Toi, toi mon poids - Marinette Wagener - E-Book

Toi, toi mon poids E-Book

Marinette Wagener

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Beschreibung


La lutte au quotidien d'une jeune femme contre son poids

Que fait-on quand on est en surpoids et que l'on se bat sans relâche pour maîtriser sa silhouette ? Que faire quand on passe plus de temps "en régime" qu'à manger normalement ? C'est à ces questions et bien d'autres que répond avec réalisme l'auteur de ce livre.

Le surpoids entraîne chez les personnes qui en souffrent un sentiment de dépréciation de soi et d'exclusion. Le regard des autres, souvent accusateur et parfois cruel, blesse profondément celui ou celle qui ne rentre pas dans les standards de la mode. Cette histoire est celle d'une femme qui se bat contre son poids, contre les difficultés que cela engendre, contre les moqueries et qui décide, malgré un terrible drame qu'elle traverse, de devenir ce qu'elle veut être. Sa volonté, ses coups de gueule, ses déceptions et sa ténacité font de ce livre un livre d'aventure ; celle de l'aventure humaine de quelqu'un qui ne renonce jamais.

Un témoignage poignant et un message d'espoir sur un sujet sensible


À PROPOS DE L'AUTEUR :

Marie-Henriette Wagener, dite Marinette, est mère de deux enfants. Femme engagée et dynamique, elle propose dans cet ouvrage des solutions réalistes et pratiques pour contrôler son poids. Elle milite au sein de l'association BOLD.

EXTRAIT : 

Comme beaucoup de personnes ayant franchi le cap de la quarantaine, j’établis des bilans et rassemble mes souvenirs afin de faire le point et me rendre compte de ce que furent les bonnes et moins bonnes choses de ma vie. Comme ce fut le cas tout au long de mon existence, c’est par l’écriture qu’il me plaît le mieux de m’arrêter sur tous ces jalons de mon parcours pour les revoir et comprendre mes erreurs, mes défauts, mes qualités, tout ce qui a composé ma vie.

Ce travail de mémoire m’amène tout naturellement à penser d’abord à ce qui fut mon plus grand bonheur, la naissance de mes enfants. Mais, déjà là, une ombre passe et je deviens mélancolique, car la première de ces naissances fut marquée par un événement d’une grande tristesse qui restera pour moi toujours le plus pénible de mes souvenirs. Le petit ange qui aurait dû combler mes attentes de mère n’a pu voir le jour, et le matin de Noël 1985, quatre jours après sa naissance, nous avons porté en terre notre petit Julien.

La raison de ce décès est la même que pour toutes les autres ombres qui m’ont gâché la vie, cette maladie que l’on hésite encore à appeler comme telle dans notre beau pays, l’obésité. Ce problème comme je le dis souvent m’a pollué l’existence et c’est au fil des fluctuations pondérales que je me rappelle aujourd’hui de celle-ci. Car je n’ai pas toujours supporté un excédent de poids, pendant les sept premières années de ma vie, ce fut plutôt le contraire.



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Seitenzahl: 279

Veröffentlichungsjahr: 2014

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Ma vie

Comme beaucoup de personnes ayant franchi le cap de la quarantaine, j’établis des bilans et rassemble mes souvenirs afin de faire le point et me rendre compte de ce que furent les bonnes et moins bonnes choses de ma vie. Comme ce fut le cas tout au long de mon existence, c’est par l’écriture qu’il me plaît le mieux de m’arrêter sur tous ces jalons de mon parcours pour les revoir et comprendre mes erreurs, mes défauts, mes qualités, tout ce qui a composé ma vie.

Ce travail de mémoire m’amène tout naturellement à penser d’abord à ce qui fut mon plus grand bonheur, la naissance de mes enfants. Mais, déjà là, une ombre passe et je deviens mélancolique, car la première de ces naissances fut marquée par un événement d’une grande tristesse qui restera pour moi toujours le plus pénible de mes souvenirs. Le petit ange qui aurait dû combler mes attentes de mère n’a pu voir le jour, et le matin de Noël 1985, quatre jours après sa naissance, nous avons porté en terre notre petit Julien.

La raison de ce décès est la même que pour toutes les autres ombres qui m’ont gâché la vie, cette maladie que l’on hésite encore à appeler comme telle dans notre beau pays, l’obésité. Ce problème comme je le dis souvent m’a pollué l’existence et c’est au fil des fluctuations pondérales que je me rappelle aujourd’hui de celle-ci. Car je n’ai pas toujours supporté un excédent de poids, pendant les sept premières années de ma vie, ce fut plutôt le contraire.

