8,99 €
Ce livre veut être une possible clé de lecture de l'actualité du monde dans lequel nous vivons grâce à l'aide éclairante de la Règle de saint Benoît qui nous invite à l'Écoute, la prière, la recherche de la paix, l'équilibre entre prière et travail, et la bonne gouvernance des choses temporelles. Chacun en effet peut trouver dans l'esprit de la Règle de saint Benoît un discernement sur les sujets qui nous touchent tous : l'éducation, la charité, l'économie, l'enseignement social de l'Église, la crise sociale actuelle. Que peut nous enseigner cette Règle d’un moine du Ve siècle ? « Qui que tu sois ! de devenir qui tu es ! » grâce à l'esprit d’un texte, qui n'a pas rien perdu de son actualité que tout laïc attirés par le Silence et la prière monastique peut s’approprier tout en restant dans un monde dont il peut mieux vivre les soubresauts soutenu voire affilié au monastère de son choix.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Joseph Schneider a été directeur d'établissements médico-sociaux pendant 30 ans. Éducateur spécialisé, docteur en sciences de l'éducation et d’un troisième cycle de Gestion. Il s'est aussi engagé dans la formation de bénévoles et dans diverses associations caritatives. Il est l’auteur de
L'accompagnement dans le bénévolat social et
Le Réveil du Joueur sur le sujet des addictions. Il est marié, père de 3 enfants et oblat bénédictin.
Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:
Veröffentlichungsjahr: 2022
Saint Benoît pour tous
© Saint-Léger éditions, 2019.
Tous droits réservés.
notre catalogue complet sur
saintlegerproductions
Joseph Schneider
Saint Benoît pour tous
L’art de vivre au quotidien
selon l’esprit de la Règle de saint Benoît
« Bravo pour cet écho, bien utile, de la manière de vivre les valeurs de la règle dans la vie laïque, au cœur du monde. »
Jean-Pierre Longeat, osb
abbé émérite de l’abbaye Saint-Martin de Ligugé (86), puis président de la CORREF jusqu’en novembre 2016 et depuis Président de l’alliance intermonas-tique (AIM).
7
Introduction
Chacun de nous traverse l’existence selon une expérience particulière : son espérance peut être menacée, cernée par des obstacles de la vie qui privent parfois d’horizon et de projets. Mais il y a des sources de vie, qui ne vieillissent pas parce qu’elles participent à l’éter-nité d’une promesse faite à l’homme. Parmi elles nous plaçons la Règle de saint Benoît, proposée aux moines et aux moniales mais aussi aux laïcs, grâce à l’oblature bénédictine, proposée à être vécue dans le monde en relation avec une abbaye définie. En renouant ainsi avec une sagesse et une espérance éprouvées, les missions et l’activité dans le monde de ces oblats sont exercés avec une intensité particulière. Ils travaillent, veillent, écoutent, prient, souffrent, traversent leur existence
8
selon leur état de vie en se nourrissant d’une spiritualité qui transforme l’homme et le monde.
Quelques repères spécifiques sont à mentionner : ils désirent répondre à l’appel de Dieu et se mettre à son écoute par la prière et la louange, tout en permettant un accueil grandissant aux autres, par et à travers l’esprit de la Règle de saint Benoît.
C’est l’ensemble de ces considérations qui jalonne-ront cet essai parsemé de quelques repères fiables, qui conduiront, (nous le souhaitons) le lecteur à s’approprier à son tour des clés de lecture, à savoir : vivre dès mainte-nant l’éternité ensemble, avec l’humilité parfois ensei-gnée dans les humiliations, évitant l’orgueil spontané,qui, parce qu’il reste centré sur lui-même, finit par rejeter l’autre. Le particularisme habilite et sollicite en sortant du fusionnel, et le silence de contemplation peut devenir instrument de transformation et soupir habité. Nourri de la Parole, la sagesse restitue chacun de nousdans sa différence, l’identité qui nous a été donnée pour être respectée et honorée. Même si de nouvelles inter-rogations nous parviennent émergeant des crises socié-tales, par lesquelles nous sommes invités à rechercher des issues inédites.
Nous trouvons des réponses dans la confrontation du psychologique et du spirituel.
