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L'envers du décor.
Sophie, la vingtaine, diplômée d’une école de commerce, décide du jour au lendemain de remplir son sac à dos et de larguer les amarres. Direction l’Australie, ce continent sauvage qui est, en ce moment, la destination la plus prisée par les jeunes occidentaux en quête d’aventure. Des paysages à couper le souffle, des expériences inattendues, des rencontres surprenantes, Sophie a parcouru les terres arides de cette « île gigantesque » pendant de longs mois. Mais il ne faut pas se fier aux photos de ces nouveaux aventuriers qui pullulent sur les réseaux sociaux, le voyage est aussi fait de longs moments de solitude, de douloureuses séparations et de situations déstabilisantes. Apprendre une nouvelle langue, découvrir une culture différente, connaître à certains moments l’inconfort, se perdre tout simplement, voici ce qui permet de casser la routine d’une vie bien rangée d’Européenne. C’est ce que Sophie recherchait. De roadtrip en petits boulots dans les fermes et dans les bars, Sophie raconte au jour le jour cette vie atypique, sans planning ni préparation, avec juste un sac sur le dos et la route qui défile devant elle, pour seul guide.
A travers ce témoignage, découvrez la réalité sans filtre de l'année en Australie de Sophie : de roadtrip en petits boulots, d'expériences inattendues en moments de solitude, de rencontres extraordinaires en séparations douloureuses.
EXTRAIT
Quelques jours plus tard, nous nous risquons à jouer les aventuriers sur des routes ensablées. Avant de nous enfoncer dans les dunes orangées, un écriteau nous suggère vivement de dégonfler nos pneus afin de pouvoir mieux adhérer au sol et ainsi éviter de s’embourber. Mais malgré ces recommandations bien claires, Guillaume semble n’en faire qu’à sa tête. En plus d’être trop fier, ce mec est idiot ! Une bêtise qui va nous valoir une belle frayeur. En effet, après dix kilomètres de route dans le sable où chaque seconde me fait penser que nous allons rester coincés vu sa façon de conduire comme un pilote, la voiture finit par s’arrêter d’elle-même… À croire qu’elle est plus intelligente que son propriétaire. Raison de la panne : le liquide de refroidissement s’est mis à bouillir. Je n’ai jamais vu ça, mais apparemment, au milieu du désert avec des pneus trop gonflés, ça peut arriver. Guillaume est étonné, pas moi. Les différentes personnes que nous croisons en 4x4 sur le chemin nous font tous la même réflexion « Vous avez voulu être plus malins que les Australiens, vous voilà dans le pétrin ! ». Ça nous fait une belle jambe… Je peste intérieurement contre lui, mais ne lui dis rien. J’essaie même de prendre les choses à la rigolade. La seule chose à faire est d’attendre que le liquide refroidisse avant de redémarrer. Notre but était de rejoindre une crique remplie de tortues et autres animaux sauvages : un endroit accessible aux bons conducteurs uniquement hélas. Maintenant que nous devons faire demi-tour, je n’ai qu’une envie : sauter dans un 4x4 qui va vers ce coin de paradis, quitter Guillaume et continuer seule ! Mais je n’ai pas le cran. Nous sommes dans le désert, et je ne sais pas sur qui je pourrais tomber.
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Seitenzahl: 273
Veröffentlichungsjahr: 2018
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© La Boîte à Pandore
Paris
http ://www.laboiteapandore.fr
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ISBN : 978-2-39009-299-5 – EAN : 9782390092995
Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.
Sophie Libion
une annéeen
australie
Préface
Au retour de mon voyage, ma Grand-Mamy qui avait suivi de près toutes mes aventures grâce à mon blog Internet, m’a encouragée à écrire mon récit de manière plus détaillée et plus structurée afin d’en faire un livre.
L’idée ne m’avait évidemment jamais traversé l’esprit et je ne me pensais pas être capable de fournir quelque chose d’appréciable. La lecture n’a jamais été ma tasse de thé, alors que penser de l’écriture !
Mais le voyage me manquait et l’envie de revivre mon périple a marqué le début de mon histoire. Les mots construisant des phrases, les idées apportant des chapitres, j’ai pris le temps de poser mon récit sur le papier.
Un plaisir que je n’imaginais pas prendre jusqu’ici.
Ce livre n’est pas un roman, ni une histoire inventée. C’est le récit d’un périple qui a pour but de faire rêver les aventuriers en herbe et de faire voyager les plus casaniers.
G’day !
