Yggdrasil l'Arbre monde - Sébastien Julian - E-Book

Yggdrasil l'Arbre monde E-Book

Sébastien Julian

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Beschreibung

Frey est une guerrière qui traverse le nord de la France du Moyen Âge pour accomplir sa mission. Elle est envoyée par les frères de l'abbaye de Couvin qui lui demandent de se rendre au Tronc Béranger. Björn, un autre guerrier de grande taille et son jeune apprenti devront se rendre jusqu'en Écosse pour lui venir en aide ainsi que Freyja, une déesse de la mythologie nordique dotée de pouvoirs magiques. Il y a bien sûr un méchant en la personne de Myrddin, un magicien d'origine bretonne qui risque de répandre le chaos dans le monde. De leurs actions dépendra la survie du monde, tout cela sur fond d'amitié, d'amour et d'aventures extraordinaires.

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Seitenzahl: 324

Veröffentlichungsjahr: 2020

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REMERCIEMENTS

Mes premiers remerciements vont naturellement à toi, Naty, ma chère et tendre, sans qui ce livre n’existerait pas. Merci de m’avoir écouté et guidé pendant l’écriture de ce roman. Merci d’avoir été un conseil et un soutien indéfectible. Je t’aime.

Madame Ginette Dallere, je tiens à vous remercier avec beaucoup de reconnaissance pour vos relectures et vos corrections. Merci pour toute cette bonne énergie et surtout d'avoir mis à la disposition de cet ouvrage votre connaissance du Moyen Âge et de l’Écosse.

Tara, tu as toute ma gratitude et je tiens à t'adresser ce grand merci pour tout le temps que tu as passé à lire et relire le manuscrit pour débusquer les dernières fautes.

Monsieur Jean Vermeil, un grand merci pour votre expertise professionnelle et pour vos encouragements.

Et enfin un grand merci à toi, Marisa, pour ton enthousiasme.

Sommaire

PREAMBULE

CHAPITRE 1

CHAPITRE 2

CHAPITRE 3

CHAPITRE 4

CHAPITRE 5

CHAPITRE 6

CHAPITRE 7

CHAPITRE 8

CHAPITRE 9

CHAPITRE 10

CHAPITRE 11

CHAPITRE 12

CHAPITRE 13

CHAPITRE 14

CHAPITRE 15

CHAPITRE 16

CHAPITRE 17

CHAPITRE 18

CHAPITRE 19

CHAPITRE 20

CHAPITRE 21

CHAPITRE 22

CHAPITRE 23

CHAPITRE 24

CHAPITRE 25

CHAPITRE 26

CHAPITRE 27

CHAPITRE 28

CHAPITRE 29

CHAPITRE 30

CHAPITRE 31

CHAPITRE 32

CHAPITRE 33

CHAPITRE 34

CHAPITRE 35

CHAPITRE 36

PREAMBULE

Au commencement était l’arbre monde.

Au sud, il y avait la terre du feu et au nord, celle de la glace. Entre les deux mondes se trouvait le grand abîme qui les séparait et au fond de ce gouffre était le royaume des morts.

Ygg, le père de toutes choses, planta une graine qui poussa et poussa encore jusqu’à devenir l’arbre monde. Ses racines s’enfoncèrent dans les terres du dessous tandis que ses feuillages accueillaient les royaumes du dessus. Ygg plaça trois autres mondes entre ceux du dessus et ceux d’en dessous : le royaume souterrain des nains, cupides et avares de leur or, celui des géants, belliqueux et toujours en guerre contre les dieux et par-delà les grandes montagnes, Midgard, la terre du milieu pour abriter les fils des hommes.

Ygg trouva que l’arbre était bon et il lui donna le nom d’Yggdrasil.

CHAPITRE 1

L’EMBUSCADE

La nuit était tombée sur la forêt d’Arrouaise1 et avec son linceul de ténèbres le froid avait anesthésié toute la vallée Mulâtre. Cela faisait deux jours qu’elle avait quitté les frères de la bonne ville de Couvin pour rejoindre le lieu-dit le Tronc-Béranger et si les conditions atmosphériques avaient été favorables, elle y serait déjà arrivée. Malheureusement, depuis son départ un épais brouillard l’avait empêchée d’avancer à une allure convenable. Il n’y avait rien de pire que de voyager sur de longues distances sans visibilité, mais malgré le manque de repères, elle savait qu’elle avait au moins parcouru plus de la moitié du chemin. Pour le moment, ce qui comptait c’était de trouver un endroit sûr pour passer la nuit et si elle n’avait pas été retenue par cette bande de maraudeurs, elle serait déjà en train de manger et de boire.