Légèreté enfantine

Je me revois posant, toute petite fille, pour la photo de classe de première année primaire. Maigre, maladive, timide, n’osant que très rarement lever la main pour interroger mon instituteur quand je devais lui poser une question lors d’un travail. Tous mes vêtements étaient trop larges et les forces me manquaient souvent pour accomplir la moindre chose. Manger n’était pas ma tasse de thé et nécessitait de gros efforts de la part de ma maman pour que j’absorbe chaque jour la quantité de nourriture nécessaire à une bonne santé.

Il en fut ainsi jusqu’à mon neuvième anniversaire, où, après une année passée plus souvent dans mon lit, à la maison que sur les bancs de l’école, mes parents décidèrent de consulter notre médecin traitant afin qu’il trouve une solution à ce problème qui perturbait vraiment trop mon existence de petite fille.

Sa prescription consista en un médicament sous forme d’ampoules à boire une fois tous les quinze jours, et ce pendant trois mois. Ce remède, dont je ne me rappelle malheureusement pas le nom, fut tout à la fois salutaire et le début d’une vie radicalement différente.

Il me fit pour mon dixième anniversaire un cadeau que je qualifierais maintenant d’empoisonné. En même temps que me rendre la santé en me donnant l’appétit dont je ne disposais pas dans les neuf premières années de mon enfance, il sema aussi en moi cette petite graine qui fera de moi au fil des ans l’obèse que je suis aujourd’hui.

Combien de fois n’ai-je pas souhaité tout au long de ma vie que ma maman ait eu le don de divination et qu’elle ait pu voir l’existence pénible à laquelle cette prise de poids me conduirait. Mais comment lui reprocher son amour pour moi et ses inquiétudes légitimes de mère. Comment dire à quel point son attitude résidait dans l’envie de bien agir et d’apporter à son enfant les meilleurs soins qu’elle pouvait.

Quiconque se permettait de parler de régime était automatiquement mal vu et vite éloigné de nos vies par ma maman. Comment aurait-elle pu considérer autrement qu’une bénédiction cette prise de poids qui venait de me redonner la santé qu’elle souhaitait pour moi depuis si longtemps. J’entends encore les paroles si souvent prononcées par des membres de ma famille, des amis, des médecins et les reproches adressés à celle qui pourtant n’a jamais voulu que mon bien. Aucune de ces personnes n’a pourtant écrit un manuel avec un mode d’emploi destiné à éduquer son enfant. Ce livre-là n’existe pas et n’existera jamais, car chacun fait avec les connaissances et la vie que le destin lui a apportées.

Les kilos superflus s’installèrent et les rapports des visites médicales scolaires exprimèrent la même chose pendant quelques années. Maman réalisa alors, à contrecœur, que mon excès de poids pouvait représenter autant un problème de santé que la maigreur dont j’avais souffert dans ma petite enfance. Elle accepta de consulter une première fois un médecin pour m’aider à retrouver un poids plus convenable.

Je me souviens parfaitement du déroulement de cette première consultation. Il me pesa, me mesura, et s’informa sur mes études. Aucune question sur mon alimentation ni mes habituelles activités physiques ne fut posée. Ses prescriptions et conseils furent simples, supprimer les sucreries mangées habituellement pas les enfants et éviter les boissons sucrées. Pratiquer un sport quelconque, et « quand elle deviendra jeune fille, ce problème se réglera par lui-même ».

Ces instructions furent remises par écrit à ma maman qui pour les appliquer fit supprimer les boissons sucrées que je recevais à l’école. Toutefois, elle continua à mettre dans ma mallette la tartine supplémentaire que j’avais toujours reçue en guise de collation, là où les autres prenaient chips, barres chocolatées et autres sucreries que je ne connaissais que très peu. Maman traduisit sport par dépense supplémentaire et vu les activités physiques que je pratiquais déjà, elle ne prêta pas grande attention à cette partie des conseils médicaux reçus ce jour-là.

Par jeune fille, le médecin pensait au jour où j’aurais pour la première fois mes règles. Seulement voilà, jeune fille je l’étais depuis l’âge de dix ans et maman comprit par là qu’avec l’âge mon corps réglerait les choses de par lui-même.

Je ne peux m’empêcher de penser que déjà lors de ce premier rendez-vous, je n’ai pas reçu de la part de ce médecin les bons conseils, et qu’il n’aurait pas pu me les donner vu qu’il ne m’avait pas posé les questions nécessaires. Il n’avait aucune idée de la manière dont j’étais alimentée par mes parents, ni des nombreuses occupations très physiques que je pratiquais déjà à l’époque.

