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Avez-vous remarqué ? Ce sont toujours les mêmes reproches qui sont faits à l'Église :
Dans l'histoire : l'Inquisition, les conquistadors, le procès de Galilée, la Saint-Barthélémy, la condamnation à mort du chevalier de La Barre, la négation de l'âme des femmes, l'attitude de Pie XII face à Hitler, des mensonges sur le Christ (n'avait-il pas une femme et des frères ? Et puis, a-t-il seulement existé ?).
Sur les questions de société : relations avec le judaïsme et l'islam, banque du Vatican, pédophilie, conceptions sociétales rétrogrades et homophobes...
Difficile pour un catholique de n'être pas honteux de ces fautes supposées.
Mais sont-elles avérées ? Certes, l'Église n'a pas tout réussi, car la sainteté n'est pas la perfection. Mais elle fut par exemple la première institution à promouvoir l'égalité hommes-femmes, et à instaurer avec l'Inquisition une justice équitable face à celle des seigneurs.
S'appuyant sur une abondante bibliographie, l'auteur nous donne les clés qui permettent de répondre aux contrevérités, erreurs, approximations et anachronismes diffusés depuis le XVIIIe siècle par les ennemis de l'Église.
Non, les fidèles n'ont pas à rougir de l'Église qu'ils forment : par elle, le Christ a indéniablement fait progresser l'humanité.
Dans les médias
Jacques Laurentie était l'invité de « La baraque à livres », sur RCF (19/02/20) : « Jacques Laurentie en écrivant Un autre son de cloche, rétablit la vérité sur l'histoire de l'Église. Il le fait avec précision, rigueur, efficacité, dans une langue agréable, séduisante. un véritable manuel de combat pour défendre la vérité de l'histoire de l'Eglise face aux ignorants, aux malveillants et autres moutons de Panurge. »
À PROPOS DE L'AUTEUR
Jacques Laurentie est chef d'entreprise. Il est aussi un chrétien convaincu, pratiquant, soucieux de sa foi et de l'image de sa religion, et qui, comme tout chrétien, est régulièrement pris à parti sur des sujets de société ou historiques à charge contre l'Église.
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Seitenzahl: 486
Veröffentlichungsjahr: 2020
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« Il y a deux Histoires : l'Histoire officielle, menteuse, qu'on enseigne, l'Histoire ad usum delphini ; puis l'Histoire secrète, où sont les véritables causes des événements. »
Honoré de Balzac, Les illusions perdues
« Crois et tu comprendras ; la foi précède, l'intelligence suit. »
Saint Augustin, Sermons
À ma femme, Florence, pour son soutien indéfectible.
Merci à Monique, Pierre-Emmanuel et Yann pour leur relecture attentive.
Quel chrétien convaincu, pratiquant, soucieux de sa foi et de l’image de sa religion, ne s’est-il pas trouvé un jour démuni lors d’une conversation durant laquelle des sujets à charge contre l’Église sont abordés ? Ces sujets de société ou historiques sont souvent « mis sur le tapis » par un des intervenants persuadé de son fait et de son effet, alors qu’en général, il ne reprend que des poncifs distillés par certains médias depuis des décennies, qui eux-mêmes ne font que ressasser une idéologie théorisée auXVIIIe siècle et formalisée auXIXesiècle. Il est bien entendu que les informations ainsi dispensées par votre interlocuteur sont communément admises, relevant de choses sûres et acquises ne pouvant souffrir aucunement la discussion, encore moins la contestation. Ajoutons à cela le fait que les connaissances historiques et théologiques n’ont jamais été aussi faibles dans notre pays, cela à dessein, et vous obtiendrez un cocktail empoisonné qui se distille dans les esprits même bien nés !
Il existe ainsi des sujets déformés depuis plus de deux cents ans, mettant en défaut la Chrétienté et plus particulièrement l’Église catholique. À l’image du féroce anticlérical Jules Michelet (1798-1874), auteur de nombreux ouvrages « historiques », où les erreurs côtoient les inventions, ce qui, comble d’incongruité, lui vaudra reconnaissance de l’État à travers notamment nombre de rues ou d’écoles affublées de son patronyme. En effet, notre histoire étant façonnée par la Chrétienté, et cela étant insupportable à certains, les faits ne pouvant être effacés, il convient dès lors de les rendre laids. De sorte que si l’on vous parle des croisades, de l’Inquisition, de la Saint-Barthélemy ou bien encore de la fameuse banque du Vatican, vous aurez tendance à baisser les yeux, ayant une vision très négative et coupable de ces choses. On vous a enseigné, ou du moins est-ce ordinairement acquis, qu’il s’agit là de « grandes fautes » de l’Église ; « preuves » de son comportement violent et de son incapacité à suivre les enseignements de Celui qu’elle est censée représenter. En tant que croyant, vous êtes comptable de cette Église-là et il convient de vous le rappeler le plus souvent possible.
Ceci est d’autant plus vrai en ce début deXXIesiècle où, pour dédouaner les agissements de la communauté musulmane, il est de bon ton, dans les sphères parisiennes et médiatiques, de prêter aux chrétiens des actes similaires à ceux des islamistes passés ou modernes. Et ce, afin de créer la confusion dans les esprits et d’accuser les religions sans aucune distinction. C’est bien entendu faire fi du fait que le Christ est un personnage éminemment pacifiste et éclairant. Mais nous ne sommes plus à un mensonge ou à une déformation historique près. De toutes les façons, peu nombreux sont ceux en mesure de comprendre cela et d’investir en conscience ces thèmes. Or, la recherche de la vérité est un travail de chaque instant, une nécessité vitale lorsque le mensonge devient un mètre étalon dans la mesure de la grandeur d’une nation, lorsque la mémoire fait défaut.
Il ne s’agit pas d’être candide. Tout n’est pas rose et sans tache dans l’histoire de la Chrétienté et divers épisodes ne sont pas à porter à son crédit. Il y a eu parfois faute, à n’en pas douter. Néanmoins, il est aisé d’affirmer que l’institution catholique, en deux mille ans d’existence, a eu un comportement bien plus honorable que n’importe quelle autre institution, et que les faits positifs dus à ses actions et à son influence sont infiniment plus nombreux que les mauvais actes dont elle a pu se rendre coupable. Ainsi, pour beaucoup d’événements, ce que l’on entend souvent, ce que l’on croit savoir, est au mieux déformé, au pire totalement faux. Soit les faits eux-mêmes sont pipés à des fins dogmatiques, soit l’interprétation qui en est faite l’est à l’aune de notre siècle alors qu’une analyse historique se doit de prendre en compte les mœurs et coutumes de l’époque contemporaine aux événements qui s’y sont déroulés. Mais pour cela, encore faut-il que l’esprit ait été entraîné à la critique et soit en mesure de se positionner dans une chronologie historique.
Ce n’est pas pour rien que les cours d’histoire de l’Éducation nationale ont éliminé quasiment toute notion chronologique. Il est ainsi plus facile d’obtenir des générations incapables de se situer dans leur propre histoire et de briserde factola notion de « transmission », notion nécessaire à la vérité. De la même façon, le traitement des faits historiques est largement biaisé dans les ouvrages scolaires afin d’effacer le roman national et donc le roman chrétien, en incitant l’esprit à dévier sur des sujets autres.
La transmission de valeurs par l’histoire est une des forces de la religion catholique, sous réserve d’être en capacité de pouvoir tirer un trait clair et précis depuis l’an 1, pour appréhender toute l’importance de ce travail de transmission, de ce trésor. Nous ne comprenons que ce que l’on connaît, et nous ne pouvons connaître que ce que l’on nous a enseigné avec vérité et discernement.
Cet ouvrage vous propose des clés pour connaître et éclairer quelques-uns de ces sujets, pour pouvoir répondre à ses interlocuteurs qui, en général, ne connaissent pas ou peu les faits qu’ils abordent. Nous verrons que l’on confond souvent guerre de religion et guerre politique, que l’on omet certaines vérités historiques, ce qui change tout, que l’on mélange, par ignorance ou par volonté, des faits et des périodes. Et nous comprendrons également comment nos ancêtres avaient sensiblement les mêmes aspirations et les mêmes défauts que nous mais avec une vision différente du temporel et de l’intemporel. À la lecture des éléments portés à votre connaissance et de leur mise en perspective historique, vous percevrez l’Église sous un autre jour, avec un visage plus proche de la réalité du moment, et de son œuvre d’équilibre à travers les âges.