9
Nous proposons dans ce livre une triple approche à l’école de saint Benoît : d’abord psycho-spirituelle, puis sociale, en essayant de tenir compte des réalités environ-nementales, sociétales et économiques. Pour se faire, nous donnerons une place particulière à la Doctrine Sociale de l’Église.
Cet ouvrage aurait pu s’intituler « du doute à l’Espé-rance » car nous partageons avec beaucoup de chrétiens que « l’homme d’espérance » ne recule pas, mais lutte pour la justice. Il vit dans le monde et à travers le monde, où il déchiffre toutes les formes possibles de sa libération. Mais il n’oublie jamais d’où il vient et il choisit de vivre dans la foi pour se reconstruire, pour aller de l’avant. Et ce chemin d’espérance est toujours actuel.
Nous pouvons mieux comprendre l’hymne, repris en temps de Noël : « Qui peut me dire… », qui nous rappelle que Jésus prend naissance là où l’homme commence, lorsque nous ouvrons nos cœurs et nos mains pour changer la vie de nos frères. Ne pouvant nous donner la vie, et étant incapables de la transfuser, c’est au Seigneur que nous la demandons par la prière, afin de trouver l’itinéraire de notre cheminement.
Consentons ensemble à recevoir, en recherchant la Source. Mettons-nous à l’école de saint Benoît qui nous encourage à apprendre à ajuster nos demandes, à s’aban-
10
donner à l’écoute de ce que l’Esprit de Dieu nous dit au plus profond de notre cœur afin de mieux regarder, écouter nos proches, s’exercer à leur parler autrement et leur rendre service à l’école de saint Benoît et nous verrons l’ouverture et la simplification de nos pensées et de notre vie qui permettent de nous mettre en route avec plus de justesse et de clarté une fois perçue cette douce invitation :
« Écoute et accomplis et tu parviendras ! »
Plutôt qu’un plan de marche, nous y trouverons un voyage, voire un pèlerinage, qui saisira notre cœur et notre esprit.
Tout au long de notre recherche, et comme source de spiritualité nous essaierons de rester reliés à l’enseigne-ment du Pape François et à ses homélies, données en la chapelle Sainte-Marthe, où il réside. Trois orientations évangéliques apparaissent dans ses priorités :
– sachons abandonner un Évangile trop filtré,qui conforterait nos idéologies et nos habitudes « alors que l’Évangile vrai nous dérange et nous met en crise ! »
– le pape François définit ainsi l’Évangile vrai : « Être chrétien signifie être toujours ouvert aux surprises de Dieu, proche de ceux qui sont dans le besoin ! »
11
– dans une de ses homélies il nous dit : « Le Bon samaritain, contient tout l’Évangile. »
Nous placerons également chaque chapitre de cet ouvrage dans l’esprit de la prière, plus particulièrement à l’aide d’un hymne ou d’un psaume, parce qu’ils retra-cent un récit biblique et ils présentent une proximité avec toute notre spiritualité contemporaine dans leur rappro-chement avec le cœur de l’homme en recherche de Dieu et qui désire sincèrement transformer l’homme dans son environnement, au cœur des crises, qu’elles soient sociales, économiques, éthiques ou environnementales.
Ces textes, à travers la méditation, nous encouragent et nous éclairent dans nos choix.
Nous ouvrons aujourd’hui cette lecture, avec l’Hymne « Veilleurs dites-nous. Où en est la nuit ! » Ce récit biblique rejoint le récit de vie du pèlerin en marche, qui cherche à mettre des mots sur ses épreuves tout en menant le combat avec l’Espérance. Toute transcendance biblique et évangélique pourra donner cohérence à sa vie. Et comme en écho nous citons, entre autres l’hymne « Qui peut me dire ? »
« Qui peut me dire l’endroit
Où Jésus le christ est né ?
Vois, Jésus prend naissance
Où l’homme commence.
12
D’ouvrir son cœur et ses mains
Pour changer la vie de ses frères,
Oui, là, Jésus prend naissance. »
Nous retrouvons là les priorités données à notre Église. Voyons dans cet hymne une occasion renouvelée et originale pour mesurer les événements avec un autre baromètre social, que celui du monde qui traduit trop souvent le désenchantement, la perte de crédit à nos gouvernants. Certains hymnes sont des porte-paroles plus fiables, à n’en pas douter !
