Extra Obscène (Un Mystère Cosy de Ruby Steele — Tome 2) - Mia Gold - E-Book

Extra Obscène (Un Mystère Cosy de Ruby Steele — Tome 2) E-Book

Mia Gold

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Beschreibung

EXTRA OBSCÈNE est le Tome 2 de la Série Cozy Mystery de Ruby Steele – Le Tome 1 s'intitule AVEC DES GLAÇONS. Ruby Steele, 30 ans, jolie fille bien roulée semblable à n'importe quelle expatriée réfugiée aux Bahamas, tient le bar local. Les clients indélicats ont affaire à elle : Ruby est professionnelle en arts martiaux, pas du genre à se laisser faire. Une touriste d'une quarantaine d'années recherche Ruby, elle a désespérément besoin de son aide. Elle a festoyé toute la nuit avec son amie, toutes deux ont beaucoup trop bu, ont fait des choses qu'il vaudrait mieux que leurs maris n'apprennent pas. Seul hic, son amie a disparu depuis 12 heures. Les maris ne doivent pas l'apprendre. Les flics ne doivent pas être au courant. Elle a besoin de l'aide de Ruby. Et le temps presse. Ruby a déjà suffisamment de problèmes comme ça. Les fantômes du passé ressurgissent. Lui collent un peu trop aux basques. Ruby peut vraiment payer un détective et s'occuper des problèmes d'autrui ? Qui est cette femme, d'ailleurs ? Et que lui cache-t-elle ? Ruby ne peut pas se permettre de prendre une mauvaise décision. Il n'y aura pas d'exception à la règle cette fois .... Bienvenue aux Bahamas en compagnie de Ruby Steele, son bar à proximité du club de plongée local, son singe de compagnie rusé, son gros problème d'alcool, ses (trop) nombreuses bagarres, son incapacité à se tirer du pétrin et ses poings de boxeuse. La vie de Ruby est certes compliquée … mais vous allez succomber ! EXTRA OBSCÈNE (COZY MYSTERY de RUBY STEELE) est le deuxième tome d'une série de cozy mystery /thrillers, des heures de lecture captivante, de la première à la dernière page. Tome 3 (FULL-BODIED) également disponible.

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Seitenzahl: 422

Veröffentlichungsjahr: 2021

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EXTRA OBSCÈNE

Mia Gold

Pour ses débuts, l’écrivain Mia Gold est l’auteure de la série MYSTÈRE COSY DE HOLLY HANDS, comprenant trois tomes (pour l’instant) ; de la série MYSTÈRE COSY DE CORA CHASE, comprenant trois tomes (pour l’instant) ; et de la série MYSTÈRE COZY DE RUBY STEELE, comprenant trois tomes (pour l’instant). Mia aimerait connaître votre avis. N’hésitez pas à consulter son site www.miagoldauthor.com afin de recevoir des ebooks gratuits, de suivre les dernières news et de rester en contact.

Copyright © 2021 par Mia Gold. Tous droits réservés. Sous réserve de la loi américaine sur les droits d'auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme ou par quelque procédé que ce soit, ni enregistrée dans une base de données ou un système de récupération, sans l'accord préalable de l'auteur. Ce livre électronique est sous licence pour usage personnel uniquement. Ce livre électronique ne peut être ni revendu, ni donné à d'autres personnes. Si vous désirez partager ce livre avec quelqu'un, veuillez acheter une copie supplémentaire pour chaque bénéficiaire. Si vous lisez ce livre et que vous ne l'avez pas acheté, ou qu'il n'a pas été acheté pour votre usage personnel uniquement, veuillez le rendre et acheter votre propre copie. Merci de respecter le travail de cet auteur. Il s'agit d'une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les entreprises, les organisations, les endroits, les événements et les incidents sont soit le produit de l'imagination de l'auteur, soit utilisés de manière fictive. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite. Image de couverture Copyright popout, utilisé sous licence de Shutterstock.com.

TABLE DES MATIÈRES

CHAPITRE UN

CHAPITRE DEUX

CHAPITRE TROIS

CHAPITRE QUATRE

CHAPITRE CINQ

CHAPITRE SIX

CHAPITRE SEPT

CHAPITRE HUIT

CHAPITRE NEUF

CHAPITRE DIX

CHAPITRE ONZE

CHAPITRE DOUZE

CHAPITRE TREIZE

CHAPITRE QUATORZE

CHAPITRE QUINZE

CHAPITRE SEIZE

CHAPITRE DIX-SEPT

CHAPITRE DIX-HUIT

CHAPITRE DIX-NEUF

CHAPITRE VINGT

CHAPITRE VINGT ET UN

CHAPITRE VINGT-DEUX

CHAPITRE VINGT-TROIS

CHAPITRE VINGT-QUATRE

CHAPITRE VINGT-CINQ

CHAPITRE VINGT-SIX

LIVRES PAR MIA GOLD

UN MYSTÈRE COSY DE RUBY STEELE

AVEC DES GLAÇONS (Livre #1)

EXTRA OBSCÈNE (Livre #2)

FULL-BODIED (Livre #3)

UN MYSTÈRE HOLLY HANDS

K.-O. (Livre #1)

COUP BAS (Livre #2)

CHAPITRE UN

« Tu es certain qu’il n’y a aucun risque ? »

Ruby ne se sentait vraiment pas à l’aise. C’était incroyable qu’une bête clé USB puisse lui faire autant peur, alors qu’elle était experte en arts martiaux.

Mais elle savait que le contenu de cette clé USB pouvait changer toute sa vie.

« Aucun risque, » lui répondit le hacker.

Ils étaient assis dans sa salle à manger, dans un quartier bien fréquenté de Nassau. Le hacker était étonnamment bien habillé pour un geek. Il devait être très bien payé pour son travail et il avait visiblement développé un certain goût pour l’élégance, en parallèle avec ses compétences à pirater des espaces virtuels où il n’était pas sensé entrer. Il devait avoir la trentaine et il était plutôt beau gosse, à l’exception d’épaisses lunettes et d’un dos voûté à force d’être assis devant un ordinateur toute la journée. Il devait probablement être le seul gars des Bahamas à ne pas aller régulièrement à la plage.

Son ordinateur était posé devant eux. Ruby regardait l’écran d’un air méfiant, comme s’il allait lui exploser au visage.

« Tu es sûr qu’on ne coure aucun risque ? Cette clé USB contient certainement des informations extrêmement confidentielles. Et elle est sûrement équipée d’un logiciel espion. »

« Relax, » dit le hacker. Ruby aurait voulu arriver à se détendre. Ce type était un ami de Javon et par conséquent, il faisait partie de la catégorie des personnes peu recommandables mais probablement très compétentes. Il n’empêche qu’il pouvait très bien se faire avoir par le contenu de cette clé USB. Javon lui avait assuré que c’était le meilleur hacker des Bahamas. Mais comment est-ce qu’un petit revendeur d’herbe pouvait en être sûr ?