Victoria, the place to be
Le vol se déroule sans encombre. Quelques turbulences viennent gonfler notre excitation. Tout quitter. Laisser notre petit monde derrière nous. Oublier notre confort habituel. La famille, les amis, tous sont désormais loin, très loin. Plus de vingt mille kilomètres nous séparent.
Partir à l’autre bout du globe m’a toujours donné envie. Plusieurs fois déjà, ce projet avait traversé mon esprit. Mais cela n’était alors qu’un rêve, une utopie. La pensée d’un changement de vie, d’une culture inconnue, de rencontres imprévues… me donnait des ailes. Souvent je me surprenais, l’esprit vagabond. Je m’inventais des histoires, m’imaginais en train de traverser un désert, de pénétrer la forêt amazonienne, ou encore d’embarquer sur un bateau pour un voyage vers l’inconnu ! Une infinité d’idées plus folles les unes que les autres. Aujourd’hui, alors que je crois encore rêver, c’est en Australie que j’atterris. Melbourne, nous sommes le 4 octobre.
« G’day mate ! Do you know Gumtree ? »
C’est ma voisine de siège qui s’adresse à moi. Je ne comprends pas immédiatement ce qu’elle me veut. Elle m’explique d’abord que « G’day mate» dit phonétiquement « Gedaï méte » signifie « Bonjour mon ami » en argot australien. Cela nous plonge directement dans le bain ! Mes premières conversations en anglais ne sont pas très riches. Vocabulaire simple et structures de phrase peu développées. En effet, malgré ma forte envie de voyager, je n’ai jamais été très forte en langues. Une aptitude que j’espère bien développer tout au long de cette expérience.
Apparemment, Gumtree est un site internet sur lequel on peut trouver de tout. Un cousin du géant de la vente en ligne Ebay. Avec la différence ici qu’il est possible d’y trouver des compagnons de voyage. En réalisant quelques recherches par région, nous pourrons rejoindre d’autres voyageurs pour parcourir l’Australie. La nouvelle nous plonge une fois de plus dans notre rêverie.
Il est déjà tard lorsque nous récupérons nos bagages. Dehors, il fait noir et nous imaginons qu’une fois sortis, la chaleur australienne envahira nos corps pour la durée du voyage ! Nous avons quitté le pays à la sortie de l’hiver et sans surprise, il y faisait froid, gris et pluvieux. Nous ne voulons plus voir une goutte, uniquement du soleil ! Aux sorties des longues allées de transit international, nous devons répondre à des questions d’ordre général afin que le gouvernement sache qui entre sur le territoire et pour quelles raisons. Une femme en uniforme avec un air très sérieux me demande alors ce que je transporte, quels sont mes projets, combien de temps je compte rester, qui vais-je rejoindre, etc. Mes réponses sont un peu vagues, mais après quelques minutes, elle finit par me donner accès au territoire australien. Yes !
Autour de nous, les gens se pressent pour retrouver leurs proches. Des parents attendent leurs enfants à bras ouverts. Des amis se retrouvent après des mois, des années de séparation. Embrassades, cris de joie, l’émotion est palpable. Et nous voilà au milieu de toutes ces personnes qui nous sont étrangères, dans un endroit complètement inconnu, de l’autre côté de la planète. Un sac à dos chacun, c’est tout ce que nous transportons et personne ne vient nous accueillir ou nous sauter dans les bras… Sentiment étrange d’une solitude nouvelle.
Première mission : nous rendre à la Melbourne Cross Station, gare où nous devons retrouver Oliver, notre premier hôte. Nous avons déniché cet Australien via Couch Surfing, un autre site internet révolutionnaire qui permet de rencontrer des locaux et de dormir une nuit ou deux sur leur canapé. Un profil personnel, des récits de vie et de voyage, un partage de passions et le tour est joué. Après plusieurs demandes dans Melbourne, c’est Oliver qui accepte de nous héberger dans son petit appartement du centre-ville. La démarche est gratuite. L’objectif étant l’échange culturel, nous pourrons à notre retour rendre à nos hôtes la pareille en les hébergeant dans notre campagne.
Le bus local nous emmène dans le centre de Melbourne où nous rencontrons Oliver. Il a de longs cheveux bruns bouclés et des petites lunettes carrées. Ce qui lui donne un air très sérieux, du genre geek. Il est venu en voiture pour nous emmener chez lui, accompagné de son colocataire. Nous apprenons donc qu’ils sont deux à habiter dans un petit duplex au 18e étage d’un immense building situé sur une des artères principales de la ville. La vue du balcon nous donne un avant-goût de l’atmosphère qui règne à Melbourne : les buildings sont éclairés à chaque étage, même ceux qui ne sont occupés que par des bureaux sont étincelants. On dirait que c’est Noël avant l’heure. Contre toute attente et malgré ses cinq millions d’habitants, Melbourne est une ville plutôt paisible au trafic tranquille.