Ce livre s’adresse également aux non-croyants, soucieux de la vérité, à la recherche d’un éclairage sur les faits qui font l’histoire et de la compréhension d’une institution deux fois millénaire, influençant fortement le destin des Hommes et des nations.
Enfin, j’attire l’attention du lecteur sur le fait que l’auteur n’a pas la prétention d’avoir réalisé un travail d’historien ou de sociologue au sens académique du terme. Ce guide est un recueil de sources plusieurs fois vérifiées et comparées, une enquête destinée à rétablir factuellement certaines vérités, à donner des informations historiques passées sous silence, à faire la lumière sur des événements trop souvent oubliés ou faussés. Cet ouvrage se fonde principalement sur l’ordre des faits, leur enchaînement, leur cause et leur conséquence. Seul moyen de comprendre alors le pourquoi et le comment.
Bonne lecture et, lors de votre prochaine altercation portant sur un de ces sujets trop souvent mis sur « le tapis », n’hésitez pas à consulter discrètement ce livre !
Vous voilà donc invité à partager une soirée avec quelques amis. L’ambiance est sympathique, et vous profitez d’un bon verre de vin alors que diverses conversations s’engagent. À un moment donné, de manière inévitable, la discussion prend un tour sociétal. Il se trouve alors en face de vous une personne qui a fait montre d’assurance depuis le début de la soirée, et qui, pour mettre fin aux idées que vous aviez commencé à exposer, vous référant à la philosophie chrétienne, lance l’argument ultime : « Mais savez-vous que les plus sérieux historiens remettent en cause l’existence même de ce Jésus ? Il est tout de même incroyable de penser que ces gens, ces chrétiens, vivent avec un mythe depuis deux mille ans. Cela montre bien la crédulité de cette religion. Enfin, soyons sérieux ! Rien ne prouve l’existence de ce Jésus ! Un personnage inventé, voilà tout. Alors, leur vision du monde, on s’en moque. » Fermez le ban !
Pour certains, le fait même que ce Jésus, le « fils du charpentier », ce prétendu Christ, n’a peut-être pas existé serait une aubaine ! Une idée folle qu’ils osent à peine caresser en rêve. Ils se voient ainsi, auXIXesiècle, au moment où cette chimère est lancée par quelques « intellectuels », athées convaincus qui, par des manipulations douteuses et des thèses scabreuses, ont pris leur rêve pour la réalité. L’histoire définira ce courant comme celui de la « thèse mythiste ». Nous y trouverons des personnes comme Charles-François Dupuis (1742-1809, avocat français, homme politique, astrologue), Bruno Bauer (1809-1882, historien allemand), Max Müller (1823-1900, orientaliste mystique), ou bien encore Edwin Johnson (1842-1901, historien anglais).
De nos jours, les mythistes sont très rares parmi les historiens ou les chercheurs d’une manière générale. Mais, nous en trouvons encore quelques spécimens, souvent bien médiatisés. En réalité leur courant de pensée est devenu totalement insignifiant, que ce soit dans les universités, au CNRS ou dans toute autre cellule de recherche et ce au niveau international. La non-existence du personnage historique Jésus est si grotesque et contraire aux éléments dont nous disposons que seuls quelques idéalistes athées jusqu’au bout des ongles restent adeptes de cette idéologie.
En France, le plus emblématique des mythistes reste le très médiatique philosophe Michel Onfray, il manque d’ailleurs rarement une occasion, à la télé ou à la radio, de rappeler cette thèse. Thèse qu’il reprendra à travers diverses conférences, et dans son dernier ouvrageDécadencesorti en 2017. Pour lui, Jésus est un concept. Le problème est que, Michel Onfray, qui ne cache pas son athéisme militant pour y avoir consacré plusieurs ouvrages, fait ici montre d’un manque total d’impartialité et de rigueur dans ses recherches. C’est ce que disent divers historiens spécialistes, eux, duIersiècle. Dont le professeur Jean-Marie Salamito, normalien, agrégé de lettres classiques, et professeur d’histoire du Christianisme à la Sorbonne, qui en réponse au philosophe, a édité un livre intituléMonsieur Onfray au pays des mythes1où il démonte les arguments avancés. Malheureusement, M. Salamito ne dispose pas de la même couverture médiatique que M. Onfray.
Dans les faits, nous pouvons distinguer plusieurs concepts mythistes. Ceux pour qui Jésus n’a jamais existé, ceux pour qui Jésus a bien existé mais était un simple illuminé et autour duquel ses adeptes ont construit une fausse histoire pour le glorifier, ceux pour qui le personnage Jésus était un « simple » Juif parmi les Juifs utilisé à des fins partisanes, et quelques autres variantes encore. À travers toutes ces thèses, les mythistes se cherchent.
Tout cela est-il sérieux ? Pour l’historien Pierre Geoltrain2, un des plus grands spécialistes des premiers siècles :
Nul n’oserait plus, de nos jours, écrire une vie de Jésus comme celles qui virent le jour auXIXesiècle. L’imagination suppléait alors au silence des sources […]. Quant à l’entreprise inverse, quant aux thèses des mythologues qui, devant les difficultés rencontrées par l’historien, ont pensé les résoudre tout en expliquant les Évangiles comme un mythe solaire3ou un drame sacré purement symbolique, elle ne résiste pas à l’analyse. L’étude des Évangiles permet de dire, non seulement que Jésus a existé, mais encore bien plus.
Contrairement à la tirade de votre « opposant » d’un soir, il existe bien de la « matière » sur le personnage historique Jésus. Et si nous renversons l’argumentation, rien sous l’Antiquité ne prouve sa non-existence. Aussi, bien qu’aucun doute ne soit aujourd’hui sérieusement permis, il est intéressant d’étudier quelques éléments à notre disposition, les éléments archéologiques et intellectuels qui assoient l’existence de Jésus comme personnage historique.
AuIersiècle de notre ère, la Judée est une contrée située au fin fond de l’Empire romain, à l’extrême bordure est de sa zone d’influence. Conquise par Rome en l’an 63 avant J.-C., cette zone géographique n’est pas au cœur des préoccupations de Rome. Elle est à cette époque, très clairement, une couronne secondaire sans grand intérêt. Elle fonctionne même en autogestion, sous contrôle romain, mais avec son propre roi et ses prêtres juifs. Suite à diverses querelles de pouvoir, Rome prendra un peu plus de responsabilités dès l’an 6, puis un contrôle presque total vers l’an 25 avec la nomination du procurateur Ponce Pilate. À ce sujet, vers 1850, les mythistes remettaient aussi en doute l’existence de ce Ponce Pilate, jusqu’alors cité uniquement dans les Évangiles et dans aucun autre texte connu. Et pourtant, en 1961, des archéologues mettront à jour, lors de fouilles dans le théâtre romain de Césarée, une pierre avec la mention « Ponce Pilate, préfet de Judée » (ou procurateur selon les traductions). Cette pierre, datée entre les ans 26 et 36, est conservée aujourd’hui au musée de Jérusalem4. Ajoutons également la découverte en 1969 en Cisjordanie d’une bague portant le nom de Ponce Pilate5.
À cette même époque, les prêcheurs étaient nombreux dans le pays. Alors le fait qu’un parmi d’autres ait été condamné à mort, même dans des circonstances inhabituelles, ne justifiait pas une trace spécifique pour les élites de ceIersiècle. Enfin, les siècles passant, le corpus complet de cette époque qui nous soit parvenu intact est très faible. Il n’y a ainsi rien d’étonnant à ce que l’on ait aujourd’hui peu de textes mentionnant Jésus.
