Victoire de la Petite Église - Pierre Dane - E-Book

Victoire de la Petite Église E-Book

Pierre Dane

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Beschreibung

Un ouvrage qui marqua le mouvement de la dissidence chrétien, connu sous le nom de « Petite Église ».

Ce mouvement est né du Concordat de 1802 mais largement préparé par l’obligation faite aux prêtres, en 1790, d’obtempérer au Serment Civique qui transformait ceux-ci en fonctionnaires publics. Cet ukase de l’Assemblée Nationale provoqua l’exil d’une nuée de prêtres dont une grande partie débarqua en Angleterre où ils formeront la petite église de Londres.

Beaucoup de ces exilés reviendront en France à l’avènement de Louis XVIII, mais le Concordat signé entre Bonaparte et le Pape Pie VII avait chamboulé le paysage catholique. Aussi, certains prêtres de retour en France – et, parmi eux, Mériel-Bucy dont nous dévoilons le pamphlet qui fit quelque bruit à son époque – se trouveront en conflit avec le clergé concordataire occupant leurs églises.

Une page de notre Histoire se dévoile à la lecture de ce document au vitriol.

EXTRAIT

Enfin, mes voeux sont accomplis. Depuis longtemps je brûlais du désir de voir une réponse quelconque à mon mémoire justificatif présenté au public sous le titre d’Étrennes, etc. Je le désirais, dis-je, bien ardemment, pour avoir l’occasion de dire le reste. J’ai craint, d’abord, d’être trop long, parce que je sais qu’un ouvrage volumineux sur les matières de religion, fatigue le commun des lecteurs, et les dégoûte. Et comme je me proposais uniquement de frapper et de remuer les consciences, je ne pouvais trop m’appliquer à écarter tout ce qui pouvait diminuer l’effet et empêcher la commotion. Grâces vous en soient rendues, ô mon Dieu ! J’ai atteint mon but.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Pierre Dane, écrivain, est aussi l’auteur de plusieurs romans ayant pour cadre le Bocage bressuirais (au nord des Deux-sèvres) dont Ma mère était comme ça, La Petite fille avec un cerceau et Mauri du Bocage, publiés par nos éditions. Il est également un historien dont nous avons édité Les dissidents du Bocage (De la Révolution à La Petite-Église), dissidence encore vivace au nord des Deux-Sèvres.

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Seitenzahl: 230

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Un document exceptionnel :VICTOIRETriomphe complet de la Petit Eglise

Par l’abbé Mériel-Bucy, prêtre non assermenté

Comme introduction à ce livre satyrique, il nous a paru approprié de citer ces quelques lignes ironiques du Chanoine Auguste Billaud dans son ouvrage « La Petite Église dans la Vendée et les Deux-Sèvres » (page 468) :

Les prêtres insoumis jugent préférable de répandre à travers le Bressuirais, un ouvrage de l’abbé Mériel-Bucy, intitulé « Victoire ! Triomphe complet de ce que l’on appelle en France la Petite Église ». Cet émule de Gashet et de Blanchard, originaire du Mans, l’un des plus abondants fournisseurs de la littérature anticoncordatiste, correspondait avec quelques desservants de l’ancien diocèse de La Rochelle. Son nouveau volume, paru en octobre 1818, tournait en dérision l’église concordataire. Il s’en prenait particulièrement à certaines pratiques inaugurées par les missionnaires ? N’y avait-on pas vu des jeunes filles habillées de blanc, chanter à la cathédrale et porter en procession une statue de la Vierge ! De telles innovations paraissaient d’inspiration diabolique et témoignaient à elles seules de l’erreur où gisait l’Église officielle.

La verve satyrique du prêtre manceau amusait les Dissidents de l’Ouest ; elle les confirmait dans leur hostilité aux « nouveautés » ; elle les aveuglait aussi. La « victoire » que proclamait le pamphlétaire était plus apparente que réelle. En cette fin de 1818, de sombres nuages s’amoncellent sur le Bressuirais. L’orage se prépare.