Dans l’Épiphanie du Seigneur, dont il faudrait retenir plus que l’image d’une œuvre d’art présen-tant des mages, se prosternant devant le nouveau-né de Bethléem, voyons une exhortation, une invitation identique à celle du Prologue de la Règle de saint Benoît (Prologue 8 « Levons-nous donc enfin… ») qui servira de guide, au long de ces pages :
« àl’Orient, l’étoile a paru
Pour annoncer que le Christ est venu
Dès qu’ils l’ont appris,
Les rois sont partis,
Heureux le cœur, qui désire Jésus !»
En effet les mages, au jour donné, se mettent en route, quittent leurs assurances fondées sur des avantages
13
et des sécurités acquises pour oser ou risquer l’inéditd’un Dieu révélé par une étoile qu’ils observent dans le ciel.
Tels de vrais explorateurs, ils choisissent de s’aven-turer sur un chemin aux balises secrètes, à l’écart, et en recherche. Le temps presse pour eux, ils se hâtent car le nouvel enfant est menacé de mort par Hérode.
Le parcours de cet Emmanuel, de ce Christ, est ponctué rapidement par la vie, de la mort puis de la résurrection.
L’Église nous rappelle le 26 décembre, fête de Saint-Étienne, (premier martyr) puis le lendemain les Saints Innocents, qui nous permettent rapidement de constater que la vie chrétienne est un combat spirituel.
Dans un premier temps, nous limiterons notre recherche essentiellement au Prologue de la Règle de saint Benoît car il est appel, promesse, invitation pour le tout-venant c’est-à-dire « qui que tu sois ! » Parce que nous pensons que l’esprit et la pensée de saint Benoît sont contenus dans le Prologue, nous en dégagerons les mots « clés », Sans jamais prétendre en faire un commentaire. Nous limiterons notre approche à une double confron-tation, spirituelle et psychologique, en nous laissant séduire et transformer dans une écoute intérieure et obéissante.
14
Nous y décèlerons des transformations, des adapta-tions,multiples et innovantes, applicables à notre temps présent, à nos statuts socioprofessionnels et à la vie moderne. Le Prologue serait alors cette voix, capable d’éveiller, soutenir et rappeler à temps et à contre-temps, la conversion que Dieu attend de nous. En cesens ce texte peut être porteur de promesses de change-ments dans diverses applications ; et chacun peut l’enrichir.
Dans son chapitre 8, verset 13, le Prologue nous invite à bouger : « Courez tant que vous avez la lumière ! » ; évitons les ténèbres de la mort, courons pour vivre, levons-nous. Cette incitation dynamique n’est pas simple agitation ni un accompagnement sportif, mais un langage adapté à notre enseignement pour chercher un chemin d’évolution. Quatre versets y font écho :
– écoutons d’une oreille attentive,
– entendons,
– accueillons,
– faisons et courons.
Nous plongeons dans l’aujourd’hui de Dieu, dans le présent de notre quotidien, dans notre état de vie. Mais la conversion s’accompagnera d’enthousiasme intérieur si nous apprenons à écouter afin de mieux aimer ; c’est alors un effort de chaque moment.
15
Le Prologue est un appel intérieur à nous laisser toucher par cette Règle, par son esprit, et au plus profond de notre cœur. Nous sommes là dans l’ordre de l’Être et non du Savoir.
L’homme est en effet souvent confronté à une profonde distorsion entre Être et Faire, ou Être et Savoir. L’appel du Prologue de la Règle de saint Benoît est une Parole, une rencontre, une tension à traverser grâce aux motions de l’Esprit-Saint, selon l’expression du moine orthodoxe Séraphin de Sarov (1759-1833) évoquant la renaissance du chrétien :
« Le vrai but de la vie chrétienne consiste dans l’acquisition de l’Esprit-Saint. »
Il nous faudrait d’abord et toujours, chercher pour changer, examiner le sens, se lever pour aller à la rencontre de Dieu, qui invite l’homme. Ce chemin est alors balisé par trois éléments indissociables, rappelés ici : écouter, obéir, se mettre en route. Nous pourrions aussi faire un détour par Simone Weil, qui dans son livre Du bon usage des études scolaires nous invite à nous mettre au travail, repérer nos aptitudes mais aussi nos talents cachés, nos freins, nos limites, nos capacités et nos lacunes, et à oser répondre, en toute humanité et humilité :
16
« Seigneur me voici !»
