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La biographie poignante d'un pompier de Paris.
Préfacé par le général commandant la brigade de sapeurs-pompiers de Paris.
À travers l’alternance de récits d’interventions et de réflexions sur le commandement, ce témoignage rend hommage aux hommes et aux femmes ordinaires qui composent la brigade de sapeurs-pompiers de Paris et qui, par la force du collectif, vivent des aventures extraordinaires.
Du premier feu d’immeuble d’un jeune officier à la vie sauvée d’un enfant dans un magasin, du commandement d’une opération majeure aux confidences des pompiers commandés, rejoignez le temps de ces pages une caserne parisienne. Et découvrez que derrière les « Sombres fumées » des incendies se tiennent toujours une humanité insoupçonnée et des rencontres inoubliables.
Accompagnez au coeur des flammes le lieutenant-colonnel Gauthier Delaforge !
À PROPOS DE L'AUTEUR
Agé de 39 ans, le lieutenant-colonel
Gauthier Delaforge est officier de l’armée de Terre. Il a principalement servi au sein de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP). Il compte quasiment une vingtaine d’années de gestions de crise, plusieurs dizaines d'interventions d'envergure, une expérience de la conduite des hommes sur le sol français mais également à l’étranger en opérations extérieures et dans plusieurs zones de conflit.
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Seitenzahl: 254
Veröffentlichungsjahr: 2021
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À nos morts, à nos blessés À mon père.
« Il n’est de richesse que d’hommes. »Jean Bodin
BMPM :
bataillon de marins-pompiers de Marseille
BSPP :
brigade de sapeurs-pompiers de Paris
CDU :
commandant d’unité
CEMAT :
chef d’état-major de l’armée de Terre
CIS :
compagnie d’incendie et de secours
CSO :
centre de suivi opérationnel, la salle opérationnelle du groupement d’incendie
CTA :
centre de traitement de l’alerte
CCGI :
certificat de chef de garde d’incendie
CS :
centre de secours
DA :
division d’application
EMIA :
Ecole militaire interarmes
ESAG :
école supérieure et d’application du génie (aujourd’hui EG – Ecole du génie)
ESM :
Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr
ForMiSC :
Formations militaires de la Sécurité civile
FPT :
fourgon-pompe tonne
GIS :
groupement d’incendie et de secours
ICPE :
installation classée pour la protection de l’environnement
IGH :
immeuble de grande hauteur
OAEA :
officier d’active des écoles d’armes
OGC :
officier de garde compagnie
OTAN :
Organisation du traité de l’Atlantique nord
OPEX :
opération extérieure
PSE :
premier secours évacuation
PVO :
poste de veille opérationnelle, le standard du centre de secours
PRV2 :
diplôme de prévention de 2e niveau
NRBC :
nucléaire radiologique biologique chimique
SD :
sauvetage déblaiement
SDIS :
service départemental d’incendie et de secours
VLR :
véhicule liaison radio
VSAV :
véhicule de secours et d’assistance aux victimes
La brigade de sapeurs-pompiers de Paris est une unité ancrée dans la Cité. Son organisation, son modèle, les femmes et les hommes qui la composent en prise avec sa vie, sa respiration, ils en sont également une expression.
Ce très bel ouvrage du lieutenant-colonel Gauthier Delaforge permet de s’immerger dans la société, dans ce qu’elle produit comme drames anonymes ou visibles, éphémères ou structurels.
Ce livre doit être l’occasion d’un questionnement. Un questionnement du lecteur sur le sens profond de l’engagement de ces jeunes femmes et de ces jeunes hommes, toutes catégories sociales confondues. S’engager c’est choisir. Pourquoi 1200 jeunes gens font ce choix chaque année de rejoindre les rangs de la BSPP ?
Ils choisissent une cause qui les sublime mais qui est en parallèle une cause discrète, la cause du quotidien, des tragédies, de la solitude ou de l’âge.
Beaucoup diront que cet engagement relève du courage, du sens de l’autre ou encore du service « de la grande cause commune ». C’est une part de la vérité.
