Sélection Naturelle - Jill Thiel - E-Book

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Jill Thiel

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Beschreibung

Une série de meurtres à New-York.

Kate et Jerry, deux policiers travaillant à la criminelle de la Police de New York se retrouvent à enquêter sur des meurtres d'une extrême violence perpétrés par un tueur en série qui signe ses victimes d'un chiffre accolé d'un X. Rien ne semble relier les victimes. Aucune trace, aucun indice, rien est retrouvé sur place. Aidé d'un Profiler ténébreux et mystérieux, ils vont devoir découvrir ce qui se cache derrière ces meurtres. Entre cadavres qui s'amoncellent, rétrogradation et secrets, les deux agents vont s'aventurer dans une enquête dont ils ne soupçonnent aucunement l'issue.

Plongez dans ce roman et suivez pas à pas l'enquête haletante de deux policiers de la criminelle de la Police new-yorkaise !

EXTRAIT

― Ah tiens voilà le Don Juan, lança-t-il à l'attention du Profiler qui effaçait " Scott a un petit zizi. " sur le tableau blanc. Y'a une fameuse Cynthia du troisième étage qui est passée, elle demandait si tu avais reçu son message.
A l'entente de ces mots, Kate leva un sourcil et regarda Scott d'un air accusateur, ce qui ne manqua pas de le faire sourire.
― Je lui répondrai tout à l'heure. Y'a du nouveau sinon ?
Jerry poussa un soupir lorsqu'il se redressa :
― Mis à part que Jenny s'est fait lourder par son Lieutenant et que Hartmann du standard est arrivé complètement bourré, non rien de particulier.
― Je parlais d'un point de vue travail, répondit-il en feuilletant son courrier qu'il avait perçu en passant.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Après avoir suivi des études qui la prédestinaient à une carrière médicale, elle suit son instinct et décide de concrétiser son rêve dès sa majorité : devenir policier. Après avoir incorporé le commissariat de sa ville natale, elle intègre quelques années plus tard un service de Compagnie Républicaine de Sécurité. Partageant sa passion du métier avec celle du sport et de l'écriture, elle termine son premier roman Selection Naturelle.

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Jill Thiel

Sélection Naturelle

X, les corps qui s'amoncellent

Prologue

Comme tous les soirs de la semaine, Thomas Ederson, cet homme d'apparence sans histoire rentra du travail et trouva refuge dans son grand appartement luxueux en plein cœur de Manhattan. Son travail n'était pas des plus harassants, et avait été une vocation évidente dès son plus jeune âge. Pourtant il ne l'affectionnait pas particulièrement, de plus il l'avait obligé à quitter sa ville natale, afin de mieux pouvoir reprendre le cabinet d'avocat que son père avait monté avec un associé une décennie plus tôt. Depuis, ces deux derniers se reposaient.

Il pensa en posant sa mallette sur son canapé en cuir de buffle que ce soir serait comme tous les autres soirs, calmes et monotones, rythmés par le même rituel depuis huit ans.

Il se regarda dans le miroir de la salle de bain; il n'avait pas un physique de playboy, bien au contraire, il était même plutôt laid. Il portait ses quarante deux longues années sur son visage bouffi et à moitié chauve, son ventre lui, prenait chaque année plus d'ampleur mais cela ne l'inquiétait guère. Tant que ces analyses ne révèleraient pas un taux de cholestérol ou de triglycérides important, il continuerait à manger ses pancakes arrosées de sirop d'érable qu'il faisait venir directement du Canada.

Il n'avait jamais eu un succès remarquable auprès des femmes depuis son adolescence. Au début cela l'avait frustré, mais plus tard, vers l'âge de vingt ans il était passé à autre chose.

Il retira sa cravate en se maudissant de la serrer chaque matin un peu trop fort puis il tendit l'oreille par la fenêtre qu'il avait laissée ouverte ; la pluie s'était mise à tomber. Il pesta intérieurement, il regrettait d'avoir quitté Las Vegas, cette ville lumineuse qui ne dort jamais pour cette mégalopole aux buildings trop hauts qu'il jugeait sans vie.

Il se pencha sur le lavabo en marbre vert et se passa de l'eau sur le visage, comme pour se laver de sa journée, qu'il avait passée à étudier le dossier d'un homme qui était accusé d'avoir tué sa femme. Il savait qu'il était coupable, mais ses propres vices l'avaient aidé à défendre ses accusés, même ceux qui paraissaient avoir été envoyés par le Diable en personne.

C'est d'ailleurs cette détermination à défendre les coupables et de les rendre libres qui avait fait de lui un avocat renommé et un véreux sans scrupule aux yeux des victimes.

Il s'essuya le visage et ouvrit la bouche pour contempler ses dents jaunies par la nicotine. Décidément, il n'avait vraiment rien pour lui. Il retourna dans le salon et referma la fenêtre. C'était comme ça ici, un coup il faisait beau et dans les heures d'après il se mettait à tomber des cordes.

Dans le salon, au beau milieu des statuts et des meubles anciens, se trouvait sur sa table de salle à manger, son ordinateur qu'il alluma. Avant de dormir il avait toujours eu besoin de les regarder, car depuis qu'on l'avait soupçonné dans son ancienne ville, ces images étaient pour lui le seul moyen de s'extérioriser.

En attendant que son ordinateur s'allume, il se dirigea vers la cuisine où il se servit un verre de vin, un excellent Bordeaux, puis il revint dans le salon.

Mais surpris, il lâcha le verre qui se brisa au contact du parquet flottant fraîchement ciré.

― Qui êtes-vous ? Comment êtes-vous rentré ?

Conscient que cette personne encagoulée et vêtue de noir, n'était pas là pour lui vouloir du bien, il voulut courir jusqu'à sa chambre pour y prendre son 357 Magnum qu'il avait dans sa table de chevet. Arme qu'il traînait avec lui depuis des années, craignant qu'un jour on ne le retrouve. Mais il fut rattrapé par son agresseur qui le fit tomber au sol. Il lui passa une cravate, une de ses propres cravates qui plus est, autour de son cou graisseux et dégoulinant de sueur, puis il le tira le long du couloir pour le mener jusque devant l'ordinateur qui venait d'afficher l'écran d'accueil.

― Je n'ai rien fait ! Lâchez-moi je vous en supplie ! J'ai de l'argent, beaucoup d'argent si vous voulez !

