Seul l'amour demeure - Chiara Amirante - E-Book

Seul l'amour demeure E-Book

Chiara Amirante

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Beschreibung

Voici l’histoire d’une jeune Italienne dont le fabuleux destin commence au berceau. À 5 ans, Chiara exige de faire sa première communion. À 11 ans, elle consacre sa vie à Dieu. Jeune étudiante, elle s’engage dans la communauté des Focolari, mais tombe très gravement malade et traverse alors une profonde nuit de la foi. Pourtant, le Seigneur veille et c’est le début d’une immense aventure qui entraîne Chiara dans les bas-fonds de Rome, pour porter le Christ aux drogués, aux prostituées, à ceux qui semblent perdus. Sa règle ? Vivre l’Évangile à la lettre. Les miracles ne tardent pas à se multiplier...Le témoignage hors du commun d’une femme de feu !

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Seitenzahl: 276

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Traduit de l’italien par Hélène Ginabat

Conception couverture : © Christophe Roger

Composition : © Soft Office (38)

 

Édition originale :

Solo l’amore resta. Nuovi Orizzonti nell’inferno della strada

© Edizioni Piemme, 2012, 2013, 2014

Spa, Milano

www.edizpiemme.it

 

Édition française :

Traduction © Éditions Emmanuel, 2019

89 bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris

www.editions-emmanuel.com

 

ISBN : 978-2-35389-758-2

Dépôt légal : 4e trimestre 2019

PRÉFACE

Lorsque je rencontrai la protagoniste de cette fascinante aventure, j’avais quasiment oublié qu’un ami m’avait parlé d’elle en des termes enthousiastes (peut-être trop d’ailleurs pour que j’y accorde un certain crédit et une place au fond de ma mémoire…). C’est pourquoi, lorsqu’on me chuchota : « Viens, je vais te présenter Chiara », je mis un moment à comprendre de qui il s’agissait et, sans mesurer ce qui m’attendait, je m’approchai un peu distraitement d’une petite table installée dehors, parmi la foule venue soutenir une initiative de bienfaisance. La personne assise à cette table me salua avec une douceur angélique qui m’émut profondément : « Enchantée », me dit Chiara en me tendant la main. Je la serrai à mon tour si chaleureusement que j’en fus moi-même surpris.

J’approchai une chaise de la sienne et nous commençâmes à bavarder comme si nous nous connaissions depuis toujours. Je ne savais rien d’elle mais, sans me l’expliquer, je voulais tout connaître : sa vie, et l’invraisemblable aventure spirituelle qui se dessinait progressivement dans mon esprit, peu préparé à entendre ce récit à la fois merveilleux et bouleversant.

À l’heure du déjeuner, je trouvai naturel de l’inviter chez moi pour ne pas interrompre cette histoire au parfum de conte de fées.

Docilement, posément, l’héroïque fondatrice de « Nuovi Orizzonti » me suivit et, avec une singulière patience, elle répondit sans se lasser à mes questions, de plus en plus pressantes, de plus en plus directes et personnelles.

Le récit de Chiara se déroulait, fluide, cohérent, paisible et joyeux comme dans les pages de ce livre : un texte qui laisse ébahi, à mi-chemin entre le rêve et la réalité ; un rêve trop beau pour être vrai et une réalité présentée dans toute sa pureté et sa transparence, si désirable et impérieuse qu’elle ressemble à un rêve.

Ce fut ainsi : Chiara racontait, et de nouveaux horizons s’ouvraient dans mon cœur, dans mon esprit, pour mon avenir, pour l’avenir de mes proches. Ou plutôt, pour l’avenir de tous, ou au moins de tous ceux qui auront la chance de connaître le parcours de cette femme intrépide, et la volonté de se joindre à elle, comme autant de gouttelettes qui, ensemble, forment une mer bleue et immaculée, dans laquelle le Bon Dieu est heureux de se refléter, comme le suggéra un jour admirablement mère Teresa de Calcutta.

Les pages qui suivent sont de celles qui peuvent réellement opérer un tournant dans notre vie. Mais ne craignons pas, au contraire, laissons leur surprenant message transformer notre inquiétude en sérénité, nos amertumes en joie, nos doutes en certitudes. Laissons la joie qui habite toujours Chiara contaminer aussi définitivement nos âmes et nos consciences et porter la lumière partout où nous sommes.