Je pense profondément que cet engagement est le résultat d’une introspection que beaucoup de jeunes font de façon inconsciente.
Cette affirmation, un peu péremptoire, nécessite un éclairage.
Cet éclairage nous est apporté par notre drapeau, sur lequel est écrit en lettres d’or :
« Honneur et Patrie ; Dévouement et Discipline »
Ces mots ont un sens qui transcende l’accomplissement individuel. Ils sont le fondement du modèle du sapeur-pompier militaire. Ces mots sont l’affirmation d’un idéal, non pas comme une évidence mais comme un but.
Ce livre est une part de chaque sapeur-pompier de Paris. Il lève le voile sur notre intimité, nos questionnements face à la détresse, l’imagination qu’il nous faut déployer pour affronter ce que le comportement humain peut avoir d’insondable.
Plus largement, ce livre est également une boîte à outils qui permet à chacune et à chacun d’aller puiser des ressources pour guider son action, que ce soit sur le plan des relations humaines comme dans la façon d’appréhender les situations de crises.
Il faut donc voir cet ouvrage à deux niveaux, celui du fonctionnement d’un groupe porté par le sens de l’Autre et celui de notre identité collective permettant d’appréhender les crises, de structurer le chaos. Donner un ordre, quel qu’il soit c’est donner du sens à une situation qui n’en a pas.
On voit donc ici le lien qui existe entre fonctionnement militaire et capacité à résoudre les crises.
Quand on intervient dans les instants critiques de la vie des gens, il n’y a pas de « coup à blanc », il n’y a pas de répétition générale comme au théâtre, c’est tout de suite l’affrontement avec le réel. Il y a bien sûr la poussée d’adrénaline, le cœur qui bat plus vite, le cerveau et les muscles qui reçoivent plus d’oxygène, et puis les émotions qu’on ressent… On peut vivre plusieurs types d’émotion en fonction des interventions. On peut même vivre plusieurs émotions au cours d’une même intervention.
Confrontés à la vie dans ses limites, finalement dans ce qu’elle a de plus fragile et de plus précieux, accoutumés à la mort, embarqués dans une aventure humaine à plusieurs, les sapeurs-pompiers de Paris essaient tout simplement de vivre pleinement leur vie d’homme. Ce livre vous montrera que ce ne sont pas des surhommes ; ce sont des femmes et des hommes normaux qui accomplissent des choses extraordinaires parce qu’ils ont beaucoup de cœur, pour leurs semblables et pour leurs frères d’armes. Je finirai cette préface par une valeur qui caractérise ces hommes et femmes : le sens de l’engagement.
S’engager c’est choisir : choisir sans chercher les honneurs et la gloire. Et si vous avez à l’esprit l’image des sauveteurs de la rue Erlanger ou des tours de Notre-Dame, je formule le vœu que personne n’oublie les militaires de la Brigade qui tous les jours, dans les VSAV, dans les engins-pompe, en s’entraînant avec les chiens de décombres ou dans les eaux froides de la Seine, en réparant les engins, en instruisant les jeunes recrues ou les élèves gradés, font preuve du même enthousiasme, du même dévouement, sans rechercher la gloire ou les honneurs. Je formule le vœu que personne n’oublie ces gens discrets, qui vivent leur engagement consciencieusement, avec le courage des humbles, pour le bien du service et le succès des armes de la France.
Je formule le vœu que ce livre éclaire ce que nous sommes pour longtemps et qu’il contribue à perpétuer notre singularité.
Officier servant à la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, c’est participer à la sauvegarde d’une population de sept millions d’habitants dans une mégapole du 21ème siècle connaissant de profondes transformations à un rythme effréné. Mais c’est surtout exercer des fonctions de commandement dans un cadre opérationnel exaltant, 365 jours par an. Dans cet environnement, les spécificités et le haut niveau d’exigence de l’unité ont tout pour séduire un jeune officier attiré par l’action.
