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Elle a enterré ses émotions… mais un regard suffit à tout réveiller.
Allie dissimule ses blessures derrière une façade de force. Ambulancière aussi compétente que distante, elle garde ses collègues à distance et préfère les liaisons sans lendemain. Mais lorsqu’une intervention la confronte brutalement à une scène qu’elle pensait enfouie à jamais, ses défenses s’effondrent.
Owen, attentif et tenace, perçoit ses failles. Bien décidé à percer le mystère Allie, il va doucement l’amener à s’ouvrir. Mais Allie est-elle prête à faire face à son passé pour envisager un avenir ?
Emily Chain poursuit sa série à succès avec un épisode poignant, mêlant romance psychologique, secrets douloureux et émotions à fleur de peau. Un véritable page-turner !
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Seitenzahl: 104
Veröffentlichungsjahr: 2020
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Le soleil brille quand j’ouvre les yeux. Je cligne plusieurs fois des paupières et mes longs cils noirs passent par alternance devant ma vision un peu trouble. Il me faut plusieurs secondes pour être complètement réveillée. Il doit être un peu plus de sept heures et je me suis éveillée bien avant le réveil, comme d’habitude. Je ne sais d’ailleurs pas pourquoi je m’entête à programmer un tel appareil si c’est pour ne jamais l’utiliser.
Une fois en pleine possession de mes moyens, je tourne la tête d’un côté puis de l’autre pour me souvenir de la veille. Le fil conducteur s’installe et je soupire sans un bruit. Ensuite, je me lève doucement du lit pour ne pas réveiller l’homme à côté de moi. Un bras nu apparaît sur son torse et bouge légèrement. La femme à moitié sur lui est quasiment consciente, je le remarque à ses paupières qui tremblent. Je me dépêche de sortir de la chambre avant qu’elle ne me voie partir. Elle serait encline à poser trop de questions et c’est ce que je veux éviter. Surtout aujourd’hui.
Mes vêtements jonchent le parquet du couloir et je les récupère un à un. Je prends également le collier en coquillage que j’ai ôté avant de me déshabiller. Il trône sur une petite commode contre le mur. Je glisse sur mon doigt la bague que j’avais également mise de côté et continue mon avancée dans ce couloir. Je connais par cœur cet appartement et me dirige vers la cuisine pour me préparer un café. Mes mains font les choses automatiquement tandis que mon esprit est encore un peu enfumé après la nuit que je viens de passer. Mes yeux se perdent sur les photos placardées sur le réfrigérateur et je soupire. Il y en a des dizaines, elles sont magnifiques et représentent toutes quelques choses.
Rania et son mari Kyllian sourient devant d’immenses temples probablement hindous. Ils s’enlacent, sourient à l’inconnu qui prend les photos et s’attellent à mettre en valeur les paysages derrière eux. Du respect et de l’amour, c’est ce qui se dégage le plus de cette série d’aimants.
Je pose un doigt sur la plus petite des photographies. Elle représente un paysage d’Asie et mon cœur se serre. Je n’ai jamais eu la chance d’aller dans ce coin du monde pourtant imprégné dans mes gènes et les voir ainsi sur une façade de frigo me fait de la peine. En rencontrant ce couple, je savais très bien qu’ils voyageaient en Asie, c’est probablement pour ça que je les ai choisis, mais cela ne m’apporte plus aucune sérénité dorénavant.
— Tout va bien ?
Je ne sursaute pas quand la voix douce et posée de Rania m’interrompt dans mes pensées. Elle a cette intonation rassurante et paisible qui ne permet à personne d’avoir peur en sa présence. Rania s’est levée juste après moi, sans grande surprise, et ne porte qu’un simple peignoir qui ne couvre pas entièrement son corps nu. Cette femme est magnifique et nous avons vécu de bons moments, mais je ne m’épanche jamais sur mes sentiments avec des personnes de passage. Je souris, sachant pertinemment qu’il n’y a que ça dans ma vie. Je n’autorise quiconque à rentrer véritablement dans ma poitrine. Je ne veux plus. Rania a l’air peiné de lire en moi ma décision et je préfère mettre des mots sur ce regard trop intense.
— Oui, je dois simplement y aller.
J’ai soufflé ça dans une sorte de soupir et elle n’est pas dupe.
— Tu ne reviendras pas, c’est ça ?
Elle est lucide et ce n’est pas de l’amertume qu’elle m’offre. Elle ne comprend sans doute pas non plus, mais elle accepte. J’aurais aimé avoir d’autres personnes comme elle dans ma vie. Cela aurait probablement changé des dizaines de faits et je n’en serais peut-être pas là aujourd’hui.