Pierre DANE

À lire sur ce même sujet :

- Pierre DANE, Les Dissidents du Bocage (de la Révolution à la « Petite Eglise ») aux éditions du Petit Pavé.

Un prêtre réfractaire contre l’église de Bonaparte

Situation de la « PETITE-ÉGLISE » en 1818

Le sous-titre ci-dessus ne doit pas induire le lecteur en erreur. La « Petite-Église » n’est pas ici un édifice, mais, depuis 1802, le nom d’une dissidence de la religion catholique que suscita le refus du Concordat par les évêques et les prêtres alors pour la plupart en exil car réfractaires à la Constitution civile du Clergé de 1790. Quant au jugement qui sera ici porté sur ce même Concordat et sur le pape Pie VII accusé de schisme et d’hérésie, c’est l’opinion d’un prêtre anticoncordataire de retour d’exil, dont nous publions ci-après la vigoureuse réponse à l’un de ses détracteurs. Au-delà du ton railleur et à l’emporte-pièce de cette critique de l’église concordataire (celle instituée par Bonaparte), ces pages publiées en 1818 n’en sont pas moins un témoignage sur le vif d’un fait historique mal connu de nos concitoyens et pourtant encore d’actualité.

L’abbé Mériel-Bucy, auteur de ce quasi-pamphlet, est de ceux qui, successivement en 1790 puis en 1802, refusèrent de prêter serment aux institutions issues de la Révolution : à la Constitution civile du clergé, tout d’abord, puis aux Articles organiques ajoutés au Concordat et avalisés imprudemment par le pape Pie VII. Notre abbé, obligé, comme beaucoup de ses semblables, de s’exiler dès 1792 pour échapper aux geôles, aux déportations et, pis encore, aux massacres de prêtres, avait choisi l’Angleterre comme bon nombre d’autres ecclésiastiques insermentés et ne rentrera en France, semble-t-il, qu’à l’annonce du retour de la monarchie, donc au plus tard vers l’an 1814. C’est là qu’il découvre, horrifié, l’état d’anarchie dans laquelle, selon lui, est tombée l’église catholique et dans laquelle il ne se reconnaît pas.

Pour exprimer son indignation et pour remettre au clair ce qu’il entend par « la vraie religion », celle instituée par le concile de Trente, il publie un premier livre sous le titre d’« Étrennes ». Son but est sans doute de ramener les fidèles égarés dans la saine conception et pratique de l’église d’avant la Révolution, église qui est en outre, lorsqu’il rejoint la France, la proie des ultramontains et, en particulier, des missionnaires jésuites qui truffent le pays de croix érigées à tous les détours de chemins comme autant de drapeaux sur un pays conquis.

Ce premier livre ayant suscité de violentes critiques dans le « Journal ecclésiastique » sous la plume de l’abbé Barruel, prêtre concordataire1 discréditant les prêtres dissidents auprès de leurs fidèles, une réponse s’imposait. Celle-ci, virulente, de l’abbé Mériel-Bucy constitue une véritable apologie de la dissidence et une vigoureuse diatribe contre l’église catholique gallicane instituée par Bonaparte pour servir sa politique. Bien qu’approuvée par Pie VII au travers du Concordat signé conjointement par le cardinal Consalvi au nom du Saint-Siège et par le premier consul, cette Église catholique dite concordataire (il écrit « concordatiste ») fut refusée par l’ensemble des évêques et des prêtres exilés. Ceci déclencha en chaîne un refus semblable de la part des prêtres insermentés restés en France, exerçant leur ministère dans la clandestinité et pour cela persécutés.

Les manuels d’Histoire et les dictionnaires étant peu prolixes quant à l’origine et au développement du phénomène de la Petite Église (souvent à peine deux lignes dans le chapitre du Concordat), il nous a paru utile de présenter ce livre qui est en quelque sorte une pièce à conviction à porter à ce dossier. Elle nous permet de toucher du doigt, de façon vivante, l’état d’esprit d’une population fermement attachée à la religion de ses ancêtres, c’est-à-dire aux traditions émanées du concile de Trente, mais violemment prise à partie par les tenants du nouveau catholicisme institué par Bonaparte.

