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Il a tout perdu… mais la Station 21 ne peut pas se permettre de perdre son chef.
Depuis sa rupture avec Cameron, Spencer sombre peu à peu. L’alcool devient sa seule échappatoire, alors même que la Station 21 est au bord de la faillite. Les dettes s’accumulent, et les offres de rachat douteuses se multiplient. Parmi elles, celles d’un réseau criminel bien décidé à blanchir son argent dans le monde médical…
Entre tentation, pression, et chagrin, Spencer doit faire un choix : renoncer ou se battre. Pendant ce temps, Sacha vit un moment bouleversant en accompagnant un accouchement d’urgence à domicile, réveillant ses propres traumatismes.
Ce cinquième épisode de Station 21 mêle avec brio tension émotionnelle, action haletante et une romance sur le fil. Emily Chain signe un nouvel épisode captivant où tout peut basculer d’un battement de cœur.
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Seitenzahl: 105
Veröffentlichungsjahr: 2020
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« Ne regarde jamais le fond d’un verre vide sans m’avoir appelé avant. Ne pense jamais que tu seras assez fort, c’est faux. Si tu as le moindre doute, c’est qu’il est temps de me contacter. Spencer, on ne vainc pas l’alcoolisme avec des paroles, mais avec des actes. »
Ce discours, j’aurais dû me le coller sur la main, le bras, quelque part où cela m’aurait percuté suffisamment pour ne pas boire.
Aurais-je pensé qu’à l’orée de mes quarante ans, le ciel me tomberait à nouveau sur les épaules ?
Les idiots de la table vingt-trois du bar où je cuve sifflent et ricanent sur la crise de la quarantaine que selon eux je traverse. Est-ce parce que j’ai passé les trois dernières nuits ici, à picoler comme un idiot, ou parce que j’ai invité des filles bien trop jeunes à m’accompagner dans cette descente ?
Ce qui est sûr, c’est que le jeton qui trône dans ma poche pour mes années de bonne conduite loin des verres à Whisky est révolu.
La trahison que je me fais en buvant chaque gorgée est presque aussi difficile à assumer que la douleur qui s’immisce dans ma poitrine quand je pense au sourire radieux de Cameron. Surtout ces derniers jours.
En ce moment, elle glousse et roucoule avec cet idiot d’héritier chanceux.
Il l’a eue par l’argent, aucun doute. Moi, je n’ai rien d’intéressant à vendre, je galère avec la gestion de la station, j’ai Nick dans les pattes et Adel aux baskets.
À vrai dire, le seul que j’imaginais me compliquer la vie se révèle complètement absent.
Speedy n’a pas réapparu dans mon champ de vision depuis qu’il est venu chercher ses affaires. Je l’ai viré et il n’a même pas essayé de me refaire le portrait. Je l’ai probablement mal jugé et à l’heure actuelle, j’aimerais mieux l’avoir dans l’équipe plutôt que cet idiot et agaçant Sacha.
Il a toujours raison et je n’en peux plus.
— Tu es sûr d’en vouloir encore un de plus ?
Jack, mon ami et gérant du bar où je me trouve, m’observe.
— Je paie, tu sers, non ?
Mon ton est vaseux et pas si assuré que je l’aurais voulu. Venir ici n’est pas très intelligent pour le patron de la société collée au bar. Il sait très bien quel métier j’exerce et je suis persuadé qu’il n’est pas le seul dans cette pièce.
— Tu devrais juste moins forcer sur la dose, souligne-t-il.
Il a raison. Je suis ivre et je n’ai aucune envie de m’étaler sur le sol sans espoir de me redresser et pourtant, j’avais besoin de ne plus ressentir cette douleur. Mais malgré tous mes efforts, elle est toujours là.
— Ce n’est pas comme ça que ça ira mieux.
J’acquiesce. Il ne sait pas que je fais partie des alcooliques anonymes. Le groupe porte bien son nom d’ailleurs. Personne ne le sait. Je vis ça seul tant que je n’appelle pas mon parrain. Mais ce dernier vit une vie incroyable avec une femme époustouflante et je n’ai aucune envie de lui gâcher sa nuit pour venir me chercher. De plus, il serait si déçu de mon état pitoyable que le voir m’enfoncerait probablement plus.
— Encore un.