C’est à la sortie du bois de Mennevret2 que la dizaine d’individus lui étaient tombés dessus. Ils n’avaient pas pris la peine de feindre la chute d’un arbre ou de faire comme si un fermier s’était fait attaquer par un loup alors qu’il cherchait du bois pour réchauffer sa chaumière. Non, ils avaient repéré ce voyageur solitaire emmitouflé dans sa cape qui serrait les brides de sa monture et luttait contre le froid. Elle n’était pas de nature frileuse, mais tout comme la brume, le froid qui s’était abattu sur tout l’empire n’avait rien de normal et même elle qui était habituée à des températures basses le sentait pénétrer jusque dans ses os. Pour cette bande de voleurs de bas étage, il n’était certainement pas nécessaire de surprendre ce voyageur isolé, car, même si l’inconnu était armé, ils étaient dix contre un et ils allaient le faire passer de vie à trépas en espérant y gagner une ou deux pièces d’argent.

Elle tomba nez à nez sur la bande de scélérats qui jaillit de derrière quelques arbres et bosquets en hurlant, leur arme à la main. Ils n’eurent pourtant pas le temps de l’encercler qu’elle avait déjà mis pied à terre dans un jeté de jambe qui aurait impressionné petits et grands si elle avait été déguisée en indien et poursuivie par un cowboy dans un spectacle de rodéo. Mais non, ce que ces hommes dont le destin était déjà scellé virent face à eux lorsqu’elle rejeta en arrière sa cape sombre, ce n’était pas un artiste de foire habile. Ce n’était pas non plus un simple voyageur ni même un soldat de retour d’une expédition quelconque qui allait dépenser sa solde en beuverie. Non, la guerrière qui se tenait devant eux avait un corps massif et portait sur des hanches larges une épée longue à double tranchant qu’aucun d’entre eux n’aurait pu garder plus de cinq minutes en position médiane, même en la tenant à deux mains.

Son corps semblait avoir été sculpté dans une pièce d’acier et le corset de cuir qui maintenait ses deux seins laissait apparaître des épaules et des bras gras et à la peau laiteuse. Mais personne ne s’y serait trompé, sous cette couche de graisse s’entremêlaient des muscles entraînés et un corps d’athlète. Elle portait une jupe qui descendait à mi-cuisses et des bottes en cuir pour seule protection. Ses cuisses et ses genoux étaient aussi impressionnants que tout le reste de son corps et finissaient de faire d’elle une amazone au visage doux et à la chevelure blonde tressée qui tombait sur des reins généreux.

Ils n’eurent pas non plus le temps de finir leur manœuvre d’encerclement qu’elle brandissait déjà Moordenaar3 hors de son fourreau. Moordenaar, la pourfendeuse, émettait une vibration étrange et inquiétante. Cette vibration c’était la soif que ressentait cette arme lorsque le combat commençait. Elle avait soif de chairs et d’os bien sûr, mais si on la surnommait la pourfendeuse c’est parce qu’elle était le juge et le bourreau et qu’elle avait le pouvoir de trancher jusque dans l’âme et l’esprit.

Ils se jetèrent tout de même sur elle frénétiquement, sans se douter une seule seconde de l’issu du combat. Les deux premières victimes furent littéralement coupées en deux au niveau de la taille avant même qu’elles n’aient pu abaisser leurs armes sur elle. Elle poursuivit son geste en tenant son épée à deux mains et coupa une jambe puis le bras de deux autres bougres qu’elle achèverait plus tard. Le sang appelle le sang. Elle eut juste le temps de parer un coup de hache qui venait de la droite dans une clameur métallique puis d’esquiver un autre assaut. Malgré son corps massif, elle effectuait une chorégraphie d’une rare élégance et, si le prix n’avait pas été la vie de ces dix hommes, cela aurait bien mérité une salve d’applaudissements. Les quatre suivants offrirent plus de résistance, mais elle en vint malgré tout à bout en laissant leurs corps inanimés s’allonger les uns après les autres sur le tapis de feuilles mortes dans des positions peu propices au sommeil. Il ne restait plus que deux assaillants qui avaient pris conscience de leur erreur et s’étaient mis en retrait durant cet échange de coups. C’est elle qui se jeta sur eux pour en finir. Le premier reçut la lame de la pourfendeuse sur le haut du crâne qui eut pour effet de le tuer net avant même qu’elle ne s’enfonce entre ses deux oreilles et finisse par le couper en deux morceaux qui tombèrent de chaque côté. Le second fut moins chanceux, car elle dut s’y reprendre à deux fois avant de lui ôter la vie tandis que ces intestins se vidaient sur ses bottes.

Une fois la bande de brigands mise hors d’état de nuire, elle ne s’accorda que le temps de nettoyer Moordenaar avant de la ranger dans son fourreau. Elle ramassa son manteau pour le poser sur ses épaules avant de rejoindre sa monture qui avait trouvé un carré de prairie à l’écart du champ de bataille et broutait allègrement en attendant sa maîtresse. Elles reprirent toutes les deux la route à pas d’homme et trouvèrent Bohain4 en moins de deux heures. Le bourg allait certainement offrir à l’une le souper et le coucher et à l’autre une écurie et du bon fourrage. Elles y passeraient la nuit et au matin elles reprendraient leur route vers l’Artois.

