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Traumatisée par un terrible événement survenu en décembre 2007, Louise Leblanc, jeune juge d’instruction à l’avenir prometteur, s’évanouit dans la nature, laissant derrière elle une famille, des amis et des collègues plongés dans l’angoisse. Dix ans plus tard, sous une nouvelle identité, Louise a refait sa vie et est désormais procureure de la République, loin de son passé et des siens. Malheureusement, des faits troublants ressurgissent, bouleversant la tranquillité qui l’accompagnait. Alors que les ombres de 2007 refont surface, Louise devra affronter son ancienne vie. Que s’est-il vraiment passé cette année-là ? Pourquoi a-t-elle choisi de disparaître complètement ? Et jusqu’où sera-t-elle obligée d’aller pour échapper aux démons qui la rattrapent ?
À PROPOS DE L'AUTRICE
Christelle Thomas-Zeller est une romancière de thrillers policiers. Son écriture, fluide et immersive, transporte les lecteurs dans des intrigues complexes et haletantes. Amoureuse de la narration, elle cherche toujours à surprendre et à provoquer la réflexion.
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Seitenzahl: 124
Veröffentlichungsjahr: 2026
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Christelle Thomas-Zeller
Traquée
Glorieuse combattante
Roman
© Le Lys Bleu Éditions, Paris, 2025
www.lysbleueditions.com
ISBN : 979-10-422-9969-9
Le chasseur le plus efficace n’est pas nécessairement celui qui se jette sur sa proie pour la capturer de force.
Il la traque, l’appâte et, parfois, la séduit.
À mes trois enfants chéris, mes petites-filles adorées et mon mari, qui m’a toujours soutenue dans mon projet d’écriture. Votre amour et votre soutien sont ma plus grande motivation.
Louise se souvint de l’odeur âcre du brûlé qui lui souleva le cœur et enivra ses narines d’une volute de fumée nauséabonde. De ces flammes qui s’enflammèrent, puis consumèrent ce corps petit à petit. De ces hurlements de douleur qui hantaient depuis ses jours comme ses nuits. Elle était là, impuissante, assistant à un acte abominable. Jamais elle n’aurait pu imaginer que la jeune femme, qui était venue lui rendre visite il y a quelques mois de cela, était si désespérée. Elle s’en voulait terriblement de ne pas l’avoir crue, même seulement écoutée. Depuis ce jour, la vie de Louise ne fut qu’un enchevêtrement de souffrance. Elle se sentait responsable et ne pouvait l’assumer.
C’était en août de l’année 2005, par un beau ciel d’or ensoleillé, que les jeunes tourtereaux s’étaient mariés. La chevelure dorée de la mariée volait sous le vent tiède, le temps était chaud, la fin de l’été était proche. Leurs dires furent légers et leurs voix claires lorsque le « oui » retentit dans la vielle église de Saint-Baudile, à Nîmes. Benjamin, âgé de vingt-cinq ans, avait fait la connaissance de Juliette, vingt et un ans, deux ans auparavant, lors d’un concert de rock organisé par le frère de ce dernier. Au premier regard, l’alchimie de l’amour avait tout de suite opéré et, six mois plus tard, les amoureux emménageaient ensemble dans un petit appartement meublé à Nîmes, près de la maison carrée. Les premiers mois furent un véritable enchantement pour Juliette. Elle s’épanouissait dans l’amour qu’elle lui portait et trouvait dans son nouveau rôle un accomplissement personnel. L’année de ses dix-neuf ans, elle avait brillamment réussi son BTS en management des unités commerciales, ce qui lui ouvrait de nouvelles perspectives professionnelles. Jusqu’à présent, elle avait toujours évolué dans le monde des grandes surfaces, un univers qu’elle connaissait bien, mais lorsqu’elle fut embauchée par Mme Vidal comme gérante d’une boutique de prêt-à-porter très chic située dans la rue de la République, son horizon s’élargit. Elle se sentait enfin à sa place, heureuse, fière de ses accomplissements et de sa vie nouvelle. Tout semblait lui sourire, et elle croyait en un avenir radieux aux côtés de Benjamin, l’homme qu’elle aimait.
