Taifa - Emmanuel Mabondo - E-Book

Taifa E-Book

Emmanuel Mabondo

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Beschreibung

TAIFA («Nation» en Swahili) est un essai poétique et existentiel porté par deux voix: le Sage, mémoire des anciens, et le Prince, emblème d'une jeunesse en quête de sens, de dignité et de vérité. Ici, la Nation n'est pas une idée : elle est un coeur à réparer. Dans sa quête, l'auteur explore blessures, foi, héritage et contradictions, et met en lumière un dilemme universel: transformer la douleur en oeuvre ou la guérir? Sauver la Nation pour elle ou se sauver à travers elle? TAIFA est le livre du dilemme, intime et collectif, à lire non pas avec les yeux... mais avec le coeur.

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Seitenzahl: 127

Veröffentlichungsjahr: 2026

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Je dédie cet ouvrage à Daniel Mabondo, mon cher et tendre petit frère.

Ce livre n’aurait jamais vu le jour sans nos discussions approfondies sur nos passions, nos aspirations ; sur la vie.

Merci pour ta force, ta résilience et ton courage. Vis tes rêves, memento vivere.

TABLE DES MATIERES

Préface

LIVRE I - THERAPIE

Sage de la Nation

Acouphènes de l’aurore

Minova : Vivre seul ou mourir ensemble

Plus Sindika que Senghor

Hérésies II : Nyota

LIVRE II - ATARAXIE

Volonté Divine

Carnet de Mbalmayo

Maternity Interlude

What would Mabs do?

Malaika

INTERLUDE

Cœur de la Nation

LIVRE III - FAHARI

L’esprit de Mongo Beti

Le Silence comme Héritage

Sisyphe, Memento Mori

L'oracle des sans-voix

Cœur d’Ivoire

LIVRE IV - AUTOLYSE

La muse saigne, l'artiste signe

Noircœur

Yéli’s Grief

243 BPM

Prince de la Nation

Préface

L’ouvrage d’Emmanuel MABONDO aiguise la curiosité par son titre : TAIFA.

À la lecture facile, avec des mots succincts, clairs et précis, nous découvrons une enfance innocente à l’épreuve des aléas de la vie. Né dans les turbulences socio-politiques et les conflits qui s’éternisent dans le temps, il remplit son essai de souvenirs peu heureux ; tant sa TAIFA a souffert et continue de souffrir de la bêtise de ses fils et d’autres intrus opportunistes.

Emmanuel nous fait découvrir que sa vie n’est pas rose sous le ciel bleu et, malgré la richesse de TAIFA, sa faune et sa flore, la misère est si belle. Les quelques moments d’euphorie sont plus intenses. Il transforme tout ceci en TAIFA.

Par une ode au Seigneur, le jeune Emmanuel commence son récit et magnifie sa nation. Il nous expose les multiples facettes de ses souffrances, de sa résilience face au deuil et à son incapacité à être au service des siens et à aimer profondément… Sa foi se confirme tout au long de son récit ; ses rencontres providentielles sont remplies de sens.

Le procès de TAIFA nous plonge dans la nation bienaimée de l’auteur. Il rend hommage à sa famille, à son pays ! Que dis-je ? À tout ce que représente sa culture. Il présente son Congo natal dans tout ce qu’il a de beau et de mystérieux. Il s’érige à la fois en philosophe, prophète et poète au fil des pages de l’ouvrage.

TAIFA, c’est comme un idéal ; un être qu’il faut chérir et dont il faut soigner les plaies et les blessures profondes. Emmanuel devient à cet égard un lutteur par la force du destin. Il veut mener un combat, jusqu’au sacrifice suprême, pour ceux qu’il aime.

L’ouvrage d’Emmanuel est digne d’un essai poétique, à la fois par son style et par sa force de persuasion au cours de ses dialogues constructifs, qui nourrit le débat intergénérationnel.

Il reste incontestablement un enfant sur qui TAIFA peut compter, un spécimen de la génération montante qui nous laisse le mystère de l’Espérance.

TAIFA, son essai poétique, est le signe de la continuité, de l’accomplissement d’un vœu après TiYa. Au-delà de la parole, il faut qu’il tienne sa plume, car les paroles s’envolent et les écrits restent, dit-on.

Reine Alapini Gansou

2e Vice-présidente de la Cour pénale internationale

Livre I - THERAPIE

Sage de la Nation

Seigneur, que ces mots qui viennent du cœur parviennent à soigner d’autres cœurs.

