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Une agression a changé à tout jamais la vie d'une famille et de ses amis proches. La femme de la victime retrace les événements et les séquelles qui en ont découlé.
La vie de Sabrina bascule le 9 avril 2016. L’homme qui partage sa vie depuis 16 ans, a disparu en pleine nuit. De longues heures de recherches, des battues… Jusqu’à ce qu’un corps inerte et tuméfié soit découvert dans un buisson… Violence urbaine, banale, gratuite… Entourée et pourtant si seule, sans réponse face à l’injustice et face aux autres, Sabrina devra faire des choix… Dans une petite ville de province, où jamais rien ne change, où jamais rien ne se passe… Et pourtant ! Ce livre témoignage aurait pu avoir pour titre : «Ça n’arrive pas qu’aux autres.» Mais au-delà de la fatalité, c’est la ténacité d’une femme qui se bat pour revivre, reconstruire, réapprendre à aimer, en s’appuyant sur sa propre RÉSILIENCE : «
blessée mais résistante, souffrante mais heureuse quand même. C’est le refus de la résignation à la fatalité du malheur »** Pr. Boris Cyrulnik, Un Merveilleux Malheur, 1999
Un témoignage qui fait froid dans le dos, car cette fatalité pourrait s'abattre sur tout un chacun. Pourtant, la force unique de Sabrina Herrador, en tant que femme, épouse, chef d'entreprise et mère de famille est présente dès le début et se déploie au travers de l'écriture, transmettant cette volonté de vivre et de se reconstruire.
EXTRAIT
L’instinct humain est étrange… Alors que je panique, j’angoisse, je pleure, en une fraction de seconde, je vais chercher la brique qui maintient le portail ouvert et je frappe de toutes mes forces le double carreau de la porte vitrée du salon. Je n’ai rien senti. Je me suis cassée le petit doigt en tapant. Le verre s’éparpille à l’intérieur du salon, la vitre a cédé au centre et s’est fêlée jusqu’en haut. Par le trou laissé par l’impact, je passe la main et saisis le deuxième trousseau de clés, celui de Benoit, resté posé sur la petite table contre la porte. Cette tablette est un peu le vide-poches-fourre-tout de l’entrée, comme tout le monde a chez lui. Une fois à l’intérieur, par acquis de conscience, je crie encore son prénom, au cas où… John monte dans les étages vérifier les lits, au cas où… Je prends la clé du garage pour aller vérifier, au cas où… Nous vérifions jusque sur les transats de la piscine, au cas où… Personne. Benoit n’est pas là.
CE QU'EN DIT LA CRITIQUE
"Un témoignage bouleversant, une famille unie pour l’éternité malgré les épreuves."
Job Santé Handicap
À PROPOS DE L'AUTEUR
Sabrina Herrador est une jeune maman et chef d’entreprise en hôtellerie restauration. Très impliquée dans la vie locale de sa ville, sa vie, ainsi que celle de toute sa famille, ont basculé en une nuit. Elle livre un témoignage aussi poignant qu’émouvant sur les accompagnants de personnes handicapées, avec un seul mot d’ordre : la résilience !
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Seitenzahl: 238
Veröffentlichungsjahr: 2019
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RÉSILIENCE
VIVRE avec un Traumatisé Crânien.
Témoignage.
Sabrina Herrador
Préface de Emeric GUILLERMOUPrésident de l'UNAFTC
Ce livre est issu d’une histoire vraie. Certains lieux et personnages ont été changés pour préserver leur anonymat.
Cet ouvrage a été composé en France par Libre 2 Lire
www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN papier : 978-2-490522-14-9ISBN Numérique : 978-2-490522-15-6Dépôt légal : Avril 2019
© Libre2Lire, 2019
Composition de la couverture et crédit photos :Dusklighthttp://dusklight8.wixsite.com/hackrowFacebook : @EStepStudio
A mon époux, mon âme sœur,
A mes parents, ma famille, mes amis, mes soutiens…
Et surtout, à mon fils, mon amour.
