rappelait constamment son échec.
Cet évitement de ses sentiments de culpabilité avait rendu les appels à la maison de plus en plus rares, ne faisant qu'augmenter sa culpabilité et rendre encore plus difficile d'appeler à la maison. Puis la sénatrice avait été assassinée, Ruby était devenue suspecte, et avait dû prendre la fuite.
Dans l’incapacité totale d'appeler son père pendant un certain temps, Ruby avait fini par se convaincre que c'était toujours impossible.
Mais ce n'était qu'un mensonge à elle-même. Elle avait un téléphone jetable. Un dealer d'herbe habitué de son bar l'avait mise en contact avec quelqu'un qui lui avait montré comment utiliser un service téléphonique crypté qui fonctionnait comme un VPN. Elle pouvait appeler. Elle était intraçable.
Le téléphone jetable était posé sur sa table basse d'occasion en mauvais état.
Très bien, se dit-elle. Tu as affronté des trafiquants d'êtres humains, des combattants de MMA, et des meurtriers. Tu peux le faire.
Non, j’peux pas.
Prends-le quand même.
Elle saisit son téléphone. Il sonnait.
« Bordel ! », elle se leva d'un bond. Zoomer se mit à hurler, surpris par son emportement.
Elle crut un instant que son père l'appelait, puis réalisa que c'était impossible. Il ne savait même pas dans quel pays elle se trouvait, et encore moins son numéro de téléphone.
Elle ouvrit alors son téléphone à clapet bon marché et vit le numéro de l'appelant.
Ruby gémit. Le King. Un boss de la mafia locale qui organisait des combats à mains nues. Il était parvenu à prendre le contrôle d'une grande partie de sa vie.
Le téléphone sonna une seconde fois. Ruby le fixa. Elle aurait pu prétendre être au travail, mais le King connaissait déjà son emploi du temps. Il en savait beaucoup sur elle. Beaucoup trop.J’aurais pu trouver une autre excuse, supposa-t-elle.
Mais elle savait que cela ne suffirait pas. Même si elle ne décrochait pas maintenant, elle devrait répondre tôt ou tard. Cela l'empêcherait de faire une de ses nombreuses apparitions surprises.
Et répondre à cet appel retardait celui qu’elle passerait à son père.
Avec un mélange de peur et de profonde culpabilité, elle décrocha à la cinquième sonnerie. Il valait mieux ne pas décrocher plus tôt, cela ne ferait que l'encourager. La passivité agressive était le seul recours possible avec un type comme lui.
« Comment va ma meilleur fighteuse ce soir ? lança le King sans préambule, de sa voix mielleuse de baryton, faussement aimable.
« Mes côtes cassées font encore mal ». Ça, au moins, c'était vrai.
« Tu devrais arrêter de te battre en dehors du ring, ma chère. Et de mettre en rogne le capitaine du port ! Un mauvais choix d'ennemis », lui lança le King sur un ton hargneux.
Ruby en resta bouche bée. « Tu es au courant de ça ? »
Question stupide. Bien sûr qu’il était au courant. Il y avait très peu de choses que le King ne savait pas. Et cette histoire avait fait beaucoup de vagues.
« Tu te mets trop en danger, ça compromet l'ascension de ta carrière et la mienne, au passage. Essaie de te limiter à des combats sur le ring ou à des bagarres occasionnelles avec des ivrognes du Pirate's Cove. Je n'ai aucun problème avec ça. Ça renforce ta réputation dans la rue.
« T'en sais plus sur le capitaine du port ? » demanda Ruby.
Tant qu’à parler à ce voyou, autant en profiter pour apprendre quelque chose sur son ennemi le plus puissant.
Son ennemi le plus puissant ? Loin de là. Son ennemi le plus puissant à Nassau, en tout cas.
Même si tout dépendait de la façon dont on envisageait les choses. Le capitaine du port était son ennemi qui possédait le plus de pouvoir. Le King était quant à lui l'ennemi qui exerçait le plus de pouvoir sur elle.
Pourquoi la vie devait-elle être si compliquée ?
« Il contrôle une grande partie de la contrebande de luxe à Nassau », expliqua le King, « Les cargaisons plus petites et plus précieuses proviennent des yachts qui passent par sa marina privée. »
Ruby acquiesça. Le capitaine du port gérait la plus grande marina de la ville pour les bateaux privés. Les cargos arrivaient dans un port différent. Vraisemblablement, c'est là-bas que le capitaine du port organisait la contrebande des cargaisons illégales plus importantes.