Mais cette période de bonheur, si douce et prometteuse, ne dura pas. Rapidement, la réalité sombre de leur relation se fit jour, et leur bonheur apparent commença à s’effriter. Les premiers signes de détérioration apparurent lorsque Benjamin devint distant, puis hostile. L’amour tendre, naïf, celui qui faisait vibrer leur cœur dans les premiers mois, laissa place à une froideur glaciale, à l’aigreur et au dégoût. Le comportement de Benjamin envers Juliette changea radicalement. Il lui reprochait silencieusement son épanouissement, sa réussite, son bonheur. La jalousie maladive qu’il développait se mua en une obsession destructrice, non pas d’amour, mais d’envie. Il ne supportait pas de la voir heureuse, de la voir rayonner, et cette jalousie maladive alimentait une haine silencieuse qu’il dissimulait derrière des reproches et des gestes violents.
Peu à peu, la vie de Juliette se mua en un cauchemar. Les violences verbales, psychologiques, puis physiques devinrent son quotidien. Les insultes brisaient ses nerfs, les coups la laissaient meurtrie, autant physiquement que moralement. Benjamin, soucieux de garder son emprise, s’attaqua aussi à ses liens avec le monde extérieur. Il coupa peu à peu tout contact avec sa famille, lui faisant croire qu’ils ne comprenaient pas sa vie, qu’ils la rejetaient, qu’ils ne méritaient pas son amour. Juliette, isolée, devenait peu à peu une étrangère pour ses proches, qui ne comprenaient pas le comportement détaché, voire puéril, de la jeune femme, alors qu’elle était mariée avec un homme apparemment adorable avec tout le monde. Ses amis la considéraient comme folle, dépressive, voire paranoïaque, incapable de voir la vérité derrière le masque de façade de Benjamin.
En quelques mois, Juliette se retrouva totalement isolée, coupée de toute personne pouvant lui venir en aide ou la soutenir. La violence quotidienne et le harcèlement moral qu’elle subissait finirent par la pousser à déposer plainte à plusieurs reprises. Face à cette situation insoutenable, la gendarmerie intervint, prévint le procureur de la République, et le jeune couple fut convoqué devant le tribunal judiciaire de Nîmes. Juliette se retrouvait face à la dure réalité de la justice, espérant que la vérité finirait par éclater, et qu’elle pourrait enfin retrouver la liberté et la paix.
Louise Leblanc était une femme d’une beauté saisissante, dont la silhouette élancée et le regard perçant captivaient d’emblée ceux qui croisaient son chemin. À trente et un ans, elle dégageait une aura charismatique, mêlant confiance et assurance, mais aussi une pointe de présomption qui semblait indissociable de sa forte personnalité. Son visage, finement ciselé, reflétait à la fois une intelligence aiguisée et une détermination sans faille, qualités qu’elle cultivait avec rigueur dans sa vie professionnelle comme dans ses ambitions personnelles.
Depuis plus de six ans, elle occupait le poste de juge d’instruction au tribunal de grande instance de Nîmes, un rôle qu’elle incarnait avec une maturité surprenante pour son âge. Son parcours était jalonné de succès et de sacrifices, tous motivés par une soif de justice qu’elle poursuivait avec ferveur. Après avoir obtenu un diplôme à l’Institut d’études politiques, elle s’était lancée dans la compétition féroce du concours de l’École nationale de la magistrature de Bordeaux. En 2001, face à deux mille quatre cent trente-trois candidats, elle s’était targuée d’un classement exceptionnel, ne figurant qu’au sein des cent quatre-vingt-douze admis. Ce résultat lui ouvrit les portes de l’élite, lui permettant de choisir la spécialisation qui correspondait le mieux à ses aspirations et de façonner la carrière qu’elle avait toujours imaginée.
À vingt-cinq ans, Louise Leblanc devint la plus jeune magistrate de France, un titre qui, s’il lui conférait une reconnaissance immédiate, n’était qu’un début dans son ascension.