Le bourg avait la réputation d’être imprenable et servait à la défense de la frontière du Saint Empire Romain. Il s’agissait en tout et pour tout de quelques fermes éparpillées sur une terre calcaire et protégées par les prémisses d’un château fort. Cette fortification fabriquée en pierre servait de garnison aux soldats envoyés par les évêques de Dinan pour le compte de l’empereur fraîchement couronné sur le trône de Charlemagne. Il y avait aussi une église autour de laquelle une centaine d’âmes avaient bâti leurs maisons. On y trouvait naturellement une taverne pour accueillir les quelques voyageurs et marchands qui venaient régulièrement sur la place du marché échanger et vendre depuis l’autre bout de l’empire. C’est ainsi que les plus grandes fables traversaient le temps et l’espace, par l’intermédiaire de marchands venus de royaumes lointains et colportant des histoires plus folles les unes que les autres. C’est ainsi qu’on racontait encore, presque deux mille ans plus tard, que Rome était née de deux jumeaux et d’une louve. C’est ainsi qu’un pachyderme albinos nommé Abûl Addas avait vécu à la cour du premier roi des Francs et c’est ainsi que pendant des années, du nord au sud et de l’est à l’ouest, on raconterait l’histoire de cette guerrière nordique qui avait traversé tout l’empire pour mettre à mal l’envahisseur aux portes du Vermandois ; plus de mille hommes en tout dans un combat qui dura toute une nuit.

Après avoir trouvé un abri pour sa monture, elle entra dans la taverne. C’était un endroit sombre, au plafond haut, éclairé par quelques bougies et par les flammes d’un feu qui se consumait en continu dans une grande cheminée ouverte. Un mélange de pisses et de sueur montait du sol et l’obligea à déglutir. Un grand homme à la panse prédominante et avec une patate à la place du nez passait de table en table avec un pichet de mauvais vin à la main. Il remplissait au hasard les verres vides de quelques soldats venus entre deux gardes se remonter le moral. Dans un autre coin, une jeune fille en haillons gardait la tête basse et faisait des allers-retours pour récupérer les verres et les plats vides sur les tables inoccupées.

Frey traversa la salle sans que personne ne remarque sa présence et alla s’asseoir en face de l’âtre. À la lumière du feu qui faisait vaciller ce côté de la pièce, elle retira ce qui était apparu comme une simple cape noire à ses assaillants de la forêt et qui, en réalité, était un superbe manteau parfaitement façonné en plumes de faucons. Le manteau la recouvrait jusqu’à mi-bottes et on aurait pu le confondre avec deux grandes ailes aux reflets bleutés prêtes à se déployer. Avant de prendre place sur le banc crasseux, elle jeta ses ailes sur la table en bois massif et retira sa ceinture ainsi que le fourreau de son épée qu’elle déposa par-dessus.

Le gros homme qui l’avait aperçue depuis son entrée s’approcha d’elle après avoir fait un détour pour attraper un verre presque propre.

- Bien le bonjour ma p’tite dame.

Il déposa le verre sur la table en face d’elle et le remplit d’un liquide rougeâtre qui ressemblait à du vin.

- Vous voudrez autre chose ?

- Apporte-moi à manger ce que tu as et prépare-moi une chambre pour la nuit !

- C’est pas une heure pour voyager ma p’tite dame ; même avec une épée comme la vôtre…

- Par l’œil de mon père ! Apporte-moi à manger !

Elle avait parlé assez fort pour sortir de leur léthargie deux soldats qui retournèrent aussi vite à leurs rêveries. Un troisième hoqueta dans un relent de boisson et s’affala sur la table en faisant sursauter un verre vide.

- Ça va, ça va…

Il s’éloigna en grommelant tout en traînant les pieds de mécontentement. Le feu crépita.

Elle était bien loin de chez elle. Bien loin des siens aussi. Ici il n’y avait pas de grandes salles lumineuses remplies de tablées joyeuses. Il n’y avait pas non plus de grands guerriers ivres de sang et d’hydromel. Pas d’histoire de conquête ou de mer déchaînée. Pas de chants non plus.

Nous voilà de retour, Notre-Dame Pour manger et festoyer Pour boire et pour chanter Nos défaites et nos victoires Mais surtout nos victoires Une moitié pour toi Et l’autre pour Odin

Ici les gens étaient gris et pour la plupart ils transpiraient la couardise. Ils attendaient jour après jour que la mort les surprenne sans aucun but sinon celui de survivre le plus longtemps possible, et en attendant l’échéance, boire le plus possible pour oublier la tristesse de cette existence. Elle repensait à cette bande qui l’avait surprise. Elle se disait que ses sens étaient quelque peu émoussés et que cela n’était pas seulement dû à la fatigue.

Le gros tavernier la surprit dans ses pensées.

- Voilà ma p’tite dame !