Cette recherche ne peut se désolidariser de notre affec-tivité car notre tendresse et notre aspiration au Bonheur sont soulignées dans le Prologue comme n’étant pas des déformations issues d’un bonheur terrestre.
Pour saint Benoît le bonheur ne réside pas dans la vie présente et le Christ annonce rapidement la croix. Ce bonheur pourrait plutôt s’appeler « intranquillité » et « combat spirituel » : la vie éternelle est le seul bonheur en germe qui nous invite à rester dans le concret de la vie. Le vrai bonheur, c’est l’unité en soi vers Dieu, dans une réelle dynamique, stable et fidèle et non dans l’éphé-mère lénifiant. Le bien et le mal se côtoient, d’où le sens du « bon combat » à mener !
Deux pistes de réflexion émanent donc de notre tour d’horizon sur la quête du bonheur : je citerai d’abord l’influence retenue de la lecture de la philosophe Simone Weil, philosophe, dans son recueil intitulé Attente de Dieupar le père Perrin (1942) : « Réflexions sur le bon usage des études scolaires en vue de l’amour de Dieu », dont voici deux courts extraits :
« La formation de la faculté d’attention est le but véritable et presque unique intérêt des études… »
17
« … le bon usage spirituel et chrétien des études, visant donc la sainteté, dépend de deux conditions : d’abord la pureté de l’intention… et ensuite de regarder en face ses erreurs pour les corriger. »
On peut voir dans cette exhortation une approche du façonnage chrétien de nos facultés d’attention, élément sans doute essentiel dans l’élévation de l’esprit vers les valeurs spirituelles en l’homme et dans sa recherche du Dieu qui demeure son ultime étape vers le bonheur.
En second lieu, plus près de nous, le lecteur abordera avec délice le livre de Dom Guillaume Jedrzejczak, abbé émérite de la communauté de l’abbaye du Mont-des-Cats de 1997 à 2009 « Aimer la vie. Désirer le bonheur » (éditions Mediaspaul) où l’auteur présente « Un art de vivre à l’école de saint Benoît » aux sources de la tradi-tion monastique et de la spiritualité chrétienne qui fait le choix radical de la vie et du bonheur, selon la belle expression du ch. 30 du livre du Deutéronome v. 15-20 :
« Vois, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur… la bénédiction ou la malédiction… »
Toute vocation humaine, chrétienne et monastique peut s’inscrire dans la réponse à l’appel inscrit dans la Règle de saint Benoît :
18
« Qui aime la vie et désire voir des jours heureux ?»
L’amour de la vie et le goût du bonheur ne sont pas opposés mais les références et les moyens d’y accéder peuvent varier et même parfois contient des impasses. Dans ce livre le lecteur pourra chercher et relever certains défis que pose la Règle de saint Benoît dans la poursuite du « désir du bonheur » à travers les vicissitudes de toute vie : couple, éducation, économie, management, vie sociale…
Ce sont ces quelques grands domaines, où elle peut positivement apporter des indications toujours perti-nentes qui feront l’objet des chapitres suivants.
Dans un contraste frappant, nous lisons chaque semaine, dans l’une ou l’autre revue d’épanouisse-ment ou de développement personnel, proposant des méthodes avec force surenchères, des clés de la quête du bonheur, en écho au désir légitime d’être heureux.
