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Les catholiques sont à un tournant de leur histoire. D’un côté, des scandales de crimes pédophiles à répétition. De l’autre, des églises qui se vident. Pour inciter l’Église catholique à sortir de son impuissance et aider les croyants à dépasser la tristesse et la colère, un journaliste et une universitaire catholiques publient ce livre en forme d’appel. Leur souhait : que l’Église soit moins dogmatique et plus incarnée, moins sacrificielle et plus joyeuse, moins hiérarchique et plus égalitaire. Ils font des propositions concrètes : faire du célibat un choix personnel et non plus une obligation ; permettre aux femmes de devenir diacres ou prêtres ; confier plus de responsabilités aux laïcs ; accorder une large place aux questions affectives et aux sciences humaines dans la formation des prêtres ; faire des églises des lieux d’accueil pour les démunis ; lever le tabou de l’homosexualité dans l’Église ; accompagner les divorcés-remariés, etc. Pour eux, "une autre Église est possible !"
À PROPOS DES AUTEURS
Laurent Grzybowski, 58 ans, est journaliste à l’hebdomadaire La Vie et auteur, compositeur, interprète de chants religieux et liturgiques. Il est co-auteur de Une Église pour le XXIe siècle (DDB, 2001).
Anne Guillard, 28 ans, est doctorante en philosophie politique à Sciences Po Paris et en théologie à l’université de Genève. Elle est co-auteure de Plaidoyer pour un nouvel engagement chrétien (L’Atelier, 2017).
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Seitenzahl: 121
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Saisissons-nous assez que, voici deux mille ans,
le Christ est venu sur la terre,
non pas pour créer une nouvelle religion,
mais pour offrir une communion en Dieu
à tout être humain ?
Frère Roger de Taizé
Vous les chrétiens, vous avez entre les mains
un livre qui contient suffisamment de dynamite
pour réduire en miettes toute la civilisation,
renverser le monde,
faire de ce monde dévasté par la guerre
un monde en paix.
Gandhi (cité par le pape François)
Introduction
Mieux vaut allumer une lampe que maudire l’obscurité
À la suite des affaires et des procès pour crimes qui, depuis des années, ruinent la crédibilité de l’Église, blessent les croyants et sapent le moral des catholiques, il ne sert à rien de se lamenter. Il faut agir. Cette crise sans précédent nous concerne tous. Les viols, les agressions sexuelles et les autres abus de faiblesse commis ces dernières décennies par des membres du clergé – et le nombre de personnes qui en sont victimes – nous sidèrent, au sens propre du terme, c’est-à-dire qu’ils nous laissent sans voix. Et pourtant, il nous faut parler. Parler pour nommer le mal, pour mettre des mots sur le réel, pour défendre les victimes et pour dépasser les faux-semblants et les silences hypocrites qui ont permis ces dérives.
Tous coupables ? Certainement pas. Tous responsables ? Peut-être, au moins en partie. Ces scandales à répétition nous rappellent qu’il est urgent de réformer l’institution et son fonctionnement. En effet, ce ne sont pas seulement des personnes qu’il faut blâmer – laïcs, religieux, prêtres ou cardinaux. Il serait trop aisé de se contenter de désigner quelques « brebis galeuses ». Ce qui est en cause, c’est un système. Une organisation cléricale – régulièrement dénoncée par le pape François – qui repose sur un pouvoir hiérarchique exclusivement masculin, sur une certaine forme d’omerta, sur la peur du scandale, sur les protections entre clercs ainsi que sur une culture de l’hypocrisie et de l’impunité. Avec toutes les complicités dans le mensonge qui y sont assorties. Ces évènements dramatiques et leur médiatisation ne peuvent être considérés comme une campagne de dénigrement de l’Église – ce que certains de ses avocats zélés prétendent. Et les catholiques auraient tort de jouer les victimes. Nous devons affronter la vérité en face.