Il avait apporté une assiette pleine d’une bouillie brunâtre et épaisse dans laquelle on pouvait distinguer ce qui avait dû être des morceaux de viande et certainement quelques racines. Le tout trempait dans une sauce que le marmiton avait rallongée jour après jour en y rajoutant certainement des morceaux de pain rassis et du vin ainsi que des épices pour relever le goût amer, mais aussi, et surtout pour enlever l’aigreur. Le tout macérait toute la journée dans un grand chaudron suspendu dans un coin du feu au-dessus de quelques braises. Il avait ensuite rempli le verre et avait repris son chemin de ronde entre les tables et les corps pleins de lassitude de ces bonhommes qui attendaient jour après jour, saison après saison, que rien ne se passe.

Elle engloutit son plat et en commanda un second qu’elle avala aussi vite puis elle se leva. La nourriture non plus n’avait rien de comparable avec les plats qu’on lui servait jadis à la cour. Elle se rappelait entre autres les tablées d’après bataille où l’on servait aux braves du veau et du mouton accompagnés de navets, radis, poireau et de champignons. Il y avait aussi le fromage de chèvre et le skyr5 dont elle raffolait.

Elle débarrassa la table de ses ailes et de son épée et jeta sur la table une pièce bien façonnée et plutôt blanche. Sur l’une des faces, on pouvait distinguer un faucon et Freyja6 inscrit en écriture runique. L’aubergiste lui indiqua une porte derrière laquelle elle trouverait une pièce qui servirait sinon de chambre au moins de couchage. Elle disposait d’un matelas rembourré avec de la paille et d’une couverture crasseuse et rêche. Un chandelier était allumé sur un petit tabouret à trois pieds qui avait dû servir à la traite dans une autre vie et qui éclairait d’une lumière chancelante la petite pièce sans fenêtre. La pièce était étrangement assez chaude ; certainement parce qu’elle se trouvait entre la grande salle et l’écurie dans laquelle son cheval tenait compagnie à quelques bêtes de somme. Dans toute sa vie, elle avait dormi partout où cela était possible de dormir et même si elle reconnaissait bien volontiers les vertus du satin elle n’avait jamais éprouvé le moindre mal à s’endormir.

Frey ferma la porte et la cala avec son épée. Elle se jeta sur la couche et s’endormit donc d’un sommeil lourd, mais agité.

1 Forêt d’Arrouaise est le nom d’une forêt connue au Moyen-Âge dans le nord de la France.

2 Le Bois de Mennevret se trouvait près de la ville de Bohain-en-Vermandois et faisait partie au Moyen-Âge de la forêt d’Arrouaise.

3 Moordenaar est le nom d’une épée magique. Vient certainement du mot néerlandais qui signifie tueur ou assassin.

4 Bohain (Bohain-en-Vermandois) est un village du Vermandois dans le nord de l’Aisne actuel.

5 Le Skyr est un dessert norvégien à base de lait entier qui se situe entre le yaourt et le fromage blanc.

6 Freyja est une déesse importante du panthéon nordique.

CHAPITRE 2

FREYJA ET L’HOMME EN BLANC

Un faucon survolait Fólkvangr7. Il battait de temps en temps des ailes et se laissait porter par les courants ascendants en faisant de larges huit au-dessus de la vallée. Il avait l’envergure d’un faucon pèlerin, mais son plumage avait des reflets bleutés. De temps en temps, il battait des ailes pour reprendre de l’altitude puis il se laissait porter à nouveau.

Au nord de Fólkvangr une forêt dense, principalement composée de pins et d’épicéas, s’étendait sur un terrain vallonné qui avait pour seule limite de grands massifs couverts de neiges éternelles. Cette vallée verdoyante était le domaine de Dame Freyja. Il s’étendait sur plusieurs lieues d’est en ouest. À l’est, un manoir aux multiples tours était accroché en haut de la falaise qu’un fjord avait creusée. Une vapeur blanche montait perpétuellement d’une eau bleue et transparente qui serpentait jusqu’à la mer.

De sa hauteur l’oiseau de proie observait la longue file qui venait de l’ouest, composée de milliers d’hommes venus recevoir les honneurs. Freyja se tenait debout à l’entrée de son palais et les regardait, elle aussi, répondre à son invitation. Il y avait deux destinations pour les hommes qui étaient morts bravement au combat. Ceux qui avaient combattu dans un esprit de conquête et qui étaient morts sur le champ de bataille avec leur arme à la main étaient conduits au Valhöll8 par les Valkyries et Odin, le père de tous les dieux, les recevait avec honneur et les préparait pour le combat final, le Ragnarök9. Les autres, qui avaient été au combat pour défendre leur famille et leur village et qui avaient aussi fait preuve de bravoure, étaient accueillis par la première de Valkyries, Dame Freyja, dans son domaine et elle leur rendait à eux aussi les honneurs, mais cette fois-ci pour un repos bien mérité.