« Je le savais déjà », rétorqua Ruby. Tu pourrais peut-être me donner de meilleures infos : des infos qui me garderaient en vie. »
« Oh, il ne sait pas encore pour toi. Il sait seulement qu'une Américaine a aidé à coincer l'un de ses meilleurs associés, un trafiquant de cocaïne qui lui a rapporté beaucoup d'argent. »
« Il entendra parler de moi tôt ou tard. »
« Oui, c'est vrai. Mais ne t'inquiètes pas, je ne laisserai rien arriver à ma boxeuse super star. Comment ça se passe avec les enfants de Marley ? »
Ruby réprima un gémissement. Elle avait nourri des enfants de l'un des quartiers les plus pauvres de Nassau et son manager autoproclamé, qu'elle avait surnommé Bob Marley (en raison du t-shirt de la star du reggae qu'il portait en permanence), l'avait appris et avait pratiquement pris le contrôle de l'opération, rencardant le King sur leurs activités pour obtenir les faveurs du boss de l'underground. Le fait que le King le mentionne était sa façon de lui rappeler qu'il gardait la main sur elle et les enfants.
« Ça se passe bien, dit Ruby, en essayant de paraître décontractée. « Nous organisons un autre déjeuner dimanche. »
Autant le lui dire. Il l'apprendra bien assez tôt par cette grande gueule.
« Parfait ! J'espère que tu seras présentable devant les enfants. »
L'estomac de Ruby se noua. Bien qu'elle pressentît la réponse, elle demanda quand même.
« Pourquoi ne le serais-je pas ? »
« Parce que tu as un combat vendredi prochain. »
Là, Ruby ne put s'empêcher de gémir. C'était mercredi soir.
« Mes côtes ne sont toujours pas rétablies », protesta-t-elle.
Elle s'était fracturée quelques côtes lors d'un des matchs clandestins du King quelque temps auparavant. Recevoir plusieurs coups dans la même zone lors de sa dernière affaire n'avait pas vraiment contribué au processus de guérison.
Bien sûr, une telle excuse ne tiendrait pas face à un tel gangster. Elle lui devait encore un combat en échange de l'aide qu'il lui avait apportée sur une affaire précédente. Et le King recouvrait toujours ses dettes. D'une manière ou d'une autre.
« Je sais, » dit le King, « et je te prie d'accepter mes plus plates excuses. Mais nous recevons la visite d'un combattant, Toro del Diablo du Mexique. »
« Le Taureau du Diable ? »
« Un alias intéressant, pas vrai ? Tu comprendras quand tu le verras. Un grand gaillard qui aime foncer sur ses adversaires. Plutôt intimidant. Il jouit d’une réputation dans toute l'Amérique latine et le faire venir sur notre humble petit ring n’a pas été une mince affaire. »
« Tu ne peux pas le caser avec un des combattants masculins ? »
« Figure-toi qu’il a entendu parler de toi. Il veut te rencontrer. »
« Le déjeuner aura lieu. »
Le rire profond du King retentit dans le téléphone.
« Qu’est-ce que t'es drôle, Ruby. C'est toujours un plaisir de parler avec toi. Toro del Diablo a entendu parler de ta réputation de mettre KO les combattants masculins et il a hâte de te mettre KO lui-même. Ahhh, les Mexicains et leur machisme. L'idée qu’une combattante puisse réussir dans un sport dominé par les hommes l’insupporte.
« Merveilleux, » grommela Ruby.
« Alors va t'entraîner. Au moment du combat, n’oublie pas de protéger tes côtes et je suis sûr que tu t'en sortiras très bien. »
Si je protège mes côtes, je ne peux pas protéger ma tête, et si je suis touchée à la tête, je meurs.
Ruby savait pertinemment que le mettre dans la confidence ne ferait aucune différence, et elle ne tenait absolument pas à laisser courir le bruit selon lequel elle était vulnérable dans toute la ville. Compte tenu de tous les ennemis qu'elle s'était fait, cela pourrait lui être fatal.
Le King poursuivit : « Je suis trop heureux que tu aies accepté de le faire. Moi et mes hommes restons à ta disposition. Si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à m'appeler. »
J’ai besoin que tu dégages de ma vie, pensa Ruby.
« Hum, merci. Bonne nuit. »
« Bonne nuit, Ruby. Entraîne-toi bien. »
Le King raccrocha.