« Écoute, » dit le hacker. « C’est un ami à moi qui a acheté ce PC et il l’a payé en liquide, pour ne laisser aucune trace. Je n’apparais sur aucune caméra de sécurité du magasin. Je n’ai jamais téléchargé de logiciel qui demande de s’enregistrer. En fait, je n’ai jamais rien téléchargé du tout. J’ai retiré le port Wifi. Rien ne peut entrer, ni sortir, de cet ordinateur sans avoir recours à un port USB. J’ai également installé ce qui se fait de mieux en termes d’antivirus. Pas le truc que tout le monde achète. Mais un logiciel pour pro. »

« OK, alors, » dit Ruby à contrecœur.

Mais elle hésitait encore. Son ancienne chef, la sénatrice Wishbourne, lui avait laissé cette clé USB dans le coffre d’une banque avant d’être assassinée sous ses yeux. Et depuis lors, Ruby se cachait. Elle ne savait pas qui avait assassiné la sénatrice, ni pourquoi. Peut-être que ça avait quelque chose à voir avec les ventes d’armes manigancées par Carl Wishbourne, le mari de la sénatrice. Ou peut-être que ça avait un lien avec l’une des nombreuses affaires de corruption dans lesquelles la sénatrice avait trempé. En tout cas, elle avait voulu que Ruby soit au courant.

Ce petit dispositif pouvait répondre à toutes ses questions.

Ou ouvrir la boîte à Pandore.

« On continue ou pas ? » demanda le hacker, en la regardant d’un air patient, bien que ça fasse plusieurs fois qu’il lui pose la question.

« J’hésite encore, » avoua Ruby.

Le hacker hocha la tête, d’un air compréhensif.

Si je ne le fais pas, je me poserai des questions toute ma vie.

Mais si je le fais…

« OK, » grommela Ruby.

Elle inséra la clé dans le port USB.

« Je vais d’abord effectuer un scan, » dit le hacker, sur un ton très professionnel. Il se pencha sur son clavier. « Je fais un scan approfondi, alors ça prendra une seconde… Non, aucun virus. On peut ouvrir le contenu. »

Une fenêtre demandant un mot de passe apparut à l’écran.

« Merde, » murmura Ruby. Mais quelque part, elle se sentait un peu soulagée.

« Ne t’inquiète pas. J’ai un programme pour ça. »

Il tapota sur son clavier et une avalanche de lettres et de chiffres se mirent rapidement à défiler dans une boîte de dialogue. Mais c’était tellement rapide qu’il était impossible de les lire.

« Les dix mille mots de passe les plus souvent utilisés, » expliqua-t-il, en réajustant ses lunettes. « Avec toutes leurs variantes possibles en majuscules. C’est incroyable la quantité de gens qui utilisent encore ‘12345’ comme mot de passe. Les gens sont vraiment bêtes. »

« Je peux te dire que la personne à qui appartenait cette clé USB était loin d’être bête. »

« Tu serais peut-être surprise. »

Ils regardèrent les mots de passe défiler à l’écran pendant encore quelques minutes, avant que le programme s’arrête.

« OK. On dirait que ce type était plutôt intelligent, finalement. »

Pas un type, mais une femme… Et une sénatrice des États-Unis. Mais ce n’est pas quelque chose que tu as besoin de savoir.

« Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? » demanda-t-elle.

Il se leva de sa chaise et alla s’asseoir de l’autre côté de la table, pour ne plus voir l’écran.

« Essaye toutes les combinaisons qui te viennent en tête. Le nom de ce type, celui de son chien, ton propre nom. Peu importe… Fais des variantes avec des majuscules et n’oublie pas les chiffres. Quelles étaient les dates importantes à ses yeux ? Le numéro de sa maison, de son casier au fitness, tout et n’importe quoi… »

« Ça peut prendre des heures. »

Le hacker haussa les épaules.

Ruby regarda l’écran. La sénatrice Wishbourne avait sûrement utilisé une série complexe de chiffres et de lettres. Quelque chose que personne ne pourrait deviner.

Mais d’un autre côté, la sénatrice avait voulu que Ruby trouve cette clé USB, avec l’intention qu’elle puisse en consulter le contenu. Alors peut-être qu’elle pouvait effectivement en deviner le mot de passe.

Ruby se mit au travail. Elle essaya avec son vrai nom et avec le nom de toutes les personnes qui faisaient partie du cercle privé de la sénatrice Wishbourne. Sans résultat. Elle essaya avec le nom de certains lieux aux Bahamas, et avec le nom de plusieurs entreprises avec lesquelles le mari de la sénatrice avait fait affaire. Elle essaya tout ce qui lui venait en tête. Elle essaya même avec le nom du chat que la sénatrice avait eu quand elle était enfant, ou avec le nom de son café préféré chez Starbucks.

Ruby essaya toutes les combinaisons possibles, en variant les majuscules et en combinant plusieurs mots de passe potentiels. Mais toujours rien.

Elle s’appuya contre le dossier de sa chaise, en soupirant. Elle avait mal aux doigts à force de taper des centaines de mots de passe. Elle consulta l’horloge à l’écran de l’ordinateur et vit que ça faisait plus d’une heure qu’elle cherchait.

« J’ai un logiciel plus costaud. On peut l’essayer, » dit le hacker.

« Pourquoi est-ce que tu ne me l’as pas dit plus tôt ? »

« Parce qu’il passe en revue des dizaines de millions de séquences alphanumériques. Ça peut prendre des jours. »

Ruby regarda l’écran. Maintenant qu’elle avait pris sa décision, elle en était tout à fait certaine. Elle devait absolument consulter le contenu de cette clé USB. La sénatrice Wishbourne l’avait mise sur la piste de cette clé, au moment même où elles avaient été attaquées par ces hommes qui avaient mis fin à ses jours. C’était quelque chose d’important. Mais la sénatrice n’avait pas eu le temps de lui donner le mot de passe, ou peut-être qu’elle avait supposé que Ruby le devinerait.

Est-ce que c’était ce que la sénatrice avait essayé de lui dire au moment où elle étouffait, allongée sur le sol, avec la trachée écrasée ?

Et est-ce que le contenu de cette clé USB n’était pas ce que les assassins avaient cherché à lui prendre dès le début ? Ils avaient volé l’attaché-case de la sénatrice, qui était rempli de documents confidentiels. Alors que tout le monde avait pensé que c’était ce qu’ils voulaient, est-ce qu’ils n’étaient pas plutôt à la recherche de cette clé USB ?

Tellement de questions, mais aucune réponse, à cause d’un fichu mot de passe.

« Le logiciel fonctionne la majorité du temps. Mais je ne peux pas te le garantir à cent pourcents. Mais si ça ne fonctionne pas, je ne te demanderai que cent dollars au lieu de mille. » Ruby le regarda. « Il faut bien que je sois payé pour le temps que j’y ai passé, » ajouta-t-il d’un air désolé.