Chiara nous raconte son histoire, sans fausse pudeur, sans réticences, afin que chacun de nous trouve la force de choisir courageusement son camp, celui de la lumière et de la vérité. De cette vérité qui est vie, de cette vie qui, déjà sur cette terre, peut nous offrir un coin de paradis.

Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, tout au long de cette journée, je fus insatiable : je l’interrogeai comme le fait un magistrat scrupuleux ; je voulais connaître le moindre détail d’une extraordinaire aventure humaine qu’il m’avait été donné de toucher du doigt et dont je ne pouvais désormais plus ignorer la bouleversante réalité.

Le soir tombé, j’insistai pour que mon hôte reste dîner.

Quelques-uns de ses amis et collaborateurs nous rejoignirent. Il est difficile, et même impossible, de traduire par les mots le climat de joie, de fête et de sérénité qui s’instaura sans raison apparente autour de notre table. On conversait, on se sentait proches ; et pourtant, on se connaissait à peine.

Je me souviens avec une certaine émotion qu’à la fin du dîner, un de mes amis vint vers moi et me dit presque timidement : « Jamais nous n’avons été aussi heureux autour de cette table, tu ne trouves pas ? » Je dus convenir avec lui que c’était vrai.

Chiara, la fondatrice de « Nuovi Orizzonti », était arrivée parmi nous et avait ouvert à chacun de nouveaux horizons.

L’histoire de sa vie, tel un roman passionnant rédigé par le plus génial des écrivains, avait semé des graines nouvelles dans l’esprit de tous ceux qui avaient écouté ce récit et s’étaient laissé toucher.

La vie de Chiara est un grand don, un cadeau dont les effets bénéfiques ne se font pas attendre. Ces pages qui, à certains égards, rappellent le Livre de la vie de sainte Thérèse d’Avila, sont le témoignage direct des œuvres et des miracles dont peut être capable un être humain qui, spontanément, joyeusement et sans délai, décide de se faire instrument entre les mains de Dieu, le souverain bien.

Andrea Bocelli

PROLOGUE

Tout passe. L’amour ne passera jamais ! Cette pensée toute simple n’a cessé de s’ancrer en mon cœur, depuis de nombreuses années. Les médecins avaient été clairs : la maladie très rare qui m’ôtait progressivement la vue était irrémédiable. Bientôt, m’avaient-ils dit, je deviendrais aveugle. C’était un mal incurable qui me causait des douleurs lancinantes continuelles dans tout le corps, et aucun antalgique ne semblait en mesure de les calmer. Et pourtant, dans cette situation humainement insoutenable, j’éprouvais au fond de moi une paix profonde. Plus le monde disparaissait à mes yeux et plus je sentais le besoin urgent d’aller à sa rencontre et de partager avec les autres, surtout avec les plus désespérés, la découverte fulgurante que je faisais : le Christ nous donne la joie complète, même dans les situations les plus dramatiques que la vie nous réserve.

Depuis un certain temps déjà, un rêve déconcertant hantait mes nuits.

Je me trouvais dans un endroit austère, entouré de montagnes, et j’étais poursuivie par des créatures monstrueuses, à l’aspect diabolique. Je me mettais à courir vers le sommet d’une montagne, cherchant à fuir leurs menaces mais, arrivée à la cime, je réalisais qu’il n’y avait pas d’issue. Je regardais vers le bas, terrorisée à l’idée de dégringoler, et je voyais au fond de la vallée un peuple de désespérés qui hurlaient, tendant les mains vers moi comme pour me demander de l’aide. J’étais partagée entre le désir d’aider mes frères et l’effroi à l’idée de sombrer dans cet abîme. J’avais peur de mourir si je descendais dans la vallée.

À cette époque, je n’arrivais pas à interpréter la signification de ce cauchemar. Par la suite, quand j’ai commencé à aller dans la rue la nuit, ces images me sont revenues à l’esprit et j’ai eu une impression de déjà-vu. Dans la terrible réalité qui m’entourait, j’ai revu des visages semblables à ceux de mon rêve et j’ai voulu répondre à leur cri de souffrance. J’ai repensé à mon histoire et à la manière dont le Seigneur m’avait accompagnée sur des chemins ardus qui, contre toute attente, m’ont conduite parmi ce que j’appelle le « peuple de la nuit ».

Chacune de ces rencontres était un enfer qui s’ouvrait, un abîme dans lequel il fallait entrer sur la pointe des pieds, mais c’était aussi la contemplation de quelque chose de beau qui advenait : un espoir qui renaissait, la découverte qu’une vie en plénitude était possible.

« Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour… Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite » (Jn 15, 10-11). Dans ces paroles de l’Évangile de Jean, mon cœur a trouvé une réponse fondamentale et mon aventure a commencé. Une aventure qui n’est désormais plus seulement la mienne, mais celle de milliers d’amis et de frères qui, jour après jour, à travers un partage en profondeur, ont décidé de marcher avec moi vers ces nouveaux et merveilleux horizons que l’amour nous dévoile sans cesse.

CHAPITRE 1

VIVRE POUR QUELQUE CHOSE DE GRAND

Je suis née dans une famille merveilleuse et je ne me lasserai jamais de dire ma gratitude pour cette grâce. Au moment de leur mariage, mes parents étaient tous deux croyants, mais ils ne participaient pas beaucoup à la vie de l’Église. Puis ils ont rencontré Chiara Lubich et le mouvement des Focolari qu’elle a fondé ; ils ont vécu une forte expérience de conversion et se sont lancés dans une aventure qui les a renouvelés, en mettant Dieu au centre de leur vie et en s’engageant à vivre l’Évangile d’une manière radicale.

J’ai eu la grâce d’être conçue au moment où ils faisaient l’expérience intense de cet amour de Dieu si bien que, dès qu’ils ont appris mon existence, leur premier désir fut de me consacrer à la Vierge Marie et à son Cœur immaculé. À cette époque, ils vivaient à Rome, près de la gare Termini, et ma mère allait tous les jours à la messe à Sainte-Marie-Majeure. J’ai commencé ainsi à me nourrir quotidiennement de l’Eucharistie, quand j’étais encore dans le ventre de Maman.

Je suis née le 20 juillet 1966. De ma toute première enfance, je garde le souvenir d’une très belle atmosphère, d’un désir constant de vivre la parole « quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux » (Mt 18, 20), qui est au cœur de la spiritualité du mouvement des Focolari. Je percevais concrètement combien la communion était forte non seulement entre mes parents, mais aussi avec les membres de la communauté qu’ils fréquentaient, tous unis par la présence de « Jésus au milieu d’eux ».

En raison du travail de mon père, nous avons déménagé plusieurs fois, de Rome à Alexandrie, puis Ferrare, Cagliari, Ancône, Brindisi et à nouveau Rome. Au lieu d’être un traumatisme, cette série de déménagements fut pour moi une expérience très enrichissante puisque, partout où nous arrivions, nous trouvions cette grande famille de personnes liées par l’Évangile. Je ne me sentais pas du tout transplantée, au contraire, j’avais toujours l’impression de me retrouver chez moi. J’ai cherché à l’exprimer dans un poème, « Le monde est ma maison ».

Le monde est ma maison,

Le ciel est ma terre,

Le cœur de tous les hommes est ma patrie.

Et mon trésor est là, en chaque personne que je rencontre ;

Et ma lumière est là, dans l’obscurité des ténèbres ;

Mon cœur est là,

dans l’agonie d’une humanité qui crie.

Toute petite, j’ai assisté aux « Mariapoli ». Ces rencontres d’une semaine, organisées par le mouvement des Focolari pour les familles et les personnes de tous âges, pemettent d’approfondir certains aspects de l’Évangile. Mariapoli veut dire « ville de Marie ». Pendant ces journées passées en communauté, tout le monde s’efforce de vivre intensément la loi de l’amour mutuel. Moi aussi, je ressentais une joie toute particulière et il me semblait réellement toucher le ciel.

C’est dans ces premières expériences que naît ma familiarité avec Jésus, qui a toujours caractérisé ma foi. Tout ce qui m’arrivait, je le confiais à Jésus, j’en parlais avec lui, je lui demandais d’inspirer mes actions.

Pendant mon enfance, j’ai eu le grand cadeau de passer beaucoup de temps dans la nature, à la campagne, à la mer ou à la montagne. J’étais fascinée par les magnifiques paysages. Chaque fois que je percevais la beauté de la création, je me disais : « Si un coucher de soleil est aussi beau, imagine comment doit être Dieu qui l’a créé ! Si, à travers le chant des oiseaux, j’entends un concert aussi merveilleux, qu’en sera-t-il du concert du paradis, le concert de l’Amour des amours ? Si j’ai le souffle coupé en regardant les sommets des montagnes, que sera la majesté de la beauté de Dieu ? Que se passera-t-il quand je pourrai le voir face à face ? » J’étais subjuguée par l’amour fou de Dieu, sa beauté éblouissante et sa vérité, dont nous ne pouvons percevoir que de petites lueurs.