Dans sa Lettre au peuple de Dieu du 20 août 2018, le pape François développe avec une grande clarté et une grande précision son point de vue sur les causes du mal qui ronge l’institution :
« Nous avons tardé dans l’application des mesures et des sanctions si nécessaires, mais j’ai la conviction qu’elles aideront à garantir une plus grande culture de la protection pour le présent et l’avenir », affirme le pape. « Conjointement à ces efforts, il est nécessaire que chaque baptisé se sente engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin. Une telle transformation nécessite une conversion personnelle et communautaire, et nous pousse à regarder dans la même direction que celle indiquée par le Seigneur. Il est impossible d’imaginer une conversion de l’agir ecclésial sans la participation active de toutes les composantes du peuple de Dieu. Plus encore, chaque fois que nous avons tenté de supplanter, de faire taire, d’ignorer, de réduire le peuple de Dieu à de petites élites, nous avons construit des communautés, des projets, des choix théologiques, des spiritualités et des structures sans racine, sans mémoire, sans visage, sans corps et, en définitive, sans vie. Cela se manifeste clairement dans une manière déviante de concevoir l’autorité dans l’Église – si commune dans nombre de communautés dans lesquelles se sont vérifiés des abus sexuels, des abus de pouvoir et de conscience – comme l’est le cléricalisme, cette attitude qui annule non seulement la personnalité des chrétiens, mais tend également à diminuer et à sous-évaluer la grâce baptismale que l’Esprit-Saint a placée dans le cœur de notre peuple. Le cléricalisme, favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs, engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup des maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme. »
Ainsi, pour les personnes qui ont souffert d’abus d’autorité, nous attendons de notre Église l’expression publique d’une demande de pardon, forte et réitérée, envers les victimes directes ou indirectes. Et nous, catholiques, devrions aussi demander pardon pour avoir aggravé et prolongé ces souffrances par leur négation ou leur dissimulation. Car ce sont tous les fidèles qui portent ensemble, avec la hiérarchie ecclésiale, la responsabilité de cette souffrance, que ce soit par omission volontaire ou non. Ne tombons pas dans une sorte de lassitude qui nous conduirait à ne plus être heurtés par ces affaires. Par cette repentance et par les réformes qui seront engagées, soyons plutôt les signes de l’Évangile à l’œuvre dans l’Église. Au-delà des nombreuses victimes, ces drames sont les révélateurs de multiples dysfonctionnements. Ils nous invitent à une profonde remise en cause.
Le mal identifié par le pape François est clair, c’est le cléricalisme. L’institution, à la fois juge et partie, ne peut le combattre seul. D’autant que le système clérical apparaît difficilement réformable. C’est un système qui doit être déconstruit si l’on veut promouvoir une autre manière de faire Église. Qu’il s’agisse de l’égalité entre les femmes et les hommes, qu’il s’agisse de la figure du prêtre (placé depuis bien trop longtemps sur un piédestal), qu’il s’agisse du sacerdoce de tous les laïcs, le changement doit être global. Il passe notamment par une refondation complète de l’exercice du pouvoir dans l’institution. Il est temps d’agir, ensemble ! L’histoire de l’Église, comme l’histoire de toutes les sociétés humaines, nous montre que les organisations ne changent vraiment que sous la contrainte. C’est donc le moment !
Pour mener la grande barque ecclésiale dans le bon sens, nous croyons qu’il nous faut collaborer, prêtres, religieux et laïcs, ensemble et solidairement. N’entrons pas dans une lutte des castes et encore moins dans un conflit entre générations. Un certain nombre de jeunes prêtres aujourd’hui, ou d’évêques, ont tendance à accuser les plus anciens de n’avoir pas su « transmettre » ou d’avoir mis leurs convictions dans leur poche. Cette accusation est non seulement injuste, mais stérile. Ouvrir une guerre des générations ne fera pas avancer les choses. Il est urgent d’agir ensemble pour faire tomber les tabous qui entravent l’élan de l’Église et mettent en péril sa crédibilité.