Ce n’est pas une question d’argent, c’est juste que je n’ai aucune envie de te laisser cette clé USB.

« Est-ce que je peux lancer ce logiciel moi-même ? » demanda Ruby.

Le hacker fronça les sourcils et se croisa les bras sur la poitrine. « Pas sans y être formée et ce n’est pas une formation que j’ai envie de te donner. C’est mon gagne-pain. »

Ruby grommela et lui donna les deux cents dollars qu’elle lui devait pour cette ‘première consultation.’ Elle prit la clé USB et se leva de sa chaise.

Elle hésita un instant. Quelles étaient ses chances de parvenir à accéder au contenu de cette clé USB sans ce type ? Elle avait besoin de lui.

Mais elle ne pouvait pas lui laisser la clé. C’était trop dangereux.

Elle décida qu’elle prendrait exemple sur lui et qu’elle enverrait l’un de ses amis lui acheter un ordinateur portable en cash, pour continuer à essayer de trouver ce fichu mot de passe par elle-même.

De toute façon, là tout de suite, elle avait autre chose à faire. Un vieil ami, mais aussi un ancien amant, s’envolait pour les États-Unis dans quelques heures. Elle voulait le voir avant qu’il s’en aille.

Et ça ne pouvait pas attendre.

* * *

Une heure plus tard, elle était debout sur le balcon de la chambre d’hôtel de Tim Harris. C’était un endroit plutôt standard et il n’avait pas vue sur l’océan. Mais le ciel bleu et les palmiers étaient très agréables à regarder et c’était le dernier jour de Tim. Il voulait prendre le plus possible le soleil avant de repartir au pays le lendemain matin. Ils se tenaient côte à côte, en se frôlant légèrement et en admirant le paysage.

« J’aurais aimé pouvoir rester plus longtemps, » dit Tim. « C’est vraiment un super endroit que tu as trouvé pour te cacher. »

« C’était chouette que tu sois là, » dit-elle. Et elle le pensait vraiment. En le voyant, de nombreux souvenirs étaient remontés à la surface. Ce n’étaient pas tous de bons souvenirs, mais beaucoup l’étaient. Et c’était vraiment agréable de savoir qu’une personne de son ancienne vie se préoccupait pour elle. À part Axel, son meilleur ami et partenaire en arts martiaux, personne ne savait où elle se trouvait.

Tim lui sourit d’un air ironique. « Ce n’était sûrement pas ce que tu pensais quand on s’est retrouvés dans cette ruelle. »

Ruby se mit à rire. « Une petite bagarre improvisée, ça ne me dérange pas. »

Tim montra les marques sur son visage et rit. « Moi, par contre, ça m’a dérangé d’être attaqué par un singe. »

« Vous avez fini par devenir amis. »

« C’est un bon petit gars, quand il ne sort pas ses griffes. » Le visage de Tim redevint soudain sérieux. « Alors… comment est-ce que ça s’est passé ? »

Ruby secoua la tête. « Le contenu est protégé par un mot de passe. Il n’est pas parvenu à le déchiffrer. Il a essayé avec un logiciel de base et j’ai essayé tous les mots de passe possibles qui me venaient en tête. Rien n’a fonctionné. Il a un logiciel plus costaud, mais ça peut prendre des jours, et je ne le connais pas suffisamment bien pour lui laisser la clé USB. »

« Je connais des gens aux États-Unis, » dit Tim. « Des gens en qui je peux avoir confiance. »

« Je ne peux pas te laisser la clé USB. La sénatrice voulait que ce soit moi qui m’en occupe. J’aurais préféré savoir pourquoi. »

« Tu as toujours été sa préférée. »

Est-ce qu’il y avait une pointe de jalousie dans sa voix ?

« Elle aurait aimé avoir une fille, » expliqua Ruby.

Tim se mit à rire. « Oui… et au lieu de ça, elle a eu Tucker. »

Tucker était le fils pourri gâté de la sénatrice et de son mari. En faisant jouer leurs connexions, ils étaient parvenus à le faire entrer à Princeton, mais malgré tous leurs efforts, Tucker n’étaient intéressé que par la cocaïne et par les filles.

« Est-ce que tu as prévu de voir Sanyjah aujourd’hui ? » demanda Ruby. Le courant était bien passé entre Tim et l’une de ses amies bahaméennes. 

Tim fit la grimace. « Non… elle a mis des distances. »

« Merde… » Ruby lui tapota légèrement l’épaule. « Je pensais que vous aviez bien accroché. »

« Je le pensais aussi. J’ai essayé de l’embrasser et elle m’a dit, ‘Je t’aime vraiment bien et si tu vivais ici, je t’arracherais tout de suite tes vêtements. Mais un coup d’un soir, ça ne m’intéresse pas.’ »

« Ça a dû te faire l’effet d’une douche froide. »

Tim grommela. « C’est exactement ça. »

Ruby se mit à rire et lui donna un petit coup de coude dans les côtes. De manière très égoïste, cette nouvelle lui faisait plutôt plaisir. Ils avaient eu une brève aventure, des années plus tôt. Mais vu qu’ils travaillaient ensemble, ils avaient décidé d’en rester là.

Mais maintenant, ils ne travaillaient plus ensemble…

« Alors, qu’est-ce que tu veux faire aujourd’hui ? » demanda-t-elle.

Tim haussa les épaules. « Je ne sais pas. Tu peux me faire visiter, peut-être ? »

« Bien sûr ! C’est une toute petite île. Je te ferai tout visiter. »

Tim haussa les sourcils. « Tout ? »

Ils se regardèrent dans les yeux. Ruby sentit les battements de son cœur s’accélérer. Tim se rapprocha d’elle. Elle leva légèrement le visage et il se pencha vers elle…

… mais Ruby recula.

« Non. »

Tim s’affaissa légèrement. « Désolé. »

« Nul besoin de l’être. »

« Non, j’ai dépassé les bornes. Je repensais juste à… tu sais… »

« Oui, je sais, et c’était vraiment super. Mais ça remonte à des années et… »

« Tu m’aimes vraiment bien et si je vivais ici, tu m’arracherais tout de suite mes vêtements. Mais un coup d’un soir, ça ne t’intéresse pas. »

Ruby se mit à rire, mais elle eut un peu pitié de lui. « Désolée. »

Tim secoua la tête. « Relégué au stade d’ami à deux reprises sur la même journée. Et ils disent que cet endroit, c’est le paradis. »

Elle le prit par la main. Les yeux de Tim s’animèrent d’un léger espoir. 

Ruby eut à nouveau pitié de lui. « Viens, je vais te faire visiter ce bout de paradis. Mais en tant qu’amie. »

Ils allèrent à la plage. Très vite, la brise du large détendit l’atmosphère entre eux. Les tensions furent rapidement remplacées par une franche camaraderie. Ils papotèrent et se mirent à rire, comme au bon vieux temps. Ils allèrent déjeuner dans un restaurant sur la plage spécialisé en fruits de mer et firent une longue balade en bord de mer. Mais très vite, l’heure arriva où Tim dut faire le check out à son hôtel et prendre la navette pour l’aéroport.

