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Plus redoutable que Nelson, William Sidney Smith, dont la statue accueille le visiteur au musée maritime de Greenwich, paraît de nos jours connu des seuls spécialistes. Si Bourrienne le considérait comme le plus grand ennemi, Napoléon, quant à lui, avouera au cours de ses derniers jours à Las Cases : « Il n’est point un méchant homme, j’en prends aujourd’hui une meilleure opinion ». Cet amiral et lieutenant général des Royal Marines fut détesté autant par Horatio Nelson que par l’amirauté, mais adulé par le peuple britannique. En avance sur son temps en matière d’armement et de stratégie, ses idées inspireront les responsables britanniques au cours des deux premières guerres mondiales pour la mise en œuvre des opérations spéciales.
Qui est cet homme autant admiré par ses équipages que par ses ennemis ? Qui est cet homme consacrant une bonne partie de sa fortune à l’abolition de l’esclavage ? Qui est cet homme, initiateur des commandos marine, organisateur d’opérations de services secrets ?
Qui est cet homme militant pour la création de navires-hôpitaux, d’ambulances, de canots de sauvetage, protecteur des collections de l’expédition scientifique d’Égypte contre l’avis des autorités britanniques ?
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Seitenzahl: 348
Veröffentlichungsjahr: 2020
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© Éditions Jourdan
Paris
http://www.editionsjourdan.fr
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ISBN : 978-2-39009-389-3 – EAN : 9782390093893
Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.
Jean-Patrick Marcq
William Sidney Smith, un amiral pas comme les autres
Avant-propos
«Fair is foul and foul is fair», Macbeth1, acte 1, scène ١
Pourquoi s’intéresser à William Sidney Smith ?
Sa statue au National Maritime Museum de Londres, placée au milieu d’un groupe de statues d’amiraux, ne nous apprend pas grand-chose. Paradoxalement, c’est en France que l’on prend conscience de la dimension particulière du personnage, nous incitant à aller plus loin. Approcher ce personnage hors du commun n’est pas facile, car une partie des archives déposées chez Lord Grenville fut détruite dans l’incendie de l’entrepôt d’un tapissier à « Cavendish square » et certains documents secrets entre Smith et les autorités de l’époque étaient systématiquement détruits. Aussi, il a fallu procéder par recoupements, utiliser d’autres sources pour apprécier le caractère particulier de William Sidney Smith. Fort heureusement, de nombreux documents conservés aux archives nationales, à la bibliothèque nationale, aux archives de Vincennes, à la Société humaine et des naufrages et les nombreux mémoires de ses contemporains français, hollandais, allemands, portugais, italiens et britanniques qu’il a côtoyés permettent de reconstituer un grand nombre de pièces manquantes.
Qui est cet homme, bête noire du Directoire et en particulier de Bonaparte ? Qui est cet homme, détesté par Horatio Nelson et par l’amirauté, mais adulé par le peuple britannique ? Qui est cet homme autant admiré par ses équipages que par ses ennemis ? Qui est cet homme risquant sa fortune personnelle pour faire abolir l’esclavage et rapatrier tous les prisonniers esclaves des Barbaresques ? Qui est cet homme, précurseur du renseignement stratégique, dont le modèle sera repris pendant la Deuxième Guerre mondiale ? Qui est cet homme, spécialiste des opérations commandos de marine, au fait de toutes les inventions en matière d’armement comme les caronades sur affût pivotant, les torpilles de Fulton, les roquettes de Congreve et les prototypes de péniches de débarquement ?
Qui est cet homme militant pour la création de navires-hôpitaux, d’ambulances, de canots de sauvetage, de lance-amarres et de systèmes de va-et-vient pour évacuer les équipages de navires naufragés ? Qui est cet homme s’investissant dans la création de sociétés internationales de sauvetage en mer ? Qui est cet homme, protecteur des collections de l’expédition scientifique d’Égypte contre l’avis de l’ambassadeur de Grande-Bretagne et sa hiérarchie ?
A contrario d’Horatio Nelson, peu de biographes se sont intéressés à William Sidney Smith. Une première étude fut publiée en 1839, un an avant sa mort, par Edward Howard ; une deuxième, plus intéressante, a été écrite par John Barrow en ١٨٤٨ à partir de sa volumineuse correspondance. Il faudra attendre ١٩٦٤ pour que l’on reparle de Sidney Smith avec la publication de Knight of the sword par Edward Russell, suivie en 1996 par a Thirst for Glory de Tom Pocock, spécialiste d’Horatio Nelson. Enfin, en 2009, l’Américain Joseph Parsons publia Overlooked Hero.
Dans ce dernier ouvrage, Joseph Parsons considère William Sidney Smith comme le plus grand héros britannique, et non Horatio Nelson, en se basant sur trois faits d’armes :
1) En 1793, sur ses propres deniers, il acheta à Smyrne, en Turquie, un caïque et fit voile vers Toulon. En une nuit, il détruisit quatorze navires français, dont dix navires de ligne, et les magasins de l’arsenal. Nelson se plaignit qu’il n’en fît pas assez.
En 1798, Nelson devint célèbre lors de la bataille d’Aboukir : ses treize navires détruisirent treize navires français au mouillage, dont certains en mauvais état. Cette action permit de bloquer Bonaparte en Égypte. Si Sidney Smith, écrit Parsons, n’avait pas détruit à Toulon dix navires de ligne, Nelson aurait eu à faire face à vingt-trois navires français.
2) En 1799, Bonaparte, se fixant pour objectif la conquête de Constantinople, entreprit de marcher au nord de l’Égypte avec 13 000 hommes. Sidney Smith, avec deux frégates et ses péniches de débarquement, renforça les fortifications de Saint-Jean d’Acre pour le bloquer. Après une bataille sanglante de deux mois sans le soutien de Nelson et de Jervis, il fut le premier à défaire Bonaparte à terre.