Comme il l’aurait fait pour voir un lapin ou un chat des forêts plus en détail, le rapace s’arrêta dans le ciel en vol stationnaire qu’il maintenait en battant des ailes rapidement. Il zooma sur l’un des personnages en poussant des cris stridents. L’homme n’avait rien à voir avec le reste des guerriers qui s’effaçaient en même temps que le regard de l’oiseau se concentrait sur lui. Il était de belle stature et n’avait rien à envier aux autres. Son teint était plutôt pâle, son visage émacié et ses cheveux longs et lisses plus noirs que l’ébène tombaient sur des épaules larges. Il n’avait pas non plus les habits traditionnels d’un Viking. Un pantalon en chanvre gris ou marron tenu par une ceinture en cuir. Une chemise dans les mêmes teintes et un manteau en laine approximativement blanc. Il n’avait pas non plus à la main une longue épée ou une hache, pas plus qu’un casque ni de bracelets de force aux poignets. Non, l’inconnu avait pour seul habit une simple toge blanche fabriquée dans une unique pièce de lin et tenue à la taille par une corde nouée sur un côté. À ses pieds, pas non plus de bottes en cuir de nubuck ajustées sur le mollet par cinq sangles, mais une paire de Nike Air Max.

Alors qu’elle regardait la scène au travers des yeux de l’oiseau, l’homme leva son regard vers le ciel pour lui signifier qu’il se savait observé puis il se tourna vers le manoir et tendit un bras dénudé devant lui. De l’index il pointa la déesse de la guerre qui à l’autre bout de la vallée sentit la peur descendre comme un frisson le long de sa colonne vertébrale.

7 Fólkvangr est une plaine où règne la déesse Freyja et où se retrouve la moitié de ceux qui meurent au combat.

8 Le Valhöll est dans la mythologie nordique le paradis réservé aux combattants qui sont morts bravement.

9 Le Ragnarök est un récit de la mythologie nordique qui raconte la fin du monde.

CHAPITRE 3

LE MAUVAIS RÊVE

Frey se réveilla en sursaut.

Bien qu’elle n’eût pas encore repris tous ses esprits, elle se jeta hors de la couche et roula sur le sol en attrapant au passage l’épée encore dans son fourreau. Le tabouret bascula avec le manteau sur le sol qui accueillit aussi la femme dans une roulade improvisée.

Elle resta un instant assise par terre, adossée à la porte. Toute cette gymnastique n’avait été qu’un simple réflexe. Elle avait sorti son épée du fourreau qu’elle avait jeté sur le côté et la tenait devant son visage face à l’homme en blanc qui s’évanouissait en même temps qu’elle revenait à elle.

Elle était maintenant bien réveillée, mais garda tout de même la position jusqu’à ce qu’enfin elle se décida à plier ses affaires pour reprendre la route.

CHAPITRE 4

LA SOURCE DE LA RIVIÈRE BRILLANTE

Elle avançait toujours en direction de l’ouest et avait marché à pas d’homme devant sa monture dont elle avait tenu la bride serrée. L’animal avait été agité dès lors qu’elle avait quitté la ville. Par un temps pareil, elle n’aurait pas été plus vite en la chevauchant.

Elle avait repris la route depuis le lever du soleil et n’avait parcouru que trois lieues tellement la vallée était recouverte de cette brume qui ne lui permettait pas de voir à plus d’un jet de pierre.

Malgré tous ses efforts pour chasser l’image de sa tête, elle restait hantée par l’homme en blanc et par son doigt planté vers elle. En fin de matinée elle était enfin arrivée à la source de la rivière brillante10. Sa destination finale était encore à plus de huit lieues, mais elle devait d’abord s’arrêter ici. Le cours d’eau servait de frontière entre le royaume et l’Empire et tout au long du parcours qui l’amenait jusqu’à la grande ville marchande d’Anvers pour se jeter dans la mer, le cours d’eau avait fait prospérer bon nombre de cités qui profitaient toujours de cette voie navigable.

Cela faisait longtemps qu’elle n’était pas retournée à la source et elle espérait y trouver, toujours debout, le bastion du Saint Empire Romain 11 le plus occidental. La place forte qui se dressait tout près ne servait pas uniquement à la protection de la frontière contre les invasions françaises. Elle avait été bâtie jadis, à la demande de César lui-même, pour protéger la source, car pensait-on encore depuis plus de mille ans, si ce petit filet limpide venait à être interrompu, l’empire en subirait les conséquences. Un empire en avait remplacé un autre, mais la source avait subsisté. C’était un camp pouvant accueillir une centaine d’hommes clôturé par de grands rondins de bois taillés en pointe et équipé d’un chemin de ronde et d’une tour de guet qui permettait à une vigie de surveiller tout autour le moindre mouvement. On trouvait beaucoup de ces campements tout au long de la frontière qui passait, en fonction des victoires ou des défaites, entre les mains de l’une ou l’autre des factions ennemies. Mais peut-être à cause de la source ce campement était devenu un peu plus important que les autres.