Ruby laissa tomber son téléphone sur la table basse suivi d’une longue expiration. Elle s'effondra sur son canapé bosselé, ferma les yeux et se frotta les tempes. Elle avait vraiment, vraiment besoin d’un verre.
Un bruit de grattage sur la table lui fit ouvrir les yeux. Zoomer se tenait au bout, les yeux écarquillés, la bouche ouverte, fixant sa porte d'entrée.
Le sang de Ruby se glaça. Le singe pouvait entendre mieux qu'un humain. Quelque chose se trouvait là-dehors. Quelque chose produisant un son que Zoomer trouvait suspect.
Elle, aussi, l'avait entendu.
Un léger craquement provenant des planches déformées de son porche.
Un son si doux qu'elle ne l'aurait même pas remarqué si le comportement de Zoomer ne l'avait pas alerté.
Quelqu'un était sur le pas de sa porte. Quelqu'un qui ne voulait pas être entendu.
L’assassin envoyé par les Saoudiens serait revenu pour se venger ? Non. Elle l'avait trop esquinté pour qu'il soit déjà guéri. Mais il s’agissait peut-être de l’un de ses comparses.
Ou quelqu'un envoyé par le capitaine du port. Il avait peut-être déjà découvert qui elle était.
Ou un membre d'un des cartels qui contrôlaient une grande partie de l'économie touristique de l'île. En tout cas, elle les avait suffisamment énervés pour qu'ils veuillent la tuer.
Ou était-ce peut-être le Département d'État qui avait fini par retrouver sa trace ?
Ou encore quelqu'un d'autre qui voulait sa peau. Elle ne comptait plus les gens qui voulaient sa mort tant ils étaient nombreux.
J'ai désespérément besoin de changer de style de vie, pensa Ruby.
Aussi discrètement que possible, elle se leva du canapé et se faufila dans la cuisine jusqu'à sa porte arrière. Par chance, elle avait laissé la lumière de la cuisine et celle de la cour éteinte ; couvrant ainsi ses arrières d’une certaine manière.
Elle s’immobilisa au niveau de la porte arrière. Et si quelqu'un se tenait en embuscade là aussi ?
Zoomer bondit sur le comptoir de la cuisine et regarda à travers la fenêtre. Il n'avait pas l'air nerveux. Ce qui la rassura un peu.
Déverrouillant la porte et l'ouvrant facilement, elle se faufila à travers. Zoomer en fit autant.
Elle ferma la porte aussi furtivement que possible et s'accroupit dans son jardin. Les lumières d'à côté, chez Mme Strapp, étaient allumées. La dernière chose dont Ruby avait besoin, c’était que cette fouineuse de voisine demande bruyamment pourquoi Ruby rampait dans son propre jardin au milieu de la nuit. Ce ne serait pas la première fois. Cette femme finirait un jour par la faire tuer.
Ruby parvint à la vieille barrière en bois bringuebalante qui clôturait son jardin et l'escalada. Il n'y avait aucun moyen de procéder discrètement. L'ensemble grinça et trembla sous son poids.
Il faut vraiment que je la fasse réparer si sortir en douce de ma propre maison doit devenir une habitude.
Par chance, Mme Strapp ne surgit pas à la fenêtre pour lui hurler dessus. Peut-être regardait-elle un jeu télévisé ou autre chose du genre. Ruby fit le tour de son pâté de maison en courant, Zoomer trottinant derrière elle. Peu de gens se trouvaient dehors à cette heure, seulement quelques familles profitant de la chaleur apaisante d’une nuit tropicale sous leur porche. Ils ne prêtèrent même pas attention à la femme blanche trottinant avec un singe. Ils en avaient vu d'autres. À part Mme Strapp, personne dans le quartier ne faisait plus attention à elle.
Une fois rejoint l'angle de la rue qui longeait sa maison, elle marqua une pause.
La lumière de son porche était éteinte. Elle l'avait laissée allumée. Elle en était certaine.
Ruby se tenait tapie dans l'ombre d'un palmier projetée par le réverbère. C'était un quartier pauvre, où les lampadaires brillaient modestement et étaient trop espacés. Pourtant, si elle marchait simplement le long du trottoir, n'importe qui pouvait la voir.
Elle fixait son porche d'entrée, un rectangle noir ombragé par son propre toit. Zoomer scrutait la scène silencieusement depuis son épaule.