Les mots avaient de plus en plus de mal à sortir de sa bouche tellement qu'il étouffait par la cravate qui se resserrait de plus belle. Sa bouche écumait. Il espérait que son agresseur lâche prise. Mais d'une main, ce dernier pianota sur le clavier et ouvrit plusieurs pages internet préenregistrées.

― Je ne sais pas ce que ça fait là ! Ce sont des spams qui s'affichent automatiquement ! hurla Thomas.

Le lien autour du cou se resserrait et le visage du gros cochon se sclérosait comme une grosse myrtille. Pris d'un accès de colère trop longtemps intériorisé, l'invité le traîna jusque dans la chambre où la couleur marron dominait. Il balança le gros chauve, complètement apeuré sur le grand lit au drap de satin noir et attacha une de ses mains sur les barreaux de la tête de lit couleur or.

Thomas voulut tenter sa dernière chance. Rapidement, il se tourna vers la table de chevet contenant le revolver. Sans réfléchir plus longtemps, il ouvrit le tiroir pour le saisir et malgré le tremblement de sa main, le pointa en direction de son agresseur. Mais en l'espace de quelques secondes l'inconnu se retourna et lui fit une clé de bras, ce qui lui fit lâcher son revolver des mains.

― Mais qu'est-ce que vous allez me faire ? demanda-t-il en sanglot avant d'être bâillonné avec un gros ruban de scotch.

Pour éviter que l'avocat ne se voit redoubler d'un quelconque courage, le type sortit un couteau de son étui porte cuisse et le planta dans le genou gauche d'Ederson qui se mit à devenir rouge tellement il tentait d'hurler sous son scotch.

Le tortionnaire jeta un coup d'œil circulaire à la pièce, manifestement il n'était pas là pour voler quoi que ce soit étant donné que sa Rolex flambant neuve était toujours accrochée à son poignet. Il quitta la chambre et fouilla partout dans l'immense appartement. Quand Thomas vit son agresseur revenir avec quelques " outils " à la main, il comprit alors que le supplice du genou n'était qu'un début et qu'effectivement, il n'était pas là pour lui vouloir du bien.

Chapitre I

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent laissant apparaître la sublime silhouette de l'enquêtrice qui en sortit. De longs cheveux roux, un air quelque peu hautain, elle déambulait d'un pas vif et pressé malgré ses hauts escarpins noirs, dans l'allée centrale que formaient les bureaux en fer de son étage.

Du coin de l'œil, elle voyait l'effet qu'elle faisait à ses collègues qui ne cessaient de la regarder chaque matin de la même manière. Comme si malgré les six années de service, elle décidait un beau matin de sortir boire un verre avec l'un d'eux.

Arme à la ceinture, chemisier impeccablement repassé, elle saluait au passage quelques collègues ou essayait d'en esquiver d'autres. Les sonneries des téléphones retentissaient déjà et l'odeur du café l'invitait vivement à en prendre un. Ce matin, elle avait pris son service plus tôt que d'habitude dû au fait que son supérieur, le Capitaine Hornak l'avait appelée pour une affaire qu'il avait qualifiée d'urgente. En même temps, venant de ce Pitbull croisé teckel, tout lui paraissait souvent urgent, mais là, il avait l'air vraiment sur les crocs.

Elle prit le gobelet en plastique qui contenait du café noir que lui tendait un jeune stagiaire qui était tombé désespérément amoureux d'elle. Elle en but une gorgée pour se réveiller puis le remercia avant d'ouvrir la porte en verre fumé où les lettres noires CPT HORNAK statuaient dessus.

A l'intérieur tous les effectifs de la criminelle étaient rassemblés et serrés devant le bureau. La pièce était trop étroite pour accueillir autant de monde. La réunion qui avait déjà commencé était présidée par le Capitaine lui-même qui jeta un coup d'œil désespéré à la jeune femme quand elle ouvrit la porte le plus discrètement possible.

― Tu es en retard Carter, chuchota un homme avec la gomme rose de son crayon de papier entre les dents.

Cet homme en costume gris, un peu bedonnant, brun et grisonnant sur les tempes, se trouvait être Jerry, son coéquipier mais avant tout ami.

― Pour une fois que tu es là pour le remarquer, rétorqua-t-elle avec un sourire aux lèvres.

― Agent Carter vous avez probablement une remarque à faire sur ce que je viens de dire ? demanda le capitaine.

Elle fit un signe négatif de la tête.

― Déjà que vous vous permettez de vous pointer en retard, il serait donc préférable de ne pas vous faire remarquer davantage.

Jerry émit un petit gloussement en regardant sa collègue qui croisait les bras. Elle n'avait pas pour habitude d'arriver en retard, alors qu'on le fasse remarquer devant tout le monde l'irritait un peu.

― Bon je reprends, dit Hornak sur un ton agacé, un homme vient d'être découvert dans son appartement, il s'agit d'un avocat, ça fait deux jours que personne ne l'avait vu au travail, et il a manqué plusieurs rendez-vous importants, alors que ce n'est pas son genre. Je vous ai tous réunis car c'est sans aucun doute un meurtre, car vu l'état du corps dans lequel il m'ait été rapporté, c'est l'œuvre d'un bon taré. La scientifique est déjà sur place et il me faudrait une équipe qui tient la route, capable de bosser jour et nuit pour retrouver ce fils de chien.

Il balaya l'assemblée du regard et fit un signe avec son menton à fossette.

― Vous là-bas, agent Hudson et Konrad vous vous chargerez de l'affaire, c'est compris ?

L'un des deux agents leva la main pour protester.

― Sans vous manquez de respect Capitaine, ça ne va pas être possible, ma femme ne va pas tarder à accoucher et je ne voudrais pas manquer ça.

La mine du capitaine se renfrogna.

― Quand vous culbutiez la stagiaire dans le vestiaire je doute que vous vous préoccupiez beaucoup de la grossesse de votre femme !

Un brouhaha de rires éclata et l'agent Hudson se mit à rougir en se coulant dans son fauteuil.

― Bon très bien, je vais confier cette mission à une autre équipe, plus compétente peut-être dans ce cas. Carter ? Hawkins ? Vous vous occuperez de l'affaire.

― Bien Capitaine, répondirent en cœur le duo.

― Surtout, et c'est valable pour tout le monde, aucune fuite vis-à-vis de ces rapaces de médias ne sera tolérée. Soyez discrets ! Si j’apprends que l'un de vous a balancé quoi que ce soit, il aura personnellement affaire à moi ! Compris ? Ces baltringues balancent tellement d'infos que les psychopathes ont juste à allumer la télé pour savoir où en est l'enquête.