— Je ne crois pas, avoué-je.
Elle sourit avant de poser un doigt sur l’une des photos que je regardais juste avant.
— Cela ne m’étonne pas. Je l’avais senti.
J’étire mes lèvres dans une moue légèrement sympathique. Rania est une femme épatante que j’ai eu la chance de côtoyer plusieurs mois et sa façon de comprendre les autres est surprenante. Son empathie dépasse largement la moyenne et je me sens bien avec elle, trop sûrement. C’est une des raisons pour laquelle je fuis aujourd’hui. Je m’habitue à me réveiller avec eux, à passer mes soirées et mes congés avec eux…
Sauf qu’il n’y a aucun avenir à cette situation. Notre relation n’est qu’éphémère et c’est ce que je souhaite garder.
— Je n’ai pas envie de réveiller Kyllian.
— Tu as bien raison, souffle-t-elle. Il serait trop malheureux de devoir te dire au revoir.
Je ne réagis pas. J’ai déjà trop mal au cœur pour penser à la peine que je vais lui causer. Mais c’est le contrat. Si l’un de nous ne s’estime plus à sa place, cela se termine. C’est aussi pour ça que Rania ne pose pas de questions. Les choses sont simples et claires depuis le début.
— Tu pourras revenir quand tu te sentiras prête.
La proposition de Rania me touche, mais je n’ai pas l’habitude de laisser des portes entrouvertes.
— Non. Il vaut mieux qu’on arrête.
Je finis de mettre ma robe fluide et attrape la tasse de café qui est prête. Même le mug dans mes mains représente quelque chose de leur passé commun. Quelle chose étrange de m’avoir acceptée dans leur cocon, quand j’y pense. Pour moi, ce n’était pas un risque à prendre, je n’avais rien à perdre.
— Tu devrais t’ouvrir un peu.
Le conseil de mon amante de plusieurs mois ne m’atteint pas. J’ai l’habitude qu’on essaie de me faire des reproches ou qu’on tente de me faire changer. Ce n’est pas grave, mais je ne le veux pas. J’ai autre chose à faire que de me lamenter sur mon souci à m’ouvrir aux autres pour le moment.
Je pense à Owen qui doit déjà être en route vers mon appartement et j’accélère le pas. J’avale rapidement le café brûlant et laisse la tasse dans l’évier.
Je suis prête à déposer un chaste baiser sur sa joue, quand elle pivote la tête. Nos lèvres s’effleurent et la douceur de sa peau me revient en mémoire. Elle m’offre un dernier baiser d’au revoir avant de me laisser partir. J’entends la forte respiration de Kyllian lorsque je referme la lourde porte d’entrée derrière moi. C’est un morceau de mon cœur que j’abandonne à ce couple. La sensation d’être vide et fatiguée me tombe sur les épaules avant de me ressaisir. Je n’ai pas enfilé ma tenue et je vais aujourd’hui faire comme Nick. J’ai toujours trouvé cela drôle qu’il fasse attention à venir systématiquement en civil. Comme s’il était prêt à partir à une soirée improvisée juste après le travail. Il est sans doute celui qui a une vie nocturne des plus actives vu ce que me raconte Owen de temps en temps.
Il s’agit d’ailleurs du seul célibataire de la station à ce que je sais. Avec moi, si on me considère comme telle. Même si personne ne m’a jamais demandé ce que je faisais sur mon temps personnel. C’est peut-être ma froideur qui empêche ce genre de demandes et cela me va très bien. Je ne me vois pas expliquer à mes collègues que je partage les lits d’inconnus, souvent en couple, parfois non. Ce n’est pas vraiment le genre de choses qu’on souhaite aborder en premier. Les mentalités sur le sujet ne sont pas encore assez développées pour le faire dès les premières semaines.
Néanmoins, je n’ai pas l’impression de mentir à qui que ce soit. Ce que je fais en dehors de mes heures de travail ne regarde que moi.
Cela fait plusieurs semaines que je suis à la 21 et je m’y sens bien. Même si je n’ai pas encore ce déclic recherché quant à la satisfaction du travail accompli que d’autres de ma promotion semblent prôner sur les réseaux sociaux, mais j’y suis bien. Il ne faut pas toujours chercher la perfection. Julianne, qui a passé son examen le même jour que moi, m’a envoyé une photo d’elle aux anges lors de sa première intervention. « Je me sens si spéciale grâce à ce métier. Enfin, je me sens utile ». J’aurais adoré lui dire la même chose mais je n’ai pas pu. Je sais que je demande la lune pour être comblée, mais j’ai besoin de plus. Même si Owen me montre à quel point cet emploi est nécessaire et qu’être aux services des gens est valorisant et important, je cherche ce petit plus dans ma vie qui n’existe pas encore.