***
La vie de Louise bascula suite au non-lieu qu’elle prononça au cours de la procédure concernant une affaire de violences conjugales, qu’elle avait mal évaluée. En effet, jugeant cette affaire peu intéressante et préférant se consacrer à des histoires plus sérieuses à son goût, elle bâcla le dossier « Müller ». Elle avait reçu, dans son cabinet, les époux qui lui avaient été confiés par le procureur de la République, suite aux plaintes répétées de Mme Juliette Müller à l’encontre de son mari. Après une enquête, a priori sérieuse, menée par les avocats, auprès des amis et de la famille du couple, il en ressortait que Mme Müller souffrait de troubles psychiatriques. Ses changements d’attitude, ses propos bizarres, son retrait du cercle familial et l’éloignement de ses amis avaient alerté son mari, qui en fit part à leur médecin traitant. Suite au dossier médical de la jeune femme déclarant son comportement dépressif, dangereux pour elle ainsi que pour les autres, elle fut internée pendant plusieurs semaines dans un hôpital psychiatrique.
Pour Louise, le dossier fut rapidement clos. La justice, si souvent perçue comme un refuge, avait tourné le dos à Juliette, rejetant sa demande en justice pour violences conjugales. Son procès, qui aurait pu être un pas vers la libération, s’était soldé par un verdict sans appel : elle était déboutée, et Benjamin, son mari, obtenait gain de cause. La douleur de cette défaite était profonde, mais ce n’était que le début d’un chemin encore plus sombre.
Il fallut du temps pour que la vérité éclate au grand jour. Les diagnostics psychologiques, initialement évoqués, s’avérèrent infondés : Juliette ne souffrait d’aucun trouble mental. La réalité était tout autre. Elle était enfermée dans une cage invisible, celle de l’emprise perverse d’un homme perverti, un pervers narcissique. Benjamin, dépourvu de toute empathie, ne montrait aucune compassion face à la détresse de sa femme. Au contraire, il s’en délectait, trouvant une sinistre jouissance dans sa souffrance. Son regard, vide de toute chaleur humaine, se faisait le miroir d’un cœur glacé, incapable de ressentir la moindre émotion face à la déchéance de Juliette.
Chaque jour, elle s’enfonçait un peu plus dans une spirale de désespoir, son âme s’étant peu à peu fragmentée sous la pression d’un amour devenu une prison. La violence psychologique, insidieuse et dévastatrice, laissait des cicatrices invisibles, mais profondes, dérobant à Juliette toute l’énergie et la dignité qui lui restaient. La douleur n’était plus seulement celle d’un conflit conjugal, mais celle d’une lutte silencieuse contre un manipulateur qui se délectait de sa faiblesse, alimentant ainsi un cycle d’abus et de soumission.
Louise admirait la neige danser derrière le carreau fermé, déchirant le ciel immense de petits bouts de coton laineux. Il était environ dix-neuf heures, ce vendredi 24 décembre 2007. Elle souhaitait boucler un dernier dossier important avant de se rendre à la petite fête organisée par sa sœur pour le réveillon de Noël. Elle était heureuse, car cela faisait plus de six mois qu’elle n’avait pas vu ses petites nièces ainsi que toute sa famille. Trop occupée par ses longues journées éreintantes au bureau, elle en oubliait presque de vivre. Son mari, ne supportant plus les absences répétées de sa femme, avait demandé le divorce. Après trois ans de fougue amoureuse, Louise s’était retrouvée seule, mais tellement carriériste et ambitieuse que cela l’importait peu. Le travail avant tout.
Ce jour-là, elle avait donné congé à Alisson, sa secrétaire, en début d’après-midi, afin qu’elle puisse préparer son réveillon sans être trop bousculée. Elle se retrouva donc seule dans ce grand bâtiment, silencieux. Elle s’avança sur quelques dossiers en cours, puis, vers dix-huit heures, elle admira, à travers la fenêtre de son bureau, les lumières de la ville qui scintillaient comme des milliers d’étoiles. La ville de Nîmes avait revêtu ses plus belles parures pour les festivités de fin d’année. Devant l’immeuble, une chorale composée de jeunes enfants fredonnait des chants de Noël.