Nelson, mortellement blessé lors de la bataille de Trafalgar, devint le héros britannique par excellence, mais comme le souligne Joseph Parsons, si Smith n’avait pas bloqué Bonaparte à Acre, y aurait-il eu une bataille de Trafalgar ?
3) En 1807, l’Espagne et la France avaient l’intention de se partager les possessions du Portugal. Bonaparte voulait capturer la famille royale portugaise à Lisbonne pour prendre possession du fabuleux trésor royal. Sidney Smith fut envoyé par le gouvernement britannique pour forcer la famille royale, indécise, à s’enfuir avec leur trésor et les protéger au Brésil.
Pour leurs services rendus, ajoute Parsons, Nelson fut fait vicomte et héros national, le maréchal Arthur Wellesley reçut le titre de duc de Wellington, l’amiral John Jervis nommé pair (Earl).
Smith, pour ses services, ne reçut qu’en 1799 une gratification de 1000 £ que le gouvernement omit de payer.
En 1815, il est fait chevalier-commandeur de l’ordre du Bain, mais il faudra attendre 1838, alors qu’il a 74 ans, pour qu’il soit fait grand-croix de l’ordre du Bain par la reine Victoria.
L’ensemble de ces biographies concentrent leurs analyses sur ses succès militaires, mais s’étendent peu sur ce qui a permis de réussir ces actions et ses autres activités. Pourtant, elles lui confèrent une dimension supranationale et intemporelle, dépassant celle de héros de la nation britannique. Sidney Smith s’est, sur sa fortune personnelle, pleinement investi dans la lutte contre la piraterie et l’esclavage. Au grand dam de l’amirauté de l’époque, très rigoureuse sur la discipline, il a multiplié ses efforts pour améliorer la condition des équipages, celle des travailleurs des arsenaux et pour promouvoir le sauvetage en mer. Affichant une profonde indépendance d’esprit, il a protégé les collections de l’expédition scientifique d’Égypte.
Sa dimension européenne tient peut-être au fait qu’il a passé plus de temps en Europe et particulièrement en France (plus de vingt-huit ans) qu’au Royaume-Uni (moins de vingt ans). Parlant plus de cinq langues, bilingue en français, passionné pour les sciences, les arts et les lettres, il noua de fortes amitiés avec des spécialistes de toutes ces disciplines.
Remarqué par ses contemporains pour sa vivacité d’esprit mêlée de malice, son sourire ravageur, il est le centre d’intérêt dans les salons. Mais il est également connu pour ses excentricités, son anticonformisme. Sa personnalité assez égocentrique exaspérera ses détracteurs.
Dans ses mémoires, Bourrienne considère Sidney Smith comme le plus grand ennemi : « Sydney Smith est sans contredit celui qui nous a fait le plus de mal. »2
Bonaparte n’est pas en reste en écrivant à Marmont : « Smith est un jeune fou, qui veut faire sa fortune et se mettre souvent en évidence. La meilleure manière de le punir est de ne jamais lui répondre ; il faut le traiter comme un capitaine de brûlot. C’est au reste un homme capable de toutes les folies, et auquel il ne faut jamais prêter un projet profond et raisonné. Il serait capable de faire un projet de descente avec huit cents hommes. Il se vante d’être entré en étant déguisé à Alexandrie. Je ne sais si le fait est vrai, mais il est possible qu’il profite d’un parlementaire pour entrer dans la ville en étant déguisé en matelot. »3 Bonaparte n’avait pas tort sur ce point.
Napoléon, à Sainte-Hélène, avouera à Las Cases : « Après tout, Sidney Smith n’est point un méchant homme, j’en prends aujourd’hui une meilleure opinion, surtout d’après ce que je vois chaque jour des Anglais. »4
William Sidney Smith n’est pas un amiral comme les autres, c’est un Britannique comme on les aime, drôle, excentrique, au sourire désarmant, mais n’en est pas moins un redoutable tacticien avec un profond sens de l’Histoire.
En chaque être brille une étincelle divine (Leoš Janáček, 1862)
1. William Shakespeare, Macbeth, acte 1, scène 1.
2. Mémoires de M. de Bourrienne, ministre d’État : sur Napoléon, Volume 2, p. 231.
3. Mémoires de M. de Bourrienne, ministre d’État : sur Napoléon, Volume 2, p. 358.
4. Hicks P., Mémorial de Sainte-Hélène. Le manuscrit retrouvé (French Édition), Édition du Kindle, p. 637.
Chapitre 1 : Un caractère forgé par des antécédents paternels militaires et marins proches du pouvoir royal
La famille de William Sidney Smith se prétend descendre par une parenté collatérale de Sir Sidney Stafford Smythe, juge décédé en ١٧٧٨, de Percy Clinton Sydney Smythe ou de Sir Thomas Smythe. Ce dernier est considéré comme le grand mécène de l’école de Tonbridge par le biais de ses importantes donations transitant par la « guilde des Skinners »5.
Les auteurs de deux importantes biographies (Edward Howard6 et John Barrow7) s’accordent pour réfuter cette idée, l’un se référant aux recherches héraldiques d’Albert Woods du Lancaster Herald of Arms8, l’autre arguant d’un total manque de preuves en la matière. « La famille a revendiqué une parenté avec la famille du vicomte Strangford, mais a échoué à établir une telle ascendance… À mon avis, l’amiral ne descendait pas de la famille Strangford. Je n’ai jamais vu un titre de preuves à l’appui de cette revendication. »
Les biographes s’accordent sur des origines plus modestes de la famille remontant à son arrière-grand-père Cornelius Smith, capitaine. Il est né à Hythe en ١٦٦١ et marié à Mary Porringer, Irlandaise. Décédé le 26 octobre 1727, Cornelius est enterré dans la nef de l’église de New Shoreham, dans le Sussex, avec l’épitaphe suivante : « Here lie the body of Captain Cornelius Smith, of Dover, who served his King, Country, and Friend, faithful and honorable; he was an indulgent husband, a kind father, and friendly to his acquaintance. Who died much lamented the 26th of October, 1727, aged 66 years.»
