Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
C'est pour lutter contre la secte gnostique des caïniens (ou caïnites) que ce texte a été rédigé vers 200-206. Le traité, le premier conservé sur cette question, présente le baptême chrétien comme renaissance et libération. Il pose le problème des relations entre foi et rite, grâce divine et signe sensible. Une esquisse de la théorie des sacrements.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Tertullien est né entre 150 et 160 à Carthage (actuelle Tunisie) et décédé vers 220 dans la même ville, est un écrivain de langue latine issu d'une famille berbère romanisée et païenne. Il se convertit au christianisme à la fin du IIe siècle et devient le plus éminent théologien de Carthage.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 103
Veröffentlichungsjahr: 2022
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Tertullien
LE BAPTÊME
La collectionLa Manne des Pères
Collection dirigéepar Sœur Marie Ricard, Bénédictine de Martigné-Briand (49)
La liste des ouvrages déjà parus se trouve en fin de volume.
Couleurs des bandeaux de la collection
rouge : IIe siècle
vert : IIIe siècle
jaune : IVe-Ve siècle
terre de Sienne : VIe siècle et au-delà
Envoi de manuscrit ou de projet audio :
Saint-Léger éditions
1, chemin des pièces Bron
49260 Le Coudray-Macouard
02 41 67 79 30
Tertullien
LE BAPTÊME
Texte intégral
© Saint Léger éditions, 2016.
Tous droits réservés.
Nombreux sont nos contemporains qui découvrent avec plaisir les Pères de l’Église.
Grâce à leurs écrits, leurs prédications, c’est la foi chrétienne qui est nourrie.
Il n’est donc pas surprenant que cette étude engendre un vrai bonheur chez tous ceux qui l’entreprennent, en même temps qu’elle participe à un accroissement de leur témoignage dans le monde d’aujourd’hui.
Je me réjouis profondément de cette traduction rendant accessibles au plus grand nombre ces textes essentiels de notre patrimoine spirituel. Je forme tous mes vœux pour la fécondité de cette entreprise.
Angers, le 24 septembre 2014
+Emmanuel Delmas, évêque d’Angers
L’éditeur remercie très fraternellement
Mère Céline Guilbot osb, prieure des Bénédictines de Martigné-Briand (49), Père Jean-Pierre Longeat osb, président de l’Alliance Inter Monastères (92) et Lydie HK Rivière, Xavière
7
Texte source
Tertullien, TRAITÉ DU BAPTÊME, Introduction, texte critique et notes par François REFOULÉ, o.p.Traduction en collaboration avec Maurice DROUZY, o.p., Paris, Cerf, SC 35, 2011.
La mise en français fondamental a été faite par une moniale de Jouarre et revue par Sœur Marie Ricard.
** *
Nous donnons ici le texte presque intégral du livre sur Le Baptême. Il manque seulement quelques lignes dans les chapitres 3, 9, 10, 15, 17, 18 et 19.
Le texte sera cité, dans les notes et les commentaires, sous le sigle de Bapt. (du titre latin :De Baptismo).
Introduction et jalons
Sœur Marie Ricard, osb.
Un « Livret général », donnant des repères historiques généraux, est édité à part et offert pour l’achat d’un exemplaire de la collection La Manne des Pères.
À demander à votre libraire.
Il est aussi téléchargeable sur : saintlegerproductions.fr
Tertullien, né entre 150 et 160 à Carthage et décédé vers 220 à Carthage.
Après les eaux du déluge qui a été, d’une certaine manière, comme le baptême du monde,Noé a lâché une colombe de l’arche.Avec une petite branche d’olivier toute fraîche, elle est revenue annoncer à la terre :« La colère du ciel est finie. »La petite branche d’olivier représente la paix.Quand notre terre, c’est-à-dire notre chair, sort du bain du baptême, lavé de ses anciens péchés,le Saint-Esprit comme la colombe vole vers nous.Il nous apporte la paix de Dieu.Il vient du ciel et descend là où est l’Église,qui était représentée par l’arche.
Le Baptême, 8, 4
13
Introduction
Situation historique au IIIe siècle
L’Afrique est province romaine depuis déjà plusieurs siècles.
La première province africaine a été créée à la fin de la troisième guerre punique(146 av. J.-C.). Puis, les conquêtes de Jules César annexeront tout l’empire numide. Mais ce n’est que progressivement, non sans crises et renversements d’alliances, que s’installe une stabilité politique et économique.