Les voies d’accès proposées sont multiples, aléatoires, souvent illusoires et factices. Elles ne peuvent pas se résumer à une définition philosophique ou morale. Le secret du bonheur peut-il dépendre de l’homme ? Saint Benoît nous en trace un chemin original : « Si tu veux le bonheur, écoute la voix du Seigneur ! Prête l’oreille de ton cœur. Qui que tu sois. Choisis la vie et accom-
19
plis ». Difficile à décrire aussi car il fluctue selon les moments et les cycles de la vie, et son intensité est d’une grande variabilité. Le bonheur humain s’inscrit dans une histoire : qu’elle soit personnelle, familiale, socio-éducative ou professionnelle. Le bonheur se bâtit sur nos émotions, notre volonté, nos choix de vie et épouse le sens qui lui est donné à l’instar des engagements spiri-tuels, politiques et humains qui se caractérisent par des choix de vie, de vie authentique, vérifiée par des options essentielles et résistant aux turbulences institutionnelles, sociétales voire même ecclésiales.
L’objet de notre livre nous recentrera donc réguliè-rement vers la Règle de saint Benoît : sa recherche, son approfondissement, ses adaptations possibles et ses tentations d’applications par des laïcs, dans leur état de vie.
Mais cette démarche ne peut réussir qu’avec l’aide de Dieu, que nous demandons, et que le lecteur trouvera pour y discerner à son tour, qu’il soit oblat ou non. Que la grâce vienne à notre aide pour trouver la vérité de la Parole à travers cette entreprise d’oser esquisser,dans le monde, le monastère intérieur ! Alors noustrouverons des outils pour oser le défi de nous appuyer sur le Prologue afin de fonder une école de vie en hommes et femmes avisés, cherchant dans nos choix
20
conscients à répondre par des actes concrets aux conseils de saint Benoît.
Ainsi, permettons-nous de tenter quelques rappro-chements ou extensions des critères de la vie monas-tique à titre d’exercice ou entraînement. Nous inviterons le lecteur à prendre connaissance de la Règle de saint Benoît, à y accéder et à s’en laisser transformer.
Le Prologue (33 à 44) évoque, entre autres, des exhor-tations très fraternelles, dont nous extrayons quelques mots significatifs : « la demeure », « le roc », « réponse »,« appel », « la sainte obéissance », « la lumière », « que la grâce vienne à notre aide pour trouver la vérité ».
L’oblat est invité à son tour à répondre aux conseils de saint Benoît par des actes avisés, enrichis la prière et est préparé à des actions par la patience et un choix de vie dans une unité intérieure retrouvée, sans cesse perturbée ou remise en cause mais toutefois support assuré de sa conversion de mœurs.
Par extension, la demeure deviendra sa maison intérieure d’abord, puis lieu d’expression de son offrande au Seigneur ensuite. Cela, en acceptant l’itiné-rance dans la stabilité intérieure afin d’y voir clair en lui-même et en l’autre, éclairé par la lumière des versets de la Règle où les références sont des formes d’obéis-sance et d’écoute de la Parole mais aussi des astreintes
21
environnementales, professionnelles, sociales. Quand il bute sur un obstacle, le recours à la grâce lui viendra en soutien ! Il se souviendra de son humanité terrestre, affective, relationnelle. À son plus proche voisin, ami, époux, collègue, il appliquera alors la phrase de la Règle « Incline l’oreille de ton cœur à ton frère en humanité ». Il reconnaîtra alors que l’essentiel du cœur profond baigne dans l’amour et que souvent nous ne savons pas aimer, et que l’on ne s’aime pas assez. Nous le vérifions devant la vie d’un adulte qui n’a pas été assez aimé dans son enfance. L’oblat avance dans sa vie vers l’unité, mais en lignes brisées, secoué et ballotté par des crises succes-sives. Quand il oublie cette assurance qui vient de Dieu, au soir de ses journées chahutées et bouleversées, ildoit se dire : « Il a posé sur moi son regard et Il m’a aimé ! »
Que l’on parle de l’amour humain, du sentiment amoureux, de la relation de travail ou des relations familiales, la Règle permet de déchiffrer et d’accepter toutes les successions de blessures subies, de trauma-tismes traversés, de séquelles plus ou moins profondes. L’obéissance à la Règle conduit l’oblat à un lâcher-prise, et alors, chaque fois il se rappellera cette douce phrase du Seigneur : « Je ne t’abandonnerai jamais ! » Quelle assurance lui vient alors !
22
Qui n’a pas entendu cette phrase de la part d’un supérieur, d’un proche, d’un ami : « Vous ne me changerez pas ! », séquelle d’un orgueil blessé, de l’enfant intérieur mal-aimé !