Au moment où la navette arriva devant l’hôtel, ils se serrèrent dans les bras.

« Je continuerai à tendre l’oreille, » dit Tim. « Est-ce que ça te dérangerait si je revenais te rendre visite ? D’ici quelques mois, pour ne pas éveiller les soupçons ? Sans rien attendre en échange. C’est juste agréable de te voir. »

Ruby hocha la tête. Elle ne savait pas vraiment quoi répondre. « OK. Prends soin de toi. »

« C’est surtout toi qui dois faire attention. »

« C’est vrai, » dit-elle, en riant. « Toi… Fais bien attention à ce mannequin rachitique que tu es sensé garder. »

Tim éclata de rire. « Je n’y manquerai pas. »

Ils se serrèrent à nouveau dans les bras, mais plus fort cette fois-ci. Ruby sentit une douleur la lancer au niveau de la côte qu’elle s’était fêlée lors d’un combat illégal à mains nues, un peu plus tôt dans la semaine. Elle fit la grimace en y repensant. Elle ne voulait vraiment pas retourner dans cet endroit.

Le King t’a dit que tu lui devais encore deux combats.

Pourquoi est-ce que je me mets toujours dans ce genre de situations ?

« Ciao, » dit Tim.

« Ciao. »

Ruby se mordit légèrement la lèvre au moment où il monta dans la navette pour l’aéroport. Une fois qu’il fut parti, elle laissa échapper un léger soupir et se dirigea vers l’arrêt de bus.

Elle enfonça les mains dans ses poches, et elle se figea soudain sur place.

La poche où elle avait mis la clé USB était vide.

CHAPITRE DEUX

Ruby se mit à fouiller ses poches. Elle n’y trouva rien. Elle sentit des sueurs froides l’envahir.

Merde ! Je le savais ! Je n’aurais jamais dû lui faire confiance.

Elle retourna ses poches et en sortit son portefeuille, ses clés et son téléphone. Mais aucune trace de la clé USB.

Merde !

Elle fouilla alors ses poches arrière, où elle ne mettait jamais rien, et elle y retrouva la clé.

Puis, elle se souvint. Quand elle avait payé pour le déjeuner, elle avait senti la clé USB glisser de sa poche au moment où elle avait sorti son portefeuille. Alors elle l’avait changée de place pour la mettre en sécurité. 

Elle émit un léger grommèlement.

Il faut vraiment que je fasse un peu plus confiance aux gens. Ou du moins… que je sois un peu moins parano.

Mais vu les derniers événements dans ma vie, c’est plutôt compréhensible.

Elle remit la clé USB en poche d’une main tremblante.

Il faut que je me détende.

Ruby se tourna vers l’hôtel, avec l’intention de se diriger vers le bar.

Elle était sur le point d’y entrer, quand elle se figea sur place.

« Mais qu’est-ce que je fous ? » se dit-elle à voix haute.

Elle s’était promis de ne plus boire d’alcool et au moindre signe de stress, elle se précipitait vers la bouteille la plus proche.

Elle secoua la tête et décida de rentrer chez elle.

Une fois assise à l’arrière d’un taxi, elle se mit à culpabiliser d’avoir douté de Tim. Elle s’en voulait également d’être aussi faible avec l’alcool. Elle regarda par la fenêtre du taxi et vit défiler les hôtels de luxe et les parcours de golf, les villas de vacances et les restaurants gastronomiques. Ce quartier fit bientôt place à un district d’affaire très peu fréquenté par les touristes, avant de passer à un quartier résidentiel habité principalement par des Bahaméens.

Peu à peu, le quartier devint de plus en plus pauvre. Le taxi passa de bungalows fraîchement repeints avec des jardins bien entretenus, à de plus petites habitations avec de plus petits jardins. À cette heure-ci de la journée, les Bahaméens étaient dehors et les jardins étaient remplis de familles, d’enfants qui jouaient, d’adultes assis sur des chaises. Ils cherchaient tous à sortir de chez eux, où vivaient souvent plusieurs familles. Ils venaient respirer la brise tropicale, car aucun d’eux n’avait l’air conditionné.

Mais ce qui ne changeait pas, c’était la propreté de leurs maisons. Contrairement aux quartiers pauvres des États-Unis, on n’y voyait aucune épave de voiture posée sur des parpaings, aucun meuble brisé ou jouet en plastique qui traînait. Les Bahaméens, peu importe le niveau de leurs revenus, gardaient leur maison et leur jardin propres et ordonnés. Il n’y avait que la peinture défraîchie des façades, la quantité de personnes rassemblées dans les jardins et l’expression déprimée sur leur visage, qui indiquaient que la vie n’était pas spécialement facile pour eux.

C’était le quartier de Ruby. Elle était arrivée sur cette île avec quasiment pas d’argent et un statut légal douteux. S’installer dans ce quartier était non seulement bon marché, mais ça lui permettait de rester discrète. Son propriétaire acceptait le payement du loyer en cash et son nom n’apparaissait sur aucune facture.

Elle était la seule étrangère du quartier, à l’exception d’un couple hollandais d’hippies, qui vivaient aux Bahamas depuis si longtemps qu’ils étaient pratiquement devenus des locaux, et un Américain accro à la drogue que tout le monde ignorait.

Ils ignoraient également Ruby. Elle ne cherchait pas à créer des liens avec ses voisins et elle avait fichu une raclée aux quelques types qui l’avaient agressée quand elle venait juste de s’installer dans le quartier.

Maintenant, tout le monde lui fichait la paix. Elle faisait partie du décor. Elle était devenue aussi insignifiante pour eux que le palmier qui poussait dans son jardin.

Et elle préférait que ce soit comme ça.

Au moment où elle sortit du taxi, elle vit bouger le rideau chez sa voisine. Madame Strapp, la pipelette du coin, était la seule dans la rue qui gardait encore un œil sur Ruby.

Ruby pouvait voir son regard perçant entre le bord du rideau et le côté de la fenêtre. Madame Strapp croyait qu’elle était discrète, mais ses mains tremblaient légèrement à cause de son âge. Et le léger bruissement de ses rideaux la trahissait.   

Ruby lui envoya un bisou et entra chez elle. Elle garda ses propres rideaux fermés. Elle aimait son intimité et elle aurait préféré que madame Strapp aille vivre ailleurs. Sur Pluton, par exemple… Même si ce n’était plus une planète. En tout cas… elle n’était pas la seule dans le quartier à ne pas l’aimer. Ruby doutait vraiment que quiconque lui prête une oreille attentive, quand elle faisait son compte-rendu de l’emploi du temps de Ruby.