Ce médecin avait déjà l’idée fausse qui m’a poursuivie tout au long de mon existence. Si j’étais obèse, c’est parce que je m’alimentais principalement de friandises et diverses douceurs dont raffolent la plupart des enfants. Si seulement le problème avait pu consister en cela. Comme il aurait été facile de retrouver un poids stable.

Une éducation stricte m’était donnée et la manière de se nourrir en faisait partie. Maman préparait les repas en quantité juste, mais jamais exagérée, car il fallait manger tout le mois. La coutume n’était pas de nourrir son enfant avec des chips, des bonbons et d’autres friandises, cela faisait partie comme tout le reste de ce qu’elle voulait m’apprendre. Si ce n’est pas nécessaire, cela ne peut non plus être utile et il est préférable de s’en passer. Les limonades et autres boissons sucrées telles que le cacao étaient aussi proscrites, notre boisson principale à tous était l’eau ; pour mes parents le café pour leur plaisir et pour le mien un peu de lait.

Alors comment aurais-je pu diminuer une consommation qui n’existait pas ? Cela revient un peu à demander à un végétarien de ne plus manger de viande.

Si les bonnes questions m’avaient été posées, mon médecin aurait sans doute pu découvrir que la bonne cuisine de ma maman composée des délicieuses recettes habituelles de notre bonne vieille « gastronomie » wallonne était bien plus responsable de mon mal que les collations imaginaires qu’il pensait que je consommais chaque jour.

Salade liégeoise, potée aux carottes accompagnée de lard cuit dans du beurre, soupes diverses où l’on retrouvait toutes les sortes de légumes possibles, mais toujours rissolés, avant la cuisson à l’eau. Cette matière grasse si onctueuse pour le palais se retrouvait partout, elle était la base de la cuisine de maman. De plus, il venait directement de la ferme où nous achetions la plupart de ce que nous mangions.

C’est là aussi que mes parents s’approvisionnaient en tout ce qu’ils ne pouvaient pas produire eux-mêmes. Papa cultivait un énorme potager derrière la maison et souslouait celui de nos voisins qui n’avaient pas comme lui la passion du jardinage. Maman réalisait des conserves avec tous ces bons légumes pour que toute l’année nous puissions en profiter. Je participais à toutes ces tâches en partie parce que c’était obligatoire, mais aussi et surtout parce que j’adorais tout ça. Comment exprimer ce que je ressentais déjà à cette époque à l’idée de me coucher le soir avec le sentiment que ma journée avait été productive et que mes occupations n’avaient rien à voir avec la fainéantise, comme ceux qui se prélassent devant la télévision ou qui « glandent » étendus sur leur divan à ne rien faire.

Je connaissais la fatigue harassante qui nous fait plonger dans le sommeil dès qu’on touche l’oreiller et qu’on ferme les yeux. Et le bonheur qu’apporte celle-ci.

Je ne peux pas m’empêcher de penser que si le médecin avait bien voulu s’informer de tout cela à cette époque, les solutions adéquates auraient été trouvées et ma vie aurait pu s’en trouver tout autre. Pour lui « obésité » et « gros mangeur » allaient de pair alors que maman devait utiliser maintes ruses depuis ma petite enfance pour me faire manger. Comme de me servir d’abord mes pommes de terre et mes chicons en me faisant le chantage de ne pas recevoir ma saucisse si je ne mangeais pas ces légumes particuliers que je n’aimais pas. Combien de fois n’ai-je pas entendu ma maman me répéter en wallon « mange ma petite fille, car tu ne sais pas qui te mangera » parce que je tentais de laisser la moitié de mon assiette.

La nourriture ne m’attirait pas vraiment, je m’alimentais parce que c’était obligatoire, mais jamais il ne me serait venu à l’idée de demander plus que ce qui ne m’était servi. Malheureusement pour moi, mes parents, d’origine ouvrière, avaient souvent été privés de tout et subsistait chez moi l’obligation de terminer son assiette.

Maman se souvenait très bien qu’elle ne m’avait jamais entendu demander de la nourriture superflue quand nous sortions, allant jusqu’à me prendre en exemple lorsqu’un jour où nous faisions nos courses ensemble et où ma fille faisait des pieds et des mains pour avoir des friandises ou des bonbons, elle lui fit la réflexion suivante : « Je ne comprends pas comment tu peux te comporter comme ça ! Je n’ai jamais eu ce genre de problème avec ta mère, elle ne demandait jamais rien en chemin. » Merci maman pour cette aide à l’éducation de ma petite gâtée.