L'assemblée répondit en cœur et lorsqu'il voulut reprendre il constata que les deux agents sur l'affaire ne bougeaient toujours pas.

― Et alors ? Qu'est-ce que vous fichez encore là vous deux ? Je sais bien qu'il est froid et qu'il ne bougera pas de son plein gré, mais vous devriez déjà être sur place ! Allez, bougez-vous !

Les deux agents quittèrent le bureau et se dirigèrent au parking du commissariat.

― Encore un malade que la justice a relâché, lança Kate. Y a-t-il des ressemblances avec un crime commis les jours voire les semaines précédentes ?

Jerry la regarda en coin.

― Si tu étais arrivée à l'heure tu l'aurais su, ricana-t-il bêtement. Oh ça va je plaisante, non il n'y en a aucune, répondit-il en sortant les clés de voiture de son blaser qu'il se fit prendre par Kate.

― Hey ! Tu ne crois quand même pas que je vais te laisser conduire femme ?

Il lui reprit aussitôt. Kate se figea et opina du chef.

― Dois-je te rappeler que c'est grâce à moi si la dernière fois on a réussi à coincer les hommes qui ont braqué la bijouterie ?

Jerry se mit à rire. Un faux rire.

― Tu veux  dire grâce au camion poubelle qui leur a barré la route !

Elle lui reprit tout de même les clés des mains avant d'ouvrir la portière.

― Oui mais heureusement quand même que c'était moi au volant, sans çà tu serais en train de jouer au bridge dans un centre de rééducation.

Il capitula et monta côté passager ; il détestait ça.

Le grand portail électrique du parking souterrain s'ouvrit, Kate démarra en trombe sans se rappeler que son collègue ne supportait pas (ou plus) les écarts de conduite. Elle se ravisa quand elle aperçut même derrière ses lunettes de soleil, le regard qu'il lui jetait et qui en disait long.

Au premier feu où elle s'arrêta, Jerry baissa ses lunettes sur l'arrête du nez et la fixa.

― Tu m'as l'air fatiguée, aurais-tu fait des folies charnelles cette nuit ?

― Non, pourquoi tu dis ça ?

― Tu es arrivée en retard. Il marqua un blanc. Tu n'arrives jamais en retard.

Il lui mit un coup de coude.

― Bon alors dis-moi tout. C'était comment ?

― Tu vas arrêter oui ! J'étais seule avec Boston.

Boston était son bouledogue anglais noir, de cinq ans que ses collègues lui avaient offert pour son anniversaire. Jugeant la jeune trentenaire, de cause perdue et d'éternelle incasable, ils s'étaient tous cotisés pour lui offrir cette adorable boule de poils, prétextant que c'était le seul être capable de supporter son caractère affirmé et capricieux.

Jerry ouvrit son carreau, l'amertume d'être côté passager et la chaleur de ce mois de mai lui donnaient des suées.

― Je sais que tu mens Carter.

Elle secoua la tête en faisant mine de ne pas prêter attention à ce que lui demandait son collègue. Elle savait qu'il voulait toujours tout savoir, et elle finissait toujours par lui dire. Mais le voir quémander des informations la faisait rire. Parfois c'était même un prétexte pour lui demander une contrepartie. Une faveur comme un rapport à faire ou une autre corvée. Il était tellement curieux qu'une fois il lui avait nettoyé sa voiture juste pour savoir avec qui elle avait déjeuné un soir de saint Valentin. Au final, il avait passé une heure trente à astiquer le plastique de sa Nissan Maxima juste pour savoir que ça avait été sa mère.

Voyant le regard inquisiteur que lui lançait son coéquipier, Kate ne put résister plus longtemps.

― Bon ça va. Oui, j'étais avec un homme et alors ?

S'il voulait toujours connaître les aventures voluptueuses de sa binôme ce n'était pas parce que secrètement il était amoureux d'elle, non. C'était uniquement parce qu'il aimait la taquiner. Cela faisait sept années qu'ils formaient une équipe et jamais il n'avait éprouvé une quelconque attirance pour elle, il la considérait plus comme une sœur, une meilleure amie plutôt qu'une éventuelle maîtresse et cela était réciproque.

Il lui mit un second coup de coude.

― Et bien vas-y raconte moi. C'est qui ? Je le connais ?

― Non tu ne le connais pas, alors lâche-moi. Et si tu me retouches encore une seule fois avec ton coude, je t'arrache le bras pour que tu fasses du stop avec.

Après quelques minutes, elle bifurqua sur une avenue et finit par atterrir dans la rue huppée où deux voitures de la police scientifique étaient stationnées. Jerry sortit la tête de sa fenêtre et observa l'immeuble qui n'avait rien en commun avec une barre d'immeubles du Bronx. Ils n'avaient pas l'habitude de venir dans ce genre de quartier et encore moins pour ce genre de faits.

Ils empruntèrent l'escalier en granit noir orné d'un tapis pourpre qui menait jusqu'à six étages, ils constatèrent qu'il y avait des caméras de surveillance dans chaque couloir. Lorsqu'ils arrivèrent au troisième étage, ils empruntèrent le long corridor qui menait à l’appartement qui se trouvait au fond.

Plusieurs effectifs s'attelaient à récolter et photographier le moindre indice au niveau de la porte d'entrée. Des policiers en uniforme sécurisaient la zone et empêchaient les voisins un peu trop curieux, d'avancer. Kate et Jerry les saluèrent en montrant leurs plaques professionnelles.

Du palier, ils pouvaient déjà sentir l'odeur putride de cadavre. Ils passèrent en dessous de la banderole jaune qui était placée en croix sur la porte d'entrée après avoir enfilé des chaussons en plastique par-dessus leurs chaussures et des gants en latex. Jerry fut frappé par la décoration luxueuse de l'appartement.

― Ouah ! Même en économisant toute ma vie, je n'arriverais jamais à me payer tout ça !

Kate se contenta de tapoter l'épaule de son collègue puis se dirigea vers la table du salon où la police scientifique avait déposé les pièces d'identité de la victime. Carte professionnelle, permis de conduire, et passeport. Kate s'attarda sur la carte du barreau.

― Regarde ça, il ne te dit rien ?

Il s'avança vers elle et lui prit la carte professionnelle.