L’accueil de nos deux nouveaux amis est très chaleureux et calme. Nous sommes exténués de nos longues heures de vol et surtout de nos premières conversations en anglais. Il est donc grand temps de nous poser, de reprendre nos esprits, de discuter de nos projets de route avec Jonathan. Lui et moi ne nous connaissons pas plus que ça, c’est un ami d’un ami. Et sachant que je me rendais également en Australie, il a proposé que nous fassions le voyage en duo. Idée qui m’a tout de suite emballée. Nous sommes donc deux pour commencer cette aventure. À 21 ans, je viens de terminer mon baccalauréat en marketing et lui, 23 ans, ses études d’économie à l’université. Nous sommes bercés par le monde estudiantin depuis quelques années et voulons maintenant découvrir autre chose qu’une vie bien rangée, un confort permanent et des parents derrière nous à chaque étape.
Le lendemain, nous nous réveillons sur deux canapés australiens. Il nous faut quelques secondes pour réaliser l’endroit, le pays, le continent sur lequel nous nous sommes endormis la veille. De jour, la vue que nous offre le balcon de chez Oliver est toujours aussi impressionnante. Une scène typiquement urbaine d’un vrai film américain. La ville a pris vie pendant notre sommeil tardif. Le décalage horaire ayant déjà grignoté quelques heures de notre précieux temps, nous nous empressons de nous habiller pour aller saluer le soleil australien qui déjà éclaire les rues de Melbourne. Pas un nuage dans le ciel. C’est le début du printemps. Nos premiers pas dans la ville nous dévoilent son architecture toute particulière, de vieilles bâtisses datant de l’époque du fameux « Gold rush », cette ruée vers l’or australienne datant des années 1860. Beaucoup d’argent a d’ailleurs été investi dans la construction de grands bâtiments industriels. Ce sont donc vieilles façades et nouveaux buildings très design qui se mêlent le long des rues de Melbourne. Pierres jaunes et hautes tours de verre se côtoient comme si elles avaient toujours vécu ensemble. Cet anachronisme est intrigant, mais tout à fait homogène.
Et puis nous découvrons le côté très artistique de Melbourne, surtout au centre-ville. Des abeilles géantes grimpent sur les buildings. Nous apercevons des vaches dans les arbres. Les architectes ont également réalisé des effets d’optique sur certaines façades. Des fenêtres et des revêtements de couleurs différentes nous donnent l’impression que les façades ne sont pas droites, forment des vagues ou que les bâtiments sont penchés. Cela donne un côté festif et vivant au cœur de la ville! Les habitants de ce pays doivent être bien tordus pour penser à construire des œuvres pareilles. De fait, ils arrivent à nous surprendre à chaque coin de rue grâce à leur art unique.
Tordus et tout aussi ouverts. Ici, les gens ne demandent qu’à donner un coup de main. Nous ne pouvons pas jeter un œil à notre guide touristique sans que quelqu’un nous aborde et nous propose de nous aider, de nous montrer où nous sommes sur la carte et de nous indiquer le bon chemin. Les gens sont souriants et très chaleureux.
La vie australienne a plutôt l’air de se dérouler comme chez nous. Nous ne devrions pas nous sentir perdus, mis à part certaines constatations: ici tout le monde roule à gauche et il nous est impossible de trouver de l’alcool dans les supermarchés !
Nous nous mettons également en quête d’objets utiles pour la suite de nos aventures comme une carte de téléphone, un plan de la région et quelques vivres non périssables. On ne sait jamais!
Couchsurfing
Another way to travel
Àpeine arrivés, l’envie de voir l’océan nous envahit ! Le bleu azuré de l’eau mêlé au blanc du sable… Un tableau plutôt cliché, mais tellement paradisiaque.
Pour ce faire, nous retrouvons Wasi, originaire du Bangladesh ainsi que Heather, une Américaine, que nous avons rencontrés sur internet dans le but de prendre part à une petite escapade nature.