Et ma maman avait raison, je ne demandais jamais rien parce que je n’avais pas ce genre d’envie, mais aussi parce que les leçons apprises étaient retenues. C’était d’ailleurs souvent la situation inverse qui se produisait. C’était ma maman qui me demandait ce que je voulais comme collation avec ma tartine pour le lendemain à l’école ou qui m’appelait pour me demander si je voulais une glace quand la camionnette passait.

J’étais très active que ce soit à la maison ou à l’école. J’aimais la course à pied, l’haltérophilie, et un peu le basket. Mon papa m’avait bricolé des haltères pour que je puisse m’entraîner à la maison, et j’ai fait partie d’un club de marche. Je travaillais régulièrement au jardin avec papa. Je devais participer à l’élevage des animaux qu’on nourrissait principalement avec de l’herbe qu’on allait couper, toute fraîche, tous les jours. L’entretien de leurs cages m’était également attribué. Quand papa les tuait, je devais aider à les nettoyer aussi. Il en allait de même au niveau de la cuisine.

À cela on peut aussi ajouter que, même si mon père possédait une voiture, je faisais la plupart de mes trajets vers l’école à pied ou en bus.

Ce ne sera que bien plus tard, vers mes vingt-cinq ans que je commencerai à avoir les mauvaises habitudes alimentaires que me reprochait le médecin. Si j’avais pu être écoutée à ce moment-là, au lieu d’avoir face à moi des personnes qui supposaient savoir comment je mangeais et vivais par le simple fait qu’elles me voyaient obèse.

Mes douleurs et rancoeurs ne viennent pas seulement de ces « si », mais aussi du nombre de fois où j’ai été confrontée dans ma vie à ce genre de réaction. Si au début la frustration de ne pas être entendue me faisait pleurer, me réfugier dans la solitude, ces pleurs se sont ensuite transformés en rage et je peux dire aujourd’hui que cette rage m’a conduite à me réfugier dans la nourriture.

Mais revenons-en aux causes qui ont déclenché ma tendance de l’époque à l’obésité. Il me faut ajouter aux médicaments pour ouvrir l’appétit, à la cuisine riche en graisse de ma maman et à l’absence d’écoute de la part du corps médical, une opération des amygdales. C’est suite à cette opération et aux médicaments qui m’avaient été prescrits à cette occasion qu’il me semble que tout a commencé.

J’aimerais encore clarifier un élément relatif à mon enfance. Les gens, pensant à tort que les obèses le sont depuis la naissance, me demandent parfois si je n’ai pas souffert du regard de mes petits camarades à un âge où on sait parfois être très cruel envers les autres. J’ai évidemment subi un certain nombre de brimades, mais elles étaient liées à ma très grande timidité. À tel point qu’après mes dix ans, lorsque je commençai à avoir des kilos en trop, ma confiance en moi était si faible que je ne parvenais pas à percevoir la réelle raison des moqueries à mon égard.

Mon sentiment de ne rien valoir était à ce point présent en moi, je me rappelle qu’il provoquait un total refus d’être photographiée. Je re-visualise une photo sur laquelle je montrais mon poing à l’objectif dirigé ce jour-là en ma direction par mon père. Je me voyais à cette époque bien plus monstrueusement grosse que je ne l’étais, et l’idée que ces photos allaient faire la tour de la famille m’affolait et me déprimait. Si j’avais pu me voir avec les yeux avec lesquels je regarde ces photos aujourd’hui !

Ce peu d’estime de moi n’était pourtant pas tout à fait inutile, il me servait de protection de mon esprit d’enfant contre toutes ces choses pénibles avec lesquelles je devais vivre. Le schéma était le suivant : comme j’étais nulle, c’était normal qu’on se moque de moi, c’était de ma faute. Tout allait donc bien à mon sens.

L’âge « in-gras »

J’ai commencé mes secondaires dans un Athénée Royal où je dois bien avouer que jusqu’à ma troisième année secondaire, il ne m’était pas nécessaire de faire beaucoup d’efforts. Je planais un peu au-dessus de mes études, me contentant de relire mes cours le soir et de faire mes devoirs. J’aimais vraiment aller à l’école. C’était avec un bonheur non feint que je voyais le jour se lever chaque matin pour enfin pouvoir reprendre le chemin des bancs de l’Athénée.