Dès qu’elle eut refermé la porte derrière elle, une ombre sortit en bondissant de l’obscurité et lui sauta sur les épaules. Des bras poilus lui entourèrent le cou.

« Salut, Zoomer ! » dit Ruby, en grattant le dos du singe capucin. Il appartenait techniquement à son patron, mais Zoomer était devenu la propriété de tout le bar et il revenait souvent à la maison avec des employés, mais aussi avec des habitués. Il ne faisait pas plus de soixante centimètres de haut et pesait moins de trois kilos. C’était le compagnon rêvé pour une personne qui vivait seule. Son corps et ses membres étaient noirs, mais sa poitrine et son petit visage étaient couleur fauve, presque blancs en comparaison. Son visage circulaire, bordé de fourrure, s’illumina en voyant Ruby.

« Salut, mon gars, je t’ai manqué ? »

Ruby alluma la lampe et se dirigea vers la cuisine, avec Zoomer sur son épaule. Elle sortit un bol qu’elle rempli de cacahuètes et de morceaux de canne à sucre. Zoomer émit un petit cri de désapprobation et descendit de ses épaules. Il la regarda d’un air de reproche.

« Quoi ? »

Zoomer frappa dans ses mains.

« Oh… tu veux du rhum, c’est ça ? »

Zoomer émit un petit cri de joie et fit un salto arrière.

« Désolée, mon gars, mais c’est fini l’alcool pour moi. D’ailleurs… »

Ruby s’approcha d’une armoire fermée avec un cadenas à combinaison. Un bête verrou n’avait pas été suffisant pour contrer la détermination de Zoomer. Alors elle avait dû acheter un cadenas plus costaud. Elle l’ouvrit et en sortit une bouteille de Bahamian Gold, le meilleur rhum de l’île, et ce n’était pas peu dire.

Zoomer, interprétant mal ses intentions, se mit à frapper des mains et à lancer de petits cris de joie. Il se mit sur ses pattes arrière et regarda la bouteille de rhum avec envie. Ruby le regarda d’un air désolé.

« Ça va me faire autant de peine qu’à toi. »

Elle s’approcha de l’évier et ouvrit la bouteille de rhum. Elle se figea en sentant l’arôme agréable lui monter aux narines.

Juste un dernier verre…

NON.

Elle se mit à verser le contenu de la bouteille dans l’évier.

Zoomer sauta sur le plan de travail et se mit à crier. Ses petites pattes agrippèrent la bouteille et il essaya de toutes ses forces de l’arracher des mains de Ruby.

Mais même un homme costaud ne serait pas parvenu à faire vaciller son bras, avec tout l’entraînement qu’elle avait reçu. Le liquide couleur caramel continua à couler dans l’évier.

Alors Zoomer essaya une autre tactique – il sauta dans l’évier et ouvrit sa gueule en-dessous de la bouteille de rhum, afin d’essayer d’en récupérer le maximum. On aurait dit un étudiant en plein bizutage. 

« Arrête ! »

Ruby redressa la bouteille et la leva au-dessus de sa tête, pour la mettre hors de portée de Zoomer. On aurait dit une imitation bizarre de la Statue de la Liberté.

Zoomer grimpa sur son épaule et essaya d’escalader son bras.

« Arrête d’être aussi chiant ! »

Ruby ouvrit la fenêtre et se mit à verser le rhum directement dans l’herbe. Zoomer hurla et bondit dans le jardin. Il recommença son petit manège d’ouvrir la gueule sous la bouteille de rhum, afin d’en récupérer le maximum.

La fenêtre de sa cuisine faisait face à la fenêtre de madame Strapp. Ruby vit à nouveau frémir les rideaux chez sa voisine. Elle espéra que madame Strapp était suffisamment âgée pour ne pas savoir comment utiliser la caméra de son téléphone. Ce n’était pas le genre de vidéo que Ruby aimerait voir sur YouTube.

Afin d’éviter que Zoomer finisse mort saoul, elle essaya de jeter le rhum plus loin dans le jardin. Mais le petit singe bondit et parvint à en rattraper. Ruby déversa alors l’alcool dans une autre direction, mais Zoomer était plus rapide et parvint à nouveau à en ingurgiter une bonne quantité.

Elle arriva enfin à la dernière goutte du précieux breuvage et elle la regarda tomber au sol. Zoomer laissa échapper un gémissement de désespoir.

Mais Ruby n’avait pas encore terminé. Elle avait une autre bouteille de rhum dans son armoire. Mais également une bouteille de whisky et une demi-bouteille de vodka que lui avait offerte un marin russe, une aventure d’un soir particulièrement médiocre, qu’elle avait surnommé Ivan le Terrible.

Pour éviter que Zoomer la voie, elle referma la fenêtre et le laissa dehors.

Zoomer bondit sur l’appui de fenêtre et pressa ses petites pattes contre la vitre. Sous l’effet de sa respiration haletante, un cercle de condensation se forma devant son petit visage angoissé. D’un air désespéré, il regarda Ruby verser le contenu d’une des bouteilles dans l’évier. Ruby vit que madame Strapp regardait par la fenêtre, les rideaux ouverts, sans même essayer de se cacher.

Ruby jeta les bouteilles vides à la poubelle et ouvrit la fenêtre. Zoomer bondit à l’intérieur et se mit à fureter autour de la cuisine, à la recherche de la moindre goutte d’alcool.

« C’est quoi tout ce bazar ? » cria madame Strapp.

« Nettoyage de printemps. »

« On est en automne. »

« Ah bon ? C’est difficile à dire sous les tropiques. »

Ruby referma la fenêtre.

Elle vit Zoomer assis sur le plan de travail, les bras croisés. Il la regardait d’un air mauvais.

« Désolée, mon pote. Je suis sûre qu’on t’en donnera ce soir, au bar. » Ruby se demanda soudain comment elle allait faire pour servir des verres pendant toute la soirée, sans pouvoir siroter en cachette. « Et moi, je devrai m’en passer. »

Ça allait être plus difficile que se battre pour un titre.

* * *

Beaucoup de gens disaient que La Crique du Pirate avait connu des jours meilleurs, mais Ruby doutait que ça ait vraiment été le cas. Peut-être que la peinture avait été un jour plus fraîche. Peut-être que le plâtre des murs n’avait pas été aussi écaillé. Peut-être que le cordage qui pendait du plafond n’avait pas été recouvert d’une couche de poussière qui ressemblait à de la mousse. Peut-être que toutes les lampes avaient un jour fonctionné. Et peut-être que l’énorme coffre au trésor et l’immense pile de doublons dorés qui occupaient le centre de la pièce avaient un jour brillé de mille feux, au lieu d’avoir l’air aussi ternes.