Nous parcourons 100 kilomètres vers l’Est dans la voiture de Wasi et après quatre heures nous quittons la ville. Je suis heureuse de voir les buildings s’éloigner. Countryside, nous voilà ! Nous apprenons que bien souvent, les Australiens n’hésitent pas à faire des centaines de kilomètres pour se rendre à une simple soirée alors que les Européens ne s’engageront dans de longues distances que si cela en vaut la peine comme pour aller passer quelques semaines en vacances. Nous nous imaginons donc parcourir Namur-Ostende pour y passer la soirée. Les Aussies, comme on les appelle ici, ne semblent pas avoir froid aux yeux! Il faut dire que leur pays est immense et qu’il est donc fort probable que leurs amis ou la famille habitent à des centaines voire des milliers de kilomètres de chez eux.
La Golden Beach est la première plage à nous accueillir. Nous passons le weekend à faire de longues balades sur le sable. Le soir venu, alors que la pluie nous perce jusqu’à l’os, je prends en charge la mission feu de camp. Eh oui, malheureusement nous avons apporté un peu de pluie du pays! Mais ça devrait passer, nous croisons les doigts. Nous nous installons donc autour des belles flammes et jouons de la guitare. C’est la première fois que je me lâche réellement et que je commence à converser un peu en anglais.
Jonathan et moi nous éclipsons pour une sortie nocturne sur la plage. À quelques mètres de nous, l’océan se déchaine. Nous courons à en perdre haleine. Le vent nous fouette le visage. Au fond de nous, satisfaction, plaisir et excitation. Autant de sentiments très forts qui nous rendent un peu hystériques. Nos cris de joie et les sourires sur nos visages reflètent bien cet état extrêmement agréable. Nous sommes libres de nos choix, libres de faire ce qui nous chante. Le monde est à nous !
Lors de notre course folle, nous rencontrons une dizaine de pêcheurs. Leur présence sur le sable vers une heure du matin nous intrigue. Avec leurs airs de vieux loups de mer, ils nous expliquent que la pêche aux requins est bien plus productive la nuit que le jour. Pas besoin de bateau. Ils pêchent depuis la plage. Les appâts fluorescents qu’ils placent au bout de leurs lignes attirent ces prédateurs tant appréciés dans l’assiette.
S’il est bien un repas incontournable lorsqu’on voyage en Australie et plus précisément lors d’un passage près de l’océan, c’est le Fish & Chips. Le lendemain, nous nous arrêtons dans une petite baraque le long de l’eau pour y goûter. Ici le poisson a du goût, du vrai. Il est tout frais pêché et nous est servi avec quelques pommes frites.
Sur la route du retour, Wasi nous dépose à la gare de Chelsea où nous attend notre prochain hôte.
Nous sommes toujours dans la périphérie de Melbourne. Chelsea est un petit village le long de l’océan, dans la Philip’s Bay. Elliott nous accueille dans sa maison qui ne paie pas de mine. Un toit qui menace de s’écrouler, des murs dont la peinture s’effrite, des portes qui ne ferment qu’à moitié. L’endroit est cependant chaleureux et très accueillant. Nous nous installons dans leur salon. Les vieux fauteuils dans lesquels nous nous posons et l’ambiance musicale qui y règne nous mettent tout de suite bien à l’aise. Des photos de voyage décorent la plupart des murs. Au-dessus de la cheminée, une grande carte de l’Australie dans un cadre attire mon attention. Des notes sont griffonnées tout autour de l’île, comme si quelqu’un avait commenté son voyage. Cela me donne des idées…
Elliott n’est pas plus grand que moi. Sa grosse barbe négligée et son style général me font beaucoup penser au musicien australien Xavier Rudd dont j’apprécie énormément la musique. Cette ressemblance lui donne tout de suite un air cool et sympathique.
Il partage sa maison avec sa copine et son frère Simon. Nous apprenons plus tard que Simon est à l’origine de cette carte remplie d’annotations. Pendant quatre années, il a traversé l’Australie d’est en ouest et de haut en bas. Il en a fait tout le tour, découvert tous ses coins de paradis, ses plages de sable blanc, ses montagnes rouges et j’en passe. Son récit nous met l’eau à la bouche, il nous fait tout simplement planer… Simon nous donne quelques bons plans. Il écrit ses conseils sur notre carte. Cette fois-ci ça y est, le voyage a vraiment commencé ! Il nous recommande de passer du temps sur la côte ouest, le flanc sauvage de l’île
En effet, seulement 5% de la population australienne vit sur la côte ouest, car les terres y sont très arides et il est difficile d’y cultiver quoi que ce soit. Seuls les animaux sauvages y trouvent leur bonheur vu le manque d’activité humaine. Les vingt-deux millions d’habitants que compte l’Australie se concentrent donc principalement sur la côte Est. Beaucoup plus développée, elle est devenue très touristique. La plupart des gens ne parcourent d’ailleurs que cette côte remplie de plages aménagées, d’auberges et d’hôtels, d’activités touristiques, etc. Selon Simon, la vie de voyageur y est plus simple, car plus accessible. Sidney, Brisbane, la Grande Barrière de corail, les fameuses plages de surf: tout ce dont tout le monde parle s’y trouve.