La maladie est souvent un ennemi intimeQu'il faut aussi combattre avecLa volonté de vivre,La volonté de s'émerveiller de détails,La volonté de s'abreuver de l'amour qui entoure,La volonté de rendre cet amour au centuple,Et la volonté d'exister à chaque moment présent.Qu'importe qu'il soit le dernier…
Olivier Dukers - Les Pensées du Jour, 2018
Nous ne choisissons point. Notre destin choisit. Ayons la sagesse de nous montrer dignes de son choix, quel qu'il soit.
Romain Rolland
Chacun d'entre nous, au fil du temps qui passe, tente de dessiner le meilleur des futurs possibles. Mais personne n'ose imaginer que chaque instant est l'occasion du séisme qui bouleverse nos vies.
Cette histoire décrit comment l'agression lâche et odieuse anéantit le bonheur d'une famille et les projets qu'elle portait. Elle rapporte aussi le parcours terrible où la bienveillance est souvent l'absente que l'on aimerait pouvoir rencontrer, dans un système qui fonctionne pour son propre compte, sans écoute particulière des individualités, ni souci de leur avenir.
Elle permet de prendre conscience que l'affect des proches, souvent disqualifié pour sa subjectivité et son intensité, est en réalité ce qui permet de survivre et de dévoiler un chemin possible. L'espérance que porte ce message n'a pour seule ressource que l'énergie, la volonté et l'amour inconditionnel d'une épouse totalement investie dans la reconstruction d'une famille anéantie.
Une belle leçon de vie à lire et partager, qui donne à ceux qui ont vécu des faits similaires une perspective, et à ceux qui accueillent les victimes l'occasion de partager un ressenti essentiel.
Emeric GUILLERMOUPrésident de l'UNAFTCUnion Nationale des Associations de Familles de Traumatisés crâniens et de Cérébro-léséswww.traumacranien.org
Ce livre est écrit simplement, comme un message, comme une confidence, un face à face avec moi-même, un petit témoignage qui me soulage. Les mots soulagent les maux.
Je retranscris simplement ce que je ne sais exprimer, ce qui est enfouit en moi, ce qui me blesse mais aussi ce qui m’encourage. Il ne s’agit pas d’un journal intime, ni d’un journal de bord d’un vécu bouleversant. Il s’agit pour moi de libérer les sentiments qui me rongent, qui me hantent, qui me bercent ou qui me réconfortent.
Je vide mon cœur, dans un objectif simple, celui d’apprendre à vivre avec mes traumatismes, avec des séquelles irrémédiables à apprivoiser. Dans l’absolu, écrire c’est se sortir les tripes et le cœur. Or le cœur est une chose fragile…
Ce livre est une rédemption pour passer à autre chose, la preuve objective que tout ceci a existé, la preuve de mes émotions, de ma souffrance d’épouse d’un cérébrolésé grave. C’est ma thérapie.
Mais je me dois d’avouer que ce livre a un deuxième objectif… Je ne peux m’en cacher, ce serait malhonnête. Je choisis de témoigner par l’écriture, pour me rebeller, pour continuer à vivre et guérir de mes blessures. C’est un combat contre l’ignorance des autres, leurs silences, un combat pour qu’ils me comprennent. Je rêve qu’un jour, ce livre puisse être lu par le responsable de mes souffrances, l’instigateur de l’histoire que je vais raconter.
