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L'auteure retrace la relation d'emprise perverse qu'elle a eue avec le père de ses cinq enfants, qui l'a coupée de sa famille et a réussi à la faire interner, et comment elle a réussi à s'en libérer grâce à la foi et au pardon.
Après une brève introduction faisant référence au passé de chaque membre de son couple pour expliquer les origines de la relation, l’auteur fait le récit de son histoire, parfois rocambolesque, aux prises avec la Médecine, puis avec la Justice pour dégager des pistes de réflexions concrètes afin que tous les acteurs de la société, de la Médecine à la Justice, en passant par l’Église, trouvent les moyens de prendre en charge ce trouble pervers narcissique qui casse des vies.
C’est aussi un témoignage de foi car, en dehors de l’immense amour qu'elle porte à ses enfants, c'est la foi – et, grâce à elle, le pardon – qui l'a sauvée.
À PROPOS DE L'AUTEURE
Louise Vallez, née le 7 mars 1969 dans l’Aisne, est issue d’une famille de cinq enfants. Docteur Vétérinaire de formation elle a très peu exercé car mère de cinq enfants très rapprochés elle a été au foyer durant dix-neuf ans. Elle travaille actuellement à mi-temps à la Fondation Notre-Dame pour le diocèse de Paris où elle est chargée de la relation avec les donateurs.
Passionnée des chevaux et de nature, elle a une maison dans l’Aisne, où elle consacre l’autre moitié de son temps à transmettre l’équitation de randonnée à tous les enfants qui passent chez elle mais également et surtout, de compétition avec certains de ses enfants en Concours Complet.
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Seitenzahl: 327
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Louise Vallez
Tellement gentil
Le lien pervers
Préface de Bernadette Lemoinepsychologue
Nos erreurs portent parfois des fruits merveilleux : mes enfants.
Je leur ai donné la vie, ils ont sauvé la mienne.
Voilà un témoignage très concret, une belle illustration de ce qui se passe lorsque l’on croise dans sa vie une personne dite « Perverse narcissique », et que l’on se lie à elle par un contrat de travail… de mariage, ou autre… Le lien se révèle vite être une prison dont la victime ne réussit pas toujours à s’évader.
Louise, par sa bonté naturelle, était une proie idéale ! Elle s’est mariée, a donné inlassablement le meilleur d’elle-même à son époux mais s’est retrouvée très vite à mille lieues de ce qu’elle attendait de son mariage : dévalorisée, humiliée, culpabilisée, manipulée, elle a vécu des années très douloureuses, a traversé des situations incroyables et désespérantes au sein de son couple. Mais sa lucidité, son courage, son caractère tenace, sa foi en Dieu et l’amour qui la liait à ses enfants lui ont donné la force d’échapper à son malheur : pour ses enfants, et avec eux, elle a fini par sortir de cet enfer et a retrouvé sa liberté.
Son récit, très vivant, alerte, émaillé de réflexions diverses à propos des situations vécues et des personnes rencontrées, se lit comme un roman. Les suspens ne manquent pas… À travers les situations inimaginables et les rebondissements imprévisibles qui faisaient son quotidien il est possible de mieux comprendre ce qui se joue quand une personne toxique met sous son emprise une autre personne. Mais cela nous montre aussi, et cela est bon, qu’il est possible de s’en dégager, de se libérer et de repartir dans la vie, la tête haute et le cœur plus léger.
Il m’arrive bien souvent de dire qu’il ne suffit pas d’avoir lu un ou plusieurs livres sur ce sujet douloureux pour avoir une idée juste sur la nature de ces pathologies qui détruisent un ou plusieurs proches et sur la vie véritablement infernale que vivent les victimes. Ces livres sont très utiles, et j’en ai moi-même écrit un sur ce sujet. Mais, les livres ne suffisent pas. Tant qu’on n’a pas vécu soi-même, ou de vraiment très près, ce genre de situation, on a peu de chances de découvrir l’incroyable réalité de ce qui se passe à huis clos chez certains de nos proches. On risque aussi, bien souvent, de ne pas savoir qui croire et que croire lorsque l’un ou l’autre parle. Il est vrai que le « bourreau » a l’art de se faire passer pour la victime. Il déforme la réalité à son avantage par ses mensonges et ses accusations, ses manipulations. La pauvre victime, brisée et écrasée de honte, a bien du mal à le contredire et à révéler ce qu’elle subit. Il est difficile d’y voir clair pour tout le monde, même parfois pour les professionnels ! Louise nous en donnera quelques bons exemples…
C’est pourquoi, je remercie Louise Vallez d’avoir relaté en détail sur son journal de bord ce qu’elle a vécu pendant de nombreuses années et de nous le partager. Cette mise en lumière, concrète et vivante, devrait aider les victimes à reconnaître plus vite la situation qu’elles vivent, situation dont il est souvent possible de sortir : il leur faut avoir le courage de fuir quand on en a encore la force ! Même si c’est très difficile, c’est possible. La liberté a un prix. Une fois libéré, il y aura encore à prendre le temps de la reconstruction, en se faisant aider, si possible.