De ce couple naissent plusieurs enfants qui seront militaires ou marins :
– Solomon Smith, lieutenant dans la Royal Navy, mort en 1747, à 43 ans, ayant eu un fils Salomon, lieutenant aussi dans la Royal Navy, qui serait décédé à bord du HMS Edgar.
– Abel Smith, lieutenant dans la Royal Navy, lui aussi décédé en service.
– Charles Smith capitaine, mort en 1728 en Caroline du Sud, ayant eu un fils Edward, tué à la bataille de la Guaira en 1743.
– Cornelius, mort en 1769, est enterré à Deal, ayant eu un fils Abel, capitaine, enterré en 1752 dans l’église Sainte-Margareth, à Westminster.
– Edward Smith, son grand-père, commandant la frégate HMS Eltham, remplaça le capitaine Edward Lushington, mortellement blessé au commandement de la frégate de soixante-dix canons HMS Burford,et fut lui-même mortellement blessé lors de l’attaque de La Guaira le 19 février 1743. Il est enterré à Antigua le ٩ juin ١٧٤٣, laissant deux garçons, Edward et John.
– Edward Smith, oncle de William Sidney, sera général commandant le 43e régiment. Gouverneur de Fort Charles en Jamaïque, il exercera d’importantes fonctions à la maison du roi, lui permettant d’être très proche du pouvoir. Il décédera à Bath le 19 janvier 1809. Cet oncle Edward sera pour William Sidney un relais très précieux.
L’influence du père
John Smith, son père, né à Douvres en 1725, capitaine au 3e régiment des « Guards » de la maison du roi et aide de camp de Lord George Sackville en ١٧٥٩, s’illustra à la bataille de Minden (guerre de Sept Ans)9. À la suite de cette bataille, le prince du Brunswick se plaint au roi George II de la désobéissance de Lord Sackville à ses instructions. Celui-ci est immédiatement relevé de ses fonctions de lieutenant général. Pour se justifier, Lord Sackville demande à être traduit en cour martiale. Le capitaine John Smith sera le seul témoin en sa faveur. Son témoignage d’importance permet à Lord Sackville d’éviter la peine de mort, mais le jugement est très sévère. La cour le reconnaissait coupable d’avoir désobéi aux ordres du prince du Brunswick et le déclarait incapable de tout emploi militaire au service du roi. Ce jugement devait être publié dans toutes les gazettes et lu dans tous les régiments pour rappeler l’importance de l’obéissance aux ordres.
Lord Sackville écrira : « J’ai lu attentivement le jugement de la cour martiale relative à l’affaire de Minden, toute ma garnison l’a étudiée, et j’ose affirmer qu’il n’y a pas un officier qui ne rougisse pas qu’une telle sentence ait pu être prononcée par un tribunal britannique ».
Exaspéré par la condamnation faite à Lord Sackville, John Smith démissionne de l’armée. En remerciement de son attitude, le père de Lord Sackville, Lionel Cranfield Sackville, duc du Dorset et « Lord Warden of the Cinque Ports »10, donne au capitaine John Smith une parcelle de terrain à Douvres située à l’est de la « Guilford Battery ». À sa retraite, le capitaine John Smith revient à Douvres et construit sur ce terrain une résidence d’été, à l’image de son caractère exubérant, connue sous le nom de « Smith Folly ». Il y recevait de nombreuses jeunes femmes et menait une vie joyeuse. Le « Dover guide » publié en ١٨٣٠ y fait référence : « Sur le terrain accordé par le Lord Warden Lionel Sackville près de la jetée du château de Douvres, le capitaine John Smith, père de Sidney Smith, construisit une curieuse et excentrique résidence d’été constituée de bâtiments bas avec des toits en coques de navire renversés qui auraient, dit-on, inspiré Charles Dickens pour décrire la maison de Peggotty dans son roman David Copperfield. Charles Dickens passait en effet chaque été par Douvres pour rallier sa villégiature estivale à Condette près de Boulogne-sur-Mer. Par la suite, une tour et un castelet seront ajoutés pour rappeler la prison du Temple, des extensions se poursuivaient dans la falaise à la manière des habitations troglodytes ».
John Smith occupa cette folie principalement pendant la période estivale et y décéda le 23 février 1804. Il la légua à son fils Sidney, qui la revendit dans les années 1830 lorsqu’il s’installa à Paris. Elle fut démolie à la fin du XIXe et disparut complètement au début du XXe siècle.11 L’écrivain John Biggs, dans A tour in the Kent publié en 1790, mentionne aussi cette maison extraordinaire. « Une promenade rapide sur les jetées, où j’ai vu deux “packet boats”12 (avec des exilés, volontaires et involontaires) en partance pour Calais ; aussi un Tender du Roi, et il y avait un Indiaman13 quittant le port14. — Beaucoup de matelots employés à la pêche au merlan. – petit déjeuner – puis nous marchâmes sur la plage. Regardant les nouveaux bains d’eau salée chaude et froide, où M. Smith a construit lui-même une extravagante maison, et a aussi creusé beaucoup de recoins étranges dans la falaise de calcaire qui sont maintenant abandonnés par l’extension de la ville. »
En octobre 1760, George III monte sur le trône, permettant le retour en grâce de Lord Sackville. Celui-ci recommande John Smith au poste de « gentleman Usher » de la reine Charlotte (١٧٤٤-١٨١٨). S’installant à Londres, John Smith rencontre Mary Wilkinson, fille d’un riche négociant Pinckney Wilkinson et d’une riche héritière de Norfolk, Mary Thurlow. Les Wilkinson demeurent non loin, à Hanover square, dans le quartier chic de Mayfair, et disposent d’une très belle propriété à Burnham Market provenant des Thurlow. Le fougueux John Smith épouse Mary Wilkinson sans le consentement de son père, Pinckney Wilkinson15. Celui-ci considérait John Smith comme un aventurier, un excentrique, un débauché, mais ne put empêcher leur fille de se marier avec lui. De cette union vont naître successivement trois garçons très différents.