Je voulais sauver la Nation, afin d’atteindre l’ataraxie par le désir ardent de la Maât1; attendre le Salut en pleine quiétude, consciente de mes bienfaits. Je n’ai cessé de me battre pour ce monde, mon cœur s’est vidé de son sang pour Tes créatures. Très souvent je me suis sentie trahie, maltraitée malgré mes efforts. En essayant de mener une vie paisible, j’ai bouleversé celle des autres. Leur incompréhension ou ma maladresse ? Leur mauvaise foi ou mon manque de recul ? Leur violence à mon égard ou mon manque de poigne ?

En fin de compte, c’était moi contre la Nation. Moi contre ce qu’elle prône, ce qu’elle promeut et représente. Nous avons échoué, en tant que Nation, à offrir un avenir radieux à notre descendance. Je me perds dans mes pensées. Il y a une forme d’arrogance dans mes stances. Après tout, qui suis-je pour m’auto-proclamer héroïne ? Un vrai leader ne se choisit pas, il se démarque avec élégance. En vérité, pour beaucoup, j’ai réussi à le faire. Ils me voient comme une source d’inspiration, comme quelqu’un qui aurait pu guider la Nation. Mon inaction, égoïsme ou sécurité ?

Mon cœur a cessé de battre. Son rôle était d’assurer la bonne circulation du sang dans tout mon organisme. Prendre le sang riche, le diffuser, le sang pauvre, l’enrichir à l’aide des poumons. Il a cessé de fonctionner. Maintenant mes vingt-et-un grammes attendent le verdict. Après l’ère de privation, je suis dans une période de purification. Au-dessus, le Décideur ; en dessous, mes anciens compatriotes. Disons que je suis une sorte de transcriptrice : je documente le bien. Ici, « patience » est le mot d’ordre. Pour me distraire j’essaie de guider cette Nation que j’ai aimée et contre laquelle je me suis battue. Je veux la voir prospérer.

Sur terre, j’étais du Grand Katanga. Chez nous, en Swahili, « TAIFA » désigne la Nation. Ce mot est un hommage à mes racines, les terres riches et convoitées du Katanga, et par extension, de toute l’Afrique. Par définition, une nation est un groupe d’individus liés par une histoire, une culture, une langue et une géographie communes, partageant un sentiment d'identité et d'appartenance à une entité politique. Historiquement, cette grande région de mon pays, la République démocratique du Congo, a souvent revendiqué ses attributs de Nation. Du pragmatisme ou de l’égoïsme ? De l’amour propre ou de l’ethnocentrisme ?

Le rapport que l’on entretient avec la Nation est intriguant. Il commence par l’ignorance, se poursuit par l’amour et se transforme en haine. Le plus fascinant, c’est lorsque ces trois émotions s’entremêlent. Comment passe-t-on de l’union à la division ? D’une nation à un groupe de nations ? Qui divise la Nation ? Qui consolide sa puissance ? Comment passe-t-on de l’amour à la haine, puis à l’ignorance ?

Certains disent que l’amour et la haine donnent naissance à la jalousie. L’ignorance, en revanche, c’est l’évanescence de l’amour et de la haine. C’est le néant. Comment arrive-t-on à cet état d’âme si absolu ? Ne nous égarons pas, revenons à la Nation. Chez nous, le linge sale se lave en famille. La famille, ce sont les vivants, mais aussi les aïeux. Un lien transcendant existe entre les ancêtres et leurs descendants : c’est ça, l’Afrique. Guider sa progéniture, c’est la préparer aux tempêtes que l’on a connues durant notre séjour sur terre.

À chaque fois que j’ai entendu « TAIFA », tel un ange, j’ai jugé bon d’intervenir avec des réflexions, des prières ; afin de transmettre mon héritage. Le partage ne pourra se faire que si votre cœur le permet, s’il s’ouvre à ma candeur. Je suis à vos côtés ; appelez-moi lorsque le besoin se fait sentir.

TAIFA, c’est l’idéal que nous devons atteindre. C’est notre société parfaite. Notre utopie de la Nation selon notre entendement de ce concept. Nous sommes à la recherche de TAIFA ; nous essayons de comprendre TAIFA, de répondre aux questions de TAIFA, de construire TAIFA, de guérir ceux qui se sentent appartenir à TAIFA, de nous assurer du bon fonctionnement du cœur de TAIFA, de laisser à nos enfants la meilleure version de TAIFA, de soigner TAIFA.