Je souhaite aussi que l’on comprenne par cet exemple – qui n’est pas unique – que pour une bonne part, l’éclosion en série de ces comportements toxiques, actuellement, est le fruit de mauvais styles d’éducation basés sur des attitudes parentales diamétralement opposées. Tantôt, le, ou les parents étouffe(nt) la personnalité des enfants (ici : une mère castratrice ne laissant aucun espace de liberté à son enfant, méprisant ses désirs les plus légitimes et le façonnant sans respect pour sa personnalité propre). Tantôt, et ceci semble plus fréquent, nous voyons les éducateurs céder en permanence aux demandes de leur enfant ; celui-ci finit par croire qu’il est le centre du monde et qu’il a droit à la satisfaction de tous ses désirs. Il devient alors tyrannique et tous les moyens seront bons pour dominer sans respect sa victime.
Éviter ces désastres est possible. Une éducation menée avec amour et fermeté, dès la petite enfance permet à l’enfant, à l’adolescent, d’acquérir progressivement une bonne maturité affective. Il est nécessaire que chacun de nous apprenne à faire ses choix non pas en fonction de son affectivité, de ce qui lui fait plaisir, mais en fonction de ce que son intelligence lui montre comme étant bien, bon, vrai, juste, beau. Ceci implique le difficile apprentissage des frustrations et l’éducation de la volonté qui sont à la base d’une authentique liberté.
J’aime particulièrement le titre du chapitre intitulé « Le loup dans la bergerie » ! L’image est parfaite et même si je ne suis pas tout à fait en accord avec tout ce qui y est écrit, je pense que Louise a raison d’inviter les institutions, associations et structures diverses à faire progresser leurs habitudes. Elles aussi, ont à mieux connaître ce qu’est la perversité narcissique, dans l’intérêt des victimes et dans leur intérêt propre.
Enfin, ce livre me donne la grande joie de voir que l’auteur a conquis plus que sa liberté par rapport à celui et ceux qui l’ont fait tant souffrir : elle a réussi à leur pardonner, suprême liberté intérieure !
Bernadette Lemoine
Psychologue
Le terme Pervers Narcissique, judicieusement suggéré par Paul-Claude Racamier en 1986, est malheureusement utilisé de nos jours de manière trop galvaudée et très péjorative.
Il est trop galvaudé, car bien souvent utilisé à tort et à travers pour qualifier des personnes qui ne souffrent pas forcément de ce trouble. Nous pouvons tous, à un moment de notre vie, être amenés à adopter des comportements pervers pour nous protéger d’une souffrance intolérable, mais cela ne fait pas pour autant de nous des pervers narcissiques. Seul le caractère irréversible d’une immaturité affective profonde peut correspondre à ce terme : « pervers », car il y a mensonge, détournement de la vérité, manipulation, dans le but de satisfaire des besoins propres, des besoins « narcissiques », car la personne est en effet centrée exclusivement sur elle-même, sans aucune capacité d’empathie vis-à-vis de l’autre ; d’où la référence au mythe de Narcisse qui, cherchant en permanence le reflet de son image sur les eaux d’un lac, finit par s’y noyer.
Il porte une connotation péjorative comme le terme « pestiférés » pouvait l’être à l’époque où cette maladie faisait des ravages. En réalité, c’est un regard bienveillant que la société devrait porter sur ce trouble qui devrait être considéré comme une maladie grave.
Certains ouvrages s’emploient à faire une description très précise des actes des personnes atteintes de ce trouble. Mais il est scabreux de définir un stéréotype des personnes perverses narcissiques, car il n’y a qu’un seul élément patent, c’est la dépendance affective due à l’immaturité. Elle génère des comportements de mensonge destinés à combler ce manque affectif. Il s’agit là de manipulation. Les actes peuvent donc être très variables, car ils dépendent de la personnalité de l’individu, de son éducation, de ses aspirations, de ses besoins, de ses envies, etc. Il existe des individus pervers plus ou moins vicieux comme il existe des personnes saines plus ou moins vertueuses. Ces ouvrages m’ont semblé dangereux car, au cœur d’une relation perverse, il est très difficile de distinguer celui qui sera capable de sortir de cette relation, que l’on qualifie de victime, de celui qui en est incapable, car souffrant d’une immaturité irréversible, que l’on qualifie donc de pervers. Cette relation s’installe de toute façon entre deux personnes blessées, chacune cherchant le réconfort de l’autre. Ce qui va distinguer le pervers narcissique de la victime, c’est uniquement son incapacité à corriger cette immaturité pour se rendre indépendant. L’immaturité affective d’une personne perverse narcissique est irréversible. Lorsque la victime est encore sous emprise, elle est elle-même entraînée par le manipulateur dans des comportements pervers. Et comme ce dernier lui fait porter toute la responsabilité de l’échec de leur relation, ces ouvrages, loin de l’aider, risquent de la faire culpabiliser toujours plus si elles croient se reconnaître dans ces descriptions à l’emporte-pièce.
Plutôt que de chercher à dresser une liste des comportements des personnes perverses narcissiques, il est bien plus utile de chercher à analyser et comprendre leur fonctionnement. C’est l’objectif de ce récit qui raconte l’histoire de ce lien pervers qui me liait à l’homme que j’ai épousé, et comment je m’en suis libérée.
