Recueil d'homélies - Père Arnaud Duban - E-Book

Recueil d'homélies E-Book

Père Arnaud Duban

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Beschreibung

Au travers des homélies de Père Arnaud, et au-delà de ses explications, il nous interpelle souvent dans notre quotidien et notre relation avec le Seigneur. Le Seigneur non seulement viendra à notre rencontre, mais Il vient chaque jour. La question essentielle est donc : sommes-nous prêts à Le rencontrer ?

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Seitenzahl: 434

Veröffentlichungsjahr: 2019

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A mes chers paroissiens de Sainte Thérèse et de Saint Jean XXIII.

« La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger » (Is 55,10)

« Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle va jusqu’au point de partage de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; elle juge des intentions et des pensées du cœur. » (He 4,12)

« Allez ! De toutes les nations faites des disciples » (Mt 28,19)

Un très grand merci à Patrice qui m'a aidé pour l'élaboration et l’édition de ce recueil d'homélies.

NB: Les citations sans les références correspondent aux textes liturgiques de la messe du jour. Nous conseillons donc au lecteur de lire les homélies avec un missel de l’année A pour se reporter aux textes.

Sommaire

AVENT

1

ER DIMANCHE

 : V

EILLEZ DONC

 !

2

EME

DIMANCHE

 : C

ONVERTISSEZ

-

VOUS

,

CAR LE

R

OYAUME DES CIEUX EST TOUT PROCHE

3

EME

DIMANCHE

 : R

ECONNAISSANCE

,

PATIENCE

,

CONFIANCE

POUR NOTRE JOIE

 !

4

EME

DIMANCHE

 : S

AINT

J

OSEPH

,

PRIEZ POUR NOUS

 !

NOËL

N

UIT DE

N

OËL

 : G

LOIRE A

D

IEU AU PLUS HAUT DES CIEUX

,

ET PAIX SUR LA TERRE AUX HOMMES

,

QU

’I

L AIME

 !

L

E JOUR DE

N

OËL

 : A

CCLAMEZ LE

S

EIGNEUR

,

TERRE ENTIERE

,

SONNEZ

,

CHANTEZ

,

JOUEZ

 !

S

AINTE

M

ARIE

, M

ERE DE

D

IEU

 : M

ARIE

,

REINE DE LA

P

AIX

S

AINTE FAMILLE

 : L’

ECOLE DE L

’A

MOUR

E

PIPHANIE

 : I

LS REPARTIRENT PAR UN AUTRE CHEMIN

B

APTEME DU

C

HRIST

 : C

ELUI

-

CI EST MON

F

ILS BIEN

-

AIME

 ;

EN LUI J

'

AI MIS TOUT MON AMOUR

P

RESENTATION DE

J

ESUS AU

T

EMPLE

 : M

ES YEUX ONT VU TON SALUT

,

LUMIEREPOUR ECLAIRER LES NATIONS

CAREME

M

ERCREDI DES CENDRES

 : L

AISSONS

-

NOUS RECONCILIER AVEC

D

IEU

1

ER

DIMANCHE

 : A

RRIERE

, S

ATAN

 !

2

EME

DIMANCHE

 : I

L FUT TRANSFIGURE DEVANT EUX

3

EME

DIMANCHE

 : « L'

EAU QUE JE LUI DONNERAI DEVIENDRA EN LUI SOURCE JAILLISSANTE POUR LA VIE ETERNELLE

 »

4

EME

DIMANCHE

 : J

E SUIS VENU POUR QUE CEUX QUI NE VOIENT PAS PUISSENT VOIR

5

EME

DIMANCHE

 : J

E SUIS LA RESURRECTION ET LA VIE

D

IMANCHE DES

R

AMEAUX

 : B

ENI SOIT CELUI QUI VIENT AU NOM DU

S

EIGNEUR

J

EUDI

S

AINT

 : F

AITES CELA EN MEMOIRE DE MOI

V

ENDREDI

S

AINT

 : V

IVONS DANS LA

L

UMIERE DE L

’A

MOUR

TEMPS PASCAL

V

IGILE

 : S

OYEZ SANS CRAINTE

 !

J

OUR DE

P

AQUES

 : I

L EST VRAIMENT RESSUSCITE

 !

2

EME DIMANCHE

 : O

FFRONS NOS VIES AU

D

IEU DE MISERICORDE

3

EME

DIMANCHE

 : M

ON CŒUR EXULTE

,

MON AME EST EN FETE

4

EME DIMANCHE

 : J

E SUIS LE BON PASTEUR

5

EME

DIMANCHE

 : J

E SUIS LE

C

HEMIN

,

LA

V

ERITE ET LA

V

IE

6

EME

DIMANCHE

 : I

L VOUS DONNERA UN AUTRE

D

EFENSEUR

A

SCENSION

 : L

E

C

HRIST

,

PRES DE SON

P

ERE

,

NOUS ATTEND ET NOUS ENVOIE AUPRES DE NOS FRERES

7

EME

DIMANCHE

 : V

IENS

, E

SPRIT

S

AINT

P

ENTECOTE

 : V

IENS

, E

SPRIT

S

AINT

,

EN NOS CŒURS

FETES ET SOLENNITES

I

MMACULEE

C

ONCEPTION

(8

DECEMBRE

) : F

IAT

 !

1

ERES COMMUNIONS

 : C

ELUI QUI MANGE MA CHAIR ET BOIT MON SANG A LA VIE ETERNELLE

S

AINTE

T

RINITE

 : A

U

N

OM DU

P

ERE

,

ET DU

F

ILS ET DU

S

AINT

E

SPRIT

S

AINT

J

EAN

B

APTISTE

(24

JUIN

) : T

ELLE EST MA JOIE

,

ELLE EST PARFAITE

A

SSOMPTION

(15

AOUT

) : M

ON AME EXALTE LE

S

EIGNEUR

C

ROIX GLORIEUSE

(14

SEPTEMBRE

) : Q

UAND J

AURAI ETE ELEVE DE TERRE

,

J

ATTIRERAI A MOI TOUS LES HOMMES

S

AINTE

T

HERESE

(1

ER

OCTOBRE

) : S

I VOUS NE CHANGEZ PAS POUR DEVENIR COMME LES ENFANTS

T

OUSSAINT

(1

ER

NOVEMBRE

) : Q

UI NOUS FERA VOIR LE BONHEUR

 ?

