Témoins - Anne-Geneviève Montagne - E-Book

Témoins E-Book

Anne-Geneviève Montagne

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Beschreibung

Un livre ardent, pour raviver notre feu missionnaire et (re)découvrlr la Joie du témoignage. Parce qu'il est impossible d'accueillir l'Amour sans le propager à son tour. Parce que de témoignage en témoignage, nous avons reçu l'extraordinaire cadeau de la foi. Parce que le Christ est vraiment ressuscité ! Enraciné dans l'expérience d'Anuncio, ce livre voudrait faire résonner l'appel qui sommeille en chacun de nous : celui de devenir un témoin, en actes et en paroles. Pourquoi témoigner ? Que signifie « donner son témoignage » ? Concrètement. comment faire ? L'auteur propose ici un véritable carnet de route pour la mission. Elle nous montre tout d'abord le sens profond et l'importance du témoignage personnel. Surtout. elle nous invite à oser franchir le pas. Grâce aux nombreux exemples, questions et exercices pratiques, nous apprenons à voir les merveilles que Dieu fait dans notre vie et à partager nous aussi le trésor de la foi : le Christ est vraiment ressuscité ... nous en sommes témoins !

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Seitenzahl: 178

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Conception couverture : © Atelier des Palmar

Composition : Soft Office (38)

 

© Éditions de l’Emmanuel, 2021

89, bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris

www.editions-emmanuel.com

 

ISBN : 978-2-35389-938-8

Dépôt légal : 3e trimestre 2021

INTRODUCTION

Tobie sortit chercher un homme qui connaisse la route,pour l’accompagner jusqu’en Médie. À peine sorti, il trouval’ange Raphaël debout devant lui, mais il ne savait pasque c’était un ange de Dieu (Tb 5, 4).

Carte à jouer ou carte routière ? Le témoignage tient des deux. Carte à jouer, il est un atout de choix glissé dans notre manche par le Seigneur. Il peut changer à l’improviste le cours de la partie, qu’elle soit jouée sur le bord de la route avec des inconnus ou dans notre salon avec des amis de longue date. Mais le témoignage tient davantage encore de la carte routière où nous découvrons, à mesure que nous l’explorons, le sens de notre itinérance ici-bas. Le témoignage est une manière de marcher, conscient qu’un autre a tracé le chemin, et de faire profiter nos compagnons de voyage des panoramas découverts sur la route. À mesure que chacun partage ce qu’il a vu, se dessine pour tous le visage du Christ. Ligne droite ou longs méandres, désert ou marais, nous apprenons à lire, dans le réel des terres traversées, celui qui en est l’auteur. Et nous vivons davantage en vue de notre destination. « Oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus » (Ph 3, 13-14).

Le Père nous attend les bras ouverts au bout du chemin. Son amour est inconditionnel, total, sans limite, et nous n’avons pas besoin de le mériter. Notre très long retour vers lui est une histoire sainte marquée des multiples infidélités de l’homme et des multiples tendresses de Dieu. Dans cette histoire, le même motif se dessine sans cesse, le même drame se joue à l’échelle de chaque personne et à l’échelle de toute l’humanité. La grande question de Jésus à Pierre : « M’aimes-tu ? Jusqu’où m’aimes-tu ? » nous est adressée à chacun. Toute vie, par les paroles et les actes dont elle est tissée, est une réponse. Et personne ne répond seulement pour lui-même. Chacun, en répondant, dessine la grande réponse de l’humanité avec ses splendeurs et ses misères. Bien qu’à chacun la question soit posée personnellement, notre réponse affecte toute l’humanité. Notamment parce qu’une réponse positive nous engage à vivre notre vie non plus seulement pour nous-mêmes, mais pour Dieu et, « par lui, avec lui et en lui », pour les autres1. Il est impossible d’accueillir vraiment l’Amour sans le propager à son tour. Comme l’écrivait le pape Paul VI :

Finalement, celui qui a été évangélisé évangélise à son tour. C’est là le test de vérité, la pierre de touche de l’évangélisation : il est impensable qu’un homme ait accueilli la Parole et se soit donné au Règne sans devenir quelqu’un qui témoigne et annonce à son tour2.

À vous qui lisez ce carnet de route, nous voulons partager plusieurs bonnes nouvelles.

Toute notre vie est un témoignage. Chaque décision de suivre le Christ, même dans le secret, contribue à faire de nous un témoin, c’est-à-dire un signe et un instrument du salut.