Dès l’âge de 5 ans, je me posais les premières questions essentielles. Je comparais l’amour dont je faisais l’expérience à la maison et en communauté, avec ce que j’entendais à la télévision ou ce que je comprenais des discours de mes parents. Il m’arrivait de traverser des moments très douloureux en découvrant le drame de la souffrance, de la mort, du non-amour qui prévaut souvent entre les hommes. J’éprouvais intérieurement un grand tourment : si Dieu est amour, comment la mort est-elle possible, pourquoi des enfants innocents sont-ils tués ou souffrent-ils, pourquoi tant d’injustices ? Des interrogations de plus en plus pressantes, qui devenaient des sujets de discussion pendant les repas, surtout avec Papa qui était, lui aussi, un cœur en recherche.

Nous nous mettions à réfléchir sur les grands systèmes, les grandes questions de l’existence. Je me souviens avec une immense gratitude que, devant mes interrogations inquiètes, mes parents ne me donnaient jamais de réponses consolantes pour me tranquilliser. À chacun de mes « pourquoi ? » correspondait un autre « pourquoi ? » de mon père, qui me suivait particulièrement dans ma recherche. Maman participait aussi et ses interventions étaient toujours marquées par une grande sagesse. Ce fut très stimulant de cheminer dans une recherche continuelle de la vérité, de sonder ensemble l’Écriture sainte, en particulier l’Évangile. Ce n’était pas simplement un récit intéressant, mais un texte qu’il fallait approfondir en le vivant.

Les réponses que je trouvai furent toutefois convaincantes car mon expérience de l’amour de Dieu était beaucoup plus forte que tous mes doutes quant à son amour. Pour moi, il ne s’agissait pas tellement de réussir à comprendre avec mon esprit, en discutant beaucoup avec mes parents, mais de me rendre compte que, devant cette expérience concrète, tout le reste fondait comme neige au soleil. Quand on fait l’expérience de la lumière et de la chaleur du soleil, on ne peut pas douter de son existence. C’est ce qui s’est passé pour moi avec Dieu : je me sentais enveloppée par l’amour de Dieu, je faisais, en mon âme, l’expérience de sa lumière et de sa chaleur, et c’était plus fort que tous les doutes qui frappaient avec arrogance à la porte de mon esprit.

J’ai progressivement compris, à la lumière de l’Écriture sainte, qu’un Dieu qui est amour ne peut que nous créer libres, au point de nous permettre de modifier son projet. Un projet dans lequel ni la mort ni la souffrance n’étaient prévues à l’origine : « Or, Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité. C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde » (Sg 2, 23-24).

J’ai ainsi commencé à me confronter au mystère de la toute-puissance de Dieu qui, par amour, s’arrête devant la liberté des créatures et les laisse choisir entre le bien et le mal. J’ai progressivement pris conscience de notre responsabilité à l’égard de ce don immense de la liberté, et réalisé combien chacun de nos choix peut entraîner douleur et souffrance dans notre vie et dans celle de beaucoup d’autres. J’ai compris, comme l’affirme l’Écriture sainte, que la souffrance et la mort n’étaient pas dans le projet de Dieu pour l’humanité. Elles sont entrées dans le monde à cause d’un mauvais usage de la liberté, avant tout par Lucifer et les anges qui l’ont suivi, et ensuite à travers tous les mauvais choix que les êtres humains peuvent poser à tout moment.

J’ai compris aussi qu’il est possible de ne pas répondre à l’amour de Dieu. Mais cette possibilité que nous avons de dire « non » à l’amour de Dieu, en lien avec le « non » de Lucifer qui s’oppose au projet d’amour de Dieu pour l’humanité, peut engendrer une « mort spirituelle » dans l’âme et faire vivre l’enfer dès cette terre. Saint Paul l’explique bien : « Le salaire du péché, c’est la mort » (Rm 6, 23).