Ces personnes immatures n’ont d’autre préoccupation que de combler leur manque affectif, elles sont comme des bébés. Voilà pourquoi, si c’est un homme, il est incapable de se positionner en mari et en père. Il est forcément l’enfant de sa femme et ses enfants sont pour lui des rivaux. Ils viennent perturber la relation exclusive qu’il désire avoir avec elle. Il lui est impossible de vivre normalement avec son entourage familial et même parfois amical et professionnel. C’est un petit garçon dans un corps d’homme. Un petit garçon colérique qui ne trouve pas ce dont il a envie. Des colères d’enfants dans un corps d’homme, c’est impressionnant.
L’homme immature est incapable d’empathie et donc ne connaît pas la notion de respect. Ce mot n’existe pas dans son univers, car respecter l’autre, c’est dépendre de son bon vouloir et surtout de ses limites, situation qui lui est inconfortable. Cela l’empêche de combler librement son manque. Il ne voit pas le problème et il est sincère. Il croit avoir le droit de se servir des autres à sa guise. Il est incapable de respecter la bonne distance avec son entourage, comme un enfant qui touche à tout et se sert dans les magasins… En fait, il ne sait tout simplement pas recevoir, il ne sait que prendre et tout lui est dû. La relation qu’il entretient avec son entourage est donc uniquement fondée sur l’emprise. Et il a besoin d’avoir de l’emprise sur les autres pour se sentir bien. Lorsque ces derniers se défendent, il se sent frustré et devient agressif. Et c’est un cercle vicieux car moins il respecte, plus il est rejeté, ce qui augmente sa frustration et donc son agressivité.
Lorsque la victime essaye de dialoguer pour comprendre ce qui ne va pas, il commence à se méfier, s’inquiète et devient menaçant. Mais ses discours ne sont pas clairs, il s’exprime de manière ambiguë. Il ne menace pas franchement mais de manière détournée. La victime ne comprend rien, elle est dans la confusion et la peur s’installe sans qu’elle ne s’en rende vraiment compte. Il tient également la victime par la peur.
Lorsque la tension monte à cause de son agressivité, une crise arrive, et c’est la panique : il risque de perdre sa victime. C’est alors qu’il devient manipulateur : il change de personnalité, l’agresseur disparaît pour laisser place à son contraire, un être réconfortant, prometteur et rassurant qui fait croire à sa victime qu’il va s’occuper d’elle et soulager sa souffrance. Il se positionne comme l’unique sauveur possible et la victime s’imagine qu’elle ne pourrait pas vivre sans lui. Elle est à la fois déroutée et en grande souffrance. À ce moment-là, elle cède à ce réconfort momentané. Elle pardonne et s’abandonne à nouveau jusqu’à la crise suivante. C’est un cercle vicieux qui ne fait que s’aggraver car la frustration de l’homme immature ne fait que grandir tout comme la souffrance de la victime.
Lorsqu’il est dans sa phase de manipulation, il est capable de tout pour récupérer l’être dont il est addict. Tel un caméléon, il a une faculté d’adaptation incroyable pour plaire à sa victime et la séduire à nouveau. Cette alternance entre le bourreau agressif, violent, et le charmeur excessivement plaisant, attentionné, est déroutante, décourageante, exténuante. La victime ne sait plus où elle en est et ne comprend pas cette instabilité permanente. Elle sombre dans des états de profondes angoisses dont le manipulateur se sert ensuite pour se positionner en sauveur ; ou, lorsque sa cause est perdue, pour enfoncer cette victime qui se rebelle en la faisant passer pour folle.
En effet, ce n’est que lorsque la souffrance de la victime sera devenue intense que celle-ci trouvera les moyens de se libérer. Ce processus de libération est un véritable arrachement par rapport à cette relation de dépendance. Cet arrachement est très douloureux pour les deux car la victime est tout aussi dépendante que son bourreau. Retrouver son indépendance est très difficile. En effet, lorsqu’il s’apercevra que ces stratagèmes de manipulation ne fonctionnent plus, le bourreau n’aura alors d’autre choix que d’essayer de retenir sa victime par la violence, ce qui peut prendre des proportions considérables (privation des moyens de paiement, assèchement de comptes, confiscation de véhicule, etc.).
Puis enfin, face au constat d’échec, il n’aura plus qu’un seul objectif : celui de détruire sa victime dans sa réputation, ce qui est bien souvent déjà commencé. Ce sera tout d’abord aux yeux de son entourage : mensonges, diffamations, pour isoler peu à peu sa victime et la rendre suspecte aux yeux de sa famille. Éventuellement il s’attachera à tromper le corps médical. Il ira jusqu’à contacter et manipuler le psychiatre ou le psychologue que sa victime, très fragilisée, a déjà consulté, se croyant la cause des problèmes. Il les persuadera qu’elle souffre de désordres psychiques importants et pourra même parvenir, comme je l’ai tristement vécu, à la faire interner.
Lorsque la victime aura réussi à prendre ses distances, qu’elle ne répondra plus aux sollicitations, qu’elle refusera désormais d’entrer dans le jeu du manipulateur, il ne restera plus à ce dernier que la Justice pour continuer à lui empoisonner la vie. Et ce seront de multiples procédures dont il sortira souvent victorieux tellement son pouvoir de persuasion est intense et impressionnant.