Mais ce n’était plus le cas aujourd’hui. La Crique du Pirate était un petit bar sombre et crasseux, dans un quartier mal famé de la ville. Un peu plus loin dans la rue, il y avait un club de striptease, qui faisait également office de bordel. Seuls les habitués venaient ici, un mélange d’expats et de gens du coin, mais aussi quelques rares touristes qui s’étaient perdus. Ils y venaient pour l’alcool bon marché et l’ambiance incroyablement conviviale.

Les clients de La Crique du Pirate faisaient vraiment la différence. Bien sûr… c’étaient tous des alcooliques, mais de gentils alcooliques. C’était ce qui s’apparentait le plus à une famille pour Ruby.

Et comme toute famille, ils avaient leurs bons et leurs mauvais côtés. Desaray sirotait des bières, en se plaignant des touristes qui séjournaient dans l’hôtel de luxe où elle travaillait. Perry et Reece se saoulaient la gueule, comme à leur habitude. Et le passionné d’ovnis faisait un sermon à qui voulait bien l’écouter sur les mutilations de bétail par les aliens. Zoomer était assis sur le comptoir et mangeait des cacahuètes trempées dans du rhum, en le regardant d’un air perplexe.

Ruby était derrière le bar avec Kristiano Rolle, un gars du coin tout en muscles qui travaillait avec elle en tant que barman. Si les Grecs anciens avaient sculpté leurs statues en obsidienne, elles auraient ressemblé à Kristiano. Il avait tout le temps le sourire aux lèvres et c’était un vrai nounours.

La Crique du Pirate n’était pas un très grand bar, mais ils avaient besoin de deux barmans parce que les clients aimaient être servis sans interruption.

Entre chaque verre qu’elle servait, Ruby continuait à chercher des mots de passe qu’elle notait sur une feuille de papier. Elle écrivait tout ce qui lui venait en tête. Le nom des équipes préférées du mari de la sénatrice Wishbourne, des endroits dans les Caraïbes qui auraient pu lui plaire, la couleur de sa voiture, etc. La liste s’allongeait à vue d’œil, remplie de potentiels mots de passe qui lui permettraient d’accéder au mystère contenu sur cette clé USB.

Kristiano la regarda quelques fois d’un œil interrogateur, mais il ne lui posa aucune question. Comme tous les autres, il s’était habitué aux comportements parfois bizarres de Ruby.

« Tu peux nous en resservir un autre ? » cria Reece. C’était un courtier en assurances à la retraite qui venait du New Jersey et qui traînait toujours avec Perry, un Bahaméen professeur de surf et de plongée, qui avait le tiers de son âge, mais qui devait sûrement avoir un foie aussi vieux que lui.

« Ça arrive tout de suite, » dit Ruby, en glissant la feuille de papier dans la poche arrière de son pantalon. Elle leur servit un verre de rhum bahaméen et l’odeur lui mit tout de suite l’eau à la bouche. En fait, elle avait eu l’eau à la bouche toute la soirée. Elle grignotait des cacahuètes pour essayer de donner à ses papilles quelque chose d’autre sur lequel saliver.

Reece et Perry levèrent leur verre pour trinquer.

« À quoi est-ce qu’on porte un toast ? » demanda Perry.

« Aux Bahamas ! » cria Reece.

« On a déjà trinqué pour ça. »

« Euh… alors, aux palmiers ? »

« Aux palmiers ? Tu es vraiment saoul. »

« Toi aussi. Et si on trinquait à la santé de Ruby ? »

« Oui, à Ruby ! Barmaid, bagarreuse de première catégorie et détective amateur à ses heures perdues. »

Ruby fit la grimace. Elle n’aimait pas qu’on lui rappelle le cadavre qu’elle avait trouvé dans la benne à ordures deux semaines plus tôt. Elle avait fini par élucider ce meurtre, pour éviter qu’on le lui mette sur le dos. Mais ça ne faisait pas d’elle une détective amateur. Elle était juste une femme en cavale, qui essayait de rester hors de prison.

« Attends, » dit Perry. « Ruby devrait aussi prendre un verre. »

« Tu as raison, » répondit Reece.

La bouche de Ruby se remit à saliver. Elle prit une poignée de cacahuètes.

« Non merci, les gars, » dit-elle.

Ils la regardèrent d’un air surpris.

« Quoi ? Pas d’alcool ? » demanda Perry.

« On t’invite, » dit Reece.

« En fait, j’ai un peu mal au ventre ce soir. »

« OK, j’ai eu peur… pendant une fraction de seconde, j’ai cru que tu allais devenir ennuyeuse, » dit Perry.

« Ça, ce serait la meilleure, » gloussa Reece.

Ruby rougit légèrement.

Reece leva son verre. « À Ruby ! »

« À Ruby ! » répondirent à l’unisson plusieurs autres habitués.

Reece vida son verre d’une traite et un bruit étouffé sortit de sa gorge.

Oh-Oh…

Ruby recula d’un pas.

« Pas déjà ! » dit Perry, en sautant de son tabouret (qui était en fait une barrique où étaient inscrits les mots ‘Ho-ho rhum’) et en s’éloignant de son compagnon de beuverie. Ruby recula encore un peu.

« Va tout de suite aux toilettes, Reece ! » lui dit-elle.

En serrant les dents, le courtier en assurances tituba jusqu’aux toilettes des hommes.

Les habitués se mirent à crier et à applaudir, en entendant les bruits de vomissements derrière la porte.

« Ce serait pourtant logique pour quelqu’un qui ne tient pas l’alcool de boire beaucoup moins, » dit Kristiano.

« Tu ferais mieux d’aller chercher la serpillière, » répondit Ruby.

« On le joue à pierre-papier-ciseaux ? »

« Ce sont les toilettes des hommes. »

« Et alors ? »

Ruby grommela. Ils jouèrent à pierre-papier-ciseaux et elle perdit.

En râlant, elle alla chercher la serpillière dans la pièce à l’arrière. Elle laissa échapper un petit cri quand Neville, son patron et propriétaire du bar, surgit dans la pièce sans crier gare, avec son chapeau de pirate, son bandeau sur l’œil et son sabre en plastique.

« Allons, moussaillon ! Est-ce que j’ai bien entendu que quelqu’un avait eu le mal de mer ? »

« C’est encore Reece. »

« Un bon gars, ce marin, mais il ne tient pas l’alcool, » dit l’Anglais bedonnant, en cinglant l’air de son sabre. 

« Non, effectivement. »

Neville toucha le bras de Ruby de la pointe de son sabre en plastique. Bien que Ruby ne soit pas experte en histoire, elle était sûre que les pirates devaient avoir des sabres en métal et qu’ils ne devaient probablement pas être aussi bedonnants.

« Va récurer le pont, » ordonna Neville, « ou je t’envoie au fond de l’océan ! »

« Si l’odeur ne m’y envoie pas d’abord. »

Au moment où Ruby sortit de la pièce, elle vit Reece sortir en titubant des toilettes, avec un large sourire aux lèvres.