F

IDELES DEFUNTS

(2

NOVEMBRE

) : C

ELUI QUI ECOUTE MA PAROLE EST DEJAPASSE DE LA MORT A LA VIE

D

EDICACE DU

L

ATRAN

(9

NOVEMBRE

) : N

OUS SOMMES LE

T

EMPLE DE

D

IEU

C

HRIST

-R

OI

 : M

A ROYAUTE NE VIENT PAS DE CE MONDE

S

AINT

P

IERRE ET

S

AINT

P

AUL

(29

JUIN

) :

LES COLONNES DE L

’E

GLISE

TEMPS ORDINAIRE

4

EME

DIMANCHE

 : Q

UI NOUS FERA VOIR LE BONHEUR

 ?

5

EME

DIMANCHE

 : V

OUS ETES LE SEL DE LA TERRE ET LA LUMIERE DU MONDE

6

EME

DIMANCHE

 : L

E

S

EIGNEUR A MIS DEVANT TOI L

'

EAU ET LE FEU

12

EME

DIMANCHE

 : N

E CRAIGNEZ PAS

13

EME DIMANCHE

 : L

E TEMPS DE LA VIDANGE

19

EME

DIMANCHE

 : N’

AYEZ PAS PEUR

20

EME

DIMANCHE

 : Q

UE TOUT SE PASSE POUR TOI COMME TU LE VEUX

 !

21

EME

DIMANCHE

 : P

OUR VOUS

,

QUI SUIS

-

JE

 ?

22

EME

DIMANCHE

 : Q

U

'

IL RENONCE A LUI

-

MEME

,

QU

'

IL PRENNE SA CROIX CHAQUE JOUR

,

ET QU

'

IL ME SUIVE

23

EME

DIMANCHE

 : Q

U

AS

-

TU FAIT DE TON FRERE

 ?

24

EME

DIMANCHE

 : J

USQU

A SOIXANTE

-

DIX FOIS SEPT FOIS

25

EME

DIMANCHE

 : A

LLEZ

,

VOUS AUSSI

,

A MA VIGNE

28

EME

DIMANCHE

 : C

ELEBRONS DANS LA JOIE NOS NOCES AVEC

D

IEU

29

EME

DIMANCHE

 : R

ENDEZ A

C

ESAR CE QUI EST A

C

ESAR

,

ET A

D

IEU CE QUI ESTA

D

IEU

30

EME DIMANCHE

 : « A

IME ET FAIS CE QU

IL TE PLAIT

 »

31

EME

DIMANCHE

 : U

N SEUL

P

ERE

,

UN SEUL

M

AITRE

,

UN SEUL

E

NSEIGNANT

32

EME

DIMANCHE

 : V

EILLEZ DONC CAR VOUS NE SAVEZ NI LE JOUR NI L

HEURE

33

EME

DIMANCHE

 : E

NTRE DANS LA JOIE DE TON MAITRE

Avent

1er dimanche : Veillez donc !

Frères et sœurs, qu’espérez-vous ? Au plus profond de vous-mêmes, quelle est votre attente ? Nous entrons aujourd’hui dans l’Avent, un mot qui signifie avènement, venue du Fils de Dieu parmi nous. Alors que le temps ordinaire conforte notre Foi et que le Carême et le temps pascal affermissent notre Charité, l’Avent fortifie notre Espérance. Pendant quatre semaines, nous allons nous centrer sur le triple avènement du Christ : celui qui a eu lieu il y a 2000 ans, dont nous ferons mémoire le jour de Noël ; celui qui aura lieu à la fin des temps, que nous avons célébré dimanche dernier, avec le Christ-Roi ; celui qui a lieu chaque jour, en particulier dans chaque eucharistie, lorsque le Christ vient à notre rencontre. Ces trois avènements sont liés l’un à l’autre. C’est parce que le Fils de Dieu est venu parmi nous il y a 2000 ans et qu’il continue de le faire sans cesse que nous possédons l’Espérance qu’il reviendra un jour pour établir définitivement son Règne. Est-ce que nous espérons vraiment ce jour de tout notre cœur ? Ou est-ce que notre Espérance théologale est endormie, remplacée par des espoirs tout humains, tels que l’amélioration de notre carrière, la croissance de notre compte en banque, les prochaines vacances au Club Med ? Pour que le Seigneur puisse ranimer notre Espérance, nous verrons d’abord ce qu’elle est réellement : l’attente de la rencontre avec lui. Ensuite, nous réfléchirons sur l’attitude qui peut nous permettre de l’aviver : la veille.

Pour commencer, qu’est-ce que l’Espérance ? Elle est la deuxième des trois vertus théologales, ces habitus qui sont donnés par Dieu et qui nous donnent de Lui être unis. Grâce à elle, les croyants attendent de Dieu, avec confiance, sa grâce en ce monde et une vie éternelle et bienheureuse après la mort. Alors que la foi nous montre le chemin qui conduit vers Dieu, l’espérance nous donne la force de marcher sur ce chemin jusqu’au but, qui est l’union à Dieu que l’amour réalise.

Notre Espérance est donc double : d’une part, nous attendons notre rencontre avec le Christ qui viendra nous juger. Même si ce jugement aura lieu lors de la Parousie, la manifestation glorieuse du Christ à la fin des temps, elle correspondra pour chacun d’entre nous au jour de notre mort, sauf si le Christ revient avant, ce qui est toujours possible. Pourquoi attendre ce jour ? Parce que nous croyons que Dieu est Amour, et qu’Il désire nous accueillir dans son Royaume pour nous y combler. Ce jour-là, les hommes vivront enfin comme des frères. Comme le prophétisait Isaïe, « de leurs épées ils forgeront des socs de charrue, et de leurs lances, des faucilles. On ne lèvera plus l'épée nation contre nation, on ne s'entraînera plus pour la guerre » (1ère lect.). Comme il est bon d’entendre ces paroles, particulièrement dans notre pays où beaucoup sont angoissés par la peur de l’avenir, une peur qui redouble à l’approche de Noël pour tous ceux pour qui cette fête ravive de douloureux souvenirs !