En effet lorsqu’il manipule, on lui donnerait le Bon Dieu sans confession, il ment avec une telle conviction que c’en est déroutant. Il parvient à convaincre ses interlocuteurs avec une facilité déconcertante. Nous-même avons douté parfois, tellement mon ex-mari nous assénait, de manière convaincante, des choses que nous savions pertinemment inexactes. De plus il inverse tout et fait porter à la victime le poids de ses responsabilités en l’accusant de ses propres travers. Combien de fois, en écoutant les propos de mon ex-mari, je n’avais qu’une seule réponse à l’esprit : c’est l’inverse !
Les gens qui ne perdent pas leur libre arbitre face à une personnalité perverse sont une minorité. C’est pour cela que je ne peux pas reprocher à certaines personnes de s’être fait manipuler, je suis bien placée pour les comprendre puisque j’ai été la première victime de cette manipulation.
La parole perverse ne repose sur rien de vrai. C’est du vent. Elle souffle dans un sens ou dans l’autre avec pour seule logique de poursuivre son but, celui de satisfaire ses manques. On ne peut pas compter dessus. On navigue dans l’absurde, un jour c’est blanc avec certaines personnes, et l’instant d’après c’est noir avec d’autres si cela sert ses intérêts.
C’est pourquoi ce récit pourra sembler déroutant parfois, il faut le lire avec un esprit ouvert, loin de tout scepticisme. En effet, comme me l’a conseillé la psychologue qui m’a alerté sur la personnalité perverse narcissique de l’homme que j’ai épousé (trouble confirmé par la suite en hôpital psychiatrique par un diagnostic de dépendance affective et d’immaturité), « il est inutile de se fatiguer à convaincre son entourage de l’existence d’un lien pervers… Pour le comprendre, il faut l’avoir vécu. »
La mère :
— Remets ta cagoule mon chéri.
— Non, j’ai trop chaud.
— Si, il faut la remettre.
— Mais je transpire là…
— Remets-la ! Tu vas tomber malade…
Maman m’aime, elle doit avoir raison…
Le père :
— Il me gratte ce pull.
— Mais non, tu te fais des idées…
— Mais si, ça gratte dans mon cou…
— Ne te plains pas, j’ai fait la guerre moi.
Ah ? Il ne gratte pas ce pull ? Ah. Soit. Il ne gratte pas.
Quand on n’a pas fait la guerre, on n’a pas le droit d’avoir un pull qui gratte…
Le respect s’appréhende dès la petite enfance, un enfant nié ne saura pas faire autrement que nier l’autre à son tour pour y puiser tout l’amour qu’il n’a pas reçu.
***
Debout, debout Narcisse ! Debout, redresse-toi ! Cesse de te chercher sur les surfaces lisses, belles et transparentes, reflets de ton image. Tu ne te trouveras pas ainsi, c’est certain ! Regarde autour de toi ! Tu regardes sans voir… Écoute autour de toi ! Tu écoutes sans entendre… Sens l’odeur de la vie ! Tu sens sans ressentir le parfum du bien-être que la nature nous offre, son soleil qui réchauffe après les jours de pluie, sa brise chargée d’arôme, l’odeur de terre mouillée. Entends le son du vent qui court à travers feuilles et le bruit de nos pas qui froissent sur le sol celles qui ne sont plus.
Relève-toi Narcisse ! Ce n’est sûrement pas sur la surface lisse et bombée de mes yeux que tu te trouveras. Ce n’est pas comme cela que tu le combleras, ce gouffre que tu fuis. C’est un vide intérieur et tu n’as pas reçu l’affection nécessaire pour le remplir à souhait, par l’amour généreux d’une mère attentive. Tu n’as pas pu grandir, ainsi es-tu resté ce tout petit garçon dans ce grand corps d’homme que tu ne comprends pas. Tu as fait de mes yeux ton lac et ton miroir. À force de t’y chercher, tu ne m’y as pas vu. Tôt ou tard l’eau se trouble, le miroir s’est brouillé. À force d’y puiser tu m’en as épuisée.
L’amour ce n’est pas prendre. Le plaisir de donner, celui de recevoir, tu ne les connais pas. Au plaisir de la vie tu ne connais trop rien. Comme le nourrisson qui réclame, assoiffé, le sein de sa maman sur lequel il se jette. Tu désires, tu réclames, tu exiges… et tu prends ! Avons-nous déjà vu nourrisson respecter le sein de sa maman ? Le prendre avec soin, tout délicatement, de peur de lui faire mal ? Avons-nous déjà vu nourrisson demander en disant s’il te plaît ? Celui-ci crie et hurle, s’agite et gesticule… Et quand le nourrisson fait un mètre quatre-vingt… C’est terrible, effrayant !
Et c’est bien ainsi que tu traites tes proches : tu te sers, tu t’octroies, sans le moindre respect. Et quand on se rebiffe, tu te mets en colère. Mais le miroir se brouille et tu ne t’y vois plus. Vite il faut restaurer ce reflet altéré, retrouver ton salut, du moins ce que tu crois être ton seul salut. Alors tu te transformes tel un caméléon, du monstre agressif tu deviens prince charmant qui connaît mieux que tous les désirs de sa proie. Alors tu les devances et tu les réalises ; du moins c’est ce qu’elle croit, mais cela n’a qu’un temps et ne révèle rien que ton besoin vital de vite retrouver l’objet dont tu dépends.
