Vos entrailles à nos chiens - Pascal Thiriet - E-Book

Vos entrailles à nos chiens E-Book

Pascal Thiriet

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Beschreibung

Lydia de retour au village est accueillie par le maire, son oncle Bartolomé, qui s'est porté garant suite à la condamnation dont elle a fait l'objet.
Zia, sa tante, soigne et propose ici des remèdes pour conjurer le mauvais sort.
Andréa, un gamin mazzéru, s'endort, rêve qu'il part à la chasse et qu'au matin il ramène une bête dont la tête est celle de quelqu'un du village qui mourra dans l'année...
Depuis que Lydia est de retour, quelques corps de touristes ont été retrouvés éviscérés et suspendus dans les arbres de la foret proche.
Só, le merle impérial, voit et entend tout mais pas la peine de lui demander quoi que ce soit, il ne parle qu'en songe ou à Lydia.
Le juge du parquet de Marseille, nommé par l'île pour la circonstance, va avoir du fil à retorde pour démêler l'écheveau...
"Un roman sec, court, nerveux, tendu, pétri d'humanité..." K-Libre. 

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Seitenzahl: 149

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Ähnliche


Couverture

Page de titre

Chapitre 1

Devant lui, deux branches de laurier-rose rouge s’étiolent dans la lumière molle et l’odeur d’eau croupie.

Le type mordille le stylo-bille.

La main ferme, il avait écrit « Ma chérie » et maintenant il songe comme on prie.

Le stylo a le goût amer des fleurs pourrissantes. L’homme le pose en travers de la page. Le doux du miel et la saumure acide tournent devant ses yeux. Il reprend le stylo-bille, froisse la feuille et sur celle d’en dessous, il marque la date et laisse un large blanc. Il recommence à écrire :

Ma chérie,

Je sais qu’on t’a dit pour ta mère et moi, alors je ne fais pas tant de manières, mais je ne sais pas ce qu’on t’a dit et ce qu’on t’a tu alors je préfère t’écrire.

Tu me diras que depuis que Jean, ton père, est mort et que ta mère est venue s’installer avec moi, il n’y a plus guère à taire.

Il faut que tu saches tout de même que Patrizia, ma femme, s’est installée au rez-de-chaussée de chez Jean, c’est-à-dire de chez toi. C’est mieux pour sa pratique. Les gens n’aimaient guère tomber sur moi en venant chercher des sorts et des remèdes.

Voilà pour moi.

Avant que tu continues à me lire, je voudrais te dire que je sais pour toi et le type. Les flics d’ici m’ont convoqué et ils m’ont raconté pour ta condamnation. Je crois qu’ils l’ont fait parce que je suis le maire et aussi, que je suis comme ton oncle et que quand même, que tu sois seule là-bas, dans le pays sans nom, même les gendarmes trouvaient ça injuste. L’avocat et l’argent que tu as reçu, c’était grâce à eux dans un sens. Ici on ne disait plus ton prénom, même à la Toussaint, alors je ne risquais pas d’avoir de tes nouvelles.

Pour ton prénom, ne t’en fais pas, ils le réapprendront.

L’avocat m’a écrit pour dire que tu allais sortir et être expulsée si on trouvait quelqu’un qui se porte garant pour toi. Le garant c’est moi et à ta sortie tu n’auras qu’à prendre le mandat et venir directement ici. De toutes les façons, les flics te mettront dans l’avion pour Paris sans te demander ton avis, tu auras juste à changer d’aéroport et c’est tout. C’est mieux que tu me dises quand t’arrives, comme ça, je t’attendrai à l’avion. C’est plus pratique vu qu’il faut qu’on passe ensemble à la Gendarmerie de Sainte-Roche.

Voilà pour toi.

Je t’embrasse.

Bartolomé Guéreni, ton oncle par amitié.

Chapitre 2

— Et voilà… c’est signé : « Ton Oncle Bartolomé ».

La fille en combinaison orange avec les cheveux noirs en catogan pose la lettre sur la couchette à côté d’elle et l’autre femme qui est debout contre la porte se met à pleurer.

— Tu m’avais pas dit que tu sortais, ma grenouille. Tu me l’as pas dit !

Elle est très grande et très noire, la fille qui pleure, et elle n’a pas l’air de pleurer souvent. Elle ne sait pas bien comment on fait, elle s’embrouille.

Cheveux noirs peau blanche se lève de son lit et passe une main autour de l’épaule de la grande.

— Je t’avais pas dit parce que je savais pas. Et puis on est là pour ça, non ?

— Pour ça, quoi ?

— Pour sortir.

La petite blanche marque un temps. Si on était au solfège on aurait appelé ça un silence tant ça avait l’air de faire partie de la conversation.