Qu’il se tourne alors vers le Seigneur, avec la confiance que donne la Règle de saint Benoît « Que la grâce vienne à notre aide pour trouver la vérité ! »
Il est bien vrai et heureux de pouvoir constater ainsi que lorsqu’on bute sur divers obstacles, c’est alors le Seigneur qui prend le gouvernail !
L’oblat est un chrétien, discret, dans le monde, ayant entendu l’invitation à une conversion grâce à la révéla-tion évangélique et ayant répondu à un appel. Pour l’oblat, la Règle de saint Benoît devient un chemin, qui peut même surpasser son attente, par une relation avec une communauté monastique.
En effet c’est cette communauté qui lui fait connaître la révélation de l’incarnation possible de la Règle de saint Benoît par sa transmission d’une « École de silence-habité » et lorsque l’oblat considère le moine comme un « Témoin de la prière ». Inversement, la communauté monastique peut répondre à une forme d’interpénétra-tion par la pulsation « solitude/présence au monde », par l’écoute de l’oblat immergé au cœur du monde.
23
Quelles réponses seraient possiblesau questionnement à propos des liensentre la communauté monastique et ses oblats ?
D’abord on peut souligner que cette interpénétration ne peut être souvent qu’invisible, soumise à l’Esprit, dans une prise de conscience humble et respectueuse, dans une réciprocité, à l’image d’une fenêtre ouverte sur l’humanité et au monde souvent dur et chaotique, mais poussé par le souffle de l’Espérance.
La communauté transmet une image sereine de lajoie et de la tendresse de Dieu, mais qui, telle uneicône, doit garder sa vie propre et vivre de ses exigences.
Par un effet-miroir, la communauté monastique transmet une joie qui nous renouvelle et qui se commu-nique, signe de la foi qui nous grandit, comme par attrac-tion à la source des valeurs évangéliques.
On pourrait dire : « On s’apporte l’essentiel et ça nous soutient !» D’une certaine manière l’oblat porte le monde au monastère et un peu de monastère au monde. Plus que de complémentarité, on peut parler de mutualité des différences car l’oblat doit garder les pieds sur terre même s’il traverse des zones désertiques. Le Royaume est également là où il vit.
24
Plus que le monastère c’est sans doute le rayonnement de la Règle de saint Benoît qui rapproche et prolonge la recherche de Dieu dans l’Église et les paroisses, dans les entreprises où prudence et discrétion rappelleront que nous ne pouvons pas toujours faire le bien que l’on voudrait mais comme disait le Cardinal Veuillot de Madeleine Delbrel :
« … sa charité sut se faire concrète et efficace pour tous les hommes ! »
« … Son secret, c’est une union à Jésus-Christ… ce qui permet audace et libertés !… »
Sans vouloir dégager des missions de complémenta-rité, sachons dépasser les clivages « Donner et recevoir ! » osons parler de « vocations spécifiques dans un soutien spirituel. » Valorisons les points de culture monastique, dont les laïcs peuvent s’inspirer à travers des formes essentielles de la sagesse bénédictine, dont nous parle-rons ultérieurement (éducation, travail, économie…)
Voici quelques paroles de moines, à ce sujet :
– « Les moines ont fait vœu de pauvreté : les pauvres évangélisent les pauvres, entre autres… »
– « Chacun a une vocation d’être contemplatif : qu’il soit moine, marié ou célibataire ! »
25
– « Le silence et la parole sont les deux ingrédients de la vocation Divine ! »
– « Il y a une multitude de vocations, dont les frères oblats séculiers qui participent au mystère Pascal. »
– « La communauté monastique est comme un arbre qui graine : regardez ses racines, ses feuilles, ses fruits : l’oblature est une dimension supplémentaire de la communauté. »
Un oblat m’a dit : « Je me sens “du” monastère et non pas “dans” le monastère. » Belle approche d’une réflexion sur la séparation et la distance. Sous cette définition nous voyons émerger un développement de nouvelles vitalités, religieuses et apostoliques.