Province de l’empire romain, l’Afrique s’est développée à la fois grâce à la vitalité des populations autochtones qui avaient déjà leur culture, et grâce à l’apport du génie romain. L’essor économique connaît son apogée au IIe siècle et au début du IIIe. Il faut aussi noter que pour beaucoup l’attraction de Rome a joué : on veut se « romaniser ». Les noms berbères se latinisent ; on épouse le mode de vie romain. Certains Africains de souche font carrière en Italie. La famille de saint Augustin en est un exemple connu.
L’Afrique participait à tous les grands échanges commerciaux et culturels avec la Méditerranée Occidentale. Elle était aussi en rapport avec la
14
Méditerranée Orientale dont elle a fortement subi les influences dans les domaines artistique et religieux.
Les invasions barbares, la fragilité du pouvoir impérial romain, les divisions politiques et l’incapacité de l’Occident et de l’Orient à faire front commun contre les dangers nouveaux qui menacent l’équilibre du monde méditerranéen, balaieront, dès le IIIe siècle, cette prospérité1.
L’Église
La foi chrétienne a pénétré peu à peu toutes les régions de l’Empire. Persécutions locales2et périodes de calme se succèdent. Dans la province africaine, le christianisme est solidement implanté. On ne sait pas exactement comment il parvint en Afrique, mais on sait que, dès le IIe siècle, il y eut là une communauté chrétienne vigoureuse.
Le troisième siècle est, en Occident comme en Orient, une époque de grande vitalité et de créativité. La période qui précède est celle des Apologies, discours plus ou moins fictifs que les chrétiens écrivent pour leur défense (Actes des martyrs et discours ou requêtes adressés aux empereurs3). Le troisième siècle voit se développer ce que l’on appellera la théologie : une
1. Voir dans la Collection La Manne des Pères (N° 5) : La vie et les miracles de Benoît de Nursie– Introduction.
2. Rappelons les dates des deux grandes persécutions générales, qui furent ordonnées pour l’ensemble de l’Empire et furent les plus sanglantes : 249-251 (sous l’empereur Dèce) et 303-311 (Dioclétien). Tertullien ne les a pas connues.
3. Voir dans la Collection La Manne des Pères (N° 9) : À Diognète.
15
réflexion s’élabore en réponse aux mouvements déviants ou aux attaques, par exemple des philosophes païens. On cherche un vocabulaire qui permet une mise en mots de la foi chrétienne : c’est tout le défi que les siècles patristiques ont à relever.
Au 2e siècle déjà : Irénée de Lyon (vers 130-vers 208).
À Alexandrie : Origène (185-253), Clément d’Alexandrie († vers 215)
En Afrique : Tertullien (vers 155-220), Cyprien de Carthage († martyr en 258)
À Rome : Hippolyte († après 235)
Les courants déviants aux IIeet IIIe siècles
La jeune Église connaît très tôt (dès l’époque apostolique4) des controverses passionnées autour de la foi. Ces tâtonnements sont inévitables et légitimes : comment mettre en mots une expérience spirituelle ?
vLa gnose (du mot grec, gnôsis, qui veut dire connaissance) fut l’un des grands défis auxquels l’Église chrétienne dut faire face. Il est difficile de donner une définition claire de la gnose ; elle rassemble toute une série de courants dont beaucoup remontent aux philo-sophies païennes antérieures.
On reconnaît les gnostiques à quelques grands traits communs : petits groupes d'initiés, inspirés par certaines idées philosophiques grecques, ils interpré-taient à leur façon le christianisme. Ils pensaient que la création n'était pas l'acte d'un dieu bon, mais d'un
4. La première Lettre de saint Jean est écrite en temps de crise (voir par exemple 4, 1-4). Voir aussi Galates 1, 7.
16
créateur inférieur et mauvais, le « démiurge », qu'ils identifiaient au Dieu biblique.
Comme beaucoup d’autres écoles, les gnostiques affirment un certain dualisme, c’est-à-dire qu’ils opposent la matière et l’esprit.
Si l'homme parvient à échapper à la supercherie du dieu biblique créateur et à trouver en lui-même la connaissance du monde d'en-haut, il devient « gnostique » : il se connaît lui-même, en prenant conscience de ses origines divines. Le gnostique se sauve par une recherche personnelle et intérieure.
Cette contradiction avec le message de salut va inter-peller les premiers théologiens chrétiens, qui voient dans les gnostiques de redoutables adversaires.