« Tu vois quelque chose, copain ? » Murmura-t-elle. « Parce que je ne vois rien du tout. »
Attends. Quelque chose a bougé ? Une ombre se déplaçant dans une autre ombre ?
Une poussée froide d'adrénaline inonda son système vasculaire. Ses mains serrées devinrent des poings, et elle adopta une position de combat sans même s'en rendre compte. Ses sens, toujours aux aguets, passèrent en mode d'alerte maximale, scannant tout ce qui l'entourait.
Ruby remarqua une ligne presque continue de voitures garées de son côté de la rue. Vérifiant que personne ne regardait, elle se mit à quatre pattes et rampa le long de la ligne de véhicules, les utilisant comme couverture contre quiconque se trouvait sur son porche. Zoomer resta silencieux, rampant à côté d'elle, tout en faisant en sorte de rester hors de vue du porche également.
Il ne manquerait plus qu'un des voisins arrivent en voiture à ce moment précis, pensa-t-elle. On aurait l'air malin.
Heureusement, ce ne fut pas le cas, et elle arriva à mi-chemin de sa maison avant qu'un espace dans la file de voitures ne la fasse s'arrêter.
Son voisin trois portes plus bas travaillait dans une discothèque. Il ne serait pas chez lui avant des heures. Et par chance, personne n'avait volé sa place de parking.
Ruby jeta un coup d'œil derrière l'aile avant de la dernière voiture qui couvrait son approche. Elle pouvait à présent distinguer son porche plus clairement. Une ombre volumineuse se tenait près de sa porte. Un léger frappement parvint à ses oreilles, malgré le bruissement des palmiers dans la brise.
Un assassin frapperait-il ?
Trop de choses bizarres lui étaient arrivées au cours des derniers mois pour qu'elle écarte cette possibilité.
Elle attendit que la silhouette frappe à nouveau et profita du fait qu'il était face à la porte pour se faufiler dans l'espace ouvert entre les deux voitures. Zoomer détala derrière elle.
Une fois à l'abri, elle s'arrêta un moment, puis osa jeter un coup d'œil par-dessus le capot avant. À présent, la silhouette, qu'elle pouvait identifier comme étant un homme, cherchait à regarder par la fenêtre de devant. Elle avait l'habitude de garder les stores baissés. Se faire tirer dessus par un assassin professionnel dans son propre salon l'avait rendue plus soucieuse de la sécurité qu'auparavant.
Plus que deux voitures maintenant. Elle se faufila aussi furtivement que possible jusqu'à la dernière voiture, garée juste devant sa maison, car tout le monde savait qu'elle n'avait pas de véhicule personnel.
Il est temps d'adopter une approche plus directe, se dit-elle, en essayant de s’armer de tout son courage.
Elle se leva et commença à marcher sur la pointe des pieds, aussi silencieusement que possible, jusqu'à l'entrée de sa maison.
L'homme se remit à frapper à sa porte, un peu plus fort cette fois.
Ce qui couvrit le son de son approche, mais pas pour longtemps. Elle n'avait pas fait un tiers du chemin jusqu'à son porche que la silhouette se retourna.
Ruby sprinta dans sa direction, franchissant les derniers mètres et bondissant sur le porche en à peine une seconde.
« Attends ! » Cria l'homme.
Trop tard, Ruby était déjà en train de cogner.
L'homme bloqua avec une rapidité étonnante et, une fraction de seconde plus tard, Ruby crut reconnaître sa voix.
Elle balaya ses jambes et le fit trébucher. Il esquiva sur le côté, les bras en l'air pour se défendre.
« Ruby, c'est moi. »
L’identification ne faisait plus aucun doute. Elle fut envahie par un sentiment mêlant à la fois soulagement et gêne.
« Tim, je suis vraiment désolée ! Tu m'as fichue une peur bleue. Qu'est-ce que tu fabriques là ? »
« C'est une bonne question ! » cria Mme Strapp depuis sa fenêtre d'entrée. Des hommes frappent à votre porte à toute heure de la nuit, et vous vous battez avec eux. Qu'est-ce qui ne va pas chez vous ? J'étais sur le point d'appeler la police. »
« Désolée, Mme Strapp. C'est juste un vieil ami. »
« C'est comme ça que vous accueillez un vieil ami ? » répliqua sa voisine.
« Elle a raison », confirma Tim.