― Non, qui est-ce ? Le père de Shrek ?

Elle sourit.

― C'est l'avocat qui a défendu Richard Gaylord, le type qui a violé la petite Amanda.

Jerry haussa les épaules.

― Un avocat ? Pff, ça élargit notre champs de suspects ça, n'importe qui peu en vouloir à un baveux qui s'acharne à défendre les bâtards qu'on se fait chier à attraper.

Kate ne répliqua pas. Son coéquipier avait tout simplement raison. Même si la justice n'était pas si mauvaise en Amérique, dès lors qu'un accusé se dégottait un bon avocat, il était difficile de lutter.

Et Ederson était un bon avocat.

Ils firent le tour des pièces de l'appartement qui étaient grandes et nombreuses. En observant les œuvres d'art rares, ils avaient l'impression de visiter un musée. Entre les tableaux et les sculptures, l'appartement d'Ederson devait héberger pas moins d'un million de dollars en œuvre d'art. La police avait d'abord pensé à un cambriolage qui s'était mal passé, mais dès lors qu'ils avaient vu la victime et les richesses non volées, le règlement de compte semblait plus pertinent.

Ils empruntèrent le corridor qui menait à la chambre et saluèrent leurs collègues en côte blanche qui s'efforçaient de trouver des empruntes à l'entrée de la pièce du crime.

― Alors ? demanda Jerry à un technicien qui semblait blasé de ne rien trouver.

― Ça fait une heure trente que nous passons au peigne fin l'appartement et aucun indice, aucune empreinte ! Pas même le moindre cheveu. Ce type avait prémédité son coup, il savait ce qu'il faisait. On ne sait même pas par où il est entré. Soit la victime connaissait son assassin, soit il est rentré par la fenêtre. Mais la question est comment ? Nous sommes au troisième étage et les rebords de fenêtres sont extrêmement étroits, même un pigeon tomberait !

― Où est le corps ?

― Sur le lit.

Jerry s'apprêta à entrer quand il fut retenu par le technicien.

― Je te préviens il n'est pas beau à voir.

Jerry ne tint pas rigueur de la remarque et entra sans hésitation dans la chambre qui sentait le sang séché.

Ses yeux s'écarquillèrent quand il découvrit le cadavre tuméfié attaché à la tête de lit.

― Bordel, j'en ai vu des cadavres dans ma vie, mais celui-là est bien amoché. Il y a de la cervelle sur la moquette jusque sur les murs.

La police scientifique ne l'avait pas encore touché ou très peu. Il était allongé nu, sur le dos mais surélevé par quelque chose. Son corps couvert d'ecchymoses et lacéré à coups de lame pendait encore par les bras. Son corps avait cet aspect de peau de cire grisâtre. Son dos était violacé et sa tête presque réduite en bouillie. On y voyait même plus les yeux tellement qu'ils étaient rentrés dans les débris du crâne.

La deuxième chose que Jerry remarqua était que l'homme était émasculé. Il avait également plusieurs bananes écrasées dans la bouche et le numéro " 1X " était scarifié sur son ventre.

― Son visage est complètement méconnaissable, son agresseur s'est acharné sur lui, observa Kate qui venait d'entrer, qu'est-ce que vous pouvez nous dire sur lui pour le moment ?

― Et bien, vu l'hypostase cadavérique, notre victime est décédée ici sans être bougée, et comme il n'y a plus de rigidité cadavérique, et vu la température de son foie ; il est donc mort depuis plus de 36 heures. Et vu l'état de sa tête je pense qu'il a succombé à une hémorragie cérébrale. Mais ça, c'est l'autopsie qui nous le confirmera. En tout cas ce type a ramassé. Je n'aurais pas aimé être à sa place.

Un policier en civil revêtu d'un gilet sans manche où était inscrit police scientifique prenait en photo la dépouille puis il dit aux deux policiers qui venaient de rentrer qu'il lui faudrait de l'aide pour bouger le corps. Kate invita son collègue à se rendre utile. Jerry se mit à côté du lit et bascula le corps sur le côté ce qui fit relâcher les gaz corporels. Jerry réprima une nausée mais ne perdit pas pieds le temps que son collègue prennent le nombre suffisant de photos. Il eut la mauvaise surprise de découvrir une batte de base-ball rentrer jusqu'à la moitié dans l'anus de ce dernier.

― Bordel que c'est dégueulasse ! s'écria Jerry. Je ne veux même pas savoir comment il a fait pour la lui rentrer.

― Sûrement l'objet contondant qui a servi à lui saccager le visage, exprima le jeune en faisant signe à Jerry de replacer le cadavre.

― Visiblement aucun objet n'a été subtilisé, lança Kate.

Subtilisé, Kate et ses mots littéraires.

― Je ne pense pas. Le tueur n'était pas là pour ça, regardez sa montre, elle vaut le prix du terrain que je souhaiterais acheter avec ma femme, et il ne l'a même pas volé.

― Ah ouais, ton terrain ce n'est toujours pas signé ? demanda Jerry.

Le technicien se tourna vers lui.

― Et ben non, figure-toi que le géomètre est super pointilleux, et la vieille d'à côté à...

Kate se racla la gorge et fit les gros yeux aux deux hommes.

― Donc à part les objets qui ont servi à le mutiler, rien n'a disparu ?

Le jeune réfléchit.

― Ah si ! Il possédait un ordinateur. Il n'est plus là.

― Comment pouvez-vous en être certain qu'il ne l'a pas mis en réparation par exemple ?

― C'est un PC, les fils ont été arrachés et il ne manque que la tour.

Du salon, ils purent entendre le chef d'équipe qui pestait contre un de ses hommes, ce qui attira l'attention de Kate.

― Tu as quarante cinq minutes de retard Backerman ! Et comment se fait-il que tu ne décroches pas quand on t'appelle sur ton téléphone ? Tu es en procès contre Apple ?

Le jeune trentenaire déposa sa mallette de travail sur le parquet et l'ouvrit pour en sortir des gants en latex.

― Mon portable était en silencieux.

Kate tendit l'oreille et sortit de la chambre où elle se fit rattraper par son collègue qui n'en pouvait plus de l'odeur qui continuait d'émaner du cadavre.

― Je ne m'attendais pas à ce qu'il soit dans un état pareil, le type a dû morfler quand on lui a rentré...

Il s'interrompit en constatant qu'elle ne l'écoutait pas.