Naturellement, les historiens s’appuient sur la réalité des faits et leurs conséquences dans un espace géographique, temporel et social. Ainsi, une communauté peut difficilement s’être créée et avoir autant prospéré, sans un fondement solide et réel. Sans le personnage historique, Jésus dit « Le Christ » (l’Oint du Seigneur), point de chrétiens, point d’Église. Il est effectivement impossible d’expliquer, historiquement ou socialement, la présence des premières communautés chrétiennes ainsi que leur expansion, sans une origine physique, sans une présence réelle, incarnée, sans un fondateur pour impulser ce mouvement et donner la direction à suivre. Nul mouvement de ce genre dans l’histoire de l’humanité n'est né sans origine humaine, sans une personne ou un groupe de personnes à la genèse d’une idée, d’un concept, d’une religion ou encore d’un parti politique.
Mais, les historiens s’appuient également sur les non-faits. Ainsi, si des écrits contemporains à un événement donné ne s’opposent pas à une version, c’est donc que pour l’époque les faits étaient évidents et qu’il ne serait venu à l’esprit de personne de s’inscrire en faux. Il ne se trouvera ainsi aucun chroniqueur de la fin duXVIIIesiècle pour soutenir que Robespierre n’a pas existé, qu’il ne s’agissait que d’un personnage fictif ayant permis de perpétrer des massacres sous couvert d’une idée, d’un concept. Et pourtant nous ne disposons que de textes «a priori » écrits de sa main (sans certitude absolue donc) et de descriptifs de contemporains, parfois de ses amis parfois de ses ennemis.
Cette invention de la non-existence de Jésus interviendra très tardivement, mille huit cents ans après sa naissance et dans un contexte très anticlérical. Ce mouvement duXIXe, initié auXVIIIe, partant du postulat qu’il n’existe aucune trace de la vie du Christ, s’appuie lui-même sur…. aucun écrit, aucune trace tangible. Car il n’existe aucun élément historique évoquant le fait que Jésus n’ait pas vécu. Ceci est paradoxal. En effet l’existence de Jésus n’a jamais été contestée dans l’Antiquité par ses adversaires. AuIersiècle, alors que la « secte des Chrétiens », comme ils étaient surnommés, s’étend dangereusement dans l’Empire, aucun écrit juif ou romain ne remet en cause l’existence de Jésus. Pourtant, il existe à l’époque une très forte opposition à ce mouvement naissant. Il aurait été très facile pour les autres communautés, et pour le pouvoir, d’indiquer que le Jésus que suivent ces fous n’avait jamais existé. Mais les disciples étant encore vivants, ainsi que de nombreuses personnes guéries par le Christ ou l’ayant vu, il eût été en conséquence très compliqué de soutenir la non-existence de l’homme Jésus par un de ses contemporains. De même que, plus tard auVIIesiècle, aucun écrit musulman ne remettra en cause l’existence de Jésus, la tradition séculaire n’ayant jamais effleuré sa non-existence puisque tel n’était pas le cas. Le contraire se produira même puisqu’un certain Issa (Jésus) fils de Marie sera cité dans le Coran comme un « simple » prophète6.
Concernant les événements factuels, il existe bien des sources parlant de Jésus et de ses adeptes, et ce, à plusieurs époques différentes et dans divers lieux. Il ne peut y avoir une telle concordance des faits sans une source véridique à l’origine.
Tout d’abord, nous trouvons les lettres de Paul de Tarse, datées pour les premières de l’an 50, sans aucune remise en question de leur existence. Quelques spécialistes parlent même de l’an 40, mais cette date prête encore à débat. Or, si Paul n’a pas rencontré physiquement ce Jésus, il évoque plusieurs entretiens avec les apôtres. Il relate donc des faits qu’il tient de témoins oculaires. Ce même Saint Paul sera mis à mort, sans jamais renier ses dires, en l’an 67 et dans des conditions dramatiques.
Thallus, un historien païen grec, a écrit divers ouvrages dans les années 50-60 qui malheureusement ne sont pas parvenus jusqu’à nous. Nous disposons néanmoins d’un écrit,Histoire du monde, laissé par Jules l’Africain7, qui cite Thallus à propos de l’obscurité qui a eu lieu lors de la crucifixion de Jésus : « Thallus, au troisième livre de son Histoire explique cette obscurité par une éclipse, ce qui me paraît inacceptable ! » Nous constatons ici qu’un auteur des années 50, soit plus ou moins vingt ans après la mort de Jésus, évoque le fait qu’il s’est produit un phénomène étrange d’obscurité, en plein après-midi, lors de la mise à mort de cet homme. Thallus, contemporain de Jésus, ne débat nullement du fait de savoir si cette mise à mort a bien eu lieu mais cherche une explication logique au phénomène qui l’a accompagné. On notera que ce phénomène est également rapporté par l’évangéliste Luc, ainsi qu’Eusèbe de Césarée8, théologien et historien duIIIesiècle.
En l’an 64, l’empereur Néron (37-68) fait mettre le feu à Rome et accuse les chrétiens. Suétone, auteur contemporain, dans son ouvrage sur la vie de Néron, rapporte l’événement en ces termes : « On livre au supplice les chrétiens, sorte de gens adonnés à une superstition nouvelle et dangereuse. » Nous nous situons là trente ans après la mort de Jésus ; et les chrétiens sont déjà suffisamment nombreux pour que l’État s’en inquiète. D’où viennent-ils, si ce n’est du mouvement initié par un homme appelé Christ ?
Toujours concernant cet événement, Tacite, dans sesAnnales XV, écrira en l’an 65 :
En conséquence, pour étouffer la rumeur, Néron produisit comme inculpés et livra aux tourments les plus raffinés des gens, détestés pour leurs turpitudes, que la foule appelait « chrétiens ». Ce nom leur vient de Christ, que, sous le principat de Tibère, le procurateur Ponce Pilate avait livré au supplice ; réprimée sur le moment, cette exécrable superstition faisait de nouveau irruption, non seulement en Judée, berceau du mal, mais encore à Rome, où tout ce qu’il y a d’affreux ou de honteux dans le monde converge et se répand. […] À leur exécution on ajouta des dérisions, en les couvrant de peaux de bêtes pour qu’ils périssent sous la morsure des chiens, ou en les attachant à des croix, pour que, après la chute du jour, utilisés comme des torches nocturnes, ils fussent consumés.
À cette époque, la vie et la mort de Jésus étaient connues par une partie de ses contemporains et par l’État. Ils savaient qu’il avait été condamné au supplice de la croix, d’où, par moquerie, le fait de crucifier également ses adeptes. Sinon, quel intérêt de les tuer ainsi ? Tacite évoque bien un personnage appelé Christ supplicié par le procurateur représentant de Rome, il n’essaye pas de s’interroger sur l’origine du mouvement réprimé, car encore une fois les faits étaient établis.
Nous disposons également d’une lettre datée de l’an 73, dont l’en-tête est celui d’un certain Mara bar Sérapion9, syrien, destinée à son fils. Cette lettre a été découverte auXXesiècle par des historiens dans un ensemble de textes qui appartenaient à la bibliothèque du monastère des Syriens dans l’Ouadi Natroun, en Égypte, acquis en 1843 par le British Museum (elle y est toujours archivée). Nous y trouvons la mention suivante :
Que devons-nous dire quand les sages sont conduits de force par des tyrans ? […] Quel bénéfice les Athéniens ont-ils tiré de la mise à mort de Socrate, vu qu’ils ont reçu comme rétribution la famine et la peste ? Ou les habitants de Samos en brûlant Pythagore, vu qu’en une heure tout leur pays a été couvert de sable ? Ou les Juifs du meurtre de leur Roi sage, vu que de ce moment même ils ont été privés de leur royaume ?
Or, la mention de « Roi des Juifs » renvoie directement à Jésus, il n’y avait pas de roi des Juifs au sens religieux ou politique du terme à cette époque. Cette lettre est très intéressante car elle est issue d’un non-chrétien, rédigée dans le cadre d’un courrier privé et utilisant un terme précis qui n’a pas pu être inventé : « grand prêtre », « rabbi », « opposant », « dissident », etc. auraient été des qualificatifs classiques, mais « Roi des Juifs » fait directement écho à cet homme mis à mort avec cette appellation.