Hier, tombé en panne de voiture sur le parking d’un centre commercial, le garagiste-dépanneur a diagnos-tiqué la faiblesse de la batterie de mon véhicule et l’a reliée à celle de son véhicule ; l’idée m’est venue de comparer le tandem oblat et moine à l’image de deux batteries, qui peuvent se transmettre de l’électricité à condition de « se brancher ».
Mais n’en demandons pas trop, sinon l’usure appau-vrirait les deux parties. Trop de dépendances pourraient nuire à la vitalité, alors que donner à l’Église renouvelle les vocations séculières tout en comptant sur le soutien de la communauté monastique.
26
Entre l’oblature et la communauté peut s’établir un véritable tissu d’échanges à plusieurs niveaux, que les uns appellent mystiques, d’autres, religieux ou spirituels :
– par sa stabilité ouverte et vivante nous voyons une connivence avec notre vieillissement ;
– l’accompagnement spirituel peut présenter une aide réelle dans notre vie d’oblat ;
– les valeurs évangéliques de la Règle de saint Benoît sont un véritable entraînement stimulant pour laïcs ;
– le silence habité, la recherche de la paix, la prière, la louange nous unissent dès à présent à la Communion des Saints ;
– l’oblature bénédictine, s’inscrivant dans les grandes familles spirituelles, (les G.V.E.) peut présenter un nouveau visage d’Église. Nous en donnerons une défini-tion plus loin.
Dépassant ces échanges, nous pouvons souligner que rien ne pourra ternir l’Absolu des engagements des moines et moniales dans cette relation d’oblats avec sa communauté.
Les chemins sont différents car Dieu appelle chacun, dans son état de vie et devient terrain d’évangélisation et de fécondités diversifiées.
27
Place de l’oblat dans le monde
Après avoir évoqué l’oblature dans son rapport avec le monastère, voyons la place de l’oblat dans le monde :
« Les oblats sont invités en tant que tels, dans le monde sécularisé moderne pour éclairer d’une lumière évangélique les réalités quotidiennes »(réf. : La page d’information des oblats de la communauté de l’Abbaye Notre-Dame de Ganagobie).
L’abbaye de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire, présente les oblats de la manière très ouverte que voici :
« En organisant la vie des moines, saint Benoît leur a donné une règle qui précise la manière dont ils doivent vivre et prier. Or, sans être moine ou moniale, certaines personnes s’enga-gent aussi à suivre les conseils de saint Benoît, tout en restant dans le cadre de leur vie ordinaire et en adaptant ces conseils à leur situation familiale, sociale et professionnelle. On les appelle “oblats”.
Ils vivent en union spirituelle avec la communauté monas-tique qui les accueille et celle-ci les aide à mener leur vie chrétienne en s’inspirant de la sagesse de saint Benoît. Dans leur vie quotidienne ils ne se distinguent en rien, extérieure-ment, des personnes au milieu desquelles ils vivent.
Les oblats de notre communauté se réunissent régulièrement à Saint-Benoît-sur-Loire pour des week-ends de prière et de
28
réflexion et une fois par an pour une retraite de quelques jours proposée à ceux qui peuvent se libérer.
L’oblature est une spécificité bénédictine ; elle crée un lien privilégié envers le monastère que l’oblat a choisi. Il en résulte une réciprocité, un échange de dons, et de bénéfice d’une entraide amicale et familiale.
L’oblature bénédictine est l’une des 13 familles de groupe-ments de Vie Évangélique qui fédèrent les membres de diffé-rentes familles spirituelles. »
En écho au 4eCongrès mondial des oblats bénédic-tins, qui s’est tenu à Rome du 4 au 10 novembre 2017, réunissant 250 oblates et oblats et responsables d’oblats, voici quelques réponses apportées à des questions les plus fréquentes :
– que veut dire être oblat avec un monastère ?
– quelle relation ?
– comment cette relation s’est-elle approfondie avec Dieu ?
Une réponse nous est donnée par Joan Chittister, osb des USA, bien connue et auteure d’un livre sur la Règle de saint Benoît Une sagesseau fil des jours(La spiritualité bénédictine pour tous, éd. Cerf) lorsqu’elle nous ouvre à cette réflexion :
« Comment les moines peuvent-ils changer et agir dans le monde ? »