Qui sait ? Peut-être qu’en lisant mes mots, il saura enfin ce qu’il a causé. Peut-être comprendra-t-il alors que tous nos actes ont des conséquences…
Tout comme je sais maintenant que toute souffrance amène finalement courage, espoir, force intérieure, reconstruction et renforcement de soi. Peut-être que moi aussi, après tout, j’en sortirai grandie…
« La résilience est caractéristique d’une personnalité blessée mais résistante, souffrante mais heureuse quand même. C’est le refus de la résignation à la fatalité du malheur »
Pr. Boris Cyrulnik, Un Merveilleux Malheur, 1999
Jonathan, nous l’appelons tous John, ça fait plus chic, et c’est surtout plus simple. Moi je le surnomme chouchou depuis mes 15 ans. Il est grand, il est fort. Il est un peu enrobé mais parce qu’il aime trop la vie. Il est de ceux que l’on définit de bons-vivants, des épicuriens. John aime la vie, les choses de la vie, les plaisirs de la vie. Ses tempes grisonnantes témoignent de sa quarantaine dépassée, l’âge de raison, du moins ses prémices. Sa bedaine rebondie lui donne un air réconfortant de gros nounours que toutes les femmes apprécient. Il nous sécurise, il est protecteur, doux et gentil, il est LE meilleur ami des femmes, le confident, et c’est bien là son problème ! Problème qui devient pour lui existentiel !
Comment trouver ou retrouver l’amour après qu’on lui ait crevé le cœur ? La mère de ses deux enfants, la femme qu’il aime depuis plus de 20 ans l’a quitté pour un autre, un moins sécurisant, un moins gentil, un bad boy, du genre qui fait chavirer sans s’en rendre compte. John est trop gentil, il est l’épaule sur qui pleurer, il est l’ami fidèle, le meilleur ami.
Mais John, lui, veut plus, bien plus que ça. Il veut exister, il veut pouvoir être confiant, assuré, meneur et charmeur. Il veut séduire au-delà de la simple amitié. John a besoin d’amour, peu importe de quelle sorte, pourvu qu’il ait la sensation de plaire, de séduire ; il est prêt à se transformer à son tour en mauvais garçon charmeur, sans le blouson noir, ça ne lui irait pas !
Il ne sait plus vraiment qui il est, ni ce qu’il veut vraiment, je le sens perdu, cherchant un sens à son passé, à sa rupture. John a besoin de se reconquérir pour pouvoir conquérir à nouveau. Il a simplement besoin de (re)vivre, découvrir autre chose, se découvrir. Simple crise de la quarantaine ou réelle remise en question ? Je ne sais plus trop, je n’ai pas encore eu cette fameuse crise !
Le mieux dans ces cas-là, quand on doute trop, quand on navigue entre le vrai soi et celui que l’on voudrait être, c’est de retrouver un cocon amical, un endroit où s’exprimer. Nous avons tous ces amis auxquels on peut parler de nos frustrations, de nos envies, de nos peines, de nos interrogations existentielles. Le mieux dans ces cas-là, c’est de refaire le monde avec ses potes !
John est mon ami depuis une bonne vingtaine d’années. Récemment divorcé, profondément déçu, blessé et malheureux depuis, il vient enfin de vendre sa maison.
C’était sa maison du bonheur, son projet de vie, la maison de son couple, de sa famille, la maison de son cœur, trop lourd. L’attente a été longue et douloureuse. Le nid douillet qu’il a construit avec son ex-femme, trop grand pour lui seul, lui pesait tant sur le cœur que sur son compte en banque. Enfin, une visiteuse avait saisi sa chance et signé le tant convoité compromis de vente. Dans quelques semaines, John allait pouvoir démarrer sa nouvelle vie de père célibataire. Il allait pouvoir se reconstruire et lancer tous les projets qu’il ne voyait qu’en rêves jusqu’ici. Il faut célébrer cette délivrance, cette page qui se tourne, et sa nouvelle vie, sa libération. Il choisit de partager cet instant de bonheur et de soulagement avec nous, ses amis.
Benoit et moi sommes ravis de l’accueillir, d’autant que notre fils, Anthony, 7 ans, passe le week-end chez mamie. Nous avons donc tout notre temps, et pas de réveil à 5 heures demain matin. Papa a pris le relais à l’hôtel. Nous avons un week-end libre ! Hourra ! Pour nous c’est rare depuis que nous sommes propriétaires d’un hôtel restaurant de 38 chambres. Nous travaillons tous les jours, toute l’année et dormons sur place (pas par choix bien sûr, mais c’est la loi). Quand papa prend le relais, c’est un pur bonheur de pouvoir rentrer chez nous et profiter de notre repos. Merci papa ! Grâce à lui, nous avons une vie de famille ces quelques jours-là. Une vie à tous les trois, du temps pour nous, pour des activités ensemble, pour nous retrouver, nous créer des souvenirs.