— Écoute, Keen. Je ne sais pas si j’ai tout bien traduit mais ce qu’il y a d’écrit c’est qu’ils vont me renvoyer au pays des grenouilles et que je ne pourrai pas t’attendre. Enfin, pas de ce côté de l’Atlantique.

Keen respire fort et s’assied sur le lit en tirant la brune à elle.

— Dis, Sucette, si je viens dans ton pays des grenouilles, tu me reconnaîtras ou bien tu me diras étrangère ?

La brune blanche serre un peu sa compagne et lui pose un baiser sur le poignet.

— D’abord, je voudrais que tu saches que mon prénom c’est Lydia, pas Sucette. Sucette ça veut dire sucker. C’est les Québécoises du bâtiment A qui m’ont appelée comme ça.

— Je croyais que tu voulais pas. Enfin, avec moi t’as jamais voulu.

— C’est sans doute pour ça qu’elles avaient trouvé super drôle de m’appeler sucker. Et puisque t’en parles, vu que je pars, si tu veux tu peux dormir avec moi.

— Oui, je veux. Mais t’avais dit « jamais ».

— On n’aura qu’à dire que jamais c’est ce soir.

Après il y a eu l’appel, et après l’appel le couvre-feu.

Le lendemain on n’était plus « jamais » et Lydia avait rejoint son lit.

Plus tard, on lui amène les vêtements qu’elle portait quand elle a été arrêtée et elle les enfile. Elle a un peu maigri. Elle prend le reste de ses affaires, c’est-à-dire rien, et attend qu’on vienne la chercher. Keen n’a plus l’air ni triste ni gai, Keen n’a plus l’air de rien. Elle hoche la tête quand Lydia passe devant elle et voilà tout.

Lydia suit la garde dans le bureau du directeur. Elle n’y est pas revenue depuis son arrivée dix mois plus tôt. Rien n’a trop changé. Peut-être que le directeur s’est un peu affaissé, c’est tout. Derrière lui, debout, un gros marshall lit un dossier en la matant. Le dirlo parle de trucs et de machins et puis il se tourne vers le gros flic qui s’avance vers elle. Elle a l’habitude, maintenant, et elle tend ses poignets.

Ils sortent comme ça, elle, menottée, et lui, la tenant par une courte laisse qui est attachée par un mousqueton à la chaîne des menottes. Il est presque midi quand il la pousse à l’arrière de la voiture de police.

Après le croisement avec l’I 75 on n’est plus dans l’Iowa. Le flic se gare dans un parking ombragé et la fait descendre. Il lui enlève ses menottes et lui montre les toilettes. Il ne dit pas de mots, sans doute qu’il croit qu’elle ne parle pas anglais. En reprenant sa place dans la voiture elle lui demande :

— How long is it to the airport ?

Il marque une pause avant de répondre ; c’est bien ça, il la pensait incapable de faire une phrase.

— Trois heures. Ton avion est demain à 5 heures, ce soir tu dormiras à la prison de l’aéroport. D’ici là, sauf si je te plais vraiment, on n’a plus de raison de s’arrêter.

— Tu ne me plais pas, ni vraiment, ni autrement.

— Y a pas de mal à demander. Je trouve que je suis quand même sympa.

— Sympa ?

— Pour les menottes, j’étais pas obligé. En plus, t’as des filles des fois, elles sont contentes de se dérouiller un peu la chatte en sortant.

— Pas moi.

— Y a pas d’offense. Remarque, j’ai lu ton dossier et j’ai vu ce que tu avais fait au mec, alors j’insiste pas.

— Tu veux dire que si j’avais été condamnée pour vol de voiture, t’aurais insisté ?

— Je veux dire que tu fais chier.

Ils roulent sans s’arrêter. À l’aéroport, il la confie à une officier d’immigration toute jeune, presque une môme.

La jeune la fait rentrer dans un bâtiment un peu en retrait du terminal A. Elle lui a remis les menottes sur le devant et la tire en laisse. Elles mettent toute une minute pour atteindre la porte au bout d’un couloir, moquette grise et murs jaunâtres.

La flique tire sur la chaînette pour que Lydia vienne à côté d’elle et elle tape le code sur la serrure électrique. Sur la porte il y a juste marqué ICE.

Un sigle que la Française ne connaît pas, sans doute un avatar de l’Immigration. Les Américains adorent ça, changer les sigles.

La salle derrière est vraiment grande, vraiment haute de plafond et éclairée comme un chantier d’autoroute. Tout le fond est occupé par des cages vides. Au milieu, une table avec des écrans et des chaises. Pour l’instant, un seul type est assis à la table. Un grand, avec une vraie tête de flic. La jeune a l’air d’une gamine à côté de lui. Tous les deux sont des Latinos, tous les deux des flics, et ça énerve Lydia.

Comme la jeune se penche pour lui ôter les menottes, elle se met à chantonner la fin de « Canción sin miedo », l’hymne des femmes mexicaines.