Ce jour-là peut survenir aujourd’hui, mais aussi dans un lointain avenir. Aussi, n’oublions pas que nous attendons un deuxième type de rencontres avec le Christ : celles qui ont lieu chaque jour de notre vie. Le Seigneur vient à nous de multiples manières : dans les sacrements, dans les personnes, dans les évènements, dans les « motions de l’Esprit »… aux champs et au moulin… Le Christ est vivant au milieu de nous et il désire nous guider, comme il l’a fait avec les disciples d’Emmaüs le soir de la Résurrection. Le problème est que souvent, comme eux, nous ne savons pas le reconnaître, et nous ne l’accueillons pas. Souvenons-nous de la parole terrible que le Christ adresse à ceux qui sont à sa gauche, lors du jugement dernier : « ce que vous n’avez pas fait à l’un de ces petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait. » (Mt 25,45)

Ainsi, le Seigneur non seulement viendra à notre rencontre, mais il vient chaque jour. La question essentielle est donc : sommes-nous prêts à le rencontrer ? Sommes-nous assez vigilants pour ne pas manquer les occasions qu’il nous offre de le faire ? Le temps de l’Avent est destiné avant tout à nous réveiller, à sortir du sommeil spirituel qui nous empêche de prendre conscience de la venue du Seigneur dans nos vies. Saint Paul exhorte ainsi les Romains : « c'est le moment, l'heure est venue de sortir de votre sommeil. La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche » (2ème lect.). De la même manière, Jésus nous exhorte aujourd’hui : « Veillez ». N’oublions jamais que notre Seigneur peut venir à nous à tout moment, aussi soudainement qu’Il l’a fait au temps de Noé. Or, notre société de consommation ressemble tellement à celle de Noé ! « À cette époque, avant le déluge, on mangeait, on buvait, on se mariait »… Remarquons que les contemporains de Noé ne faisaient rien de mal en soi, apparemment. Mais ils étaient centrés sur eux-mêmes, « assoupis » spirituellement et donc incapables de tourner leurs yeux vers le Seigneur. L’appel à la vigilance est toujours d’actualité, mais il l’est paradoxalement davantage en cette période où la frénésie de consommation augmente. Tout comme la nature « s’intériorise » en automne et en hiver, les arbres perdant leurs feuilles parce que la sève se retire de leurs branches, nous sommes appelés à nous intérioriser et à nous « retirer » nous aussi, c’est-à-dire à faire une retraite : « quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret » (Mt 6,6). Les bougies que nous allumons au fur et à mesure des dimanches de l’Avent symbolisent notre veille. Si nous ne prions pas assez, si nous ne demeurons pas éveillés, il risque de nous arriver la même mésaventure que les Apôtres Pierre, Jacques et Jean à Gethsémani : alors que Jésus leur avait demandé de veiller et prier pour ne pas entrer en tentation (Mt 26,41), ils s’abandonnèrent cependant au sommeil. Aussi furent-ils ensuite incapables de résister à la tentation, s’enfuirent et –pire encore – le premier d’entre eux renia Jésus.

Cet exemple manifeste clairement que la vigilance spirituelle demande un véritable combat. C’est pourquoi saint Paul, après avoir invités à « sortir du sommeil », ajoute : « Rejetons les activités des ténèbres, revêtons-nous pour le combat de la lumière. » Or, « le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d’hommes » écrit Rimbaud dans « Une Saison en Enfer ». Alors, comment le remporter ? En étant uni à celui qui a vaincu le mal. C’est pourquoi Paul ajoute encore : « revêtez le Seigneur Jésus Christ. » Tout comme un soldat sans armure et sans bouclier aurait peu de chance de rester vivant, nous ne pouvons pas vaincre les forces des ténèbres sans l’équipement de combat1 que nous avons reçu le jour de notre baptême, lorsque nous avons revêtu le vêtement blanc symbolisant le Christ ressuscité. Et c’est tous ensemble que nous combattons, dans cette immense armée qu’est l’Eglise, la nouvelle arche dans laquelle nous sommes protégés d’un déluge de mensonges et d’erreurs.

Finalement, la seule question essentielle est celle-ci : à quoi le Seigneur nous appelle-t-il maintenant ? C’est cela, veiller : être vigilants pour toujours accomplir la volonté de Dieu. Veiller et prier sont donc indissociables : sans cesse, le Seigneur nous appelle à avoir le cœur tourné vers Lui. Même si je dors, je peux être en état de veille, comme nos appareils électroniques avec une lumière rouge constamment allumée. C’est ce que dit la bien-aimée du Cantique des Cantiques: « Je dors, mais mon cœur veille » (Ct 5,2). La veille signifie ici tout simplement l’amour : la personne qui aime est toujours attentive à l’autre, désireuse de sa présence. Si elle sait que son bien-aimé va arriver, elle peut faire preuve d’une patience infinie en l’attendant. Si elle s’endort malgré tout, comme les vierges sages qui attendaient l’Epoux, son cœur est toujours éveillé, parce qu’elle a mis de l’huile dans sa lampe, symbole de l’Esprit Saint qui repose dans son âme.

Ainsi, frères et sœurs, l’Espérance est fondamentalement l’attente de la rencontre avec Dieu : rencontre le jour de notre mort, mais aussi chaque jour de nos existences. Pour ne pas rater ces rencontres avec le Seigneur, il nous faut demeurer sans cesse en état de veille, ce qui signifie aussi que nous devons combattre spirituellement. Ce combat, nous le menons tous ensemble dans l’Eglise, la nouvelle arche qui nous protège des assauts du mal, comme Noé au temps du déluge ou comme Moïse dans son panier au temps de Pharaon… Pendant ce temps de l’Avent, améliorons notre prière pour être davantage en état de veille: demandons à l’Esprit Saint de nous donner des cœurs plus amoureux. Alors, nous serons capables d’accueillir le Seigneur toutes les fois où il viendra nous rencontrer, dans toutes les circonstances de nos vies. AMEN.

1 cf Ep 6,14-17 :« Tenez donc, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité, portant la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’Évangile de la paix, et ne quittant jamais le bouclier de la foi, qui nous permettra d’arrêter toutes les flèches enflammées du Mauvais. Prenez le casque du salut et l’épée de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu. »

2ème dimanche : Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche.

Frères et sœurs, vivons-nous dans l’Espérance ? Dans le Porche du mystère de la seconde vertu, Péguy la compare à une petite fille qui avance comme traînée par ses deux grandes sœurs, la foi et la charité, mais en fait, c’est elle qui les fait avancer. Qui fait avancer le monde2. L’Avent est justement le grand temps de l’Espérance, et aussi celui de l’enfance. C’est particulièrement vrai aujourd’hui où nous fêtons saint Nicolas, patron des enfants. Avons-nous suffisamment des cœurs d’enfants pour vivre dans l’Espérance ? Pour nous y aider, la liturgie de ce jour nous donne d’écouter deux grands prophètes, Isaïe d’abord, Jean Baptiste ensuite. Avec eux, nous allons franchir 2 étapes. D’abord, Isaïe nous donnera de contempler le Royaume de Dieu et celui qui le dirige, le Fils de Dieu. Ensuite, Jean nous parlera de l’eau et du feu, grâce auxquels nous pourrons y entrer un jour.