La voix pâteuse, je regarde mon verre vide se remplir. Le fond se trouble et je comprends qu’il ne restera pas longtemps plein. C’est mon problème, j’engloutis, je ne déguste pas. Si je suis devenu alcoolique, c’est à cause des soucis. Au départ, cela n’était que de petits détails dans ma vie. J’avais épousé la mauvaise femme, je n’aimais pas véritablement mon métier, que j’avais choisi suite à un rêve d’enfant de devenir secouriste en mer, et puis j’avais dû avec le temps endosser des responsabilités qui n’étaient pas les miennes.
Cependant, j’avais cru qu’être gérant de la station allait tout changer, puisqu’elle ne me regardait plus de la même manière. Oui, Fanny avait posé un nouveau regard sur moi. C’est comme si j’étais devenu plus séduisant et sexy, j’étais à nouveau digne d’intérêt. Cela avait duré quelques mois et j’avais cru retrouver la flamme que je cherchais. Sauf que ce n’était qu’un petit brasier que le vent a soufflé en peu de temps.
Je tourne le liquide plusieurs fois, faisant faire à mon verre des cercles réguliers. C’est hypnotisant et j’essaie de savoir quand j’ai commencé à boire. Sauf que le mouvement me fait piquer du nez et Jack me rattrape in extremis.
— Rachel, tu gardes le bébé un instant, je dois le raccompagner.
La fille de mon ami accourt et lui chuchote :
— Fais attention à ton cœur, papa. Le médecin a été clair, aucun acte physique.
— Ne t’inquiète pas, je n’ai que quelques mètres à faire. Il décuvera dans son bureau.
Je n’entends qu’une partie de la conversation, un mal de crâne venant abruptement d’obscurcir ma vision.
— Allez, mon gars, on rentre avant que tu t’étales vraiment et que je me sente obligé d’appeler les ambulanciers.
Cette information m’offre un coup de fouet assez efficace pour que je me redresse. Il passe sa tête sous mon bras et arrive ainsi à me soutenir suffisamment.
— Ça va aller…
Je murmure ça sans grande conviction tandis qu’il m’aide à sortir du bar. La fraîcheur de la nuit extrêmement avancée me permet de reprendre une partie de mes esprits. Une fois arrivé à la station, Jack m’amène jusqu’à l’escalier qui mène au bureau.
— La salle de garde, c’est plus…
— Non. Je n’ai pas envie qu’un de tes employés te retrouve comme ça demain matin. Là, tu vas décuver dans ton bureau en espérant que tu te réveilles à une heure décente, ce qui leur évitera de monter sans y être invités.
Incapable de défendre mon point de vue, je le laisse faire et me retrouve allongé sur le dos, dans mon canapé, installé à l’opposé de mon bureau en chêne. Il baisse les stores et je perds trop vite connaissance pour l’entendre partir. Je crois vaguement qu’il me parle d’ouvrir la porte à une heure décente demain matin, mais je n’en suis pas sûr. Le reste se termine dans les limbes d’un sommeil agité.
Le premier son que j’entends, c’est celui d’une voiture qui ronronne fort. Le suivant est plus aigu, des chaussures qui tapent contre du métal, quelque chose qui tangue et…
Mon Dieu, quelqu’un monte.
Je me redresse, bien trop rapidement après cette cuite, et observe la pièce. Je suis débraillé, portant les vêtements de la veille, une tête de post alcool et le cerveau pas encore en place.
Je panique quand une idée me vient.
J’enlève ma veste, la roule en boule derrière le coussin du canapé où j’ai comaté de nombreuses heures et j’ôte mes chaussures pour m’étaler par terre sans grande délicatesse. J’ai à peine le temps de me mettre en position que l’intrus arrive. Il s’agit de Sacha. L’envie de lui rentrer dedans avec une force herculéenne me vient à l’esprit avant de me souvenir que je ne suis pas en position de le faire, je pue l’alcool et j’ai dormi ici.
— Qu’est-ce que… ?
Me voir faire une pompe dans mon bureau paraît l’étonner. J’en fais cinq avant de ne plus en pouvoir et me redresse. L’effort physique a rougi considérablement mon visage, ce qui permet de masquer suffisamment les traits bouffis liés à l’alcool. Ma sueur explique mon état pitoyable et il ne s’interroge même pas sur ma tenue vu l’expression sans voix qu’il m’offre.
— Personne ne vient ce matin, remise à niveau obligatoire, me précise-t-il.
— Pas toi ?