C’est vrai qu’avec notre vie professionnelle particulière, notre enfant ne vit pas avec nous. Il vit chez ses grands-parents paternels depuis qu’il a commencé à marcher, et nous le récupérons quand c’est possible. Nous travaillons de 06 heures du matin à minuit tous les jours et nous ne pouvons lui accorder toute l’attention qu’il mérite. Le cœur déchiré, nous avons choisi de le confier à mes beaux-parents pour qu’il garde un rythme de vie plus traditionnel. Dès qu’il est avec nous, nous le gâtons comme un prince. C’est compliqué pourtant, il nous faut de temps en temps rappeler les règles et rectifier les mauvaises habitudes prises chez Papou et Mamou. Difficile de gâcher le peu de temps que nous partageons en famille pour le réprimander. Aussi, la culpabilité, surtout la mienne, fait que nous le couvrons de cadeaux et d’attentions, tel l’enfant roi. Anthony travaille très bien à l‘école, il fait ma fierté de maman, et à chaque excellente note, il a le droit de choisir l’endroit où il veut dîner (ce n’est pas toujours un fast-food, heureusement !) Ce soir-là, il est chez ma maman. Il a voulu y aller pour la défier au Scrabble. Maman gagne toujours au Scrabble. Je le soupçonne de vouloir tout tenter pour réussir à la gagner… Un jour, j’en suis sûre, il y parviendra.
Notre programme détente de ce vendredi soir devait être un simple canapé télé en amoureux. Un verre de rosé, un plateau grignotage et un bon film, lovés l’un contre l’autre. Ces soirées-là, nous les savourons, nous nous retrouvons en dehors du travail, nous profitons du moment même si les sujets de discussion tournent quasiment toujours autour de l’hôtel. Ces soirées-là, nous ne cuisinons pas, ni l’un ni l’autre. Nous avons été derrière les fourneaux tous les soirs au restaurant, alors ces soir-là, grignotage ou livraison à domicile. Nous aimons ces soirées là, mais nous espérons toujours pouvoir en profiter pour voir nos amis. La vie sociale d’un hôtelier restaurateur est difficilement compatible avec le rythme de vie des autres. Nous sommes à contre sens, quand tous sont en repos ou en vacances, nous, nous travaillons sans relâche.
Une soirée entre amis est tout de même plus festive et pour évacuer le stress accumulé rien de mieux ! Merci John !
Il est 20 heures environ. Nous sommes le 08 avril 2016. Nous entamons un apéritif qui, comme à l’accoutumée, s’annonce bien sympathique et très certainement (très) arrosé. Quelques tranches de jambon ibérique, du fromage coupé en dés, des olives et une omelette à l’espagnole, (ce que l’on appelle un apéritif dinatoire à moindre frais !). En bons épicuriens, il nous faut goûter du vin local (un nouveau viticulteur à découvrir, puis un autre…) John envisage de devenir marchand de vins, enfin plutôt négociant-caviste, c’est plus professionnel ! Venant de lui, ça ne me surprend pas ! Qui d’autre pourrait aimer autant les produits du terroir et les breuvages des dieux ?
D’habitude, ces soirées entre amis se passent simplement, quasiment toutes semblables… On grignote, on trinque à la vie, on trinque à la vie qu’on imagine, on trinque à la vie passée et à la vie future, on refait le monde… On parle des enfants, du boulot, des amis, des potins…
Dans notre campagne du Sud on adore les potins, c’est même un vrai sport local ! Des soirées entre amis ordinaires, comme il s’en déroule des milliers en France en ce moment même.