Dieu lui-même se donne des témoins au milieu de son peuple. Notre mission naît dans son cœur. Le Seigneur nous invite à travailler à son Royaume et à sa justice. En retour, il promet de prendre soin de nous dans tous nos besoins (cf. Mt 6, 33).

Dieu regarde et bénit toute vie ! L’aventure du témoignage est une école d’attention à l’irruption de la grâce dans nos vies, d’une façon unique et spécifique pour chacun.

Heureux sommes-nous si nous suivons le Christ, en sachant que ce chemin nous conduit à la croix, c’est-à-dire à l’offrande totale de nous-mêmes par amour (cf. Jn 13, 16-17). Vous êtes invités dès aujourd’hui à offrir tout de votre vie : vos joies les plus simples ou les plus grandes, vos souffrances les plus légères comme les plus intenses.

Il n’y a pas de saint sans passé, il n’y a pas de pécheur sans avenir3 ! Témoigner, c’est vivre l’espérance : croire que la Parole – celle de Dieu portée par la nôtre – peut changer le monde. J’aime ces lignes magnifiques du père Paul Baudiquey : « Les seuls regards d’amour sont ceux qui nous espèrent, qui nous envisagent au lieu de nous dévisager. » Témoigner nous fait grandir dans la foi que, pour chacun, s’ouvre un chemin de relèvement et que ceux qui semblent loin de Dieu aujourd’hui sont aussi – déjà ! – en train de préparer leur témoignage.

Ce carnet de route s’enracine dans l’expérience de la mission de rue vécue au sein d’Anuncio. Anuncio est une petite œuvre qui travaille à annoncer l’amour de Dieu à toute personne éloignée de l’Église et veut aider chaque chrétien à devenir un témoin. À Anuncio, nous prions pour que de nouveaux missionnaires se lèvent pour la moisson, nous proposons la rencontre de rue comme un électrochoc pour toute la vie, nous organisons des événements missionnaires (concerts, festivals, évangélisation de rue…), nous formons à l’annonce directe, nous inventons de nouveaux outils pour faire connaître le Christ. Toutes ces actions s’appuient sur une vie fraternelle belle et riche. Nous ne saurions trop vous encourager à oser l’aventure de l’annonce directe à des inconnus. C’est selon nous l’un des meilleurs « déclics » pour se lancer dans le témoignage. De témoignage en témoignage, nous devenons de plus en plus des témoins par toute notre vie. Si vous avez besoin d’aide pour vous jeter à l’eau, sachez que des formations existent à Anuncio ou ailleurs !4

Au sens commun, le témoignage consiste à rapporter ce que l’on a vu ou entendu, ce que l’on sait, pour aider à la découverte de la vérité et l’accomplissement de la justice. Le témoignage chrétien, quant à lui, consiste en tout acte ou toute parole de nature à manifester la vérité suprême : celle de l’Évangile.

Les écrits du magistère mettent en avant le fait que toute la vie du chrétien doit « dire » le Christ (voir notamment annexes p. 192-204). Notre existence entière, imprégnée de l’Évangile, est un signe de la vérité. Le magistère insiste aussi sur l’importance d’accompagner ce témoignage des actes d’une prédication, d’une parole explicite. Celle-ci peut prendre plusieurs formes : prédication, catéchèse ou témoignage. Le témoignage est alors entendu comme un partage des signes de la présence de Dieu dans notre vie et de la manière dont la foi nous transforme.

Sans occulter la modalité essentielle du témoignage qui consiste à vivre tout simplement la radicalité évangélique en portant ouvertement le nom de chrétien, je voudrais surtout réfléchir avec vous au témoignage entendu comme le récit de notre histoire avec Dieu. Pourquoi cette parole est-elle nécessaire ? D’où vient-elle ? Que vise-t-elle ? Comment la préparer ? Quand et comment la dire ? Je pratique depuis quelques années l’étonnant sentier du témoignage comme parole et j’y ai puisé tant de joie qu’il me faut en indiquer les balises à ceux qui voudraient s’y engager. C’est donc un itinéraire que je vous propose. Il vous mènera à revenir souvent sur vos propres pas mais surtout, je l’espère, à mieux entrer dans les pas du Christ.

1. 2 Co 5, 15 : « Car le Christ est mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux. »

2. PAUL VI, Exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi sur l’évangélisation dans le monde moderne, 8 décembre 1975, n° 24.

3. Dans le livre Témoin de l’espérance (Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité, 2018), le cardinal Van Thuan dit avoir vu cette phrase tagguée sur un mur dans son pays.