― Bon allez viens, on va procéder à une petite enquête de voisinage.

Ils passèrent à côté du chef qui n'en finissait pas de sermonner le policier qui ne faisait guère attention aux reproches de son supérieur. Jerry continuait d'émettre des théories sans que Kate ne prête d'attention particulière à ce qu'il disait, elle était captée par une autre chose. Quand ils passèrent juste à côté du jeune homme, Jerry aperçut le regard de Jimmy, c'est alors qu'il fit le rapprochement entre le retard de Kate et le sien. Il se tourna vers elle et ouvrit la bouche pour la taquiner une nouvelle fois, mais celle-ci le coupa dans son élan.

― Si tu l'ouvres, je n'hésiterai pas à faire usage de mon arme.

Bouche toujours ouverte, il se ravisa durant quelques secondes mais une fois dans les escaliers il ne put se contenir davantage.

― Tu n'as quand même pas osé ? Pas lui ! Il est super moche !

Elle souffla.

― Jerry quand je voudrai te demander ton avis avant de faire l'amour avec un homme, je te le ferai savoir, en attendant ce n'est pas encore le cas et ça ne le sera probablement jamais, alors boucle-la, tu veux ? rétorqua-t-elle en montant les marches.

Jerry sortit son calepin de son blaser et sonna à la première porte.

― Je préférais la version avec Boston, lança-t-il laconiquement comme à l'attention de lui-même.

Le vieillard mit quelques minutes avant d'ouvrir. Il fut surpris de voir deux personnes présentant une plaque de police.

― Monsieur, nous aurions besoin de vous poser quelques questions.

Le septuagénaire acquiesça et au même moment une jeune fille blonde de quarante ans sa cadette, vêtue d'une simple nuisette assez transparente pour laisser entrevoir ses tétons, se présenta à son tour.

― C'est qui mon chou ? lança-t-elle d'une voix de crécelle qui irrita les deux agents.

― C'est la police madame. Nous venons vous poser quelques questions concernant votre voisin qui habite en dessous de chez vous. Il a été retrouvé ce matin gisant dans son sang sur son lit.

A l'entente de ces mots le vieillard posa une main sur sa bouche.

― C'est glauque ça, sortit la jeune femme en s'accrochant au cou de dindon de son amant.

Puis le vieillard répondit :

― Thomas était un voisin discret. Il ne posait pas de problèmes spécifiques à la copropriété. Il n'avait pas de femme, ni enfant, il était fils unique. Son père était un bon ami. Il est mort il y a plus de deux ans. Une saloperie de cancer.

Jerry prit note sur son petit calepin tout en essayant de ne pas trop lorgner sur les tétons qui pointaient frénétiquement sous la nuisette rose de la pintade blonde. Il avait pu apercevoir également qu'elle, elle, ne se gênait pas, pour le regarder avec insistance, un regard qui avait l'air de dire Bute le vieux et prends-moi sur le parquet.

― Vous pensez qu'il aurait pu avoir des ennemis dans l'immeuble ou même ailleurs ?

Le vieillard se mit à tousser et la blonde lui tapota le dos avec un sourire naïf.

― Dans l'immeuble je ne pense pas. A part moi il ne parlait à personne et pour ce qui est des autres ennemis, Thomas était avocat, donc des ennemis il pouvait en trouver à chaque coin de rue.

Après quelques banalités échangées, les deux agents saluèrent le couple insolite et poursuivirent dans les étages. Parfois ils n'eurent aucune réponse due à l'absence ou aux habitants qui refusaient d'ouvrir, et lorsque l'on déniait leur répondre, certains n'avaient jamais entendu parler de la victime ou venaient rejoindre le témoignage du septuagénaire.

Kate et Jerry quittèrent l'immeuble avec le peu de renseignements qu'ils avaient pu recueillir. Jerry se tourna vers sa collègue l'air hébété.

― Tu as vu quand même que le tueur lui a arraché les couilles ? dit-il en serrant les dents rien qu'en imaginant la douleur qu'il aurait si cela lui arrivait. Ce type est complètement taré !

― Moi ce qui m'a frappé c'est l'inscription " 1X " scarifiée sur son ventre, pourquoi ?

― Tout simplement parce que c'est peut-être le premier d'une longue série, répondit machinalement Jerry en ouvrant la portière côté conducteur.

La réponse ne manqua pas de piquer au vif Kate qui pénétrait dans la voiture.

― Tu as sans doute raison. Mais alors si c'est le cas, il va vite falloir trouver la motivation de ce type pour éviter le plus de victimes possible.

― Pourquoi voudrais-tu qu'il y ait des points communs entre les victimes ? Ce taré frappe peut-être au hasard, il assouvit juste une soif de tuer.

― Non, je ne pense pas. Il y a eu un tel acharnement à commettre ce crime que je doute fort que ce ne soit qu'un simple hasard.

Jerry suggéra à sa collègue de se diriger vers un restau sympa, histoire de réfléchir en mangeant. Quand il savait qu'ils allaient réfléchir, mieux valait le faire dans un endroit propice à la réflexion.

Elle se gara sur le parking du restaurant modeste dans un coin de rue de Manhattan. En sortant de la voiture, il aimait la bonne odeur de frites chaudes et de hamburgers qui émanait de l'intérieur dès que la porte d'entrée s'ouvrait.

Ils s'installèrent à une table et commandèrent deux cafés accompagnés de donuts. Kate sortit son calepin et se mit à le feuilleter en essayant de décrypter les divers renseignements qu'ils avaient recueillis. Le serveur arriva avec leur commande. Les donuts maison juteux de graisse, venaient tout juste de sortir de la friteuse

― Ce type n'a ni famille, ni amis que l'on pourrait contacter. C'est fou ça, comment peut-on vivre comme un ermite ?

Jerry tint sa tasse en suspens alors qu'il s'était apprêté à en boire une gorgée.

― Tu tiens vraiment à le savoir ?

Elle sentit ses joues rougir et fut gênée par sa propre question.

― Excuse-moi, parfois j'ai tendance à oublier. Et puis toi ça ne compte pas. Tu m'as moi.

Il balaya de la main les excuses de sa coéquipière.

― Ne t'en fais pas, je sais, il marqua une pause. Moi aussi j'aimerais pouvoir oublier.

Pour cacher sa gêne elle prit un beignet et le trempa dans son café. Elle n'aimait pas vraiment la mauvaise bouffe mais elle s'accordait quelques écarts. Et en y réfléchissant bien, les écarts, elle les faisait tout le temps à cause de Jerry.