Les Caïnitessont l’un de ces innombrables groupus-cules gnostiques. Face aux grands chefs de file que sont, par exemple, Valentin (un Alexandrin qui enseigna à Rome vers 135-160) et Marcion5qui lui succéda, leurs adeptes et leur doctrine n’ont pas laissé beaucoup de traces. Irénée de Lyon est un des rares à les citer dans sa réfutation des hérésies, mais sans s’y attarder. Il rapporte une de leurs croyances :
Ils « déclarent que Judas le traître connaissait la vérité comme aucun autre et qu’il a accompli le mystère de la trahison ; par cet acte, toutes les choses, sur la terre comme au ciel, en furent bouleversées. Ils ont produit une histoire fictive de ce genre, qu’ils ont appelé l’Évangile de Judas.»6
5. Tertullien a écrit un Traité « Contre Marcion. »
6. Contre les Hérésies, Livre I, Ch. XXXI, 1-4.
17
Leur refus du « démiurge », ce créateur inférieur et mauvais qui s’oppose au dieu supérieur, les amène à inverser la tradition biblique. Rejetant les person-nages habituellement vénérés, les Caïnites glorifient au contraire les figures les plus ambiguës, ainsi Caïn dont ils prennent le nom. Tous ces personnages sombres (Caïn, Ésaü, les Sodomites, Judas) sont, affirment-ils, fils du dieu supérieur ; même s’ils sont chassés et accusés de crimes, ce sont eux pourtant les vrais détenteurs de la vérité.
Leurs théories ne semblent pas avoir fait beaucoup d’adeptes. Pratiquement, le point le plus délicat est leur refus du baptême ; les Caïnites poussent en effet jusqu’à l’extrême le rejet gnostique de la matière et disent : comment un bain corporel dans l'eau peut-il opérer la purification de l'âme et la préserver de la mort éternelle ? C’est cette affirmation qui sème le trouble dans Carthage et contre laquelle Tertullien va batailler avec ardeur.
Un autre facteur ajoute au scandale : une femme est à la tête de cette secte ! Le zèle déployé par Quintilla est d’autant plus désordonné qu’elle est… une femme, et qu’elle a donc « pris le droit d'enseigner » (de Bapt. 17, 4), alors qu’elle ne peut pas l’avoir (de Bapt. 1, 3), en vertu de la prescription de saint Paul (« Il faut que les femmes gardent le silence dans les assemblées : il ne leur est pas permis d'y parler»71 Corinthiens 14, 34).
7. Cette défense est marquée par le milieu socio-culturel antique. Elle a cependant perduré…
18
vLe docétisme.Apparu dès les débuts du chris-tianisme, il se caractérise par une tendance à nier plus ou moins la réalité de l'Incarnation. « Docète» vient du grec « dokein», sembler, paraître. Il est une des innom-brables variations des théories gnostiques.
Le docètereconnaît en Jésus-Christ le vrai Fils de Dieu et affirme sa divinité, mais il incline à ne lui attribuer qu'une apparence humaine. Le Christ n'aurait pas connu la vie intra-utérine et la naissance, il n'aurait pas véritablement eu un corps de chair, il n'aurait souffert et ne serait mort qu'en apparence.
La méfiance pour la chair et la matière, opposées à l’esprit qui, lui, est noble, est une tentation qui traverse les siècles. Le docétisme est la solution proposée par des croyants heurtés à la pensée que Dieu ait pu s'abaisser à assumer la condition humaine jusque dans ses aspects les plus humbles, et pire encore, jusqu'à souffrir et mourir de la mort ignominieuse de la croix.
Aux IIeet IIIe siècles, Irénée de Lyon (vers 130-vers 208), Origène, en Orient (185-253) et Tertullien sont les grands noms de la défense de la droiture de la foi (orthodoxie).Pour en rester ici à Tertullien, citons son Traité : De la Chair du Christ, où il combat, de manière parfois très crue et directe, cette dépréciation de la condition charnelle.
19
vLe montanismen’est pas à proprement parler une hérésie. Il se présente comme un grand mouvement spirituel qui se donne pour mission de rendre à l’Église l’élan et la pureté qu’elle a perdus.
De son fondateur, on ne sait pas grand-chose. Montan est un païen, né en Phrygie (région d’Asie Mineure) au IIe siècle. Il devient chrétien et affirme bientôt être l’Esprit Saint par lequel il a été saisi. Montan prêche la venue imminente de la fin des temps, une morale rigoureuse, incite aux jeûnes fréquents et au célibat. Paroles prophétiques, extases et différents phénomènes accompagnent ses prédications. Il est rejoint par des disciples qui diffusent ses enseignements.
L’excès de ces manifestations et de ces exhortations, ainsi que le succès rencontré un peu partout par les nouveaux zélateurs, finissent par inquiéter les Églises. Dans les différentes régions, les évêques se réunissent