D’un âge presque mûr, entrepreneurs tous les trois, parents et responsables, nous restons toujours à la maison, à profiter entre amis, en sécurité. Le mieux c’est même de dormir sur place, hors de question que quiconque se mette en danger. Nos amis le savent, c’est comme ça, tout le monde dort sur place, on se débrouille avec des matelas, le canapé, les moyens du bord. Il y a toujours une solution de secours. La vie est précieuse et nous y tenons, pas de risque inutile ! En vérité c’est plus le permis à point qui nous fait peur. Sans permis, plus de boulot, sans boulot plus d’argent, sans argent… bref, nous tenons à nos permis respectifs ! D’ailleurs je suis fière de nous, Benoît et moi avons toujours tous nos points. Et nous en sommes à 20 ans de conduite ! Nous devrions avoir une récompense pour bonne conduite et respect du code, il faudra le suggérer à nos législateurs.
Ce soir-là est pourtant bien différent des autres. Après avoir refait le monde par de grandes théories dignes de nos politiciens gouvernants, nous abordons le sujet épineux, ou devrais-je dire, platonique, de la vie sexuelle de John. Mon ami de toujours, mon frère de cœur, lui qui rassure et écoute si bien, aujourd’hui, cherche l’amour désespérément. S’il avait été viticulteur, je l’aurais bien inscrit à l’émission de téléréalité si romantique et si bien orchestrée que tous y trouvent à coup sûr leur âme sœur et se marient dans les mois qui suivent la diffusion. Pour le moment, John, lui, il se contenterait bien d’un amour physique de quelques heures, le « plus si affinités » restant une inconnue à cette heure-ci.
Nous aurions pu lui être utiles si nous avions connu quelques célibataires à inviter en dernière minute. Je cherche mentalement à faire la liste des femmes que je connais… Non, la seule à qui je pense n’est pas dans la même ville, il est trop tard pour l’inviter à nous rejoindre. Il faudra d’ailleurs penser à organiser les présentations une prochaine fois. Ça pourrait bien coller entre eux. En tout cas, ça vaudrait le coup d’essayer. Finalement je me rends compte que je connais bien plus de célibataires masculins que féminines, difficile de jouer les entremetteuses ce soir.
Il me vient donc une idée… Puisque nous ne connaissons pas de jeunes quadras qu’il pourrait charmer, nous allons l’emmener là où il pourra en rencontrer ! Sortons ! Après tout, le petit est chez mamie, la permanence de l’hôtel est assurée, nous avons la nuit devant nous ! Nous avons une vente à fêter, un nouveau départ à célébrer et un célibataire à réconforter !
Avec l’âge et les contraintes du quotidien, nous n’avions pas remis les pieds dans ce genre d’endroit depuis des années, des lustres… Je dirais au moins 10 ans ! Notre vie est ce que l’on peut définir de plan-plan bien que stressante : un vieux couple totalement investi dans le travail. Il y a 9 ans, nous nous sommes lancés dans l’aventure entrepreneuriale, à la tête d’une entreprise de 8 salariés, à faire tourner coûte que coûte. La force du couple se mesure et se teste dans ces conditions ; le nôtre s’est renforcé tout au long de ces années. Complémentaires et complices, nous avancions face à l’adversité. Nous sommes un couple modèle aux yeux de nos amis, le couple solide et durable que rien ne peut atteindre. Nous avons laissé sombrer notre insouciance d’antan, notre esprit festif et bien évidemment, les sorties nocturnes et les endroits dédiés à la danse, à l’amusement et à l’ivresse. Nous sommes des bourreaux de travail, impossible de penser à autre chose que le bon déroulement de nos projets professionnels.
Il est environ 22 heures. Nous avons bu au-delà des limites tolérables pour le ballon à gonfler de nos gardiens de la paix, hors de question de prendre la voiture, même pour faire les quelques cinq kilomètres qui nous séparent de la discothèque. J’appelle le service de navette mis en place.
J’aime beaucoup cette idée de chauffeur à domicile, je trouve le concept très sécurisant, et surtout très chic ! C’est la première fois que je vais me faire conduire telle une starlette depuis les trois marches de mon perron jusqu’à la porte blindée du lieu confiné et bruyant de notre soirée festive ! J’envisagerai un tapis rouge traversant ma terrasse un de ces jours !