4. Pour une formation à la mission dans votre paroisse ou votre groupe, contactez [email protected].

CHAPITRE 1

En apéritif : témoignages non décortiqués

Les témoignages ont la vertu apéritive des paraboles : ils donnent le désir d’en savoir plus. Ils ont une force supplémentaire : celle des histoires vraies. La puissance surnaturelle du témoignage, qui n’est pas le merveilleux des contes même si elle nous surprend parfois de la même façon, est source de foi et d’émerveillement. Un petit récit de tous les jours est source d’une sagesse profonde et parfois intarissable. On y revient sans cesse et on s’y rafraîchit toujours. Comme à l’Évangile. Le témoignage, c’est l’Évangile dans une vie.

Trouvées par inadvertance, données par d’autres ou fruits d’une recherche active de Dieu, voici quelques pépites ramassées en chemin. Telles quelles, elles m’illuminent : Dieu est à l’œuvre en cet âge ! Je vous les livre brutes pour que chacun y reçoive l’encouragement que le Seigneur lui destine.

Deux amis et une enfant

Lors d’un périple dans un diocèse rural pour inviter au Congrès Mission, j’ai rencontré Sarah1. Sarah a 17 ans, elle fait un stage de trois semaines à la maison diocésaine. Je flaire la belle histoire et lui demande d’où vient sa foi. Elle me raconte que sa famille est anticléricale, mais que le meilleur ami de son père est catholique. Quand elle était enfant, cet ami, son père et elle sont entrés tous les trois dans une église et cet ami leur a proposé de prier. Ce jour-là, Sarah a été saisie par la grâce et elle a cru à la vérité de l’Évangile. Dix ans plus tard, elle n’est pas encore baptisée et ne connaît pour ainsi dire rien aux sacrements ni à l’Église. Mais en grandissant, elle a réalisé qu’elle ne pouvait pas faire comme si elle n’était pas chrétienne.

Des vertus évangélisatrices du prêt immobilier

Rebecca vit à Paris dans une colocation missionnaire. Avec ses colocataires, elles évangélisent en porte à porte dans leur quartier et dans le jardin de la paroisse. Les propriétaires de leur logement revenant en France, Rebecca cherche un appartement pour continuer le travail missionnaire commencé. Elle appelle sa banquière pour évoquer un prêt immobilier et, de fil en aiguille, lui parle de son projet. La banquière lui refuse le prêt immobilier, mais lui dit qu’en revanche elle aimerait beaucoup la rencontrer pour parler de Dieu. Ni une ni deux, la voici invitée pour un petit apéritif à thème…

Les conséquences imprévues d’une interview sur radio Notre-Dame

Ruth travaillait en mécénat dans une institution culturelle. Du fait de son engagement dans d’obscures activités missionnaires, elle se trouve invitée à une émission sur radio Notre-Dame. Elle décide donc de poser une demi-journée de congé pour aller dispenser la bonne Parole. Comme elle a prévenu ses collègues qu’elle s’absentait pour une interview, ces derniers se lancent dans un petit jeu pour deviner quelle radio aura l’honneur de l’accueillir. Après quelques tentatives infructueuses, le pot aux roses est finalement découvert : Ruth est catholique. Dans la semaine, les langues se délient et Ruth apprend en aparté que la personne qui l’a précédée à son poste est entrée au couvent et que l’une de ses collègues se pose beaucoup de questions sur la foi chrétienne.

Une rencontre sur la digue

Saintes-Maries-de-la-mer, août 2017. Sur la digue nous rencontrons Esther, 16 ans, et nous lui parlons de Jésus. La rencontre est toute simple et je serais bien en peine de savoir ce que nous avons dit exactement. Mais nous avons prié et nous lui laissons une Bible en bref2. Le soir, Esther est là pour l’adoration et reste toute la veillée devant Jésus. Je m’approche pour lui demander : « Il t’a dit qu’il t’aimait ? » Sa réponse fuse : « Oui. »

Hommage funèbre

À l’enterrement d’un ami, Jonas, plusieurs personnes ont pris la parole pour remercier Dieu de la belle personne qu’il était. Le témoignage qui m’a le plus frappée a été celui d’un de ses collègues qui nous a partagé comment Jonas lui avait fait connaître le Christ et appris à l’aimer. Peut-on recevoir un plus bel hommage funèbre ?

 

Ça vous a plu ? Attaquons la route : en arrière toute !

1. Dans tous les témoignages rapportés dans le livre, les prénoms ont été changés.

2. Outil d’évangélisation créé par Anuncio pour faire découvrir l’histoire du salut en 20 minutes de lecture avec des textes centraux de l’Écriture.