Notre amazone avait, malgré tout, réussi à approcher la rivière quelques mètres en aval et sans que la garde ne s’en aperçoive, elle était remontée le long du lit jusqu’à la source. Si un peu plus loin la rivière était assez grande pour permettre la navigation, il ne s’agissait ici que d’un simple filet d’eau limpide qui traversait un sous-bois de frênes et de sapins. Par endroit, même, l’eau disparaissait et laissait apparaître quelques cailloux et une terre craquelée pleine de limon qui lui donnait cette couleur turquoise.

Le brouillard s’était un peu dispersé et Frey distinguait maintenant la clairière artificielle. Au milieu se dressaient les herses et la grande barricade en bois. Le monde avait changé partout, mais cette fortification tout en rondins était restée la même que dans ses souvenirs.

Elle entra dans la clairière en tenant sa jument toujours par la bride. Elle se savait observée depuis peu, mais avait continué à marcher à découvert jusqu’à mi-chemin. Maintenant la garde devait normalement s’être aperçue de sa présence. Elle tendit les bras en croix tout en continuant à avancer. Elle s’écarta de sa monture et lâcha la bride.

- Je viens en paix !

Pour seule réponse elle entendit le clic d’une arbalète que l’on armait. Elle sentait la pointe du carreau dirigée sur elle. Celui qui la tenait en ligne de mire était à quelques mètres derrière elle ; un peu sur sa gauche. À cette distance ce genre d’arme faisait toujours mouche sauf si, celui qui se tenait du bon côté était saoul ou bigleux.

Elle garda la position un instant. Elle aurait pu, bien entendu, le tuer ou simplement le désarmer avant même qu’il n’ait le temps d’appuyer sur la gâchette, mais c’était encore un enfant. Elle le savait sans même l’avoir vu. Le jeune homme d’à peine dix-sept ans se retenait pour ne pas trembler. Il se sentait submergé. Son cœur s’était accéléré et il faisait tout pour ralentir sa respiration. Il marchait lentement derrière sa proie, son arme pointée droit devant lui. Il était passé d’arbre en arbre tant qu’il avait pu et depuis qu’elle avait quitté le sous-bois où se trouvait la source, il se tenait à découvert à une distance suffisante pour la toucher d’un trait en cas de mouvement suspect. Quand elle s’était arrêtée, il s’était arrêté et ses bourses s’étaient serrées en lui assénant une douleur qui lui tordit les intestins. Il avait du mal à déglutir tellement sa bouche était devenue sèche. Il sentait aussi son cœur tellement fort dans sa poitrine qu’il pensait qu’elle allait exploser. Une sueur froide coulait maintenant le long de sa tempe droite.

Elle se rappela l’entraînement des jeunes recrues qui venaient régulièrement grossir les rangs de la garde. Les manœuvres d’attaque et de repli. Les règles de sécurité qu’on leur faisait répéter jour après jour en cas de contact avec un étranger autour de l’enceinte et pourquoi il ne fallait au grand jamais se trouver à découvert dans la clairière si l’on se retrouvait seul avec un ennemi dont on ne connaissait pas les compétences. Elle était aguerrie aux arts de la guerre et il lui aurait suffi de se décaler sur le côté soit en plongeant, soit en faisant une roulade, et sans avoir besoin d’ajuster sa cible, elle lui aurait jeté le petit couteau qu’elle gardait dans sa ceinture. En moins de deux secondes, l’affaire aurait été réglée et celui qui la tenait en respect se serait retrouvé mort sur le sol.

- Tu n’aurais pas dû sortir du bois, jeune homme !

Sa voix était rassurante, mais ferme. Le cadet resta muet.

- Ne t’a-t-on rien appris ?

Il sentait tout son corps trembler maintenant.

- Tu sais…

Sa voix s’était faite encore plus douce.

- Tu sais, j’aurais pu t’envoyer dans l’autre monde depuis la source. C’est bien là que tu m’as vue ?

Le garçon était prêt à appuyer sur la gâchette et elle, elle était prête à bondir sur la gauche, mais personne n’en fit rien. Les secondes qui s’écoulaient semblaient une éternité pour le jeune homme qui n’avait jamais vraiment pointé une arme sur personne. Sauf pendant l’entraînement bien sûr, mais c’était des personnages en bois ou des sacs de grains sur lesquels des cibles avaient été peintes à coup de deux cercles rouges l’un dans l’autre et d’un point au centre.

- Sacrebleu, baisse ton arme, Malfred, c’est pas comme ça qu’on accueille les amis !

La voix ferme, mais quelque peu moqueuse venait de derrière lui et le garçon baissa son arbalète. Un homme à la stature impressionnante était sorti à son tour du bois d’où il avait observé toute la scène. Il avait laissé faire le jeune homme pour voir comment il allait se débrouiller avec cette inconnue qui ne l’était pas tant. Il dépassa le jeune homme avec un grand sourire dessiné sur le visage et lui asséna une tape dans le dos. Le coup amical qui le fit chanceler eut pour vertu de ramener le jeune homme à un état de calme absolu. Malfred le regarda s’avancer vers la femme qui leur tournait toujours le dos.