Il est temps d’enfiler une tenue plus appropriée. Dix bonnes minutes devant mon dressing, me chuchotant à moi-même le célèbre « j’ai rien à me mettre ! » Il faut choisir… Restons discrets, un jean noir, une tunique en soie noire joliment lacée au décolleté, des bottes, plates, parce que les talons hauts font mal aux pieds, même si la semelle est rouge ! De toute façon comment profiter d’une virée nocturne avec des échasses super classieuses mais trop dangereuses pour mes chevilles !
Comme beaucoup de femmes de mon âge, enfin je pense, mon visage ne peut affronter le monde extérieur sans maquillage. Quelqu’un pourrait me reconnaître et me voir au naturel… Les complexes, ça vous gâche un temps précieux en fait ! Transformer une peau terne et des rides naissantes en atouts, ça prend du temps surtout si on ne sait pas s’y prendre ! Un coup de crayon sur les yeux, de la poudre brillante sur les paupières et surtout un bon coup d’anticerne, et voilà la navette floquée d’un logo rose devant la porte. Dernière touche en urgence, le rouge à lèvres qui tiendra bien quelques heures... Prête !
Dans un éclair de génie, je suggère de ne prendre que l’essentiel : pas de sac à main, pas de téléphone, ni carte bancaire pour ne pas s’attirer d’ennuis. On lit tellement de choses incroyables sur les réseaux sociaux ! Il y a peu de temps, des personnes ont été blessées gravement pour leur téléphone ! Simplement des espèces, savamment calculées pour consommer sur place et de quoi prendre un taxi pour rentrer. Quelqu’un nous appellera bien un taxi, pourquoi s’encombrer ? Le strict nécessaire rentrant dans les poches des jeans. Bien sûr, il nous faut au moins un paquet de cigarettes et un briquet. C’est bon, tout rentre !
Benoit ferme la maison et garde l’encombrant trousseau (il y a toutes les clés de ma vie sur ce trousseau : maison, ma voiture, le badge oublié de la salle de sport, le jeton à caddie, les portes clés souvenir accumulés…) dans la poche de sa veste noire. Mon jean trop moulant ne permet pas d’y dissimuler quoi que ce soit, il laisse déjà déborder les bourrelets qui me complexent tant ! Mais, pour une fois, ce n’est pas moi qui porte tout dans mon sac de fille trop rempli et dans lequel on ne trouve jamais rien mais où il y a tout ce qu’il faut !
Nous sommes le 08 avril 2016, il est 23h00.
Dix minutes plus tard nous voilà sur les lieux de toutes les tentations pour John ! Sauf que… il n’est que 23 heures et c’est bien calme. On comprendra plus tard, que 23 heures c’est trop tôt pour l’activité nocturne de la jeunesse de 2016. A notre époque, pas si lointaine, à 23 heures c’était l’heure de démarrer la nuit, de danser et virevolter jusqu’au matin. Plus le temps passe, plus les nuits raccourcissent semble-t-il…
Nous prenons place, une bouteille de Champagne sur la table, offerte par le gérant mais que John a finalement payé l’équivalent d’une bonne journée de travail (mauvaise passation de consigne ou malentendu, nous ne saurons jamais). Le patron des lieux, qui pensait avoir offert ladite bouteille, nous rejoint, accompagné d’une jolie blonde au sourire timide. Chacun une coupe dans une main, nous trinquons à nouveau à la vie, à la vie passée, à la vie future. Nous trinquons à la soirée à venir, aux projets de chacun, aux coups de foudre de John ce soir. C’est sûr, ça va marcher ! Il n’y a aucune raison que l’une de ces belles de nuit ne tombe pas sous son charme !