Pourtant tu es crédible, tu as l’air si sincère, tu inspires la pitié, et le fond de mon être est tellement blessé qu’il n’aspire qu’au calme, à la consolation. Le consolateur oui, c’est ce que tu prétends être à ce moment-là, le sauveteur aussi. Quoi de plus évident pour garder sa victime que de la faire souffrir sans qu’elle ne le comprenne pour ensuite accourir tel l’unique sauveteur ? Tu as pris soin d’ailleurs d’isoler ta victime, d’abord de sa famille, voire même de ses amis, elle n’a plus que toi.
Regardez-le, vous autres ! Ne voyez-vous donc pas qu’il souffre lui aussi ? ! Mais non, c’est vrai ! Narcisse a vraiment deux visages. Son masque souriant, affable et sympathique inspire la compassion, ou serait-ce la pitié ? Mais il est efficace ! Pauvre homme maltraité par ce vilain reflet. C’est vrai ça, vous, les lacs ! Ne pouvez-vous donc pas vous tenir tranquille en toutes circonstances ! Ne peut-il vous toucher à son aise sans que vous vous en troubliez ? C’est vous le hic en fait ! Il faut vous faire soigner, ce n’est pas bien normal de s’agiter comme ça !
Longtemps, oui, j’ai cherché d’où venait le problème. Tu me l’attribuais, en rejetant la faute sur mon éducation. La souffrance augmentant, je me croyais coupable. J’ai cherché, j’ai cherché, je ne comprenais pas ce cercle infernal qui tournait sans finir. Des discours parfaits, de magnifiques promesses avec un tel pouvoir d’intense conviction… Et puis tu revenais et ça recommençait, tu n’avais pas souvenir des bonnes résolutions promises un mois plus tôt ! Serais-tu abruti ? ! Disais-je exaspérée. J’aurais dû t’enregistrer !! Mais toi tu me fixais, le regard hébété, ne sachant que répondre. Tu avais oublié toutes ces belles promesses, tous ces jolis discours. Envolés ! Le néant ! Paroles rassurantes, paroles du moment qui ne reposent sur rien. C’est ce que l’on appelle la manipulation.
Dieu et Satan regardaient la Terre et discutaient ensemble au sujet des êtres humains qui la peuplent…
— Tu as vu celle-ci ? dit Dieu à Satan. Sa foi est remarquable, elle Me recherche de toute son âme et de toutes ses forces…
— Oui, répondit Satan, mais laisse-moi la tourmenter et tu verras, elle se détournera de Toi.
— D’accord dit Dieu, mais respecte son apparence.
— Ne T’inquiète pas, les tourments que je vais lui infliger, personne ne les verra.
Je suis toute petite, dans une pièce étroite. Une dame s’approche, habillée tout de blanc, elle voudrait me piquer. Mes deux bras potelés se cachent dans mon dos. Cet endroit inconnu est tellement effrayant. Maman est pourtant là, mais elle est impuissante et d’ailleurs elle s’en va.
Je me retrouve assise sur les genoux d’un homme recouvert de plastique qui me tient fort les bras. Un autre enfonce alors un tuyau dans ma gorge, dont jaillit un liquide qui lave mon estomac, emportant la substance nocive et dangereuse que j’avais avalée à l’heure du déjeuner.
Maman revient ensuite, mais je vais la frapper. Elle m’a abandonnée, pourquoi a-t-elle laissé ces hommes me maltraiter ? J’ai peur à mon retour, à la maison, j’ai peur. Il y a cette grande sœur aussi qui m’impressionne… C’est au fond de mon cœur que se situe la peur, une boule qui grossit, encore et toujours plus…
Il y a ces oreilles aussi qui me tourmentent, douloureuses, elles me brûlent, elles sont en feu vraiment. La nuit surtout, c’est dur… Le souffle que j’inspire attise toujours plus le feu qui s’y consume. Elles ont pourtant l’air parfaitement normales !
La boule qui grossit, je sais son nom : Angoisse ! Jamais elle ne me quitte. Souvent je m’imagine que c’est un cauchemar, que je vais m’éveiller. Mais non, c’est vrai. J’ai peur. Je ne peux en parler, on ne nous permet pas d’avoir quelques soucis. Nous n’avons qu’un devoir : être heureuses de vivre.
L’enfant devenue femme, Dieu fit remarquer à Satan :
— Tu vois, elle est toujours aussi fidèle !
— Laisse-moi la posséder et Tu verras, son âme finira par se corrompre répondit Satan.
— D’accord dit Dieu, Je la laisse en ton pouvoir, mais Je veux qu’elle soit féconde.
— Je ne veux pas d’enfant ! rétorqua Satan.
— Je le veux.
— Soit, elle en aura un, mais Tu verras qu’elle n’en fera pas deux !
— Je veux également que tu ne portes pas la main sur cet enfant ni les suivants, ajouta le Seigneur.
— Il n’y en aura qu’un ne T’inquiète pas ! rétorqua le Démon.