- Allez, rentre gamin, je viens de te sauver la vie !

Au son de cette voix reconnaissable entre mille, elle baissa les bras et se retourna pour voir qu’il s’agissait bien de celui qu’elle était venue voir ! Elle aussi le regarda s’avancer vers elle.

- Björn !

Elle courut vers lui et se jeta dans ses bras qu’il avait ouverts bien grands. Il la souleva de terre et la serra contre sa poitrine.

- Je suis si content de te voir.

- Moi aussi. Si tu savais !

Ils restèrent quelques instants enlacés.

- C’est l’enfant ?

- Oui, c’est bien lui.

- Comme il a grandi !

- Malfred, viens par ici !

L’enfant avait regardé toute la scène et c’était la première fois qu’il voyait ce grand homme si ému. Il l’avait déjà vu dans bien d’autres circonstances exprimer sa colère ou sa joie. Il avait même décelé une fois de la tendresse quand, enfant, il avait attrapé une sale fièvre et que Björn l’avait veillé pendant plusieurs jours. Cet homme qui semblait rustre à première vue avait été comme un père pour lui. Il avait mis des compresses froides sur son front et lui avait aussi donné à manger et toute la nuit, il dormait sur une chaise trop petite pour lui.

- Je te présente Frey. C’est… c’est une amie qui m’est très chère et que je n’ai pas vue depuis longtemps. Tu t’occuperas d’elle pour tout le temps qu’elle restera parmi nous. C’est compris ?

Il regarda l’enfant en fronçant les sourcils pour s’assurer qu’il avait bien enregistré à quel point c’était important.

- Oui mon Capitaine. Bien reçu !

Il avait eu un petit ton d’impertinence que l’enfant ne s’autorisait que lorsqu’ils étaient seuls et il n’aurait pas pu dire pourquoi, mais cela lui avait échappé en présence de cette inconnue.

- Bonjour Madame.

Il s’était incliné en même temps qu’il s’était adressé à Frey.

- Bonjour, Malfred, relève-toi ! Je suis très contente de te rencontrer.

- À votre service Madame.

- Appelle-moi Frey, je t’en prie.

Elle dévisagea un instant le jeune homme qui se sentit un peu gêné par le silence. Il partit à toutes jambes jusqu’au fort et sans se retourner s’adressa à Björn.

- Je vais lui préparer une chambre Monsieur !

Björn sourit en regardant le gamin partir puis lui et elle se regardèrent à nouveau en silence et prirent à leur tour la direction du fort.

10 La source de la rivière brillante est le nom donné à la source de l’Escault qui se situe dans le petit village de Guy dans le Vermandois.

11 Le Saint Empire Romain est un empire dont les frontières ont beaucoup évolué qui n’a rien avoir avec l’empire Romain.

CHAPITRE 5

BJÖRN ET MALFRED

Comment décrire Björn ?

C’était un colosse qui mesurait au moins deux mètres et pesait bien fait cent trente kilos. Avec sa barbe tressée grisonnante et ses muscles saillants, il avait plus le physique d’un nain dans les contes de Tolkien que d’un super héros portant un marteau magique. Ces bras semblaient plus longs que la normale et ses jambes semblaient plus courtes et si son prénom signifiait ours, c’est parce qu’il en avait non seulement l’apparence, mais aussi la force et l’agilité. Malgré tout il n’était pas dénué d’un certain charme. Sa bonhomie naturelle y était certainement pour quelque chose et même s’il avait déjà démontré à maintes reprises que ses colères étaient dangereuses, elles ne surgissaient jamais pour rien et cette stabilité faisait de lui quelqu’un d’agréable.

Frey se rappelait encore leur dernière bataille et comment il avait, d’un revers de bras, repoussé les assaillants les uns après les autres comme de simples fétus de paille. Comment il avait percé les lignes ennemies, une autre fois, tête en avant en faisant rouler son marteau dans un fracas d’armures et d’os brisés. Elle se souvint aussi comment il avait fracassé la mâchoire du capitaine de la garde d’une seule main après l’avoir soulevé du sol, les jambes du pauvre bougre s’agitant frénétiquement pour s’arrêter brutalement tandis que sa vessie se vidait.

Frey avait toujours pu compter sur ce colosse et sur sa fidélité. Même si le destin les avait souvent séparés, elle savait sans l’ombre d’un doute qu’il était et serait toujours là pour elle, quelles que soient les circonstances. C’était réciproque. Björn éprouvait pour elle un amour sincère et se savait aimé en retour. Il avait tout au long de sa vie, croisé des femmes qui l’avaient elles aussi aimé. Avec certaines, il avait même entretenu des relations plus intimes et durables, mais aucune n’arriverait jamais à la cheville de cette femme qui était tout pour lui.