L’historien romain Suétone (69-122) écrira dans son ouvrageVies des douze Césars :« Comme les Juifs se soulevaient continuellement, à l’instigation d’un certain Chrestos, l’empereur Claude les chassa de Rome. » L’histoire de ce Christ qui souleva les foules et a ainsi nui à l’ordre public du point de vue de Rome est un événement admis pour les contemporains et qui fait partie de l’histoire de l’Empire, même si cela ne revêt pas un caractère extraordinaire et encore moins divin.
Nous pouvons aussi citer un auteur juif, célèbre de son vivant, Flavius Josèphe (37-100) qui dans lesAntiquités judaïques,livre XX, écrit vers l’an 90 : « Anan convoqua une assemblée de juges et fit amener le nommé Jacques, frère de Jésus soi-disant Christ, et quelques autres, les accusa d’avoir transgressé la Loi et les livra à la lapidation10. » Ce texte relève de la vision contemporaine d’un non-chrétien.
Ce même Flavius Josèphe écrira dans le livre XVIII, citant Jean l’apôtre mort en l’an 101 à Éphèse :
À cette époque fut Jésus, homme sage, si du moins il faut l’appeler un homme. Il était l’auteur d’œuvres extraordinaires et le maître d’hommes qui recevaient la vérité avec plaisir ; il attira beaucoup de Juifs et aussi beaucoup de Grecs. Il était le Christ, et sur la dénonciation des premiers des nôtres, Pilate le condamna à la croix, mais ceux qui l’avaient d’abord aimé, ne cessèrent pas de le faire. Il leur apparut, en effet, le troisième jour, de nouveau vivant ; les divins prophètes avaient prédit ces merveilles et beaucoup d’autres encore à son sujet. Encore aujourd’hui la race des chrétiens qui tirent leur nom de lui n’a pas disparu.
Nous avons donc ici un auteur juif, historiographe romain d’origine judéenne, comptant parmi les plus importants de son époque et non connu pour être favorable à la doctrine chrétienne, qui évoque ce Jésus.
Pline le Jeune (61-114), proconsul de Bithynie en Asie Mineure, dans une lettre à l’empereur Trajan, demande conseil à ce dernier quant au comportement qu’il doit adopter face aux chrétiens, précisant que « toute leur faute ‒ ou leur erreur ‒ s’était bornée à avoir l’habitude de se réunir à jour fixe, avant le lever du soleil, de chanter entre eux alternativement un hymne au Christ comme à un dieu11 ». Notons au passage que cela remet en cause l’affirmation de certains courants intellectuels évoquant le fait que la divinité de Jésus est une invention tardive, mais là n’est pas notre sujet. Pline écrit donc à son empereur un courrier diplomatique officiel, alors qu’il aurait était simple pour lui d’indiquer que ces gens étaient fous et qu’ils rendaient un culte à un homme dont personne n’avait jamais entendu parler. Comme beaucoup d’autres, il s’inquiète de savoir comment gérer cette traînée de poudre qui se répand à travers tout l’Empire concernant ce fameux Jésus au sujet duquel il a nécessairement obtenu des informations véridiques.
Un autre texte se révèle aussi fort intéressant, celui de Justin de Naplouse (100-165), plus connu sous le nom de Justin Martyr car il mourut effectivement décapité en qualité de chrétien, s’étant converti au christianisme à la fin de sa vie. Philosophe grec, il écrit une lettre à l’empereur Antonin vers l’an 150, dans laquelle nous pouvons lire : « Vous pourrez facilement vérifier qu’il a réellement accompli ces miracles en lisant les actes de Ponce Pilate12. » Malheureusement, les « Actes de Ponce Pilate » ne sont pas parvenus jusqu’à nous. Mais, nous voyons ici que cet homme qui jouissait alors d’une excellente réputation et qui s’entretient avec son empereur évoque nécessairement une source consultable et fiable. Il serait en effet difficilement compréhensible qu’un personnage de haut rang envisage d’affabuler dans un courrier adressé à un empereur. Nous avons donc une trace prouvant que le préfet Ponce Pilate avait fait état de ce qu’il avait vu, ce qui semble logique.
Connaissez-vous laDidachè? Ce mot grec signifiant « enseignement » est un texte daté à la charnière duIeret duIIesiècle, qui porte le titre deDoctrine du Seigneur transmise aux nations par les douze apôtres.Ce manuscrit, cité auIIIesiècle par Athanase d’Alexandrie, a été trouvé en 1873 par Philothée Bryennios de Nicomédie, est actuellement conservé dans la bibliothèque du patriarcat grec de Jérusalem. Ce document, rédigé en grec, langue des élites et de l’administration des premiers siècles, est considéré par les historiens et théologiens comme une sorte de manuel pour les nouveaux convertis. La structure des textes, la tournure des phrases, la construction du document amènent à penser qu’il a été rédigé par une ou des personnes qui ont vécu à l’époque des apôtres et ont eu connaissance de leur enseignement. Ce manuscrit archéologique constitue une trace prégnante de l’existence et de l’enseignement des apôtres et donc du personnage Jésus.
Plus tardivement, vers la fin duIIesiècle, des auteurs comme Clément d’Alexandrie (150-215) ou Tertullien (150-220) parlent des communautés chrétiennes à travers différents pays. Le philosophe Celse, quant à lui, évoque les chrétiens et leur prédicateur Jésus vers 175, à travers leDiscours véritableappelé aussiDiscours contre les chrétiens.
Lucien de Samosate (120-185), dramaturge grec, écrira dans son ouvrageLa mort de Pérégrinos:
Ces pauvres chrétiens se croient immortels et s’imaginent que l’éternité les attend. Ils se moquent pas mal des supplices et se jettent avec courage dans les bras de la mort. Celui qui fut leur législateur les convainquit que tous les hommes étaient frères. Une fois convertis, ils mettent au rebut les dieux des Grecs, pour vénérer ce sophiste mis en croix dont ils suivent à la lettre les moindres préceptes. Les biens et les richesses leur font horreur, et ils partagent tout, se conformant à une tradition sans fondement doctrinal. La conséquence de ces pratiques, est que le premier aigrefin venu, s’introduisant parmi eux, pourvu qu’il soit un peu retors, n’a pas grand mal à s’enrichir à leurs dépens, non sans rire au fond de lui-même de la naïveté de ces gens.
Les faits, là encore, étaient admis et connus, l’information avait circulé, les gens savaient qui était ce Jésus et considéraient ses adeptes comme de pauvres fous. Nul ne pensait alors à parler de mythe.
Les Évangiles eux-mêmes, datés sur une période allant des années 50 à 95 selon les écrits, sont une preuve à part entière. Si ce n’est que, pour les mythistes ces textes religieux ne sont pas dignes de foi car considérés comme partiaux. Dans ce cas, il conviendrait de ne pas retenir tous les textes ayant un caractère doctrinal et parlant de grands personnages dans l’Antiquité. Cette position poserait de sérieux problèmes !La guerre des Gaules, ouvrage écrit par Jules César, et partial dans son analyse des faits, ne devrait pas être retenu à son crédit, d’autant que les textes qui nous sont parvenus en sont des copies tardives et peu nombreuses. Nous disposons de moins de copies deLa guerre des Gaulesque des Évangiles, preuve de l’importance et donc de la véracité de ce texte pour les communautés d’alors.
Comment des textes auraient pu ainsi être diffusés et pris au sérieux à un tel point que, deux mille ans après, nous les avons conservés, si les hommes et les femmes duIersiècle avaient eu affaire à une supercherie ? Et nous savons que les quatre Évangiles et les lettres de Paul étaient lus au sein des communautés des premiers chrétiens (cf. chapitre suivant), et que parmi eux certains connurent Jésus. Nous pourrions évoquer également les Évangiles apocryphes, bien que la majorité d’entre eux fut tardive (IVesiècle) quelques textes sont datés duIIesiècle.
Il s’agit donc de textes de différents auteurs, écrits dans différentes zones géographiques et qui relatent une histoire identique. Est-il possible d’avoir une telle cohérence sans une source fiable et véridique ?