Elle se mit à croquer dans sa pâtisserie quand son téléphone se mit à sonner.

― Dépêche-toi de décrocher rouquine, pesta son collègue, ta sonnerie est nulle.

Elle avala sa dernière bouchée et répondit :

― Agent Carter j'écoute. Elle sortit son stylo fétiche et se mit à écrire. Oui très bien c'est noté, merci à vous. Jerry nous avons du boulot.

― Dis-moi tout, dit-il la bouche pleine en regardant sa collègue se lever de table.

― Les collègues de la scientifique ont retrouvé son téléphone portable. Quelques heures avant sa mort il a reçu seize appels d'un dénommé Peter Hank, dont un où il a laissé un message sur le répondeur plutôt vindicatif à l'égard de notre victime. Allons interroger cet homme.

Jerry se leva et but d'une traite son café chaud, il poussa quelques jurons et prit les trois donuts au chocolat qui restaient dans l'assiette puis suivit sa collègue jusqu'à la voiture.

Ils toquèrent à la porte de l'appartement modeste du deuxième étage de Baxter Street où Peter Hank en personne leur ouvrirent. Il accueillit les deux policiers non d'un air surpris.

― Laissez-moi deviner vous êtes là pour Ederson ? lança-t-il en s'appuyant sur la porte.

― C'est exact, répondit Jerry en sortant une paire de menottes, d'ailleurs vous allez nous suivre.

― Quoi ? Vous rigolez j'espère ! M'emmener au commissariat juste pour des insultes c'est n'importe quoi ! Je veux faire appel à un avocat !

― Vous aurez tout le temps de l'appeler au central.

La salle d'interrogatoire était lumineuse mais froide. Les murs étaient d'un gris sale et la porte en fer était cabossée de haut en bas. Il y avait cette fameuse baie vitrée teintée, comme dans les films ou les séries. Peter, lui était assis à la table en plein milieu de la pièce, les bras tombants sur les cuisses, il fixa son verre d'eau en se demandant ce qui avait bien pu pousser les policiers à le conduire ici.

Il savait que cela concernait Thomas Ederson, mais le fait d'être là pour des appels téléphoniques malveillants le surprenait. Mais il n'était pas au bout de ses surprises. Une jeune femme brune avec de grandes lunettes en blouse bleue marine entra dans la pièce avec une sorte de coton tige à la main, un écouvillon de prélèvement salivaire dans le jargon scientifique. Elle lui demanda d'ouvrir la bouche, chose qu'il fit sans rechigner. Elle passa la tige sur les parois de la bouche et enferma le relevé salivaire dans un tube. Quand elle eut terminé, elle fit un signe à ses collègues qui attendaient de l'autre côté de la vitre.

Ils entrèrent tous deux, Kate s'assit sur la chaise en face de lui et Jerry se contenta de rester dans un coin de la pièce, bras croisés.

― Comment connaissez-vous Thomas Ederson ? demanda Kate sans détour.

― C'était l'avocat de Richard Gaylord.

― Et alors ?

― Ce fils de pute a violé ma fille.

Kate regarda Jerry. Elle se rappelait pertinemment de l'affaire puisque c'était elle-même accompagnée de Jerry qui avait diligenté l'enquête.

― Vous êtes le père de la petite Amanda Jackson ?

― Son beau-père. Mais j'ai rencontré sa mère alors qu'elle était enceinte de sept mois, il pointa son index sur sa poitrine, c'est moi qui a élevé Amanda, je l'ai reconnue, c'est donc ma fille, l'amour que je lui porte n'a pas besoin de sang.

Kate se passa une main dans les cheveux.

― Quel rapport avec Thomas Ederson ?

La colère envahissait Peter, mais il tenta de se modérer face aux questions.

― Vous êtes flics et ça ne vous saute pas aux yeux ? Ederson a défendu Gaylord et ils ont gagné ! Ce bâtard a été acquitté. Il serra les poings et son regard s'endurcit. Vous savez ce que ça fait d'entendre un verdict tel que celui-là tomber alors que vous entendez jour et nuit votre petite fille pleurer, tellement qu'elle est traumatisée ? Il fixa son regard noir et avide de colère sur Jerry. Non, vous ne savez probablement pas.

Jerry eut alors le cœur qui se serra un instant mais il se ressaisit. Peter, lui, relâcha la pression de ses poings. Kate sortit un magnétophone de sa poche et appuya sur le bouton lecture. Ils écoutèrent en silence le message vocal de Peter laissé sur le répondeur de l'avocat. Plus d'une minute de vocifération et de menaces de mort en tout genre. Hawk appuya son index sur la table et se pencha en regardant Kate droit dans les yeux.

― Je maintiens ce que j'ai dit sur le message que je lui ai laissé. Si je le trouve je le bute.

Kate leva la main.

― Vous n'aurez pas besoin de le faire, assura-t-elle en jetant les photos du cadavre sous le nez du père de famille pour tenter de susciter une quelconque réaction, quelqu'un l'a déjà fait pour vous.

Ahuri, Peter regarda les photos sans la moindre émotion, puis déclara :

― Ce fils de chien n'a eu que ce qu'il méritait.

― C'est vous qui l'avez tué alors, n'est-ce pas ?

― Quoi ? Non mais ça va pas ! Je viens de vous dire que j'aurais aimé le faire ! Mais croyez-moi que je lui aurais fait la même chose ! Vous remercierez le gars de ma part qui a fait ça.

― Où étiez-vous hier soir ?

Il haussa les épaules puis prit un air plus détendu.

― Chez moi, j'ai regardé le match des Bulls sur le câble.

― Quelqu'un peut le confirmer ? poursuivit Kate en croisant les jambes.

― Bien sûr, ma femme et ma fille.

Facile comme alibi. S'il avait répondu "j'étais au cinéma", ça aurait été la même chose.

― C'était quoi le score ? demanda Jerry.

― Vingt-huit à vingt-cinq. Premier panier marqué par Derrick Rose à la neuvième minute et le dernier par Ronnie Brewer.

― Celui de Joakim Noah à la onzième minute était très beau, lança Jerry toujours dans son coin les bras croisés.

Peter le regarda d'un air désabusé.

― Vous me testez ? Joakim n'a pas marqué à la onzième... mais à la trente-deuxième.