CHAPITRE 2

Au commencement…

La Bible nous apprend tout ce que nous devons savoir. Elle est comme une école maternelle, école de pensée et de parole, école de parole et de pensée. Dès ses premiers mots, elle nous donne la leçon la plus essentielle. Pour aller dans la bonne direction, il faut partir du commencement : Dieu. Mettons-nous donc à son école en accueillant cette invitation à partir du Seigneur pour concevoir toute chose et en particulier pour concevoir le témoignage. Impossible d’être témoins sans d’abord fixer nos regards sur celui qui a doté l’homme d’une bouche. Apprenons donc le témoignage en contemplant celui que Dieu se rend à lui-même.

Dieu témoigne par ses œuvres1

Le témoignage de la création

AUCOMMENCEMENT, Dieu créa le ciel et la terre (Gn 1, 1).

Les cieux proclament la gloire de Dieu, le firmament raconte l’ouvrage de ses mains. Le jour au jour en livre le récit et la nuit à la nuit en donne connaissance. Pas de paroles dans ce récit, pas de voix qui s’entende ; mais sur toute la terre en paraît le message et la nouvelle, aux limites du monde (Ps 18, 2-5).

L’Écriture et la Tradition ont toujours tenu que l’existence de Dieu était accessible à la raison humaine à partir du livre de la création. « Depuis la création du monde, on peut voir avec l’intelligence, à travers les œuvres de Dieu, ce qui de lui est invisible : sa puissance éternelle et sa divinité » (Rm 1, 20).Nous voyons bien que certains lieux – comme le désert – sont particulièrement propices à l’expérience de la transcendance et que les hommes capables de silence sont plus sensibles à ce témoignage muet que les autres.

Il n’y a pas que la splendeur de la création qui nous parle de Dieu. Les souffrances et les cris de la terre nous en disent long sur les conséquences du péché. On pourrait presque dire que la terre témoigne pour Dieu contre nous2. La terre nous appelle à la conversion. Je vois dans la mouvance écologique un accomplissement de cette prophétie de Jésus aux pharisiens qui veulent faire taire ses disciples : « Je vous le dis : si eux se taisent, les pierres crieront » (Lc 19, 38). Le cri de la terre vient au secours de notre témoignage défaillant. Et la croissance de la sensibilité écologique – malgré les risques de dérive idéologique qui l’accompagnent – me semble source d’espérance. Elle nous interpelle comme chrétiens à repenser notre rapport à la création à partir de ce que Dieu a voulu au commencement. « Heureux les doux car ils posséderont la terre » (Mt 5, 5). C’est dans la douceur que nous sommes invités à recueillir le don de la création. Nous devons réapprendre, les premiers, à contempler la création, à y entendre la voix de Dieu. De notre capacité à accueillir toute chose comme un don dépendra pour beaucoup la qualité de notre témoignage.

Le livre de la Sagesse n’est pas tendre pour ceux qui ne font pas l’effort de chercher au-delà de ce que perçoivent leurs sens. « De nature, ils sont inconsistants, tous ces gens qui restent dans l’ignorance de Dieu : à partir de ce qu’ils voient de bon, ils n’ont pas été capables de connaître Celui qui est ; en examinant ses œuvres, ils n’ont pas reconnu l’Artisan » (Sg 13, 1). C’est aussi pour nous un avertissement : le témoignage est un signe donné qui ne contraint pas celui qui le reçoit.

Ai-je pour réflexe de m’interroger sur ce que Dieu et l’Église disent d’un sujet avant de me forger une opinion ?

Suis-je sensible au témoignage de la terre ? Que me dit-elle de Dieu ?

Le témoignage de l’homme

L’homme est lui aussi, au cœur de la création, une parole de Dieu. Créé par la Parole, mais surtout créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, l’homme dit Dieu par tout ce qu’il est. « Revanche » suprême du Seigneur qui fait de l’athée lui-même un signe de la présence divine dans le monde. Nous disons Dieu par notre soif de communion. Nous disons Dieu par notre âme spirituelle. Nous disons Dieu par notre désir de nous donner.

En parlant de théologie du corps, saint Jean-Paul II a réaffirmé que le corps humain est une parole sur Dieu. Notre chair, notre visage disent quelque chose de spirituel. Et ils parlent parfois plus fort que notre voix. Qui n’a jamais entendu derrière un « Ça va bien » la tristesse, l’angoisse, la lassitude ? Nous disons parfois que notre corps nous trahit, mais il serait plus juste de dire qu’il nous révèle. Il nous manifeste à nous-mêmes le temps qui passe, nos excès ou notre sobriété, nos limitations, notre heureuse disposition. Ce que nous donnons à voir par notre corps, notre hygiène de vie, nos comportements, nos gestes, nos regards dit quelque chose de notre âme. Notre corps est un témoin, un signe visible et en partie déchiffrable de ce qui nous fait vivre et de ce que nous sommes. Le corps donne un témoignage objectif.