L’auteur de cet ouvrage, l’abbé Jean-François Mériel-Bucy, est un prêtre du Mans, né en 1760. Il a donc trente ans quand, ayant refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé, il doit fuir en Angleterre. Il y rencontrera l’abbé Blanchard2, l’un des cerveaux de la petite église de Londres, avec lequel il entretiendra une correspondance.

Durant son séjour forcé en Angleterre, notre abbé trouvera à exercer son ministère en qualité de chapelain des Toulonnais et de chapelain de Lady Scardale. Il rencontrera là également l’abbé Augustin Barruel, jésuite, exilé comme lui, mais qui, vraisemblablement, est rentré en France dès l’application du Concordat à l’esprit duquel il semble avoir immédiatement adhéré ce qui en fera l’un des détracteurs de la « Petite Église ».

Ce sera l’annonce du retour de Louis XVIII sur le trône, en 1814, qui incitera les derniers exilés à faire peu à peu retour vers leurs anciennes paroisses, en particulier les évêques espérant retrouver un évêché même au prix d‘un serment qui les gêne. Mais 1814 c’est aussi l’année où Pie VII rétablit la Compagnie de Jésus que Louis XVIII ne fera que tolérer. Ce sont ces jésuites que notre abbé nomme les « missionnaires » et dont il fustigera les innovations trop modernistes et choquantes à son gré.

Sans doute l’abbé Mériel-Bucy est-il déjà, lui aussi, de retour dans son ex-fief du Mans et, bien que sans église où exercer son ministère, y déploie-t-il un grand zèle pour la « Petite-Église ». Il s’y emploie à rédiger et à diffuser ce mémoire - « Étrennes » - dont nous avons parlé et qui lui vaudra en retour une longue attaque de l’abbé Barruel.

L’abbé Augustin Barruel, est le principal rédacteur du « Journal ecclésiastique », journal résolument concordataire et constitutionnel. Né en 1741 dans les Cévennes, il avait fait ses études chez les jésuites. À la dissolution de son ordre, il aima mieux s’expatrier et ne revint en France qu’en 1777. Il fut tout de suite favorable aux idées révolutionnaires, mais les événements de septembre 1792 (les massacres de prêtres dans les prisons) l’avaient décidé à gagner l’Angleterre où il publia une Histoire du clergé pendant la Révolution (1796). Il rentra à Paris en 1802 où, cette fois-ci favorable aux termes du Concordat, il reçut le titre de chanoine honoraire de Paris. Cette attitude lui valut la critique de tous les prêtres dont il avait partagé l’exil et, en particulier, de l’abbé Blanchard dans son livre intitulé l’État politique et religieux de la France (1806). Il résista d’une plume acérée à ces attaques.

Et c’est en réponse aux sarcasmes de ce jésuite, que l’abbé Mériel-Bucy va développer ses arguments sur un ton mi-acide, mi-plaisant, soulignant en quoi le catholicisme de Bonaparte n’est en rien le vrai : celui du concile de Trente. Notre abbé refuse même de se compromettre en rencontrant - en communiquant avec les autres prêtres ayant adopté ce catholicisme défiguré, prêtres parfois même mariés comme la Constitution civile du clergé les y avait autorisés, et qui, de ce fait, sont entrés dans le schisme. D’où son jugement à l’emporte-pièce : le seul et véritable catholicisme est celui d’avant 1789. Il y démontre que l’Église d’aujourd’hui et son pape sont schismatiques, voire même hérétiques, et non pas la « Petite-Église » que fustige Pie VII, car cette dernière est la seule représentante en France du vrai catholicisme tel qu’il fut institué au XVIème siècle au Concile de Trente.

C’est pourquoi, sûr et fier de ses arguments, il va, à ses frais, publier sa réponse dans un livre sous le titre, bien dans l’esprit des pamphlets du temps, de « Victoire, triomphe complet de ce qu’en France on appelle ‘’La Petite Église’’ ».