Concernant les textes sacrés chrétiens tels que les Évangiles et les Épîtres, il doit très probablement s’agir des écrits les plus analysés de toute l’histoire de l’Humanité. Et plus nos civilisations progressent dans la connaissance, plus nous identifions des faits bien réels. Par exemple, récemment, les restes archéologiques de la piscine de Béthesda à Jérusalem ont été découverts. Or, cette fameuse piscine est décrite dansL’Évangile canonique de saint Jean, chapitre 5, verset 1. Comme souvent dans la Bible, ici dans le Nouveau Testament, nous avons de nombreux descriptifs de lieux. Et cette piscine non seulement n’apparaît dans aucun autre texte connu du début de notre ère, mais, alors que la ville de Jérusalem est probablement depuis au moins cent ans le plus grand site archéologique du monde où les fouilles ne cessent jamais, elle n’avait pas été découverte. À la grande joie des mythistes. Or, dans les années 1990, des archéologues mirent à jour deux bassins avec cinq portiques, datant duIIesiècle av. J.-C., correspondant parfaitement à la description de l’évangéliste Jean.
Plus récemment, en 2015, a été découvert au cours de fouilles un sceau portant le nom du roi Ézéchias. Or, ce personnage n’était connu que parce que cité dans la Bible : « Ézéchias fit ce qui plaît au Seigneur, tout comme son ancêtre David13 », et jusqu’en 2015 son existence avait été réfutée. Il y a ainsi un nombre important de descriptifs dans les textes bibliques, vérifiés par les découvertes archéologiques et donnant sans aucun doute possible une dimension historique et fiable des textes de l’Ancien et du Nouveau Testament.
Voici ce qu’écrit Jacquy Mengal, historien spécialiste de Jérusalem : « Tous les protagonistes et personnages décrits dans le Nouveau Testament ont été identifiés, soient par des monnaies ou des inscriptions. L’existence de Ponce Pilate, dont on n’avait aucune trace, fut prouvée par la découverte d’une inscription à son nom à Césarée en 196114. »
Nous pourrions également citer le Talmud (Talmud de Babylone) : « Jésus le Nazaréen a été condamné à mort par lapidation parce qu’il a pratiqué la sorcellerie et tenté le peuple d’Israël à aller dans le mauvais chemin15. » Ce texte sacré, hostile à Jésus, parle de lui comme d’un « magicien », d’un « transgresseur ». Si les Rabbins de l’époque avaient pu faire autrement que de parler de cet homme (Yeshu ha-notsri/Jésus le Nazaréen) venu annoncer une nouvelle alliance, notamment préciser qu’il n’avait jamais existé, ils l’auraient certainement fait.
Nous retrouvons également la trace de graffitis antiques, dans des catacombes, d’anciennes prisons ou de simples habitations, qui représentent un homme en croix, ou parfois un homme à tête d’âne sur une croix pour mieux se moquer de ce Jésus soi-disant puissant et pourtant mis à mort comme un vulgaire opposant au pouvoir. Un des plus célèbres est le graffiti dit d’« Alexamenos », découvert en 1857. Ce nom provient de la mention gravée à côté du dessin : «Alexamenos sebete theon », autrement dit : « Alexamenos adore son dieu. » Cette mention est portée à côté du dessin d’un homme qui se prosterne devant un autre homme, à tête d’âne et mis en croix. Nous pouvons en déduire que l’auteur a souhaité ainsi se moquer d’un certain Alexamenos. Bien que la datation en la matière soit compliquée, ce dessin est estimé comme étant de la seconde moitié duIIesiècle16.
Nous pourrions aussi parler du Linceul de Turin, du Saint-Suaire, de la Sainte Tunique, et de bien d’autres éléments physiques encore. Bien que ces trésors historiques fassent controverse et malgré plusieurs dizaines d’années de tests scientifiques, dont nombre de résultats sont sans explication, ils restent hypothétiquement attribuables à l’homme Jésus, car s’il s’était agi de faux, même bien réalisés, ils auraient été définitivement écartés depuis longtemps, ce qui n’est pas le cas. En effet, quand sur un linceul, tissé selon les méthodes duIersiècle, les chercheurs trouvent des composants organiques microscopiques appartenant à des végétaux de la région où vécut Jésus, ainsi que la trace prégnante d’une image transcrite selon un code en trois dimensions17qu’une technologie duXXIesiècle a des difficultés à appréhender, cela pose bien des questions que la logique nous amène à considérer selon l’angle d’une seule réponse. Nous ne détaillerons pas plus avant ces points ici, mais nous retiendrons uniquement le faisceau de preuves physiques et archéologiques.
Il existe donc, contre toute attente, de la matière permettant de préciser les contours de l’homme Jésus et de ses adeptes. Contre toute attente en effet, car rien n’aurait pu, selon la logique humaine, justifier que ce simple prêcheur, accusé de magie, de blasphème et de soulever les foules contre le pouvoir romain, soit cité dans divers textes anciens et suivi par autant de personnes.
Ajoutons que tous les textes (sur divers sujets) desIeretIIesiècles qui nous sont parvenus ne sont pas si nombreux et pourtant nous en avons plusieurs dizaines qui évoquent Jésus et les chrétiens. Il est donc aisé, par simple extrapolation, d’estimer qu’il devait y en avoir des centaines, peut-être même des milliers à ces périodes, parlant de cet homme et de ces actes. Mais beaucoup ont été perdus ou détruits durant les deux mille années qui suivirent.
Laissons quelques instants la parole à certaines personnalités du monde universitaire, spécialistes de ces questions :
Rien, d'un point de vue historique, ne me permet de remettre en question [l'existence de Jésus]. La thèse mythiste est indéfendable historiquement : elle ne s'appuie sur aucune preuve et ne date que duXVIIIesiècle. Dans l'Antiquité, personne n'a mis en doute l'historicité de Jésus. Les partisans de la thèse mythiste estiment que les sources sont pratiquement toutes chrétiennes. Mais les sources sur Jules César et Néron, par exemple, sont essentiellement romaines ; ce n'est pas pour autant qu'il faut les discréditer d'emblée. […] Aujourd'hui, ceux qui adhèrent à la thèse mythiste sont des gens un peu illuminés, non de vrais universitaires (Simon Claude Mimouni, historien, spécialiste de l’histoire des religions, CNRS Laboratoire d’études sur les monothéismes)18.
Les efforts, souvent érudits et ingénieux des mythologues n’ont gagné à leurs thèses aucun des savants indépendants et désintéressés que rien n’empêcherait de s’incliner devant un fait bien établi et dont l’adhésion aurait eu du sens. L’enthousiasme des incompétents ne compense pas cet échec (Charles Guignebert [1867-1939], titulaire de la chaire d’histoire du christianisme à la Sorbonne)19.
L’existence de Jésus n’a jamais été contestée dans l’Antiquité par ses adversaires, élément qui rend l’attitude des mythistes intenable (Louis Rougier [1889-1982], philosophe, universitaire, auteur d’une cinquantaine d’ouvrages en rapport avec ces sujets).
Citons également un extrait deThe Evidence for Jesus, publié en 1986 et écrit par Richard Thomas France (1938-2012), spécialiste mondial du Nouveau Testament, universitaire et maître de conférences à la London School of Theology :
Au plus tard au début duIIesiècle, Jésus était connu et exécré comme un faiseur de miracles et un prédicateur qui avait rassemblé de nombreux disciples, et avait été justement exécuté comme quelqu’un qui détournait Israël de son chemin. Aussi peu flatteur que cela soit, cela constitue, de façon déformée, une preuve de l’impact des miracles et de l’enseignement de Jésus. La conclusion, selon laquelle cela repose uniquement sur les prétentions des chrétiens, et que les Juifs duIIesiècle adoptèrent sans le remettre en doute le présupposé chrétien que Jésus avait réellement existé, est uniquement dictée par un scepticisme dogmatique. Il est peu vraisemblable que ces polémiques, reprenant souvent des éléments différents de ceux auxquels les chrétiens croyaient, soient apparues en moins d’un siècle au sujet d’une figure inexistante.