5. La guilde des Skinners : La « Worshipful Company of Skinners » (vénérable compagnie des Pelletiers) aussi appelée Skinners› Company, ayant pour devise «To God Only Be All Glory». Cette corporation agit comme une association caritative.
6. Howard E., Memoirs of Admiral Sir Sidney Smith, T1, p. ٥.
7. Barrow J., The Life and Correspondence of Admiral Sir William Sidney Smith, p. 2.
8. ‘Lancaster Herald of Arms’: Institut chargé de la gestion des blasons.
9. La bataille de Minden eut lieu le 1er août ١٧٥٩ aux portes de la place de Minden en Rhénanie-Westphalie. Les armées britanniques et leurs alliés, le royaume de Prusse, vainquirent la France et ses alliés. Cet épisode décisif de la guerre de Sept Ans permit la conquête des colonies françaises d’outre-mer en Amérique et aux Indes par les Anglais, qui parvinrent à s’assurer pour le reste du siècle la suprématie maritime et coloniale.
10. Lord Warden of the Cinque Ports : en 1066, après la victoire à la bataille d’Hastings, Guillaume le Conquérant créa un poste de commandement au château de Douvres pour diriger les cinq places fortes portuaires protégeant l’Angleterre : Douvres, Hastings, Hythe, New Romney et Sandwich. Le chef de ce poste reçut le titre de « Lord Warden of the Cinque Ports ». Le lord Warden s’installa par la suite au château de Walmer, à Deal près de Douvres.
Les cinq villes portuaires obtinrent des droits et avantages en échange de la fourniture et de l’entretien d’une flotte composée de cinq bâtiments de guerre mise à disposition permanente du royaume d’Angleterre.
Par la suite, les villes portuaires de Rye, Seaford et Winchelsea rejoignirent les cinq premiers, portant à huit les membres des « Cinque Ports ».
La fonction militaire perdant de son intérêt au cours des années, le titre de Lord Warden devint honorifique.
Lionel Sackville, comte de Dorset (1727-1765)
Frederic North, Lord North (1778–1792)
William Pitt le Jeune (1792-1806)
Arthur Wellesley, duc de Wellington (1829-1852)
William Henry Smith (1891)
Winston Churchill (1941–1965)
Robert Menzies (1966–1978)
Elizabeth, la reine mère (1978-2002)
11. Smith’s Folly, Dover guide for 1830 de Warren, p. 97.
12. Packet boats : dénomination des navires qui faisaient la navette entre les ports anglais et le continent, sur la côte française ; on les dénommait malles.
13. Ostend East Indiaman : navire de la compagnie d’Ostende des Indes orientales ou Compagnie générale, impériale et royale des Indes.
14. Descriptions d’après John Byng, ‘A tour into Kent’ in 1790.
‘An early Stroll upon The Piers, where I saw two Packet Boats (with Exiles, voluntary, and involuntary) sail for Calais; also a King’s Tender: and there was an Ostend East-India man laying off The Harbour. – Many sailors employed in Whiting Fishing. – To Breakfast. – Then we walked upon The Beach. Viewing the new Hot and Cold Salt Water Baths, and to where Mr Smith with idle, extravagant oddity, has built himself a House, and has, also, scooped many Strange Recesses out of the Chalky Rock; which are now abandoned to the violation of The Town. ’
15. Pinckney Wilkinson (1693 - 26 février 1784), décédé à 90 ans, était un riche marchand de Londres qui s’est retiré des affaires à la mort de son fils Thomas. Sa fille cadette, Anne, épousa Thomas Pitt, membre du parlement.
Chapitre 2 : Une fratrie Smith soudée, l’influence de la famille maternelle (Wilkinson-Pitt)
William Sidney est né le 21 juin 1764 à Londres, dans les appartements de fonction de son père « gentleman Usher » de la reine Charlotte situés dans le quartier huppé de Westminster à Park Lane. Cadet de sa fratrie, il va entretenir des relations étroites avec ses frères, favorisant une entraide mutuelle qui fera naître chez ses détracteurs le sentiment d’une « mafia Smith ». Cette petite enfance passée au milieu de personnalités proches du pouvoir royal leur apporte une belle et forte assurance.
William Sidney a le plus d’affinités avec son père, il en a hérité un profond sens de l’honneur, l’extravagance, la générosité, mais aussi le caractère dépensier. À plusieurs reprises, William Sidney renflouera les dettes de son père et devra faire face lui-même à des problèmes financiers.
Charles Douglas, son frère aîné de trois ans, commence sa carrière comme page auprès de Lord Harcourt, vice-roi d’Irlande, puis s’engage dans le premier régiment de cavalerie le 5 octobre 1776 comme cornette (sous-lieutenant), nommé lieutenant au 22e dragons légers le 15 décembre 1779, puis capitaine le 20 novembre 1782 de son régiment des 13 colonies, il se trouve placé en demi-solde lors du démantèlement du régiment en 1783 et réaffecté au 32e dragons légers. Il épouse en 1790 Frances Woodcock. Nommé major au 21e dragons, il se retrouve à nouveau placé en demi-solde en 1798 en tant que lieutenant-colonel.