Lorsque j’étais enfant, ma mère disait toujours de moi, avec beaucoup de tendresse et sans doute lorsqu’elle me voyait pensive : « Elle est sur son petit nuage. » L’on disait aussi souvent de moi que j’étais dans la lune… Il est vrai que j’étais très étourdie et je le suis toujours, ce qui me joue souvent de mauvais tours. Je tombe régulièrement en panne d’essence, ou j’enferme les clefs dans ma voiture. Il m’est même arrivé de faire les deux en même temps et ce jour-là, je n’avais pas osé le dire au gentil monsieur qui était venu à mon secours pour dégager ma voiture du rond-point sur lequel j’étais restée en rade. Une fois garée, j’avais claqué la porte avec les clefs à l’intérieur et j’avais eu tellement honte de cette double sottise que je lui avais assuré que tout allait bien et que j’allais me débrouiller seule, alors que j’aurais eu grandement besoin de son aide…
J’étais donc sur un nuage… Il s’agit peut-être du Nuage de l’Inconnaissance. Ce lieu où l’on se trouve si bien, où l’on peut atteindre la plus parfaite sérénité. C’est un lieu où l’on tient son âme en repos, comme le psalmiste qui tient son âme égale et silencieuse, comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. Avant cela il confie au Seigneur qu’il n’a pas le cœur fier ni le regard ambitieux, qu’il ne poursuit ni grands desseins, ni merveilles qui le dépassent. C’était mon cas, je n’avais pas d’ambition extraordinaire, je ne voulais que rencontrer un homme droit et aimant, avec lequel j’aurais fondé une famille et mené une vie simple et honnête dans une petite maison charmante, à la campagne. J’étais même prête à accepter toutes sortes d’épreuves comme l’accueil d’enfants handicapés par exemple, car il n’est que l’amour au cœur d’une telle démarche.
Malheureusement, cela ne s’est pas du tout passé comme ça. Et l’épreuve que j’ai rencontrée est pour moi bien pire que le handicap, la maladie ou la mort, au cœur desquelles peut régner l’amour. Ce que j’ai vécu, c’est l’absence de l’amour et même la haine de l’amour.
Je garde un bon souvenir de mon enfance durant laquelle je n’ai manqué de rien sur le plan matériel. Nous habitions une grande maison en brique rouge comme toutes les maisons en Picardie avec un immense jardin et même une petite forêt au fond. Nous étions cinq enfants. Mon père, qui était vétérinaire rural comme son père et son grand-père l’avaient été avant lui, travaillait énormément. Il était un « tâcheron » comme il disait. Lorsqu’il rentrait de ses tournées, il faisait grincer un tire-botte pour extirper ses pieds de ses gigantesques bottes marron dans lesquelles je m’imaginais bien pouvoir disparaître tout entière… Nous nous servions de ce tire-botte pour faire des farces à notre mère, c’était drôle de le faire grincer en cachette, pour lui faire croire que notre père rentrait enfin… Il faut dire qu’elle passait son temps à l’attendre… À l’époque il n’avait pas encore la clinique, il ne soignait quasiment que des vaches, des moutons et des chevaux. Alors il passait sa journée (et souvent ses nuits) à sillonner les petites routes de notre campagne, allant de ferme en ferme soigner les animaux. Moi, j’aimais beaucoup l’accompagner, la plupart des gens que l’on rencontrait étaient des personnes simples et accueillantes, même si j’avais souvent du mal à boire le café tellement serré qu’ils nous offraient si généreusement. Mais je me forçais pour ne pas décevoir ces personnes qui me donnaient en permanence la leçon de la simplicité de la vie.
Nous avions également cinq cousins avec lesquels nous partagions de bons moments, notamment pendant les vacances que nous passions souvent chez mes grands-parents. Ces derniers étaient agriculteurs dans un village non loin et ma grand-mère était passionnée par les chevaux. Elle était cavalière depuis toujours et avait un pur-sang, une magnifique jument alezane d’une grande élégance, qui s’appelait Passe-Biche.
J’ai parfaitement en mémoire la première fois que l’on m’a hissée sur son dos. Je pourrais indiquer très précisément l’endroit exact où cela s’est produit, dans la cour de la ferme. Je n’étais pourtant pas bien vieille ni très haute, j’avais deux ans environ. Ma grand-mère était sur son pur-sang anglais et l’on m’avait installée sur le devant de sa selle. J’avais glissé mes doigts dans les crins de Passe-Biche, j’avais su instantanément que cette créature extraordinaire serait au centre de ma vie.