Deux jeunes filles se lancent sur la piste sur une musique actuelle, aux rythmes saccadés, aux IMNI (Instruments de Musique Non Identifiés). Le DJ, du haut de son aquarium prononce quelques mots que je ne comprends pas. Peut-être ne suis-je pas en mesure de comprendre son langage, ou bien le choc des générations dont on m’a tant parlé commence à m’atteindre… Il semble utiliser des mots étrangers, mêlés à des consonances françaises, le tout à l’accent des R roulés et des S de fin de mots bien prononcés… Une autre chanson enchaîne sur des rythmes quasiment identiques, les deux jeunes filles dansent toujours, seules. Elles sont jolies, très jeunes, à peine 18 ans, peut-être même moins, on ne sait plus trop de nos jours. Personne ne les rejoint. De la fumée sortie de grosses machines, à peine dissimulées, envahit le vide abyssal, comme pour masquer la piste délaissée par les danseurs. J’avoue ne pas être attirée non plus par cet espace abandonné, enfumé et bombardé de faisceaux lasers de toutes les couleurs. De quoi aurait l’air une quadra, tout de noir vêtu, au milieu d’une piste vide, dansant sur des musiques qu’elle ne connaît même pas ? J’ai beau approcher du plus bel âge, je ne veux pas me donner en spectacle et me ridiculiser, même s’il n’y a qu’une vingtaine de personnes pour en témoigner ! Je décide donc de ne pas bouger de mon fauteuil à la propreté douteuse (c’est probablement pour cette raison qu’il fait si sombre dans les coins salons des discothèques). Nous discutons de tout et apprenons à connaître la nouvelle fiancée du gérant qui nous l’a présentée tout fièrement.
Il doit être environ une heure du matin (en fait on ne sait pas puisqu’aucun d’entre nous n’a de téléphone et que plus personne ne porte de montre de nos jours, à moins qu’elle ne soit hors de prix !). Rien ne bouge davantage que tout à l’heure. Le temps nous semble long et notre enthousiasme retombe peu à peu. Ce n’est pas comme ça que John trouvera sa destinée ce soir. Nous décidons, à l’unanimité, de quitter l’endroit pour aller dans un autre lieu de vie nocturne plus tendance. Il n’en existe que deux ou trois dans notre petite ville. Deux discothèques pour 50 000 habitants, c’est peu non ? A moins que sur cette population, très peu soit finalement en âge de fréquenter ce genre d’endroits, si tant est qu’il existe un âge maximal pour profiter de la nuit. D’ailleurs, je me souviens m’être posée la question pendant ma séance maquillage, m’appliquant à dissimuler ma ride du lion naissante, face à mon miroir : « ne sommes-nous pas trop vieux pour ça ? »
Allons-y ! S’il ne trouve pas son bonheur ici, et le terrain semble peu propice aux rencontres, peut-être y aurait-il plus de chances dans l’autre… Après tout, nous sommes sortis pour ça !
Après avoir récupéré nos vestes, salué le personnel et le gérant, nous montons sagement à bord de la navette au logo rose, et une fois le moteur démarré, nous tentons d’apitoyer ce pauvre chauffeur pour qu’il nous dépose chez son concurrent à quelques deux kilomètres de là. Nous aurions pu y aller à pied, mais cette nuit, il pleut et il fait froid… Réticent, et désappointé par notre demande, j’explique globalement et synthétiquement la situation : John doit trouver la perle rare ce soir, il en va de sa virilité ! Le jeune chauffeur, sensible aux arguments et surtout solidaire compatissant de la gente masculine, accepte de nous déposer à l’arrière de l’établissement concurrent, loin des regards scrutateurs, loin des caméras de surveillance. Il enfreint les règles pour nous tout de même ! Il nous fait promettre de n’en parler à personne et de nous faire discrets sur cette incartade. Merci Chauffeur !
Nous sommes le 09 avril 2016, il est 00h15.
Nous sommes à quelques mètres de ce nouvel antre de la nuit. L’arrière du bâtiment est sombre, un grand portail en fer plein ferme une cour intérieure. Nous y accédons par un chemin de terre bloqué par deux gros blocs pour empêcher le passage des voitures. Derrière nous, un quartier résidentiel endormi, une maison de retraite (je doute que les résidents entendent les notes de musiques de la discothèque voisine) et un centre de formation pour adultes fermé, pour le week-end par un grand portail vert. Il n’y a personne autour de nous, il fait très sombre et il fait froid ! Nous accélérons le pas.