William Sidney interviendra auprès des autorités pour qu’il ait un métier plus stable et l’orientera vers celui d’administrateur colonial qu’il obtiendra en 1812, puis Lord Bathurst, secrétaire d’État à la guerre et aux colonies, lui octroiera le poste de lieutenant-gouverneur de l’Île-du-Prince-Edward. Cependant, son caractère méprisant, vindicatif et dispendieux le fait détester par ses administrés au point d’être rappelé à Londres en 1824. William Sidney sollicitera plusieurs fois le gouvernement britannique pour lui faire accorder une pension. Charles Douglas décédera en février 1855 à Dawlish dans le Devon, en laissant quatre garçons et quatre filles.
John Spencer, son frère cadet, né le 11 septembre 1769, va entretenir les relations les plus fortes et les plus complices avec William Sidney. Celui-ci fait ses débuts comme page de la reine Charlotte, puis devient lieutenant au 3e régiment des gardes à pied. Après un rapide passage dans la Royal Navy, il quitte l’armée pour la diplomatie, prenant son premier poste comme attaché d’ambassade à Constantinople. Polyglotte, il démontre des qualités de finesse et d’intelligence dans les relations internationales et pratique avec une certaine réussite le renseignement. Son physique avenant attire Constance Herbert, la fille de l’ambassadeur d’Autriche, le baron Herbert-Rathkeale. De leur mariage naissent deux enfants : William Sidney, qui sera capitaine de vaisseau, et Edward Herbert, qui sera révérend. Constance décédera à Vienne le 21 octobre 1829. John Spencer se retirera en France, à Caen, en se consacrant à la rédaction de plusieurs ouvrages. Il était très apprécié par la société normande, faisait de nombreuses communications auprès de différentes sociétés savantes. Docteur en droit civil et membre de l’Université d’Oxford et de la Société Royale de Londres, il décédera à Caen le 5 juin 1845.16
TONBRIDGE et l’influence des « Skinners »
La fratrie reçoit une éducation fortement influencée par la famille maternelle évoluant dans un milieu très privilégié avec un fort réseau politique qui leur sera très utile, mais perturbée par les conflits familiaux.
Leur mère, Mary Wilkinson, exerce une forte influence sur ses fils et leur enseigne les langues et en particulier le français ; ceux-ci prennent d’ailleurs l’habitude de correspondre avec leur mère en français.
Les trois garçons se trouvent familialement proches des décideurs politiques. Ils ont pour oncle Thomas Pitt, frère du Premier ministre William Pitt, l’ancien et 1er baron Camelford (3 mars 1737 - 19 janvier 1793). Thomas Pitt épouse Ann Wilkinson, sœur de leur mère Mary. De ce mariage naît leur cousine Ann Pitt, qui épousera William Wyndham Grenville, 1er baron Grenville (1759-1834), cousin de William Pitt. Il deviendra secrétaire d’État aux Affaires étrangères (1791-1804), puis Premier ministre (1806 - 1807). Son frère Thomas Grenville sera 1er lord de l’amirauté (1806-1807).
En 1814, en écrivant au père supérieur des lieux saints pour le remercier de son accueil fait à sa cousine lady Hester Stanhope, William Sidney soulignera son attachement à sa cousine. En effet, Hester Stanhope, fille du scientifique Charles Stanhope et de Hester Pitt, présente, par son caractère indépendant et fantasque, de profondes ressemblances et beaucoup d’affinités avec son cousin, William Sidney. Hester Stanhope a été présentée par Lamartine dans Voyage en Orient comme une femme extraordinaire, au rôle politique mystérieux, qui reçut plusieurs surnoms : reine de Palmyre, reine de Tadmor, la Sibylle, la Circé du Désert, la Sorcière de Djoune. Pierre Benoit, plus tard, dans son livre Lady Stanhope, La Châtelaine du Liban, cite un extrait du Voyage en Orient de Lamartine consacré à Lady Esther Stanhope : « nièce de M. Pitt, après la mort de son oncle, elle quitta l’Angleterre et parcourut l’Europe. Jeune, belle et riche, elle fut accueillie partout avec l’empressement et l’intérêt que son rang, sa fortune, son esprit et sa beauté devaient lui attirer ; mais elle se refusa constamment à unir son sort au sort de ses plus dignes admirateurs, et après quelques années passées dans les principales capitales de l’Europe, elle s’embarqua avec une suite nombreuse pour Constantinople. On n’a jamais su le motif de cette expatriation : les uns l’ont attribuée à la mort d’un jeune général anglais, tué à cette époque en Espagne, et que d’éternels regrets devaient conserver à jamais présent dans le cœur de lady Esther ; les autres à un simple goût d’aventures que le caractère entreprenant et courageux de cette jeune personne pouvait faire présumer en elle. Quoi qu’il en soit, elle partit ; elle passa quelques années à Constantinople, et s’embarqua enfin pour la Syrie sur un bâtiment anglais qui portait aussi la plus grande partie de ses trésors, et des valeurs immenses en bijoux et en présents de toute espèce ».1718
La famille entretient aussi des relations étroites avec des hommes influents comme le duc de St Albans, George Pitt, 2e baron Rivers, lord Delaware…
Sur les conseils des Pitt, membres de la corporation des Skinners, les trois garçons sont envoyés comme pensionnaires dans le prestigieux collège de Tonbridge19, à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de Londres, pour suivre l’enseignement de Vicesimus Knox20, réputé pour ses idées libérales inspirées de la pensée de John Locke. William Sidney sera fortement influencé par son enseignement correspondant à son caractère. Cette influence permet de mieux comprendre ce qui guidera William Sidney dans ses actions tout au long de sa vie.