Jerry jeta un rapide coup d’œil à sa collègue pour lui faire comprendre qu'il en avait fini. Ils retournèrent dans la pièce à côté où le docteur Gill les attendait.

― Alors docteur ? questionna la grande rousse.

― Alors, elle marqua un temps d'arrêt, il dit la vérité.

Le docteur Gill était une femme d'une quarantaine d'année, les cheveux blonds coupé au carré. Ses grandes lunettes rouges avaient tendance à la vieillir. Elle avait passé plus de douze ans à décrypter les visages pour y découvrir le moindre signe de mensonge, ni plus ni moins comme dans la série Lie to me qu'elle trouvait d'ailleurs un peu tiré par les cheveux. Et la manière dont s'était comportée Peter Hank ne faisait aucun doute sur son innocence.

Le Commandant Isaak Wilson, une montagne afro-américain, entra dans la pièce. L'impressionnant bonhomme tenait une chemise cartonnée à la main.

― Voici le dossier de notre ami. Il a été condamné autrefois à vingt-huit jours d'intérêt général pour avoir uriné sur la voie publique alors qu'il était ivre. C'est tout ce dont pour quoi il est connu.

― Je vous le dis, cet homme n'est pas votre tueur. Malheureusement son message vocal n'est pas tombé sur la messagerie au bon moment, ajouta le docteur Gill.

― De toute façon il n'aurait pas été retenu sans d'autres preuves, certifia le Commandant. Toutefois je veillerai à le mettre sur écoute et à ce qu'une équipe le surveille pendant quelques jours, on n'est jamais trop prudent.

Le lendemain, dans son bureau accolé à celui de Kate, Jerry feuilletait les relevés bancaires, téléphoniques et les divers rendez-vous que l'avocat avait eus les mois auparavant.

Ils étaient persuadés que le tueur était un proche de la victime. Du moins quelqu'un qui avait passé assez de temps à ses côtés ou à l'observer pour connaître et comprendre sa façon de vivre. Ce qu'ils voulaient comprendre, c'est si Ederson avait pu défendre bons nombres d'affaires crapuleuses, laquelle serait assez édifiante pour qu'il se fasse trucider comme il l'avait été.

C'est ce que tentait de découvrir Kate en épluchant les différents dossiers traités ces huit dernières années, lorsqu'il avait repris le cabinet de son père. Elle restait persuadée que c'était l'œuvre d'un maniaque qui avait pensé à chaque détail de son attaque. Et pour sûr qu'il avait réussi. Aucune trace, aucun indice n'avait été retrouvé dans l'appartement d'Ederson. Impossible même de savoir comment il était entré dans l'immeuble.

Oui, celui qui avait fait ça était très méticuleux et il savait pertinemment comment contrer les technologies modernes.

― Je n'en peux plus de tous ses dossiers, ils se ressemblent tous ! Les affaires sont toutes quasiment les mêmes. Visiblement il triait ses accusés, lança-t-elle en s'étirant comme pour décoller les disques vertébraux qui semblaient s'être tassés dû aux longues heures passées assise sur sa chaise.

Jerry se frotta le haut du crâne avant de se taper la tête sur son bureau à plusieurs reprises. Il ne savait plus où il en était avec tous ces papiers mélangés et éparpillés.

― Quant à moi, je peux affirmer qu'il n a pas été tué pour une histoire d'argent. Il gagnait bien sa vie, ce n'était pas un joueur compulsif ou un abonnés au câble. Ses comptes sont bien tenus, ses relevés bancaires ne génèrent aucune transaction douteuse, bref le néant de mon côté.

Kate se leva et hissa une fesse sur le bureau de son collègue.

― Nous ne cherchons pas au bon endroit, ce type connaissait forcément son tueur.

― Tu sais Sherlock, plus j'explore la vie de cet homme, plus je me dis que tout simplement il a eu la mauvaise chance de tomber sur ce malade, un soir pas fait comme un autre.

― Je ne suis pas d'accord avec toi, ce numéro sur son ventre, il n'a pas été scarifié pour faire beau. Et son ordinateur qui a disparu, ça a forcément un rapport avec quelque chose.

― Pourquoi nous indiquerait-il une piste dans ce cas alors que d'un autre côté il vole ce qui pourrait nous permettre de comprendre le mobile ? s'interloqua Jerry en s'enfonçant dans son fauteuil tout en mâchouillant son capuchon de stylo.

― Les tueurs en série sont fanatiques, ils veulent qu'on parle d'eux, qu'on les reconnaisse, qu'on les craigne, c'est pour cela qu'ils laissent des indices énigmatiques. Tous les tueurs en série finissent par se faire prendre.

Il leva son index pour contredire sa collègue.

― Et Jack l'éventreur alors ?

― C'est à la fin du dix neuvième siècle ! Tu vas chercher loin là. Les tueurs en série veulent qu'on sache qui ils sont, c'est pour ça qu'ils se font coincer un jour ou l'autre.

― Non non. Le Zodiac ma chère, on a jamais su qui c'était.

― Le Zodiac c'était en 1968, la technologie policière était loin d'être innovante encore une fois. Et puis vu le nombre de malades qui croupissent en prison, comparé au peu qui n'ont jamais été retrouvé, je confirme ce que je dis. Pour moi tous les tueurs en série finissent par se faire coincer.

― Reste à savoir si c'est vraiment un serial killer et non pas un gars qui a voulu tuer pour le plaisir.

Tuer pour le plaisir. Dire que des personnes en étaient capables. Enfoncer une lame dans la chair ou écraser une trachée leur procurait plus de plaisir qu'un cinéma ou un coït. Kate, outre le fait de penser que leur tueur aimait la simple vue du sang, pensait qu'il était un fanatique du crime parfait. Prouver à la police que ce mythe urbain est réalisable.

Elle voulut continuer à débattre avec son cher coéquipier mais ils furent interrompus par le Capitaine Hornak qui traversa la salle bruyante de voix jusqu'à leurs bureaux.

― Carter !

Kate sursauta en maudissant à voix basse son supérieur avant de lui sourire de toutes ses dents.

― Oui Capitaine ?

― Que faites-vous encore ici ?

Elle jeta un coup d’œil à son coéquipier.

― J'étais sur les dossiers de notre victime, Ederson. Pourquoi ?

― Vous avez vu l'heure ? Cela fait exactement, il regarda sa montre, dix-neuf minutes et cinq secondes que l'autopsie a commencé et vous n'y êtes pas !