Je fixe la moto que j’ai garée en bas de l’immeuble et la chevauche sans plus attendre. Je n’ai qu’une dizaine de minutes de route à faire à bonne allure pour rejoindre mon appartement, ranger mon deux roues et faire semblant de sortir tout juste du studio que je n’habite quasiment jamais. Je ne sais pas pourquoi je mens à Owen. Peut-être parce qu’il est différent. Sa douceur et son sens du devoir m’ont touchée depuis le premier jour et je n’ai pas envie de le décevoir. Ma vie privée est un joyeux bordel et il ne comprendrait probablement pas pourquoi je m’emploie à ne jamais m’attacher plus de quelques semaines avec n’importe qui.
Mes dernières relations se dénombrent sur plusieurs mains et ne se ressemblent pas. Je marche à 100 % à la fluidité. Si un couple me paraît idéal, je m’y insère, si une personne seule me semble suffisamment sereine pour accepter le peu que j’ai à offrir, j’y vais. Mais jamais plus de quelques semaines, sinon les sentiments arrivent et c’est le déchirement ensuite.
Je ne fais jamais souffrir, les règles sont posées dès le départ. Je sais que parfois certaines personnes ont cru pouvoir me faire changer, mais ce n’est pas mon objectif. Ce n’est pas un appel à l’aide ou un cri de désespoir que de fonctionner ainsi. Je me connais, m’écoute et me respecte.
Ma mère adoptive a mis du temps à accepter le fait que je n’aurai pas de partenaire, homme ou femme, pour les fêtes de famille. Elle a essayé elle-même de jouer les entremetteuses pour que je trouve la stabilité que la société prône. Sauf que ce n’est pas ce que je souhaite. Je ne l’ai jamais voulu. Être seule me convient la plupart du temps. Je ne supporte simplement pas de m’endormir seule. C’est angoissant de fermer les yeux et de n’avoir personne à côté en cas de problème.
Je gare ma moto à l’emplacement prévu. Il y a quatre belles bécanes déjà posées, n’attendant que la mienne pour compléter le lot de bolides de l’immeuble. Je suis la seule femme à posséder une moto dans le quartier et cela attire souvent des regards que je n’apprécie pas tellement. Cette moto, elle appartenait à mon frère et ma mère déteste que je la conduise. Moi je l’aime beaucoup.
Je descends de moto d’un seul bond, je pose mon casque dans les casiers réservés à cet effet et sors aussitôt en me faisant un chignon rapide.
Mes longs cheveux noirs s’emmêlent et je regrette de ne pas avoir opté pour une queue de cheval simple. La simplicité, c’est toujours la meilleure option !
Une fois le massacre terminé, je guette l’arrivée du 4x4 d’Owen. En quelques secondes, il déboule devant. Son immense sourire, intact depuis notre première rencontre, me fait chaud au cœur. Cet homme est une perle et je ne comprends pas pourquoi les femmes ne s’y intéressent pas. Bien que je ne choisisse pas forcément des humains très stables et bons, je peux voir la valeur de mon binôme. Moi, je choisis de façon très consciente des personnes qui ne sont pas mon âme sœur. C’est même justement le critère précis que je recherche. Cela permet tout simplement de ne pas s’attacher ou de se retrouver face à des complications.
Quand je vois les histoires rocambolesques au sein de la 21, je me pose des questions sur le genre humain.
Si Adel est la plus incompréhensible à ce sujet, Sacha, Cameron et Spencer ne sont pas loin. Sans parler du comportement de Nick, qui nous a laissés sans voix la dernière fois.
J’ai beau me dire qu’ils ont un passif ensemble, je n’ai pas réussi à tout suivre correctement.
Bien qu’Owen ne prenne que très rarement parti, j’ai vu que cela n’était pas passé de son côté également. La gifle de ma collègue est arrivée à point nommé pour le remettre dans ses dix-huit mètres. J’ai eu envie de l’applaudir, mais je ne suis pas là depuis suffisamment longtemps dans l’équipe pour me faire remarquer de la sorte.
Mon téléphone vibre quand je m’apprête à ouvrir la portière d’Owen. Je n’ai pas besoin de lire le message que je viens de recevoir pour en connaître le contenu.