Soigner TAIFA, c’est guérir un idéal. Seul le Psychologue Universel peut sonder nos plaies profondes. Aide-nous.

Quant à vous, Héritiers de la Nation, faites entendre votre voix, car la Nation vous attend.

La Nation vous appartient.

1 Maât : vérité, justice et équité, principe du bien, de la sagesse dans la cosmologie Kongo.

Acouphènes de l’aurore

La violence du silence habite mes journées. Je n’ai d’autre choix que de jeûner. Seul avec mes pensées et mes démons, je me trouve dépouillé de tout artifice. L’art des autres me servait de refuge, comment vivre sans mélodie ? Aujourd’hui, je suis livré à mon propre sort. Il ne me reste qu’une issue : créer. Certains verraient ce handicap comme une tragédie. Moi, je choisis d’y voir autrement. Après tout, ma vision diffère de la norme : je suis né pour m’affirmer. Un seul sens ne suffisait pas, j’ai affaibli un second. Mes oreilles lèvent le drapeau blanc. Un repos s’impose. Désormais, j’écouterai avec le cœur.

C’est dans une certaine forme d'ascèse que naissent nos inspirations, nos désirs, nos motivations. Trop souvent, nous l’ignorons. Nous oublions d’aimer, d'être reconnaissants pour ce que nous avons. On ne s’en rend compte qu’au seuil de la tombe, quand il est trop tard. Je décide donc de percevoir ce silence imposé positivement : il n’est pas perte, mais transformation. Une nouvelle manière d’entendre s’offre à moi. De nouveaux sons me touchent, et un message se fait entendre : il est temps de me réveiller du Grand Sommeil.

Pendant longtemps j’ai fui mes responsabilités. Je reportais quotidiennement ma propre ascension. Beaucoup d'annonces, autant de reports. Beaucoup d’idées, autant de remords. Pendant près d’un an, un vide créatif m’a paralysé. Je me cachais derrière le hiatus, comme le soleil voilé par les nuages. Mon père me demandait chaque jour : « Vas-tu te limiter à cette œuvre d’il y a trois ans ? ». Je m’entêtais comme un enfant jouant avec la même étincelle alors que son feu pourrait embraser le monde.

La vérité, c’est que je me reposais sur ma couronne d’épines. Peu d’échanges me liaient à l’Éternel. Pourtant, quand j’écris, c’est Lui qui me parle. La procrastination n’est plus un simple défaut : c’est un péché capital.

Ce temps est révolu. La situation au sud de l’équateur s’aggrave. Je reprends ma plume, invoquant l’Éternel pour guider mes pensées et me sortir de cette pénombre. Je veux témoigner de Minova2, des crises et des croissances de l’hémisphère Sud. Surtout, je veux solder mes dettes : la prochaine expérience, et les mots encore prisonniers de mon être, qui tardent à fusionner avec les cordes vibrantes de cette guitariste. L'art total comme horizon, je rêve d'effleurer les sommets de sa virtuosité ; là-haut, où elle lie différentes disciplines majestueusement. Où elle lit chaque note avec grâce.

Chaque talent est une richesse confiée par Dieu. Ne le laissez pas dormir dans votre coffre : investissez-le, faites-le croître et partagez ses profits avec le monde. Je refuse de prendre le crédit pour la plupart de mes rimes, elles ne sont qu'endettement. Ma solvabilité ne doit plus être questionnée, c'est mon nouvel indicateur de performance, le baromètre de ma valeur et de mon engagement créatif.

C’est décidé : je reviendrai lorsque le soleil s’attardera dans les cieux australs pour contempler la Terre. Ce sera ma renaissance, l’aurore qui suit le jour de ma naissance.

2Minova : localité située au Sud-Kivu (RD Congo)

Minova : Vivre seul ou mourir ensemble

1991, ma naissance, j'ai grandi dans les tranchées de l'Est

Le cœur lourd de souffrances et l'esprit empreint de méfiance

Mon premier souvenir : les balles transperçant la fenêtre, assassinant mon innocence

Mon second souvenir : ce camp où mes plus profonds sommeils n’étaient que des siestes

Entassés, déshumanisés et ignorés, c'est ce que j'ai découvert en grandissant

Mon enfance me paraissait paisible ; je voyageais souvent, mes jeux de missions étaient réels

D'un camp à l'autre, d'une localité à la frontière, beaucoup d'amour, peu de querelles