Si j’ai toujours aimé le sport et la gymnastique, il n’en allait pas de même avec mes professeurs d’éducation physique. Femmes toujours très minces et athlétiques, elles portaient sur mon corps un jugement que non seulement je lisais dans leurs yeux, mais aussi qu’elles m’imposaient par leurs paroles et leurs manières de me traiter. J’ai toujours aimé courir et soulever des poids et quand pendant quelques mois j’eus la chance de voir arriver une remplaçante, la natation est même devenue un peu moins mon ennemie. L’eau pour moi ne faisait pas simplement partie de mes peurs, c’était une véritable phobie due à trois débuts de noyade que j’avais subis plus jeune en présence de mes professeurs, dont la première lorsque j’étudiais encore à l’école primaire.

Je ne préférais pas non plus les langues germaniques, mais c’est pourtant ce qu’il m’a fallu étudier suite à une visite de routine au centre PMS de mon école. La personne désignée dans ce centre pour guider les élèves dans le choix de leurs études décida, suite aux tests que nous avions tous passés, que les langues germaniques étaient la matière que je devais étudier et c’est vers cela que je me suis donc dirigée. Je me retrouvai donc à étudier le néerlandais dès la première secondaire, ensuite l’anglais et enfin l’allemand qui fut malgré tout ma préférée des trois.

Mon adolescence fut marquée par une première histoire d’amour. Je l’ai vécue, à mes quatorze ans, avec le frère aîné de ma meilleure amie, âgé de dix-sept ans quand nous commençâmes à sortir ensemble. C’était un jeune garçon à tendance dominante. De mère italienne, il pensait que les femmes recevaient une « place » en naissant et que cette « place », elles devaient la garder, alors la mienne encore plus.

Il recherchait ce que tous les garçons veulent à cet âge je suppose, mais maman m’avait bien éduquée à ce sujet, prévenue et re-prévenue. Les hommes étaient des monstres assoiffés de sexe et je devais me méfier d’eux : la seule réponse à leur donner était un non radical.

DJ par passion et ayant de bonnes connaissances en technologie, il avait arrangé sa chambre de manière à ce qu’elle fasse penser à une boîte de nuit : lumières clignotantes au plafond, musique, rideaux épais pour que la lumière ne puisse pas entrer. Il y avait là tout ce qu’il fallait pour tenter de séduire la jeune fille timide que j’étais.

Je me rappelle lui avoir mis quelques gifles magistrales parce qu’il avait tenté de m’embrasser et je ne vous dis pas ce qui lui arriva le jour où sa main a voulu aller à la rencontre de ce qui attirait les jeunes garçons.

Il aimait faire mal, c’était sa manière à lui de se sentir supérieur et fort sans doute. Un de ses jeux préférés était de me tordre la main jusqu’à ce que je sois obligée de me mettre à genoux devant lui et de me faire répéter qu’il était le plus beau, le plus fort, le garçon le plus merveilleux sur la terre. Je suis sortie avec lui pendant trois ans et puis la vie nous a séparés comme elle séparait sans doute tous les jeunes gens après leur première aventure amoureuse.

Dès l’âge de quinze ans, je pesais déjà septante kilos pour un mètre quarante-huit. Ce ne fut pas l’élément essentiel qui m’aida à surmonter ma timidité naturelle à cet âge où la moindre différence est remarquée par tous ceux qui nous entourent et peut se vivre si difficilement, marquant pour toujours la vie du futur adulte.

À dix-sept ans, à cause de l’ambiance familiale qui ne fut jamais très bonne, ma maman et moi allâmes habiter ailleurs. Pour moi cela se traduisit par un changement d’école. Changement radical s’il en est, car l’Athénée où je repris mes cours était très différent de celui d’où je venais. Je ne pouvais pas comprendre ces nouvelles règles entre jeunes du même âge trop dures et trop compliquées.

C’est à cette époque et pour ces deux raisons que je pris la décision d’arrêter mes études pour faire d’une pierre deux coups en offrant à ma maman une aide financière dont elle avait grand besoin et quitter un milieu qui ne me convenait pas du tout. Choisir également une formule très différente pour continuer mon instruction, en cherchant à devenir apprentie.

Maman n’appréciait guère mon choix, et nous en avons beaucoup discuté, mais que pouvait-elle y dire. Mon avenir et ma vie étaient en jeu et non les siens, elle me permit donc d’agir à ma guise et décida de m’aider dans mes recherches.

Boulot, métro, kilos

Je travaillai durant une longue période comme aide dans une boulangerie et revenais souvent avec du pain et des pâtisseries pour ma maman qui s’en régalait souvent avec notre vieille voisine qui n’avait guère les moyens de s’en offrir.