« Désolée, » répéta Ruby, avant de se tourner vers Tim. Pourquoi tu ne m’as pas dit que tu venais ? »
« J'ai eu un créneau de dernière minute. Et puis, je voulais que ce soit une surprise. » Il baissa la voix pour que la vieille femme penchée par la fenêtre voisine n'entende pas. « Sans compter que j’ai des doutes quant à la sécurité de ton téléphone. »
« Rentre. Tu n'as pas été suivi, j’espère ? »
« Non. D'ailleurs, je pense que ta voisine l'aurait mentionné. »
« Ouais, qui a besoin d'un chien de garde quand on a une fouineuse de voisine. »
« C'est clair ! »
Un sourire en coin, ils entrèrent, Zoomer bondissant sur son dos.
« Tu as de la chance que Zoomer ne t'ait pas arraché les yeux », ajouta Ruby.
« Il a dû se souvenir de moi et savoir que j'étais un ami. »
« Désolée », dit Ruby, percevant la pointe d'accusation dans sa voix. « Pourquoi la lumière de mon porche d'entrée était-elle éteinte ? »
« Je l'ai dévissée au cas où quelqu'un nous surveillerait. On n'est jamais trop prudent, surtout après ce que j'ai découvert. »
Ils s'assirent, Ruby sur le bord de son siège. Si Tim avait parcouru tout ce chemin avec de nouvelles informations, elles devaient être importantes.
Zoomer s'installa sur le haut du canapé derrière Tim et commença à examiner ses cheveux, les séparant avec ses petits doigts.
« Je n'ai pas de poux, mon vieux », s’exclama-t-il en riant.
Ruby lui sourit chaleureusement, admirant son allure robuste et le corps endurci d'un combattant entraîné qui allait avec. Cette bagarre sous le porche se serait révélée bien plus rude s'il s'était réellement défendu.
Tim Harris, son ancien collègue. C'était bon de le revoir, elle ne s'était pas sentie aussi bien depuis longtemps. Il lui sourit en retour, ce qui l'a fit sourire encore davantage.
Ils avaient eu une aventure une fois aux Etats-Unis, et elle avait rêvé que cela devienne plus sérieux.
Le fait d'être dans des pays différents avait mis un coup d’arrêt à cela, mais ce n'était plus le cas à présent.
« As-tu découvert quelque chose de plus sur le cheikh Omar ibn Hussein ? » demanda-t-elle, mettant ses rêves de côté et se mettant au travail.
Tim avait la preuve que le cheikh était derrière l'assassinat de la sénatrice Wishbourne. S'ils pouvaient le prouver, non seulement cela rendrait justice à la sénatrice défunte, mais cela la tirerait d'affaire.
« Il arrive dans quelques jours. Je voulais arriver tôt pour me préparer. Et puis, j'ai d'autres nouvelles. »
La déception de Ruby fut comme un coup de poignard en réalisant qu'il n'avait rien dit sur son désir d'être avec elle, mais sa curiosité l'emporta rapidement. Cette « nouvelle » avait l'air importante.
Ruby s'avança :
« Quoi ? »
« J'ai enfin trouvé quelqu'un en dehors des Etats-Unis qui peut craquer la clé USB que la sénatrice t'a laissée. Il est ici, aux Bahamas. »
Ruby reprit ses esprits. « Vraiment ? On peut lui faire confiance ? »
« Complètement. J'ai travaillé avec lui avant. C'est un freelance, et un libertaire pur et dur. Il travaille pour n'importe qui tant qu'il n'est pas malfaisant. Il suit son propre code moral. Un peu plus large que celui de la plupart des gens », Tim gloussa, « mais il ne collabore pas avec des trafiquants d'êtres humains, des cartels ou des gens comme ça. Il fait tout un tas de truc pour les gens du Dark Web. »
« Um, d'accord. On peut lui faire confiance ? »
Tim leva une main rassurante.
« Ce que j'essaie de dire, c'est qu'il est neutre. Sa réputation dans l'underground repose sur le fait qu'il est le hacker le mieux informé et le plus discret du milieu. »
Ruby hocha la tête. Elle connaissait quelqu'un du genre ici même à Nassau. Goldtooth. Un chauffeur de taxi qui vous conduisait n'importe où, sans poser de questions. Et si vous ne saviez pas où aller pour obtenir ce que vous vouliez, il vous y emmenait quand même.