C’est une expérience forte d’évangéliser ou de prier avec les reliques de saints. Ils continuent à accomplir des miracles à travers les restes de leur vie terrestre, vénérés dans la foi. Ils nous disent combien la sainteté est un chemin d’unification de la personne : âme, cœur, corps et esprit. Leurs reliques continuent le témoignage de leur vie parce que le chemin du témoignage est un chemin d’humanité. Le saint est celui qui devient de plus en plus humain, qui embrasse sa condition généreusement. « L’homme n’est ni ange ni bête et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête3. » Notre témoignage chrétien s’enracine donc – Dieu l’a voulu ainsi au commencement – dans la pleine habitation de notre corps, dans notre consentement à l’incarnation.

Je me souviens d’une grâce reçue il y a quelques années. En maisonnée, nous avons fait une lectio sur le chapitre de la Genèse et notamment la création de l’homme et de la femme. Ce même jour, une de mes meilleures amies avait donné naissance à son premier enfant : une petite fille. Je me rappelle avoir éprouvé en profondeur la joie d’être femme. Ce n’était pas spécialement un lieu de combat pour moi, mais j’ai éprouvé que le Seigneur me bénissait dans mon identité, dans mon être sexué. Je crois que c’est une grâce que nous pouvons demander d’aimer profondément notre corps.

La théologie du corps nous appelle aussi à aimer en actes. Prendre soin de son corps et de celui des autres est un témoignage. C’est pourquoi le service des pauvres, le soin des malades ont été et demeurent des signes éclatants de l’amour de Dieu pour le monde. En évangélisation de rue, j’aime évoquer l’amour surnaturel de mère Teresa pour les pauvres comme un signe de l’existence de Dieu. Le monde contemporain reproche souvent aux chrétiens leur manque de cohérence, peut-être à juste titre. Il nous adresse en quelque sorte le cri de saint Jacques : « Montre-moi ta foi qui n’agit pas ! » (Ja 2, 18). Si nous voulons être des images du Dieu invisible en ce monde, nous devons nous aussi vivre comme Jésus a vécu (cf. 1 Jn 2, 6).

Je choisis une manière de prendre soin de mon corps pour qu’il dise mieux la grandeur du don de Dieu.

Je pense à quelqu’un de mon entourage, je prends le temps de le contempler. Qu’est-ce que l’être de cette personne me dit de Dieu ?

Dieu témoigne par sa Parole

Dieu est Parole

AUCOMMENCEMENT était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu (Jn 1, 1-2).

Tout, y compris notre témoignage, prend racine dans la Trinité. Nous confessons dans la foi que Dieu est Père, Fils et Esprit. Nous pouvons l’expérimenter dans la prière en sentant par exemple l’Esprit en nous qui prie le Père par le Fils. Mais nous ne le découvrons vraiment que par le témoignage que Dieu s’est rendu et se rend à lui-même.

Nous avons beaucoup à apprendre sur le témoignage en regardant la manière dont Dieu s’est fait connaître et en y découvrant le reflet de ce qu’il est en lui-même. Si le mot « mission » nous semble avant tout pastoral, il renvoie pourtant initialement à un concept de théologie trinitaire : la révélation que Dieu fait de lui-même à travers l’envoi du Fils et du Saint-Esprit dans le monde. « Le fondement de l’effort missionnaire se trouve dans la dimension la plus profonde de l’essence divine4. » Le grand théologien Hans Urs von Balthasar, par exemple, a manifesté le lien entre les processions5 au sein de la Trinité (la génération du Fils et la spiration6 de l’Esprit) et leurs missions dans le monde pour révéler aux hommes l’amour de Dieu. L’incarnation-Pâques étend dans le monde la génération du Fils. L’effusion-Pentecôte y étend la spiration de l’Esprit.

L’histoire du salut devient le lieu où se déploie la dynamique de la Trinité éternelle. La pensée trinitaire n’est pas présentée ici comme loin du monde ou comme théorie spéculative, mais bien comme guide de l’action pratique pour l’Église et pour chaque chrétien. Ainsi tout comme le Logos7 reçoit tout du Père, pour le redonner ensuite à son tour à travers son envoi pour le salut du monde, de même aucun vrai chrétien n’existe en dehors de cette dynamique consistant à redonner8.