« I have a dream ». Le discours le plus célèbre de Martin Luther King, qu’il prononça à Washington il y a 50 ans exactement, le 28 octobre 1963, est directement inspiré de la prophétie d’Isaïe que nous venons d’entendre. Cette prophétie du Royaume est en deux parties, que nous allons analyser successivement. Dans la seconde partie de sa prophétie, Isaïe décrit les relations entre les habitants du Royaume. Il le fait sous une forme qui ressemble à une fable animale : « Le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera près du chevreau… » En réalité, cette description n’est pas qu’une fable, comme celles de Lafontaine qui se servait des animaux pour décrire les relations entre les hommes. En effet, comme l’écrit saint Paul aux Romains, « la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. » (Rm 8,22) Saint François d’Assise l’avait bien compris, lui qui appelait « frères » et « sœurs » toutes les créatures : frère loup, sœur eau, etc. Les deux parties de la prophétie sont liées : c’est parce que le Messie fera régner la justice sur la terre que cette fraternité entre toutes les créatures sera possible.

Qui dirigera ce Royaume ? Celui qu’on appelle le Messie, « l’oint du Seigneur » en hébreu, qu’Isaïe décrit dans la 1ère partie de sa prophétie. Il sera un descendant de David, qui avait été choisi non parce qu’il était le plus grand ou le plus fort, mais par la pure grâce de Dieu. « Sur lui reposera l'esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur, qui lui inspirera la crainte du Seigneur. » Isaïe énumère ici six dons du Saint Esprit ; pour parvenir à un chiffre symboliquement parfait, la Tradition en ajoutera un septième, le don de piété, qui dérive lui-même du don de crainte. Celui-ci est cité deux fois, et à la fin, parce qu’il est le plus important de tous les dons, et qu’il les couronne. La crainte est ici synonyme de respect filial et d’adoration ; si elle a été associée ensuite à la piété, synonyme d’affection et de tendresse, c’est pour signifier qu’il y a entre le Messie et Dieu une saine distance et une saine proximité. Fort de ces dons de l’Esprit, le Messie sera capable de gouverner avec justice : « Il ne jugera pas d'après les apparences, il ne tranchera pas d'après ce qu'il entend dire. Il jugera les petits avec justice, il tranchera avec droiture en faveur des pauvres du pays […] Justice est la ceinture de ses hanches ».

Mais ce Royaume n’est-il pas qu’une utopie ? Non, clame Jean Baptiste, « le Royaume des cieux est tout proche ». Jésus commencera son ministère avec les mêmes mots. Mais il y a une condition pour entrer dans ce Royaume, que Jean et Jésus n’oublient pas d’ajouter : « convertissez-vous » ! Nous allons y parvenir d’abord grâce à l’eau, ensuite grâce au feu.

La première étape de la conversion consiste à prendre conscience de nos péchés, et de notre impuissance à nous en délivrer seuls. Ce n’est pas un hasard si Jean baptise près du Jourdain, dans le désert. N’aurait-il pas mieux fait d’aller prêcher dans Jérusalem, et même dans le Temple, là où vont les foules ? Non, car le désert est un lieu parfaitement adapté pour prendre conscience de nos fragilités et de nos misères. « Je vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur » (Os 2,16) avait dit Dieu au prophète Osée. Par ailleurs, le Jourdain est à la fois le lieu le plus bas de la terre, et le lieu où Josué (=Jésus) avait fait entrer Israël en Terre Promise. C’est l’endroit idéal pour prendre conscience de ses péchés et désirer changer de vie. Et c’est précisément le sens du baptême de Jean : l’immersion dans l’eau symbolisait la plongée dans la mort que l’homme ne peut éviter, et la sortie, qui s’accompagnait d’une marche vers la rive en Terre Promise (l’eau était peu profonde) symbolisait le désir de la vie avec Dieu. Si Jean est si dur avec les Pharisiens et les Saducéens, qu’il compare à une « engeance de vipères » en référence au serpent de la Genèse, et peut-être aussi parce que la vipère est un animal sourd, c’est parce qu’ils n’ont pas pris suffisamment conscience de leurs péchés. Ils sont venus « en grand nombre » pour le « spectacle », parce que c’est « the place to be » au moment où « Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à Jean ». En pensant : « nous avons Abraham pour père », ils manifestent que leur foi est un talisman et qu’ils manquent d’humilité. En leur déclarant : « avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham », Jean signifie que leur cœur est plus dur que les pierres.

Cette première étape est nécessaire, mais pas suffisante. Jean est « le plus grand des enfants des hommes » (Mt 11,1) il joue un rôle fondamental dans le dessein de Dieu, mais il n’est que le Précurseur : « celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales ». Cette expression, qui rappelle la loi du lévirat qui permettait à un homme d’épouser une veuve en la rachetant à celui à qui elle était normalement destinée (en mettant la sandale de l’autre sur l’épaule de la femme) est une façon de dire que Jean n’est pas l’époux. L’Epoux d’Israël, c’est Dieu seul, et c’est son Messie qu’Il a envoyé. « Moi, je vous baptise dans l'eau, pour vous amener à la conversion... Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu ». Pour nous convertir et mener notre vie avec Dieu, nous avons besoin de Dieu Lui-même. Le Messie est le seul qui peut nous baptiser dans l’Esprit Saint, comparé ici à un feu : feu qui réchauffe nos froideurs et nos tiédeurs, qui brûle nos péchés, qui éclaire nos obscurités. Cet Esprit Saint dans lequel Dieu veut nous baptiser, c’est-à-dire nous plonger, c’est celui dont Isaïe a décrit les dons. La boucle est bouclée : le désir de Dieu, c’est de faire de chacun d’entre nous des messies, des rois, capables d’agir avec justice. Ce que nous avons reçu le jour de notre confirmation, le Seigneur nous demande d’en vivre chaque jour. Comme le disait Graham Greene, « le chrétien est une personne qui se convertit tous les jours ».

Ainsi, frères et sœurs, le Seigneur nous invite à nous convertir, afin que nous puissions entrer dans son Royaume, qui est tout proche, et y régner avec lui. Cette semaine, amassons des grains pour la vie éternelle, par chacune de nos bonnes actions, et prenons le temps de recevoir le sacrement de la réconciliation. Avec lui, nous recevrons le feu de l’Esprit Saint, qui consumera la paille de nos péchés, et qui nous comblera de ses sept dons. C’est ainsi que nous marcherons avec la petite fille Espérance, et qu’avec elle, nous ferons avancer le monde. AMEN.

