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Il suffit parfois d’un geste, d’un regard ou d’un souvenir partagé pour réveiller ce qu’on croyait enfoui…
Éreintée par une première semaine éprouvante, Cameron est au bord de la rupture. Entre pression professionnelle et émotions débordantes, elle cherche un peu de réconfort. C’est Sacha, son collègue réservé, qui devient son refuge inattendu.
Mais derrière ses silences et son assurance, Sacha cache un traumatisme ancien. Pour la première fois, il ose se livrer à Cameron, lui racontant le jour où tout a changé pour lui en intervention. À mesure que les barrières tombent, une complicité s’installe… et peut-être plus encore.
Un nouvel épisode poignant de la série Station 21 signé Emily Chain : émotions fortes, relations en construction, et tension romantique au cœur de l’univers ambulancier.
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Seitenzahl: 126
Veröffentlichungsjahr: 2020
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Merci à Marine d’incarner la jeunesse dans cette vocation. Un métier incroyablement difficile et passionnant à la fois qui doit trouver sa place dans l’avenir des jeunes, parce que vous êtes indispensables.
La bouche pleine de fromage fondu, je fixe mon téléphone portable en proie à de nombreuses vibrations. Le premier responsable n’est autre que mon patron que j’ai du mal à tolérer dernièrement.
« Tu as des nouvelles de Cameron ? Ça va ? »
Je fronce du nez, dégoûté de le voir me le demander au lieu d’envoyer un SMS à sa nouvelle copine avant de me souvenir qu’il devrait être avec elle à l’heure actuelle. J’avale ma bouchée de fromage coulant d’une part de pizza pour lire les autres messages.
J’en ai deux de Maggie, mais je les ignore quand je vois les deux appels manqués de « Cam ».
Mon cœur se met à battre la chamade comme à chaque fois que je pense à elle depuis quelque temps. Si seulement elle ressentait la même chose au lieu de ne voir que Spencer. Je commence à comprendre l’attitude de Nick ces dernières années : constater l’alchimie d’Adel et Rick en sachant pourtant pertinemment qu’en homme marié, il ne pourrait lui offrir complètement ce qu’elle demandait… Cela avait dû lui coûter.
J’appuie sur son contact pour la rappeler et me lève de mon canapé comme si être debout était mieux, plus impactant.
— Cameron, tu as essayé de me joindre ?
Je n’ai même pas attendu qu’elle parle pour le faire. Je suis sous tension. Que s’est-il passé entre eux pour que je reçoive un message de Spencer, pourquoi pense-t-il à moi dans ce genre de moment ? J’ai une dizaine de questions dans la tête et j’ai besoin de la savoir bien, en sécurité et pas toute seule.
— Sach...
Elle n’arrive même pas à prononcer correctement mon prénom et j’entends en fond ses sanglots. Elle tremble et je commence à faire les cent pas, angoissé.
— Cameron, calme-toi !
Silence. Essaie-t-elle de se détendre ou alors elle ne m’a pas compris ? Je monte en pression.
— Cam », où es-tu ? Je viens te chercher.
Encore aucune réponse, je passe ma main libre sur mon crâne chauve et je regrette de ne pas avoir des cheveux pour m’énerver dessus. À la place, j’écrase ma peau, balance un pied dans le vide, me mords les doigts. Rien n’y fait, je suis tendu comme jamais et elle ne répond rien.
— Cam !
Je hurle dans le micro et elle sanglote.
— Je... jardin de Spencer.
Mon sang ne fait qu’un tour. Qu’est-ce qu’elle fout dans cet état chez lui ? Je l’ai quittée à l’hôtel avec lui. Je suis en rage et à la fois méthodique. Mes papiers, mes clefs, une veste pour elle parce qu’elle a l’air frigorifiée au téléphone. Je récupère également une bouteille d’eau et prends ma voiture. Le trajet, entre la maison de mon patron et chez moi, se fait plus rapidement que les limitations de vitesse me l’autorisent, mais je n’en ai rien à faire. L’idée d’imaginer Cameron seule dans l’herbe dans un tel état de détresse me soulève le cœur.