Ces précieux conseils nous permettent de nous faire une idée du parcours que nous aimerions faire. Pourtant, nous n’avons pas encore décidé du trajet. Nous avons opté pour la grande liberté, suivre les opportunités qui viennent à nous et surtout être le plus possible en contact avec des Australiens. Alors l’Est ou l’Ouest, cela nous est un peu égal.
Le soir tombé, un verre de vin à la main, nous profitons de la chaleur que dégage un brasero installé au milieu du jardin. Nous passons énormément de temps à parler de nos différences culturelles. Elliott et ses amis sont très curieux de connaitre comment nous vivons en Europe et ils nous demandent quels changements nous devons adopter. Alors que nous sommes à l’autre bout du monde, c’est ce genre de conversation qui nous rapproche de notre pays, de notre culture. Puisque nous vivons tous les jours dans le même univers avec le même entourage, nous ne nous rendons pas compte de la richesse de la culture européenne. Alors ici, nous leur expliquons que la Belgique est un tout petit pays et que pourtant sa population est seulement deux fois inférieure à celle de la grande Australie. Que nous sommes fiers de notre belle architecture et des magnifiques bâtiments qui ont vu le jour au cours de notre longue histoire ! Un point économie est également abordé ; quelle est la position de l’Europe, comment fonctionnons-nous, avons-nous assez de travail ou de travailleurs, etc. On s’aperçoit directement que l’Australie est bien plus à l’aise que nous a ce sujet. Son économie tourne bien et ils manquent même de travailleurs. Les Aussies ne sont en général pas carriéristes, changent beaucoup de boulot par choix personnel et cela est normal, bien vu et surtout enrichissant ! Tant de différences qui font de cette soirée un moment d’échanges très intéressant.
Quelques jours plus tard, alors que nous sommes toujours chez Elliott, je reçois un email de ma maman. L’air solennel que je perçois dans le début de son message ne me dit rien qui vaille. Je sens tout de suite que quelque chose ne va pas. Comme elle n’est pas en toute grande forme pour le moment, mon imagination fonctionne très vite et je m’invente un tas de trucs horribles. Mais le message ne me concerne pas, il est adressé à Jonathan. En quelques lignes, elle m’explique qu’un de ses amis a perdu la vie dans un accident de voiture lors d’une soirée bien arrosée. Il était conducteur, avait trop bu et un moment d’inattention lui a été fatal. Mon cœur s’alourdit en quelques secondes. Je vais devoir lui annoncer la mauvaise nouvelle. Comment ? Puis, je me mets à penser à mes propres amis. Vont-ils bien ? Sont-ils tous en pleine forme ? Pas d’excès d’alcool ? Pas d’accident ? J’ai les mains qui tremblent et les larmes aux yeux. Près de moi, Jonathan dort encore, tout paisiblement. Nous sommes installés dans une petite pièce qui devait servir de débarras et où Elliott nous a aménagé une chambre toute tranquille, une fleur jaune dans un verre d’eau pour nous accueillir. J’aimerais tellement pouvoir le laisser dans l’ignorance, qu’il continue à profiter de son voyage. Cette nouvelle pourrait changer beaucoup de choses. Ayant déjà perdu un ami très proche il y a quelques années, je sais exactement ce qu’il va ressentir et mes amis avaient été le meilleur des remèdes. Mais le scénario n’est pas le même, il est loin de toute cette réalité, loin de ses amis ! Va-t-il s’en apercevoir? Je ne pense pas… Il va sans doute être très perdu, et j’espère de tout cœur que je pourrai l’aider.