Dans son ouvrage The history of Tonbridge school, Septimus Rivington rappelle que Sir Thomas Smythe, premier gouverneur de la Compagnie anglaise des Indes orientales, fut un grand bienfaiteur de l’école. Par testament daté du 18 avril 1619, il légua à la « Worshipful Company of Skinners », l’honorable corporation des pelletiers, une grande partie de sa fortune, à charge pour eux d’en faire bénéficier le collège de Tonbridge. L’établissement est membre du groupe Eton et entretient des liens étroits avec une des plus anciennes « livery companies » de Londres.
Le Good Schools Guide décrit cette école comme étant « réellement excellente ». Les frais d’inscription sont les plus élevés parmi les écoles privées de Grande-Bretagne (Public Schools), ils sont plus chers qu’à Eton et à Harrow. Néanmoins, un système de bourses permet notamment, par la corporation des « Skinners », aux garçons d’origine modeste d’y étudier.
En 1772, Vicesimus Knox, malheureusement malade, laisse péricliter le collège et, de fait, le nombre d’écoliers se trouve réduit à seize, dont huit pensionnaires ; trois d’entre eux sont les frères Smith. Il sera remplacé par son fils Vicesimus Knox II l’année suivante, qui donnera une nouvelle impulsion au collège.
Dans le même ouvrage The history of Tonbridge School, Septimus Rivington donne des indications sur le fonctionnement de l’école, principalement financée par la corporation des Skinners.
L’enseignement est orienté vers les lettres classiques latines et grecques en vers et prose, mais une grande attention est accordée aux langues vivantes (français et allemand).
Comme dans la plupart des « public schools », une grande partie du temps est consacrée au sport (dix-neuf heures par semaine en hiver et trente et une heures en été avec des stages pendant les vacances) ; on pratique le cricket, le football, le rugby, les fives (analogue à la pelote basque), un peu de gymnastique et du canotage.
Les punitions et châtiments corporels sont en vigueur. Ce pouvait être des pages à copier pour leçons mal apprises ou des infractions légères à la discipline, mais aussi la canne pour motif d’oisiveté flagrante, la flagellation avec une branche de bouleau pour des mensonges persistants et d’autres infractions morales. William Sidney garda un mauvais souvenir de ces punitions, ce qui l’amènera plus tard à éviter de les utiliser dans la Royal Navy en travaillant son autorité naturelle.
Ils auraient pu rencontrer un autre condisciple plus jeune, Pierre Dumoustier, qui passa trois ans à Tonbridge, de 1782 à 1785, avant de s’engager comme simple soldat en 1793 dans l’armée révolutionnaire. Aide de camp de Bonaparte en 1802, il retournera en Grande-Bretagne pendant la paix d’Amiens afin de revoir son ancien proviseur, Vicesimus Knox. Pierre Dumoustier terminera sa carrière comme général de division.
Le cottage de Midgham
Leur grand-père maternel, Pinckney Wilkinson, n’a pu se résoudre à accepter le mariage de sa fille Mary avec le capitaine John Smith. Aussi, il va favoriser par dispositions testamentaires sa fille cadette Ann et ne veut plus subvenir au paiement des frais de pension de Tonbridge. Mary et John Smith se disputèrent et se séparèrent. Mary s’établit à Bath et John loua ou acheta un cottage21 (ou manoir selon les sources) non loin de là, dans le petit village de Midgham dans le Berkshire, situé dans l’ouest de la vallée de la Tamise au sud de l’Angleterre, où résident les Pitt et les Wilkinson.
Les frères Smith quittent l’année suivante le collège de Tonbridge pour poursuivre au pensionnat de Bath un enseignement d’études classiques dispensé par monsieur Morgan. Ils sont autorisés à passer quelque temps chez leur père. Puis, John Smith, voulant se rapprocher de ses enfants, les retire de la pension de Bath pour les accueillir au cottage de Midgham.
William Sidney est décrit à ce moment-là par ses contemporains comme un garçon avenant, brun, aux cheveux bouclés, espiègle et pétillant, montrant peu de goût et d’aptitude pour les études sédentaires. Très créatif, généreux, chaleureux, il affirme un fort caractère et une forte opinion de lui-même. Très confiant en sa bonne étoile, son comportement traduit une certaine inconscience du danger, mais ses traits de génie lui permettent de se sortir des situations les plus périlleuses.
On cite volontiers cette aventure survenue pendant son séjour à Midgham à l’âge de 11 ans pour décrire ces deux traits de caractère principaux que Sidney affichera tout au long de sa vie : « Le jeune Sidney n’étant pas présent à l’office de la prière du soir, la famille s’inquiète ; on le recherche dans la campagne de Midgham et on le trouve finalement sur un étrange esquif au milieu de l’étang. Il avait trouvé au bord de l’étang un grand bac rond à lessive et s’en était servi comme esquif pour naviguer avec la fille du pasteur. Malheureusement, ayant perdu la branche qui lui servait de perche pour avancer, il ne pouvait plus manœuvrer et se trouvait bientôt au milieu de l’étang en eau profonde.
À la vue de la famille le recherchant, il les salue et leur demande d’attacher la ligne de son cerf-volant à son chien favori. Cela étant fait, il appelle son chien qui nagea en portant la ligne lui permettant ainsi de se haler. À terre, il dit à son père “Maintenant, père, allons à la prière”.
“Nous ferions mieux”, répondit le père, fort contrarié »
16. Annuaire des cinq départements de la Normandie, Caen, 1845, p. 897 et suivantes.
17. Les Lieux Saints et les missions que les pères de la Terre Sainte entretiennent en Palestine et ailleurs, librairie Poussielgue, Paris, ١٨٦٢, p. ٢٢٧-٢٢٨.