En dehors de son ton polémique, la plupart des notations nous renseignent sur la situation, en 1818, de cette dissidence (et non pas schisme comme l’affirme le pape) qui est alors encore très présente et active dans toute la France. Ses adeptes sont d’autant plus nombreux et attachés à la religion de leurs ancêtres qu’il existe encore beaucoup de prêtres non assermentés pour les maintenir dans le giron du « vrai » catholicisme, du moins dans la province profonde. Ces prêtres sont, ou bien ceux qui, refusant de s’exiler, sont demeurés clandestinement à leurs risques et périls près de leurs ouailles durant toute la Révolution, ou encore ceux qui, comme Mériel-Bucy, sont rentrés en France après plus de douze ans d’exil et veulent rassurer leurs dévots déboussolés. Ceux-ci les attendent comme le messie.

1- Ayant prêté serment de fidélité aux articles du Concordat

2- L’abbé Blanchard, revenu dans le Calvados sans doute à la même époque que Mériel-Bucy, regroupa les dissidents de cette région autour de son nom, d’où leur appellation de blanchardistes

Les raisons de l’exil des prêtres

Petit rappel de la situation historique 1789-1802

Il est peut-être utile, à ce stade, pour le lecteur moins familier de ces questions, de remonter le cours de l’Histoire et d’analyser les causes, antérieures au Concordat, ayant préparé les prêtres et leurs ouailles à cette dissidence.

Chacun sait qu’avant 1789 la France était dirigée par deux catégories de nantis, le clergé et la noblesse. Le peuple n’avait que peu de moyens de s’exprimer. Bien qu’étant le plus grand nombre et le seul a créer les richesses de la France, il n’était que le troisième état, le « tiers état ». Sous prétexte de connaître ses plaintes et doléances, le roi avait convoqué les trois états avec l’intention de faire voter des impôts nouveaux pour renflouer les caisses du royaume alors vidées par les largesses du roi pour ses nobles, pour son armée de mercenaires, et par les guerres dont celle contre l’Angleterre pour l’indépendance de l’Amérique du Nord.

Le rapport des forces entre la coalition de la noblesse et du clergé qui eux, rappelons-le, étaient dispensés d’impôts, face au tiers état qui en était surchargé, aurait dû, selon l’expérience historique, donner aux deux premiers une écrasante majorité dans le vote. Toutefois le roi s’était laissé convaincre par Necker, pour compenser la disproportion criante entre le peuple du travail et les nantis, de doubler le nombre des députés du tiers état. Ce faisant il n’avait pas prévu qu’une petite partie des délégués du clergé ainsi que quatre évêques (dont Loménie de Brienne et Talleyrand-Périgord) aligneraient leur vote sur celui du tiers état, lui donnant ainsi la majorité.

Le roi, inquiet de la tournure des événements, avait cru noyer le débat en fermant la salle des États généraux, mais le tiers état ne l’avait pas entendu de cette oreille et il se constitua en Assemblée nationale qui prit immédiatement toutes les mesures pour réformer les lois.

Parmi les décisions immédiatement prises figurait la fin du servage (4 août 1790), l’abolition de la dîme (11 août), suivie bientôt de la séquestration des biens énormes du clergé (2 novembre) dont la vente permettrait de sauver les finances du royaume et de reconstituer une armée, la noblesse ayant émigré avec ses mercenaires. À ce moment, il n’était pas encore question de porter atteinte à l’Église en tant qu’institution, mais de restreindre sa rapacité. Toutefois il était clair que, désormais privée de ressources, elle ne devrait son salut qu’en acceptant de s’intégrer à la fonction publique comme l’Assemblée le lui proposait. Ainsi le clergé allait-il devenir une classe de citoyens comme les autres et non plus un ordre dans l’État.

Tout prêtre devenant fonctionnaire, chargé du maintien du culte et du secours aux défavorisés, recevrait alors un salaire. Ceci fit l’objet de la Constitution civile du clergé votée le 14 août 1790. Désormais, comme tous agents de l’État, les prêtres et les évêques devaient prêter le serment de respect et de fidélité à cette Constitution ce qui leur interdirait dès lors de recevoir des ordres de Rome assimilé à une puissance étrangère. Ceux qui refuseraient de jurer seraient considérés de facto comme étant démissionnaires.