Je le réveille doucement. Son regard est étonné, comme s’il se demandait pourquoi je le réveille alors que nous n’avons rien de prévu aujourd’hui. Mais sa surprise ne s’arrête pas là, je le serre dans mes bras. Il voit immédiatement que j’ai les larmes aux yeux. Alors, la voix toute tremblante, je lui explique ce qui s’est passé. Il reste très calme, ne dit pas un mot, me demande simplement pourquoi. Je ne peux lui répondre. Il m’explique que c’est la dernière personne à qui il a dit au revoir avant de s’envoler, il lui avait dit au revoir et non adieu…
Les jours suivants sont moroses, et dehors il fait sombre et pluvieux. Cela ne donne pas du tout envie d’aller se balader alors nous passons du temps à l’intérieur. Heureusement, Elliott est tout à fait compréhensif et nous accueille quelques nuits de plus, le temps pour Jonathan de remettre ses idées en place.
Il ne parle pas et pleure beaucoup. Hélas, je ne le connais pas bien, je me sens impuissante: je déteste ce sentiment. Elliott nous prête son ordinateur pour que Jo puisse parler en ligne avec ses amis. L’échange de sentiments est ce qu’il y a de plus important dans des moments pareils. Il a besoin de parler à des gens qui connaissaient aussi son ami. Je les laisse entre eux, par respect et me fait toute petite.
The Great Ocean Road
Only nature
Le moral de Jo n’est pas au top, mais nous décidons tout de même de reprendre la route. Nous quittons Chelsea et ses étudiants pour nous rendre chez Melissa, à Torquay. Nous avons rencontré cette charmante dame dans l’avion, lors du vol Singapour-Melbourne. Après quelques échanges, elle nous a proposé de passer chez elle si l’occasion se présentait.
Et nous voilà dans le train direction la côte. Celui-ci nous emmène jusqu’à la gare de Geelong, en périphérie de Melbourne. Sortis de la gare, nous arrivons dans une petite ville. Il nous faut un peu de temps pour nous habituer à marcher sur le bon côté de la route et à regarder en premier lieu à droite avant de traverser. Les habitudes ont la vie dure ! Des ouvriers nous indiquent le chemin à prendre pour rejoindre les grands axes. Nous aurons certainement davantage de chance de nous faire prendre en stop sur ces routes au trafic important. Nos premières expériences du lever du pouce nous amusent beaucoup. Le visage de Jo est plus détendu. Les sourires reviennent. Nous tentons plusieurs places stratégiques et c’est finalement au feu rouge qu’une première voiture nous embarque. Le conducteur est en fait un ancien auto-stoppeur: il connait ça, lui, la vie de piéton et est donc tout à fait charmant avec nous. Nous échangeons deux trois mots et tout de suite il nous propose de nous emmener jusqu’à bon port. Avec une gentillesse incroyable, il nous fait alors découvrir la ville de Geelong, ses points d’intérêt et les endroits à ne pas manquer. Il nous parle également du célèbre championnat mondial de surf qui se passe chaque année sur les plages de Geelong. Nous ne pouvions pas tomber mieux !
En début de soirée, nous retrouvons Melissa, notre adorable hôte et son petit monstre de 4 ans, Nash. En quelques minutes, le petit garçon est devenu notre pote. Il nous saute dans les bras, nous parle de plein de choses, mais il faut l’avouer, nous n’en comprenons pas la moitié. Il s’exprime vite et est loin de s’imaginer que ce n’est pas notre langue maternelle. En revanche, arrivés chez eux, nous rencontrons également son grand frère Jude dont la diction est bien plus claire et facilement compréhensible.
Melissa est une femme d’affaires très occupée qui prend le temps de nous accueillir chez elle, ce que nous trouvons formidable. Pour la soulager, nous nous occupons des enfants. Jo joue avec Jude pendant que je lis un livre de Monsieur & Madame à Nash : Mr Daydream. Le petit fait des efforts, ralentit son débit de paroles et me corrige lorsque je fais des erreurs de prononciation. Il est adorable…
Ce soir, nous avons droit à un vrai repas de famille. Après quoi, Jo et moi nous retrouvons tous les deux pour organiser la suite du voyage. Notre programme prévoit une arrivée à Adelaïde dans une petite semaine. Nous prenons la direction de l’Ouest, car il se fait que quelqu’un nous a répondu pour du Woofing. En quelques mots, le Woofing est un organisme qui gère la présence de voyageurs dans près d’un millier de fermes en Australie. Dans un livre que nous avons acheté une cinquantaine de dollars sont regroupés adresses et contacts de ces fermes dites biologiques ou à développement humain. Il nous suffit de prendre contact avec une des fermes dont le descriptif nous plait et de nous y rendre pour y travailler. Les quelques heures que nous devons fournir à ces gens sont entièrement bénévoles. En contrepartie, nos hôtes nous hébergent, nous nourrissent et nous font partager leur quotidien. L’occasion pour nous de découvrir la réalité du terrain. La vraie vie australienne !