18. Benoit P., Lady Stanhope - La Châtelaine du Liban, Albin Michel, 1986, p. 1601.
19. Tonbridge School est une « public school», école privée pour garçons située à Tonbridge dans le Kent. Elle fut fondée en ١٥٥٣ par Sir Andrew Judd (ou Judde).
20. Le révérend Vicesimus Knox prit la succession de M. Towers en qualité de directeur en 1771. Son père était marchand à Londres, il avait lui-même suivi les cours de la « Merchant Taylors’ School ». Il fut professeur au St. John’s College à Oxford et resta seulement sept ans à Tonbridge. Malade, il laissa la direction du collège en ١٧٧٨ à son fils Vicesimus Knox II, qui redonna une grande dynamique au collège.
21. Pour Sidney Smith, repris par Edward Howard (op. cit. p. 9, 10, 11), il s’agirait d’un manoir construit par son grand-père Edward Smith. D’après Tom Pollock, (A thirst for glory, p. 2), Sidney Smith exagère, car le Hall Court manor serait un cottage loué par son père, John Smith.
Chapitre 3 : Une formation maritime acquise à bord pendant la guerre d’indépendance américaine et une promotion fulgurante.
Les trois garçons ne peuvent rester à Midgham livrés à eux-mêmes. Le capitaine Smith place alors Charles, son fils aîné, comme page auprès de Lord Harcourt, vice-roi d’Irlande. Songeant à l’avenir de ses deux plus jeunes fils, William Sidney et John Spencer, et connaissant le fort intérêt du roi Georges III pour la marine, le capitaine Smith les oriente vers la Royal Navy pour faire carrière.
À cette époque, on accédait au corps des officiers soit en suivant la formation dispensée par la « Naval Academy » de Portsmouth (qui prendra la dénomination en ١٨٠٦ de Royal Naval College) soit en embarquant comme « first class volunteer » (volontaire à titre gratuit) ou « captain’s servant », ordonnance du capitaine, sur un navire commandé par un capitaine de ses relations. Ce statut permet d’acquérir à bord les connaissances en navigation, en matelotage, en artillerie, en santé des équipages, en expression écrite et orale et en discipline, pour atteindre, au bout de trois ans, le grade de « midshipman »22. Il faudra encore trois ans pour préparer l’examen permettant d’accéder au grade de lieutenant, dont l’âge minimum requis était de 19 ans. À cet effet, chaque navire de la Royal Navy est doté d’une bibliothèque très fournie permettant au chapelain et aux officiers de donner leur enseignement. Une synthèse de plusieurs de ces ouvrages deviendra l’ouvrage théorique de référence pour les « midshipmen » à partir de ١٨٠٨ avec le Young sea officer’s sheet anchor : a Key to the Leading of Rigging, and to Practical Seamanship, rédigé par Darcy Lever. Les frères Smith, tout comme Horatio Nelson quelques années auparavant, choisissent cette dernière voie.
À 13 ans à peine, en juin 1777, William Sidney Smith embarque sur le HMS Tortoise, ancien navire de l’East Indian Company dénommé Grenville, de 33,52 m avec trente-deux canons. Ce « storeship », commandé par un Américain probritannique, Jahleel Brenton, a pour mission d’escorter un convoi de Portsmouth à New York. Le jeune Sidney est tout de suite impressionné par Jahleel Brenton, qui mène son navire comme une fringante frégate.
En janvier 1778, il met son sac sur la frégate HMS Unicorn de vingt-huit canons avec 198 hommes d’équipage sous le commandement du capitaine John Ford. Il va bénéficier sur ce navire du savoir du célèbre hydrographe Thomas Hurd, reconnu pour ses travaux sur la longitude. Le 6 février 1778, le HMS Unicorn capture le schooner corsaire McClary au large de Saint-Georges Bank, puis, le 10 juin 1778, prend le contrôle du corsaire Blaze Castle23.
À 14 ans, son premier combat
Le 26 septembre 1778, au large de Boston, naviguant de concert avec la frégate HMS Experiment de cinquante canons, ٣٤٥ hommes commandés par sir James Wallace, le HMS Unicorn affronte la frégate Raleigh de trente-deux canons armée par les « insurgents »24 avec un équipage de 238 hommes commandés par James Barry. Après un combat de plusieurs heures très violent, le HMS Unicorn capture la frégate Raleigh, perdant treize hommes et ayant de nombreux blessés, dont Sidney Smith (front ouvert par un éclat).
Le HMS Unicorn participe à de nombreuses autres opérations contre les corsaires « insurgents » au large des côtes de Nantucket, faisant, selon John Barrow, plus de deux cents marins de corsaires prisonniers.
Sidney Smith se fait remarquer pour ses qualités de meneur d’hommes : ainsi, coincé dans la soute à voiles, il réussit à grimper sur le pont supérieur et à larguer les canons pour redresser le navire couché dans un fort ouragan au large des côtes américaines en décembre 1778.
Le HMS Unicorn, en mai 1779, fait partie du groupe naval de cinq navires commandés par sir James Wallace en route vers New York dans le cadre d’un convoi de quinze navires du vice-amiral Marriott Arbuthnot.
Le 13 mai 1779, le HMS Unicorn participe à la destruction de trois navires français en baie de Cancale et au bombardement du port. Il s’agit de la frégate Danaé de vingt-six canons, de la corvette Valeur de six canons et de la gabarre de huit canons L’Écluse. Le HMS Unicorn devient le prototype de frégate de la Royal Navy pour la guerre d’indépendance. Après cette campagne très active, Sidney Smith quitte le HMS Unicorn pour rejoindre à Portsmouth, du 3 septembre au 25 novembre 1779, le HMS Arrogant, vaisseau de 3e rang de 74 canons, 51 m de long avec 550 hommes d’équipage ayant pour capitaine John Cleland.