Cette place d’apprentie en boulangerie je l’avais bien méritée. Je l’avais trouvée après une longue recherche infructueuse et souvent humiliante. Mes dix-sept ans ne m’aidaient pas non plus, l’âge où l’on commence l’apprentissage est souvent moins élevé. Après plusieurs présentations en compagnie de maman dans différents commerces du centre-ville, suite à son énervement dans un magasin de chaussures à la mode à cette époque, la gérante finit par accepter de me prendre à l’essai.

Ce métier était dur pour la novice que j’étais surtout sur le point de vue psychologique. Je serais bien incapable de vous répéter les paroles exactes avec lesquelles la vendeuse qui devait m’apprendre les ficelles du métier me parlait, par contre je me rappelle très bien du ton qu’elle employait et des sensations que cela me faisait éprouver. Il était clair qu’elle ne m’aimait pas, mais pour moi, pas de problème, le schéma classique était respecté, c’était ma faute et c’était normal.

Pendant que j’étais accroupie devant une cliente, une chaussure en main, une autre dame très élégante est entrée. Celle-ci était accompagnée, comme c’était la mode à l’époque, d’un petit singe assis sur son épaule. Le magasin n’étant pas particulièrement large, la nouvelle venue, qui voulait regarder des chaussures à l’autre bout du magasin, devait passer derrière moi.

Je dois bien admettre que je prenais beaucoup de place, peut-être pas nécessairement plus qu’une autre jeune fille toute mince, mais quand même. Elle s’adressa à moi en ces termes : « tu ne peux pas te bouger non, tu ne vois pas que tu prends toute la place avec ton gros ventre ! »

Pas choquée du tout par cette manière peu cavalière de me parler, vu l’habitude prise par une déjà grande expérience de la moquerie, je me relevai pour la laisser passer. Son compagnon à quatre pattes en profita pour passer de son épaule à la mienne, et m’arracher l’une de mes boucles d’oreille, J’y tenais à ces petites breloques à trois sous qui m’avaient été offertes comme premier bijou comme on en offre à une enfant qui devenait jeune fille. L’animal s’en était à peine emparé, qu’il la prit dans ses petits doigts habiles à trouver le moindre interstice pour tirer, et s’aidant de ses dents coupantes, ce fut bientôt deux morceaux de métal bon marché qui tombèrent sur le sol.

La peine qui m’envahit à cet instant, je ne peux la décrire. Cela peut sembler puéril, mais l’importance qu’avaient pour moi ces parures typiquement féminines était telle que je fondis en larmes et me mis terriblement en colère contre la cliente et son petit voleur. La jolie dame au petit singe s’adressa directement à la gérante avec qui elle semblait avoir noué une excellente relation de longue date pour lui parler de moi à peu près en ces termes : « C’est une réelle faute de goût d’employer un tel amas de graisse, comment se peut-il qu’une telle personne ait pu trouver une place ici ? »

La gérante est allée chercher mon sac et mon manteau dans l’arrière-boutique et me signala qu’elle n’avait plus besoin de moi.

La fois suivante, je décidai de me présenter non accompagnée de maman dans un magasin d’animaux un peu en-dehors de la ville. Une autre fille qui ambitionnait aussi la place se trouvait déjà là. Si je m’étais écoutée à ce moment-là, j’aurais fait demi-tour, son physique signifiait pour moi que l’engagement serait pour elle et non pour moi. Mais il n’en fut rien. À mon grand étonnement, la gérante posa son choix sur moi. Elle m’expliqua ce choix par le fait que les avantages physiques de l’autre demoiselle ne devaient pas la pousser à être très travailleuse et qu’elle préférait me choisir pour cette raison. Ce fut une chose nouvelle pour moi que de, pour une fois, pouvoir percevoir mon obésité comme un avantage.

Ce privilège se transforma vite en désillusion, car je n’ai jamais rien vendu dans ce commerce. Le couple de commerçants m’employa très vite à une tâche des plus ingrates qui consistait à siphonner à la bouche, à l’aide d’un vieux tuyau d’arrosage l’eau des aquariums qui attendaient dans l’arrière-boutique depuis des années que quelqu’un veuille bien s’en occuper.

L’eau qui s’y trouvait était dans un tel état de saleté, que je finis par tomber malade. Maman toujours aussi protectrice ne tarda pas à aller exprimer son mécontentement auprès de la gérante : employer sa fille à une tâche qui la rendait malade ne pouvait pas faire partie de sa manière de voir. La réponse tomba comme un couperet. La commerçante répondit simplement qu’un tel travail ne pouvait être que pour une fille comme moi qui ne pouvait pas espérer trouver ailleurs un autre emploi meilleur pour elle.