Nous vivions un génocide ; pour moi c’était normal, un vétéran dans le corps d'un enfant

Je ne sais plus si nous mangions, je me nourrissais des émotions

Joie, soulagement, espoir… puis peur, détresse et anxiété

Atteint de sénescence, à tout juste 10 ans je comprends que l'humain est mauvais

Les années passent, ma maladie s'empire ; déréliction en guise de perfusion

Papa est parti, ma grande sœur aussi. Je ne suis pas seul, je vis avec ma solitude

Introspection et perpétuel questionnement me mènent à la même chute

Se relever n'est plus un choix, mais le fondement même de ma lutte

Je dois partir pour les miens. Maman, n'aie aucune inquiétude

Je suis un homme maintenant, mon destin se trouve vers la capitale

J'ai passé plusieurs années à Minova puis dans les montagnes du Masisi

Des années difficiles, j'ai vu de belles âmes aux rêves détruits

Des femmes violées, des familles endeuillées, des cadavres, aucun tribunal

Je dois partir. C'est à Goma que s’écrira mon histoire Je veux être utile, apporter ma pierre à l’édifice, me battre pour la paix

Entre activisme et politique, ce n'est que pour mon peuple que je me battrai

Combat jusqu'au sacrifice ultime : je cherche la trêve, pas la gloire

Je sortirai ma famille de la souffrance, ainsi commence mon chemin

Goma, j'ai vingt ans quand je m'installe dans cette ville, c'était en 2011

Rien dans les poches, aucune pièce, or je suis dans la ville de bronze

Ville de héros, peuple résilient, cuivre sous terre mais rayons éteints

Un an à peine aura suffi pour que mes liens récents fassent le chemin inverse

La ville tombe entre les mains de l’ennemi, l’impression que toute la région est maudite

Mon seul souhait est de mener une vie paisible, et pour cela, ils me traitent d’arriviste

Je veux partir à l’Ouest, loin des tirs, afin que les mélodies de la rumba me bercent

Mon rêve ne s'arrêtera pas là : c'est décidé

De Minova à Goma, il est temps d’embarquer pour Kinshasa

Je vous épargne les détails, fugue temporelle, 2021 : disons que je maîtrise le lingala

Je maîtrise les embouteillages, les nganda, les querelles avec les policiers

Finalement, sont-ils tous violents de nature ?

Forces du désordre dans la ville du chaos

Bref, je comprends beaucoup mieux l’ivresse autour du Grand Mopao3

La ferveur autour des Léopards, pourtant certains martyrs viennent des bavures

Je remplace mes problèmes de l’Est par des calvaires à l’Ouest

Avant de venir, je haïssais les kinois : vous festoyez pendant que l’on souffre

La réalité est différente, vous festoyez pour vous sortir momentanément du gouffre

Vous remplacez vos calvaires par des spiritueux, le choléra par la peste

Une rencontre change mon destin, celle de mon compagnon de route

Nous vivons tout ensemble, nous partagions les mêmes expériences

Les mêmes réalités, les mêmes idées, la même histoire et malchance

La même ambition, celle de s'émanciper de ces démons qui nous envoûtent

Nous étions comme deux frères que le monde a uni pour une mission précise

« La misère est si belle », me disait-il, « les quelques moments d’euphorie sont plus intenses »

À la recherche d’un bonheur que je pensais trouver dans la romance

Sa sagesse vint guider ma trajectoire, blanchir les taches sur ma chemise

Dans la distraction omniprésente des grandes villes, il m’a servi de boussole

Nous avons cheminé ensemble, escaladé quelques marches et ouvert certaines portes

Fait quelques rencontres déterminantes ; nous étions hyperactifs même lors des villes mortes

« Chance eloko pamba »4, à Kin tu peux passer de brouteur à magnat du pétrole

Aujourd'hui, je suis au pouvoir

Comme devoir : faire changer les choses, je l'avais promis au Bon Dieu

Des regrets ? Peut-être, mais disons que j'ai fait de mon mieux

Devant le miroir, un homme dont le parcours est difficile à concevoir

Mon ami d’antan n’est plus qu’un beau souvenir, j’ai dû faire des choix

Le succès ne vient jamais sans sacrifices, ou compromis à l’Africaine

Réflexions constantes sur mes décisions, je vis avec une migraine

Je dois aller de l’avant car je viens de loin, les kivutiens sont toujours crucifiés sans croix