2« La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’Espérance. La Foi ça ne m’étonne pas. Ce n’est pas étonnant. J’éclate tellement dans ma création. La Charité, dit Dieu, ça ne m’étonne pas. Ça n’est pas étonnant. Ces pauvres créatures sont si malheureuses qu’à moins d’avoir un cœur de pierre, comment n’auraient-elles point charité les unes des autres. Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’Espérance. Et je n’en reviens pas. L’Espérance est une toute petite fille de rien du tout. Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière. C’est cette petite fille de rien du tout. Elle seule, portant les autres, qui traversa les mondes révolus. La Foi va de soi. La Charité va malheureusement de soi. Mais l’Espérance ne va pas de soi. L’Espérance ne va pas toute seule. Pour espérer, mon enfant, il faut être bienheureux, il faut avoir obtenu, reçu une grande grâce. La Foi voit ce qui est. La Charité aime ce qui est. L’Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera. Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera. Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé. Sur la route montante. Traînée, pendue aux bras de des grandes sœurs, qui la tiennent par la main, la petite espérance s’avance. Et au milieu de ses deux grandes sœurs elle a l’air de se laisser traîner. Comme une enfant qui n’aurait pas la force de marcher. Et qu’on traînerait sur cette route malgré elle. Et en réalité c’est elle qui fait marcher les deux autres. Et qui les traîne, et qui fait marcher le monde. Et qui le traîne. Car on ne travaille jamais que pour les enfants. Et les deux grandes ne marchent que pour la petite ».

Charles Péguy (1873-1914)

3ème dimanche : Reconnaissance, patience, confiance … pour notre joie !

Frères et sœurs, êtes-vous joyeux ? Aujourd’hui, dimanche de Gaudete (réjouissez-vous, en latin) l’Eglise nous invite à la joie. Non pas à une joie superficielle et passagère, mais à une joie profonde et durable. Pourquoi être joyeux, alors que tant de choses ne vont pas, dans nos vies et dans le monde ? Parce que le Fils de Dieu s’est incarné pour nous sauver de toutes nos misères et nous donner d’entrer dans son Royaume. Aujourd’hui, la liturgie met à nouveau en lumière le personnage de Jean Baptiste. Contrairement à l’image que certains ont de lui, Jean était un homme rempli de joie. Il le dit lui-même après avoir baptisé Jésus : « l’ami de l’époux se tient là, il entend la voix de l’époux, et il en est tout joyeux. C’est ma joie, et j’en suis comblé. » (Jn 3,29) La joie de Jean vient de l’accomplissement de son désir, qui était de voir apparaître le Messie... Plusieurs mois plus tard, cependant, certains ont des doutes : Jésus est-il bien celui qu’on attendait ? Alors que Jean l’avait présenté comme un juge, qui allait nettoyer son aire à battre le blé, amasser le grain dans son grenier et brûler la paille dans un feu qui ne s'éteindrait pas, Jésus mange avec les publicains et les pécheurs, et ne cesse d’offrir son pardon… Pour faire disparaître les doutes qui assaillent ses disciples, et peut-être lui-même, Jean fait demander à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » La réponse de Jésus est de nature à chasser les doutes des disciples de Jean, et à renouveler la joie dans leurs cœurs. Le rose de la joie est composé du blanc de la pureté (qui nous permet de reconnaître l’action de Dieu autour de nous) et du rouge du martyre. Aussi Jésus les appelle – et nous avec - à une double attitude : la reconnaissance, afin de rendre grâce au Seigneur pour tout ce qu’il fait pour nous et de nous ; la patience, afin d’attendre la venue du royaume et de tenir bon dans les difficultés du présent. En d’autres termes, il s’agit de le remercier pour le verre à moitié plein, et de supporter qu’il soit à moitié vide.

Premièrement, le Christ nous invite à la reconnaissance. Au double sens du mot : reconnaître ses bienfaits, qui sont comme des rayons de lumière dans nos vies parfois environnées de ténèbres ; et lui en rendre grâce. Nous pouvons d’abord être reconnaissants pour ce que le Seigneur fait pour nous. Jésus dit, en citant le prophète Isaïe: « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. » Notons qu’il y a une gradation dans ces miracles accomplis par le Christ : après la guérison des maux du corps, vient la victoire sur la mort elle-même. Mais plus grand encore est le salut qui concerne notre âme, menacée par la « seconde mort », qui est la mort spirituelle : la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres, c’est-à-dire à tous ceux qui reconnaissent qu’ils ont besoin d’être sauvés.

Tous ces signes, le prophète Isaïe les avait annoncés comme révélateurs de la présence du Messie, comme la vengeance et la revanche de Dieu sur le mal (1° lect.) Certes, le Royaume ne sera établi définitivement que lors du retour du Christ, mais dès sa première venue, il a manifesté qu’il était plus fort que toutes les formes de mal. Ces mots de « vengeance » et de « revanche » sont forts, et nous rappellent à la fois que Dieu « souffre » avec nous du mal qui nous atteint, mais aussi qu’Il est le seul capable de nous en délivrer. Nous le voyons à travers de multiples signes, « signes par milliers », comme nous le chantons parfois. Tout autour de nous, la Bonne Nouvelle continue d’être annoncée, et elle produit du fruit. Des pécheurs se convertissent, des ennemis se réconcilient, des malades guérissent, des hommes et des femmes donnent leur vie pour Dieu et pour leurs semblables…

Par ailleurs, le Christ nous invite à reconnaître non seulement ce que Dieu fait pour nous, mais aussi ce qu’Il fait de nous, à savoir, par le baptême, ses fils et ses filles ! Il le fait par une nouvelle gradation, en mettant d’abord en lumière la gloire de Jean Baptiste. Cette gloire n’est pas visible à ceux qui ne voient que la superficie des choses, car il n’est pas un homme aux vêtements luxueux qui vivrait dans un palais royal. Il est un prophète et même bien plus qu’un prophète, car il est l’ultime messager qui a préparé les chemins du Sauveur. Aussi Jésus déclare solennellement : « Amen, je vous le dis : Parmi les hommes, il n'en a pas existé de plus grand que Jean Baptiste ».

Et cependant, ajoute Jésus, « le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui. » Il y a entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance un saut qualitatif immense. Jean annonçait la venue du Messie, mais pas du Verbe fait chair, Dieu-avec-nous ! « Chrétien, reconnais ta dignité », s’écria saint Léon dans son sermon de la nuit de Noël. Par notre baptême, nous sommes devenus fils et filles de Dieu ! « Tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce » (Jn 1,16) !