Au prétexte du parcours d’un jeune officier, ces pages proposent une plongée dans la vie d’une unité opérationnelle de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, affectueusement et fréquemment dénommée « la Brigade ». Ce chemin parcouru donne également au lecteur l’opportunité d’aborder plusieurs champs de réflexion comme l’exercice du commandement, la proximité avec la mort ou encore la singularité militaire.
Car il s’agit bien en réalité d’un carnet condensant plusieurs années d’expérience de terrain et d’état-major, mais avant tout de rencontres humaines et de tranches de vie glanées au cours des différentes affectations. Ces lignes ont toutes été rédigées à partir de faits réels et de réflexions rassemblées au fil de l’eau par l’auteur.
Le temps s’écoulant, il m’apparaît de plus en plus que la somme de ces expériences a joué un rôle déterminant et structurant dans ma vie d’homme, et plus encore en ce qui concerne ma pratique professionnelle de chef militaire. Dans cette aventure amorcée il y a dix-huit ans maintenant, je peux aujourd’hui affirmer que la richesse humaine constitue bien l’un des meilleurs terreaux possibles pour réaliser collectivement des actions qui auraient été vouées à l’échec si elles avaient été envisagées seul. À la condition de modeler et d’organiser ce terreau humain.
Nombreux sont les ouvrages traitant des sapeurs-pompiers de Paris, qu’il s’agisse d’autobiographies ou encore d’ouvrages historiques. Les « beaux livres » remplissent également les étagères des bibliothèques de ceux qui sont passionnés par le sujet, et les photographies qu’ils contiennent ravissent les yeux. Ils permettent de faire entrer le lecteur au cœur d’un grand feu ou dans l’intimité d’un foyer familial. Je me réjouis à chaque nouvelle parution, et d’autant plus quand un pompier de Paris prend lui-même la plume pour partager notre métier, et à cette occasion mieux faire connaître l’engagement des hommes et des femmes qui composent la Brigade.
C’est aujourd’hui à mon tour de prendre cette plume, avec ce souhait de transmettre quelques récits du quotidien et de placer pendant quelques lignes dans la lumière les acteurs de ces moments. Ceux-ci sont composés de pairs, de chefs, mais surtout de subordonnés que j’ai eu l’honneur de commander.
À l’instar de chaque témoin d’un évènement, le prisme du souvenir du moment passé est éminemment personnel, et souvent intime. En ce qui me concerne, ma vision des évènements est celle d’un jeune officier supérieur, Saint-Cyrien et ayant également servi dans d’autres unités que la Brigade. À mi-parcours de ma carrière professionnelle, je dresse ici un premier point d’étape de l’aventure dans laquelle je me suis engagé en franchissant les portes de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 2002. Et j’aspire à servir encore de nombreuses années au sein des armées.
Afin d’enrichir ce point de vue, une bibliographie personnelle et commentée est placée à la fin de cet ouvrage. Elle permettra au lecteur de poursuivre la découverte de la Brigade et d’autres domaines connexes s’il le souhaite.
Ces pages ont également pour vocation d’apporter un modeste éclairage aux jeunes cadres engagés dans la voie exigeante du commandement. Je crois que Commander constitue un exercice à la fois simple et terriblement complexe, une forme d’équilibre permanent. Être chef est un engagement lourd de sens, un service aux nombreuses sujétions, qui occupe une entière vie d’homme.
Ce choix de vie exigeant implique en effet un long parcours nécessaire à la construction intérieure du chef, amenant celui-ci à une grande efficacité dans la combinaison des moyens humains et techniques dont il dispose pour accomplir la mission reçue.
Ce parcours ne s’improvise pas. Il se nourrit de multiples influences, au tout premier rang desquelles celles de ses propres chefs et de ses pairs, de lectures et de témoignages, mais également de relations permanentes avec les subordonnés confiés. Petit à petit ces expériences se stratifient et construisent le style de commandement du chef. Et, celui-ci s’appuie sur un solide socle constitué de la formation initiale reçue en école.