Voici encore ce que dit l’encyclopédie Wikipédia quant à la thèse mythiste : « Dans le monde académique, la question de l’existence historique de Jésus est aujourd’hui close. Pour les chercheurs et spécialistes, les thèses mythistes sont rejetées par un ensemble d’éléments et d’arguments tant externes qu’internes au Nouveau Testament. »
Enfin, nous pouvons évoquer un ouvrage de plus de mille six cents pages, édité en 2016, intituléPremiers écrits chrétiens20et au sujet duquel le philosophe et académicien Jean-Luc Marion a donné une interview au magazineFamille Chrétienne21. Cet ouvrage cite de très nombreuses sources issues des tout premiers chrétiens, ne laissant ainsi planer aucun doute quant à l’origine du christianisme.
En conclusion, nous retiendrons cinq éléments factuels preuves du « Jésus historique » : tout d’abord le fait que, durant l’Antiquité, l’existence de Jésus n’a jamais été contestée ; deuxièmement que, sans l’existence de l’homme Jésus, il est impossible d’expliquer le mouvement chrétien qui va submerger l’Empire puis le monde entier ; troisièmement nous disposons de textes de divers auteurs qui parlent de Jésus et des premiers chrétiens ; quatrièmement que les textes du Nouveau Testament sont confirmés dans leur dimension historique ; cinquièmement qu’il existe de la matière archéologique tangible, qui, même si elle fait débat, révèle des éléments inexpliqués avec un faisceau qui tend vers le personnage Jésus. En conséquence, continuer à réfuter ces éléments et à maintenir une position mythiste, relève sans aucun doute possible d’une position purement dogmatique sans fondement historique et scientifique.
Le reste, telle la croyance de Jésus en tant que fils de Dieu, est affaire de foi, de confiance. Mais il est pertinent de souligner que cet homme a eu la plus forte influence sur le monde qui ait jamais existé. Et pourtant, il n’était ni puissant ni riche et vivait aux confins de l’Empire.
1. Salvator, Paris, 2017.
2. 1929-2004, université de Strasbourg, École Pratique des Hautes Études. Directeur d’étude des origines du christianisme de 1972 à 1997. Cité dans l’encyclopédie Wikipedia, dossier « Mythiste ».
3. En 1794, Charles-François Dupuis, avocat, astrologue et franc-maçon, publia Origine de tous les cultes. Il y prétend, via l’astrologie, démontrer que Jésus est un personnage mythique représentant le soleil et que les douze apôtres correspondent respectivement aux signes du zodiaque. En 1827, le mathématicien français Jean-Baptiste Pérès lui répond dansGrand erratum, reprenant point par point les axiomes de Dupuis en les appliquant à un autre grand personnage alors mort depuis six ans, à savoir Napoléon Bonaparte. Il arrive à la conclusion que Napoléon n’a jamais existé et qu’il s’agit d’un mythe solaire entouré de douze généraux, faisant tomber en cela la thèse fantaisiste de Dupuis !
4. https://fr.aleteia.org/2018/06/20/archeologie-la-pierre-qui-prouve-que-ponce-pilate-a-bien-existe.
5. http://www.lefigaro.fr/culture/2018/12/05/03004-20181205ARTFIG00262-une-bague-retrouvee-en-cisjordanie-et-authentifiee-comme-celle-de-ponce-pilate.php.
6. Nous pouvons noter que Jésus est appelé Issa dans le Coran et non pas Yasû’ comme cela devrait être le cas en Arabe, notamment en Arabe pré-coranique. En effet, le terme Yasû’ tel qu’utilisé à l’origine par les Arabes renvoie directement à une notion divine, filiale, entre Jésus et Dieu. Le Coran nie donc le vrai nom de Jésus et lui attribue un autre nom, dénué de sens. Ainsi, l’Issa du Coran n’est pas le Christ mais le « simple » personnage historique Jésus.
7. 160-240, probablement originaire de Palestine.
8. Eusèbe de Césarée,Chronicorum, III-IVesiècle.
9. Mara fils de Sérapion.
10. Antiquités judaïques, XX.
11. Lettre 10, 96.
12. Apologies 1, 48.3.
13. 2 R 18, 3.
14. Article publié le 17 février 2016 dans la revueThe Time of Israël, intitulé « Avec une pelle en main et la Bible dans l’autre ».
15. Sanhedrin 43b.
16. Plus d’info sur le site du CNRS :http://judaism-and-rome.cnrs.fr/alexamenos-graffito.
17. Cf. étude menée en 1978 par les docteurs Jackson et Jumper, utilisant un appareil de mesure appelé VP-8 et mis au point par l’agence spatiale américaine Nasa.
18. Dans une interview donnée au journalLe Monde des religionsen date du 27 octobre 2016 (http://www.lemondedesreligions.fr/papier/2016/80/face-a-face-jesus-a-t-il-existe-simon-claude-mimouni-oui-27-10-2016-5875_230.php).
19. Jésus, Albin Michel, 1969.
20. Gallimard, collection « La Pléiade ».
21. N° 2039, février 2017.
« Bien, bien, admettons, je veux bien vous croire et penser que Jésus est un personnage historique. D’ici à dire qu’il est le Fils de Dieu, c’est une autre histoire. Mais, vous ne pouvez pas nier que l’Église catholique a fabriqué sa petite religion autour de ce personnage de la façon qui l’arrangeait ! Des textes ont été supprimés, on a voulu nous faire croire des choses. J’ai lu plusieurs articles prouvant que ce Jésus était en fait marié et qu’il avait des frères et sœurs de sang. Et cela change bien des choses ! Qu’avez-vous à répondre à cela ? »
Nous parlons là d’éléments qui sont en partie une interprétation des textes canoniques et qui s’appuient également exclusivement sur des textes dits « apocryphes » (du grecapocruphos: « secret », « caché »), qui parlent aussi de Jésus et des apôtres mais qui n’ont pas été retenus comme véridiques par l’Église.
Certains mouvements fondent leurs analyses sur les apocryphes, prétextant que l’Église les a volontairement écartés et ce, afin d’imaginer une autre histoire du Christ. Nous retrouverons ces idées dans des romans à la mode, mêlant complots chrétiens et syncrétisme. Le principe même d’une cabale catholique a toujours fait foisonnerl’imaginaire et permet à bon compte d’être suspicieux vis-à-vis de l’Église. D’aucuns laissent entendre que l’histoire est arrangée, que les faits sont autres et que des organisations secrètes existent pour défendre coûte que coûte la position officielle de l’Église, allant jusqu’à tuer. Ces idées ont pris de l’ampleur ces dernières années grâce au réseau Internet sur lequel il est relativement facile de présenter et de diffuser ce type de thèse, tout en s’appuyant sur la propagande anticléricale mise en place à la Révolution et auXIXesiècle, toujours d’actualité de nos jours.
Que pouvons-nous dire de tout cela ? Comment les Évangiles ont-ils été structurés par l’Église des premiers siècles ? Est-il possible que la vie du Christ fût autre que celle donnée par Jean, Marc, Matthieu, Luc, Paul, Pierre, Jacques et Jude ? Existe-t-il un complot depuis deux mille ans ?… Ce qui serait, à n’en pas douter, un exploit hors du commun, un miracle !
Pour bien comprendre ce qui va suivre, il est important de revenir sur l’origine des textes canoniques et la dimension des textes apocryphes.
La Bible (qui signifie « livres » en grec) est constituée de plusieurs livres. Nous distinguons l’Ancien Testament qui comprend trente-neuf livres concernant la période antérieure au Christ ; cet ensemble d’ouvrages est celui des Juifs, il parle de l’origine du monde, de l’histoire du peuple juif, des prophètes, et contient de nombreux textes poétiques sur le rapport au divin. Et le Nouveau Testament, riche de vingt-sept livres relatant la vie du Christ, les premiers temps de l’Église et les temps à venir. Les chrétiens se reconnaissent dans le Nouveau Testament et sont héritiers de l’Ancien Testament. Les textes qui ont été retenus par l’Église dite primitive, comme formant le Nouveau Testament, ont été choisis sur des critères précis et de bon sens, comme nous allons le découvrir.