Tout ceci éveillait en moi le sens de ma responsabilité devant le mystère de la liberté. Je me sentais appelée à répondre personnellement à l’amour de Dieu et à faire l’expérience de cette plénitude de joie à laquelle il nous a appelés. Car la tragédie humaine avait commencé par le refus d’une créature qui portait en elle, jusque dans son nom, une perspective lumineuse (Lucifer veut dire « porteur de lumière »), mais qui avait choisi de se situer dans une totale opposition au Créateur. Dieu est lumière, Lucifer est ténèbres ; Dieu est vérité, Lucifer est le père du mensonge ; Dieu est communion, Lucifer est le diviseur ; Dieu est vie, Lucifer porte la mort.

Très jeune, j’avais intériorisé que chacun de mes petits « non » à l’amour de Dieu, le plus petit refus de correspondre aux suggestions du Seigneur, pouvait être source de souffrance. Je me souviens encore de mon premier mensonge. C’était à ma mère, pour m’amuser, pour imiter une petite fille qui en disait souvent. J’avais 5 ans et Maman a tout de suite compris. Elle a arrêté la voiture, m’a regardée avec gravité et m’a donné une petite gifle d’un air très sérieux. Je n’ai plus jamais menti, parce que cette gifle m’a fait définitivement prendre conscience de l’importance d’être toujours honnête et correcte avec tout le monde.

Maman m’a toujours guidée avec beaucoup d’affection, d’amour, de vérité, de sagesse ; elle a été une figure lumineuse vers qui je pouvais me tourner.

C’est elle qui m’a aidée, jour après jour, à comprendre la signification du péché : pas simplement l’accomplissement d’une mauvaise action, mais plutôt le choix de se fermer à l’amour de Dieu. J’ai ainsi découvert que tout est permis, mais que tout n’est pas bon pour nous (comme le dit saint Paul dans la première Lettre aux Corinthiens 6, 12). À cette époque, nous habitions Cagliari ; les nombreux amis, les jeux, la sérénité emplissaient mes journées et l’été, nous allions tous les jours au bord de la mer. Nous étions trois frères et sœur : Marco, Luca et moi-même, qui étais la petite dernière. Je n’ai pas connu mon troisième frère, Carlo, monté au ciel quelques mois après sa naissance, à cause d’une malformation cardiaque congénitale.

Mon père, Silvano, dirigeait l’Automobile Club. Le stress professionnel, dû à des rythmes de travail très intenses, lui provoqua un grave épuisement nerveux qui l’a poursuivi toute sa vie, avec des hauts et des bas. L’insouciance de notre enfance fut aussi mise à l’épreuve par cette croix. Ma mère, Maria-Teresa – tout le monde l’appelait Mietta –, avait fait des études de droit parce qu’elle désirait suivre les pas de son père (qui avait été premier président de la Cour d’appel). Mais elle avait ensuite choisi de renoncer à son travail pour se consacrer entièrement à ses trois enfants.

À l’âge de 5 ans, mon désir de vivre la messe plus profondément, en recevant le don immense de l’Eucharistie, commença à se faire plus pressant. Avec la simplicité d’une enfant, dans la mesure où c’était compréhensible pour mon esprit, je percevais qu’à travers cette hostie consacrée, une communion toute particulière avec le Seigneur devenait possible.

Dès lors, je n’ai plus lâché mes parents, insistant sans cesse pour pouvoir moi aussi communier. Je me sentais vraiment amoureuse de Jésus, et rien ne me paraissait donc plus beau que de pouvoir le recevoir dans mon cœur. J’ai dû tellement les martyriser qu’ils ont fini par se décider à demander à un prêtre des Focolari de vérifier et comprendre si ce désir était un enthousiasme enfantin ou un véritable élan intérieur. Après quelques entretiens avec moi, le prêtre dit que je pouvais recevoir tout de suite la première communion et ce fut pour moi une merveilleuse nouvelle.

C’est au cours d’une « Mariapoli » à Cagliari, en présence d’un millier de personnes, que s’est déroulée cette grande fête au cours de laquelle, avec mon frère Luca, plus âgé que moi d’un an et demi (Marco, lui, a cinq ans de plus que moi), nous avons fait notre première communion. Ce fut un jour extraordinaire : j’ai pris plus profondément conscience que Jésus, que j’avais déjà senti proche de tant de manières, et qui remplissait mes journées de son amour tangible, m’aimait à la folie, au point de décider de venir demeurer dans mon petit cœur. Quand j’ai reçu l’hostie, il m’a vraiment semblé que je touchais le ciel, que j’avais été catapultée au paradis et que tout le ciel se déversait d’une certaine manière dans mon âme. Au fond de moi, je percevais concrètement que l’Eucharistie était une porte qui unit la terre et le ciel, notre petitesse à l’infinité de Dieu, et le temps de notre vie terrestre à la plénitude de l’éternité.