Ils avaient passé toute la journée à boire et à remercier Odin de les avoir réunis encore une fois. Plusieurs s’étaient joints à eux pour entendre conter des histoires plus folles les unes que les autres. Tous avaient le cœur viking et même si l’Enfant Jésus et l’armée de son Saint Empire avaient repoussé puis assimilé les géants venus du nord, ce soir-là les récits de batailles faisaient rêver les jeunes recrues en mal d’aventure.

Malfred buvait les paroles de Björn et de Frey et, dès que le verre du géant ou de la dame était vide, il s’empressait de le remplir jusqu’à ras bord. À plusieurs reprises, il avait questionné Frey pour en savoir plus sur cet homme dont il ne connaissait pas grand-chose au final que quelques brides de sa vie qu’il avait bien voulues lui concéder au détour d’un conseil ou d’une anecdote. La nuit tombait maintenant sur le fort et Frey avait encore raconté une histoire à dormir debout, mais à laquelle jeunes et vieux avaient eu envie de croire. Björn avait renchéri en prétendant que Frey avait eu une autre vie durant laquelle elle était reine. Il y eut ce soir-là des rires et des applaudissements comme cela ne s’était pas vu depuis longtemps.

Il faut savoir une chose ! Nous ne sommes pas dans Games of Thrones. Nous sommes dans la vraie vie, monotone et lente d’un bataillon de la garde reclus derrière les palissades d’un fort perdu à la frontière d’un royaume et d’un empire qui avaient fait une trêve. Les intrigues, aussi nombreuses soient-elles, finissaient la plupart du temps par être déjouées avant même que le sang ne coule et que les corps ne jonchent le sol par milliers. Les combats épiques étaient rares pour ceux qui n’avaient pas pris le chemin de la Terre Sainte et le souvenir d’un siège en Vermandois remontait à plusieurs années. Chaque camp surveillait la frontière sans jamais voir l’ennemi. Il y avait bien eu quelques échauffourées, mais rien de bien palpitant. Il arrivait qu’un ou plusieurs hommes s’aventurassent un peu trop en avant dans les lignes adverses et cela finissait la plupart du temps par quelques sommations, et au pire, par un trait d’arbalète décoché sans intention de toucher.

Voilà comment les jours se succédaient dans le fort. On obéissait aux ordres quand on en recevait et le reste du temps on faisait la même chose que la veille. Pour autant, ils n’étaient pas à plaindre, tous ces bougres. C’étaient pour la plupart des fils de fermiers, des bouseux que le champ ne suffisait plus à nourrir. Alors quand, par chance, l’officier de la garde venait à passer dans un village pour recruter un ou deux enfants en échange d’une promesse de bons traitements, le chef de famille se sentait chanceux et une fois les larmes de la mère et des sœurs séchées, la vie reprenait son cours.

C’est comme cela que Malfred avait rejoint les rangs de la garde. Il venait juste de fêter ses douze ans quand ce grand homme lui était apparu pour la première fois. On avait frappé à la porte et son père avait ouvert. Il avait invité l’inconnu à entrer et ce dernier avait dû se baisser pour passer l’embrasure de la porte. Son père l’avait ensuite invité à s’asseoir, mais il avait refusé, préférant rester debout à l’entrée tandis que le chef de maison faisait aligner ses six garçons du plus grand au plus petit au milieu de la pièce.

La petite maison tout en bois possédait deux pièces. Celle dans laquelle ils étaient tous et une autre plus petite qui servait de garde-manger. Un feu était allumé et réchauffait toute la pièce. Adossée à l’arrière de la maison il y avait l’étable avec sa vache et son veau ainsi qu’un âne.

Björn avait scruté du regard les petits et avait fini par poser les yeux sur l’enfant qui avait maintenu son regard malgré sa petite taille.

- C’est un brave gamin Messire Capitaine, il est petit, mais il est travailleur et obéissant.

Son père était habitué à vendre son bétail au marché. Il avait tout de suite remarqué quel enfant avait attiré l’attention du capitaine de la garde et il comptait bien laisser partir Malfred ou un autre à un bon prix.

Il poussa le petit en avant.

- Montre tes dents au monsieur…

- Suffit ! Je vous en donne deux pièces, mais vous ne le reverrez plus jamais !

Il sortit deux pièces qu’il jeta aux pieds du fermier. Ce dernier s’accroupit pour récupérer le prix de son enfant et dans un craquement de genoux se releva les yeux rivés sur le creux de sa main. C’était beaucoup d’argent.

- J’imagine que c’est oui ?

L’homme se renfrogna et hocha du chef en faisant un pas en arrière pour se replacer derrière ses progénitures. Ses yeux brillaient et il ignorait maintenant tous ceux qui l’entouraient tellement il était absorbé par les pièces qu’il continuait à regarder dans sa paume ouverte.