À la date fixée pour le serment solennel (4 janvier 1791), 29 évêques et la majorité des prêtres refuseront de jurer. Un bref du pape Pie VI, le 10 mars 1791, menacera d’ailleurs tout prêtre assermenté d’être considéré par Rome comme étant schismatique. Il serait alors excommunié et il entraînerait ses fidèles dans la même peine. Les prêtres ayant prêté serment en toute bonne foi, devaient se rétracter, faute de quoi ils seraient démissionnés d’office.

Les effets de cet ordre impératif furent divers. Certains prêtres ayant juré, durent se rétracter sous l’effet des reproches de leurs paroissiens. D’autres, refusant l’exil, bravèrent cependant les dangers de la persécution en s’abstenant de jurer. D’autres encore, à la foi peu solide, renoncèrent même à leur état ecclésiastique, bravant l’excommunication. Il en résulta un tel déficit de prêtres qu’à défaut on fut contraint de les prélever et de les ordonner parmi des laïcs, mariés ou non. Et l’on vit même alors des prêtres de l’ordre qui, se prévalant de ce nouvel état de choses et profitant du laxisme ambiant, se marièrent ou marièrent même ces nouveaux prêtres. Mériel-Bucy s’en indigne et les exècre.

Car, de plus, les prêtres assermentés sont désormais élus par un collège de laïcs et non plus par les évêques. Comme l’a dit l’abbé Grégoire : « Il est étrange que des pasteurs puissent être élus non par ceux qui leur soumettent leur conscience, mais par des protestants ou des juifs qui croiront peut-être servir leur religion par l’introduction d’un mauvais sujet dans le sanctuaire de la nôtre ».

L’Assemblée nationale réitérera une nouvelle fois l’obligation du serment « d’être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi », mais, devant le peu d’effet de cette nouvelle injonction, paraît alors, le 27 mai 1792, le décret de déportation des prêtres réfractaires. Sous cette menace, nombre de prêtres, dont Mériel-Bucy, mais aussi Barruel, s’expatrient pour échapper à la fois au serment et à sa sanction. Il en est de même des évêques. Il paraîtra encore, la même année, le 26 août, un décret prescrivant à tous les réfractaires de se déporter eux-mêmes. Mais déjà la situation n’est plus la même qu’en 1790 car l’Europe menace aux frontières. Le roi, après sa tentative de fuite, est séquestré au Temple et les événements se précipitent. Des prêtres suspects de royalisme sont massacrés jusque dans les prisons (sept. 1792). La tête du roi tombe sur l’échafaud en Janvier 1793, la Terreur bientôt règne en France, puis ce sera l’horreur de la guerre de Vendée.

Nombre de prêtres, réfractaires au serment imposé, pour demeurer près de leurs ouailles, ont choisi de pratiquer clandestinement leur ministère, particulièrement dans les campagnes. Ils sont pourchassés, persécutés. Ce sont ces mêmes prêtres qui, suivis de loin et encouragés par leurs évêques, formeront dès le lendemain du Concordat et à l’instigation des prélats exilés, le corps de la « Petite Église » et y entraîneront leurs fidèles.

Les abbés Mériel-Bucy et Barruel, sur le sol anglais, auront suivi de loin cette crise ecclésiastique que traverse l’Église de France. L’abbé Blanchard, à Londres, a organisé sa petite église résistante (d’où croit-on le nom de Petite-Église accordé plus tard à cette dissidence) et maintenu le contact avec les évêques dans leur exil.

Bonaparte est le nouvel homme fort. Il va imposer la paix, du moins pour le moment. C’est un génie en marche. Il va bientôt, le 18 Brumaire, par un coup d’état, prendre le pouvoir. La France catholique, qui sort d’un régime de terreur, est désemparée. Clairvoyant, le premier consul sait que le pays ne peut retrouver son calme qu’en lui redonnant la religion que la Révolution lui a confisquée en le persuadant qu’elle n’était que superstition.