— Je vais te...
Les insultes envers mon patron fusent dans l’habitacle tandis que j’approche de plus en plus du pavillon. Je suis à cinq cents mètres quand une silhouette traverse devant moi. Je pile et braque pour ne pas renverser l’inconnue. Une fois la voiture immobile sur le trottoir, le cœur battant à tout rompre, je sors pour m’assurer que je n’ai pas fait de mal à cette femme.
Je plisse les yeux pour l’apercevoir, elle tangue et je distingue enfin précisément sa silhouette.
— Cam ?
Elle pivote et me regarde, hagarde. Que lui est-il arrivé ?
Je m’approche d’elle et exténuée, elle tombe dans mes bras. Je la soulève et la pose contre mon torse, un bras sous ses jambes, l’autre derrière ses épaules.
Sa tête est écrasée contre moi et elle a l’air d’avoir perdu connaissance.
— Ça va aller, lui murmuré-je.
Quand je l’installe dans mon 4x4, j’hésite un instant. Une partie de moi meurt d’envie de frapper à la porte de Spencer, même la défoncer à coup de pied. Je suis tenté de le massacrer sans même avoir besoin de connaître les faits. Je désire lui faire comprendre qu’on ne se comporte pas comme un de ces cons dans les films. Je souhaite lui montrer à quel point ses actes sont abjects et impardonnables. J’ai les nerfs et ma raison est un fin filet tendu quand je pose les yeux sur Cameron, inconsciente. Cependant, je ne peux pas me résoudre à la laisser dans cet état-là, seule dans ma voiture. Je n’ai pas la force de la quitter un instant et c’est ce qui fait que je remonte dans mon 4x4, en claquant bruyamment la porte.
Aucune réaction de sa part. Elle paraît profondément endormie et pour la première fois depuis son appel, je m’attendris. Son visage devenu paisible m’inspire un peu de calme, suffisamment pour que je puisse reprendre le volant dans des conditions acceptables.
J’ai envie d’allumer la radio et de hurler mon ressentiment, mais réveiller Cameron alors qu’il me reste une grosse partie de la ville à traverser n’est pas une bonne idée. Les yeux rivés sur la route, je profite de la fluidité de la soirée avancée pour me faire plaisir et accélérer de tout mon saoul.
Le compteur explose et j’apprécie enfin d’avoir mis une belle fortune dans une voiture grosse cylindrée pour abandonner ma moto de course dans le garage une partie de l’année. Il m’avait fallu un seul reportage à deux heures du matin pour me faire raccrocher les gants et le casque.
« Un motard est ainsi bien plus en danger sur la route sans forcément en être le principal responsable. »
Le présentateur professionnel n’avait aucunement l’intention de nous dégoûter et avait voulu minimiser les risques sur la fin de son discours, mais les chiffres étaient là. J’avais envie d’avoir des enfants et une longue vie. Et cela ne m’avait pas l’air compatible avec mes anciennes habitudes de fou du guidon.
Dès le lendemain, je m’étais retrouvé chez le concessionnaire pour commander ma première voiture. L’homme avait été très professionnel et avait réussi à me vendre l’un de ses modèles les plus chers. Une grosse partie de mes économies avait fondu dans cet achat et je ne le regrettais que de temps en temps, lors de mes moments de nostalgies de motard, face à une série comme Sons of Anarchy. Mais mon désir d’être père et de vivre une longue vie était plus fort.
Une BMW tente de semer mon bolide sans grand succès, mais la dépasser ne m’offre même pas une légère satisfaction. Si cela avait permis d’humilier Spencer, j’aurais sans doute pris bien plus de plaisir. Mais là, c’était inutile et trop simple.