Après la mort de Jésus, les premiers disciples et les apôtres ont pratiqué une transmission orale comme cela était souvent le cas à cette époque où l’écriture était un art peu répandu et cher. Par la suite, ils ont souhaité naturellement coucher par écrit leur expérience de vie avec le Christ. Les textes les plus anciens sont ceux de Paul. Certaines de ses lettres (Épîtres) ont été conservées et transmises de siècle en siècle. Saint Paul a beaucoup voyagé, dans différents pays, pour évangéliser et bâtir des Églises. Il entretenait une riche correspondance avec les premiers chrétiens. Il a, de plus, rencontré les apôtres à plusieurs reprises et plus particulièrement Pierre. Ses premiers textes datent des années 50, soit moins de vingt ans après la mort du Christ1. Certaines études controversées datent ses premiers textes de l’an 40 mais nous retiendrons ici les années 50, période qui fait aujourd’hui consensus dans la communauté scientifique.
Nous trouvons ensuite l’Évangile (mot qui signifie « bonne nouvelle ») rédigé par Marc, écrit en grec avant les années 65, des copies de ce texte ayant été retrouvées2dans la célèbre grotte de Qumrâm scellée entre 60 et 70. Les écrits de Clément de Rome datés de 85 à 90 y font également référence. Un fait plus récent peut être aussi relaté, à savoir qu’en 2015, le chercheur Craig Evans, lors d’une étude sur des papyrus ayant servi à recouvrir une momie datant d’avant l’année 85, a mis à jour des copies de l’Évangile de Marc. Marc était un disciple de Paul, puis de l’apôtre Pierre, il a donc pu être au plus près de la source d’information3.
Toujours à la même période, entre 60 et 70 maximum4, nous avons un Évangile écrit par Luc, un médecin d’origine grecque et qui a accompagné Paul.
Vers 80, 85, nous avons l’Évangile selon Matthieu, rédigé pour sa part en hébreu. Matthieu était un apôtre du Christ, collecteur d’impôt de son état pour le compte des Romains qui occupaient alors la Judée. Selon le récit de sa conversion dans les Évangiles, Matthieu abandonna tout pour suivre Jésus. Son texte s’adresse avant tout aux Juifs de cette époque.
Enfin, nous datons scientifiquement le texte attribué à Jean vers l’an 95. Ce qui amène Jean à un âge compris entre 85 et 90 ans (il décédera en l’an 101 à Éphèse) ; espérance de vie que nous pensons à tort être le propre de notre civilisation moderne or il n’est pas rare, dans la littérature antique, de retrouver des personnages ayant atteint ces âges avancés5. Jean était l’un des douze apôtres de Jésus, probablement le plus mystique.
Sur ces cinq auteurs, tous sont contemporains du Christ mais seuls deux d’entre eux, Jean et Matthieu l’ont personnellement connu. Paul, Luc et Marc ont pour leur part côtoyé les apôtres et les disciples qui ont connu intimement le Christ. Nous trouvons également des écrits de Jacques (apôtre), Pierre (apôtre), et Jude (apôtre, frère de Jacques) qui ont écrit des épîtres (correspondances), dont nous ne détaillerons pas ici les contenus mais qui se révèlent très riches sur les plans archéologique et théologique.
Très tôt, dès la fin duIersiècle, tout début duIIesiècle, ces textes ont été jugés comme fiables par les premiers chrétiens. Les écrits de Clément de Rome (mort en 101), nommé évêque de Rome par l’apôtre Pierre en personne, vers 85-90, nous apprennent que les premiers chrétiens lisaient les Épîtres de Paul, Jacques et Pierre lors de leurs réunions6. Il y évoque également clairement les quatre Évangiles. « Dans la seconde Épître de saint Clément, que nous n’avons pas en entier, et qui n’a pas la même autorité que la première, ainsi que nous l’avons observé, on voit un assez grand nombre de passages empruntés des Évangiles canoniques. […] Comparez N 2 et Matthieu 9 13, N3 et Matthieu 10 32, N 4 et Luc 13 27, N8 et Luc 16, 12, etc7. » Ces textes sont appelés à l’époque les Mémoires des apôtres. Ce seul document pourrait suffire à nous renseigner sur le choix naturel des textes et mettre fin ainsi au débat. Mais penchons-nous encore sur quelques autres éléments dont nous disposons.
Irénée (135-202) évoque les quatre Évangiles dans ses différents écrits. Et nous savons qu’Irénée, qui sera évêque de Lyon, était un disciple de Polycarpe de Smyrne (70-167), qui lui-même fut disciple de l’apôtre Jean8.
Irénée cite dans ses écrits des textes issus des quatre Évangiles et des Épîtres. Il tient ces informations et cet enseignement de Polycarpe qui faisait partie des responsables de l’Église dans les premiers temps :
Par ailleurs, il ne peut y avoir ni un plus grand ni un plus petit nombre d’Évangiles. En effet, puisqu’il existe quatre régions du monde dans lesquelles nous sommes et quatre vents principaux, et puisque, d’autre part, l’Église est répandue sur toute la terre et qu’elle a pour colonne et pour soutien l’Évangile et l’Esprit de vie, il est naturel qu’elle ait quatre colonnes qui soufflent de toutes parts l’incorruptibilité et rendent la vie aux hommes. D’où il appert que le Verbe, Artisan de l’univers, qui siège sur les Chérubins et maintient toutes choses, lorsqu’il s’est manifesté aux hommes, nous a donné un Évangile à quadruple forme, encore que maintenu par un unique Esprit9.
Irénée écrira également :
Ainsi Matthieu publia-t-il chez les Hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d’Évangile, à l’époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l’Église. Après la mort de ces derniers, Marc le disciple et l’interprète de Pierre nous transmit lui aussi par écrit ce que prêchait Pierre. De son côté, Luc, le compagnon de Paul consigna en un livre l’Évangile que prêchait celui-ci. Puis Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui avait reposé sur sa poitrine, publia lui aussi l’Évangile, tandis qu’il séjournait à Éphèse en Asie.
Avec Irénée et Polycarpe, nous constatons là aussi que les quatre Évangiles et les lettres de Paul étaient la source des temps eucharistiques des premiers chrétiens.
De même, Marcion de Sinope (85-160), chrétien convaincu et riche armateur, laissera divers écrits dans lesquels il citera l’Évangile de saint Luc et les Épîtres pauliniennes comme étant des canons, et ce, aux environs des années 150. Ses écrits ne nous sont pas parvenus mais sont cités par diverses sources, dont celles provenant d’un de ses opposants intellectuels, Tertullien, dans son ouvrage Contre Marcion, daté de l’an 200 et reproduisant une partie des écrits de Marcion dont naturellement il disposait à l’époque.
Nous avons également des textes de Justin Martyr (mort vers 165), un des premiers philosophes chrétiens de formation classique grecque qui, vers 150, dansApologie adressée à l’empereur Antonin le Pieux,relate :
Le jour qu’on appelle « jour du Soleil » a lieu le rassemblement en un même endroit de tous ceux qui habitent la ville ou la campagne. On lit les Mémoires des apôtres et les écrits des prophètes, autant que le temps le permet. Quand le lecteur a fini, celui qui préside prend la parole pour inciter et exhorter à l’imitation de ces belles choses. Ensuite, nous nous levons tous ensemble et nous faisons des prières. Puis on apporte à celui qui préside du pain, du vin, et de l’eau. Pareillement, celui qui préside fait monter au ciel prières et action de grâce, tant qu’il peut. Et le peuple pousse l’acclamation : « Amen ». Puis ont lieu la distribution et le partage des choses « eucharistiées » à chacun et, aux absents, on envoie leur part par les diacres. Cette nourriture, nous l’appelons eucharistie et personne ne peut y prendre part s’il ne croit à la vérité de ce qu’on enseigne chez nous, s’il n’a reçu le bain pour la rémission des péchés et la nouvelle naissance, et s’il ne vit selon les préceptes du Christ.