Tout au fond d’elle, maman a dû souffrir elle aussi de mon aspect physique à ce moment-là. L’expression sur son visage donnait à penser qu’on venait de lui planter un poignard dans le cœur.

Une autre fois, nous attendions un bus à un arrêt fréquenté très souvent par des jeunes de mon âge. Un groupe de punks me prit pour cible avec les gestes et insultes habituels. L’un d’entre eux marcha derrière moi pour me singer. Maman se retourna et se mit terriblement en colère, ce qui bien sûr ne fit qu’augmenter les remarques de toute la bande qui n’attendait que ça. Leur hargne était telle qu’ils osèrent demander à maman comment elle nourrissait sa grosse truie et quelle était la recette pour obtenir autant de lard.

Leur nombre trop important pour qu’elle puisse d’une quelconque manière s’en sortir vainqueur me fit vraiment très peur ce jour-là, car maman se dirigea vers eux en faisant mine de les frapper avec son parapluie et en leur hurlant sa colère de les voir oser ainsi traiter son enfant. J’eus beaucoup de mal à la raisonner. Je finis par dire tout haut ce que je pensais tout bas « laisse-les, maman, c’est normal, c’est de ma faute ». Elle me regarda étonnée et se calma. Je me demande encore aujourd’hui si elle pensait que j’avais raison ou si ma remarque la choqua réellement.

Avant mes dix-huit ans, mes parents reprirent la vie commune. L’entente avec mon papa ne pouvant pas s’améliorer, je décidai de quitter le foyer parental pour démarrer ma vie d’adulte par mes propres moyens. En fait de moyens, ceux de mon existence n’étaient pas reluisants au début. Car n’ayant pas fini mes études et aucun métier réel dans les mains, la seule possibilité de survivre pour moi fut d’aller demander l’aide à l’assistance publique et de bénéficier de l’aide sociale qu’on attribuait à cette époque aux jeunes gens pour qui la chance de trouver un emploi était faible faute d’études terminées.

Les petits boulots que je trouvais ne furent pas plus « glorieux », je prestais des heures comme femme d’ouvrage, baby-sitter, vendeuse de tout et de rien. Mes petits jobs m’emmenèrent même jusqu’à prendre le risque de travailler dans des friteries ou pizzerias et me compliquer ainsi encore un peu plus la tâche que je ne comprenais déjà pas trop bien, de perdre du poids. Bien que mon excès de poids me contenterait énormément maintenant s’il n’était pas plus élevé que les vingt kilos en trop que je pesais à l’époque, on ne peut pas appeler prudent, le fait d’y avoir travaillé.

Je vivais dans une petite chambre meublée dans un quartier un peu retiré du centre-ville, mais la vie n’y était guère facile. Pièce unique sous les combles où la petite mansarde à côté était généralement louée à des amants d’un jour, je me mis à chercher un endroit plus grand et plus agréable pour vivre.

Je l’ai trouvé au premier étage d’un ancien immeuble commercial transformé par son propriétaire pour devenir des logements peu luxueux, mais largement suffisants pour la jeune femme sans prétention que j’ai toujours été.

Au rez-de-chaussée vivait un homme dix ans plus âgé que moi. Espagnol d’origine, il avait un physique des plus agréables, des cheveux noirs comme du charbon pur et brillant, des yeux bruns où l’on avait l’impression qu’on aurait pu se perdre tellement son regard était profond. Moustache et petite barbe ornaient son visage et il sut parler à la jeune femme naïve que j’étais.

Une chance pour lui, le propriétaire des lieux lui avait confié le poste de gérant, ce qui lui permit d’avoir une excuse toute faite pour, un beau matin du mois de janvier, venir frapper à ma porte sous prétexte de vérifier si le froid n’était pas trop insupportable. Vu que je n’avais pour tout chauffage qu’un petit radiateur électrique, le mobile fut tout trouvé pour m’inviter à boire une tasse de café chez lui pour me réchauffer un peu. Je revois ces instants avec un grand sourire aux lèvres malgré la suite moins romantique de cette histoire.

Deux semaines lui suffirent pour me séduire totalement. Je ne vivais plus que par les moments où j’allais le voir. Il n’était pas riche, mais il aimait sortir et s’amuser. Encore trop ancrée dans mon éducation stricte qui me faisait toujours penser qu’il valait mieux travailler que s’amuser, je lui imposai vite mes habitudes et commençai par remettre de l’ordre dans son appartement de vieux célibataire pas nécessairement sale, mais où l’ordre ne semblait pas être sa priorité.