Nous contournons par la gauche du bâtiment, longeons la devanture du restaurant attenant, au bord d’une route départementale peu sécurisée. Nous ne connaissons pas ce restaurant, il faudra que nous y allions dîner un de ces jours.
De l’autre côté de cette route, il y a le parking, ou du moins le terrain vague et caillouteux qui borde la rivière donnant son nom à notre département. Nous entrons dans la cour commune au restaurant et à la discothèque, un premier barrage filtrant : un agent de sécurité nous jauge de la tête aux pieds. On doit lui convenir, il nous laisse passer. Un grand escalier sur notre gauche. Une bonne vingtaine de marches et la porte de l’espoir va s’ouvrir pour John !!!
Devant la porte d’entrée, deuxième barrage filtrant : deux agents de sécurité, tout de noir vêtu et aux épaules aussi larges que Benoît et moi réunis. Ils ont le regard sombre et un air inquisiteur. Le patron est là, lui aussi, devant l’entrée de son établissement comme le gardien des portes de l’Enfer. Nous saluons les vigiles et j’embrasse le gérant que je connais, sans plus, depuis des années. Il me fait tellement mal au cœur avec ses béquilles et ses atèles, lui qui était si actif, sportif de haut niveau. Sa vie a basculé soudainement un dimanche matin, un accident tragique. J’ai toujours admiré sa force et sa volonté pour surmonter cette épreuve. Comment pourrais-je, à sa place, trouver la force nécessaire pour me reconstruire ? J’ai peur qu’il ne lise la pitié sur mon visage alors je chasse mes pensées et je lui souris, je prends des nouvelles, je dis des banalités comme dans tous ces cas où l’on ne sait pas quoi dire.
Benoît lui fait la bise à son tour, lui non plus ne veut pas laisser transparaître sa pitié, lui aussi le connaît depuis longtemps. Je connais bien mon Benoît, je sais qu’il se pose les mêmes questions que moi à cet instant. John en fait de même. Et oui, finalement, tout le monde se connaît dans ces petites villes de province. C’est un gros village ma ville de province, un village à l’accent qui chante, un village du Sud. Nous ne sommes pas en Provence, nous sommes plus près des hispaniques, mais chez nous aussi les cigales chantent en été, et chez nous aussi on joue à la pétanque dans les jardins ! Nous n’avons rien à envier aux Provençaux.
C’est une ville touristique, historique, classée parmi les plus beaux monuments du monde. Ma ville. Ma référence en matière de calme et de tranquillité. Si nous avions des vaches ici, nous passerions tranquillement nos journées à les regarder pâturer ! Mais il n’y a que des vignes chez nous, quelques chèvres peut-être par là. Il ne se passe rien chez nous, rares sont les faits divers ou les affaires à scandales qui font les unes de la presse locale. Ici on ne parle que du temps, des volontés (toujours très nobles) de nos élus qui font et défont le travail de leurs prédécesseurs. Ici, on ne parle que des affluences de touristes à Pâques et de leur incapacité à s’orienter dans la ville, du feu d’artifices extraordinaire qui a même sa minute consacrée chaque année sur les chaînes nationales de télévision, du Tour de France qui nous honore régulièrement de sa présence, des potins et ragots que chaque habitant semble mieux connaître que son voisin. Ici, il ne se passe jamais rien, rien ne bouge, rien n’avance. Ici, c’est un gros village qui se fait appeler ville.
C’est ce qui nous plait, à nous gens du Sud, l’immobilisme. Nous nous connaissons tous. Nous sommes sûrs que rien ne perturbera nos projets, nos vies, nos rêves. Alors, personne ne part d’ici. Rares sont ceux qui ont vu du pays ! Nous avons tous été dans les mêmes collèges, les mêmes lycées. Peu d’entre nous sont partis de cette ville.