Puissent ainsi ces quelques expériences personnelles apporter à nos jeunes chefs, qu’ils soient militaires du rang, sous-officiers ou officiers, des pistes de réflexion. Et par là même contribuer à jouer le rôle d’un accélérateur de maturité qui leur permettra d’étoffer leur épaisseur humaine, condition indubitablement nécessaire à un commandement équilibré.
Servir à la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, c’est servir au sein d’une unité atypique à plusieurs titres.
La première raison est son positionnement à la croisée des mondes civils et militaires qui en fait une formation des armées quasi-unique1. Ainsi, la Brigade, unité de l’armée de Terre, est mise à disposition du Préfet de police de Paris. Ce haut fonctionnaire qui occupe lui-même une position unique dans le monde administratif français constitue en effet l’employeur des pompiers de Paris.
La deuxième raison de l’atypisme de la BSPP est constituée par sa mission. Dans la mosaïque que constituent les armées, la mission singulière de la BSPP n’est en effet pas de mettre en œuvre la force, cœur de la singularité militaire, mais de sauver des vies. Et c’est bien cet atypisme, mélange d’une mission civile et d’une culture militaire qui constitue le gage de son efficacité opérationnelle.
Illustrant la spécificité de la Brigade, ses officiers sont amenés à s’immerger alternativement dans l’univers francilien des secours et dans celui du Ministère des armées. Ces opportunités de carrière créent de la fluidité dans les échanges entre les deux environnements, en irriguant réciproquement les deux structures de bonnes pratiques. Cette particularité liée au statut militaire est génératrice de performance opérationnelle et elle rejaillit sur le monde des secours bien au-delà des limites de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris. C’est le cas notamment avec les évolutions de la doctrine de réponse aux attaques terroristes.
Être officier de la Brigade, c’est donc être placé à un carrefour. C’est d’un côté mener une carrière à Paris en tant qu’expert du secours des populations, en vivant au cœur des évènements qui rythment le « territoire national ». Mais c’est aussi, pour nombre de ces officiers, à d’autres périodes, occuper des fonctions au sein de l’armée de Terre et des armées, notamment en opération extérieure. Et à ces moments-ci, renouer avec la manœuvre interarmes et la notion d’ennemi qui caractérisent les actions militaires.
Cette alternance forge des caractères bien spécifiques et très ouverts sur le monde. La position centrale au cœur de la vie de la Cité, mais également la possibilité de parcourir le monde en opérations expliquant ces caractères. De plus, appartenir à une unité dans laquelle la performance est revendiquée et cultivée pousse à l’acquisition rapide d’une vive intelligence de situation et à un goût de l’effort prononcé. Enfin, très tôt plongé dans le chaudron des drames humains, l’officier acquiert également bien vite une épaisseur humaine peu commune.
Être officier des pompiers de Paris, c’est ainsi exercer l’autorité confiée dans une belle unité d’excellence. Pour cela, le dévouement et l’altruisme, tout comme le courage et l’humilité sont nécessaires pour s’affirmer comme chef. Il faut également aimer se confronter à ses propres limites. Seul un investissement fort et librement consenti permet de s’épanouir dans ses fonctions et de bénéficier pleinement de la qualité des relations humaines vécues au sein du groupe. Une fois ces quelques lignes directrices appliquées, l’aventure se situe au-delà des espérances initiales !
Enfin, si les parisiens imaginent bien connaître leurs sapeurs-pompiers à qui ils vouent une réelle admiration, la réalité révélée par les discussions et les médias est souvent différente. Défilé et bals du 14 juillet ne constituent en réalité que la façade extérieure d’hommes et de femmes qui méritent d’être connus derrière leurs carapaces. Ici se situe finalement la dernière ambition de ce témoignage : faire un peu mieux connaître au grand public ceux qui prennent place dans les camions rouges de la capitale. Et comme le dit un de nos chants de tradition : « Paris, voici tes serviteurs dévoués, si fiers, tes sapeurs-pompiers »…
1. Nos camarades marins-pompiers de Marseille et sapeurs-sauveteurs des Formations militaires de la Sécurité civile constituant l’autre partie de cette exception.