Elle répète deux fois « Pedimos justicia ».

Ce n’est pas grand-chose mais ce n’est pas rien.

D’ailleurs la fille a l’air émue et le grand type énervé. Lydia va directement s’allonger sur la couchette. Elle est crevée et elle pense qu’elle va s’endormir aussitôt.

Elle est moitié ensuquée quand le bruit de métal qui tape du métal la fait sursauter. C’est la petite Latina qui cogne avec son taser contre les barreaux de la cage. Elle sourit et lui tend un sandwich et un grand gobelet de café. Lydia se lève pour les lui prendre des mains. Les deux femmes se sourient. Pas un grand sourire de cinéma, juste les yeux qui brillent un peu et les bouches qui se détendent dans les coins.

Lydia n’a pas très faim mais elle déballe le sandwich et mord dedans, manière d’être polie. Pour le café, elle en prend une petite gorgée mais il est trop chaud et elle pose le gobelet par terre à côté du lit.

Elle se réveille après ce qui lui paraît être une longue sieste. Elle se sent bien, en tout cas mieux. Elle boit une gorgée du café. Il est encore chaud, enfin tiède. Elle n’a pas dû dormir plus de dix minutes.

Elle s’assied sur la couchette. Sa nouvelle meilleure amie n’est plus là et son collègue met beaucoup d’application à ne pas la voir.

Elle sort la lettre de Bartolomé de sa poche et la relit.

Bartolomé n’est pas son oncle mais c’était trop compliqué pour Keen. C’est un ami de son père et même l’Ami de son père : ils avaient fait leurs études ensemble et ne s’étaient guère quittés depuis. Bartolomé avait épousé Patrizia, la cousine de Jean. Parce que Jean n’avait pas de sœur. C’était la blague parmi les femmes.

Les hommes faisaient les leurs, de blagues.

Au café, au coin d’une cuite, il y avait toujours un malin pour dire que maintenant Bartolomé et Jean auraient pu se marier ensemble. C’était ça la blague des hommes. On faisait taire l’ivrogne, gentiment si on était entre soi, brutalement s’il y avait des touristes qui écoutaient. Quand Bartolomé avait rencontré Inca qui était venue passer l’été chez des amis parisiens, il l’avait présentée à Jean, évidemment. Jean cherchait femme et Inca était au-delà de ses rêves. Quand elle l’avait embrassé, il avait été comme mesmérisé tant il la situait au-delà de sa catégorie sociale et érotique. Il n’avait pas posé trop de questions, on avait fait le mariage hors saison. Lydia était née huit mois plus tard.

Bartolomé passait tous les jours chez eux, pour boire un verre ou proposer à Inca de l’emmener promener. Souvent il repartait avec Lydia sur les épaules en plus d’Inca à son bras.

Elle jouait avec ses cheveux qu’il portait longs. Quelquefois elle s’ennuyait un peu. Il devait le sentir et il la posait sur un muret et s’asseyait à côté d’elle. Il la faisait rire avec des dictons qu’il inventait. Son préféré, c’était : « Plus tu pédales moins vite et moins davantage tu avances. »

En fermant les yeux, Lydia sent presque l’odeur du maquis en hiver. Elle les ouvre. Elle repense à sa vie depuis un an.

C’est pas si facile. Tout de même, c’est allé vite. Il y a vingt-quatre heures, elle était la détenue FR153 du pénitencier de Cotten.

Chapitre 3

Deux ans auparavant c’était l’Événement de l’année à HECI : plus important même que la cérémonie des diplômes. C’était la visite de Steve Di Farro.

Beaucoup d’étudiants qui s’étaient inscrits dans cette école, l’avaient fait parce que le directeur leur avait promis cette visite de « son ami » Steve Di Farro, le patron de PEAR. PEAR était, est encore, le numéro 3 de la banque hors sol. Décrocher un stage de fin d’études chez PEAR, c’était le Graal pour les petits épiciers en devenir de l’école. Cette seule perspective justifiait le coût obscène de la scolarité. Pour l’essentiel, on y apprenait le global-english et le cirage des pompes.

Jean était notaire et l’immobilier touristique lui assurait sans trop de travail une aisance confortable : il avait payé sans sourciller.

Le jour de la conférence-visite de Di Farro, Lydia avait soigné sa tenue. Pas de maquillage, un jean soviétique un peu grand et un débardeur un peu gris à force d’être lavé. Les étudiants qui ne la connaissaient qu’en tailleur-pantalon bleu et chemisier de soie blanc étaient restés interdits quand elle avait passé la porte de l’amphi. Les autres étudiantes avaient disparu, d’un coup, invisibles, comme si on les avait débranchées. Même le directeur avait fait un bruit de baudruche qui se dégonfle dans le micro. Il s’était tourné vers Steeeeve (Il ne l’appelait que « Steeeeve » !) qui avait regardé Lydia s’asseoir et sortir son petit ordi chinois.