L’année de mes 6 ans, nous avons déménagé à Ancône, où nous sommes restés deux ans. Puis nous avons passé quatre autres années à Brindisi, avant de rentrer définitivement à Rome. D’un caractère très sociable, je liais de nouvelles amitiés dans chaque ville, et pourtant, étonnamment, je n’éprouvais pas le déchirement des déménagements, grâce aux communautés des Focolari qui me permettaient de retrouver partout un esprit de famille. Comme j’étais très vive et que j’aimais tous les types de sport, je me mettais donc aussitôt à jouer avec tout le monde, me faisant facilement de nouveaux amis.

À Ancône, la communauté des Focolari était très vivante et j’ai expérimenté une belle communion avec beaucoup de ses membres. Les focolarini et focolarine venaient souvent chez nous et nous nous voyions tous les jours à la messe. Ils ont été d’une grande aide sur mon chemin spirituel ; mon itinéraire ne m’a pas fait suivre un parcours catéchétique classique ; c’était plutôt un engagement à incarner, dans la vie de tous les jours, l’exemple de Marie et Joseph à Nazareth, et leur joie qui était le fruit d’une vie en cohérence avec l’Évangile, dans la simplicité quotidienne des petites choses. J’étais vraiment fascinée par les Focolari qui vivent pleinement dans le monde tout en consacrant leur vie à Dieu.

Ma formation n’a pas été théorique mais pratique : nous méditions l’Évangile en cherchant, chaque mois, à nous centrer sur une phrase spécifique, proposée et commentée par Chiara Lubich, la « Parole de Vie », et à la vivre. Depuis mon enfance, Maman me racontait la vie des saints et j’étais frappée de voir que ces personnes avaient tout quitté en vue de la communion avec Dieu. D’où la certitude intime que, si je voulais donner un sens à mon existence, il n’y avait rien de plus grand ni de plus beau que de viser la pleine et parfaite communion avec celui qui est l’Amour, c’est-à-dire aspirer à la sainteté.

J’avais lu avec enthousiasme les histoires de martyrs comme Tarcisius, mort au IIIe siècle pour défendre l’Eucharistie. Et les récits sur ces premiers chrétiens qui avaient donné leur vie pour Jésus avait suscité en moi le désir du martyre : je pensais que donner sa vie pour celui qui est l’Amour, mourir martyr et ainsi aller directement au paradis, était quelque chose de très beau.

Certains saints me fascinaient plus particulièrement : l’apôtre Jean, le disciple qui mettait sa tête sur le cœur de Jésus pour lui montrer toute son affection ; François d’Assise pour sa radicalité, sa folie d’amour ; la petite Thérèse de Lisieux pour la simplicité de la « petite voie », parce qu’elle vivait son amour pour Jésus dans les petites choses. Plus tard, j’ai aussi mieux connu Jean Bosco et Thérèse d’Avila dont ma mère m’a suggéré de lire d’abord l’autobiographie, puis Le Château intérieur. La grandeur de cette femme et l’héroïcité de son chemin d’ascèse mystique dans la prière m’ont vraiment conquise. Ce qui me fascinait chez Don Bosco, c’était la folie divine de son imagination pour faire connaître l’amour de Dieu aux jeunes, surtout aux plus exclus et aux personnes qui souffraient. Les saints m’ont appris une chose qui est pour moi essentielle : j’ai une seule vie et je ne peux pas la gâcher, je veux la vivre pour quelque chose de grand, pour quelque chose qui ne passe pas : seul Dieu ne passe pas, seul l’amour demeure.

CHAPITRE II

DIEU EST AMOUR

En plus des saints du passé, une personne encore en vie me fascinait et m’enthousiasmait : Chiara Lubich, une femme qui, parce qu’elle avait fait confiance à Dieu, avait suscité un changement incroyable dans la vie de centaines de milliers de personnes. Depuis toute petite, j’entendais mes parents parler d’elle, de ce qu’elle disait et de ce qu’elle faisait.