« Sauver ou périr. »Devise de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris
La brigade de sapeurs-pompiers de Paris est une grande unité de l’armée de Terre comptant 8 500 militaires. Celle-ci est placée pour emploi auprès du Préfet de police de Paris. L’origine de ce statut militaire unique en Europe, à l’exception du bataillon de marins-pompiers de Marseille, est la conséquence d’évènements historiques liant intrinsèquement la Brigade à l’histoire de France.
Un tragique et célèbre incendie survenu à l’ambassade d’Autriche le 1er juillet 1810 avait fait apparaître au grand jour les incompétences du corps des gardes-pompes défendant alors Paris contre les incendies. Le décès de plusieurs dizaines de convives de ce bal donné en l’honneur de l’union de Napoléon 1er et de l’archiduchesse Marie-Louise avait alors profondément marqué les esprits parisiens de l’époque, poussant l’Empereur à remplacer le corps des gardes-pompes défaillants.
Le décret napoléonien pris le 18 septembre 1811 marque ainsi la création d’un corps de sapeurs-pompiers militaires. Celui-ci, de niveau bataillonnaire, deviendra un régiment en 1866, puis une brigade de l’armée de Terre le 28 février 1967. Le terme « brigade » désigne ici la taille d’une unité de l’armée de Terre qui englobe plusieurs régiments, et non une « brigade de sapeurs-pompiers », terme importé par les séries anglo-saxonnes qui désignerait toute unité de pompiers.
Les implications liées à ce statut militaire sont nombreuses, et celui-ci façonne le sapeur-pompier dès son entrée dans l’institution. De cette singularité découlent des spécificités organisationnelles, mais surtout un environnement humain particulier mettant en avant le collectif et le groupe.
Ayant traversé plus de deux cents ans d’histoire de France, les pompiers de Paris ont été les témoins et les acteurs des évènements marquants de ces deux derniers siècles. La guerre de Crimée, celle de 1870 ainsi que les guerres mondiales ont ainsi vu l’engagement des soldats du feu, tant au front, que pour lutter contre les conséquences des bombardements ou encore poursuivre le combat dans les réseaux de résistance. Les pompiers de Paris ont également continué à porter secours à la population lors des mouvements insurrectionnels de 1830, 1848 et 1871. Plus récemment, ils l’ont également fait lors des évènements de mai 1968.
Ainsi, les sapeurs-pompiers de Paris sont liés de manière directe ou indirecte à chaque évènement de l’histoire de France. Une abondante littérature1 permet aux passionnés d’histoire de se plonger dans ces pages de courage et d’abnégation.
L’officier général à la tête de cette prestigieuse Brigade a pour mission la protection des habitants et la sauvegarde des biens sur son secteur de compétence. Cette mission est traditionnellement celle dévolue aux sapeurs-pompiers dans le droit français, s’articulant entre des compétences propres (la lutte contre les incendies) et des compétences partagées avec d’autres acteurs (notamment le secours à victimes). Une des particularités de l’unité dans le monde des sapeurs-pompiers français est le caractère inter-départemental de la Brigade, c’est-à-dire que la zone d’action de la BSPP couvre plusieurs départements. Ainsi, la ville de Paris ainsi que les trois départements de la petite couronne que sont les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne sont défendus par l’unité.
Cette zone d’intervention d’intérêt stratégique bénéficie pleinement du statut militaire des sapeurs-pompiers de Paris. Par son histoire, la capitale française a toujours occupé une position unique dans l’organisation de la France. Tout d’abord, l’exceptionnelle concentration humaine (un dixième de la population française) en fait le cœur humain le plus densément peuplé de notre pays. Aux sept millions d’habitants, il convient d’ajouter les six millions de franciliens venant travailler chaque jour dans la capitale ainsi que les 35 millions de touristes annuels. De plus, d’un point de vue économique, un tiers de la richesse nationale y est produit chaque année. Enfin, l’importance institutionnelle de la capitale est primordiale car la quasi-totalité des centres de décision politique et administrative ainsi que toutes les représentations étrangères sont concentrées sur la plaque parisienne.