Une nuit, chez Melissa et nous quittons déjà cette petite famille à laquelle nous nous sommes attachés. Il est tôt et nous profitons de la journée pour faire du stop sur la Great Ocean Road. Cet itinéraire fait partie des choses à voir absolument lors d’un passage dans le sud du pays pour sa faune diversifiée, sa flore particulièrement abondante et ses petites routes agréables longeant la côte.
À notre plus grand enchantement, le stop fonctionne à merveille. Les voitures se succèdent et les paysages que nous découvrons sont de plus en plus beaux ! Après une cinquantaine de kilomètres, nous nous arrêtons sur la plage d’Apollo Bay pour une petite sieste. Les paysages qui nous entourent sont très vastes, et, les montagnes n’étant pas très hautes, de grandes collines couvertes de verdure nous offrent un décor magique. Cela nous fait penser à des rizières. Le ciel est bleu, partiellement tacheté de nuages gris. Le vent est assez froid, mais il est loin de nous arrêter.
Quelques heures plus tard, le soleil vient nous chatouiller le visage et il fait chaud sous nos lourds sacs à dos. Nous venons de marcher cinq kilomètres le long de l’océan lorsque des panneaux triangulaires jaunes et noirs nous indiquent que nous pénétrons dans une zone où la faune et la flore sont extrêmement protégées et où nous risquons d’ailleurs de croiser certains animaux sauvages. Nous continuons notre route dans l’espoir de tomber sur l’un ou l’autre spécimen lorsque tout à coup, une voiture d’un bleu électrique, tunée et rabaissée, arrive en trombe et s’arrête devant nous.
Jo et moi sommes tout étonnés par le véhicule. Jusqu’ici, la plupart de nos chauffeurs sont des personnes de la cinquantaine: serait-ce ici un jeune sympathique qui nous propose de monter avec lui ? Eh bien non. À notre plus grande surprise, c’est un vieux monsieur qui conduit ! Papy bolide, comme nous le baptisons, est à la page malgré ses 70 ans. Il est tout grisonnant et n’entend plus grand-chose. De ce fait, il crie quand il parle et ne nous comprend qu’à moitié. Mais c’est à cause de son appareil auditif nous dit-il, pas de notre horrible accent francophone!
Papy passe les vitesses l’une après l’autre à la façon d’un pilote de rallye. De nouveau, la sympathie immédiate de notre chauffeur nous impressionne: il ne se contente pas de faire les 200 kilomètres de route avec nous, mais bien de nous faire découvrir les forêts de pluie qui bordent la Great Ocean Road. Les endroits qu’il nous fait visiter sont magnifiques et nous nous arrêtons même quelques instants pour nous balader dans une de ces forêts. Des arbres et de la verdure à perte de vue, des fougères de toutes les tailles et des arbustes de toutes les formes jonchent le petit sentier que nous empruntons. Le calme règne et l’ambiance très humide agrémentée d’un agréable parfum d’eucalyptus nous détend peu à peu. Limaces, salamandres, tortues, araignées, serpents: ces petits habitants grouillent et donnent une vie très particulière à ce paradis terrestre. La végétation y est restée intacte, car ces forêts sont protégées par le gouvernement. Pas d’abattage ni de braconnage. Voilà que notre expédition prend un air sauvage. Il y a fait une dizaine de degrés à peine alors qu’à l’extérieur de ces forêts le thermomètre nous indique dix degrés de plus.
Pour notre plus grande satisfaction, Papy bolide continue sa visite guidée en nous conduisant jusqu’à des points de vue imprenables. En quittant les forêts humides, le paysage change du tout au tout. La route longe le dessus des falaises, comme si la terre se jetait dans l’océan, nous donnant droit à une vue splendide. Au loin, de grands blocs de roche orangée qui se sont décrochés de la falaise se retrouvent seuls au milieu de l’océan, à quelques dizaines de mètres à peine de nous. Cela ressemble fortement à d’immenses dolmens. Si ces rochers sont là aujourd’hui c’est parce que le sel de la mer les a rongés depuis des centaines d’années et a fini par les faire tomber. C’est un spectacle d’autant plus magnifique qu’il est éphémère.
La Great Ocean Road rase désormais de larges pâturages, un décor une fois de plus complètement différent. Des moutons et des vaches se pavanent dans leurs prés. Tout est très calme: ça et là, de petites rivières coulent entre les collines et, de temps à autre, lorsque la dénivellation est plus importante, une cascade se forme pour nous donner l’envie de nous y arrêter un instant. Malheureusement, le plaisir reste pour nos yeux. Notre pilote a beau prendre le temps de nous faire visiter, la route est longue et il aimerait être rentré avant la nuit.