C’est pourquoi nous proposons des évolutions dans certaines de nos « habitudes de croyance », qui ne remettent pas en cause la vérité de la foi chrétienne. Nous avons conscience que les changements de pratiques que nous suggérons dans ce livre s’adressent davantage à l’Église catholique occidentale – mais pas uniquement. Nous invoquons ainsi la possibilité de pratiques ecclésiales et liturgiques d’inculturation qui prennent mieux en compte l’évolution des valeurs des aires culturelles où elles sont imaginées. Cette souplesse nous semble d’autant plus nécessaire que nous savons l’importance décisive des médiations ecclésiales dans la transmission de la foi : catéchisme, art, liturgie, sacrements, pèlerinages, exercices de piété, etc. Rares sont les personnes pour qui la foi tombe du ciel sans préalable. Aussi, misons sur ces médiations institutionnelles pour qu’elles puissent être un lieu d’éveil à l’Évangile pour les jeunes et moins jeunes, à partir de leurs attentes, de leurs aspirations et de leurs besoins.
On se plaint souvent que les rangs s’éclaircissent et que la pratique des jeunes s’effondre. Pourtant, faisons le gage qu’une authentique et profonde réforme pour rebâtir l’Église puisse inverser cette tendance qui n’a rien d’inéluctable.Soyons sûrs que la soif spirituelle ne tarit pas si l’on ne souille pas la source. L’Église s’apparente ainsi à un canal de transmission indispensable qui reste ordonné à son principe : l’Évangile. Notre démarche n’a rien de révolutionnaire, il n’est pas question d’abattre l’institution. Bien au contraire, celle-ci porte un trésor inestimable qui s’exprime à travers tant et tant d’évènements, de retraites spirituelles, de rassemblements, de pèlerinages, de réseaux et de petites communautés de vie prophétiques (comme la Communion Béthanie, l’Arche de Jean Vanier, l’Arche de Lanza del Vasto, Simon de Cyrène, la Maison de Lazare et tant d’autres...).
Pour avancer sur ce chemin de conversion, et parce qu’il vaut mieux allumer une lampe que maudire l’obscurité, voici vingt propositions concrètes, qui concernent aussi bien le fonctionnement de l’institution que la manière de faire corps. Pour que l’Église que nous aimons retrouve sa force et son rayonnement. Nous vivons des temps nouveaux où l’Église doit accepter d’apprendre du monde. Nous savons que les propositions avancées dans ce livre sont partagées par de nombreux croyants que nous avons pris le temps de consulter, qu’ils soient ou non pratiquants. D’autres les contesteront. Tant mieux. Car ces propositions ne sont pas une fin en soi. Elles n’ont d’autre but que de provoquer un débat et de passer à l’action. Plus qu’un essai, ce livre est un cri du cœur. Pourvu qu’il devienne un chant d’espérance.
1.
Promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes
Que les femmes et les hommes dans l’Église soient égaux, en droits et en pratique. À l’image des boiteux de l’Évangile que le Christ vient guérir, l’Église catholique marche sur une seule jambe. Elle souffre de cette maladie qui consiste à ne confier le pouvoir qu’à des hommes. De la plus petite paroisse rurale jusqu’à la curie romaine, la moitié de l’humanité n’a pas voix au chapitre. Elle peut s’épuiser toute la semaine à faire le catéchisme, animer des groupes de partage, assurer l’accueil du public, confectionner des bouquets de fleurs ou nettoyer la sacristie mais, surtout, qu’elle ne décide de rien. Pourtant, le pape François ne s’y trompe pas lorsqu’il estime qu’« une Église vivante peut réagir en prêtant attention aux revendications légitimes des femmes qui demandent plus de justice et d’égalité »1.
Pour qu’elle puisse pleinement accomplir sa mission, il devient urgent que l’Église permette aux femmes d’accéder aux différents ministères ordonnés, à commencer par le diaconat. Cette première étape peut être franchie très simplement et très rapidement. De même, rien n’empêcherait que des femmes deviennent dès maintenant cardinales. Jusqu’au code de droit canon de 1917, il n’y avait pas besoin d’être prêtre pour accéder au cardinalat. En ce qui concerne la prêtrise, nous comprenons qu’il puisse y avoir un débat et que cette décision d’ouvrir aux femmes le presbytérat ne puisse être prise en claquant des doigts. Mais alors, faisons en sorte que le débat ait vraiment lieu et qu’il ne soit pas considéré comme illégitime. En réalité, l’obstacle à l’ouverture de la prêtrise aux femmes n’est ni religieux ni théologique, mais culturel et psychologique. En tout cas, cette question ne doit plus être un sujet tabou. Menons une réflexion ouverte et publique à ce sujet. Pour notre part, nous sommes persuadés qu’il y aura un jour des femmes ordonnées prêtres et qu’il est souhaitable que cela puisse se réaliser dans un avenir proche. Mais nous refusons d’en faire une revendication de type syndical. Nous pensons qu’il faut prendre le temps d’expliquer, d’argumenter, de faire évoluer les mentalités. D’autant que l’accès aux ministères ordonnés ne va pas tout résoudre d’un coup de baguette magique. Rien n’empêchera une femme prêtre de participer au système et de se montrer aussi cléricale qu’un homme. Le problème de l’Église, c’est le rapport au pouvoir et le partage de ce pouvoir.