« Et il est ici, aux Bahamas ? »
« Ouaip. Il vit dans un bungalow en bord de mer à Great Inagua. »
« Great Inagua ? C'est à l'autre bout de l’île ! Il faudrait que je prenne au moins deux jours de congé. »
« Je sais, je sais. Mais c'est le meilleur. C'est un expatrié hollandais qui a décidé de s'installer ici pour le soleil, le surf, et l'absence de surveillance légale. Si quelqu'un peut y arriver, c'est bien lui. On a travaillé ensemble sur une affaire il y a quelques années. »
Soudain, Ruby se sentit méfiante.
« Une affaire ? Quel genre d’affaire ? »
« Un de mes clients a été victime de chantage. Mon collègue néerlandais a réussi à pirater l'ordinateur du maître chanteur et à effacer son disque dur, se débarrassant ainsi des fichiers avec lesquels il menaçait mon client. »
« Hum, sympa. »
« Ouais, c'était une sale affaire. La preuve en tout cas qu'on peut faire confiance à mon contact. Il aurait pu utiliser ces informations pour monter sa propre opération de chantage et se faire rémunérer bien plus que ce que mon client proposait. On doit lui apporter cette clé USB. »
« Ça semble être une bonne piste. Laisse-moi y réfléchir. » Tout cela allait si vite. « Parle-moi du Cheikh Omar ibn Hussein. Tu as dit qu'il a une propriété ici et qu'il vient dans quelques jours. »
« C'est ce que j'ai entendu. L'information vient d'un ami d'un contact et donc c'est de troisième main au moins. Le cheikh possède le Blue Skies Resort et séjourne toujours dans son penthouse quand il vient. »
Ruby cligna des yeux. « Tu as dit le Blue Skies Resort ? »
« Ouais. C'est un endroit assez grand d'après ce que j'ai entendu. Pourquoi ? »
« C'est l'un des complexes hôteliers les plus grands et l’un des plus exclusifs de l'île. J'ai une amie qui y travaille. »
Tim se pencha en avant et posa une main sur la sienne, sentant ses nerfs en ébullition, et lança d'une voix enthousiaste, « Quelle chance ! Peut-être qu'elle peut nous aider. »
« Je ne sais pas. Desaray n'est qu'une femme de chambre. »
Desaray était aussi une habituée du Pirate's Cove et une bonne amie. Ruby aurait préféré ne pas avoir à l'impliquer. Elle avait mis ses amis en danger trop souvent ces derniers temps.
« Encore mieux », ajouta Tim. Personne ne remarque les femmes de chambre, et elles ont accès partout. »
« Je ne sais pas si c'est une bonne idée de l'impliquer. Le cheikh a l'air d'avoir un mauvais caractère. »
Les yeux de Ruby se posèrent sur la puissante main de Tim sur la sienne, reposant sur le coussin. Dieu que ce contact était agréable. Ce geste avait été automatique, exécuté par empressement, mais il témoignait d'une familiarité qu'elle ressentait depuis longtemps, mais qu'elle n'avait guère eu l'occasion d'exprimer.
Elle se retourna vers Tim et constata qu'il regardait aussi leurs mains. Un instant plus tard, il la regarda à nouveau dans les yeux, rougit un peu et retira sa main. Son sourire persista.
« C'est l'une des choses que j'admire chez toi, Ruby. Tu es une amie loyale. Nous sommes sur le point de découvrir qui a tué la sénatrice et tu es plus préoccupée par tes amis. »
« Je ne tiens pas à ce que l'un d'entre eux se fasse tuer », confia-t-elle en acceptant le changement de sujet puisqu'elle ne savait pas quoi dire d'autre. « J'ai déjà du mal à me maintenir en vie. »
« Je vois ça, vu l'accueil chaleureux que tu m'as réservé à la porte d'entrée. »
« Désolée pour ça », s’excusa Ruby en riant. « N’essaie pas de la faire à l’envers avec une fille comme moi. »
« J'essaierai de m'en souvenir. » Il la regarda, son visage exprimant de l'inquiétude. « As-tu des problèmes, je veux dire des problèmes dont je ne suis pas au courant ? »
Ruby détourna le regard. Devait-elle lui parler du King ? Ou de ses démêlés avec les cartels ou le capitaine du port ?
Non. Il voudrait l'aider, et il l'aidait déjà suffisamment.