Le statut militaire constitue une garantie de la continuité des services de l’État dans une zone où le moindre incident peut prendre une ampleur conséquente et médiatique.
Singularité militaire et inter-départementalisation sont uniques dans le paysage des secours en France, et même en Europe concernant le seul statut. Combinés, ces deux caractères constituent un gage d’excellence pour protéger les habitants et les biens des risques et des menaces auxquels ils sont soumis.
Avec près de 8500 soldats du feu dans ses rangs, les dimensions humaines de la Brigade sont également peu habituelles dans le monde des secours. Plus important service de secours français, elle se mesure en taille et en renommée aux grands services occidentaux que sont les pompiers de New-York (le Fire Department of New York – FDNY) ou le corps des sapeurs-pompiers de Londres (le London Fire Brigade). La brigade de sapeurs-pompiers de Paris est jumelée avec le FDNY depuis 2002.
Afin de faire face à plus de 500 000 interventions annuelles2, la BSPP est territorialement organisée en trois groupements d’incendie et de secours (GIS). Ceux-ci sont eux-mêmes subdivisés en compagnies. Un groupement est une structure de niveau régimentaire commandée par un officier supérieur du grade de colonel. Les groupements sont numérotés et ces numéros leur donnent une identité forte au quotidien, révélatrice d’un esprit de corps affirmé. Le 1er groupement couvre le tiers nord de Paris ainsi que la Seine-Saint-Denis, le deuxième défend quant à lui le sud-est de Paris ainsi que le Val-de-Marne, tandis que le troisième a pour compétence l’ouest parisien ainsi que le département des Hauts-de-Seine. Environ 1 800 sapeurs-pompiers de Paris sont affectés dans chacun de ces groupements.
Les groupements d’incendie et de secours sont eux-mêmes subdivisés en huit compagnies d’incendie et de secours. Fortes de 150 à 270 hommes, ces unités sont placées sous l’autorité d’un capitaine qui occupe la fonction de « commandant d’unité ». Celui-ci est le responsable de l’engagement des secours et de la conduite des opérations sur le secteur de la compagnie qu’il commande, ainsi que de la gestion des ressources humaines confiées.
Une compagnie regroupe de deux à cinq centres de secours dirigés chacun par un sous-officier supérieur du grade d’adjudant ou d’adjudant-chef. Ces centres de secours, constituent les plus petits maillons de l’organisation de la BSPP. Ce sont les casernes que les parisiens ont l’habitude de voir au bout de leurs rues, ou dans les communes de la banlieue parisienne.
À cette organisation ayant une assise territoriale, il convient d’ajouter trois autres groupements pour réaliser un tour d’horizon exhaustif de l’organisation de la Brigade. Tout d’abord, le « groupement formation instruction et de secours » (GFIS) instruit les recrues nouvellement incorporées à la brigade de sapeurs-pompiers de Paris et forme les sapeurs-pompiers destinés à occuper de nouvelles responsabilités. Le groupement est situé pour la formation des jeunes recrues dans le célèbre fort de Villeneuve-Saint-Georges, et pour la formation des cadres et des stages de spécialité au fort de Saint-Denis.
De plus, un groupement à vocation opérationnelle regroupe quant à lui les moyens de secours spécialisés. Ceux-ci sont nombreux et nécessitent des cursus de formation longs et une forte expérience des sapeurs-pompiers qui servent dans les spécialités du sauvetage déblaiement, de la plongée ou encore dans celle du risque nucléaire radiologique biologique et chimique (NRBC). Il en va de même pour les spécialistes des interventions en hauteur ou en profondeur (le groupe de recherche et d’intervention en milieu périlleux – GRIMP), régulièrement médiatisé tout comme les équipes cynotechniques. L’unité regroupant ces spécialités hétérogènes est le groupement des appuis spécialisés (GAS). Les différentes unités le composant sont réparties sur tout le territoire de la BSPP.