C’est la raison pour laquelle il est urgent que les femmes soient en tous points considérées comme égales aux hommes, pas seulement dans les discours, mais aussi dans la pratique. Ordonnées ou non, on devrait faire en sorte qu’elles puissent, dès maintenant, assurer des homélies. C’est déjà le cas, par exemple, dans les paroisses catholiques germanophones du canton de Fribourg, en Suisse. Il semble que les laïcs comme les clercs de ces églises ne vivent pas cela comme une ruine de l’Église. Il ne s’agit en rien d’une « cléricalisation » des femmes comme on l’invoque souvent pour contester cette possibilité qui est pourtant théologiquement recevable. Il n’est pas sain que les diacres, les prêtres et les évêques aient le monopole de la prédication. Nous avons besoin non seulement d’une lecture laïque, mais aussi d’une lecture féminine des Écritures.
Sur un plan strictement numérique, en France, le corps sacerdotal est en voie d’extinction. Hors des grandes villes, les paroisses sont souvent des coquilles vides, et les prêtres s’épuisent à parcourir des kilomètres pour assurer les messes, les mariages et les enterrements. La sociologue Danièle Hervieu-Léger relève que « l’Église de France ne pourra pas indéfiniment faire appel à des prêtres africains ou polonais pour compenser l’effondrement des vocations. La sociabilité catholique repose aujourd’hui massivement sur la générosité des femmes laïques qui prennent en charge le catéchisme, la préparation au mariage ou au baptême, tout ce qui engage centralement la transmission chrétienne. Qu’elles s’arrêtent de travailler et le catholicisme en France s’effondre. »2.
Ordonnées ou non, il faudrait que les femmes puissent également participer au gouvernement des paroisses et des diocèses, aux décisions pastorales, et qu’elles aient la pleine responsabilité des services ou des ministères institués qu’elles exercent de fait, sans avoir besoin d’en référer à un homme (un prêtre en général). Nous avons besoin d’une Église qui soit signe d’unité et de communion entre femmes et hommes. Que le nombre de femmes et d’hommes soit équilibré aux échelons les plus hauts des instances ecclésiales, là où les décisions et les orientations sont prises (conseils épiscopaux et pastoraux, équipes d’animation paroissiale, etc.), plutôt que de laisser les femmes être majoritaires sur le terrain pour faire tourner la boutique, assurer le catéchisme, composer les bouquets, nettoyer les églises, ranger la sacristie, éteindre les bougies, rédiger les bulletins paroissiaux, etc. Ces tâches pratiques pourraient être plus souvent dévolues aux hommes.
D’autres traditions religieuses sont en train de découvrir cette parité, malgré toutes les résistances que l’on imagine. Alors que, dans le judaïsme libéral, de plus en plus de femmes se tournent vers le rabbinat, un peu partout dans le monde, des musulmanes défient les traditions patriarcales en choisissant de devenir imams. Le mouvement est encore ultra-minoritaire, mais intéressant à suivre. Et puis, enfin, pourquoi ne pourrait-on pas ordonner des couples ? La question mériterait, nous semble-t-il, d’être étudiée.
1. Christus Vivit, n°42, §1.
2. Entretien accordé à Télérama, 12 novembre 2018.
2.
Refuser les abus de pouvoir
Que l’Église catholique ne se réduise pas à sa hiérarchie.