Nous voyons ici que les fondamentaux du rite de la messe sont existants et que les textes sacrés sont définis de manière évidente pour les premiers chrétiens.
LeFragement de Muratori, quant à lui, liste les vingt-sept livres reconnus comme fiables par l’Église. Ce fragment a été découvert en 1740 par Ludovico Antonio Muratori lors de recherches à la Bibliothèque ambrosienne de Milan. Il sera daté de l’an 170. Dès la seconde partie duIIesiècle, les vingt-sept livres que nous connaissons aujourd’hui sont clairement fixés par au moins une partie de l’Église primitive.
Un peu plus tard, en 325, alors que l’Église s’organise, le premier concile de Nicée10débat des thèses ariennes11qui remettent en cause l’unicité de Dieu et de Jésus. Ces thèses seront rejetées par l’Église universelle, d’où le symbole de Nicée toujours récité dans les églises. Pour ce faire, elle s’appuiera notamment sur les quatre Évangiles, les rendant de fait canoniques, bien que ce ne fût pas à l’ordre du concile.
En 363, le concile de Laodicée validera officiellement l’état canonique de ces vingt-sept livres, idem durant le concile de Rome en l’an 382 qui confirmera cette position. Les conciles s’appuieront sur la tradition de l’Église primitive, les premiers Pères de l’Église qui ont vécu avec les apôtres ou immédiatement après (Barnabé, Clément de Rome, Ignace, Polycarpe, Hermas, Potamon d’Héraclès, Paphnuce, Paul de Néocésarée…) et sur un travail d’exégèse dans l’analyse des différents textes.
Ainsi, les Évangiles et les Épîtres sont rédigés entre 50 et 90, adoptés et lus durant cette période et cités ensuite comme références dans les années 95-100. Les quatre Évangiles et les diverses Épîtres sont donc communément reconnus par les premiers chrétiens à la fin duIersiècle. Une partie de l’Église primitive entérinera cette position au milieu duIIesiècle12. Enfin, la situation sera définitivement figée dès le milieu duIVesiècle, période à laquelle les vingt-sept textes du Nouveau Testament seront reconnus comme étant définitivement canoniques, c’est-à-dire conformes aux canons (doctrine) de l’Église.
Nous constatons que même s’il y a eu débat, les textes retenus ne l’ont pas été par « arrangement » ou par idéologie, mais bien parce qu’il s’agissait de textes conservés naturellement par les premières communautés chrétiennes issues de contemporains du Christ, de ses apôtres, de témoins directs et indirects, intimement proches. Les analyses des théologiens duIVesiècle aboutissent à la même conclusion.
Ces textes ont-ils été recopiés ? Certainement. Il fallait pouvoir les diffuser et donc en conserver des copies. Des erreurs ou des rajouts ont-ils été commis sur ces copies ? Nous ne pouvons effectivement pas l’exclure. Mais il existait plusieurs sources de documents permettant néanmoins aux personnes en charge de cette analyse d’éliminer facilement les fautes ou les rajouts par comparaison. Nous pouvons ainsi considérer que les textes parvenus jusqu’à nous ont un niveau de fiabilité très haut, voire excellent. Ceci est également corroboré par le fait que les textes anciens retrouvés par les archéologues correspondent globalement assez bien à nos textes actuels. Il n’en demeure pas moins que les traductions qui ont suivi dans différentes langues vivantes ont généré des erreurs d’interprétation, parfois « malheureuses », mais c’est un autre sujet.
*
Parallèlement à ces textes, un autre corpus se revendique comme parlant de la vie de Jésus et ayant un message christique à délivrer. Il s’agit des écrits qualifiés d’apocryphes. Ces textes ont très probablement suscité des débats parmi les chrétiens jusqu’auIIeouIIIesiècle. Du moins pour une minorité d’entre eux existant alors, car comme nous venons de le voir, les écrits canoniques ont été fixés rapidement, et comme nous allons le voir la quasi-intégralité des textes apocryphes est tardive et fausse.
Sont identifiés à ce jour cinquante-trois textes qui relèvent de cette catégorie : vingt-deux Évangiles apocryphes (douze en latin et dix en grec), quinze Actes, dixÉpîtres et six Apocalypses (terme qui signifie « révélation » et non pas catastrophe comme on le pense parfois). Parmi les plus connus, citons le Protévangile de Jacques, l’Évangile du pseudo-Matthieu, l’Histoire de Joseph le charpentier, l’Évangile de Thomas, l’Évangile de Judas, l’Évangile de Marie Madeleine, l’Évangile de Barthélemy et l’Évangile des douze apôtres. Les noms qui leur sont affectés ne correspondent pas à leur auteur mais au sujet abordé ou comme pouvant correspondre à ce qu’aurait pu écrire la personnalité citée. Parmi cet ensemble, seuls deux ou trois sont potentiellement datés duIIesiècle. En 1945 lors de fouilles en Égypte, à Nag Hammadi, il a été trouvé un certain nombre de ces textes apocryphes. En langue copte, ces manuscrits ont été datés de manière unanime comme étant majoritairement duIVesiècle, et pour certains duVIIesiècle.
Pourquoi les plus anciens textes n’ont-ils donc pas été retenus ? Contiennent-ils des informations secrètes que l’Église ne veut pas diffuser ?
Brisons tout de suite un mythe : les textes apocryphes ne sont pas cachés dans les caves du Vatican. Ils sont facilement accessibles et peuvent être trouvés dans n’importe quelle librairie. Et vous en connaissez certains passages, relayés à travers les siècles par la tradition orale. Ainsi, la présence d’un âne et d’un bœuf lors de la naissance du Christ ne se trouve dans aucun des textes canoniques, mais dans un texte apocryphe, l’Évangile du Pseudo-Matthieu datanta prioriduVIesiècle et probablement inspiré d’une parole plus ancienne puisque nous disposons d’un fragment de bas-relief représentant la Nativité avec un bœuf et un âne, datant de la fin duIVesiècle. La tradition populaire a fait le reste !
Regardons plus précisément le contenu de certains de ces textes. Les lettres de Saint Paul, documents canoniques parmi les plus anciens, sont d’une très grande richesse car il s’agit de correspondances. Nous y distinguons aisément le profil de l’Église naissante et les dogmes enseignés par le Christ. Ces écrits très anciens, les plus proches dans le temps du personnage Jésus, permettent avec une bonne précision, de définir le comportement du Christ, ce qu’il a fait, ce qu’il a dit. Or, dans certains textes apocryphes, sont retrouvés des faits qui s’opposent à ces écrits. Ainsi, dans l’Évangile de Thomas, le passage suivant raconte : « Une autre fois, Jésus se promenait dans le village, quand un enfant, en courant, le heurta à l’épaule. Irrité, Jésus lui dit : Tu ne poursuivras pas ta route. À l’instant même l’enfant s’écroula mort. À cette vue, certains s’exclamèrent : D’où vient cet enfant, dont chaque parole devient immédiatement réalité13? » Tous les témoins du Christ, jusqu’aux autorités romaines s’accordent sur le fait que cet homme, ce dénommé Jésus, n’a jamais rien fait de mal. Si nous lisons l’ensemble des textes canoniques et apocryphes, la totalité des récits demeure pacifiste et prône un respect supérieur de la vie. Et là, Jésus enfant tue un autre enfant, qui plus est, par orgueil… Ce comportement est illogique et en désaccord total avec l’ensemble du corpus ; ceci ne peut être qu’une invention destinée à évoquer la puissance surnaturelle de Jésus, une invention pour frapper les esprits.
Ce même Évangile de Thomas comprend une mention relative à des « moines », or l’ordre monastique ne sera créé qu’auIVesiècle ; il n’y a pas de moines ni au premier ni auIIesiècle14. Cet évangile apocryphe est donc un spécimen typique de ce type d’ouvrage dans lequel se mêlent inventions, et erreurs.
Un des textes apocryphes, peut-être le mieux conservé, avec l’Évangile de Barthélemy, est celui dit des douze apôtres, datant duIIIesiècle. En nous appuyant sur une analyse scientifique des textes tels que relatés dans l’ouvrage, les apocryphes coptes15