« Je vais bien », répondit-elle, sans conviction. « Alors comment saurons-nous si le cheikh vient en ville ? »
« Mon contact est censé me le dire, mais je crains qu'il ne soit pas si fiable que ça. »
« Pourquoi pas ? »
« Il travaille dans une des entreprises du cheikh en Arabie Saoudite, et il n'est pas aussi haut placé que je le voudrais. Il ne sait rien directement, juste les bruits de couloir. »
« Il se pourrait que ça ne suffise pas. »
« Non. Ton amie serait d'une grande aide. » Face au regard réticent de Ruby, il ajouta rapidement, « Elle n'a rien à faire. Il suffit de garder un œil sur le penthouse ou sur l'endroit où il a l'habitude de séjourner et de nous dire quand il arrive. »
« Elle en serait probablement capable. Laisse-moi y réfléchir. Pourquoi il vient ici, alors ? »
Tim haussa les épaules.
« Je ne suis pas sûr. Évidemment, il doit superviser ses affaires, mais il en a tellement, ce n'est sans doute pas la seule raison. En plus d'être l'un des principaux actionnaires d'Aramco, il possède des propriétés dans trois États du Golfe, à Londres, à Munich, en Thaïlande (on se doute bien des raisons pour cette dernière) et une résidence secondaire ici. Il possède aussi une compagnie maritime. »
Cela avait l'air intéressant.
« Qu'est-ce qu'il expédie ? »
« Du fret ostensible. C'est un courtier maritime, un intermédiaire qui met en relation des gens qui veulent expédier quelque chose et des cargos qui cherchent des cargaisons. J'ai demandé autour de moi si c'était réglo ou non. Jusqu'à présent, ça n'a rien donné. »
« Ça ne signifie pas que ça l'est. »
Le visage de Tim se fit sinistre.
« Non, ça ne veut rien dire. Mais nous devons nous rappeler qu'il était du côté légal de la vente d'armes. Lorsque la sénatrice Wishbourne a rompu la promesse qu'elle lui avait faite et a voté dans l'une de ses commissions sénatoriales pour bloquer la vente de missiles de moyenne portée aux Saoudiens, il a eu l'air fin. Il s'était vanté auprès de la famille royale saoudienne de ses relations à Washington. »
« Ouais, et ensuite le mari de Wishbourne lui-même a passé un marché illégal pour ces mêmes missiles. »
« Et le plus grand ennemi du Cheikh Omar ibn Hussein, Cheikh Abdullah ibn Salman, le laisse passer, et livre les marchandises qu'il avait promises et qu'il n'a pas réussi à livrer.
« Et tu penses qu'Omar était en colère au point d'essayer de garder la face en tuant une sénatrice américaine ? »
« C’est selon moi un suspect idéal. L'assassinat n'a eu lieu que quelques semaines plus tard. »
« Mais la sénatrice était corrompue jusqu'au cou. Elle a dû se faire beaucoup d'ennemis », ajouta Ruby, pleine d'amertume. Ruby avait admiré cette femme, elle la considérait comme un mentor dans sa nouvelle carrière. En apparence, la sénatrice Wishbourne était une grande avocate des droits de l'homme et une défenseuse de la justice. En vérité, elle arrangeait en coulisse les problèmes politique des sales affaires de son mari.
« Tu as raison », approuva Tim en faisant une grimace qui reflétait les sentiments de Ruby. « Peut-être que la clé USB nous mènera dans une autre direction. On le saura dans quelques jours. »
« Attends. J'ai du travail demain. Et après-demain, je suis, hum, occupée. Et dimanche, j'organise un déjeuner gratuit pour des enfants d'un des quartiers pauvres. Je ne peux pas me rendre à Great Inagua. »
Tim hocha la tête et sourit.
« Tu as monté une association caritative ? »
« Ouais. Il y a beaucoup d'enfants à Nassau qui ne mangent pas à leur faim. »
Ruby éprouvait une certaine fierté pour ce qu'elle avait accompli. Fuir son père l'avait rendue malheureuse, et elle n'avait pas fait grand-chose de sa vie depuis qu'elle avait fui aux Bahamas. Aider ces enfants avait nettement contribué à améliorer son estime de soi.
Cette fierté était toutefois teintée d'inquiétude. Le King et Bob Marley essayaient de s'accaparer l'organisation caritative à des fins personnelles.
Elle ne pouvait pas les laisser faire. Si seulement elle pouvait trouver un moyen de les arrêter.
Le bras de Tim passa autour de ses épaules.
« Tu ne cesseras jamais de me surprendre. Nourrir des enfants affamés ? Avec un salaire de barman ? C'est génial. »
Enfin, un salaire de barman, quelques versements pour résoudre des meurtres, et mes gains de combats clandestins.