Soudain, elle vit surgir sur le pas de sa porte une jeune femme au regard vide d’expression et totalement désorientée. Elle ne la reconnut pas de suite. Juliette s’approcha timidement du bureau en dévisageant Louise de son regard transperçant. Le silence régnait, un silence effrayant. Ce calme qui vous glace les os, comme s’il présageait quelque chose de grave. Silencieuse et presque invisible, Juliette s’avança d’un pas discret vers le bureau de la juge d’instruction, absorbée dans ses dossiers, dont la surface encombrée semblait témoigner de multiples affaires en cours. D’un mouvement calme, mais déterminé, Juliette ouvrit son sac, dont le contenu semblait ordinaire, et en sortit un petit flacon jaunâtre dont l’aspect douteux contrastait avec la routine ambiante. Sans un mot, elle aspergea son corps du liquide mystérieux, un parfum d’ambiguïté flottait dans l’air. Avant que Louise ne puisse réagir ou même comprendre ce qui se tramait, Juliette craqua une allumette, et, en un éclair, la flamme surgit, prenant naissance sur sa peau.
Le feu se propagea instantanément, envahissant en quelques secondes le corps frêle de Juliette, dont la silhouette se tordit sous l’assaut de la chaleur dévastatrice. Les flammes, rapides et véhémentes, éclatèrent avec une fureur inouïe, comme un monstre libéré de ses chaînes. Un silence spectral s’abattit d’abord sur la pièce, comme une pause glaciale dans le chaos, avant d’être brisé par des hurlements déchirants de douleur, qui semblaient percer l’éternité.
Tétanisée par l’horreur qui se déroulait devant ses yeux, Louise resta figée, immobile, incapable de bouger ou de crier. La scène qui se jouait était un cauchemar éveillé : les flammes dansaient, offrant un spectacle terrifiant, leur danse infernale illuminait la pièce d’un éclat sinistre. La palette de couleurs du feu évoluait rapidement, passant du rouge au jaune, puis adoptant les teintes du spectre lumineux.
Dehors, le froid mordant de l’hiver régnait en maître, glaçant les passants qui cherchaient encore un cadeau pour les fêtes, insouciants de la tempête de feu qui consumait le bâtiment. À l’intérieur, l’atmosphère était irrespirable, saturée de la chaleur infernale et de la fumée noire qui s’élevait en volutes épaisses. Louise, dans un réflexe de survie, attrapa son manteau en cachemire posé sur le porte-manteau, comme une dernière barrière contre l’horreur. Elle enveloppa précautionneusement le corps recroquevillé de Juliette, qui, tel un nouveau-né fragile, semblait chercher encore un refuge contre cette violence. Finalement, le feu, après avoir consumé tout ce qu’il pouvait, s’étouffa doucement, laissant derrière lui un silence lourd, presque complice.
Les dernières choses dont Louise se souvint avant de s’évanouir furent l’odeur désagréable qui embaumait son bureau, les bruits sourds des badauds épouvantés, les lumières des gyrophares…
À l’hôpital, lorsqu’elle reprit ses esprits, Louise demanda à ce qu’on la conduise auprès de Juliette, qui se trouvait dans une chambre stérile. Elle fut tétanisée à la vue de la jeune fille, allongée sur son lit, tellement vulnérable ! Deux yeux effrayés émergèrent des pansements, regardant dans toute la pièce, à la recherche d’on ne sait quoi. Pratiquement seule surface de son corps à ne pas être brûlée, ses prunelles formaient son unique porte sur le monde.
Le samedi 25 décembre, vers deux heures trente du matin, ils se fermèrent à tout jamais. Le bruit assourdissant des machines s’était tu, son âme s’était enfouie pour l’éternité.
Louise n’avait pas tout de suite reconnu Juliette, cette jeune femme dont elle avait plaidé la cause avec ardeur en faveur de son mari. À l’époque, elle s’était concentrée sur la défense de l’accusé, ignorant totalement la souffrance intérieure que traversait la victime. Elle n’avait pas perçu, dans les regards fuyants et dans les silences pesants de Juliette, les marques invisibles d’une douleur profonde, ni les cicatrices invisibles laissées par les coups répétitifs d’un compagnon narcissique et manipulateur. Son engagement professionnel l’avait parfois empêchée de percevoir la réalité dans toute sa complexité, et elle s’était laissée berner par l’apparence d’une tranquillité feinte.