J’appris à monter à cheval très tôt, avec ma grand-mère ; puis avec une amie cavalière avec laquelle je partageais tous les moments équestres. Nous prenions des cours d’équitation ensemble dans un centre équestre et une année, mes parents avaient loué des poneys pour l’été. Ils s’appelaient Opa et Yova. C’était un véritable bonheur de les avoir à nous pour tout l’été. Si bien que par la suite, à force de tanner mes parents, je parvins à les convaincre d’acheter un cheval. C’était une jument trotteuse qui s’appelait Gazelle et lorsqu’elle avait été amenée chez mes grands-parents, sa petite sœur était montée dans le camion à sa suite, nous avions donc eu deux chevaux pour le prix d’un ! Du moins c’est ce que l’on m’avait raconté. Nous avions donc une petite pouliche en prime qui s’appelait Mabotte et que ma grand-mère, devant l’in-esthétisme de ce nom, avait rebaptisé Mamzelle pour rimer avec Gazelle. Dès lors, les virées à cheval devinrent notre première occupation. Avec mon amie, et Gazelle et Mamzelle, nous organisions toutes sortes d’escapades dans les champs. Nous avons parcouru toute la campagne environnante. L’été nous installions des parcours d’obstacles dans les chaumes, avec les ballots de paille, juste après la moisson. Nous maudissions les agriculteurs qui préféraient les grosses balles rondes à nos chers petits ballots. Comment sauter une de ces satanées grosses balles ? Cette tentative aurait bien pu trouver sa place parmi les nombreux jeux fous que nous inventions. Le plus épique d’entre eux consistait à foncer l’une vers l’autre, au grand galop, l’une d’entre nous devant crier au dernier moment droite ! ou gauche ! afin de s’éviter en partant chacune de son côté. C’était très drôle tant qu’on ne confondait pas la droite et la gauche ! Et il y avait un pont qui traversait une voie ferrée ; dans notre insouciance, nous le traversions régulièrement sans nous poser de question. Comme nous avons frissonné, bien des années plus tard, en nous rappelant ce pont !… Il était constitué de plaques et il en manquait une sur deux, ce détail, qui ne nous perturbait pas le moins du monde à l’époque, faisait apparaître d’énormes trous béants dans lesquels nos montures auraient pu s’engouffrer ! Entre les escapades, ce sont des heures que nous passions à astiquer nos chevaux : lustrer le poil, brosser la queue, graisser les sabots, tresser la crinière… ensuite on leur mettait de belles couvertures et nous paradions dans la cour de la ferme ! Sauf qu’il n’y avait pas beaucoup de spectateurs et que, l’hiver venu, dans leur pâture, nos chevaux retrouvaient leur allure de tas de poils avec un peu de boue…
Malgré cette enfance heureuse, je souffrais terriblement d’angoisses et je ne savais pas pourquoi. Je me souviens que lorsque j’étais à l’école élémentaire, je me couchais le soir en espérant que j’étais en train de faire un cauchemar et que j’allais me réveiller. Ces angoisses révélaient en réalité des conflits familiaux dont je n’avais aucune conscience à l’époque, car ils étaient enfouis dans un profond déni de la part de toute ma famille.
Un accident que j’ai eu étant petite, lorsque j’avais avalé l’intégralité du tube de diurétique que ma mère prenait dans le cadre de sa grossesse (elle attendait mon petit frère) est certainement l’élément déclencheur de ces intenses angoisses. À l’époque, la médecine n’était pas attentive à l’importance de la présence des parents auprès des enfants dans les hôpitaux. Je me suis trouvée brutalement séparée de ma mère au moment de subir cet acte violent que représente un lavage de l’estomac. Il est évident que je me suis sentie abandonnée, ce sentiment couplé à celui d’une peur intense et au malaise engendré par cet acte ont provoqué chez moi des angoisses qui ne m’ont plus jamais quittée. Encore aujourd’hui, chaque matin lorsque je me réveille, ces angoisses m’assaillent. Je suis obligée de faire un effort intellectuel de taille pour les repousser en me parlant à moi-même pour me rassurer et me dire que c’est désormais fini et que je n’ai plus rien à craindre. Ce combat de quelques secondes se produit chaque matin. La méthode Vittoz, dont je parlerai plus loin, m’a beaucoup aidée dans ce combat.
Cet accident a également stigmatisé une relation compliquée avec ma sœur. Comme tous les enfants, elle éprouvait de la jalousie à mon égard puisque je venais juste après elle, ce qui est banal mais qui disparaît généralement avec le temps. Or, comme j’étais la troisième de la fratrie, ma mère, qui devait seconder mon père dans son travail, commençait à être un peu débordée et avait besoin de son aide pour me surveiller. Ma sœur, censée veiller sur moi, aurait-elle culpabilisé à la suite de cet accident ? Une rancœur inconsciente se serait-elle installée en elle ? Seule une psychothérapie lui permettant de vaincre sa jalousie (qui ne s’exprime plus aujourd’hui que grâce au fait que l’on ne se côtoie plus, malheureusement) pourrait apporter des réponses à ces questions.