J’observe du coin de l’œil ma collègue et mon cœur se serre. Si seulement elle savait qui je suis réellement. Elle croit que je suis un ange sorti du paradis et qu’elle ne mérite clairement pas mes faveurs. Certes, je n’ai aucun démon dans le placard, mais cela n’est pas pour autant que je n’ai aucun défaut. La vengeance étant l’un de mes péchés favoris, je ne peux m’empêcher de penser que les semaines à venir seront compliquées en fonction de ce qu’elle va me dire dans les heures prochaines.
Si Spencer l’a touchée, il ne comprendra pas sa douleur. Je peux être l’image de la perfection tant que l’on ne me pousse pas dans mes retranchements. Cameron est devenue en quelques jours un point faible auquel je ne m’attendais pas.
Dans la vie, je n’ai pas plus de quatre personnes importantes, voire essentielles. On dit toujours que ce n’est pas plus que le nombre de doigts d’une main. Elle vient de compléter ma main droite, prête à fermer le poing pour offrir ma vengeance.
J’approche de chez moi et j’hésite. Je pourrais très bien la ramener chez elle. J’ai les clefs même si elle ne le sait pas. C’est d’ailleurs pour cette raison que je ne choisis pas la direction de son appartement. Elle n’arriverait pas à comprendre que j’ai des doubles et elle pourrait mal le prendre. Comment pourrais-je expliquer à cette magnifique blonde que je suis le propriétaire de l’immeuble où elle vient de signer son premier bail ? Elle ne me ferait jamais confiance après une telle révélation. Et je n’ai pas voulu lui avouer ça, car elle n’aurait pas accepté pensant à une sorte de charité même si cela n’avait rien à voir. Je suis un propriétaire et Cameron est solvable jusqu’à preuve du contraire. Certes, les garants sont inexistants et elle n’aurait jamais trouvé un logement décent sans mon aide. Mais je sais également que la pitié n’est pas un sentiment agréable. Si j’ai ces logements, c’est simplement grâce à ma femme, décédée, et qui avait voulu investir quelques années avant de m’épouser et me léguer la totalité de ses biens. Je la vois encore m’avouer qu’elle n’a que moi comme bénéficiaire.
— Non, Diana...
— Pourquoi veux-tu toujours sauver les gens, Sacha, en donnant de ta personne et ne pas accepter quand on t’offre quelque chose ?
— M’offrir quoi ? Tu es en train de mourir.
J’avais hurlé ça au beau milieu du service oncologie de l’hôpital où nous nous étions rencontrés quelques années auparavant. Elle était malade, mais en rémission presque complète et moi, infirmier, plein d’espoir.
Depuis, j’ai testé l’armée, les rangers, vu la mort bon nombre de fois et compris que la vie n’avait aucune saveur si on ne la partage pas avec nos amis, notre famille et nos amours. Ce qu’elle m’a laissé n’a aucun prix sauf celui de vouloir vivre pour deux. Elle était si solaire.
Elle me fait penser à Cameron, tout du moins, c’est la jolie blonde qui lui ressemble. Douce et explosive à la fois. Lors du carambolage sur l’avenue, elle m’a impressionné et je dois le dire, charmé. Quand je me suis approché d’elle, ses yeux lançant des éclairs à chaque débris cachant potentiellement l’enfant qu’elle cherchait, j’ai frissonné. Pas de peur, au contraire. J’ai vu une fougue pour la vie que je n’avais pas remarquée encore. Même si ce n’était pas pour la sienne, qu’elle s’intéresse à un être vivant inconnu de cette façon m’a plu. Elle estimait que la vie avait une valeur véritable et que cet enfant ne pouvait pas mourir ainsi. Pas si tôt.
J’arrive chez moi avec l’image de son visage irradiant de bonheur en tête. Je n’ai pas eu le courage de l’amener à l’appartement et puis de toute façon, je n’avais pas encore sorti Arles, mon adorable chien. Cette boule de poil doit attendre patiemment derrière la porte de me voir revenir. Ce bébé de neuf ans n’a plus les hanches toutes jeunes et pourtant il ne se passera jamais de notre balade nocturne au bord du petit étang artificiel installé à côté de mon quartier.