« C’est un véritable chantier là-dedans. C’est tout retourné, un peu comme mon estomac... »

Neville fit voler son sabre au-dessus de sa tête. « Le capitaine du port nous a ordonné de changer les cales, ou ils allaient nous torpiller. Le travail sera terminé dans une semaine. Après ça, tu pourras avoir le mal de mer dans les cales les plus propres de toutes les mers du monde. »

Reece parvint à revenir à son tabouret sans aucun autre incident, tandis que Ruby ouvrait la porte des toilettes à l’aide de son pied. 

Elle ne prit pas la peine de demander s’il y avait quelqu’un. À ce stade, il n’y avait pas grand-chose qui la choquait.

Mais il n’y avait qu’une flaque de vomis, en plein milieu de la pièce. Au moins, Reece avait vomi sur le carrelage et pas sur le béton que les ouvriers avaient laissé à découvert. Ce allait être plus facile à nettoyer.

Mais elle ne resta pas longtemps seule. Le Professeur, un vieil homme du Sud avec un costume blanc, des cheveux gris et un nez rouge, entra d’un pas pressé dans les toilettes.

« Hé ! Je suis occupée à travailler ! »

« Pardonnez-moi, jeune femme, mais une hypertrophie de la prostate, ça n’attend pas, » dit-il, avec son accent du Sud.

« Je n’avais pas besoin d’en savoir autant, » murmura-t-elle, en le voyant se précipiter vers un urinoir.

Un bruit assourdissant sortit de l’urinoir. Quel que soit l’état de la prostate du Professeur, ça ne l’empêchait certainement pas de la vider. « Aaaaah ! Ça va beaucoup mieux. Ça me rappelle un poème écrit par ce célèbre poète chinois du VIIIème siècle, Li Bo. ‘Les rayons du soleil ruissellent sur les galets de la rivière. De tout là-haut, la cascade coule sans cesser – neuf cents mètres d’eau étincelante – la Voie Lactée coulant du paradis.’ »

« Merci pour le cours de littérature. »

« Tu aurais été une étudiante vraiment incroyable, Ruby. Tu es bien plus intelligente que tu y parais. J’aurais vraiment adoré voir la manière dont tu aurais supplanté tous ces fils à papa pourris gâtés qui essayaient de tricher à mon cours. »

« Si tu pisses par terre, je te botte les fesses. »

« Je n’ai pas encore assez bu pour ne plus savoir viser, ma chère. »

Le Professeur termina et sortit des toilettes, en fredonnant One More Summer in Virginia.

Elle venait de rincer le seau et de ranger la serpillière, et elle rentrait à peine dans le bar, quand elle vit les ennuis arriver.

C’était une touriste américaine qui était déjà venue la veille au soir. Elle devait avoir la trentaine. Elle portait des vêtements à la mode et ses longs cheveux bruns étaient soigneusement coiffés. La veille, elle était venue avec une amie du même âge. Mais ce soir, elle était seule et elle avait l’air de ne pas avoir beaucoup dormi. Elle se dirigea tout droit sur Ruby. 

Ruby se retourna pour ranger quelques bouteilles derrière le bar. Quand elle eut terminé, elle jeta un rapide coup d’œil par-dessus son épaule. La femme s’était assise sur l’un des tabourets, entre Desaray et un autre employé d’hôtel, qui écoutait d’une oreille distraite les radotages du passionné d’ovnis.

« Alors, quand les aliens mutilent du bétail, c’est juste une couverture pour… »

« Excusez-moi ! » dit la femme, en levant la main et en essayant d’attirer l’attention de Ruby.

Ruby fit semblant de ne pas la voir et se dirigea à l’autre bout du bar pour resservir un Mint julep au Professeur. Elle fit bien attention à ne pas regarder en direction de la femme. Si elle l’ignorait, peut-être qu’elle s’en irait.

Et Ruby voulait vraiment qu’elle s’en aille. Cette femme ne lui inspirait rien de bon. Elle la regardait comme si elle était son seul espoir.

Rentre chez toi !

Il y avait tellement de touristes qui s’attiraient des ennuis aux Bahamas. Ils pensaient qu’ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient, juste parce qu’ils étaient en vacances et qu’ils avaient de l’argent à claquer. Ruby avait déjà vu ça des centaines de fois.

Cette femme et son amie en étaient de très bons exemples. Elles étaient déjà saoules quand elles étaient arrivées à La Crique du Pirate et elles avaient passé leur temps à se vanter du courage qu’elles avaient eu de venir traîner dans un quartier aussi mal famé de la ville. Les habitués n’appréciaient pas vraiment ce genre de discours et ils les avaient très vite ignorées. Ce qui aurait pu être une soirée amusante, où elles auraient pu rencontrer quelques Bahaméens sympas et intéressants, s’était transformée en une soirée de beuverie dans leur petite bulle de touristes. La dernière chose que Ruby avait entendu hier soir, c’était cette femme qui insistait auprès de son amie pour aller faire un tour au Twerker Tropical.

« Je t’assure, » lui avait-elle dit, « les clubs de striptease adorent que des filles amateurs viennent faire leur show sur scène. Tu vas voir, on va bien s’amuser ! »

« Oh mon dieu, Aaron me tuerait, s’il le savait ! »

« On s’en fout de ce qu’Aaron pense. Il n’en saura jamais rien. »

À ce moment-là, Ruby s’était éloignée pour aller servir un autre client et elle n’avait pas vu les deux filles quitter le bar.

Elles étaient probablement allées à ce club de striptease et elles s’étaient sûrement fait harceler et peut-être même dépouiller de leur argent. Et maintenant cette imbécile voulait demander l’aide de la seule personne blanche à laquelle elle avait parlé de la soirée. L’Anglais bedonnant d’âge moyen en costume de pirate ne comptait pas.

Non merci, je ne peux pas t’aider. Je vais bientôt avoir une autre flaque de vomis à nettoyer. C’est bien plus satisfaisant.

« Ruby ! » cria Kristiano.

Elle se retourna. Merde ! Son collègue était près de la touriste et ils regardaient tous les deux dans sa direction.

« Cette femme voudrait te parler. »

Merde, je ne vais pas pouvoir me débiner.

CHAPITRE TROIS

« J’ai besoin de votre aide. »

Je le savais.

« Qu’est-ce que je vous sers ? » demanda Ruby, d’une voix distante.

« Rien. Je ne suis pas venue ici pour boire un verre. J’ai bien trop bu hier soir. »

Oui, je m’en rappelle. Ruby resta silencieuse.

La femme se pencha en avant et parla à voix si basse, que ses mots furent presque noyés par le bavardage ambiant.

« Est-ce que vous pourriez me retrouver au coin de la rue ? J’ai vu qu’il y avait une cafétéria. »

Ruby la regarda et sut tout de suite qu’elle ne constituait pas une menace. Non seulement elle n’avait pas la carrure d’une bagarreuse – elle ne devait pas aller au fitness plus de trois fois par semaine – mais il n’y avait pas la moindre agressivité dans son regard.