Sortant d’une histoire difficile avec une femme pas du tout habituée à rester à la maison pour en faire un foyer agréable, sa surprise fut totale et son plaisir immense d’avoir à ses côtés une compagne qui le secondait dans ces tâches qui ne faisaient que lui apporter un surcroît de travail, après ses nombreuses heures passées à servir des clients dans un restaurant à l’autre côté de la ville.

La première gifle, je la reçus avec grande surprise après avoir brisé un verre en lavant la vaisselle. La seconde pour n’avoir pas remis exactement à sa place la petite garniture en sucre qu’il aimait tant, la troisième pour le changement de place de son magasine de programmes télévisés. Par la suite, il ne chercha même plus de raisons pour lever la main sur moi : le simple fait de passer à proximité de mon épaule devenait une bonne raison d’y créer un hématome par un coup de poing bien senti.

Ses principaux compagnons, à part moi, étant le pecket légèrement mélangé à de la limonade à l’orange, le vin, le whisky et autre porto, il tenta souvent de me faire participer à ses soirées de beuveries. Ma résistance à ce mode de vie ne lui plaisant pas, les coups devinrent de plus en plus fréquents. Son meilleur ami de l’époque assistait impuissant aux scènes de violence quotidiennes, me voyant souvent rendre les coups reçus et ne pas me laisser battre sans résistance. Il préférait rester à l’écart et se contentait souvent de discuter avec mon compagnon quand je m’absentais de notre appartement pour une raison quelconque.

Un soir où, pour ne pas voir notre salon se transformer en ring de boxe, j’avais accepté de boire un peu plus que de raison, mon corps eut une violente réaction à l’alcool que j’avais consommé. Une violente augmentation de mon taux de sucre me conduisit à un malaise que je ne sentis pas venir. Mais ce fut aussi la demande qui venait de m’être faite et l’émotion qu’elle me provoqua qui en furent la cause.

Ce monstre venait d’oser me demander de l’aider à gagner un peu plus notre vie en rendant à d’autres messieurs des services un « assez particuliers ». Le choc fut tel que pendant un instant j’eus l’impression d’être tout à fait dessaoulée, mais ce ne fut qu’un répit de courte durée, car, dès que j’eus quitté le petit bureau où la discussion venait d’avoir lieu, je m’écroulai sans avoir rien senti venir. Se trouvant juste derrière moi, il eut tout juste le temps de se mettre contre moi pour m’empêcher de heurter le sol trop violemment, son ami qui regardait la télévision avec nous ce soir-là ne put que constater ce qui se passait.

Je ne peux me rappeler combien de temps ce premier malaise important dura. Mais, apparemment, il n’avait guère ému mon copain qui profita de mon trouble pour tenter de me prêter à son ami.

Son but résidant aussi dans son envie de recevoir à nouveau la garde de la petite fille qui était née de sa première relation, il décida de déménager et nous louâmes un appartement plus grand dans un endroit plus retiré de la ville et plus convenable pour élever une enfant.

La vie ne changea pourtant pas. Il se partageait toujours entre ses heures de travail et ce qui donnait l’impression d’être ses plus grands moments de plaisir en me frappant. Seulement voilà, la lassitude s’était installée et je finis par ne plus me contenter de rendre de temps en temps une gifle pour un coup de poing reçu. Un matin où il rentra plus tôt sans m’avoir laissé le temps de terminer le ménage, je sentis venir une discussion plus violente et me tins sur mes gardes.

Je n’ai pas trop réfléchi à ce que les actes que j’allais poser apporteraient comme conséquences. Je pensais juste à ne pas recevoir des coups supplémentaires qui devenaient de plus en plus insupportables pour moi. Je ne me suis pas vue agir, ma main a saisi le tisonnier dans la charbonnière et le geste s’est fait tout seul. Je l’ai frappé avec toute la force de ma peur, l’atteignant au visage et au torse. Je venais tout juste de réactiver le feu, la chaleur du tisonnier était encore grande. Il s’accroupit sur le sol en se tenant le visage à deux mains. Il resta ainsi un long moment pendant lequel je restai sur mes gardes apeurée par la suite que je voyais logique à mon geste.

Mais sa colère ne vint pas. Il se releva, s’habilla et partit. Sa pensée à ce moment-là, je ne pouvais y songer dans la