Enfin, l’ensemble des fonctions supports est regroupé au sein du groupement de soutiens et de secours. L’administration des personnels, la conception et l’entretien des casernes ou encore la maintenance des engins de secours sont autant de métiers que l’on trouve dans ce groupement. Il en va de même pour les opérateurs du centre de traitement des appels 18/112 qui y sont insérés. Là encore, à l’image de chacun des personnels servant à la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, chaque militaire, quelle que soit sa spécialité acquise lors de la carrière ou détenue initialement, est avant tout un pompier de Paris. À ce titre, il continue à s’entraîner et prend des gardes.
Cette organisation est le fruit d’une longue histoire. D’un bataillon créé en 1811 jusqu’à une Brigade de plus de 8 500 sapeurs-pompiers, la BSPP n’a cessé de s’adapter. Cette adaptation est une des marques de fabrique de l’unité, et elle demeurera nécessaire dans le futur au vu des enjeux à venir. Ceux-ci seront multiples, à commencer par la construction du « Grand Paris », les nombreuses évolutions technologiques que nous voyons poindre dans les « smart cities » ou encore l’évolution des risques des mégapoles. Nul doute que son histoire future se construira en s’appuyant encore et toujours sur la qualité humaine de ceux qui la servent.
1. Notamment La fabuleuse histoire des pompiers de Paris du commandant Deroo paru chez Taillandier.
2. En 2019 la BSPP a effectué 507 258 interventions dont 80 % de secours à victimes et 2,7 % d’incendies. Une intervention pour secours à victimes dure en moyenne 83 minutes, une intervention pour feu (de voitures, de contenants, de poubelles…) dure quant à elle en moyenne 113 minutes. Ces durées sont calculées du départ de l’engin à son retour à son centre de secours.
« Vous reconnaîtrez désormais pour votre chef le capitaine, ici présent, et vous lui obéirez en tout ce qu’il vous commandera, pour le bien du service, l’exécution des règlements militaires, l’observation des lois et le succès des armes de la France. »
La 22e compagnie d’incendie et de secours est rassemblée au « présentez armes ». Les casques et les décorations brillent sous le lourd et chaud soleil de cette fin du mois de juin.
Tous les regards se tournent vers le colonel commandant le 2e groupement qui vient de prononcer avec solennité la sentence réglementaire. Par celle-ci le jeune capitaine que je suis vient de se voir investir de l’autorité faisant de lui le commandant de la 22e compagnie d’incendie et de secours.
Les battements de mon cœur s’accélèrent, une pesanteur vient de tomber sur mes épaules et un profond bonheur m’envahit. Voici ce moment tant attendu qui marque sans nul doute le point d’orgue de ma courte carrière : la prise de commandement d’une unité d’incendie de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris.
Ce moment auquel je me suis tant préparé depuis plusieurs années représente tout à la fois le début d’une nouvelle histoire mais également la simple continuité d’une autre. Ce temps de responsabilité s’inscrit en effet dans une longue chaîne dont je suis un maillon. La 22e compagnie a été créée en 1939, lors de l’extension de la zone de compétence du régiment de sapeurs-pompiers de Paris à la banlieue parisienne. Ainsi, depuis 73 ans, des capitaines se succèdent à la tête de l’unité, assurant la permanence du commandement.
Tous les deux ans, trois exceptionnellement, les compagnies changent donc de chef. C’est la règle immuable à la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, et d’une manière plus générale dans les armées. Ces changements successifs et rapides de chef permettent aux unités de ne pas sombrer dans une confortable léthargie ou dans de néfastes certitudes, celles-ci pouvant concerner tant les chefs que les subordonnés. La contrepartie à ces mouvements rapides et générateurs de changements est l’humilité nécessaire des officiers prenant le commandement. Ceux-ci doivent résolument marcher dans les pas de leurs prédécesseurs, ou tout du moins a minima ne pas avoir l’intention de tout révolutionner pour marquer leur passage.