Elle fit les gros yeux ; elle avait complètement oublié cette tâche qu'elle jugeait plutôt ingrate.

― Bien Capitaine je m'y rends immédiatement.

― J'espère bien !

Il tourna les talons mais sentit que Jerry avait un léger sourire, il se retourna et lança :

― Ça vous fait rire Hawkins ?

― Non Capitaine.

― Dommage que vous n'ayez pas d'humour alors, allez rejoindre votre collègue, vous lui tiendrez les cheveux quand elle vomira tripes et boyaux !

Dans le sous-sol, au fond du couloir, la grande salle d'autopsie était lumineuse, spacieuse presque plus joviale que la salle d'interrogatoire. Des "outils" étaient entreposés sur une table métallique brillante qui n'attendaient que de s'introduire dans la chaire (pas très fraîche) d'un cadavre propre ou en putréfaction. Au milieu, le corps de Thomas Ederson était allongé nu, comme il avait été trouvé dans son lit. Il était éclairé par une grosse lampe au-dessus de lui, un peu comme chez le dentiste, sauf que là, c'était tout le corps qu'on allait lui charcuter.

Kate détestait particulièrement les autopsies, voir un corps ouvert en deux et lui ôter les entrailles ne la réjouissait guère; les bras croisés, elle regardait avec un léger rictus son collègue entrer dans la pièce.

― Bien, nous allons pouvoir commencer, à moins que l'on attende une troisième personne ? demanda le médecin légiste en regardant par dessus ses petites lunettes un tantinet agacé par le retard des deux fonctionnaires.

Doc Cliff (c'est comme çà qu'on l'appelait) détestait déjà la compagnie d'un quelconque être humain, alors devoir en attendre deux, l'avait légèrement irrité. Il était de nature calme et gentille, mais on voyait qu'il préférait la compagnie des morts. C'est bien les morts. Ça ne papotent pas inutilement et surtout ça ne déposent pas plainte en cas de faute professionnelle.

Le médecin leva les mains gantées et demanda à un des deux agents de bien vouloir l'aider à retourner le corps. Kate pointa de son doigt manucuré son acolyte.

― Jerry a pris des cours, il est doué pour ça.

Il poussa un long soupir, mais ce dernier s'exécuta. S'il avait su que cette fois-là serait pire que la première, il se serait sans doute abstenu. En effet, car le Doc bougea la batte de base-ball qui était toujours logée là où elle avait été laissée. Quand il eut réussi à la retirer une violente odeur en sortit. Par reflex, Jerry relâcha le corps et se pencha pour vomir, mais rien ne sortit de son estomac.

― Putain Doc, vous auriez pu me prévenir !

Malgré la main qu'elle avait posée sur son nez bien avant que l'objet ne soit retiré, Kate se mit à rire aux éclats.

― Je pensais que vous étiez avisé de ce genre de chose, rétorqua-t-il en faisant un clin d'œil complice à la jeune femme.

― C'est vraiment dégueulasse cette odeur !

― Oui c'est normal, ce sont les gaz corporels qui s'échappent inévitablement.

Le Doc retourna seul cette fois, le cadavre sur le ventre. Il ausculta l'intérieur du rectum où il y avait eu une forte hémorragie ainsi que de multiples lésions importantes, qui avaient sans doute provoqué la mort d'Ederson.

― Je pense que notre ami est mort d'une hémorragie cérébrale.

Jerry fronça les sourcils.

― Vous arrivez vraiment à voir ça dans son trou de balle ?

Le fixant par-dessus ses lunettes, le Doc répondit que vu l'état de son crâne ça avait été une évidence avant de penser à une éventuelle exsanguination anale.

Il prit son scalpel affûté quelques minutes auparavant sur la fameuse table à " outils " et le posa en dessous de la clavicule jusqu'à le faire descendre en diagonale jusqu'au sternum, il s'arrêta et fit de même sous l'autre clavicule, formant un grand V. A la pointe de ce V, il fit glisser son scalpel jusqu'en dessous du nombril.

Il reposa son instrument et avec ses petits doigts gantés il écarta la peau. Une sous-couche jaune épaisse apparue, cette couche solidifiée par la mort, n'était autre qu'une couche de graisse, tout le monde en possède une, mais celle de Thomas Ederson était proéminente. S'il n'était pas mort il aurait sans doute succombé au bout de la deuxième ou troisième crise cardiaque. Quand il écarta suffisamment la peau pour entrevoir les côtes, il fut forcé de constater que certaines étaient fracturées, mais cela ne l'étonnait pas, ce sont des os fragiles et il suffit que l'assassin ait pris appui dessus ou l'ait frappé pour provoquer ce genre de lésions.

Il jeta un coup d’œil à ses auditeurs qui ne perdaient pas, malgré le dégoût, une miette des gestes qu'il effectuait. Quand il vit que tous deux ne montraient aucun signe de malaise, il poursuivit son autopsie.

Il prit une grosse pince coupante, qui ressemblait plus à un coupe boulon qu'à un objet chirurgical, puis il coupa les sept premières paires de côtes, celles qui sont directement reliées au sternum. Quand il souleva la cage thoracique, Jerry ne put se retenir de référencer ce geste à sa dernière panne de moteur sur son véhicule ne faisant rire que lui.

Le doc approcha la lampe plafonnier du corps ouvert et se mit à extraire un par un les organes vitaux et les peser. Il commença par les poumons, puis le cœur, en annonça à chaque fois le poids, en l'occurrence 236 grammes pour le myocarde.

Il continua l'opération, toujours en notifiant une quelconque remarque. Jusqu'ici rien d'anormal, jusqu'à ce qu'il sorte un des reins qui s'avérait être très atrophié.

― S'il n'avait pas été assassiné, il n'aurait sans doute pas survécu jusqu'à cinquante ans, sans une greffe.

Décidément, entre les reins et la graisse, sa longévité était sérieusement compromise, rien d'étonnant au vu de son piètre mode de vie. Il avait ingurgité plus de frites dans sa vie qu'un agriculteur ne pouvait fournir de pommes de terre à lui tout seul et les légumes étaient bannis de sa liste de course.

― Je pense que même en sachant cela, notre tueur l'aurait quand même refroidit, lança Jerry.

Cliff mit dans un bol, les bananes noircies qui se trouvaient dans sa bouche. Bouche qui était enfoncée profond dans son crâne.