Deuxièmement, le Christ nous invite à la patience. Elle a un double sens : le sens courant est celui d’attendre un bien qui tarde à venir (en rigueur de terme, c’est la longanimité). L’autre sens est de supporter courageusement un mal que nous rencontrons. Nous chrétiens, nous devons d’abord attendre un bien qui tarde à venir, le Royaume que le prophète Isaïe nous a décrit dimanche dernier, et dont Jean et Jésus ont dit qu’il était « tout proche ». Mais en attendant que ce Royaume vienne, comme nous le demandons à chaque fois que nous prions le Notre Père, nous devons traverser toutes sortes d’épreuves.

Saint Jacques vient ainsi de nous exhorter : « Frères, en attendant la venue du Seigneur, ayez de la patience. Voyez le cultivateur : il attend les produits précieux de la terre avec patience, jusqu'à ce qu'il ait fait la première et la dernière récoltes» (2° lect.). Jean est patient, il n’est pas « un roseau agité par le vent », qui changerait d’opinion au gré des évènements, comme le roi Hérode à qui il reproche d’avoir épousé la femme de son frère. Il vit dans l’attente du Royaume, et il supporte courageusement ses chaînes, et peut-être l’épreuve du doute, « la nuit de la foi » que tous les saints ont traversé d’une manière ou d’une autre. Notre société ne nous aide pas, car elle nous pousse plutôt à l’impatience, tant elle a érigé un culte à la rapidité et à l’instantanéité. Ce « culte » est nuisible à la réflexion et à l’imagination, et donc particulièrement néfaste à la croissance des enfants. De plus en plus de voix invitent à la slow attitude, à la slow food, au slow management…

Ainsi, frères et sœurs, le Seigneur nous invite à une joie profonde. Certes, le mal perdure, et il nous fait souffrir parfois. Peut-être aussi sommes-nous parfois déçus du Seigneur, qui ne répond pas toujours à nos attentes et à nos prières. Mais le Christ nous dit, comme à Jean Baptiste et à ses disciples : « Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi ! » Pour ne pas tomber, il nous appelle à une double attitude : la reconnaissance pour discerner les signes par milliers de sa présence autour de nous et pour lui rendre grâce d’avoir fait de nous ses fils et ses filles; et la patience, pour supporter les épreuves jusqu’à ce qu’il revienne. Pour nous aider à l’une et à l’autre, faisons preuve de confiance : Christ est venu, Christ reviendra, Christ est là… Cette semaine, pourquoi ne pas aller vers une personne triste que nous connaissons, et partager avec elle la joie qui nous habite ?

4ème dimanche : Saint Joseph, priez pour nous !

Frères et sœurs, quelle place occupe saint Joseph dans notre vie ? Parmi les saints de l’Eglise, il est le plus discret : on ne trouve aucune parole dans sa bouche dans les évangiles. Quel contraste avec saint Jean Baptiste, à la parole de feu, sur lequel nous avions braqué le projecteur les 2 dimanches précédents ! Les 2 saints qui font la jonction entre l’ancien et le nouveau testament ont tous les 2 joué un rôle essentiel dans l’histoire du salut, chacun à sa manière. Quel contraste surtout avec le roi Acaz, son ancêtre (1° lect.), qui fut aussi injuste que Joseph fut juste ! Aujourd’hui, fixons notre attention sur celui dont la mission ressemble par bien des aspects à celle du patriarche homonyme, qui sauva son peuple de la mort en Egypte. Mettons en lumière 3 aspects de sa vie : il a été un bon fils, un bon époux, et un bon père.

Pour commencer, Joseph a été un bon fils. Dans l’évangile, l’ange l’appelle « fils de David ». Certes, ce titre est une façon de nous faire comprendre que Jésus est lui aussi un descendant de David, réalisant ainsi la promesse qui avait été faite au roi que son trône serait stable pour toujours (2S7,16). Mais cette appellation signifie davantage, si on sait que David se caractérise par sa crainte de Dieu et sa piété, et qu’on lui attribue tous les psaumes, même si on sait qu’il ne les a pas tous composés. Or, la crainte et la piété, les 2 premiers dons de l’Esprit Saint, signifient une vie entièrement tournée vers le Seigneur, à son écoute. David, excepté lorsqu’il pécha, n’entreprit rien sans demander d’abord l’avis du Seigneur. De même, Joseph est un homme obéissant. Dans notre société « adolescente », l’obéissance est souvent perçue négativement, comme un manque de liberté. En réalité, l’obéissance à Dieu est le signe d’une grande liberté intérieure. Il faut ne pas être esclave de ses peurs et de ses désirs pour écouter Dieu et le suivre.

La preuve nous en est donnée par le roi Acaz. Lui aussi est un descendant de David, mais il n’en est pas digne. Du temps d’Isaïe, au VIII° s. av. JC, devant la menace d’une invasion de la Syrie et de la Samarie, il refuse d’écouter la voix de Dieu qui l’invite, par la voix du prophète, à ne pas avoir peur et à demander un signe pour être réconforté. « Non, je n'en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l'épreuve. » Sa réponse ressemble à de l’humilité, mais elle cache en réalité un manque de foi. Acaz a déjà décidé de ne pas faire confiance au Seigneur, mais plutôt à une autre puissance étrangère, celle de l’Assyrie. Il a foi non en Dieu, mais en la politique. Résultat : très peu de temps après les paroles d'Isaïe, les deux royaumes de Syrie et de Samarie ont été complètement écrasés par l'empire assyrien, leurs richesses emmenées à Ninive et leurs populations déplacées. Et alors que Juda avait passé une alliance avec l’Assyrie, il a dû en subir la domination un peu plus tard lui aussi.

Joseph, contrairement à son ancêtre Acaz, fait confiance au Seigneur, malgré les apparences. 4 fois de suite, on le voit obéir à l’ange de Dieu sans retard, avec une simplicité admirable.

Ensuite, Joseph a été un bon époux. Il aime tellement Marie qu’il décide « de la répudier en secret », alors qu’il aurait pu la dénoncer publiquement, ce qui aurait pu lui valoir la lapidation. Il me semble clair que Marie lui a révélé le message de l’ange, comment aurait-elle pu le lui cacher ? Par sa décision, c’est Joseph qui prend symboliquement sur lui le poids du jugement des autres. Tous penseront qu’il a commis une faute en brûlant les étapes, et qu’il n’a pas voulu ensuite assumer sa responsabilité. Il n’y a en effet de secret que le motif de la répudiation, que tous vont imaginer à leur manière, et en connaissant l’intégrité de Marie… Mais pourquoi ne pas l’avoir pas pris tout de suite chez lui ? Cette décision précipitée aurait sans doute fait jaser (c’est d’ailleurs ce qui s’est sans doute passé ensuite), mais elle l’aurait au moins préservé de l’accusation de lâcheté qu’il risque maintenant… Sans doute Joseph ne se sent pas à la hauteur de la tâche, il sait qui est véritablement le fils de Marie.