Diana l’avait pris juste avant d’apprendre pour son cancer. Elle n’aurait pu avoir un meilleur compagnon que celui-ci. À chaque fois que je le regarde, je le remercie d’avoir été là pour elle avant moi, de lui avoir offert cette bienveillance et l’amour sans fin dont seul un animal est capable.
Je descends en premier de la voiture sans la réveiller et décide de sortir le petit monstre pour qu’il se dégourdisse les pattes. En quelques secondes, la boule de poils court en s’égosillant, heureuse de mon retour avant de tourner autour de la voiture. Son sixième sens est à l’affût, il sait que j’ai ramené quelqu’un. C’est d’ailleurs la première fois qu’une femme vient ici depuis le décès de Diana. J’aurais dû probablement changer de maison, inviter des amies... Mais je n’ai jamais eu le cœur de le faire et Arles se serait attaché à elles de toute façon. Je n’ai jamais souhaité de relations durables pour deux raisons. La première, je ne me sentais pas prêt pour aimer à nouveau aussi fort un être humain. La deuxième, je n’avais pas trouvé la bonne personne au fil de mes rencontres.
Mieux vaut être seul que mal accompagné et en l’occurrence je ne suis ni l’un ni l’autre grâce à mon brave compagnon.
— Ne la brusque pas, elle a eu une dure soirée.
Mon chien pivote vers moi, attentif. Ses oreilles pointent vers l’avant et il penche la tête sur le côté. Il est si intelligent. Obéissant, il se poste à quelques mètres de la portière et me laisse la descendre. Cameron est toujours dans un état catatonique et je n’ose pas la réveiller de peur de la voir paniquer. La dernière fois qu’elle était consciente, elle traversait devant mes roues, comme ultime souvenir, éveillée, il y a mieux.
— Bon chien. Rentre.
Il m’obéit tandis que je soulève le poids mort de mon binôme avant de pousser la portière du véhicule. La lourdeur de cette dernière m’oblige à le faire en deux fois. Mon geste fragilise le sommeil de ma collègue, mais ne parvient pas à la réveiller complètement.
Une fois assuré d’avoir fermé les portes, je rentre dans la maison avec elle et l’installe sur le canapé. Ma pizza n’a pas fait long feu avec mon Arles dans la pièce et je souris en voyant le carton déchiqueté au sol.
— L’attente a été bonne, Loulou ?
Il se couche et pose sa tête entre ses deux pattes, les oreilles en arrière, coupable. Il est tellement mignon dans cette position que je renonce à le gronder malgré le fait qu’il n’ait pas le droit de voler de la nourriture, que je sois absent ou non. Je débarrasse la table basse et recherche une couverture chaude pour mon invitée, aussitôt il se met à aboyer. J’accours dans le salon pour l’intimer de se taire quand je vois Cameron redressée.
— Tout va bien, garçon.
Arles se détend et observe ma collègue d’un drôle d’air. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle se réveille et a dû avoir peur. Ma présence le rassure et il s’approche d’elle.
— Il est gentil, soufflé-je.
L’expression figée sur son visage me montre qu’elle est perturbée et déboussolée par ce qui arrive. Je m’avance essayant de trouver les mots justes qui la réconforteront au lieu de lui créer une seconde vague d’angoisse. Cependant, Cameron est plus réactive que moi :
— Tu es venu.
Son ton marque à la fois de l’étonnement, de la surprise et des remerciements. Je m’assois près d’elle et lui chuchote :
— Je viendrai toujours.
Les larmes aux yeux, elle m’enlace et commence à sangloter. La nuit risque d’être longue.
L’eau bouillonne et je me perds dans mes souvenirs.
— Sacha, tu peux prendre la chambre 02 ?
Ma collègue Amina me parle tandis que je regarde les fascicules devant moi. Elle s’approche pour s’assurer que j’ai bien entendu quand ses yeux se posent dessus.
— Toujours cette lubie d’être ambulancier ?