Mais Bonaparte, devenu premier consul, a d’autres visées. Il va rétablir le catholicisme, mais à sa mesure : une religion dont il veut tenir lui-même les rênes et non pas Rome. Il veut en faire un élément de son pouvoir. Et c’est le Concordat signé entre lui et le pape Pie VII le 15 juillet 1801 : l’église de France (gallicane) est intégrée à l’État qui rémunérera les membres du clergé concordataire maintenus dans leur état de fonctionnaires, ceux-ci ayant de nouveau à jurer fidélité à cette nouvelle constitution.

Toutefois cela ne satisfait pas encore le premier consul. Ce Concordat donne trop de pouvoir au pape. Il y ajoute les Articles organiques (8 avril 1802) qui sont les modalités d’application du Concordat et renforcent son indépendance vis-à-vis du Saint Père. Outre qu’elle permet le divorce, cette église nouvelle s’éloigne trop de l’ancienne institution et prend ses distances vis-à-vis de l’autorité de Rome.

Pie VII ne réagit que mollement à cet ajout et c’est cette faiblesse qui lui sera reprochée par les fidèles de l’Église d’avant 1789, celle du Concile de Trente. En outre, le pape doit rapidement nommer aux nouveaux évêchés qui ne sont plus que 80 au lieu de 130 après la création des nouveaux départements qui sont autant de nouveaux diocèses. Il se voit donc contraint de déposer une quarantaine d’évêques qui refusent le Concordat, rompant ainsi la chaîne apostolique. Cela crée en France une scission entre concordataires et anticoncordataires, ces derniers formant alors le mouvement dissident appelé la « Petite Église ». Que le pape ait, sinon cautionné, du moins se soit laissé imposer toutes ces nouveautés jusqu’à bafouer la tradition du Concile de Trente, en fait non seulement un schismatique, mais plus encore un hérétique, clame alors Mériel-Bucy.

On comprend donc que notre abbé qui se flatte d’être « non assermenté », honnisse les prêtres assermentés qu’il appelle concordatistes et les juge infréquentables. D’autant qu’un certain nombre d’entre eux sont mariés comme la Révolution les y avait autorisés afin de ne pas limiter aux seuls célibataires la nomination aux trop nombreuses cures vacantes. D’ailleurs, revenu sur ses erreurs de jugement (ou de sa faiblesse), le pape Pie VII déclare lui-même hérétiques les concordataires et ceux qui communiquent avec eux. D’ailleurs ne se concocte-t-il pas, en ce moment où Louis XVIII a retrouvé le trône, un nouveau concordat ? On sait aujourd’hui que celui-ci, du 11 juin 1817, est d’ores et déjà mort-né, mais en 1818 on y croit encore tant il aurait permis d’effacer la honte du précédent et de ses Articles organiques dont les rédacteurs sont à leur tour déclarés hérétiques par le pape Pie VII.

Quant à la Petite Église dont les membres ont tous refusé le serment ou, l’ayant fait, se sont rétractés, elle est pure et ne peut être dans l’erreur puisque s’appuyant sur l’Église universelle (c’est la signification du mot catholique) d’autrefois qui était celle, également, qui avait parlé par Pie VI contre la Constitution civile du clergé.

Encouragé par l’annonce du nouveau concordat, qu’il ne sait pas mort-né lorsqu’il rédige ce pamphlet, Mériel-Bucy déclare la guerre à l’ordre nouveau. En voulant accréditer l’Église universelle d’aujourd’hui, les missionnaires ultramontains ne sont que des fourbes qui mettent l’église de Jésus-Christ en contradiction avec elle-même. Et notre abbé va même jusqu’à déplorer qu’on n’attribuât pas a contrario le nom réducteur de « petite église » à l’église concordataire alors que les dissidents, eux, appartiennent toujours à la Grande Église de leurs ancêtres. Et d’ailleurs cette Grande Église universelle (catholique) est encore partout présente en Italie et en Europe, si bien que, même sans évêques près d’eux, les dissidents peuvent reconnaître pour chefs tous les autres évêques de la chrétienté successeurs des apôtres.