Tim lui serra l'épaule et ajouta :
« Il n'y a qu'un seul vol par semaine pour Great Inagua. Il part demain matin. J'ai déjà un billet. L'avion ne revient que sept jours plus tard, alors je prendrai un bateau pour rentrer. Les ferries zigzaguent sur toutes ces îles, mais je peux être de retour en un jour ou deux. Donc, en supposant qu'il la craque en moins de vingt-quatre heures, avec un peu de chance, je pourrais être de retour après-demain. Juste à temps pour traiter avec le cheikh.
« Attends. Ça implique de te confier la clé USB. »
Les mots sortirent tout seuls. À peine les eut-elle prononcés, qu’elle les regretta. Tim avait l'air blessé.
« En quoi ça serait un problème ? » demanda-t-il.
« Eh bien, c'est juste que, euh, je l'ai gardée si longtemps. J'avais envie d'y aller moi-même pour tout te dire. »
Il haussa les épaules sans se soucier des conséquences.
« Annule tes autres engagements et viens avec moi. »
Ruby réfléchit un moment. Elle pouvait s'absenter du travail. Son patron Neville était habitué à ce qu'elle prenne des congés pour régler ses divers problèmes personnels. Le combat, par contre, elle ne pouvait pas se permettre de le manquer. Il avait déjà été annoncé. Et le déjeuner de dimanche devait également avoir lieu. Si elle partait quelques jours à l'autre bout des Bahamas, Bob Marley serait à la tête de toute l'opération à son retour.
À regret, Ruby secoua la tête.
« Alors j’irai, » annonça Tim. Ne t'inquiète pas, je la garderai au péril de ma vie. »
Ruby marqua une pause, admirant ces yeux bleu brillant, alors qu’elle sentait ce bras chaud autour de son épaule.
Pourquoi hésitait-elle ? C'était l'un de ses plus vieux amis. Les dessous sordides des Bahamas l’avait-elle bouleversée au point qu'elle ne pouvait même plus faire confiance à Tim Harris ?
Elle poussa un soupir, se leva et se dirigea vers son étagère, où elle sortit un vieux roman de poche. En l'ouvrant, on constatait un espace qu'elle avait découpé dans les pages, juste assez grand pour contenir la clé USB.
Elle la retira et resta là un moment, à la fixer. Dénicher ce petit bout de métal et de circuit intégré lui avait pris tellement de temps et l'avait tellement frustrée en lui bloquant l'accès sans mot de passe.
Maintenant qu'elle avait une chance de déchiffrer le code, elle devait la saisir.
De là à la laisser sans surveillance...
Allez, c'est Tim !
Ayant l'impression d'être au ralenti, elle retourna vers le canapé. Tim sourit et lui tendit la main.
Ruby eut un instant d’hésitation, juste une seconde, puis la déposa dans sa paume tournée vers le haut.
Je t'en prie, ne me le fais pas regretter, le supplia Ruby silencieusement.
Durant tout son service au Pirate's Cove le lendemain après-midi, Ruby était de plus en plus inquiète. Hormis un appel tôt le matin l’informant qu'il prenait l'avion hebdomadaire pour Great Inagua, elle n'avait reçu aucune nouvelle de Tim.
Le vol n’avait duré qu'une heure et demie. Il aurait dû atterrir il y a quatre heures.
Ruby essaya de se rassurer. Tim était occupé avec le hacker. Tim ne voulait pas appeler son téléphone prépayé car, selon ses dires, ce n'était sans-doute pas aussi sûr qu'elle voulait bien le croire. Le Département d'État la recherchait, après tout. La simple astuce consistant à utiliser un téléphone prépayé ne pouvait pas les leurrer éternellement. Ils connaissaient probablement des astuces pour contourner le stratagème. Ce n'est pas parce qu'elle ignorait ces astuces qu'elles n'existaient pas.
Elle avait beau essayer de calmer ou de justifier ses inquiétudes, elles ne cessaient de la tarauder.
Tim aurait pu se heurter au Département d'État ou à des agents envoyés par le cheikh Omar ibn Hussein lui-même. Ou il aurait pu se faire arnaquer par ce mystérieux hacker hollandais dont il lui avait si peu parlé.
Ou... et elle ne voulait même pas envisager cette possibilité tant elle l’écœurait... il aurait pu récupérer la clé USB à son compte.