Mon prédécesseur vient de rendre au chef de corps du groupement le fanion de la compagnie. Le colonel a prononcé la traditionnelle et réglementaire formule d’investiture. Me voici alors récupérant dans mes mains cet objet allégorique de l’autorité du commandement et de la force collective de l’unité.
Il est à dominante orangé et porte sur son avers en lettres brodées d’or le numéro de la compagnie. Son revers est aux couleurs bleue et rouge du 2e groupement d’incendie.
Chaque communauté humaine a besoin de symboles, et le fanion constitue avec le drapeau national l’un des principaux de nos armées. De plus, qu’il s’agisse des bâtiments de la Marine nationale ou des escadrons de l’armée de l’Air, le prononcé de la formule réglementaire et la remise de l’emblème incarnent la légitimité du nouveau chef. Celui-ci devient alors, hic et nunc, le dépositaire d’une autorité dont le président de la République, en sa qualité de chef des armées, en constitue l’échelon sommital.
Autour du drapeau, les hommes et les femmes répartis dans les compagnies font alors corps. C’est en effet la signification du « corps de troupe, de l’esprit de corps ou du chef de corps », notions remplies d’un sens profond, presque palpable pour celui qui a eu la chance d’y servir.
Avec une lenteur toute réfléchie, je passe en revue la compagnie. « Ma » compagnie ai-je envie de penser. Toutefois, aucune appropriation de l’unité car il ne s’agit que des hommes et des femmes que l’on m’a confiés pour une durée déterminée et pour remplir une mission donnée. Tout sentiment de possession dans ce domaine serait particulièrement malvenu, même si le collectif rassemblé autour d’un chef et d’un emblème pousse parfois à effectuer un parallèle avec la cellule familiale.
Voilà maintenant une dizaine d’années que je me prépare à exercer ces fonctions de commandement d’une unité élémentaire. Les premières années de la carrière d’un officier constituent en effet un apprentissage ayant pour but de consolider la stature du chef. Le temps de commandement d’unité élémentaire constitue l’aboutissement de ces premières années au contact de la troupe.
Depuis mon entrée à Saint-Cyr, l’exercice sans discontinuité du commandement a constitué le cœur de cet apprentissage. Celui-ci est permanent, que ce soit en opérations, lors d’exercices ou encore au quartier. Les réflexions sur la conduite des hommes, les nombreuses lectures, la compréhension des opérations du passé sont également des moyens de progresser sur le chemin étroit que constitue l’exercice du commandement. Enfin, à l’instar du symbolisme de la remise de fanion, la permanence des traditions dans la vie du soldat donne du sens aux actions, et en cela guide le futur chef dans son apprentissage.
Les deux dernières années, j’occupais les fonctions d’adjoint de mon prédécesseur. Ces années m’ont en réalité permis d’apprendre les fonctions de commandant d’unité à son contact. J’ai bénéficié de son expérience et de sa droiture, ainsi que de sa grande connaissance de la Brigade. Il en a en effet gravi les échelons de militaires du rang à capitaine. Au cours de ces deux années jouant comme un accélérateur de maturité, j’ai également affermi mon commandement. J’ai pu peaufiner celui-ci, tant dans le fond que dans la forme.
Mon prédécesseur me lègue aujourd’hui une compagnie en bon état. Je sais, au moment de prendre le fanion, que je peux capitaliser sur les derniers mois écoulés, et que je suis maintenant armé pour commander 270 sapeurs-pompiers de Paris.
De plus, je suis à titre personnel heureux de lui succéder, car notre amitié avait débuté quelques années auparavant lorsqu’il m’avait accueilli jeune lieutenant dans ma première affectation. Les interventions de mes débuts s’étaient déroulées à ses côtés. Il avait mis un point d’honneur à me faire découvrir le métier et à me faire profiter de sa riche expérience. Ce clin d’œil de nos destins personnels renforce à nos yeux l’importance de cette passation de commandement.