Mais dès qu’il apprend la vérité par l’ange, il la prend « chez lui ». Sens du sacrifice, humilité, courage… autant de vertus dont Joseph a fait preuve. Les évangiles ne nous disent rien sur ses relations avec Marie, mais on peut les imaginer. Comme ils ont dû s’aimer ! L’amour entre deux êtres est d’autant plus fort qu’il est habité par l’amour de Dieu. Nous pouvons imaginer à quel point Marie a dû apprécier la présence de Joseph en allant à Bethléem pour le recensement, ou en Egypte lorsqu’il fallut fuir…

Enfin, Joseph a été un bon père. Père non pas biologique, mais adoptif. Notons que n’importe quel père, comme lui, doit être accueilli dans la relation au départ fusionnelle entre la maman et son enfant. Quel est le rôle d’un père ? Essentiellement, il doit aider l’enfant à découvrir sa vocation et à se préparer pour l’accomplir. C’est pourquoi c’est son rôle de donner à l’enfant son nom, comme l’ange le dit à Joseph : « tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ». D’emblée, Joseph sait quelle sera la mission de son fils, et il l’aidera à s’y préparer, notamment en lui enseignant la torah (c’est le rôle du père, chez les Juifs). Ce qui ne signifie pas qu’il ne lui ait rien enseigné d’autre, au contraire. Nous savons que grâce à lui, Jésus est devenu charpentier. N’oublions pas que chez les Juifs, les activités manuelles et spirituelles vont de pair. Le vrai sage n’est pas celui qui sait beaucoup de choses, mais celui qui sait se servir de ce qu’il a appris pour transformer le monde par son travail. Beaucoup d’illustres rabbins exerçaient des professions manuelles. Chez nous en France, héritiers des Grecs chez qui c’étaient les esclaves qui s’en chargeaient, nous avons malheureusement trop dénigré ces professions. Saint Benoît, au début du Moyen Age, avait révolutionné la société avec sa devise : « ora et labora ». Grâce à lui, des générations de moines ont transformé l’Europe en une terre riche et fertile.

Là encore, quel contraste avec le roi Acaz, qui immola son fils par le feu afin de s’attirer la bienveillance divine (2R 16,3) !

Ainsi, Joseph a été un bon fils, un bon époux, et un bon père. On peut même déclarer qu’il a été un bon père parce qu’il a été un bon fils et un bon époux. Son exemple peut beaucoup nous aider, dans notre société sécularisée qui souffre d’une faillite de la filiation, de la conjugalité, et de la paternité. Cette crise a une origine lointaine et profonde, qui est le rejet de Dieu. Celui-ci se développa au 18° siècle, qu’on appelle « des lumières », et qui aboutit à la révolution française. En rejetant Dieu, les révolutionnaires rejetèrent leurs pères. Ce n’est pas un hasard si leur folie iconoclaste, loin de détruire les seules effigies divines, se déversa également sur les rois de Judée et d’Israël qui encadrent le portail de Notre-Dame de Paris. S’ils en vinrent à décapiter leur roi, c’est parce qu’ils voulaient détruire à tout jamais cette paternité collective qu’il représentait. Les révolutionnaires pensaient s’émanciper et ainsi entrer dans le « monde adulte », entendez le monde sans Dieu. Ils ne réalisèrent pas qu’ils régressaient au contraire dans un monde infantile, ainsi que l’indique le titre de leur texte fondateur, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Le monde du droit subjectif qu’ils construisent est caractéristique de l’enfance : il n’y a plus de devoir, seulement des droits. Était alors réclamé de la Cité qu’elle assume le rôle maternel, tout d’assistance… Aujourd’hui, les jeunes ont beaucoup de mal à devenir adultes, on parle de société « adulescente », comme le film Tanguy l’a illustré de manière à la fois drôle et triste. Paradoxalement, cette société « adulescente », qui ne jure que par la jeunesse quasi éternelle et refuse de vieillir, ne laisse pas beaucoup de place aux jeunes… Alors, que faire ? Vous les pères, apprenez à être de bons fils de Dieu, pour que votre autorité ne soit pas arbitraire mais sage. Apprenez à être de bons maris, afin que vos épouses continuent toujours de vous aimer, et même de plus en plus. C’est ainsi que vous serez aussi de bons pères, car vos enfants seront d’autant plus humbles et heureux qu’ils ne seront pas le centre du monde et qu’ils verront l’amour que leurs parents ont l’un pour l’autre. St Joseph, priez pour nous !

Noël

Nuit de Noël : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime !

Frères et sœurs, que souhaitez-vous pour Noël ? Quel cadeau désirez-vous recevoir ? Cette nuit, le père Noël viendra apporter aux enfants les plus gâtés les cadeaux qu’ils lui ont demandés. Le père Noël est généreux, mais le Père des cieux l’est infiniment plus, et il souhaite nous offrir un cadeau à chacun, car nous sommes tous ses enfants. Ce cadeau, c’est le plus beau de tous ceux que nous pourrions imaginer, c’est… le salut ! Et ce n’est pas un rêne qui le transporte dans la neige jusqu’à nous, c’est Jésus, dont le nom signifie « Dieu sauve », qui descend du ciel. Sommes-nous heureux de recevoir ce cadeau ? Il n’y a rien de plus triste que d’offrir un cadeau à quelqu’un qui le reçoit sans exprimer de marques de joie et de reconnaissance... ou pire, qui ne daigne même pas le déballer de son emballage. Malheureusement, c’est bien ainsi que le cadeau de Dieu est traité : certains ne l’ouvrent même pas, d’autres disent « merci » poliment, d’autres enfin remercient chaleureusement mais sans véritablement utiliser ensuite le cadeau. Et nous, que faisons-nous du salut que Dieu nous a offert il y a 2000 ans ? Avons-nous conscience de devoir être sauvés ? Nous nous disons peut-être : « sauvés, mais de quoi » ? « Ma situation n’est peut-être pas extraordinaire, mais j’arrive à me débrouiller, à joindre les deux bouts… » etc. Alors, de quoi le Seigneur nous sauve-t-il ? De ce qui nous met en danger, à savoir le mal, qu’on peut comparer aux ténèbres. Ce n’est pas un hasard si c’est dans la nuit que nous célébrons Noël. Comme le proclamait le prophète Isaïe : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi » (1ère lect. de la nuit). Le Christ est la lumière du monde (Jn 9,5). Le mal ne peut rien contre lui, comme les ténèbres sont vaincues par la lumière. Alors, pourquoi le mal continue-t-il de ravager la terre ? Parce que c’est en deux temps que le Fils de Dieu nous sauve. Dans un 1er temps, il veut nous sauver du péché, c’est-à-dire le mal dont nous sommes responsables. Dans un 2nd temps, il reviendra pour nous sauver aussi du mal dont nous sommes les victimes : les maladies, les épreuves, la mort… Dans le temps présent, donc, notre responsabilité est avant tout de nous convertir, pour être sauvés de la mort spirituelle. Et le Seigneur ne se contente pas de nous protéger du mal, il nous transforme en faisant de nous ses fils, capables de faire le bien : « à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (év.) Le salut est donc comme une pièce d’or avec ses deux faces. Les occidentaux ont plus insisté sur la guérison du mal, et les orientaux sur la divinisation de l’homme, à la suite des pères de l’Eglise qui avaient écrit : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ». Voyons comment l’enfant de la crèche nous sauve de pires fléaux en nous offrant les 3 vertus théologales: de nos peurs et de l’anxiété par la Foi ; du désespoir et de la morosité par l’Espérance ; de la haine et de l’indifférence, par l’Amour.Pour commencer, l’Enfant de la crèche nous sauve de nos peurs et de l’anxiété par la Foi, qui signifie avant tout la confiance en Dieu. Il nous sauve d’abord de la peur de Dieu, ou des dieux, à qui on offrait des sacrifices – jusqu’à ses propres enfants – pour les amadouer. Craindre Jupiter brandissant son sceptre en forme d’éclair, oui, mais comment craindre un petit enfant ? Le Tout-Puissant s’est fait fragile, la Parole s’est faite silence (enfant, in-fans, signifie celui qui ne parle pas), le Très-Haut est sur le plancher des vaches, avec le bœuf et l’âne… Cet enfant nous sauve aussi de toutes nos autres peurs. Il n’est pas né dans un palais, environné de gardes pour le protéger. Très vite, il a connu avec ses parents les épreuves de l’existence. Dès le sein de sa mère, il a connu les difficultés du voyage, lorsque Marie et Joseph ont dû quitter Nazareth pour aller à Bethléem pour le recensement, alors que Marie était sur le point d’enfanter ; recherche d’un lieu pour l’accouchement en dehors de la salle commune ; prophétie de Syméon au temple sur le signe de contradiction que sera Jésus et le glaive qui traversera le cœur de Marie ; fuite en Égypte pour échapper à Hérode ; perte de Jésus dans Jérusalem lorsqu’il aura 12 ans. Dans toutes ces épreuves, l’enfant et ses parents ont été protégés par Dieu. Notre société est malade de ses peurs, qui nous poussent à nous assurer pour tout et à nous méfier de tout. Mais nous, chrétiens, nous savons que le Seigneur est avec nous tous les jours, jusqu’à la fin du monde (cf Mt 28,20).

Deuxièmement, l’Enfant de la crèche nous sauve du désespoir et de la morosité par l’Espérance. A quoi sert la vie ? Quel est le sens de l’existence ? Nous, chrétiens, « ce sont de nouveaux cieux et une terre nouvelle que nous attendons selon sa promesse, où la justice habitera. » (2 P 3,13) Sur quoi fonder notre espérance ? Sur le fait que Dieu a tenu ses promesses. La naissance du Messie avait été annoncée par le prophète Isaïe des siècles plus tôt : « Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : ‘Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix’. » Puisque la 1ère partie de la prophétie s’est réalisée, nous pouvons espérer la réalisation de la 2nde : « le pouvoir s’étendra, et la paix sera sans fin pour le trône de David et pour son règne ». (1ère lect. nuit) Dans nos maisons, le sapin est le symbole de notre espérance, il nous rappelle que nous sommes appelés à la vie éternelle.

Troisièmement, l’Enfant de la crèche nous sauve de la haine et de l’indifférence, par l’Amour. Il ne fait rien pour le moment, mais un jour, il se laissera clouer sur une croix pour nous témoigner de son amour. Sur les icônes orientales, ses langes représentent déjà les bandelettes du linceul. Et dans nos églises, la couronne de l’Avent a symbolisé sa couronne royale, qui est aussi la couronne d’épines… C’est par amour que le Fils de Dieu s’est incarné : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3,16) Ce mouvement de kénose, c’est-à-dire d’abaissement, se poursuivra jusqu’à la croix car « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (Jn 15,13)

Alors, frères et sœurs, voulons-nous être sauvés de nos manques de Confiance, d’Espérance et d’Amour ? Sommes-nous reconnaissants au Seigneur de l’extraordinaire cadeau qu’il nous a fait il y a 2000 ans ? Pour l’être, il nous faut redevenir nous-mêmes semblables à de petits enfants, autrement nous n’entrerons pas dans le Royaume des cieux (cf Mt 18,3). Cette conversion n’est pas puérile, au contraire : lorsque la petite Thérèse s’est convertie la nuit de Noël 1886, elle a reçu la force de sortir des langes de l’enfance psychologique, et elle s’est mise à parcourir la voie de l’enfance spirituelle, qui est précisément celle de la Confiance, de l’Espérance et de l’Amour . A Bethléem, il y a 2000 ans, les chefs du peuple n’étaient pas présents, et ils ne se sont même pas déplacés lorsque les mages leur ont annoncé la naissance d’une étoile. Mais les bergers, qui étaient les derniers dans le peuple, sont accourus. Quant aux mages, que nous célébrerons dans quelques jours, ils étaient des savants, mais aussi des pauvres de cœur, et c’est pourquoi ils ont quitté leur confort pour suivre l’étoile. Alors, nous-mêmes, célébrons Noël en nous réjouissant de revoir nos familles, de faire de bons repas et d’échanger des cadeaux, car tout cela est bon, mais réjouissons-nous surtout de la venue parmi nous du Fils de Dieu, qui s’est fait homme pour nous sauver, c’est-à-dire pour que nous devenions fils et filles de Dieu. Tous les cadeaux que nous allons recevoir ce soir ou les jours à venir, aussi précieux qu’ils soient, finiront par s’user et disparaître. Mais le cadeau du salut, il est mieux qu’incassable ou inaltérable, il est éternel, et plus nous le partagerons avec nos frères, plus nous en profiterons. Alors, redisons avec les anges : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime » !

Le jour de Noël : Acclamez le Seigneur, terre entière, sonnez, chantez, jouez !

« Acclamez le Seigneur, terre entière, sonnez, chantez, jouez » ! Pourquoi sommes-nous invités à une telle joie, frères et sœurs ? Parce que le Seigneur nous a fait il y a 2000 ans un cadeau plus beau que tout ce que nous aurions pu imaginer : « le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. »