Puis, à ١٥ ans et demi, il embarque en tant que midshipman à Spithead sur le HMS Sandwich, vaisseau de 2e rang de 90 canons, d’une longueur de 54,75 m avec un équipage de 750 hommes sous le commandement du capitaine Walter Young. Le HMS Sandwich porte la marque du fameux vice-amiral George Bridges Rodney25 chargé de constituer une force navale de vingt et un navires de ligne pour ravitailler Gibraltar, Minorque et les Antilles.
Le 8 janvier 1780, la force navale de Rodney, arrivée au large du cap Finisterre, attaque un convoi espagnol de quinze navires marchands escortés par le navire de ligne espagnol Guipuzcoana. L’ensemble du convoi est capturé, le navire d’escorte sera renommé HMS Prince William en l’honneur du prince William midshipman comme Sidney sur le HMS Sandwich et intégré à la flotte.
Le 17 janvier 1780, bataille du cap Saint-Vincent
La force navale britannique, grâce au doublage en cuivre des carènes de ses navires, poursuit et rattrape une flotte espagnole de treize navires de ligne, commandée par l’amiral Juan de Lángara, en capture cinq et en coule deux.
Le jeune midship Sidney Smith montre encore une fois ses qualités de hardiesse et de meneur d’hommes au cours de ce long combat qui a duré toute une nuit en pleine tempête. Il est remarqué par l’amiral Rodney, mais aussi par un autre midshipman, un an plus jeune, le prince William Henry, futur roi William IV. Celui-ci rapportera les exploits de Sidney Smith dans la bataille du cap Saint-Vincent contre la flotte espagnole en janvier 1780 au large du Portugal.
Le 17 avril 1780, la force navale de Rodney affronte l’escadre du comte de Guichen forte de vingt-deux vaisseaux de ligne, quatre frégates, deux corvettes et un lougre au large de la Martinique. Rodney veut attaquer l’arrière-garde de l’escadre française, mais par suite d’une mauvaise interprétation des ordres, le HMS Sandwich se trouve successivement attaqué par le Destin, le Vengeur et le Palmier et est gravement endommagé. À la suite de ce combat, probablement pour le préparer à sa future promotion et par suite du fort mauvais état du HMS Sandwich, Sidney Smith est affecté comme aspirant sur le cutter HMS Greyhound commandé par un lieutenant.26
À l’âge de seize ans, ayant passé avec succès son examen d’admission au grade de lieutenant, il est nommé le 25 septembre 1780 par l’amiral Rodney, promotion qui sera confirmée par l’amirauté le 29 août 1783 (l’âge minimum requis étant de 19 ans).
On le retrouve pendant cette période ; répertorié comme lieutenant du HMS Scourge, ancienne galère américaine Congress27 et lieutenant du sloop brick HMS Zephyr de 22 m avec 70 hommes d’équipage28.
Officiellement, il embarque sur le HMS Alcide, vaisseau de ligne de 3e rang de 74 canons, en tant que 5e lieutenant, commandé par le capitaine, Charles Thomson, et se distingue encore sous les ordres de l’amiral Thomas Graves à la bataille de la baie de Chesapeake le 5 septembre 1781. L’amiral Samuel Hood, remplaçant temporairement l’amiral Rodney, va perdre la bataille, en particulier du fait d’une mauvaise transmission des signaux entre navires.
Cet avantage donné aux Français sera pour Sidney Smith une grande leçon sur la nécessité d’une bonne communication entre les navires. Le 26 janvier 1782, l’amiral Rodney, reprenant la main, décide d’appliquer une tactique nouvelle inspirée du traité de l’Écossais John Clerk of Eldin (Essay on Naval Tactics) à la bataille de Saint-Kitts dans son affrontement avec la flotte de l’amiral de Grasse. Cette tactique consiste à briser la muraille adverse par des attaques perpendiculaires fulgurantes, « Breaking the line » pour pratiquer « l’action décisive ».
Sidney Smith participe à la bataille des Saintes du 9 au 12 avril 1782 qui donne la victoire aux Anglais. C’est la dernière bataille navale livrée dans les eaux américaines au cours de cette guerre d’indépendance des États-Unis. Son comportement ne passa pas inaperçu puisqu’il reçoit le commandement du sloop HMS Fury de seize canons, d’une longueur de 29,29 m avec 130 hommes d’équipage. Puis, le 18 octobre 1782, à moins de 20 ans, il obtient le commandement de la frégate HMS Alcmène, de trente-deux canons, d’une longueur de 42,20 m avec trois cents hommes d’équipage, ayant pour tâche de porter les dépêches de la nouvelle de la victoire. Sachant qu’il fallait dix-huit ans de service pour être promu « post captain » (officier supérieur), l’avancement de Sidney Smith s’est avéré fulgurant.
La victoire de la bataille navale des Saintes eut pour conséquence la signature de deux traités de paix à Versailles, l’un avec la France, l’autre avec l’Espagne le 3 septembre 1783. Suivant les usages britanniques, l’amirauté désarme alors une bonne partie de ses navires en mettant ses officiers en demi-solde. Sidney Smith revient en 1783 à Portsmouth, commandant en second de la frégate HMS Némésis destinée à être désarmée29.
22. Midshipman : aspirant ou cadet, grade accordé pour les officiers en formation. Après avoir servi au moins trois ans comme « midshipman » ou « master’s mate », il lui est permis de passer l’examen de lieutenant de marine.
23. Source base de données : 3 decks.
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