En outre, ma mère avait de mauvaises relations avec sa propre mère et je me suis retrouvée au centre de ces conflits, peut-être parce que j’aimais les chevaux, comme ma grand-mère et que je passais beaucoup de temps chez elle. Il est vrai que j’avais une relation particulière avec elle. Il avait suffi qu’elle me raconte ses accouchements et la perte de ses deux petits pour que je la comprenne. Elle m’avait confié qu’elle avait supplié la Sainte Vierge lorsqu’ayant déjà perdu un enfant, un petit garçon, elle s’apprêtait à en perdre un deuxième, une petite fille qui, gravement malade, courait un grave danger. Cette prière n’avait pas été exaucée… Cela m’avait fait tellement de peine. Ma grand-mère était pratiquante, elle et mon grand-père allaient à la messe chaque dimanche. Mais un jour que nous nous promenions jusqu’au calvaire du petit bois, près de son village, elle m’avait confié, en regardant le Christ en croix, qu’elle n’arrivait pas à croire qu’II était Dieu, mais que cela n’enlevait rien à toute l’admiration qu’elle avait pour Lui. Cela m’avait frappé d’entendre cette femme de fort caractère exprimer son admiration envers Jésus. Je crois d’ailleurs que c’est cette réflexion de ma grand-mère qui a éveillé ma foi. Donc elle se confiait beaucoup à moi et j’étais très sensible à sa souffrance, j’avais de l’empathie pour elle et j’étais la seule, avec ma cousine Irène, à la comprendre. Ainsi ma mère, qui ne comprenait pas que je puisse apprécier ma grand-mère, était jalouse de notre relation et entretenait de la rancune envers sa propre mère. Je l’ai vue souffrir à la vue de ma cousine tenant la main de ma grand-mère : elle me confiait qu’elle ne comprenait pas qu’un tel geste de tendresse puisse être possible envers cette femme.
Il y avait donc beaucoup d’animosité entre ma mère et ma grand-mère et je souffrais de me trouver entre elles deux. Ma grand-mère avait fini par prendre conscience qu’elle avait fait souffrir sa fille et avait des remords, mais c’était à moi qu’elle les confiait au lieu d’aller vers sa fille. Elle m’avait ainsi raconté un fait douloureux qui s’était produit lorsque ma mère avait deux ans : elle avait pointé le bout de son nez dans la chambre où était installé le corps sans vie de sa petite sœur, âgée de six mois, qui venait de succomber à une infection. Ma grand-mère regrettait amèrement sa réaction : elle l’avait chassée impérieusement sans aucune explication, ni aucun réconfort. Elle avait maintenant pris conscience que ce n’était pas bien, mais elle était toujours incapable de revenir vers sa fille pour lui en parler et lui demander pardon.
Ainsi, avec le temps, ma mère devint jalouse de cette relation que j’avais avec ma grand-mère, ce qui, forcément ne faisait qu’accentuer la jalousie de ma sœur à mon égard. Ainsi, petit à petit, sur ce fond d’angoisse, je me mis à développer une peur viscérale de ma sœur.
Ces angoisses ont toujours persisté et je n’avais aucun interlocuteur avec qui en parler. À cette époque on n’allait pas facilement chez le psy, si bien que j’étais seule avec mes angoisses.
Un jour que j’avais été ennuyée par un garçon lourdaud au collège, comme il y en a beaucoup en classe de troisième (il m’avait mis « la main aux fesses » comme on disait…) je me sentais vraiment mal et je m’étais décidée à en parler à mes parents. Je m’étais donc relevée, le soir, bien décidée à leur confier mes angoisses. J’étais descendue au salon, mais ils m’avaient immédiatement demandé de remonter me coucher. Ma mère n’avait pas bougé, seul mon père était monté. Je commençais à me confier à lui lorsqu’il m’avait coupé la parole avec cette question : « T’es heureuse de vivre ? » Je m’étais trouvé incapable de répondre autre chose que « oui » à cette question qui signifiait « je t’ai donné la vie, tu n’as pas le droit d’être malheureuse ». Et pourtant je souffrais et je n’étais pas heureuse, mais j’avais menti car j’avais compris que mon père prenait mes plaintes comme un reproche. J’avais tout ce qu’il faut matériellement, donc je n’avais pas le droit de me plaindre. Cette attitude peut se comprendre de la part de ces générations fortement marquées par la guerre… Mais il y a d’autres formes de guerre tout aussi néfastes malheureusement, des guerres intestines dans les familles qui font des ravages. L’échange s’était arrêté là et il était redescendu aussitôt. Rien n’était résolu, et même… la situation avait empiré.
Mon frère aîné posait beaucoup de problèmes à mes parents et ma sœur était très autoritaire si bien que, comme j’arrivais après, je voulais préserver mes parents en leur causant le moins de souci possible. C’était mon objectif et j’étais donc très obéissante. Mon père dira lui-même, plus tard, lors d’une expertise psychiatrique ordonnée par un juge : « Louise était une petite fille adorable, un peu rêveuse. Elle était sur son nuage. » En réalité j’étais introvertie et je n’ai donc pas pu m’épanouir à l’adolescence.
Ma mère, qui était elle aussi très angoissée, me transmettait ses peurs. J’allais au collège dans une ville à 20 km de la maison et un covoiturage était organisé pour les transports. Un jour, je pris l’initiative de rester avec mes amis après les cours, je prévins donc la voiture que je ne rentrais pas avec eux, mais que je prendrai le train un peu plus tard. Lorsque j’arrivais le soir à la maison, je reçus un savon comme si j’avais fait quelque chose de grave, alors que je voulais juste rester un peu avec mes amis. Cela accentua encore mes angoisses et je ne recommençai jamais plus. Si bien que je fus rapidement en dehors de tous les cercles d’amis qui se formaient. Pour couronner le tout, durant mon année de terminale, que j’effectuais dans un nouveau lycée, ma mère trouva le moyen de me faire déjeuner tous les midis chez une vieille dame lorsqu’il m’aurait fallu déjeuner à la cantine pour me faire des amis. Je devins donc une adolescente « coincée » comme on disait, et je le demeurais.