Pour notre abbé, ces missionnaires jésuites envoyés ici pour rétablir la religion ne sont que des imposteurs se disant faussement envoyés par le pape et qui s’allient à l’Église nouvelle. Or Pie VII lui-même regarde comme hérétiques les jureurs du Concordat et des Articles organiques, il ne peut avoir envoyé des gens qui le contredisent. Ces missions sont des entreprises de séduction, elles captent la confiance des croyants et les entraînent vers la damnation.

Certes, reconnaît-il, ces missionnaires venus d’ailleurs n’ont pas eu à formuler le serment imposé par Bonaparte, mais ils s’en défendent ! Et, s’ils s’en défendent, c’est donc qu’ils trouvent ce serment répréhensible. Il n’empêche qu’en communiquant avec les concordatistes, ils deviennent hérétiques eux-mêmes.

Comme exemple de leur fourberie, Mériel-Bucy, dans un autre endroit de son ouvrage, a relaté qu’au Mans les jésuites ont fait en sorte d’interdire les comédiens, le théâtre étant un art maléfique ; par contre, pour attirer à eux le plus large public, ils n’ont pas hésité à élever une scène à l’intérieur même des églises pour y faire jouer des pièces édifiantes inspirées de celles qui, quinze ans plus tôt, exaltaient le culte révolutionnaire à la Raison, ou à l’Être suprême, et écrites (dit Mériel-Bucy) par « des auteurs affectant d’être catholiques ».

L’abbé justifie sa réplique à l’abbé Barruel par cette phrase : « J’y ai été forcé par ma conscience, pour le bonheur de la France, pour la sûreté du Trône et le salut de mes concitoyens depuis vingt-sept ans cruellement abusés sur la religion ». Et, plus loin, il ajoute comme une profession de foi : « Je soutiens toujours que l’église concordatiste de France est hérétique, schismatique et qui de plus est impie ». Quant à la « Petite Église » : « Je soutiens que nous sommes partie de l’Église universelle dont nous ne nous sommes jamais séparés. »

Il ne ménage pas son détracteur : « Ton de savant, citations inutiles, qui en imposent à des femmelettes qui ne savent pas leur catéchisme, qui décident aujourd’hui en théologie (...) parce que votre religion nouvelle leur paraît plus commode que l’ancienne (...) vous niez les faits qui ne vous sont pas favorables (...) vous coupez tout comme un révolutionnaire, vous raisonnez comme si rien n’était arrivé en France, pour la religion. » Et pourtant les prêtres constitutionnels qui ne se sont pas rétractés sont toujours sous le coup de l’excommunication adressée par Pie VI. Ils sont donc impénitents, contumaces. Ce sont des rebelles opiniâtres. Quant au pape Pie VII , auprès duquel la Petite- Église requiert justice, il refuse de condamner ces hérétiques à moins qu’on ne les dénonçât ! C’est un comble, s’insurge notre abbé !

Et Mériel-Bucy n’hésite pas à attaquer de front Barruel et, au-delà de lui, le pape lui-même :

« J’ai raison de soutenir que votre église est hérétique : par les constitutionnels non rétractés que vous protégez (...) pour l’amour d’une pension qui vous aide à supporter le déshonneur d‘être confrère et membre d’un clergé que vous avez fui naguère. Je dis que votre église est hérétique pour contenir, comme ministres du culte, des prêtres mariés frappés d’excommunication par le Concile de Trente...»