Comme ils avaient laissé les micros ouverts, tout le monde avait entendu Steve Di Farro demander à son pote qui c’était la fille avec un ordi sans pomme.

Tout s’était bien passé. Steve avait chopé une bimbo de deuxième année pour la soirée et avait laissé à Lydia son mail professionnel pour qu’elle lui envoie son CV. La bimbo avait confié en confidence à toute l’école et même au-delà qu’il avait été un peu brutal et qu’il adorait être sucé.

La rentrée suivante Lydia était au siège de PEAR près de Seattle. Elle partageait un bureau avec un Japonais discret dont on lui avait dit de se méfier. Pour le reste, elle ne rendait de comptes qu’à Steve. Une fois par semaine, il l’appelait au troisième et l’écoutait sans l’interrompre faire son rapport. Parfois, toujours s’il y avait des clients français, il l’invitait à déjeuner dans l’espace VIP.

Elle s’y montrait charmante, respectueuse sans flagornerie et compétente sans arrogance. Le Steve commençait à la calculer.

Vers décembre, à l’époque des mutations, il l’avait invitée à dîner pour considérer son avenir dans la société. C’était la manière habituelle pour dire qu’il allait lui proposer un poste et un contrat.

En voyant le nom du club chic où il l’invitait, elle s’était habillée en Parisienne, sexe mais pas trop, et coiffée en Inca. Ça la vieillissait et ça lui allait vraiment bien. Quand ils avaient traversé l’immense salle à manger, des têtes s’étaient tournées sur elle. C’était l’idée. Vu la clientèle de sa cantine, Steve seul impressionnait peu : il n’avait récolté qu’un ou deux hochements de tête et quelques clins d’œil qui étaient en fait autant d’hommages à son intention à elle.

Il lui avait proposé une sous-direction à l’international et pour le salaire un zéro de plus que ce qu’elle gagnait déjà et qui était plus que son père. Elle avait dit oui à tout et ils s’étaient détendus. Ils avaient bu des trucs qui n’avaient l’air de rien mais qui pétaient bien. Il lui avait proposé de continuer dans une boîte branchée pas loin et elle avait encore dit oui. Elle avait dit oui pour danser un peu et oui pour avaler la gélule bleue et rouge.

À un moment ou à un autre, elle avait dû dire non, parce que quand elle s’était réveillée, elle était nue et elle avait du sang sur le ventre. Steve gémissait recroquevillé contre une table basse. Il serrait entre ses jambes sa chemise en boule et essayait d’attraper son téléphone. Par réflexe, elle le lui avait tendu et l’avait écouté sans pouvoir se lever appeler le 911.

Quand ils étaient rentrés dans la chambre, elle sortait de la salle de bains. Elle avait lavé son visage du sang qui coulait autour de sa bouche et enfilé un peignoir.

Chapitre 4

À mi-chemin de la cascade des Anglais, il y a un gros, rond rocher de grès gris, très rond, un rocher de la forme d’une méduse. Pas quand elle est échouée sur la plage, la méduse, pas du tout. D’une méduse qui nage, voyez. Ah ! Et aussi, quand je dis gros, je dis gros : la taille d’une camionnette, celle du boucher par exemple.

Bon ! Vous imprimez, les citadins ? Le rocher-méduse posé au milieu d’une éclaircie, près du torrent, sur la boue sèche. Plus loin, des fougères, et plus haut, les pins.

Au printemps, quand le torrent est gros des neiges du Monte De Plata, le rocher est comme une île qui sépare le courant en deux bras, un large et un plus frêle. Mais là, on n’est plus tout à fait au printemps, on est au début de mai et ici, c’est presque l’été.

Il n’y a pas de risque qu’il passe quelqu’un. Il est vraiment tôt. Pour être là à cette heure-là, il faut partir bien avant le jour et c’est dangereux, ou bien dormir sur place, et c’est dangereux aussi.

De toutes les façons, des passants il n’y en a plus guère. À cause des meurtres.

La fille reste debout face au roc, immobile. Une fille pas grande, mince, avec de belles épaules fortes et un tout petit ventre. Elle a noué son paréo très bas, au ras de sa raie. Elle a des hanches bien dessinées. D’une manière générale, elle est très bien dessinée.

Elle regarde quelque chose, elle surveille. Pourtant il n’y a rien que le soleil qui passe tout juste la crête.

De temps en temps, elle frissonne. Un frisson lent qui fait un peu bouger ses seins et un peu ses épaules. Un frisson de jument qui s’ébroue.

Quand le soleil éclaire le sommet du rocher, elle roule une cigarette et l’allume. Elle la fume, ni lentement ni vite. La fumée est gris bleu, un peu comme la pierre.