Ma première rencontre personnelle avec elle a marqué une étape fondamentale de ma vie. C’était en novembre 1977, au cours d’un congrès « Gen 3 » – c’est ainsi que nous appelons les jeunes qui appartiennent au mouvement des Focolari – à Rocca di Papa, où Chiara vint répondre à nos questions. Une jeune lui avait demandé de nous révéler son secret, question qui avait beaucoup éveillé ma curiosité. J’avais aussitôt pensé : « Qui sait maintenant ce qu’elle va nous dire d’extraordinaire… »

Comme j’en fis aussi l’expérience plus tard, à maintes occasions, Chiara nous surprit par sa capacité à mettre à la portée de tous les mystères les plus incompréhensibles. Elle commença à nous parler de Jésus abandonné, un mystère que je ne parviens pas encore à bien comprendre parce qu’il me semble trop élevé et trop grand. Mais à ce moment-là, la force de son charisme et la présence de l’Esprit furent telles que tout me parut très clair. Elle expliqua en quelques mots, très simples : « Mon secret, c’est l’amour de Jésus abandonné. J’ai découvert que, dans toutes les croix, dans toutes les souffrances, il y a la présence mystérieuse de Jésus qui a pris sur lui toute notre souffrance, par amour. C’est pourquoi, chaque fois qu’arrive une souffrance, je fais la fête parce que Jésus aussi est arrivé. »

Ce fut pour moi une révélation : la souffrance n’était pas seulement une épreuve à laquelle nous étions soumis, mais aussi une « rencontre » possible avec Jésus crucifié. Cette phrase dans la première Lettre de Jean : « Voici comment nous avons reconnu l’amour : lui, Jésus, a donné sa vie pour nous » (1 Jn 3, 16), m’est apparue sous une lumière nouvelle et fut une découverte incroyable. À ce moment-là, je me suis sentie atteinte par un dard enflammé, à la pensée que Jésus avait donné sa vie pour moi. Je compris sous un jour nouveau que non seulement Dieu est amour, mais qu’il m’avait même aimée personnellement jusqu’à donner sa vie pour moi, jusqu’à prendre sur lui tous mes cris, toutes mes larmes, toute mon angoisse, toutes mes ténèbres, toutes mes blessures, et qu’il avait tout transfiguré par son immense amour.

Alors, immédiatement, un nouveau désir impérieux est né dans mon cœur : si Dieu m’a aimée comme un fou jusqu’à donner sa vie pour moi, je ne peux pas ne pas passer toute mon existence à répondre à cet amour ; je veux lui donner ma vie, pleinement et totalement. À la fin de sa conversation, Chiara Lubich nous lança un défi : « Levez la main, ceux qui veulent faire de Jésus abandonné le tout de leur vie. » Mon « Oui, je le veux ! » proféré à ce moment-là n’a pas été un élan d’enthousiasme, mais un choix sérieux et convaincu de me donner totalement à Dieu. J’ai même levé les deux mains et ensuite, pendant la messe, j’ai ressenti un désir très fort de consacrer aussitôt toute ma vie à Dieu.

Je n’avais qu’11 ans, mais je sentais qu’il n’y avait pas de temps à perdre. Je ne pouvais pas attendre d’avoir grandi pour me consacrer à lui, je devais répondre immédiatement à son amour. Ma promesse fut explicite : « Jésus, je veux te donner toute ma vie et je veux te choisir comme mon tout. Maintenant, tout de suite. Je veux vivre en te cherchant dans toutes les personnes qui souffrent, dans toutes les situations douloureuses, en essayant de t’aimer de tout mon cœur et en ne permettant pas que soit gâché cet amour qui a coûté ton sang. »

À l’issue de cette rencontre, j’ai couru vers Chiara, je l’ai remerciée et embrassée avec une immense gratitude. Je suis restée discrète parce que j’étais consciente qu’elle était continuellement assaillie par tout le monde, en dépit de sa santé précaire. Je n’ai pas eu beaucoup d’occasions de la rencontrer personnellement, même si je lui écrivais souvent. Des années plus tard, j’ai eu un long entretien avec elle pour confirmer mon appel à Nuovi Orizzonti.

Mon amour de l’évangélisation a commencé par cette expérience de « Pentecôte », car j’ai ressenti fortement dans mon cœur le désir et la responsabilité d’apporter à tous le don de la joie, de la résurrection et de la paix qui jaillissent de l’expérience de l’amour de Dieu. Jusque-là, j’étais de toute façon saisie par Dieu, mais c’était plutôt quelque chose de personnel et d’intime, que je ne partageais pas avec mes amis, sauf avec les Gen avec qui je participais aux rencontres spirituelles. À mon retour à Brindisi, j’avais en moi un feu tellement irrésistible que je ne pus m’empêcher de crier à tout le monde que j’avais trouvé la réponse à ce que mon cœur cherchait.