Il y avait plutôt du désespoir.

« Je travaille, » dit Ruby.

Les épaules de la femme s’affaissèrent et elle se pencha plus près de Ruby, en la regardant avec des yeux suppliants.

« Je vous en prie. »

Ruby resta silencieuse, puis elle céda.

« Je vais bientôt avoir une pause, » dit-elle. Elle n’avait aucune envie de lui parler, mais elle sentait que cette femme n’allait pas changer d’avis et qu’elle allait continuer à insister.

Le visage de la femme prit une expression soulagée. « Merci. Je vous attendrai là-bas. »

Ouais… Super !

Une fois que la femme fut partie, Ruby se mit à servir quelques clients. Kristiano s’approcha d’elle, alors qu’elle remplissait une bière à la pression.

« Qu’est-ce qu’elle te voulait ? » demanda-t-il.

« Aucune idée. Elle veut qu’on se retrouve à la cafétéria pour parler. »

« OK, vas-y, j’assure le service. Pas de problèmes. »

Pas de problèmes ? J’espère vraiment que ce soit le cas.

Cinq minutes plus tard, Ruby se retrouva assise face à la femme dans une cafétéria crasseuse. La table en Formica émaillé ne semblait pas avoir été nettoyée depuis des années. Ni le sol, d’ailleurs. Les néons fluorescents ne faisaient rien pour améliorer l’apparence générale des lieux. 

Pas que ça ait vraiment de l’importance. Les gens ne venaient pas là pour prendre un café, mais pour acheter de la drogue. Javon, un dealer local d’herbe, était assis à la table d’à côté. Il était occupé à envoyer des messages sur son téléphone. Bien qu’il vienne à La Crique du Pirate presque tous les soirs, il évita de saluer Ruby quand elle entra. Et Ruby en fit de même. 

La femme qui était assise en face d’elle remuait nerveusement une cuillère dans son café. Ruby sirotait un jus d’orange. Elle avait eu envie de quelque chose de sucré toute la soirée. Le rhum contenait beaucoup de sucre et maintenant qu’elle ne buvait plus, elle devait compenser l’apport de sucre d’une autre façon.

« Je m’appelle Helen Pierce, » finit par dire la femme, d’une voix lasse. « Je suis venue dans votre bar hier soir avec mon amie, Bridget Hansen. »

Ruby resta silencieuse et ne laissa rien transparaître. Elle voulait savoir où la conversation allait mener. Helen continua à parler.

« Nous sommes en vacances avec nos maris. Les premiers jours, on a fait tous les trucs habituels, la plage et les clubs, mais Bob et Aaron sont vraiment passionnés de golf. Et apparemment, il y a de très beaux parcours sur cette île. Pas que ça m’intéresse… Le golf, ça m’ennuie à mourir. Alors on a fait un compromis. Ils passeraient le weekend à faire du golf, pendant que nous, on sortirait de notre côté. Les parcours de golf où ils voulaient aller se trouvent de l’autre côté de l’île, alors ils ont pris une chambre d’hôtel là-bas pour être les premiers sur le green au matin. Et nous, on est restées ici. »

Helen fixa le fond de sa tasse de café, incapable de continuer à parler.

Alors ‘sortir de votre côté’, ça veut dire vous saouler et faire un striptease amateur au Twerker Tropical ? Je peux très imaginer que ça ait pu mal tourner.

Pourquoi est-ce que je perds mon temps avec ça ? Il faudrait plutôt que je me concentre sur ce fichu mot de passe.

Touriste. Vacances. Palmiers. Je devrais essayer tous les mots qui ont un lien avec les Bahamas.

« On… eh bien… on a fait un peu les folles. Enfin… beaucoup. » Elle eut un petit rire nerveux et fit la grimace, comme si elle cherchait une forme d’approbation. « On est sorties dans des clubs et dans des bars, puis on a décidé d’aller visiter des quartiers un peu plus chauds. »

‘Nassau’… je devrais peut-être essayer ça comme mot de passe.

« Vous voulez dire les quartiers mal famés. »

Helen haussa les épaules et fit à nouveau la grimace. Ruby ressentait de moins en moins de sympathie à son égard.

« On a demandé à un chauffeur de taxi de nous faire visiter et on a traîné dans pas mal d’endroits, avant de terminer dans votre bar. Waouh ! Il y avait du monde ! Mais après quelques verres, on a décidé d’aller dans le club de striptease qui se trouve dans la rue. »

Helen eut l’air mal à l’aise. Elle redressa ses épaules, comme si elle venait de prendre une décision, et continua à parler.

« Mais là-bas, quelqu’un a dû nous droguer car je me suis réveillée dans une ruelle dans un autre quartier de la ville, sans rien me rappeler. »

Ruby sentit son estomac se serrer et elle frissonna. Elle avait sûrement dû blêmir, car Helen leva la main, comme pour la rassurer.

« Non, je n’ai pas été violée. Mais on m’a tout volé, mon argent et mes bijoux. Mais il y a pire. Bridget a disparu ! Je ne l’ai plus revue depuis hier soir à minuit et maintenant, il est quoi ? Vingt-deux heures ? Elle a disparu depuis près de vingt-quatre heures. À l’hôtel, ils m’ont dit qu’elle n’était pas rentrée. Je l’ai appelée des centaines de fois, mais son téléphone est éteint. »

« Que dit la police ? »

Helen détourna les yeux. « Je… je n’ai pas appelé la police. On a fait les folles. On a pris de la coke, ce genre de trucs, rien de grave, mais… »

Ruby leva les yeux au ciel. Des touristes qui décident de traîner dans les bas quartiers, qui prennent de la drogue et qui se font avoir. Rien de neuf sous les tropiques. Elle termina son jus d’orange et se leva de sa chaise. 

« Je suis désolée, mais c’est à la police de s’en occuper. Vous auriez dû les appeler dès le moment où vous vous êtes réveillée dans cette ruelle. Je ne comprends pas pourquoi vous vous adressez à moi. »

Les yeux d’Helen s’illuminèrent et elle tendit la main pour retenir Ruby. « Parce que tout le monde n’arrêtait pas de parler de vous, hier soir ! Que vous aviez découvert un cadavre dans la benne à ordures et que vous avez retrouvé la meurtrière. Vous êtes une sorte de détective privé. »

« Je ne suis pas détective privé. Je suis barmaid et ma pause est terminée. »

Ruby quitta la cafétéria. Elle avait encore mal aux côtes qu’elle s’était fêlées lors de cette dernière enquête, et la seule raison pour laquelle elle l’avait menée, c’était parce que la police la soupçonnait. »

Cette histoire, ce n’étaient pas ses affaires.

Ruby retourna dans le chaos confortable du bar. Elle avait vraiment envie de se servir un verre.

Une minute plus tard, Helen Pierce entra à nouveau dans le bar et s’assit devant elle.