Car ici, le soleil se couche relativement tôt. Vers 17 h 30, nos ombres sont déjà loin devant nous. Il ne faut donc pas tarder. Nous profiterons des cascades plus tard…
Les derniers kilomètres sont difficiles. Nous avons du mal à tenir éveillés. Il faut avouer que le fait de parler en anglais, penser en anglais, manger en anglais finit par nous faire rêver en anglais ! Nous fermons tous les deux les yeux pendant quelques minutes (du moins c’est ce qu’il nous semble) et nous voilà arrivés à Warrnambool. Papy bolide nous dépose à l’info tourisme avant de s’en aller. Nous jetons un œil aux différentes possibilités de logement, ce qui nous fait d’ailleurs songer à acheter une tente pour la suite du voyage afin de pouvoir dormir dehors et ainsi éviter les auberges. Mais la pluie n’aidant pas, nous oublions pour ce soir l’idée de la tente et optons pour une nuit en auberge, à quelques kilomètres. Nous commençons à pied lorsqu’un pickup s’arrête et que le conducteur nous propose de monter: il habite justement à côté de l’auberge !
À l’accueil, on nous demande vingt-cinq dollars pour une nuit dans un lit au chaud, un petit déjeuner, du thé et café et un endroit communautaire sympa. Après une bonne douche bien méritée, nous nous installons dans la salle commune. Jo est plongé dans son carnet de voyage, il a besoin de mettre noir sur blanc ses sombres pensées du moment : je ne l’en empêche pas et le laisse seul. De mon côté, je fais quelques rencontres intéressantes.
D’abord, un Hollandais qui fait un tour organisé: ne voyant pas très bien ce que c’est, il m’explique alors sa façon de voyager. Il est en Australie pour trois mois et participe uniquement à des tours via des agences. Cette façon de voyager est très coûteuse, environ mille dollars le tour d’une semaine. Mais à côté du prix exorbitant, il a l’occasion de voir un maximum de choses en un minimum de temps. Tout cela, évidemment, en groupe de touristes. Sa vision du voyage me donne mal au cœur: c’est tellement différent de ce que j’imagine être mon expérience! Ce Hollandais passe son temps avec d’autres Hollandais et n’apprend rien de la culture australienne. Bon, d’accord, ses photos sont incroyables, car ces tours l’ont emmené dans des endroits quasi inaccessibles. Mais quel est l’intérêt à part celui de dire au monde entier « j’y étais » ?! Dans tous les cas, cette rencontre me permet de me faire une très bonne idée sur ce que je ne veux pas que devienne mon voyage.
Ensuite, j’ai l’occasion de rencontrer un couple. Nous échangeons quelques mots en anglais avant que je ne me rende compte qu’il s’agit d’une Française mariée depuis des années à un Australien. Ils voyagent d’auberge en auberge autour du pays, sont adorables et très amoureux. Ils partagent une complicité vraiment géniale qui leur permet de vivre leur voyage de manière très forte. Alors que les histoires tout organisées du Hollandais m’avaient un peu refroidie, cette nouvelle rencontre me fait pétiller les yeux ! Voyager sans plan ni date limite, voilà ce vers quoi j’aimerais plutôt me diriger.
La nuit tombée, le couple et moi sortons profiter du spectacle que le changement de marée nous réserve. À côté de l’auberge se trouve une île sur laquelle vivent des pingouins. Mais ce n’est pas tout, de gros chiens blancs vivent également sur cette île. Ces derniers ont été dressés afin de protéger les pingouins contre les attaques répétées des renards, car ces intrusions agressives menaçaient la présence de ces curieux animaux de la banquise à cet endroit. Le soleil se couche entre les vagues et je rejoins Jo qui s’est endormi sur son livre, exténué.
Le lendemain, nous quittons l’auberge et la petite ville de Warrnambool. Quelques cartons nous permettent d’assurer le stop. D’après les conseils d’un voyageur rencontré la veille, il est plus intéressant de faire un détour par les Grampians et donc de quitter la côte, car les forêts sont, paraît-il, magnifiques et les vues de là-haut imprenables. Pas besoin d’y réfléchir à deux fois, nous sommes là pour voir du grandiose ! Cela nous amène donc à prendre la route vers le Nord, direction les montagnes des Grampians.
Nous n’atten