Je réponds sèchement, mais son air supérieur des derniers jours m’y oblige. Si je sais que je suis allé le voir pour récupérer Cameron il y a quelques jours, je n’ai aucune idée de ce qu’il s’est passé ensuite. J’avais tellement bu que je me souviens juste de mon réveil à l’heure où passe le facteur devant mon pavillon. Je l’ai regardé sans comprendre son expression hilare et j’ai couru vomir et me doucher avant de repartir au travail.
Mais contrairement à moi, je suis persuadé que ce fourbe se souvient très bien de mes paroles. Dans un tel état, j’ai dû être sacrément pitoyable. D’ailleurs, Cameron n’ose même plus me regarder en face, ce qui est assez parlant à mon goût.
— Qu’est-ce que je fais ?
« DISPARAÎTRE »
Si j’avais dû lui répondre sincèrement, cela aurait été ma réponse sans l’ombre d’une hésitation.
— Prends un VSL.
— Pour aller où ?
J’ai envie de lui envoyer le vase en terre cuite à côté de moi. Pourquoi pose-t-il autant de questions alors que ma tête est sur le point d’exploser ?
— Je…
La méchanceté suinte dans ma bouche, mais ne sort pas. Je ne dois pas oublier que je suis encore le boss ici, peut-être pas pour longtemps, mais c’est déjà ça.
— Je t’appelle quand j’ai quelque chose pour toi.
Il grimace, n’appréciant pas que je l’invite à partir aussi cavalièrement. Je m’en contre-fiche, j’ai juste envie d’avoir la paix. Si le rabaisser un peu entre-temps est possible, je le fais avec plaisir. Je n’ai aucune idée de ce qu’elle peut lui trouver. Cet homme est fade et je ne l’aurais pas repris après son délire de Rangers si Owen n’avait pas insisté. C’était lui qui était le binôme de son père à l’époque où il travaillait pour Station 21. Il a voulu rendre hommage à son ami en offrant un coup de pouce à Sacha. Sauf que ce dernier est trop sentimental pour être efficace. Les clients sont contents oui, mais pas les horaires. Quand il fait des transports, cet homme est un gouffre de minutes. Impossible d’être rentable avec des pipelettes comme lui.
J’attends qu’il sorte du bureau pour me relever et allumer l’ordinateur. Même si nous ne sommes pas à la pointe de la technologie, nous pouvons nous permettre des petits bijoux de performance en traçage, installés dans les appareils que chaque équipe prend comme GPS. En temps et en heure, sur cet écran, chaque ambulance est répertoriée sur une carte. Je peux voir que le cheptel est dans l’entrepôt. En effet, Owen, Cameron et Nick sont partis directement avec leur voiture à leur sortie. Adel a été probablement accompagnée par Brad et je n’ai aucune idée d’où se trouve Allie. Cette femme est un électron libre. Elle me rappelle Liss, qui manque bien à l’équipe depuis son départ pour un congé maternité qui s’éternise.
Une fois le matériel allumé, je tente de trouver une mission vacante pour ma station, même si j’avais prévenu que nous serions en sous-effectif. Si Sacha n’avait pas un grade supérieur obtenu grâce à sa fonction militaire, son expérience de Rangers et son diplôme d’infirmier, je pourrais me la couler douce dans mon canapé. Cet homme est une véritable plaie qui ne veut pas s’en aller.
Le téléphone sonne et la chance me sourit enfin. J’esquisse une mimique flippante quand la voix de la régulation m’explique le problème d’une patiente. Maux de ventre, envie d’uriner et de déféquer, une bonne gastro-entérite foudroyante qui risque de ne pas être agréable à traiter. Mon cher et tendre Sacha veut bouger, je vais lui offrir de quoi savourer d’être l’employé modèle.
— J’ai l’homme qu’il faut, je l’envoie tout de suite.
Je note sur un bout de papier l’adresse avant de recevoir le complément sur l’ordinateur et raccroche. Quand je me lève, la gueule de bois n’est qu’un lointain souvenir, puisque je sais pertinemment que ma journée ne peut qu’aller en s’améliorant. J’espère qu’il passera une grande partie de la journée aux urgences avec cette femme sans pouvoir respirer et en prime, avec une odeur incommodante.
Une fois que ma tête passe ma porte de bureau, je sens le regard de Sacha prêt à sauter dans la première voiture et sauver des vies. S’il savait.
— Tu as quelque chose, prends la V14.
Il acquiesce, saisit le téléphone du véhicule en question et disparaît bien vite de mon entrepôt. S’en être débarrassé aussi rapidement après avoir ouvert les yeux me convient.