Nous n’irons pas plus loin dans cette analyse car la lecture par le texte lui-même est suffisamment explicite quant aux raisons qui ont amené une large part de la population à se rapprocher de ceux que les fidèles appelaient les « bons prêtres », ceux qui n’avaient pas failli en dépit des persécutions dont ils étaient l’objet. Pourtant, avec l’âge (Mériel-Bucy dit avoir cinquante-huit ans en 1818, ce qui, pour l’époque est en effet un âge avancé) le potentiel de prêtres dissidents va décroître, laissant leurs paroissiens dans l’angoisse de l’abandon. Par ailleurs, par un sentiment de culpabilité et de peur de perdre le salut, en fin de vie nombre de paroissiens dissidents vont revenir dans le sein de la Grande Église afin de ne pas manquer le dernier sacrement. Les derniers prêtres réfractaires vont disparaître l’un après l’autre et les derniers évêques dissidents ont refusé d’en ordonner de nouveaux. La dissidence va se réduire et il n’en restera plus bientôt que quelques îlots d’irréductibles qui perdurent encore aujourd’hui, sans prêtres, ceux-ci remplacés par des chefs de prière laïcs qui suivent les directives ultimes du dernier évêque dissident : Mgr de Thémines.

État de la Petite-Église après le Concordat

Après la signature des Articles organiques, et surtout après que les évêques en exil, sommés de se rendre dans les dix jours ou d’être démissionnés, aient fait une « Réclamation respectueuse » au pape, la population, surtout provinciale, s’est obstinée dans son refus. Elle s’est tournée vers ses « bons curés » qui souvent donnèrent leur nom aux nombreux groupes dissidents.

On vit ainsi se grouper, dans le Calvados, les Blanchardistes autour de l’abbé Blanchard dont nous avons parlé ; dans la Manche les Fasniéristes, autour de l’abbé Fasnier ; les Clémentins en Normandie, du nom de l’abbé Clément : les Filochois en Touraine, de l’abbé Filoche ; les Stévenistes en Belgique, de l’abbé Stévens. Parfois les nouveaux catholiques concordataires les affublaient-ils de sobriquets tels que les Enfarinés, en Aveyron, parce qu’ils poudraient leurs cheveux de talc le dimanche ; les Bétournés (becs tournés) parce qu’ils se détournaient sur le passage des catholiques ; des Louisets, en Bretagne, parce que se réclamant du roi Louis ; des Blancs en Bourgogne.

Autour de Montpellier, et peut-être en réminiscence des Cathares, on les nommait les Purs et des Illuminés dans le Gers ; de même à Lyon, confondus avec les jansénistes, ils furent persécutés comme tels.

Dans l’Ouest, dont en Vendée, on ne les connaissait que comme Dissidents. Au cours du XVIIIème siècle la population de la Petite-Église alla peu à peu en se résorbant au fur et à mesure que mourraient les anciens prêtres non assermentés. Toutefois il subsiste encore de nos jours deux importants foyers de dissidence, l’un en Vendée et plus particulièrement dans le Bocage Bressuirais, l’autre dans le Lyonnais infiltré par les Jansénistes. La Petite-Église reste également très présente en Belgique où les Stévenistes se trouvent parfois mêlés aux Vieux Catholiques et à l’Église d’Utrecht.

Pierre DANE

NOTA : La réplique à l’article de l’abbé Barruel est précédée d’un avant-propos dont l’essentiel est consacré à l’action trouble des missionnaires jésuites. Ce texte décrivant très bien la mainmise de la Compagnie de Jésus sur l’Église concordataire, aggravant la situation précaire de la Petite-Église, nous avons cru bon de le reproduire en premier car éclairant nombre de propos de notre abbé.

Nous avons volontairement conservé la présentation du texte et l’orthographe qui avait cours à cette époque, bien que le lecteur du IIIème millénaire puisse être gêné de ce qui, de nos jours, passerait pour être autant de fautes d‘orthographe.

Note liminaire importante pour l’intelligence du texte

Pour la compréhension de ce qui va suivre, un livre – les Étrennes - de l’abbé Mériel-Bucy, ex-vicaire de la paroisse de Saint Jean de la Cheverie, au Mans, a suscité des critiques lesquelles ont paru en particulier en 1843 dans le tome quinzième du journal « L’Ami de la religion et du Roi, Journal ecclésiastique, politique et littéraire », sous la plume de l’abbé Augustin Barruel. En voici le texte :

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