Avec la simplicité d’une enfant, j’ai cherché à entraîner mes amis à essayer ensemble de méditer et de vivre l’Évangile. Auparavant, je me sentais encore conditionnée par la peur des jugements et des critiques, et j’évitais donc de dire que j’allais à la messe parce que je craignais qu’on ne se moque de moi. Après ce congrès de Gen 3, je ne me souciais plus de ce que les autres pouvaient penser, parce que j’avais trouvé la vérité qui rend libre, j’avais fait l’expérience d’une joie, d’une plénitude qu’on ne peut pas expliquer par des mots et je désirais la partager avec tout le monde. Je découvris que Dieu donne non seulement le feu et la paix, mais aussi une liberté nouvelle dans les relations avec les autres. La majeure partie de mes amis furent fascinés par ce que je racontais et ils acceptèrent ma proposition de lancer des rencontres où nous mettions au centre la Parole de Dieu. Nous essayions de nous aider mutuellement à vivre l’Évangile, en partageant nos simples expériences et les fruits qui en découlaient.

Pour moi, tout était toujours à découvrir dans l’Évangile et je cherchais à faire davantage d’efforts sur différents fronts. S’il y avait quelque service à rendre à la maison, j’essayais de le faire avec amour, sans me faire remarquer par les autres pour m’exercer à la gratuité. J’étais attentive à l’égard des jeunes qui avaient de plus grandes difficultés et, si quelqu’un était exclu d’un jeu parce que considéré comme trop faible, je faisais en sorte qu’il soit impliqué… même si, en fait, j’aimais bien gagner. Si quelqu’un faisait quelque chose qui me blessait, j’essayais de lui pardonner aussitôt, sans garder aucune forme de rancune et je goûtais alors la paix, qui est la fleur du pardon. Je faisais tout mon possible pour qu’il ne se crée pas de divisions ni entre mes frères ni entre mes amis et, si quelqu’un se disputait, c’était pour moi un devoir de contribuer à rétablir la paix entre tous. Enfin, dans les moments de souffrance, j’essayais de mettre en pratique ce que Chiara nous avait suggéré : se réjouir de la présence de Jésus crucifié en offrant toutes nos souffrances à Dieu. Plus je cherchais à vivre l’Évangile et plus j’éprouvais une paix, une liberté intérieure et une joie toujours plus profondes.

À Brindisi, j’étais déjà au collège, étant donné que j’avais commencé l’école primaire avec un an d’avance, à 5 ans. Je pratiquais aussi un sport, le taekwondo, que j’aimais beaucoup, et l’après-midi, je passais du temps à jouer dans le jardin. Je faisais aussi du foot avec mes frères et de nombreux amis. Ils étaient tous mes supporters parce que j’étais la seule fille qui jouait bien au football.

Enfant très vive, je m’entendais bien avec tout le monde. Je me mettais très difficilement en colère, mais les rares fois où cela m’arrivait… mieux valait m’éviter ! Je me souviens en particulier de deux épisodes. Un jour, je me trouvais dans la vigne devant la maison avec Marco et Luca, ainsi que d’autres amis. Nous jouions à grimper dans les arbres et, dans les environs traînaient quelques enfants de « squatteurs », les sans-abris qui vivaient dans les baraquements de la banlieue de Brindisi. Pour m’impressionner, l’un de ces jeunes garçons se mit à brutaliser Marco, sans savoir que c’était mon frère. Il le fit tomber par terre et commença ensuite à bousculer aussi Luca, qui était aussitôt intervenu pour le défendre. J’étais assise sur une branche et, à un moment, je vis que ce garçon allait aussi frapper physiquement Luca. Mon sang n’a fait qu’un tour et, de mon arbre, je lui ai littéralement sauté dessus, je l’ai étendu par terre, je lui ai pris la tête et je la lui ai cognée plusieurs fois contre le sol. À un moment donné, je me suis arrêtée, me rendant compte que j’exagérais. Ce fut une scène vraiment très comique de voir ce petit caïd se retrouver par terre devant tous ses amis, à la merci d’une enfant qui n’était franchement plus habitée par la grâce de Dieu !